samedi 16 juin 2018

Ours mal léché


La fin de l'année scolaire approche, avec son lot d'examens stressants pour les jeunes ; j'ai du mal à trouver le temps d'écrire, et ça m'agace. D'ailleurs, est-ce vraiment une question de manque de temps ? D'autres options sont possibles : autocensure, difficultés d'expression liées à la fatigue, présence de yaourt dans le cerveau (qui a craché dans mon Yop ???), syndrome de la pinte frelatée...  



Heureusement, des spécimens sont là pour relever le niveau ! Cette année, j'ai été membre de jury pour un oral. Quand on dit que la roue tourne...

"Peux-tu citer un symbole de la République française ?

_ Pff... Euh, y a la meuf. Celle avec le drapeau, là... Maria ? Marina ?

- Presque ! 

_ Marianne ? 

_ OUI ! Bien bien... 




_Tu nous dis que tu comptes préparer un CAP Petite Enfance l'année prochaine, et du nous dis que tu es doué pour t'occuper des petits. Imagine : tu dois garder un bébé et il n'arrête pas de pleurer. Que fais-tu ?" 

Benjamin* se redresse sur sa chaise, les mains toujours sous la table. Plus tard, on verra qu'il triturait son portable tout en répondant aux questions, et on lui demandera de le ranger, parce que c'est quand même un examen, et que bon, voilà, bien qu'il ne soit plus tout à fait un élève du collège, il est tenu de respecter le règlement, et tout et tout... 

 "Bah, le p'tit, j'le pose sur mon ventre pour qu'il s'endorme !
_ ... 

_... Euh, et imagine que cette méthode ne marche pas ?

_ Ça marche toujours quand je fais ça.

_ Oui sans doute, mais voilà, cette fois-ci, va savoir pourquoi, tu as fait tout ce qu'il fallait, et pourtant il continue de pleurer ?

_ Je vous dis que ça marche toujours quand je le pose sur mon ventre !"

Une pointe d'agacement est apparue dans sa réponse.

_...

Le chrono tourne toujours, tandis qu'un silence de mort s'installe. 

Notre représentation mentale de la scène a pris tellement de place dans notre boite crânienne que nos questions potentielles ont giclé par les oreilles. Il nous faudra pas loin d'une trentaine de secondes pour reprendre contenance.


Puis nous choisirons de rester sur ce sujet qu'il maîtrise, visiblement, et nous l'interrogerons sur l'hygiène et les normes de sécurité qui s'imposent lorsqu'on a affaire à des jeunes enfants. Il soulignera à juste titre l'importance d'éviter de se droguer en présence de marmots, de veiller à éloigner une poussette des objets coupants, de ne pas exposer les nourrissons aux rixes et aux armes à feu. Après quoi nous le laisserons remettre sa casquette stylée et repartir, entre confusion et satisfaction. 

Difficile de savoir encore si Benjamin, mon chouchou officiel depuis quatre ans malgré et peut-être pour ses excentricités, deviendra puériculteur ou gérant d'un barber shop comme il le souhaiterait. D'ici dix-quinze ans, qui sait, si ça se trouve il sera à la tête d'un bar branché, beaucoup moins sur les nerfs et aussi attractif qu'un pot de miel pour sa clientèle de bears. Ce serait une belle revanche sur sa vie de merde ! 

Seuls Dieu et le Parcours Avenir peuvent savoir. 


* C'est pas son vrai nom ! 




vendredi 27 avril 2018

Panne de courant : Gibier de potence - Michèle Simonsen (2012)


La fouine a décimé le poulailler pendant les vacances ; si je tenais la bête en question, il me semble que je pourrais la tuer sans trop me mettre ma bonne conscience à dos. Mais cela n'arrivera pas, car il s'agit en fait d'un animal apprivoisé que des voisins malveillants viennent glisser dans les granges à la tombée de la nuit, et qu'ils récupèrent ensuite. Ces gens me dégoûtent. On le sait, mais on n'arrive jamais à les choper. Tout le monde sait, personne ne voit.  
La Dordogne est un coin superbe, mais sa population compte un bon nombre de spécimens à la mentalité douteuse. Mais je balancerai pas plus que ça sur ma région d'origine, parce que je m'y suis attachée comme on s'attache à sa famille : inconditionnellement, sans trop savoir pourquoi.      

Avec tout ça, j'ai complètement oublié de rapporter mes livres de bibliothèque avant de partir en vacances à la campagne. C'est un comble pour une documentaliste, un peu ! Surtout que j'en ai lu deux sur trois au final ! 


Panne de courant : Gibier de potence - Michèle Simonsen


En lisant le titre puis le résumé au dos, après avoir jeté un oeil aux pendus dessinés sur la couverture, je me suis dit : "tiens, une histoire qui va sûrement parler de la peine de mort, voyons comment ça se présente !".   

