dimanche 8 octobre 2017

Le collier de cailloux. Poèmes de passage - Doina Ioanid (2017)


Merci à Babelio et à l'Atelier de l'agneau pour l'envoi de cette bulle rafraîchissante de poèmes en prose intitulée Le collier de cailloux. Poèmes de passage, composée par l'écrivaine Doina Ioanid et traduite par Jan H. Mysjkin.

Minute, je vérifie si je n'ai pas oublié de lettres, ou si je ne les ai pas alignées dans le désordre.. Non, c'est bien ça : Mysjkin. Bravo à lui pour son travail d'orfèvre et ses commentaires qui m'ont donné quelques clefs de lecture. 






"La retraite vous semble encore loin, mais je vous assure qu'elle arrive vite !" nous disait M, la doyenne du collège lors de l'heure syndicale. Attroupés autour d'elle, les autres professeurs listaient leurs doléances de rentrée et évoquaient la question de la grève contre la Loi Travail prévue le mardi suivant. 

On aurait pu lui répondre que la maladie et la mort arrivent tout aussi rapidement, parfois même bien avant la retraite. Mais l'intervention aurait été perçue comme déphasée, sans nul doute. De toute manière, on n'interrompt pas M, du moins pas lorsqu'elle surplombe un auditoire, quand bien même ce serait pour aller dans son sens. C'est ainsi, ne me demandez pas pourquoi ; la situation était telle avant mon arrivée dans l'établissement, et quitte à mener une révolution, j'aimerais autant que ce soit pour une cause utile aux gosses.


Pourtant, on aurait été dans le sujet, pleinement. En lisant Le collier de cailloux. Poèmes de passage, je me suis souvenue de quelques vérités par toujours bonnes à entendre : le temps passe, la vie passe avec lui, la fin arrive inéluctablement. 



Eh ouais, désolée Stefan ! 

Plus que "le collier de cailloux", c'est le sous-titre "poèmes de passage" qui rend le mieux l'atmosphère de cet assemblage poétique. A travers des fragments choisis _ou pas ! de sa vie, Doina Ioanid nous prouve par A + B que l'existence est une route sur laquelle on n'a d'autre choix que de marcher sans s'arrêter. On avance sans pouvoir ni se retourner, ni stopper sa progression le temps de reprendre des forces, de guérir ou tout simplement de savoir ce qu'on veut, ni s'attarder à voir ce qui rend les autres heureux ou malheureux. 

Pourtant, tout serait tellement plus simple et vivable si on pouvait appuyer sur pause, ou déposer ce fameux "collier de cailloux" que forment toutes les expériences de notre vie et qui finit par peser trop lourd. Au point de nous entraver. On remarquera que, sauf erreur de ma part, le "collier" qui donne son titre à l'ouvrage n'est évoqué qu'une seule fois, quelque part au milieu du flot de poèmes. 


"J'ai un collier de petits cailloux. Je les ai ramassés dans les gares, sur les routes asphaltées au ballast, dans les carrières abandonnées, dans mes chaussures, dans les fontaines de nouvelles terrasses, dans les cabas des copains."



Comment ça, vous "n'aimez pas"



Dans la deuxième partie du recueil, celle de la "lettre à Papy Dumitru", c'est le passage d'un monde à l'autre qui est évoqué. Six ans avant l'écriture du recueil, Doina Ioanid _on peut affirmer sans trop se mouiller qu'elle parle d'elle, mais dites-moi si je me trompe ! a perdu son grand-père. Le travail de deuil est difficile. L'homme est passé de "l'autre côté", comme on dit, mais la petite-fille vivante s'efforce à bout de bras de maintenir ouverte la porte coupe-feu. Entre souvenirs d'enfance, idéalisation du grand-père à la vie rustique, et colère d'avoir été lâchement abandonnée par lui, l'auteure ne s'en sort pas. Elle "n'avance" plus, elle ne "passe" plus, elle fait une "glissade ininterrompue" depuis la mort. Ce second chapitre est particulièrement émouvant.    



La mine d'or Playmobil (hihi, je l'ai :-p)
Pourquoi là, maintenant ? Vous verrez bien

La poésie a ceci d'agaçant qu'on ne réussit jamais à percer ses mystères ; c'est l'art du message crypté dans sa forme la plus littéraire. Le collier de cailloux est un recueil très personnel _pourrait-il en être autrement ? et, si bien des passages nous touchent et font écho à nos propres expériences, on a le sentiment de ne pas tout comprendre, de ne pas saisir pleinement l'importance et la valeur de ce qui est dit. On sort troublé de cette lecture, et quelque peu frustré. L'impression d'avoir loupé un chapitre. Alors on relit. On voit autre chose, on comprend le texte différemment, mais... comment être sûr d'avoir compris et/ou ressenti ce qu'il fallait ? Bah, c'est aussi ça, la poésie ! A vous de piocher dans la mine d'or, il y a encore tant à trouver, à voir, à dire ! 

Doina IOANID. Le collier de cailloux. Poèmes de passage. Atelier de l'agneau, 2017. Trad. Jan H. Mysjkin. 70 p. ISBN 978-2-37428-007-3 



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L'écriture vous passionne ou vous intrigue ? Allez voir ce site sur lequel je suis tombée, il est grave stylé très intéressant.

mercredi 13 septembre 2017

Sweet Sixteen - Annelise Heurtier (2013)





A la fin des années 1950, à Little Rock dans l'Arkansas. les jeunesses se passent mais ne se rencontrent pas. D'un côté, les lycéennes Blanches n'ont d'autre préoccupation que le choix de leur robe et de leur chanteur préféré : Johnny Mathis ou Elvis Presley ? De l'autre, les jeunes Afro-américaines habituées à se contenter des miettes de leurs homologues WASP et condamnés à travailler dur pour survivre à la ségrégation ambiante. Pourtant, les mentalités changent tout doucement d'un coin à l'autre des Etats-Unis, au grand dam d'une population majoritairement raciste qui vit ce progrès comme une agression.

C'est dans ce contexte trouble que neuf élèves Noirs entrent au Little Rock Central High School, lycée jusqu'alors exclusivement fréquenté par des Blancs. Nous sommes en septembre 1957 ; la ségrégation raciale est éradiquée depuis un an. Officiellement. Les jeunes peuvent donc fréquenter l'école qu'ils souhaitent, s'asseoir où ils veulent dans le bus, faire leurs courses dans tous les commerces... quelle que soit leur couleur. Officiellement, toujours.





La réalité du quotidien est bien différente ; lorsque les Neuf débarquent dans l'établissement, c'est la panique du côté des élèves comme de celui des parents ! Que vont devenir les adolescents "respectables" si on les laisse en contact avec des jeunes couramment considérés comme barbares, stupides et porteurs de maladies ? Quel métissage dépravé va donc naître de cette mixité ? Ce roman adapté d'une histoire vraie nous montrera que la connerie humaine est sans limites, et que le temps ne fait rien à l'affaire.




