vendredi 20 juillet 2018

Téma la bibliothèque : Hopper, Powell et le lecteur de microfiches


Je ne sais plus trop pourquoi, mais sans doute parce que j'en ai eu de bons échos, j'ai commencé à suivre la série Stranger Things. Eh bien dans le troisième épisode de la première saison, une scène intéressante se déroule à la bibliothèque municipale* ; je me suis dit que ça valait le coup d'y consacrer un billet. 



"Stranger quoi ??"  

Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, le fil rouge de la saison 1 est le suivant : un soir de 1983, le jeune Will Byers, douze ans, disparaît mystérieusement aux abords du Laboratoire du Département de l'Energie de la petite ville d'Hawkins, aux Etats Unis. Comme souvent, il a passé la journée à jouer à Donjons et Dragons chez son copain Mike Wheeler avant de rentrer chez lui à vélo. Or, il semblerait qu'il ne soit jamais arrivé à destination... Tandis que le policier Jim Hopper se charge de mener les recherches sans trop s'affoler dans un premier temps _il ne se passe jamais rien à Hawkins, pourquoi est-ce que ça commencerait aujourd'hui ?_ un réseau d'enquêteurs en herbe se tisse parallèlement : Mike, Dustin et Lucas, les trois inséparables amis de Will, sont bien déterminés à le retrouver par leurs propres moyens. 

Au cours de leurs investigations, le trio rencontre "Onze", une fillette au crâne rasé assez peu loquace qui semble tombée de nulle part et qui possède des pouvoirs extraordinaires. De son côté, le frère de Will s'associe avec la soeur de Mike, afin d'essayer de comprendre ces phénomènes étranges qui se produisent autour d'eux et qui leur permettent de croire que le disparu est toujours en vie.




La dimension fantastique de l'histoire prend de l'ampleur dès le premier épisode ; alors qu'on se croyait partis pour suivre une énième sordide intrigue sur fond d'enlèvement d'enfants par des tordus, voilà que des ampoules se mettent à clignoter dans la maison de Will sous les yeux de sa mère complètement bouleversée, tandis que les murs s'ouvrent pour laisser entrevoir des mondes parallèles ! Dans un premier temps, Hopper a du mal à croire à une présence surnaturelle chez les Byers : quelle est la part de réalité et d'imagination dans les propos rapportés par une famille en panique ? Jusqu'à ce qu'il y soit lui-même confronté.     

L'épisode 3, celui qui nous intéresse : Holly, jolly 

Persuadée que son fils tente de communiquer avec elle via les lampes de la maison, Joyce Byers (la mère de Will, faut suivre un peu !) dévalise le rayon des décorations de Noël de la supérette du coin et installe des guirlandes électriques dans toutes les pièces. Un peu plus tôt, Mike a planqué Onze dans sa chambre et a rejoint le collège avec Dustin et Lucas : ils ont pour projet de poursuivre leurs recherches après les cours. Nancy, la soeur de Mike, se lamente de ne pas avoir vu sa meilleure amie Barbara en classe et elle craint qu'il ne lui soit arrivé malheur à l'issue d'une soirée où elles se sont rendues la veille, ce qui la rend chafouin vis à vis de son copain Steve, alors que lui était plutôt d'humeur à roucouler. 

Du côté de l'enquête policière, ça patine un peu. Hopper et Powell font une visite express du Laboratoire National du Département de l'Energie après avoir fait des pieds et mains pour pouvoir pénétrer dans cette zone hautement sécurisée ! Ils n'en sortent guère satisfaits, plus que jamais persuadés qu'il se passe des choses louches et top secrètes entre ces murs. Ils se rendent à ce qu'on suppose être la bibliothèque municipale d'Hawkins pour voir si le Labo a fait parler de lui dans la presse, dernièrement. 

Une bibliothèque dans les années 80 


Ah ah, nous y voilà ! LA bibliothèque à l'ancienne, avec sa bibliothécaire à lunettes et son catalogue version papier ! 

  

Le principal charme de la série Stranger Things réside en sa capacité à nous replonger dans les années 1980-90 _du moins pour ceux qui ont connu cette période, et à faire entrer en jeu des objets qui nous paraissent aujourd'hui insolites : téléphones à cadran, télévisions sans télécommande, talkie-walkies lourds de 6 kg et surmontés d'une antenne de 40 cm, radio-cassettes inamovibles, appareils photo ultra-fragiles et ultra pas discrets... On passera sous silence les coupes de cheveux et les vêtements de Mike, Lucas et Dustin, tombés dans l'oubli pour le bien de tous, même si ça fait bien sûr partie du folklore. En revanche, on retiendra que le trio fait partie du déjà très geek "club audiovisuel" de leur collège. 




Si un des mes profs de SIC (sciences de l'information et de la communication) devait se prononcer sur cette bibliothèque, je pense qu'il la considérerait comme "accueillante" ; en effet, lorsqu'on suivait ses cours, il y a une dizaine d'années maintenant, il nous engageait à visiter un max de bibliothèque et de centres de documentation en nous posant la question suivante : "que vois-je en premier quand je pousse la porte d'entrée ?" La réponse à cette question initiale était censée nous permettre de déterminer l'"esprit" du lieu, et la vision que les personnels en fonction avaient de leur métier. Ainsi, une bibliothèque dans laquelle je vois d'abord la banque de prêt m'invite au contact et au dialogue, tandis qu'une première vue sur le "fichier" _ ce buffet aux multiples tiroirs blancs que l'on voit en fond sur la photo_ m'indique qu'ici, on met plutôt le paquet sur la gestion documentaire et qu'on n'est pas là pour taper la causette. Enfin, c'était beaucoup plus subtil que ça, hein, et c'est pourquoi je n'ose pas le nommer ici. Bref, Marissa, la bibliothécaire de Stranger Things, a le sens de l'accueil, puisque c'est elle que les policiers voient en premier. Si si. Notez au passage qu'il n'y a PAS D'ORDINATEUR (#angoisseabsolue) sur son bureau ! 