Le début du livre commence aux premières minutes d'un film d'épouvante : Martin profite de l'absence de ses parents le temps d'une soirée pour inviter ses deux meilleurs amis à regarder des DVD chez lui. Alors qu'ils ont choisi le film et sorti les bonbons, une panne de courant plonge la ville dans le noir. Ils n'ont plus qu'à se raconter des histoires. 

Martin commence ; sans préciser s'il fabule ou s'il dit vrai, il se lance dans la narration d'une drôle d'aventure qui lui est arrivée un jour qu'il jouait avec des copains sur la colline de Montgibet. D'ailleurs, il se souvient qu'il était tout près de gagner cet après-midi-là, jusqu'à ce qu'il trébuche sur une mandragore et la déterre involontairement : le voilà maudit, d'après les dires de la racine parlante ! Il devrait le savoir : personne n'a le droit d'arracher de terre ces plantes magiques qui poussent sous les potences de Montgibet, arrosées par les dernières larmes des pendus ! Martin ne comprend rien à ses plaintes : au Danemark, on ne condamne pas à mort, et il n'y a pas de potence à Montgibet. Alors il appelle ses amis, mais ils semblent avoir disparu ; il finit par comprendre que son méfait l'a projeté trois siècles plus tôt, à une époque où on ne rigolait pas avec la magie, où les apothicaires détenaient le pouvoir, et où on pendait les gens comme on pèle les patates !    



Au fil des (mauvaises) rencontres et des quiproquos, toujours talonné par sa mandragore collante et malveillante, Martin se retrouve vite condamné à mort... Va-t-il s'en sortir ? 

Spoiler : oui 

Ce roman pour enfants (tout à fait compatible avec les 6°-5°) se lit d'une traite ; même si le dénouement est assez prévisible, Michèle Simonsen parvient à maintenir une atmosphère un peu stressante en coinçant son héros dans une spirale de poisse et d'absurdité à la Kafka. Les chapitres s'enchaînent logiquement sans casser la dynamique du livre, on n'abuse pas des flashbacks et autres allers-retours temporels, tout en abordant plusieurs sujets : la peine de mort, mais aussi le respect des animaux et la justice. Court et efficace ! De plus, je n'avais pas lu d'histoire de mandragores depuis Harry Potter, et c'est toujours appréciable : y a tellement de choses à broder autour des vertus légendaires de cette plante, et de sa racine en particulier !    


Gibier de potence est le premier tome de la série Panne de courant ; je suppose que les prochains volumes mettront à l'honneur les expériences de Jon et Sofia, les deux invités de Martin, mais pour l'instant je ne les ai pas lus. Vous aurez plus d'infos sur le blog de l'éditeur Oslo Editions, que je découvre aussi... peut-être trop tard, vu que les dernières publications datent de 2015. 

L'oeuvre de Michèle Simonsen m'est également étrangère, mais elle a visiblement réalisé plusieurs albums pour les jeunes enfants, dont un remake du Petit Chaperon Rouge qui s'intitule Le Chat Ventru. Intrigant au possible !  
   
Michèle SIMONSEN. Panne de courant : Gibier de potence. Oslo Editions, 2012. Coll. Oslo Poche. 72 p. ISBN 978-2-3575-4075-0

mardi 24 avril 2018

Le Fou et l'Assassin 4 - Le retour de l'assassin - Robin Hobb (2017)


En mars dernier, j'ai vu Robin Hobb au Salon du Livre de Paris. Pour de vrai, et pendant une pleine minute. Ouais, c'est encore difficile à réaliser, mais je me suis trouvée face au cerveau et au coeur qui ont fait naître Fitz, le Fou et tous les autres. Le moment était terriblement émouvant, trop pour que je puisse le raconter dans les détails aujourd'hui. J'espère ne jamais perdre une miette de ce souvenir.


En attendant de voir de quoi il retourne dans ce volume 5 dédicacé, il est nécessaire de faire le point sur le quatrième tome de la série : Le retour de l'assassin. 


"Encore une histoire de canassons ?!"

 Où est-ce qu'on en était ? 

Alors, pour être honnête, j'ai tourné les dernières pages du volume il y a facilement deux mois, donc je vais essayer d'être claire et de ne rien oublier de crucial.

Abeille a disparu, et son père, impuissant, tourne en rond comme une poule autour du seau d'eau dans lequel l'un de ses poussins se noie. Il aimerait partir à sa recherche mais n'a aucune idée de la direction à prendre. Cette fois-ci, ce n'est pas Umbre qui pourra le guider, et pour cause ! Le vieux mentor subit les conséquences physiques et mentales de ses passages trop fréquents à travers les piliers d'Art : il semble n'avoir plus toute sa tête et doit rester alité. Fitz lui-même porte encore des séquelles d'une dernière traversée magique bien périlleuse. 