Molly fait partie de ces "nouveaux" indésirables. Comme ses pairs, elle s'est portée volontaire pour tenter "l'expérience" de la mixité, la tête pleine d'espoir et des beaux discours prônant l'égalité des races qu'elle a entendus à la radio. Son entourage n'est guère optimiste sur le futur proche de la collégienne, et nombreux sont ceux qui tenteront de la décourager : lorsqu'on est Noir, attirer l'attention sur soi n'augure jamais rien de bon. Il est au contraire bien plus prudent de faire profil bas. Pourtant Molly entrera bel et bien dans l'arène, sous le regard bienveillant de sa grand-mère Shiri.

Il ne faudra pas plus d'une journée de classe aux "Neuf" lycéens Noirs de Little Rock pour comprendre qu'ils ont atterri en Enfer : tous les coups seront permis _au sens propre comme au sens figuré ! pour les faire craquer, abandonner, ou causer leur expulsion.

Les Neuf escortés au lycée par l'armée.
Image trouvée dans l'article "Little Rock Nine" de Wikipedia

De l'autre côté de la barrière, Grace Sanders observe l'effervescence générale avec une indifférence propre à son âge et à son environnement social. Si la jeune Blanche pense "n'éprouver aucune sympathie particulière pour les Noirs", elle trouve exagérés les propos racistes tenus par sa mère, digne présidente de la "Ligue des mères blanches"...

Les chapitres se suivent dans une alternance de regards : celui de Molly la téméraire discrète qui, telle un roseau, plie mais ne casse pas, et de Grace, la fausse greluche superficielle. Il est intéressant de lire l'analyse qu'elles font des mêmes événements et de suivre l'évolution de leurs rapports. Au début, l'évitement est de mise, puis les personnalités s'expriment pour causer surprise, admiration, et peut-être un début d'amitié. Une chose est sûre, toutes deux partagent un objectif commun : faire de leur seizième anniversaire une journée inoubliable. 



Sweet Sixteen n'a pas volé son statut d'incontournable de la littérature pour la jeunesse ; facile à lire mais néanmoins cru et porteur d'un témoignage qu'il serait inconcevable d'enjoliver, ce roman d'Annelise Heurtier est à diffuser dans tous les CDI. A mon humble avis. D'ailleurs, j'ai souvenir qu'il nous ait été envoyé gratos avec les spécimens de manuels scolaires destinés aux enseignants : bonne initiative de Casterman, j'imagine ?

S'il n'a pas prétention à être une "leçon d'histoire", ce livre est riche en références culturelles et historiques relatives aux Etats-Unis de la fin des années 1950 : avant de lire ce livre, je n'avais jamais entendu parler des Neuf de Little Rock et c'était une vraie lacune. Que les jeunes et les moins jeunes puissent, eux aussi, la combler le plus vite possible, pour le bien de tous. Un court avant-propos nous indique quelle est la part de fiction dans cet ouvrage et qu'est-ce qui, au contraire, tient du fait réel.   

On appréciera les très belles illustrations de Djohr, et notamment celle de la couverture, très parlante.

Annelise HEURTIER. Sweet Sixteen. Casterman Poche, 2013. 220 p. ISBN 978-2-203-08458-2



dimanche 3 septembre 2017

Les Cités des Anciens - 8 - Le puits d'Argent - Robin Hobb (2013)


Un cycle se termine pour laisser place au suivant ! Voilà ce que nous nous disions l'été dernier, en fermant les cartons de déménagement. Eh oui, pour la petite histoire, mon cher collège jaune et biscornu est en cours de démolition ; une fois qu'il sera rasé, il renaîtra de ses cendres sous la forme d'un établissement moderne, lumineux, hi-tech, fonctionnel... et pourvu de bien d'autres qualités qu'il ne possédait pas vraiment jusqu'alors.   

En attendant, à nous les travaux, les préfabriqués, les escaliers métalliques qui tremblotent et les cloisons qui sonnent creux ! Il faut maintenant déballer les paquets, prendre nos marques... mais pas trop, car dans deux ans il faudra de nouveau bouger. 

Dans les Cités des Anciens aussi, on s'installe mais pas trop ! Si les dragons ne peuvent s'alimenter en Argent dans leur repaire de Kelsingra, à quoi bon y rester ? 




Où est-ce qu'on en était ? 


Les gardiens et les dragons sont toujours à la recherche du puits d'Argent qui assurera leur santé et leur longévité ; ils quadrillent les bâtisses imposantes, à l'affût de secrets ancestraux contenus dans les pierres de mémoire : mais comment procédaient-ils pour trouver, recueillir et utiliser ce métal magique ?

Malta et Reyn serrent les dents ; ils oscillent entre inquiétude et espoir car la survie du petit Phron dépend de leur efficacité. Un soir, Kanaï demande à Thymara de le suivre sans lui dire où il l'emmène...

L'horrible Hest se frotte les mains ! Fraîchement débarqué à Kelsingra, il a repéré sa femme et son amant ; bien qu'ils aient beaucoup changé et que tous deux semblent avoir trouvé chaussure à leur pied, il ne désespère pas de tirer son épingle du jeu en leur faisant du chantage. Mais la vie dans la Cité des Anciens n'est pas la même qu'à Terrilville...

A Chalcède, Selden se meurt auprès de la jeune Chassim ; le duc malade lui pompe tous les jours plus de sang en espérant se remettre d'aplomb grâce au fluide magique qui coule dans ses veines. Mais le jeune frère de Malta est à bout de forces... 


Cette fin de série est beaucoup moins prévisible que je ne le redoutais dans le billet consacré au tome 7, et c'est tout à fait appréciable ! Même si les Cités des Anciens m'ont un peu moins exaltées que les précédents cycles de Robin Hobb, je reconnais que ce final-là a un petit effet Têtes Brûlées goût pomme que je vous laisse découvrir de vous-même ! 


Le puits du Jeu de l'Oie

Une vie insignifiante 

La fin approche ! A qui donnera-t-elle sa part de bonheur et son lot de tuiles ?  

Pas à Kanaï, il n'existe plus vraiment. 

En se noyant dans la pierre de mémoire, Kanaï le loser insouciant devient Tellator, un guerrier imposant et craint de tous. Il est le premier à participer au combat des dragons contre les navires chalcédiens, à faire des rescapés des prisonniers puis des "otages" dont il pourra sous-tirer une rançon. Tous ceux qui le connaissaient se lamentent de le voir se faire peu à peu posséder par un conquérant mort depuis longtemps : quel gâchis, le brave Kanaï est en passe de perdre son âme, peut-on encore le sauver ? 

