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vendredi 28 août 2026

[VOUS AVEZ DES TRUCS QUI FONT PEUR ?] Quelques fictions fantastiques ou horrifiques pour les mouflets !

Au CDI, les enfants viennent souvent me demander des livres "d'horreur" ; cela m'étonne toujours un peu. Mais au fil du temps, je me rends compte que c'est une façon, pour ceux qui n'assument pas de s'intéresser à la lecture _activité ô combien mal vue à leur âge_ de se donner un genre : lire, d'accord, mais pas des histoires de fragiles ! 

Du coup, je vais essayer de construire une petite sélection de romans et de BD plus ou moins terrifiantes, au fil de l'eau. 


Les élèves de l'ombre 

Anaïs Vachez

Casterman, coll. Hanté

2020 


Jade entre en cinquième sans entrain. Bien qu'elle soit une bonne élève, la vie au collège n'a rien de plaisant pour elle, et se réduit à tenter de se faire des copines, tout en esquivant les attaques de Romane la peste, sa bande de pouffettes... et en restant le plus loin possible des garçons ! En effet, sa mère lui serre la vis au maximum et lui interdit fermement de traîner avec eux. FUN ! 

La rentrée s'annonce d'autant plus compliquée que son professeur principal est aussi étrange qu'effrayant : les heures de colles pleuvent sur ses camarades au moindre écart de conduite, et lorsqu'ils en reviennent, ils sont vidés de leur âme et se déplacent comme des robots. 

Heureusement, pour la première fois de sa vie, Jade n'est pas seule : Adry le redoublant, son nouveau voisin de classe, l'écoute et la comprend. Certes, il se fout des cours et de l'autorité, mais n'a rien d'une mauvaise fréquentation. 

Jade et Adry décident de mener l'enquête. Qui est M.Erbenet ? Que fait-il aux élèves ? Ceux qui reviennent sont-ils encore vivants ? Trouveront-ils des réponses dans les livres du CDI ? et surtout, avant de se faire coller à leur tour ? 

Un roman jeunesse dynamique, agréable à lire, qui plaira aux amateurs de Chair de Poule, et qui n'est pas trop effrayant non plus ! J'ai eu peur qu'on s'enfonce dans certains clichés _l'intello, le redoublant, la dame du CDI à lunettes, le prof sadique, la harceleuse populaire... mais finalement non, ça reste léger grâce à l'enchaînement des péripéties. 

Découverte positive d'une autrice et de la collection Hanté, qui semble prometteuse. 


Traqueurs d'âmes - 1 - "Premier contact"

Niko Tackian (scénario) Soann (dessin et couleurs)

Jungle, 2023. Coll. "Frissons"


Tout quitter pour reprendre un magasin d'antiquités dans une petite ville sans réseau, où flotte une étrange brume : voilà le défi que la famille Minsky a choisi de relever. 

Ce changement de vie fait l'effet d'une douche froide à Solal et Lino, les deux enfants : si l'une est franchement blasée d'avoir quitté la capitale et ses commodités, l'autre est plus enjoué... jusqu'à ce que de terribles visions viennent le parasiter jusque dans son sommeil. Il semblerait que le fantôme d'un enfant rôde encore entre les murs de leur nouvelle maison, et que Lino soit le seul capable de faire quelque chose pour lui. 

Au collège, Lino rencontre un jeune vêtu à l'ancienne et prénommé Erasmus : rapidement, il s'en fait un pote et comprend qu'il va pouvoir lui parler de ce qu'il vit sans craindre de passer pour un fou... 

Quelque part entre la Fantastique Famille Poulet, Locke and Key (vite fait) et la Brigade des Cauchemars, Traqueurs d'âmes relate une aventure fantastique émouvante et rythmée. J'aime beaucoup la façon dont les personnages sont dessinés, ils ont quelque chose de très naturel. Comme quoi on peut être tout à fait convaincant sans en faire des caisses et sans tomber dans le gore. 

Petit coup de cœur pour cette BD trouvée au festival du livre de poche de Créteil en juin dernier (bien que ce ne soit pas un livre de poche ahah), qui aura tout à fait sa place dans un CDI de collège. En revanche, je m'inquiète un peu qu'il n'y ait toujours pas de suite depuis 2023 ; j'espère que ça viendra un jour car ce "tome 1" donne envie d'en savoir plus sur quelques-uns des personnages secondaires. 