Même son meilleur ami le Fou se montre peu coopératif car il est animé d'un désir de vengeance qui a tendance à le rendre égoïste. Que son Catalyseur se lance à corps perdu pour délivrer leur fille commune (ouais, longue histoire, cf. les tomes précédents) qui a sûrement été victime d'un enlèvement ne l'arrange pas : pendant ce temps-là, ses agresseurs se promènent toujours dans la nature.

Toujours enfermée avec Évite dans sa cage dorée, Abeille observe les tensions qui opposent la manipulatrice "blanche" Dwalia et le commandant Ellik. Parallèlement, elle prend conscience du dangereux pouvoir que détient Vindeliar, le violeur au visage d'ange capable de modeler à sa convenance la pensée et les souvenirs des malchanceux qui croisent son chemin. Si pour la petite fille, ces querelles d'adultes n'ont encore que peu de sens, Evite a bien compris que leurs désaccords pourraient être des failles à exploiter, si possible rapidement : le secret d'Abeille ne pourra pas être caché éternellement ! Tant que ses ravisseurs la prendront pour un garçon, tout ira bien. Mais après ?

En loup solitaire, Fitz aiguise ses armes ; il compte bien partir seul. Sans le Fou, qui le prendra mal, mais tant pis. Sans Lant, bien que le vieil Umbre peut-être pas si grabataire que ça, en fait ! le lui ait mis dans les pattes. Sans garde rapprochée, en dépit des recommandations de la famille Loinvoyant. Il sauvera Abeille et Evite, s'il est encore temps. S'il découvre qu'elles sont mortes, les malfrats paieront le prix fort. Mais quand, et dans quelle direction ? 

Un pas en avant, deux pas en arrière 


"La meilleure façon que je connaisse d'empêcher mes pensées de tourner en rond, c'est de prendre ma hache et d'essayer de tuer quelqu'un" 

C'est sur ces lignes que s'ouvre le quatrième tome de la série Le Fou et l'Assassin : Robin Hobb nous annonce la couleur ! est-on tenté de penser. Mais les 300 pages suivantes n'auront rien à voir avec cet avant-goût de boucherie. Fitz et ses amis vont énormément tourner en rond, pour ne pas dire stagner aux alentours du château de Castelcerf, parlementer, hésiter, tenter en vain de se mettre d'accord sur la gestion du clan d'art. Les fans de l'univers des Rivages Maudits et des guerres psychologiques y trouveront leur compte, mais tous les autres devront s'accrocher ! Les échanges de bons procédés entre l'Assassin Royal et ses amis, rythmés par des "non, je pars seul", des "mais c'est trop dangereux, il faut absolument que quelqu'un t'accompagne" et des "non mais c'est mon problème, je dois le régler seul, sans mettre en péril la vie d'innocents, après tout j'ai déjà tellement de morts sur la conscience !" ont de quoi agacer. En revanche, la peinture d'un personnage principal qui se sent vieillir et qui fait de son mieux pour s'adapter aux nouvelles contraintes fixées par son corps reste convaincante ! 



Heureusement que la rencontre de Fitz avec le détestable Ellik que nous avions rencontré à la fin des Cités des Anciens tient toutes ses promesses, frisant même le gore, et que les nouveaux personnages dévoilent leur complexité. On deviendrait presque plus curieux de l'évolution de ces as du travestissement que sont devenus Cendre, d'Abeille et le Fou revigoré, que du parcours du héros...

Dessin de Pénélope Bagieu (Culottées 1)
Dans la BD en question, il ne s'agit pas de travestissement mais de femmes barbues.
 Mais ça m'a quand même évoqué Cendre et le Fou.


Désolée par avance pour les imprécisions et oublis que vous pourrez lire dans ce billet ! Une fois n'est pas coutume, j'ai tardé avant de l'écrire. N'hésitez pas à laisser des remarques en commentaire. 

Robin HOBB. Le Fou et l'Assassin 4 - "Le retour de l'Assassin". J'ai Lu, 2017. 510 p. ISBN 978-2-290-14369-8

vendredi 20 avril 2018

Les cancrelats, à coups de machette - Frédéric Paulin (2018)

Merci à Babelio et aux éditions Goater pour l'envoi du roman de Frédéric Paulin Les cancrelats, à coups de machette, dans le cadre de l'opération Masse Critique !