   
La bibliothécaire 




Son masque hostile _elle a ses raisons !, et ses besicles lui donnent une bonne tête de rongeur de bouquins : Marissa a tout du cliché de la bibliothécaire... telle qu'on se la représente encore aujourd'hui. Bien qu'elle tende à s'estomper, l'aisance avec laquelle cette imagerie du professionnel du livre traverse les décennies (c'est forcément une femme, plus ou moins désagréable, souvent coincée, excessivement pointilleuse sur sa coiffure, sur ses fringues et sur le classement des documents...) laisse un peu songeur. 

Bref, Marissa a les boules, parce qu'elle est visiblement sortie avec Hopper quelques temps avant qu'il ne tente de consulter le catalogue papier en scred, et surtout parce qu'il a disparu de la circulation du jour au lendemain, le goujat ! Toujours est-il que s'il ne semble pas vraiment accablé de remords, le chef de la police joue le mec prêt à recoller les morceaux car il a besoin de ses précieux conseils méthodologiques, ah ah ! Qui a le pouvoir, à présent ?  

"Eh merde, je croyais qu'elle bossait que le matin aujourd'hui !"

En attendant, on creuse toujours à la recherche du respect ! Prenant à part son acolyte visiblement connu pour ne pas trop savoir tenir sa queue, Powell se permet de lui lancer un "même la bibliothécaire" qui sonne un peu comme "t'étais mort de faim au point de tringler ça !". En retour, Hopper lui revoie un regard énigmatique qui pourrait aussi bien vouloir dire "tout le monde fait des erreurs" que "bah, elle a une techa comme les autres, hein !".  

Mais cette mésaventure n'empêche pas Marissa d'être professionnelle et de faire un bref rappel du système de classement en vigueur dans la bibliothèque et de présenter sommairement le fonds d'archives périodiques. Ultime foutage de gueule : Hopper décrète que la bibliothécaire cherchera pour eux "tout ce qui parle du Laboratoire National d'Hawkins" dans les archives du New Yok Times, tandis que lui et son collègue s'occuperont du Post. Les interactions seront ainsi limitées : faudrait pas que l'autre intello se fasse des films.  



Le lecteur de microfiches 

Lorsque les policiers investissent la salle de lecture, ce n'est pas pour aller sur Internet _même aux Etats-Unis, en 1983, le réseau n'atteint pas encore le grand public si je ne m'abuse, ni pour utiliser des ordinateurs de première génération, mais pour squatter LE LECTEUR DE MICROFICHES

Honnêtement, qui s'attendait à tomber sur un tel objet de collection ?  

Paul Otlet likes it.
La microfiche est un peu l'ancêtre de la numérisation, pour ne pas dire de la clé USB. Lorsque la quantité de documents imprimés a explosé, notamment suite à l'émergence de la presse quotidienne, il a fallu trouvé des stratagèmes pour gérer la conservation des numéros archivés dans les bibliothèques. Au bout d'un moment, tous ces canards, ça prend de la place. Alors on fait des photos de chaque page en tout petit format, on en regroupe plusieurs sur une même plaquette qui ressemble fort à un négatif (ou à une énorme diapositive) : voilà ce qu'on appelle une microfiche. Pour pouvoir lire ce qu'elle contient, on l'insère dans un lecteur spécifique.  






Parallèlement, chaque microfiche fait l'objet d'une fiche d'indexation sur laquelle on indique sa description physique, les sujets qu'elle aborde à l'aide de mots-clés, ainsi que sa localisation dans la bibliothèque : 
  
"Tout est classé par année et par thème"
Donc, si Hopper et Powell cherchent des informations sur le Laboratoire National du Département de l'Énergie, ils devront passer par le fichier pour trouver toutes les microfiches qui en parlent, les récupérer puis les insérer (de préférence à l'endroit) dans le lecteur de microfiches.

Personnellement, je n'ai absolument jamais utilisé ce bousin-là, mais un Youtubeur altruiste vous a concocté avec autant de précision que d'humour un tutoriel vidéo : 


Une avancée dans l'enquête 

Bien que la scène de la bibliothèque n'occupe que deux pauvres minutes de l'épisode "Holly, jolly", elle est déterminante dans l'avancée de l'enquête : en effet, Hopper relève dans plusieurs articles de presse des faits divers troublants qui se sont produits au Laboratoire ou dans ses environs. Parce qu'ils relatent plusieurs incidents ayant pour victimes des enfants, parce que ces incidents ont été étonnamment vite étouffés, et parce que le Dr Martin Brenner pose en photo à côté de gamins portant des blouses d'hôpital, le fin limier se trace de nouvelles pistes

Comme quoi, une recherche documentaire méthodique peut suffire à vous sortir du couscous.     
Sur ce, je m'en vais regarder la suite ! 



Merci aux bibliothécaires, archivistes et autres documentalistes de me signaler d'éventuelles inexactitudes en commentaire. Je ne suis vraiment pas une spécialiste de la microfiche, et je ne compte pas le devenir prochainement, donc vos critiques sont les bienvenues, à condition qu'elles soient courtoises évidemment !  


* Eh non ce n'est pas une scène de cul, désolée !


Stranger Things Saison 1 
Matt Duffer / Ross Duffer 
Netflix
USA, 2016 

mardi 26 juin 2018

Lola et le petit pou bleu - Isabelle Noisette / Soline Mogier (2017)

Merci aux Éditions Thot et à Babelio pour l'envoi de l'album Lola et le petit pou bleu dans le cadre de l'opération Masse Critique. 