Mais au fait, est-ce vraiment souhaitable ? Souvenez-vous de l'adolescent qu'il était dans les premiers tomes... Un rigolo au physique filiforme qu'on ne remarquait que lorsqu'il entrait dans un excès de loufoquerie, un amant pour qui le sexe était un jeu comme un autre, le premier gardien a avoir été balayé par les eaux du désert des pluies... A cette époque, l'existence de Kanaï n'avait de valeur pour personne et il n'était même pas pleinement intégré dans le groupe des parias. L'Ancien de Gringalette _ vous voyez, même le nom de sa dragonne n'était pas crédible !_ avait tout à gagner en troquant sa personne vulnérable contre l'esprit charismatique de Tellator. Tellator le viril, le chef de guerre, celui qui n'a besoin que de claquer des doigts pour trouver une femme disponible et consentante.


Thymara n'est pas plus impressionnée par l'un que par l'autre, et c'est la seule ombre au tableau pour le chef des gardiens. Son refus de s'offrir à lui _malgré une insistance lourdingue_ cassera le lien qui les unit ; vexé, Kanaï se réfugiera dans le combat et dans tous les autres domaines qui lui réussissent. Décidément, le miracle du coup de foudre ne se sera pas produit avec la donzelle ailée ! 


Pourtant, les miracles existent dans Les Cités des Anciens - ATTENTION SPOILER 

Arrêtez-vous là si vous comptez lire le livre !

Selden et Tintaglia, séparés depuis les débuts de l'aventure, sont tous deux des miraculés ! Une âme charitable (et sentimentalement intéressée) les tire du pays des morts où ils avaient déjà posé un pied et demi. Chassim, la fille du duc de Chalcède, protège "l'homme dragon" dont le sang est sucé tous les jours, prête à le suivre dans le trépas. Mais il était dit que les amants maudits ne mourraient pas de la sorte ! Tintaglia est sauvée in extremis par le grave dragon mâle nommé Kalo, plus attentionné que cette brute épaisse de Glasfeu. Les retrouvailles de la reine des Trois Règnes et de son "petit chanteur" seront pour le moins fracassantes !


Robin HOBB. Les Cités des Anciens - 8 - Le puits d'argent. J'ai Lu, 2013. 320 p. ISBN 978-2-290-08598-1

dimanche 20 août 2017

Sur le tapis : P.P. Cul-Vert et le mystère du Loch Ness - Jean-Philippe Arrou-Vignod (1998)

Ceux qui me connaissent savent que j'ai installé dans ma chambre un petit tapis de course mécanique sur lequel je ne fais que marcher, mais qui m'est néanmoins d'une grande utilité lorsque je rentre du collège. Histoire de rentabiliser le temps passé dessus et de ne pas rester trop focalisée sur ma douleur _ça tire sur les mollets, l'air de rien, ce truc !, j'ai pris l'habitude de coincer un livre entre le "guidon" et le compteur de calories à l'aide d'une chaussette. A mon sens, c'est l'idéal pour concilier le goût de la lecture au besoin de se défouler. En outre, le guidon peut faire une excellente penderie. Après, chacun sa technique, hein ! 



Bref, tout ça pour dire que tous les comptes-rendus de lecture publiés ici-même ces deux dernières années sont, à quelques exceptions près, le fruit d'une lecture "sur tapis". Pourquoi ne pas ouvrir une catégorie dédiée ? Le premier de la liste sera l'une des aventures de P.P, un personnage incontournable de la littérature jeunesse : P.P. Cul-Vert et le mystère du Loch Ness


L'histoire 

Il était dit que rien ne séparerait Mathilde, Rémi et Pierre-Paul, le trio infernal du collège Chateaubriand, pas même les grandes vacances ! Alors que ses deux acolytes coulent des jours paisibles auprès de leurs familles respectives, Pierre-Paul Culbert, alias P.P Cul-Vert, les somme de le rejoindre en Ecosse le plus vite possible. Pour quelle raison ? Bonne question ! Si seulement P.P. pouvait arrêter de semer le mystère partout où il passe ! 

Pourtant, Mathilde et Rémi sautent dans le premier train et prennent la direction de Keays Castle, à deux pas du Loch Ness. Ils ne savent pas encore que le château de l'oncle Archibald de Culbert où P.P passe l'été leur réserve bien des surprises et des frissons. D'angoisse et de froid.




Après quelques embûches et pas mal d'incertitudes, ils arrivent à la gare ; mais sur le quai, pas de trace de P.P ! D'accord, il pleut à torrents et la nuit est tombée, mais il aurait quand même pu se bouger et les accueillir... Rémi et Mathilde sont pris en charge par Cornélia, une gouvernante colossale et mutique qui ne les rassure pas vraiment.

Leur agacement fait place à une franche inquiétude lorsque ils passent leur première nuit sans avoir vu ni entendu leur ami. Lui serait-il arrivé malheur ? Son absence a-t-elle un lien avec les rugissements d'un lion qu'on peut entendre depuis les chambres des "invités" ?

Le lendemain, un Pierre-Paul en kilt et au top de sa forme leur souhaite enfin la bienvenue. Il est prêt à présenter à ses amis sa nouvelle invention géniale : un appareil photo à déclenchement automatique et opérationnel de nuit ! En faisant _enfin ! visiter le domaine à Mathilde et à Rémi, il leur apprend que l'oncle Archibald n'est pas un simple milliardaire excentrique : c'est aussi un naturaliste détenteur d'un parc botanique et animalier impressionnant. D'où la présence de zèbres, de kangourous et de chimpanzés aux abords du château...


Tête de lion rugissant - Delacroix

Cancre aux manettes et amitié vache

Si je vous dis : un binoclard, une petite fille modèle et un bon copain un peu dans l'ombre ? vous me répondrez "Harry Potter" et vous n'aurez pas tort, sauf que la description correspond aussi aux trois personnages principaux de la série Enquête au collège dont P.P. Cul-Vert et le mystère du Loch Ness forme le cinquième épisode.


Imaginez maintenant que ce soit Ron, le "bon copain" (roux), qui vous raconte les aventures de Harry à travers ses yeux de second couteau plein de bonne volonté...

Voilà, vous avez un aperçu de la manière dont peuvent être racontées les aventures de nos apprentis enquêteurs. Rémi prend les rênes de la narration et, usant de la première personne, il devient le "héros" auquel le jeune lecteur s'identifie... avec facilité ! En effet, le personnage est beaucoup plus complexe et crédible qu'il n'y paraît : Rémi se définit comme un "cancre notoire" et ne semble pas avoir une très bonne opinion de lui-même.