6 avril 1994. François est un jeune boxeur Tutsi qui s'entraîne dur pour se faire une place dans un Rwanda à feu et à sang. Au moment où il atteint la renommée en venant à bout du Maillet, son adversaire Hutu, le président Habyarimana est assassiné. Cet événement, qui officialise le génocide déjà en cours dans le pays, va l'empêcher de profiter pleinement de sa victoire : il est contraint de quitter le ring pour échapper à son public _majoritairement Hutu, et se lance avec lui dans une course poursuite en plein Kigali pour sauver sa peau. Hors du ring, il n'est plus qu'un cancrelat parmi tant d'autres, un cancrelat qui porte des gants de boxe, certes, mais un cancrelat quand même. Son marathon sanglant l'emmènera plus loin que prévu, jusque dans la cellule d'un commissariat où il vivra l'enfer... Quelques rues plus loin, son amie Dafroza s'est résolue à quitter sa mère pour rester en vie ; dans sa fuite, elle croise Marie-Ange, qui semble bien porter son nom, mais pas tant que ça en fait. Elle restera en vie, mais tout comme son compagnon, elle se demandera longtemps si la mort n'aurait pas été un sort préférable.

Vingt ans plus tard, le colonel Jean Dante s'arrache les cheveux en parcourant différentes régions d'une France encore abasourdie par les attentats : en Gironde, près de Paris et maintenant en Bretagne, on a retrouvé plusieurs cadavres découpés de Rwandais qui se sont avérés être des figures du Hutu Power. Qui, pourquoi, et pourquoi de cette manière ces hommes ont-ils été tués ? C'est à lui que revient la lourde tâche de résoudre la sordide affaire. Pour l'aiguiller dans son entreprise, il ne peut compter que sur Tue-Mouche, un soldat dont il sait bien peu de choses sinon qu'il a bourlingué aux quatre coins du monde, sur une mystérieuse jeune femme Tutsie, et sur ses propres souvenirs de missions menées au Rwanda pendant le génocide. Pas de chance pour lui, ses alliés de choc semblent avoir fait voeu de silence et il se retrouve rapidement bloqué dans son enquête. Dante se résigne alors à faire appel à la juge Hidalgo, une quarantenaire peu familière du terrain mais néanmoins au fait de l'implication de la France lors du massacre des Tutsis.

Les cancrelats, à coups de machette est le troisième volet d'une trilogie de romans policiers ficelés par Frédéric Paulin et publiés aux éditions Goater. Cette fiction s'appuie sur les réalités d'une période sombre _et trop vite tombée dans l'oubli_ de l'humanité, du Rwanda et de la France. En effet, peu d'écrivains ont osé ouvrir leur bouche et faire couler l'encre à ce sujet. Si on ferme déjà à demi les yeux sur les images du massacre des Tutsis et des Hutus modérés par les Hutus extrémistes, sur les chiffres impressionnants mais abstraits de 800000 assassinats perpétrés en quelques semaines, on a carrément blackouté le rôle des forces Françaises présentes au Rwanda pendant les événements. Lui l'a fait. Par le biais d'une enquête policière et à travers des personnages qu'on voit évoluer à travers le temps, au gré des traumatismes qu'ils subissent qui impacteront irrémédiablement leur mental, au fil de l'Histoire qui s'écrit sous leurs yeux et qui les font devenir tour à tour proies et chasseurs, Frédéric Paulin décrit et dénonce.

Il m'a semblé que le travail d'enquête passait finalement au second plan dans Les cancrelats, à coups de machette. A la moitié de cet ouvrage qui se compose de six parties, les ficelles se dessinent lentement mais sûrement ; il n'y a plus guère que Dante pour s'exaspérer de devoir naviguer à vue. La vraie force du livre de Frédéric Paulin, c'est sa valeur de témoignage et sa capacité à nous montrer l'intérieur d'une jeune femme perspicace et d'un boxeur plein d'enthousiasme qui se désintègrent à force d'être piétinés par la cruauté et l'injustice de leurs semblables.  

On ne pourra jamais comprendre ce qu'on n'a pas vécu soi-même. Mais cette vérité ne doit pas nous empêcher de nous sentir concernés par ce que vivent les autres. Voilà sans doute l'un des messages que cet auteur déjà primé pour ses romans noirs a voulu nous faire passer ; en tous cas, c'est ainsi que je l'interprète. Au final, mes connaissances du "génocide rwandais" sont toujours minces, puisque comme beaucoup de monde, j'ai bien pris soin de ne plus me confronter aux quelques images entrevues à la télévision en 1994, mais cette lecture m'a permis d'en savoir plus et de dessiner quelques repères pour mener des recherches plus approfondies. Les cancrelats, à coups de machette est la preuve que l'importance des œuvres de fictives dans la transmission de l'Histoire n'est plus à démontrer.  

Attention : comme vous pouvez vous en douter, ce livre s'adresse a un public adulte, en raison des scènes de torture et de massacre qui y sont dépeintes.

N'étant calée ni sur l'Histoire du Rwanda, ni sur les autres ouvrages composant la trilogie de Frédéric Paulin, il est possible que j'aie commis des erreurs ou des imprécisions dans ce billet. Que personne ne s'en sente froissé ; laissez-moi simplement un commentaire sur le blog ou sur la page Facebook pour que je puisse assez rapidement rectifier le tir ! 