N'hésitez pas à me proposer des titres à inclure dans cette sélection ! 


samedi 20 décembre 2025

[HAUT LES COEURS, BORDEL !] La sélection CM2 - 6ème du Prix des Incorruptibles 2025 - 2026

{ARTICLE EN CONSTRUCTION}

Après le franc succès de l'année passée, tant pour les écoliers que pour les collégiens, nous allons reconduire notre participation au Prix des Incorruptibles. L'avantage de la sélection CM2/6ème, c'est qu'on peut s'en servir pour organiser un projet de lecture dans le cadre de la liaison école - collège. Encore faut-il que les équipes ne bougent pas trop de part et d'autre, que les collègues arrivent à se mettre d'accord entre eux et qu'il n'y ait pas de principale adjointe qui approuve toutes les demandes de participation avant de commander un nombre largement insuffisant d'exemplaires... dans le dos de la gestionnaire... 

Nous voilà donc repartis -ou presque... à la découverte de six oeuvres de littérature jeunesse aux univers éclectiques ; cette année, nos élèves auront à faire à deux albums et six romans. Attention, l'heure n'est pas à la rigolade : on va parler deuil, histoires de famille, Shoah, handicap... Seul l'un des six titres, estampillé humour, viendra alléger l'atmosphère. 


On ne dit pas sayonara (2023)

Antonio Carmona 


Lorsque la mère d'Elise est morte, son père a mis en place tout un tas de règles visant à ne laisser aucune place au souvenir de la défunte : ne pas poser de questions sur elle, éradiquer du quotidien tout ce qui est lié de près ou de loin au Japon _son pays d'origine, et surtout ne pas entrer dans "la chambre au piano". Voilà quatre ans que ça dure : Elise n'a jamais osé enfreindre ces règles, craignant de voir son père en proie à la colère, comme à chaque fois que la tristesse le submerge. Mais aujourd'hui, elle a douze ans et elle perçoit qu'il lui faut sortir de ce carcan ; son ras-le-bol sourd et son sentiment d'incomplétude vont se téléscoper à deux temps forts de sa vie : la rencontre de Stella, une amie aussi fiable qu'excentrique, et la visite imprévue de Sonoka, la grand-mère maternelle d'Elise. 

Plus qu'un roman "sur le deuil" _ce qu'on pourrait croire au premier abord, On ne dit pas Sayonara est une quête d'identité sur fond de puzzles aux pièces manquantes, une ode à l'amitié entre deux épisodes de Naruto, une histoire d'émancipation _sans crise et sans fracas, tout en douceur.

Une collègue prof de français m'avait gentiment proposé de me prêter ce livre, mais j'avais décliné, de peur de m'y plonger vu le résumé... Maintenant, je comprends mieux pourquoi elle me l'a conseillé ! Il est vraiment chouette, et pas dénué de passages drôles. Le choix de la narration à la première personne et d'un enchainement de chapitres courts donnent à ce roman un côté "journal" très crédible. 


Vis ma vie de chien 

Lenia Major

Poulpe Fictions, 2023 


King Kardachien est un jeune bull-terrier choyé par ses maîtres, les riches et célèbres Bigmoney. Il a tout pour être heureux : une grande maison, un jardin et une piscine pour terrains de jeux, un staff d'humains dévoués à son bien-être, un cuisinier personnel... Mais la solitude et le besoin de liberté lui pèsent : saura-t-il un jour à quoi ressemble la "vraie vie", là-bas, derrière la clôture sécurisée et des caméras de vidéosurveillance ? Rien n'est moins sûr, car il est quasi impossible de s'échapper de chez les Bigmoney. 

Heureusement, son amie la perruche Gigi a plus d'un tour dans son sac. Elle sait que dans le quartier, King a un sosie : le bull-terrier de combat Tyson. Il suffirait d'intervertir les deux chiens le temps d'une journée pour que l'un puisse satisfaire sa curiosité pendant que l'autre fait illusion _et passe un peu de bon temps, par la même occasion. 

Une fois le transfert effectué, Gigi et sa comparse Fabiola _une autre perruche_ vont rapidement perdre le contrôle de la situation, King et Tyson n'ayant en commun que leur apparence physique ! King n'a aucun code et aucune conscience du danger ; par un malheureux concours de circonstances, il va découvrir l'univers impitoyable de la fourrière et des combats de chiens.   

Avis : 

De ce que j'en ai vu jusqu'à présent Vis ma vie de chien est LE roman détente / humoristique de la sélection CM2-6° du Prix des Incorruptibles _qui est de grande qualité cette année encore, mais qui n'est pas très rigolote, on va pas se mentir. 