"Je ne suis pas jaloux, mais je me sentais aussi insignifiant, au bout de cette table, qu'une crotte de souris"

On soupçonne un léger complexe d'infériorité que ses amis taquins confortent dès qu'ils en ont l'occasion, et sans aucune pitié. Pourtant, il est une sorte d'emblème pour les enfants "du ventre mou" du système scolaire _ car l'oeuvre de Jean-Philippe Arrou-Vignod peut être lue par les nouvelles cohortes de collégiens : ne pas "réussir à l'école" ne veut pas dire qu'on est con et que sa vie est ratée d'avance. Certes, sans Mathilde, la scolaire, la maligne, celle qui regarde les garçons de haut, Rémi aurait sans doute manqué son train pour Keays Castle : là où Harry et Ron traversent allègrement les murs pour rejoindre le quai 9 3/4 qui les conduira à l'école Poudlard, Rémi se plante de voie, se vautre dans les escaliers et renverse les bagages des gens. Mais sans lui, sans sa volonté, son esprit pratique et son sens de l'observation, Mathilde et P.P seraient passés à côté de bien des indices...

Ah, les amis, parlons-en ! Je n'ai pas lu la série, mais dans ce roman, l'auteur transcrit fort bien les rapports qu'entretenaient les préadolescents à la fin des années 1990, et je ne crois pas que les choses aient beaucoup changé depuis, quoiqu'on en dise. Ciao ! les binômes fusionnels à la vie à la mort trop beaux pour être honnêtes !

Ciao - Lucio Dalla


Frodon et Sam peuvent aller se coucher dans leur trou de Hobbits (ne cherchez pas de sens caché dans ces propos), Oksa Pollock n'a plus qu'à "volticaler" où elle veut, Gus Bellanger juché sur ses épaules ! Dans P.P. Cul-Vert et le mystère du Loch Ness, ça vanne toutes les deux minutes bien que ça se dise meilleurs potes... Tout le monde en prend pour son grade : Mathilde, "la fille", se fait régulièrement remballer par ses comparses un poil macho pour son côté précieux et chiant ; P.P, se prend pour un génie, mais aux yeux des deux autres, il est et restera "le gros" à lunettes ; quant à Rémi, on l'aura compris, il a une grosse étiquette de type sans cerveau collée sur son front. Néanmoins, quand les péripéties tournent au vinaigre, les trois enfants savent s'allier et prendre soin les uns des autres. Exactement comme les "vrais enfants" : plus ils se sentent bien ensemble, plus ils se frappent, s'insultent, s'engueulent... J'ai jamais trop compris ce mode de fonctionnement, mais c'est ainsi...


Oksa Pollock 1 - L'inespérée - Anne Plichota ; Cendrine Wolf


En conclusion 

J'appartiens à l'une des premières générations de lecteurs d'Enquête au collège, me semble-t-il, bien que je n'en aie jamais ouvert le moindre tome jusqu'alors. Eh bien, il me semble que ce livre a très bien traversé les époques et que, même si les traits d'humour des personnages sont quand même devenus un poil vieillots, et que leur candeur prête à sourire autant que leurs blagues, il reste intéressant pour les collégiens. Je ne désespère pas d'arriver à le prêter cette année... même s'il sort extraordinairement peu pour un roman qui porte le mot "cul" dans son titre ! A voir...

On appréciera les illustrations de Serge Bloch qui parsèment l'ouvrage pour notre plus grande joie et pour celle des admirateurs de Max et Lili ! Avouez que c'est un peu comme ça que vous imaginiez P.P, vous aussi !


Une lecture rafraîchissante comme on les aime en ce mois d'août, et par tous les temps à l'issue d'une session tapis !


ARROU-VIGNOD, Jean-PhilippeP.P. et le mystère du Loch NessGallimard, 1998. 137 p. ISBN 2-07-051849-3



vendredi 4 août 2017

Soyons sérieux - Les périodiques du CDI, carte mentale



Voici une (tentative de) carte mentale pour aborder la notion de "périodique" avec les collégiens. C'est un début... 


N'hésitez pas à me signaler toute erreur plus ou moins grossière, si besoin ! Du moment que vous le faites gentiment.... ;) 
 

mercredi 26 juillet 2017

Soyons sérieux : carte mentale des documents qu'on peut trouver au CDI


Lien de partage : https://www.spiderscribe.net/app/?771260d0bc4fadab8d7d73e8c7a71f1e
Petite carte mentale sans prétention et perfectible à souhait !
Comme la précédente, elle a été réalisée avec Spiderscribe.net.


Et bonne soirée ! 

dimanche 23 juillet 2017

Soyons sérieux : E-sidoc, le portail documentaire du CDI


Parce que ça faisait longtemps !



Ce matin, j'ai fait la découverte d'un nouvel outil de "mind mapping" plutôt sympa nommé: Spiderscribe.net ; histoire de le tester, j'ai tenté une présentation du portail documentaire du CDI. La "carte" produite vaut ce qu'elle vaut, elle est sûrement beaucoup trop chargée encore pour des collégiens, mais c'est un début ! A noter que Spiderscribe est très pratique et très intuitif... sauf pour créer ce qu'on pourrait appeler la "bulle-point de départ" _vous voyez de quoi je parle ! et j'avoue que ça m'a laissée perplexe pendant quelques instants. Mais en cliquant un peu partout on finit par y arriver. Ou sinon, ne faites pas comme moi et regardez la démo, tout simplement. 

Pour la suite, rien à dire si ce n'est que c'est bien la première fois que je peux organiser des idées où je veux, comme je veux, insérer des images, des liens hypertexte, exporter et partager. D'habitude, c'est fromage ou dessert avec ces bêtes-là.

A savoir qu'une version payante sans doute encore plus complète existe. Les points faibles rôdent forcément, mais je ne les vois pas encore. Après, chacun ses goûts, hein !  

Concernant la présentation du portail, je prends les commentaires, les signalements de fautes et les critiques (constructives, merci ^^). Le lien vers la carte est disponible sur demande.

jeudi 20 juillet 2017

Les Cités des Anciens 7 - Le vol des dragons - Robin Hobb (2014)


Une incursion tardive dans l'univers de Harry Potter _eh oui, comme vous le savez déjà, j'avais toujours pris soin d'éviter ce monstre littéraire jusqu'à ces derniers mois_ a retardé ma traversée des Cités des Anciens de Robin Hobb. Il est temps de s'y remettre ! 




Où est-ce qu'on en était ? 

Au moment où tous les personnages principaux sans exception reçoivent quelques tuiles sur le coin du nez ! 