Frédéric PAULIN. Les cancrelats, à coups de machette. Editions Goater, 2018. Coll. "Noir". 240 p. ISBN 978-2-918647-48-5   
Ill. couverture : Pierre Macé 




mardi 10 avril 2018

"Inch'Allah tu vas perdre !!!", le tournoi de foot du collège

Ah tiens, je ne crois pas vous avoir encore parlé de ce tournoi de foot qui étrenne le printemps dans notre collège depuis quelques années. Il faut absolument remédier à cela. Tous les ans, donc, les professeurs d'EPS organisent une compétition inter-classes qui se déroule dans le gymnase voisin ; l'objectif est de constituer pour chaque division une équipe de sept filles et une équipe de sept garçons (ou six ? je sais même plus !), et de les faire s'affronter par niveaux (6°,5°,4°,3°). Les élèves qui ne sont pas sélectionnés dans l'équipe de foot de la classe participent à des activités sportives organisées en parallèle et rapportent ainsi des points supplémentaires à leurs camarades. A la fin, la classe qui compte le plus de points a gagné. 

Dit comme ça, on pourrait croire que le projet est une usine à gaz mais ce n'est pas le cas ; bien qu'elle arrive assez tard dans l'année, j'ai le sentiment que cette action a un impact positif sur la cohésion de classe et sur le climat scolaire ; d'ailleurs, à chaque rentrée, nombreux sont les petits qui nous demandent si la compétition est reconduite.



"Entre les profs absents, les cours qui sautent, les voyages scolaires et les vacances, est-ce que nos enfants n'ont pas plus besoin de soutien en maths et en français plutôt que d'un tournoi de foot ?" râlait un parent d'élèves à la dernière remise des bulletins. Pas forcément... Au pire, si le décrochage scolaire était causé ou aggravé par une demi-journée sportive, ça se saurait.

Aujourd'hui, on a pu profiter du spectacle proposé par les 5° puis par les 4°, et c'était vraiment du bonbon pour les yeux, comme dirait Seiya dans la parodie des Chevaliers du Zodiaque !




D'abord, dès le début des matches, quelques individualités crèvent l'écran d'office : on pourrait les désigner comme "celles et ceux qui s'y croient" ! Depuis trois semaines, ils se préparent à l'événement, fébriles. Ils jouent au foot en club, ou pas, mais ils veulent absolument faire gagner leur classe, si possible marquer et glaner une certaine notoriété au passage. Aujourd'hui, c'est Olive et Tom version futsal 93 et sans Roberto. Au final, ils vont beaucoup se fatiguer en exhortations et saouler leurs coéquipiers beaucoup plus terre à terre. Leur classe ne gagnera pas à cause de ceux qui ont séché le tournoi : de toute façon, y a pas cours.

Ensuite, on distingue les joueurs qui font le spectacle. Eux, les points, les buts, ils n'en ont rien à battre. Ils veulent "juste" faire sensation et entrer dans les annales du collège. C'est ainsi que la jeune Clarisse* a fait quatre plongeons glissés aussi spectaculaires que volontaires, dont l'un s'est conclu par un vol plané de basket qu'on sentait très étudié. Je pense que son intérêt était principalement de se faire remarquer et/ou de se faire plaindre, à moins que ce ne soit un moyen de faire oublier sa performance footballistique ? Allez savoir ? Enfin, elle a fini par agacer tout le monde, et ses copines de classe en premier lieu. 



Juste après viennent les princesses et les Cristiano. Exemple parfait : Anna*. Anna ne daignera shooter dans la balle QUE lorsque sa classe sera arrivée en finale ET qu'on lui enverra un caviar. En attendant, tout boulet de canon arrivant vers elle de manière imparfaite finira en touche, elle ne se bougera pour l'intercepter que si ça en vaut vraiment la peine. Et puis hors de question qu'elle s'abaisse à enfiler complètement ce chasuble mauve et crasseux ! Anna estime n'avoir rien en commun avec cette bande de gamines qui portent le même qu'elle. Au bout de deux minutes trente de jeu, la capitaine _car oui, elle a été désignée capitaine ! En fait, elle n'acceptait de jouer qu'à cette condition..._ se fait remplacer par une doublure chargée de suer à sa place...

... et qui va bientôt envoyer le ballon dans le bide de la gardienne adverse, produisant un bruit sourd. Ah, les gardiens, parlons-en. Quand tu es au collège, il existe des milliers d'excellentes raisons pour que tu finisses gardien : genre si tu es enrobé, si tu es grand, si tu es mal intégré dans ta classe mais quand même assez sympa pour qu'on n'ait pas osé te recaler complètement de l'équipe, si tu es en surpoids, si tu es mauvais au foot ou encore si tu es un peu gros. Ou alors, si tu joues au foot en dehors de l'école et tu es VRAIMENT gardien dans ton club ; là, c'est une autre histoire ! C'est un poste périlleux que celui de goal : en effet, ton suicide social peut-être paraphé au moindre but gag que tu encaisses. Faut pas oublier que quand les élèves déroulent leur jeu, ils ont une petite centaine de spectateurs de leur âge assis (ou pas) aux premières loges ; inutile de préciser ces derniers ne sont pas spécialement venus en mode Virage Sud. Enfin, certains si, mais pas tous, vraiment !