Lola aime chanter ; du matin au soir, seule ou devant un public, et absolument tout ce qui lui passe par la tête. Même des chansons qui ne sont pas de son âge, même les airs d'opéra qu'elle n'est pas censée avoir avoir entendues et encore moins retenues. Ses parents sont surpris, voire inquiets lorsqu'elle entonne Yellow Submarine et Emmenez-moi, mais après tout, ça a l'air de lui réussir : à six ans, Lola est une petite fille épanouie.

Un jour, les poux font leur apparition à l'école ; la maîtresse de Lola demande aux parents de procéder à un shampoing spécifique afin d'enrayer l'invasion ! Comme tous les enfants, la fillette à l'opulente tignasse rousse ? brune ? à vous de voir, rechigne un peu mais finit par se plier à la règle.

Sauf que le lendemain, Lola n'arrive plus à chanter... C'est bien la première fois que ça lui arrive, depuis que les sons peuvent sortir de sa bouche ! Voyant que les jours passent et que le moral du petit rossignol de la famille reste en berne. ses parents l'emmènent chez le médecin, qui ne peut que constater sa bonne santé. Tout cela est aussi mystérieux qu'inquiétant...

Une héroïne pouilleuse

Dites-moi si je me trompe, mais je crois qu'on a tous eu dans notre vie une représentation négative des poux : ce sont des bestioles sales qui aiment squatter la touffe crados des gens qui ne se lavent pas. Quant aux petites particules noires qu'on ramasse sous nos ongles lorsqu'on se gratte la tête, ce sont forcément les crottes qu'ils ont pondues entre deux racines, n'est-ce pas ? Et pour couronner le tout, cette sale engeance saute allègrement de crâne en crâne ! Alors on fuit les pouilleux aussi loin que possible : pas de ça chez nous... A l'inverse, le pestiféré qui se sait atteint par le mauvais oeil ferme sa gueule et fait tout ce qu'il peut pour masquer cette tare à coup de shampoings et de peigne à poux.

Eh bien, une fois n'est pas coutume, dans Lola et le petit pou bleu, Isabelle Noisette et Soline Mogier prennent le contre-pied de cette image en partie injustifiée du pou. Bon, on est d'accord que la bestiole est un parasite dont il est nécessaire de se débarrasser : on est pas là pour faire un élevage non plus, hein ! Me faites pas dire ce que j'ai pas dit, bande de langues de vipère !

Au pire, l'application Pou est là pour ça...       
Ma mère adore !      
Les lecteurs appartenant à la génération Tamagotchi comprendront son enthousiasme.
Mais on s'éloigne des idées reçues où les gens soucieux de l'hygiène seraient épargnés. Ici, l'héroïne est porteuse d'un pou qui lui donne un pouvoir unique et qui participe à son bien-être : il lui souffle à l'oreille les chansons qu'elle fredonne à longueur de journée. Le fait de l'éradiquer la fait basculer dans la déprime, à tel point qu'il faudra qu'elle le réintègre dans sa chevelure pour retrouver la pêche. D'ailleurs, ce petit pou bleu joufflu nommé Pipo ressemble fort peu à ses congénères anxiogènes ; dans la touffe de cheveux roux de Lola (alleeeezz elle est un peu rousse quand même ? non ? Tiens ça fait longtemps que j'ai pas fait un billet "Roux Cools"), il apporte la touche de couleur semblable à celle qui égaye de petit monde de la fillette, lorsqu'elle chante...     

De l'univers de Lola à la réalité

Il s'en passe, des choses, dans la tête des enfants qui rêvassent, même si la réalité les rattrape toujours un peu trop vite. Dans cet album, le graphisme marque bien le contraste entre ces deux mondes qu'il faut bien concilier : lorsque Lola est occupée à chanter, elle est "peinte" dans un décor un peu flou qu'on dirait réalisé au pinceau.




En revanche, ses parents et le carnet dans lequel est inscrit le message de la maîtresse sont faits de traits nets et gris-noir, pour ne pas dire rudes : nous voilà parachutés dans le monde des adultes. On ne rêve plus, il est temps de se réveiller et d'agir... même si on n'en a pas très envie. 




Hormis l'originalité du sujet abordé on apprécie l'attachement des auteures à expliquer de A à Z la raison du mal être de Lola, ainsi que le retour de son bonheur.

Alors que beaucoup d'albums pour enfants se veulent poétiques et laissent une grande liberté d'interprétation, Lola et le petit pou bleu se veut précis et presque démonstratif... bien que ce soit une histoire à dormir debout qui y soit expliquée : Pipo le pou inspire Lola dans ses chansons, jusqu'au jour où, chassé par le traitement anti-poux, il saute sur le chat et y survit tant bien que mal jusqu'à ce que ce dernier vienne dormir dans la chambre de Lola. Ayant regagné ses pénates, il se niche à nouveau dans la tignasse de la fillette et lui redonne le goût de vivre. Ben oui, c'est logique, non ? Vous voulez une preuve ? Céline Dion. Voilà. Ce goût de la logique maintenue coûte que coûte dans la fiction est carrément désopilante.

Enfin un livre drôle et nécessaire qui permet de parler épouillage avec les petits sans aucun stress ! Ce bel album aux teintes qui varient au rythme des humeurs de son héroïne a le mérite de s'adresser aussi bien aux plus jeunes des chevelus qu'aux plus grands ! 

Sur ce, bonne nuit et désolée pour les fautes. Je relirai demain.

Vous aussi, vous avez la tête qui gratte ? 