A Kelsingra, les Anciens et les dragons ont presque atteint l'apogée de leur évolution : les ailes, les écailles et les regards perçants des premiers flamboient, tandis que les seconds s'élèvent dans les cieux pour mieux fondre sur leurs proies. Tous se préparent à passer une belle et une très longue vie en ces lieux magiques qu'ils découvrent jour après jour, mais leur bonheur est bientôt terni par un constat : pour rester beaux et puissants, ils doivent régulièrement tirer d'un puits un peu d'argent liquide qu'il leur faut ingurgiter. Or, ce "puits d'argent" est introuvable : il deviendra vite la nouvelle quête des anciens parias du Désert des Pluies. 


"Jack, je vole ! Et aussi bien que les dragons estropiés !"


Le capitaine Leftrin est maintenant tout proche de la cité des Anciens ; il transporte non seulement une sacrée cargaison de vivres et de produits de première nécessité, mais aussi Malta et Reyn Khuprus. Ces derniers comptent sur le pouvoir des dragons pour donner de la force à leur petit Phron, qui en manque cruellement.  


La vivenef est suivie de près par des navires vraisemblablement résistants aux eaux acides du Fleuve ; si personne ne saurait dire qui ils sont et quelles sont leurs intentions, l'équipage du Mataf n'a aucun doute sur leur détermination. A aucun moment, Leftrin et sa bande n'auront réussi à les semer. On devine qu'au fond d'une cale chalcédienne inconnue, Hest se terre en attendant des jours meilleurs ; difficile de ne pas faire le lien entre sa cachette et le bateau warrior qui étonne les matelots. 

"Jack, je vole plus !"

A terre, Selden "l'homme dragon" a été livré en pâture au vieux duc de Chalcède afin de le soigner en lui sacrifiant sang et écailles. Mais le noble comprend que le médicament et plus malade que lui et le confie aux bons soins de sa fille Chassim : pas question qu'il s'intoxique en avalant sa morve de reptile défraîchi ! Il le coupera en morceaux quand Selden Vestrit se sera retapé ! Une connivence s'instaure très vite entre la jeune femme en manque de reconnaissance et l'Ancien déchu...   

Les colosses aux pieds d'argile 

Tome 7, tome des chutes plus ou moins douloureuses... Qu'elles soient sentimentales _ le triangle amoureux formé par Thymara, Tatou et Kanaï est maintenant reconnu par tous comme stérile_, techniques _ les vivenefs n'ont plus le monopole du fleuve_, ou personnelles _Anciens et dragons prennent conscience de leurs limites, elles tombent sur les personnages comme autant de couperets..

La dragonne Tintaglia illustre parfaitement le phénomène, puisque sa blessure pourrissante l'amène à ravaler son dédain pour les hommes ; c'est en battant de l'aile qu'elle tentera de rejoindre ses admirateurs de toujours : les Khuprus. Au fond, on se dit que ça ne lui fait pas de mal, à cette grande prétentieuse, mais celui qu'on est vraiment heureux de voir galérer, c'est Hest ! Le petit marchand freluquet en a rabattu depuis qu'il a vu le sang couler, au point d'accepter de jouer les soubrettes pour des Chalcédiens sans foi ni loi. Robin Hobb a parfaitement réussi à nous faire détester son méchant, encore faut-il qu'elle ne pousse pas le happy end jusqu'à lui sortir la tête de l'eau ! 




Les feux d'artifice : t'en as vu un, tu les as tous vus ! 

Car cette issue "bouquet final" où tous les gentils retomberont sur leurs pattes dans la joie et la bonne humeur, au terme d'une confrontation explosive à proximité de Kelsingra, le lecteur la sent venir. Est-ce parce que j'ai encore en tête la conclusion des Aventuriers de la Mer ? Est-ce parce que j'ai fait le tour de l'oeuvre de Robin Hobb et que le charme commence à s'estomper ? Sans doute ne suis-je plus la lectrice qui a plongé dans L'Assassin Royal pour fuir la détresse du quotidien dans laquelle elle se noyait ? Non pas que je gère beaucoup mieux maintenant, mais c'est différent ^^. Toujours est-il que la fin des Cités des Anciens me semble quelque peu prévisible. Si je me trompe, je ferai la rectification dans le prochain biller, soyez-en sûrs. 

Mais pour l'instant, la curiosité avide et le suspense qui m'ont conduite à dévorer les précédentes séries est limitée ; j'ai toujours l'impression de ne pas m'attacher aux personnages et l'envie de leur coller des baignes se fait parfois sentir. Enfin, si je n'y suis pas totalement indifférente, cela veut dire que Robin Hobb a bien fait son boulot, remarquez ! Bref, je lirai la dernière partie de la saga très bientôt, avec grand plaisir, et avec l'assurance de ne pas voir les minutes s'égrener sur le compteur de mon tapis de marche, mais sans que le coeur s'emballe pour autant. 

A vous de voir ! 

HOBB, Robin. Les Cités des Anciens 7 - Le vol des dragons. J'ai Lu, 2014. ISBN 2290085979

samedi 8 juillet 2017

MANGA - Terra Formars - Asimov - 1 - Ken Ichi Fujiwara ; Boichi (2015)


Voilà une quinzaine de jours que j'ai reçu le premier tome du manga Terra Formars - Asimov, conçu par les mangakas Fujiwara et Boichi ; il m'a été envoyé par la maison d'édition Kaze dans le cadre de l'Opération Masse Critique de Babelio : merci à eux ! S'il m'a fallu autant de temps pour réaliser ma critique, c'est, d'une part, parce qu'on a déménagé le collège en vue de sa démolition prochaine _on a vite compris que cet événement pouvait nous servir de prétexte pour justifier un tas de choses, et d'autre part parce que j'ai pris le temps de savourer ce petit bijou !



L'histoire... 

... à supposer que j'aie tout compris !  

Au XXIème siècle, les hommes se sont mis en tête de "terraformer" la planète Mars en y implantant des cafards. Cinq cents ans plus tard, une équipe est envoyée sur les lieux pour voir ce que l'essai a donné et découvre avec stupeur que tout ne s'est pas passé comme prévu... Certes, les cafards se sont adaptés à leurs nouvelles conditions de vie, se sont reproduits... mais sont devenus des mutants énormes et dangereux ! La planète rose grouille maintenant de cafards géants qui font "sguish sguish" et la cohabitation avec l'homme n'est pas vraiment envisageable. Pour que les Terriens arrivent à leurs fins, ils devront se débarrasser de ces grosses bestioles ; or ils n'en ont pas les capacités physiques. Cerise sur le gâteau : les explorateurs ont ramené sur Terre un virus inconnu qui n'a guère tardé à se propager. 