Or on sait tous que les plus beaux matches se jouent en tribunes, surtout lorsqu'il y a du beau monde dans les gradins. Entre autres, tous les pas sportifs, les électrons libres et les victimes qui ont du se rabattre sur les ateliers d'athlétisme, et qui, au lieu d'encourager les joueurs de leur classe, vont leur lancer des INCH'ALLAH VOUS ALLEZ PEERDRE ! gorgés de fiel. 

Les élèves arbitres _ouais, ce sont les petits qui arbitrent, pour une meilleure mise en responsabilité et tout et tout !, les élèves arbitres, donc, sifflent la fin du match. Les joueurs doivent alors laisser leurs maillots de couleur sur le bord du terrain pour que les équipes suivantes puissent les revêtir, ou alors ils les remettent directement aux gamins des autres classes, s'ils les connaissent. Comme les profs font alterner les parties des filles et les parties des gars, l'échange de chasuble inter-match peut devenir éminemment stratégique. Chacun sa technique d'approche. J'ai cru comprendre que quand une fille, jette son chasuble à la gueule d'un gars en même temps qu'un dédaigneux "Inch'Allah tu PERDS !", il y a de grandes chances pour qu'il ait un ticket avec elle. 



Après observation, voici une ébauche d'une typologie du jet de chasuble. Complète qui voudra. 

  • chasuble posé à l'envers au sol : "Je me fous de celui qui passera après moi, il est forcément mauvais."
  • chasuble jeté violemment au sol : "Pourquoi j'ai tenté cette talonnade merdique ? c'était perdu d'avance, ma réputation est foutue. En plus, on est éliminés !"
  • chasuble abandonné au milieu du terrain  : "Je me désolidarise de cette classe, ils sont trop mauvais au foot". Ou alors : "Chez moi, c'est ma mère qui ramasse les fringues, et je trouve ça plutôt bien pensé."
  • chasuble lancé sur un coéquipier / une coéquipière : "Tiens, sens mes phéromones, je viens en paix !". Réponses probables : "Baaah espèce de CRASSEUX !!!"  ou "Inch'Allah tu TOMBES en jouant !!!"
Puis le sport reprend le dessus, enfin en principe. Parfois, il arrive qu'une équipe soit à l'ouest et ne réponde pas à l'appel, laissant poireauter l'adversaire ; cela peut être une bonne stratégie. Mais c'est surtout une occasion en or de faire péter un câble aux profs d'EPS. Et je crois qu'on tient là l'un des bonheurs simples du collégien.


Ahah, cette année, un petit Bonus Chiottes est venu pimenter la compétition, ouais ouais ! 

Chiottes d'Or 2018
Tu arrives dans le gymnase avec ton petit groupe d'ados bien chauds après une session course - saut - lancer de poids, et là, c'est le drame ! Une sympathique odeur de chiottes vous motive à presser le pas...  

Bordel ! Mais non ! Pourquoi le ciel nous fait-il cette galéjade ! 
Le tournoi a lieu UNE fois, une SEULE fois dans l'année, et il faut que la plomberie nous lâche ce jour-là ! 


"_Ca sent le pet ! commente une collègue.
_ Non, ça sent les égoûts ! rectifie un autre.
_ Ooh c'est plutôt la merde, ça !"

C'est alors que Naia envoie un missile sur Mars, interrompant les conversations des adultes et annonçant la couleur. Vous connaissez Naia. Tout le monde connaît Naia (cf. le billet sur le PPMS). Naia, c'est l'envoyée spéciale de Closer au collège, friande de rumeurs et de ragots, agitée et insolente comme toute future 4° qui se respecte, assez costaud mais tellement forte en gueule que personne ne songerait à la traiter de grosse, de peur de finir décapité par une punchline. Eh bien, l'énergumène est également efficace en attaque. Lorsqu'elle entre en jeu, les mecs de son voisinage s'arrêtent de respirer et la montrent du doigt en disant à d'autres avec une pointe d'envie : "tu vas voir, elle c'est un pitbull, frère !!" Et quand elle finit par marquer une patate depuis ses propres cages ou presque, les spectateurs crient et tapent dans les mains, y compris ceux qui la détestent. Et il y en a un paquet ! Seul le vacarme des plombiers parvient à couvrir la clameur.