NOISETTE, Isabelle ; MOGIER, Soline. Lola et le petit pou bleu. Editions Thot, 2017. 40 p. ISBN 978-2-84921-427-5





  

samedi 16 juin 2018

Ours mal léché


La fin de l'année scolaire approche, avec son lot d'examens stressants pour les jeunes ; j'ai du mal à trouver le temps d'écrire, et ça m'agace. D'ailleurs, est-ce vraiment une question de manque de temps ? D'autres options sont possibles : autocensure, difficultés d'expression liées à la fatigue, présence de yaourt dans le cerveau (qui a craché dans mon Yop ???), syndrome de la pinte frelatée...  



Heureusement, des spécimens sont là pour relever le niveau ! Cette année, j'ai été membre de jury pour un oral. Quand on dit que la roue tourne...

"Peux-tu citer un symbole de la République française ?

_ Pff... Euh, y a la meuf. Celle avec le drapeau, là... Maria ? Marina ?

- Presque ! 

_ Marianne ? 

_ OUI ! Bien bien... 




_Tu nous dis que tu comptes préparer un CAP Petite Enfance l'année prochaine, et du nous dis que tu es doué pour t'occuper des petits. Imagine : tu dois garder un bébé et il n'arrête pas de pleurer. Que fais-tu ?" 

Benjamin* se redresse sur sa chaise, les mains toujours sous la table. Plus tard, on verra qu'il triturait son portable tout en répondant aux questions, et on lui demandera de le ranger, parce que c'est quand même un examen, et que bon, voilà, bien qu'il ne soit plus tout à fait un élève du collège, il est tenu de respecter le règlement, et tout et tout... 

 "Bah, le p'tit, j'le pose sur mon ventre pour qu'il s'endorme !
_ ... 

_... Euh, et imagine que cette méthode ne marche pas ?

_ Ça marche toujours quand je fais ça.

_ Oui sans doute, mais voilà, cette fois-ci, va savoir pourquoi, tu as fait tout ce qu'il fallait, et pourtant il continue de pleurer ?

_ Je vous dis que ça marche toujours quand je le pose sur mon ventre !"

Une pointe d'agacement est apparue dans sa réponse.

_...

Le chrono tourne toujours, tandis qu'un silence de mort s'installe. 

Notre représentation mentale de la scène a pris tellement de place dans notre boite crânienne que nos questions potentielles ont giclé par les oreilles. Il nous faudra pas loin d'une trentaine de secondes pour reprendre contenance.


Puis nous choisirons de rester sur ce sujet qu'il maîtrise, visiblement, et nous l'interrogerons sur l'hygiène et les normes de sécurité qui s'imposent lorsqu'on a affaire à des jeunes enfants. Il soulignera à juste titre l'importance d'éviter de se droguer en présence de marmots, de veiller à éloigner une poussette des objets coupants, de ne pas exposer les nourrissons aux rixes et aux armes à feu. Après quoi nous le laisserons remettre sa casquette stylée et repartir, entre confusion et satisfaction. 

Difficile de savoir encore si Benjamin, mon chouchou officiel depuis quatre ans malgré et peut-être pour ses excentricités, deviendra puériculteur ou gérant d'un barber shop comme il le souhaiterait. D'ici dix-quinze ans, qui sait, si ça se trouve il sera à la tête d'un bar branché, beaucoup moins sur les nerfs et aussi attractif qu'un pot de miel pour sa clientèle de bears. Ce serait une belle revanche sur sa vie de merde ! 

Seuls Dieu et le Parcours Avenir peuvent savoir. 


* C'est pas son vrai nom ! 




vendredi 27 avril 2018

Panne de courant : Gibier de potence - Michèle Simonsen (2012)


La fouine a décimé le poulailler pendant les vacances ; si je tenais la bête en question, il me semble que je pourrais la tuer sans trop me mettre ma bonne conscience à dos. Mais cela n'arrivera pas, car il s'agit en fait d'un animal apprivoisé que des voisins malveillants viennent glisser dans les granges à la tombée de la nuit, et qu'ils récupèrent ensuite. Ces gens me dégoûtent. On le sait, mais on n'arrive jamais à les choper. Tout le monde sait, personne ne voit.  

La Dordogne est un coin superbe, mais sa population compte un bon nombre de bâtards à la mentalité douteuse. Mais je balancerai pas plus que ça sur ma région d'origine, parce que je m'y suis attachée comme on s'attache à sa famille : inconditionnellement, sans trop savoir pourquoi.      

Avec tout ça, j'ai complètement oublié de rapporter mes livres de bibliothèque avant de partir en vacances à la campagne. C'est un comble pour une documentaliste, un peu ! Surtout que j'en ai lu deux sur trois au final ! 


Panne de courant : Gibier de potence - Michèle Simonsen


En lisant le titre puis le résumé au dos, après avoir jeté un oeil aux pendus dessinés sur la couverture, je me suis dit : "tiens, une histoire qui va sûrement parler de la peine de mort, voyons comment ça se présente !".   

Le début du livre commence aux premières minutes d'un film d'épouvante : Martin profite de l'absence de ses parents le temps d'une soirée pour inviter ses deux meilleurs amis à regarder des DVD chez lui. Alors qu'ils ont choisi le film et sorti les bonbons, une panne de courant plonge la ville dans le noir. Ils n'ont plus qu'à se raconter des histoires. 

Martin commence ; sans préciser s'il fabule ou s'il dit vrai, il se lance dans la narration d'une drôle d'aventure qui lui est arrivée un jour qu'il jouait avec des copains sur la colline de Montgibet. D'ailleurs, il se souvient qu'il était tout près de gagner cet après-midi-là, jusqu'à ce qu'il trébuche sur une mandragore et la déterre involontairement : le voilà maudit, d'après les dires de la racine parlante ! Il devrait le savoir : personne n'a le droit d'arracher de terre ces plantes magiques qui poussent sous les potences de Montgibet, arrosées par les dernières larmes des pendus ! Martin ne comprend rien à ses plaintes : au Danemark, on ne condamne pas à mort, et il n'y a pas de potence à Montgibet. Alors il appelle ses amis, mais ils semblent avoir disparu ; il finit par comprendre que son méfait l'a projeté trois siècles plus tôt, à une époque où on ne rigolait pas avec la magie, où les apothicaires détenaient le pouvoir, et où on pendait les gens comme on pèle les patates !    