Dans les couloirs de l'U-NASA de Moscou, le commandant Sylvester Asimov et sa fine équipe rongent leur frein : grâce à leur pouvoir _ils ont bénéficié d'une opération leur permettant de se transformer en bête ou en plante vénéneuse, ils font partie de l'élite chargée d'aller sur Mars casser du cafard et trouver un remède au fléau. Pas de chance, le vaisseau censé les y conduire est kaput, mais ils savent qu'ils peuvent compter sur leur boss pour leur donner de quoi s'occuper : un effrayant mafieux sévit à Saint Petersbourg. Surnommé Ded Moroz, le type en question semble avoir été opéré lui aussi de façon à pouvoir muter en ours polaire lorsqu'il le juge opportun. Asimov doit le neutraliser sinon le tuer. Jusque là, tout va bien. Sauf qu'en butant quelques subalternes, il apprend l'existence d'un trafic d'oeufs de cafards mutants au sein de la mafia et là, ça ne le fait plus vraiment rire : en effet, l'éclosion non maîtrisée de ces bébés cafards marquerait purement et simplement la fin de l'humanité sur Terre.... 

Les cafards, c'est la vie 

Bon, j'ai essayé de faire simple mais c'est bien difficile lorsque les héros jouent sur autant de tableaux différents ; pour remettre les événements dans leur contexte, il faut déjà savoir que Terra Formars Asimov 1 est un spin off de la série Terra Formars que je ne connais pas encore, mais dans laquelle les soldats terriens du XXVI° siècle sont envoyés sur Mars pour éliminer des cafards mutants. Ainsi, Terra Formars - Asimov est une sorte de focus en deux tomes sur une partie des personnages phares de la "grande" série. On pourrait croire qu'aborder cet univers futuriste par la porte du garage gêne la compréhension de l'histoire, mais ce n'est pas du tout le cas. Cela peut donner envie d'en savoir plus, au contraire, et d'avoir des réponses à des questions du type : pourquoi est-ce qu'on a implanté DES CAFARDS sur Mars au lieu d'y mettre des poules ? Pourquoi le scénariste a-t-il choisi ces insectes toujours associés au nuisible et à la saleté comme ennemis à abattre ? Il est vrai que Boichi dessine tellement bien ces grosses bêtes luisantes au regard abruti qu'elles ne nous inspirent que du dégoût et qu'on n'a pas vraiment envie de les défendre. 



Mais quand même ; en tant que fan de La Métamorphose de Kafka, je ne perdrai pas une occasion de râler : c'est un peu facile de s'en prendre toujours aux mêmes. Les cafards, c'est la vie ! 


 Musclés sentimentaux 


Pas de doute, Terra Formars Asimov est un manga qui associe fort bien science fiction et baston : ça cogne sans être trop bourrin, dans le sens où on sait qu'en arrière plan une vraie histoire suit son cours et qu'un rebondissement nous attend à l'issue du carnage. Deux personnages ultra-virils se démarquent et se font face : Sylvester Asimov, le colosse roux déjà mûr, adepte du cigare même lorsqu'il se bat _comme quoi fumer ne tue pas toujours, et le jeune Bvak Berbenko, qu'on voit peu dans le feu de l'action mais qui est très présent dans les souvenirs du commandant. On devine qu'ils ont combattu la Russie quelques années auparavant, Bvak étant sous la houlette d'Asimov, mais que leurs destins se sont séparés. L'un a rejoint la mafia, l'autre est passé du côté "des Russes". Il semblerait que Bvak ait gardé rancune de ce retournement de veste. Pour Asimov, l'animosité ne perce pas lorsqu'il pense à son disciple prometteur ; que se passera-t-il si leurs chemins se croisent de nouveau ? Les deux hommes ont assez de points communs pour trouver un terrain d'entente : ils ont des enfants atteints du mystérieux virus pour qui ils remueraient ciel et terre, du courage à revendre et une faculté à muter en animal sauvage. Mais surtout, ils ont partagé une amitié forte et indestructible, dont il doit bien rester quelques bribes !  


Un manga pour adultes 

Depuis, Asimov s'est constitué une équipe de choc dont les différents membres ne manquent pas de personnalité : Elena et Ivan, les frères et soeurs toujours prompts à se transformer en plantes vénéneuses, et Tatiana, plus empruntée mais volontaire. Si Ivan joue encore les adolescents attardés et ne semble pas maîtriser pleinement ses pouvoirs, Elena a autant de sagesse que de poitrine, ce qui n'est pas peu dire ; ah, oui, il faut le savoir : évitez d'offrir Terra Formars Asimov à votre petite dernière qui aime les mangas d'action où les gens se transforment en animaux ! La mise en scène des personnages féminins est quand même assez osée, et c'est un peu l'ombre au tableau de cette belle découverte : entrevoir une chatte ou un string toutes les deux pages, ça va deux minutes... 



On apprécie que les filles ne soient pas "juste" ici des objets sexuels dont on admire les dessous, mais les véritables têtes pensantes de l'histoire ; pourtant, ce manga est quand même trop érotique pour être mis entre toutes les mains. Dommage car l'histoire est intéressante et aborde des sujets intéressants pour les plus jeunes : la famille, l'amitié, la maladie... tout en instillant des éléments de la culture russe. En effet, les citations d'auteurs tels que Pouchkine et Tchekhov sont assez nombreuses et cette bande dessinée pourrait bien, après tout, constituer pour un collégien et même pour moi une passerelle comme une autre vers leur oeuvre. 

Verdict 


On aime : 
- le personnage de Sylvester Asimov, ce colosse au grand coeur sobrement surnomme "le dieu de la guerre", papa poule et roux cool par excellence. 
- les mutations extraordinaires des personnages : belladone, crabe géant de Tasmanie, ours polaire coupé d'autre chose... Ah, c'est autre chose que Fruits Basket
- Boichi, pour ses dessins exceptionnels : les personnages deviennent hyper expressifs sous sa plume, et il est capable d'exprimer la force et l'amitié en une seule et même vignette... Je ne connaissais pas ce dessinateur, mais je ne pense pas l'oublier de sitôt.



On a moins aimé 
- le trop plein des très jeunes personnages féminins dénudés, pourtant je ne suis pas spécialement coincée là-dessus... ou alors je le deviens ! 
- de même, les représentations de cadavres déchiquetés est certes nécessaire, mais pourra influencer l'acquisition ou non du manga, en fonction de votre sensibilité. 

Vivement la suite de ce seinen bien rythmé ! Elle vient de sortir...

SI VOUS N'AVEZ RIEN COMPRIS à ce que je vous ai raconté, ce qui est fort possible, allez voir la vidéo d'un connaisseur, un vrai ! 