Ce billet est en construction car les 3°concourent demain après-midi. Ouais ouais, juste après avoir transpiré sur leur brevet blanc ! Du dossier en perspective ! 

Désolée pour les fautes, j'ai la flemme de relire ! 

* J'ai modifié les noms des gosses !


samedi 10 mars 2018

L'Étincelle et la plume - Une poétique de l'entre-deux dans l'oeuvre de César Moro - Gaëlle Hourdin (2016)

Lorsqu'elle a publié L'étincelle et la plume - Une poétique de l'entre-deux dans l'oeuvre de César Moro, Gaëlle Hourdin ne se doutait peut-être pas qu'elle compterait parmi ses lecteurs quelqu'un qui.. 

... ne connaissait pas du tout l'oeuvre de Moro 
... n'avait jamais appris un mot d'espagnol 
... n'avait pas lu un ouvrage universitaire depuis quelques années !  

Au passage, merci à Babelio et aux Presses Universitaires du Midi pour l'envoi de cet ouvrage, dans le cadre de l'opération Masse Critique.


Et pourtant !

Le combat aurait pu sembler perdu d'avance ! Comme quoi, on ne peut jamais être sûr de rien. Si vous êtes un minimum intéressés par les cercles surréalistes, vous aurez forcément envie d'en savoir plus sur ce poète qui en a fait partie pendant quelques années. Si, vous aussi, la poésie vous laisse de marbre, laissez quand même une chance à cette étude de Gaëlle Hourdin : en effet, elle saura vous démontrer comment César Moro a su s'approprier l'espagnol, sa langue maternelle, et le français, sa langue "de coeur" pour créer un langage poétique hybride d'une grande richesse.

Artiste péruvien, César Moro a survécu à la première moitié du XX°siècle. S'il s'est surtout illustré par ses peintures et ses poèmes, il a également réalisé des "collages", dont celui qui figure en couverture du livre. Dans l'Etincelle et la plume, livre dont le titre fait référence à un texte de sa composition, il est question de l'artiste en tant que poète et auteur de L'amour à mort et de La Tortuga ecuestre. 

L'étincelle et la plume s'organise en trois temps : le premier est consacré à l'analyse de l'écriture du poète, à travers l'étude détaillée de plusieurs textes. Le deuxième se concentre sur la figure de l'amant telle qu'elle est traitée dans son oeuvre _sachant que la thématique de l'amour y est omniprésente, et la dernière aborde la réflexion de Moro sur sa propre démarche de création. 

Dans chaque grande partie, l'auteure met en évidence l'idée d'"entre-deux" qui tapisse toute l'oeuvre d'Alfredo Quispez Asin, dit César Moro. Si son écriture revendique le droit à cracher des textes dénués de sens au profit de leur beauté sonore, présente beaucoup sur les images paradoxales, joue beaucoup sur les inversions et les anagrammes, la façon dont il traite "l'être aimé" dans ses poèmes n'est pas à l'abri d'un tiraillement constant entre sensualité qui doit s'exprimer à tout prix et l'amour "sublimé" propre aux romans courtois.

Il est difficile d'étaler son avis sur l'oeuvre d'une "spécialiste" d'un artiste et d'une tranche importante de l'histoire littéraire _Gaëlle Hourdin est docteure en littérature hispano-américaine, lorsqu'on n'a pas le dixième de ses connaissances dans le domaine. Si la lecture de cette étude reste ardue _un peu trop pour moi, on notera que L'Etincelle et la plume reste accessible grâce à sa structure et à la façon dont l'auteure sait redonner vie à un homme en évoquant simplement ses textes. Difficile de trouver une meilleure passerelle vers l'univers complexe d'un poète qui semblait l'être tout autant !  

Gaëlle HOURDIN. L'Etincelle et la plume - Une dialectique de l'entre-deux dans l'oeuvre de César Moro. Presses Universitaires du Midi, 2016. ISBN 978-2-8107-0461-3 




jeudi 1 mars 2018

Bonne pioche pour Le Nid - Cocon ludique (Paris)


Au mois de février, j'ai rejoint quelques copines qui passaient leur après-midi au Nid - Cocon ludique, un bar à jeux de société parisien qui commence à être bien connu. Situé à la limite du Marais (non, c'est pas pour ça que j'en parle), l'établissement dispose aussi d'une boutique de jeux en tous genres où chacun doit pouvoir trouver son compte, aussi bien les clients qui ont été séduits par le jeu de plateau qu'ils ont testé dans le bar, que celui qui cherche le card battle miracle susceptible de canaliser ses mioches accros à la bataille corse, que le connaisseur en quête de nouvelles créations...  


Logo pris sur le compte Twitter du bar

Le plus dur, c'est de trouver la case départ : une fois que vous êtes dans la rue Chapon, cherchez une fresque de street art colorée, approchez vous des portes en fer forgé situées à proximité, et tentez de distinguer la poignée. Ensuite, tirez dessus vigoureusement, car elles sont assez lourdes, et entrez ! Félicitations, pour avez débloqué un niveau !