Je ne peux dire que du bien d'un livre où les volailles tiennent les ficelles ! Les deux bull-terriers sont attachants à leur manière et font tous deux réfléchir aux différentes formes de maltraitance animale _ou au contraire, aux attitudes qui peuvent influer positivement sur le comportement d'une bête. Les illustrations d'Olivier Pelletier collent parfaitement au texte et seront des points d'appui importants pour les jeunes lecteurs de ce roman. 

Assez facile d'accès (dès 8-9 ans, je dirais), l'histoire qui donnera envie aux plus anciens de relire Le Prince et le Pauvre,ou de voir le film ! 


La tête dans le guidon 

Pascal Ruter - Illustrations de Sébastien Pelon

(2024)

Didier Jeunesse, "Mon marque-page +" (tiens c'est marrant comme nom de collection !)




C'est le début de l'été et des vacances pour Lino, 10 ans ; ses parents ne savent pas quoi en faire, trop occupés par leur travail à la mercerie. Comme la perspective des habituels deux mois au centre aéré semble particulièrement lui déplaire, la décision est prise de l'envoyer séjourner quelques temps chez Ulysse, son grand-père.  

Bien sûr, Ulysse est ravi d'accueillir Lino, qu'il n'a pas vu depuis des années ; mais le vieux passionné de cyclisme est bien surpris d'apprendre que son petit fils ne sait pas encore faire de vélo. Il décide de lui apprendre les bases. Les débuts sont difficiles pour l'enfant, maladroit et pas très sportif. Mais il s'accroche et se prend au jeu. D'autant qu'Ulysse est bien entouré de ses amis, Fatou et M. Mouakassa. 

Ces vacances vont être déterminantes pour Lino, qui va enfin pouvoir se libérer de ses craintes et des questions qu'il se pose sur sa famille, mais aussi pour Ulysse, qui aimerait parfois remonter le temps. 

Avis 

Un roman jeunesse facile à lire et plein de bons sentiments ; l'idée d'avoir mis en scène des personnages au parcours personnel compliqué (ce sont des migrants, en l'occurrence) permet de relativiser les problèmes du héros, de le sensibiliser à la dure réalité, et le pousse à se dépasser. Il est aussi question de communication intra-familiale : c'est toujours bon à prendre. 

Petit bémol : passer de "j'apprends à tenir sur un vélo sans tomber" à "je grimpe le Mont Ventoux à l'aise grâce à mon énorme détermination, tandis que les cyclistes chevronnés tombent comme des mouches" en l'espace de quelques jours, c'est quand même très capillotracté  _ même les jeunes lecteurs ne s'y tromperont pas.

Mais en vrai, c'est un livre très sympa ; et qui parle de vélo, ce qui est plutôt rare. Au CDI, on n'en a pas d'autres, à part Un sprint pour Marie qui a un peu vieilli...  


dimanche 11 février 2024

[BD] Deux romans jeunesse adaptés en bande dessinée : Momo petit prince des Bleuets (2023) et Babyface (2022)

Hasard des lectures, je suis récemment tombée sur deux BD jeunesse à la fois pleines de points communs et très différentes l'une de l'autre : Momo petit prince des Bleuets et Babyface. Dans les deux cas, on a affaire à une adaptation d'un roman écrit par deux autrices incontournables des CDI de collège et des sections jeunes des bibliothèques : Yaël Hassan, pour le premier ouvrage, et Marie Desplechin pour le second. Les personnages évoluent dans des décors urbains faits d'immeubles et de tags ; ils gravitent autour de lieux publics de socialisation : la bibliothèque, la supérette, la maison de quartier, l'école... Tous expriment un ennui ou un frustration de ne pas pouvoir aller ailleurs... pour l'instant. 

Pourtant, les jeunes héros (Momo et Nejma) ne risquent pas de se marcher dessus : ils ont le même âge _ils vont entrer au collège, mais n'ont pas du tout les mêmes occupations. Ils semblent avoir des caractères diamétralement opposés. Leurs destins jusque-là insignifiants vont être extraits de leur torpeur par la rencontre de quelqu'un qui va poser un regard bienveillant et valorisant sur eux.   