FUJIWARA ; BOICHI. Terra Formars - Asimov 1. KAZE, 2015. ISBN 978-2-82032-847-2


dimanche 18 juin 2017

Larme de rasoir spéciale couverture déprimante : Le Petit Criminel - Christophe Léon (2013)


Ah, là je suis tombée sur du lourd en terme de couverture déprimante ! 
Parlons aujourd'hui de l'ouvrage de Christophe Léon intitulé Le Petit Criminel



Autopsie de la couverture

Pour commencer, saluons l'artiste : l'illustration est signée Gilles Rapaport, dont vous pourrez admirer les travaux à cette adresse. Elle met en scène un gamin aux mains et au visage blafards, figé sur un fond rouge sang. Parce qu'il semble dénué de vie et parce que son expression reflète la détresse et le malheur, ce personnage attire notre attention. D'une main faiblarde, il tient un flingue trop gros pour lui tandis que son autre bras pend dans le vide, inutile si ce n'est à maintenir son équilibre général. Malgré la taille du pistolet, et bien que le garçon occupe à lui seule la moitié de la page, notre regard est inexorablement attiré par sa tête blanche... ou saturé par le fond écarlate ; tout dépendra de l'observateur. Enfin, remarquons que le "petit criminel" semble en cours d'effacement : les contours de son corps sont un peu flous, tandis que le bras qui tient l'arme est mangé par le rouge ambiant. Le "crime" qu'il a commis est-il en train de le tacher ? est-il en train de prendre le dessus sur son âme, au détriment de tout ce qui avait fait sa consistance jusqu'alors ?

En bref, une bonne couverture qui file bien le cafard, comme on les aime... et une belle illustration à admirer, à étudier...

... et à récompenser d'un Prozac d'Or !

L'histoire 

Du coup, j'ai lu le livre : il fallait bien s'assurer que l'histoire soit à la hauteur de la couverture ! 

Marc vit avec sa mère et son beau-père dans un appartement miteux de Sète ; à seulement quatorze ans, il a déjà plusieurs vols d'autoradios à son actif et d'autres conneries de moindre envergure au compteur. Le collège ? Il n'y va plus depuis quelques temps. Un jour, alors qu'il rentre chez lui, sa mère lui prend la tête car elle a trouvé un pistolet planqué sous une pile de vêtements et le soupçonne d'avoir introduit l'arme au domicile familial. Il dément, à la fois troublé et agacé. Quelques heures plus tard, le téléphone sonne et Marc décroche le combiné : au bout du fil, une jeune femme se présente, prétendant être sa soeur. Une soeur dont il ignorait complètement l'existence jusque là.

Le sang du garçon ne fait qu'un tour : Marc quitte l'appartement, emportant avec lui le mystérieux flingue. Au hasard des rues de Sète, et après avoir erré sur le port, il braque une parfumerie en parfait amateur pour cinq cent francs et... en profite pour acheter un shampoing pour sa mère, tant qu'il y est. Oui oui, "acheter" ; parce qu'il ne faut pas tout mélanger, dans la vie. Les billets en poche, le "petit criminel" quitte la boutique. En oubliant son shampoing. 

Au coin de la rue, Gérard, un policier, le guette ; il remarque aussitôt que Marc n'a pas la conscience tranquille et, sous prétexte de le raccompagner au collège, l'engage à monter dans sa voiture. Tous deux se connaissent bien : Gérard suit le dossier du jeune depuis longtemps, et s'est donné pour mission de l'aider à réussir dans la vie. Pourtant, lorsque le policier arrête le véhicule et demande de vider ses poches, Marc n'hésite pas à pointer son pistolet sur lui. Le pouvoir change de camp : l'homme au képi devient le taxi d'un adolescent qui vient de se fixer un nouvel objectif : retrouver sa soeur cachée !


Un film adapté en livre 

Le Petit Criminel est avant tout le titre d'un film réalisé par Jacques Doillon en 1990, dont l'oeuvre de Christophe Léon est une adaptation romanesque. On remarquera que la typographie du titre utilisée pour la bande annonce a été conservée sur la couverture du livre. 



L'histoire est la même, et il nous est indiqué sur le quatrième de couverture du livre que "L'ensemble des dialogues est extrait" du long métrage... ce qui au passage est inexact me semble-t-il, enfin là n'est pas la question. Adapter un film en livre est, quoi qu'il arrive, une prouesse à applaudir ; habituellement, la transposition se fait dans le sens inverse. 

On retrouve bien, dans le roman, le côté road movie qui a fait la force du film : avalant des kilomètres pour retrouver Nathalie la grande soeur, puis pour retourner à Sète, les personnages s'ouvrent les uns aux autres, apprennent à se connaître et à mettre des maux sur leurs vies ratées. Peut-être, à eux trois, arriveront-ils à recréer un semblant de noyau familial et ces repères qui leur manquent tant ? La grande différence entre le film et le livre reste le traitement du personnage de Gérard, beaucoup plus développé dans le roman. A tel point qu'il gagne dans la version écrite une place de dindon de la farce qui nous a moins sautée aux yeux lors du visionnage du film de Jacques Doillon : "le flic" est celui qui, pour avoir voulu aller au-delà de sa mission bête et méchante, se retrouve dans une situation improbable ; il est pris en otage par un gamin qui le force à le calécher où il l'exige et qui lui crache à la gueule tout son mal-être d'adolescent.

Lorsque Nathalie entre dans la partie, la voiture devient une sorte de cellule psychologique, un lieu où l'on parlemente, où l'on se menace à l'approche d'une situation de crise ; le plus souvent, deux personnages du trio restent à l'intérieur pour échanger tandis que le troisième est isolé, sciemment ou non. De la machination aux craintes et aux confidences, les deux jeunes gens insaisissables et bien incapables de savoir eux-même ce qu'ils veulent vont faire tourner en bourrique le policier... qui le leur rendra bien !

Ma mère avait la même, peinte en vert.
Toujours en panne, le bordel...

Je ne sais trop quoi penser du Petit Criminel, qu'il s'agisse du film ou du livre ; la peinture de l'adolescence tumultueuse et incompréhensible aux yeux des adultes me paraît réussie et mérite d'être lue, vue et étudiée. Mais l'histoire a quand même un peu vieilli. Ce n'est guère étonnant puisque le film date de presque trente ans ! Tout n'était pas rose dans les années 90, certes, mais si l'on devait transposer la situation de départ dans un cité, de nos jours, voilà ce que ça donnerait :



FLIC "_ Eh, y a quoi dans tes poches ?
JEUNE _ Un flingue ! Tu veux voir de plus près ? 
FLIC _... 

PAN ! 
Le flic s'effondre. 
 Ses douze collègues tombent sur le jeune et lui enfoncent une matraque dans le cul. 




A vous de voir ! 


LEON, Christophe. Le Petit Criminel. Seuil, 2013. 236 p. ISBN 978-2-02-109374-2



mercredi 24 mai 2017

lundi 8 mai 2017

Les Cités des Anciens 6 - Les pillards - Robin Hobb (2012)


Je dois vous dire que j'ai pris le temps de penser à ma gueule dernièrement... 