Au fil des (mauvaises) rencontres et des quiproquos, toujours talonné par sa mandragore collante et malveillante, Martin se retrouve vite condamné à mort... Va-t-il s'en sortir ? 

Spoiler : oui 

Ce roman pour enfants (tout à fait compatible avec les 6°-5°) se lit d'une traite ; même si le dénouement est assez prévisible, Michèle Simonsen parvient à maintenir une atmosphère un peu stressante en coinçant son héros dans une spirale de poisse et d'absurdité à la Kafka. Les chapitres s'enchaînent logiquement sans casser la dynamique du livre, on n'abuse pas des flashbacks et autres allers-retours temporels, tout en abordant plusieurs sujets : la peine de mort, mais aussi le respect des animaux et la justice. Court et efficace ! De plus, je n'avais pas lu d'histoire de mandragores depuis Harry Potter, et c'est toujours appréciable : y a tellement de choses à broder autour des vertus légendaires de cette plante, et de sa racine en particulier !    


Gibier de potence est le premier tome de la série Panne de courant ; je suppose que les prochains volumes mettront à l'honneur les expériences de Jon et Sofia, les deux invités de Martin, mais pour l'instant je ne les ai pas lus. Vous aurez plus d'infos sur le blog de l'éditeur Oslo Editions, que je découvre aussi... peut-être trop tard, vu que les dernières publications datent de 2015. 

L'oeuvre de Michèle Simonsen m'est également étrangère, mais elle a visiblement réalisé plusieurs albums pour les jeunes enfants, dont un remake du Petit Chaperon Rouge qui s'intitule Le Chat Ventru. Intrigant au possible !  
   
Michèle SIMONSEN. Panne de courant : Gibier de potence. Oslo Editions, 2012. Coll. Oslo Poche. 72 p. ISBN 978-2-3575-4075-0

mardi 24 avril 2018

Le Fou et l'Assassin 4 - Le retour de l'assassin - Robin Hobb (2017)


En mars dernier, j'ai vu Robin Hobb au Salon du Livre de Paris. Pour de vrai, et pendant une pleine minute. Ouais, c'est encore difficile à réaliser, mais je me suis trouvée face au cerveau et au coeur qui ont fait naître Fitz, le Fou et tous les autres. Le moment était terriblement émouvant, trop pour que je puisse le raconter dans les détails aujourd'hui. J'espère ne jamais perdre une miette de ce souvenir.


En attendant de voir de quoi il retourne dans ce volume 5 dédicacé, il est nécessaire de faire le point sur le quatrième tome de la série : Le retour de l'assassin. 


"Encore une histoire de canassons ?!"

 Où est-ce qu'on en était ? 

Alors, pour être honnête, j'ai tourné les dernières pages du volume il y a facilement deux mois, donc je vais essayer d'être claire et de ne rien oublier de crucial.

Abeille a disparu, et son père, impuissant, tourne en rond comme une poule autour du seau d'eau dans lequel l'un de ses poussins se noie. Il aimerait partir à sa recherche mais n'a aucune idée de la direction à prendre. Cette fois-ci, ce n'est pas Umbre qui pourra le guider, et pour cause ! Le vieux mentor subit les conséquences physiques et mentales de ses passages trop fréquents à travers les piliers d'Art : il semble n'avoir plus toute sa tête et doit rester alité. Fitz lui-même porte encore des séquelles d'une dernière traversée magique bien périlleuse. 

Même son meilleur ami le Fou se montre peu coopératif car il est animé d'un désir de vengeance qui a tendance à le rendre égoïste. Que son Catalyseur se lance à corps perdu pour délivrer leur fille commune (ouais, longue histoire, cf. les tomes précédents) qui a sûrement été victime d'un enlèvement ne l'arrange pas : pendant ce temps-là, ses agresseurs se promènent toujours dans la nature.

Toujours enfermée avec Évite dans sa cage dorée, Abeille observe les tensions qui opposent la manipulatrice "blanche" Dwalia et le commandant Ellik. Parallèlement, elle prend conscience du dangereux pouvoir que détient Vindeliar, le violeur au visage d'ange capable de modeler à sa convenance la pensée et les souvenirs des malchanceux qui croisent son chemin. Si pour la petite fille, ces querelles d'adultes n'ont encore que peu de sens, Evite a bien compris que leurs désaccords pourraient être des failles à exploiter, si possible rapidement : le secret d'Abeille ne pourra pas être caché éternellement ! Tant que ses ravisseurs la prendront pour un garçon, tout ira bien. Mais après ?

En loup solitaire, Fitz aiguise ses armes ; il compte bien partir seul. Sans le Fou, qui le prendra mal, mais tant pis. Sans Lant, bien que le vieil Umbre peut-être pas si grabataire que ça, en fait ! le lui ait mis dans les pattes. Sans garde rapprochée, en dépit des recommandations de la famille Loinvoyant. Il sauvera Abeille et Evite, s'il est encore temps. S'il découvre qu'elles sont mortes, les malfrats paieront le prix fort. Mais quand, et dans quelle direction ? 