Momo petit prince des Bleuets 

Marc Lizano ; d'après le roman de Yaël Hassan 

Nathan, 2023. 96 p. ISBN 9782095003302

Résumé : 

C'est l'été à la cité des Bleuets. Pour Momo, les dernières grandes vacances avant l'entrée au collège s'égrènent le plus tranquillement du monde, jusqu'au jour où la directrice de l'école lui rend visite pour lui offrir une liste de livres à emprunter à la bibliothèque. Le garçon ne se le fait pas dire deux fois et saute à pieds joints dans l'univers de la lecture. 

Ses découvertes littéraires vont l'amener à croiser le chemin de Monsieur Edouard, un instituteur à la retraite qui saura l'encourager et qui le baptisera "Petit prince des Bleuets". Exploration de la capitale, fresques murales et découverte des classiques de la littérature : la rencontre sur fond d'amitié intergénérationnelle sera déterminante et l'été restera inoubliable pour Momo. 

Une chouette adaptation par Marc Lizano du roman de Yaël Hassan. La BD en photo ici m'a été prêtée par une collègue prof de français, qui m'en a dit le plus grand bien. J'ai beaucoup aimé aussi, les traits tout doux des personnages _il nous en faut bien de la douceur_, leurs "gros crânes" _comme disent les élèves, les couleurs vives qui mettent bien en valeur les décors urbains. L'histoire de Momo date un peu, mais elle ne se démode pas : elle nous rappelle que, si on a fini par prendre le pli de se méfier des mauvaises fréquentations, on en est venus à oublier qu'il peut y en avoir des bonnes, propres à nous tirer vers le haut.   

Les + : l'album se termine sur un petit dossier qui raconte l'élaboration de la bande dessinée par l'auteur, et notamment de la façon dont il s'est imprégné, puis détaché de l'œuvre d'origine. On peut y lire une interview de Marc Lizano par Momo, c'est marrant.  


Babyface 

Olivier Balez, d'après un roman de Marie Desplechin : Babyfaces (2010) 

Rue de Sèvres, 2022. 120 p. ISBN 9782810200290

Résumé : 

J'ai découvert un extrait deBabyface en feuilletant le petit magazine des éditions Rue de Sèvres, gentiment gratté au SLPJ de Montreuil, fin 2022. Ma première impression a été mitigée : d'un côté, le dessin et les couleurs m'en mettaient plein la vue _et ça m'a décidée à pousser plus loin la lecture ; d'un autre, le résumé ne me donnait pas trop envie car il avait l'air d'être un de ces bons scénarios bien déprimants dont la littérature pour la jeunesse à le secret. Je craignais que le tout ne soit généreusement imbibé de clichés sur la vie dans les "quartiers difficiles".

Finalement non, pas du tout. Enfin pas tant que ça,même si on commence fort : méchante, moche, grosse, pauvre, Nejma n'est pas gâtée par la vie. Son père est parti, sa mère travaille tard le soir, et elle se retrouve souvent seule après l'école, livrée à elle-même, à errer à la supérette du coin. Elle entretient une amitié toxique avec le petit Freddy, qui est aussi le narrateur, puisqu'elle lui rackette son goûter en même temps qu'elle le protège de la violence des autres gosses.

Lorsque les frères Fiores décident de dispenser des "cours de catch" aux enfants du quartier, l'excitation est à son comble : tous les petits veulent reproduire les exploits de Babyface, et des autres, comme à la télé.

L'engouement est tel qu'un accident se produit bientôt dans l'enceinte de l'école. Nejma, témoin et réactive, est désignée coupable d'agression sur l'enfant blessé. Même si elle se sait innocente, elle sait très bien que contre la parole des adultes qui l'accusent, elle ne peut pas grand chose. Comment ne pas partir en vrille, dans ces conditions ?

Une histoire bien plus surprenante que prévu, où on lève un tabou : les personnels de l'Éducation Nationale ne sont ni infaillibles, ni irréprochables _je me mets dans le lot bien volontiers. Je n'ai pas lu le roman donc pas de point de comparaison, mais cette bd est une belle découverte artistique et littéraire. Bravo à l'auteur d'avoir su peindre les décors urbains sans les rendre glauques.




Enfin. Deux jours complets de solitude, loin de toute interaction sociale. J'arrive déjà à me ménager des moments neutres et calmes au quotidien _j'ai cette chance inouïe de pouvoir le faire. Mais ça ne me suffit jamais. Je ne sais pas pourquoi, toute présence humaine à proximité devient fatalement insupportable, à plus ou moins long terme. Sans doute parce que je n'ai jamais eu à subir un "vrai" isolement bien pesant, sans perspective de retrouver de la compagnie un jour ou l'autre.  