Les Chevaliers du Zodiaque, la série abrégée - 1
Allez jeter un oeil !

...d'où le petit craquage livresque suivant : 

Les Cités des Anciens 6 - 7 -  8

... talonné de près par l'acquisition bien trop impulsive pour être honnête d'une BD de l'auteure féministe Liv Strömquist : Les Sentiments du Prince Charles.  

Artiste découverte lors du PULP festival, qui s'est tenu fin avril à La Ferme du Buisson (Noisiel)

Bref, laissons ces jolis cygnes se faire de doux gros yeux sous un ciel d'orage pour retrouver les nouveaux habitants de la Cité Ancienne de Kelsingra, le vaisseau Mataf, et quelques personnages qu'on avait bien failli oublier ! 

Illustration couverture : Sébastien Hayez

L'histoire 

Les craintes d'Alise étaient bien fondées : en apprenant que Leftrin et son équipage ont réussi à mener à bien leur expédition, découvrant au passage la Cité Ancienne de Kelsingra, les Marchands du Désert des Pluies se sentent pousser des ailes. Pourtant, le marin s'est volontairement montré peu explicite : s'il est rentré au pays, c'est seulement pour toucher sa paie et rapporter celle des jeunes gardiens de dragons restés sur place. Pas question de montrer le chemin à qui que ce soit : chacun porte sa croix, et personne ne lui a filé aucun tuyau, à lui. Le Conseil des Marchands refuse toutefois de lui payer son dû, faute de preuves et d'informations détaillées qu'il ne donnera pas : non mais c'est quoi ce chantage ? Il en ressort outré par si peu de confiance à son égard, mais les Anciens Malta et Reyn Khupprus sauront lui apporter la reconnaissance qu'il mérite.

L'accouchement de Malta est mouvementé ; elle perd les eaux au retour du Conseil, avant même d'avoir regagné sa chambre. Etendue entre deux passerelles de lianes suspendues, elle hurle à la mort jusqu'à l'arrivée d'un inconnu chalcédien... qui ne lui vient pas du tout en aide et semble plus intéressé par sa couronne d'écailles que par son état. L'homme la transporte à l'intérieur d'un bordel et la boucle dans une cellule miteuse, où elle accouche pour de bon avant de s'échapper grâce à son audace et à quelques coups de poignard heureux. 

L'enfant, déjà très écailleux, est d'une faiblesse inquiétante... même si Malta se réjouit qu'il soit toujours vivant. Si seulement Reyn était auprès d'elle ! Or, son mari est monté à bord du Mataf, où l'on discute déjà d'un départ anticipé... 

Leftrin reconnaîtra-t-il ses compagnons de route lorsqu'il reverra la Cité des Anciens ? Rien n'est moins sûr, tant les dragons et leurs gardiens évoluent rapidement dans les airs et les eaux magiques de Kelsingra. Sintara parvient à prendre son envol et à rejoindre l'antre de ses aïeux ; les quelques heures qu'elle y passe suffisent à la transformer et à la renforcer. Thymara et Kanaï passent la nuit la cité et prennent conscience de leur statut d'Ancien, au fur et à mesure que leurs écailles se teintent de couleurs vives. Oui oui, Thymara couche avec Kanaï dans une chambre bien douillette tandis que Tatou crève de jalousie de l'autre côté du ravin, joie totale ! Pourquoi sa copine a-t-elle cédé aux ardeurs ce type perché, alors qu'elle s'est toujours refusée à lui ? Il se le demande, nous aussi, et ... elle aussi, d'ailleurs !! 

Bref, c'est son choix, et c'est...



Le retour de l'ex maléfique ! 

Le dépit du jeune gardien tatoué l'amène à demander des conseils aux gays à Sédric et à Carson, eux qui semblent avoir une vie amoureuse épanouie. Si Carson sait trouver les mots qu'il faut, justes et francs bien que désagréables à entendre pour Tatou, Sédric se rembrunit l'espace de quelques minutes. La jalousie est un sentiment qu'il connaît bien ! Ah, pour ça, il peut remercier ce connard de Hest Finbok et sa tendance à fourrer sa queue partout ! Mais à quoi bon se prendre la tête, l'amant qui l'employait comme secrétaire ne fait plus partie de sa vie, et c'est tant mieux. 

Or, seules les montagnes ne se rencontrent jamais. Hest a eu vent du retour de Leftrin, et, poussé par son père tout aussi calculateur et ambitieux que lui, il compte bien embarquer pour prendre d'assaut ces contrées oubliées. Après tout, si Alise fait partie des découvreurs potentiellement bénéficiaires des richesses de la Cité, il peut faire jouer son statut de mari pour racler quelques morceaux de choix ! Entre sa femme qui a noué une relation digne de ce nom avec le capitaine Leftrin et son amant qui roucoule tranquillement entre les bras costauds d'un bear, Finbok risque fort d'être surpris par le bonheur de ses anciens larbins. Les retrouvailles s'annoncent explosives ! Une traversée du fleuve, ça vous change une épouse soumise et un ami docile... 

BEAR POWER !

Des écailles aux écus 

Hest ne vient pas juste pour régler ses comptes et s'en foutre plein les poches. Il est aussi à la botte d'un Chalcédien qui l'a chargé de récupérer des écailles de dragons afin de soigner le Duc malade... d'être vieux, ni plus ni moins. Comme nous l'avions déjà compris dans le tome précédent, les majestueux reptiles sont devenus, au regard des hommes, des bêtes parmi d'autres. Leur chair, leurs organes et leur robe sont consommables et monnayables. Or, pour la nouvelle génération d'Anciens, et pour ceux qui ont gardé la mémoire des traditions, le dragon est le "seigneur des trois règnes" et ne peut faire le beurre des hommes. On comprend donc qu'un combat va s'engager entre ceux qui pensent écus et ceux qui brossent les écailles. A noter que l'illustration de couverture de la version poche que j'utilise (J'ai Lu) me paraît coller parfaitement à l'ambiance, puisqu'elle représente une pièce de monnaie frappée d'une tête de dragon, me semble-t-il. Au passage, Selden est toujours aussi mal traité par ses ravisseurs, tandis que sa grande dragonne Tintaglia n'est pas non plus au meilleur de sa forme...  


CDZ, la série abrégée, toujours l'épisode 1 !

Le tome "Les pillards" est un tremplin vers un feu d'artifice imminent de nouvelles aventures pour les nombreux héros des Cités des Anciens. Comme dans Les Aventuriers de la Mer, on sent que tous les personnages sont en route pour converger en un même point... qui sera sans doute un point de non retour pour certains d'entre eux. A suivre, donc !

Robin HOBB. Les Cités des Anciens 6 - Les pillards. 2013, J'ai Lu. Coll. Fantasy. 288 p. ISBN 978-2-290-07037-6