Un pas en avant, deux pas en arrière 


"La meilleure façon que je connaisse d'empêcher mes pensées de tourner en rond, c'est de prendre ma hache et d'essayer de tuer quelqu'un" 

C'est sur ces lignes que s'ouvre le quatrième tome de la série Le Fou et l'Assassin : Robin Hobb nous annonce la couleur ! est-on tenté de penser. Mais les 300 pages suivantes n'auront rien à voir avec cet avant-goût de boucherie. Fitz et ses amis vont énormément tourner en rond, pour ne pas dire stagner aux alentours du château de Castelcerf, parlementer, hésiter, tenter en vain de se mettre d'accord sur la gestion du clan d'art. Les fans de l'univers des Rivages Maudits et des guerres psychologiques y trouveront leur compte, mais tous les autres devront s'accrocher ! Les échanges de bons procédés entre l'Assassin Royal et ses amis, rythmés par des "non, je pars seul", des "mais c'est trop dangereux, il faut absolument que quelqu'un t'accompagne" et des "non mais c'est mon problème, je dois le régler seul, sans mettre en péril la vie d'innocents, après tout j'ai déjà tellement de morts sur la conscience !" ont de quoi agacer. En revanche, la peinture d'un personnage principal qui se sent vieillir et qui fait de son mieux pour s'adapter aux nouvelles contraintes fixées par son corps reste convaincante ! 



Heureusement que la rencontre de Fitz avec le détestable Ellik que nous avions rencontré à la fin des Cités des Anciens tient toutes ses promesses, frisant même le gore, et que les nouveaux personnages dévoilent leur complexité. On deviendrait presque plus curieux de l'évolution de ces as du travestissement que sont devenus Cendre, d'Abeille et le Fou revigoré, que du parcours du héros...

Dessin de Pénélope Bagieu (Culottées 1)
Dans la BD en question, il ne s'agit pas de travestissement mais de femmes barbues.
 Mais ça m'a quand même évoqué Cendre et le Fou.


Désolée par avance pour les imprécisions et oublis que vous pourrez lire dans ce billet ! Une fois n'est pas coutume, j'ai tardé avant de l'écrire. N'hésitez pas à laisser des remarques en commentaire. 

Robin HOBB. Le Fou et l'Assassin 4 - "Le retour de l'Assassin". J'ai Lu, 2017. 510 p. ISBN 978-2-290-14369-8

vendredi 20 avril 2018

Les cancrelats, à coups de machette - Frédéric Paulin (2018)

Merci à Babelio et aux éditions Goater pour l'envoi du roman de Frédéric Paulin Les cancrelats, à coups de machette, dans le cadre de l'opération Masse Critique !


6 avril 1994. François est un jeune boxeur Tutsi qui s'entraîne dur pour se faire une place dans un Rwanda à feu et à sang. Au moment où il atteint la renommée en venant à bout du Maillet, son adversaire Hutu, le président Habyarimana est assassiné. Cet événement, qui officialise le génocide déjà en cours dans le pays, va l'empêcher de profiter pleinement de sa victoire : il est contraint de quitter le ring pour échapper à son public _majoritairement Hutu, et se lance avec lui dans une course poursuite en plein Kigali pour sauver sa peau. Hors du ring, il n'est plus qu'un cancrelat parmi tant d'autres, un cancrelat qui porte des gants de boxe, certes, mais un cancrelat quand même. Son marathon sanglant l'emmènera plus loin que prévu, jusque dans la cellule d'un commissariat où il vivra l'enfer... Quelques rues plus loin, son amie Dafroza s'est résolue à quitter sa mère pour rester en vie ; dans sa fuite, elle croise Marie-Ange, qui semble bien porter son nom, mais pas tant que ça en fait. Elle restera en vie, mais tout comme son compagnon, elle se demandera longtemps si la mort n'aurait pas été un sort préférable.

Vingt ans plus tard, le colonel Jean Dante s'arrache les cheveux en parcourant différentes régions d'une France encore abasourdie par les attentats : en Gironde, près de Paris et maintenant en Bretagne, on a retrouvé plusieurs cadavres découpés de Rwandais qui se sont avérés être des figures du Hutu Power. Qui, pourquoi, et pourquoi de cette manière ces hommes ont-ils été tués ? C'est à lui que revient la lourde tâche de résoudre la sordide affaire. Pour l'aiguiller dans son entreprise, il ne peut compter que sur Tue-Mouche, un soldat dont il sait bien peu de choses sinon qu'il a bourlingué aux quatre coins du monde, sur une mystérieuse jeune femme Tutsie, et sur ses propres souvenirs de missions menées au Rwanda pendant le génocide. Pas de chance pour lui, ses alliés de choc semblent avoir fait voeu de silence et il se retrouve rapidement bloqué dans son enquête. Dante se résigne alors à faire appel à la juge Hidalgo, une quarantenaire peu familière du terrain mais néanmoins au fait de l'implication de la France lors du massacre des Tutsis.

Les cancrelats, à coups de machette est le troisième volet d'une trilogie de romans policiers ficelés par Frédéric Paulin et publiés aux éditions Goater. Cette fiction s'appuie sur les réalités d'une période sombre _et trop vite tombée dans l'oubli_ de l'humanité, du Rwanda et de la France. En effet, peu d'écrivains ont osé ouvrir leur bouche et faire couler l'encre à ce sujet. Si on ferme déjà à demi les yeux sur les images du massacre des Tutsis et des Hutus modérés par les Hutus extrémistes, sur les chiffres impressionnants mais abstraits de 800000 assassinats perpétrés en quelques semaines, on a carrément blackouté le rôle des forces Françaises présentes au Rwanda pendant les événements. Lui l'a fait. Par le biais d'une enquête policière et à travers des personnages qu'on voit évoluer à travers le temps, au gré des traumatismes qu'ils subissent qui impacteront irrémédiablement leur mental, au fil de l'Histoire qui s'écrit sous leurs yeux et qui les font devenir tour à tour proies et chasseurs, Frédéric Paulin décrit et dénonce.