Dungeon Monsters 
Image piquée ici

A partir du moment où vous vous installerez à votre table, vous pouvez lancer vos dés tranquillement, mais en gardant en tête les règles du jeu

  • L'accès aux jeux coûte 3€ par personne, que vous restiez une heure ou six. En d'autres termes : c'est vraiment pas cher ! 
  • D'ailleurs, vous vous demanderez si quelque chose est prévu pour survivre aux parties interminables qui font le charme du UNO où personne n'arrive à refourguer ses dernières cartes après un énième changement de sens, du jeu de l'oie quand tu n'atteins jamais pile poile la case d'arrivée et que du dois reculer, des petits chevaux quand personne n'arrive à faire le six pour démarrer... Sachez donc que Le Nid propose aussi une carte intéressante de ravitaillements baptisés "Grignotes", ainsi que des boissons. Il faut consommer quelque chose à son arrivée, et de renouveler sa boisson toutes les deux heures. 

Au premier abord, vous vous insurgez, vous vous dites que les mecs ont trop fumé les cartes chance du Monopoly, et que non, personne ne nous forcera à lever le coude, même si c'est pour du sans alcool, même si on se fera de toute façon moins dépouiller que si on été allées descendre des cocktails vingt mètres plus loi ! Mais en y regardant de plus près, y a pas à râler, c'est de bonne guerre : le tarif d'accès aux jeux est quand même cadeau ! Il va sans dire que les conditions sont clairement annoncées dès l'arrivée des clients ; pour avoir débarqué bien après mes copines, je n'ai pas été prise en traître : un gars de l'équipe du Nid m'a rapidement présenté le principe de la maison.      




En bonne autiste, je suis plutôt du genre à fuir les jeux de société car je suis souvent à côté de la plaque malgré de sincères efforts pour entrer dans la danse. Je suis entrée dans le nid à reculons donc, parce que, parfois, faut quand même faire honneur aux copines qui prennent le temps de planifier des sorties et de vous y inviter ! Eh bien, au final, les heures sont passées sans qu'on s'en rende compte, et l'ambiance "cocon ludique", accueillante et détendue, n'y est pas pour rien. Comme nous étions libres de choisir, de tester les boîtes qui nous disaient bien, de les amener à notre table puis de les ranger nous-même, sans pression, nous avons pris notre temps avant d'opter pour des jeux qui risquaient de faire mouche : Trôl et Compatibility

Trôl, c'est trop bien !!
Bon ok, j'ai pas tout compris au décompte des trophées et des petits jambons, mais je pourrais rester des heures à admirer les cartes et à inventer des histoires à partir des personnages.

Bonus track : lorsque les règles sont un peu difficiles ou excessivement nombreuses, vous pouvez faire appel à un Dixitologue ou à un Carcassonniste qui viendra vous expliquer comment ça marche ce truc-là. Ouais, je charrie, mais on peut vraiment parler de professionnels du jeu de société, à ce niveau-là : autant je ne prétends pas avoir lu "tous les livres du CDI" après quelques années d'exercice dans le même collège, autant j'ai l'impression qu'eux, ils ont une très bonne connaissance des jeux disponibles dans leur fonds ! C'est plutôt fascinant. 

Le problème des enseignes de qualité, qui attirent du monde et qui ne vous chassent pas au bout de quelques heures pour laisser la place aux suivants, c'est qu'elles se remplissent vite. 

Bordel, pourquoi le V est-il si proche du B ?
Aussi est-il plus sage de passer un coup de fil pour réserver une table avant de vous déplacer...

Parce que de nos jours, ce genre de détails peut faire toute la différence, signalons que le site Internet vous fournit toutes les informations pratiques dont vous avez besoin et ce, sans risquer de vous perdre dans l'espace temporel qui sépare deux rubriques, car il est bien structuré. La navigation est aussi simple depuis un ordinateur que si l'on passe par une tablette ou par un smartphone, me semble-t-il. Sinon, et bien que ce site soit mis à jour, si vous voulez être au courant des événements ludiques régulièrement programmés dans ce bar à jeux, l'idéal reste de consulter les pages de réseaux sociaux au nom du bar. . 


  • Site Internet : http://lenid-coconludique.com/
  • Vous y trouverez les liens vers les pages de réseaux sociaux dédiées au "cocon ludique". 

Il est possible que ce billet contienne des informations inexactes : après tout, je n'ai passé que quelques heures dans Le Nid ! Merci de me les signaler en commentaire, afin que je ne fasse pas de tort à l'enseigne ! Ca m'ennuierait bien !!

Bref, je conseille vivement cet endroit à tous les amateurs de jeux de société (et de jus de fruits) !