Il m'a semblé que le travail d'enquête passait finalement au second plan dans Les cancrelats, à coups de machette. A la moitié de cet ouvrage qui se compose de six parties, les ficelles se dessinent lentement mais sûrement ; il n'y a plus guère que Dante pour s'exaspérer de devoir naviguer à vue. La vraie force du livre de Frédéric Paulin, c'est sa valeur de témoignage et sa capacité à nous montrer l'intérieur d'une jeune femme perspicace et d'un boxeur plein d'enthousiasme qui se désintègrent à force d'être piétinés par la cruauté et l'injustice de leurs semblables.  

On ne pourra jamais comprendre ce qu'on n'a pas vécu soi-même. Mais cette vérité ne doit pas nous empêcher de nous sentir concernés par ce que vivent les autres. Voilà sans doute l'un des messages que cet auteur déjà primé pour ses romans noirs a voulu nous faire passer ; en tous cas, c'est ainsi que je l'interprète. Au final, mes connaissances du "génocide rwandais" sont toujours minces, puisque comme beaucoup de monde, j'ai bien pris soin de ne plus me confronter aux quelques images entrevues à la télévision en 1994, mais cette lecture m'a permis d'en savoir plus et de dessiner quelques repères pour mener des recherches plus approfondies. Les cancrelats, à coups de machette est la preuve que l'importance des œuvres de fictives dans la transmission de l'Histoire n'est plus à démontrer.  

Attention : comme vous pouvez vous en douter, ce livre s'adresse a un public adulte, en raison des scènes de torture et de massacre qui y sont dépeintes.

N'étant calée ni sur l'Histoire du Rwanda, ni sur les autres ouvrages composant la trilogie de Frédéric Paulin, il est possible que j'aie commis des erreurs ou des imprécisions dans ce billet. Que personne ne s'en sente froissé ; laissez-moi simplement un commentaire sur le blog ou sur la page Facebook pour que je puisse assez rapidement rectifier le tir ! 

Frédéric PAULIN. Les cancrelats, à coups de machette. Editions Goater, 2018. Coll. "Noir". 240 p. ISBN 978-2-918647-48-5   
Ill. couverture : Pierre Macé 




mardi 10 avril 2018

"Inch'Allah tu vas perdre !!!", le tournoi de foot du collège

Ah tiens, je ne crois pas vous avoir encore parlé de ce tournoi de foot qui étrenne le printemps dans notre collège depuis quelques années. Il faut absolument remédier à cela. Tous les ans, donc, les professeurs d'EPS organisent une compétition inter-classes qui se déroule dans le gymnase voisin ; l'objectif est de constituer pour chaque division une équipe de sept filles et une équipe de sept garçons (ou six ? je sais même plus !), et de les faire s'affronter par niveaux (6°,5°,4°,3°). Les élèves qui ne sont pas sélectionnés dans l'équipe de foot de la classe participent à des activités sportives organisées en parallèle et rapportent ainsi des points supplémentaires à leurs camarades. A la fin, la classe qui compte le plus de points a gagné. 

Dit comme ça, on pourrait croire que le projet est une usine à gaz mais ce n'est pas le cas ; bien qu'elle arrive assez tard dans l'année, j'ai le sentiment que cette action a un impact positif sur la cohésion de classe et sur le climat scolaire ; d'ailleurs, à chaque rentrée, nombreux sont les petits qui nous demandent si la compétition est reconduite.



"Entre les profs absents, les cours qui sautent, les voyages scolaires et les vacances, est-ce que nos enfants n'ont pas plus besoin de soutien en maths et en français plutôt que d'un tournoi de foot ?" râlait un parent d'élèves à la dernière remise des bulletins. Pas forcément... Au pire, si le décrochage scolaire était causé ou aggravé par une demi-journée sportive, ça se saurait.

Aujourd'hui, on a pu profiter du spectacle proposé par les 5° puis par les 4°, et c'était vraiment du bonbon pour les yeux, comme dirait Seiya dans la parodie des Chevaliers du Zodiaque !




D'abord, dès le début des matches, quelques individualités crèvent l'écran d'office : on pourrait les désigner comme "celles et ceux qui s'y croient" ! Depuis trois semaines, ils se préparent à l'événement, fébriles. Ils jouent au foot en club, ou pas, mais ils veulent absolument faire gagner leur classe, si possible marquer et glaner une certaine notoriété au passage. Aujourd'hui, c'est Olive et Tom version futsal 93 et sans Roberto. Au final, ils vont beaucoup se fatiguer en exhortations et saouler leurs coéquipiers beaucoup plus terre à terre. Leur classe ne gagnera pas à cause de ceux qui ont séché le tournoi : de toute façon, y a pas cours.

Ensuite, on distingue les joueurs qui font le spectacle. Eux, les points, les buts, ils n'en ont rien à battre. Ils veulent "juste" faire sensation et entrer dans les annales du collège. C'est ainsi que la jeune Clarisse* a fait quatre plongeons glissés aussi spectaculaires que volontaires, dont l'un s'est conclu par un vol plané de basket qu'on sentait très étudié. Je pense que son intérêt était principalement de se faire remarquer et/ou de se faire plaindre, à moins que ce ne soit un moyen de faire oublier sa performance footballistique ? Allez savoir ? Enfin, elle a fini par agacer tout le monde, et ses copines de classe en premier lieu. 



Juste après viennent les princesses et les Cristiano. Exemple parfait : Anna*. Anna ne daignera shooter dans la balle QUE lorsque sa classe sera arrivée en finale ET qu'on lui enverra un caviar. En attendant, tout boulet de canon arrivant vers elle de manière imparfaite finira en touche, elle ne se bougera pour l'intercepter que si ça en vaut vraiment la peine. Et puis hors de question qu'elle s'abaisse à enfiler complètement ce chasuble mauve et crasseux ! Anna estime n'avoir rien en commun avec cette bande de gamines qui portent le même qu'elle. Au bout de deux minutes trente de jeu, la capitaine _car oui, elle a été désignée capitaine ! En fait, elle n'acceptait de jouer qu'à cette condition..._ se fait remplacer par une doublure chargée de suer à sa place...

... et qui va bientôt envoyer le ballon dans le bide de la gardienne adverse, produisant un bruit sourd. Ah, les gardiens, parlons-en. Quand tu es au collège, il existe des milliers d'excellentes raisons pour que tu finisses gardien : genre si tu es enrobé, si tu es grand, si tu es mal intégré dans ta classe mais quand même assez sympa pour qu'on n'ait pas osé te recaler complètement de l'équipe, si tu es en surpoids, si tu es mauvais au foot ou encore si tu es un peu gros. Ou alors, si tu joues au foot en dehors de l'école et tu es VRAIMENT gardien dans ton club ; là, c'est une autre histoire ! C'est un poste périlleux que celui de goal : en effet, ton suicide social peut-être paraphé au moindre but gag que tu encaisses. Faut pas oublier que quand les élèves déroulent leur jeu, ils ont une petite centaine de spectateurs de leur âge assis (ou pas) aux premières loges ; inutile de préciser ces derniers ne sont pas spécialement venus en mode Virage Sud. Enfin, certains si, mais pas tous, vraiment !



Or on sait tous que les plus beaux matches se jouent en tribunes, surtout lorsqu'il y a du beau monde dans les gradins. Entre autres, tous les pas sportifs, les électrons libres et les victimes qui ont du se rabattre sur les ateliers d'athlétisme, et qui, au lieu d'encourager les joueurs de leur classe, vont leur lancer des INCH'ALLAH VOUS ALLEZ PEERDRE ! gorgés de fiel. 

Les élèves arbitres _ouais, ce sont les petits qui arbitrent, pour une meilleure mise en responsabilité et tout et tout !, les élèves arbitres, donc, sifflent la fin du match. Les joueurs doivent alors laisser leurs maillots de couleur sur le bord du terrain pour que les équipes suivantes puissent les revêtir, ou alors ils les remettent directement aux gamins des autres classes, s'ils les connaissent. Comme les profs font alterner les parties des filles et les parties des gars, l'échange de chasuble inter-match peut devenir éminemment stratégique. Chacun sa technique d'approche. J'ai cru comprendre que quand une fille, jette son chasuble à la gueule d'un gars en même temps qu'un dédaigneux "Inch'Allah tu PERDS !", il y a de grandes chances pour qu'il ait un ticket avec elle. 



Après observation, voici une ébauche d'une typologie du jet de chasuble. Complète qui voudra. 

  • chasuble posé à l'envers au sol : "Je me fous de celui qui passera après moi, il est forcément mauvais."
  • chasuble jeté violemment au sol : "Pourquoi j'ai tenté cette talonnade merdique ? c'était perdu d'avance, ma réputation est foutue. En plus, on est éliminés !"
  • chasuble abandonné au milieu du terrain  : "Je me désolidarise de cette classe, ils sont trop mauvais au foot". Ou alors : "Chez moi, c'est ma mère qui ramasse les fringues, et je trouve ça plutôt bien pensé."
  • chasuble lancé sur un coéquipier / une coéquipière : "Tiens, sens mes phéromones, je viens en paix !". Réponses probables : "Baaah espèce de CRASSEUX !!!"  ou "Inch'Allah tu TOMBES en jouant !!!"
Puis le sport reprend le dessus, enfin en principe. Parfois, il arrive qu'une équipe soit à l'ouest et ne réponde pas à l'appel, laissant poireauter l'adversaire ; cela peut être une bonne stratégie. Mais c'est surtout une occasion en or de faire péter un câble aux profs d'EPS. Et je crois qu'on tient là l'un des bonheurs simples du collégien.


Ahah, cette année, un petit Bonus Chiottes est venu pimenter la compétition, ouais ouais ! 

Chiottes d'Or 2018
Tu arrives dans le gymnase avec ton petit groupe d'ados bien chauds après une session course - saut - lancer de poids, et là, c'est le drame ! Une sympathique odeur de chiottes vous motive à presser le pas...  

Bordel ! Mais non ! Pourquoi le ciel nous fait-il cette galéjade ! 
Le tournoi a lieu UNE fois, une SEULE fois dans l'année, et il faut que la plomberie nous lâche ce jour-là ! 


"_Ca sent le pet ! commente une collègue.
_ Non, ça sent les égoûts ! rectifie un autre.
_ Ooh c'est plutôt la merde, ça !"

C'est alors que Naia envoie un missile sur Mars, interrompant les conversations des adultes et annonçant la couleur. Vous connaissez Naia. Tout le monde connaît Naia (cf. le billet sur le PPMS). Naia, c'est l'envoyée spéciale de Closer au collège, friande de rumeurs et de ragots, agitée et insolente comme toute future 4° qui se respecte, assez costaud mais tellement forte en gueule que personne ne songerait à la traiter de grosse, de peur de finir décapité par une punchline. Eh bien, l'énergumène est également efficace en attaque. Lorsqu'elle entre en jeu, les mecs de son voisinage s'arrêtent de respirer et la montrent du doigt en disant à d'autres avec une pointe d'envie : "tu vas voir, elle c'est un pitbull, frère !!" Et quand elle finit par marquer une patate depuis ses propres cages ou presque, les spectateurs crient et tapent dans les mains, y compris ceux qui la détestent. Et il y en a un paquet ! Seul le vacarme des plombiers parvient à couvrir la clameur.

Ce billet est en construction car les 3°concourent demain après-midi. Ouais ouais, juste après avoir transpiré sur leur brevet blanc ! Du dossier en perspective ! 

Désolée pour les fautes, j'ai la flemme de relire ! 

* J'ai modifié les noms des gosses !