  


dimanche 14 janvier 2024

[MASSE CRITIQUE] Le sourire du singe - Ludovic Flamant ; Hideki Oki (2023)

Merci à Babelio et à Esperluète Éditions pour l'envoi du livre Le sourire du singe dans le cadre de l'opération Masse Critique.  


Un homme vient d'être enfermé dans la cage aux singes d'un zoo ; par qui ? pour quelle raison ? On ne le sait pas, et on ne le saura jamais : dans cet album écrit par Ludovic Flamant et illustré par Hideki Oki, le contexte n'a pas grande importance. On s'intéresse surtout à la phase d'adaptation de cet homme, qui est aussi le narrateur, à son nouveau lieu de vie et à ses nouveaux voisins. Chaque double page présente une nouvelle étape de son cheminement moral et dresse le portrait d'un singe _du singe qu'il observe au moment où il nous parle, peut-être : d'abord, l'"homo sapiens" se focalise sur l'incongruité de ce qui lui arrive ; puis il perd l'espoir d'"être délivré". Alors, résigné, il se tourne vers les singes et commence à les observer, à distinguer chimpanzés, lémuriens et orangs-outangs, et surtout à ne plus les prendre de haut. Il se surprend même à les comprendre et à partager leurs centres d'intérêt. 



Même si Ludovic Flamant est plutôt connu pour ses livres destinés aux enfants, Le sourire du singe est un album tous publics qui fait réfléchir aux différences, à la gymnastique intérieure qui nous permet d'envisager d'autres manières de percevoir le monde, de nous habituer plus ou moins rapidement à un nouvel environnement. Les illustrations de Hideki Oki sont très colorées ; la façon dont il représente ses singes, toujours porteurs d'une expression nouvelle, a quelque chose d'enfantin. Peut-être parce qu'il dessine au feutre, sous forme de traits verticaux et horizontaux.   


Une lecture qui nous aide à rester humbles (face à la nature, et envers ceux qu'on toise).   

Ludovic FLAMANT ; Hideki OKI. Le sourire du singe. Esperluète Éditions, 2023. 23 p.  


samedi 21 octobre 2023

[3615 ma vie] "En toute sécurité"

Il était important que je revienne écrire ici. Comme à chaque début d'année scolaire, j'ai été rapidement submergée par ces tâches de rentrée qui me sont pourtant familières. A cela s'ajoutait des occupations plus personnelles, telles que la fin de préparation du marathon de Rouen, suivie, quelques jours plus tard, de l'examen du permis.

 



Eh bien, j'ai fini la belle boucle rouennaise en 4h17 (RP), mais surtout, j'ai eu mon permis. Qui l'eût cru ? Un complexe vieux de presque quinze ans vient de se désagréger. A presque quarante ans, et après plus d'une centaine d'heures de formation _d'ailleurs il m'en reste à effectuer : je ne comptais tellement pas l'avoir du premier coup que je m'étais gardé une dizaine de leçons sous le coude. Pourtant, je me sens aussi invincible et jouasse que vous avez dû l'être à dix-huit ans, dans les mêmes circonstances. Autour de moi, on s'étonne de mon euphorie et quelques uns commencent à s'en agacer : ils conduisent depuis vingt ans pour la plupart, alors forcément... Je ne leur en veux pas. Comment pourraient-ils deviner tout ce que cette réussite représente à mes yeux ? 

Lorsqu'on dit que le permis de conduire a une valeur symbolique d'"indépendance", de "passage à l'âge adulte", de "prise de responsabilités", ce n'est sans doute pas faux. Bien sûr, pour ma part, cet objectif relevait surtout du défi personnel. L'échec des trente heures pour rien avec Rolland _le moniteur de l'auto-école de Saint-Astier, à l'époque_ m'avait ruinée et m'avait collé une étiquette d'"incapable" à la conduite. C'était devenu un caillou dans ma chaussure. Je l'ai enfin viré. Mais c'est vrai que, pour la première fois, il y a quelques jours, je suis malencontreusement tombée sur ma tête dans le miroir et j'ai constaté que je faisais drôlement bien mon âge. Je ne pense pas avoir vieilli d'un coup depuis le 29 septembre, simplement c'est ce jour-là que j'ai accepté de voir ce que j'ai vu : une femme de 37 ans donc, qui vit comme une étudiante dans un studio de location sympa mais fort bordélique, qui communique avec ses pairs et se comporte comme si elle avait l'âge de ses élèves. Pour la première fois, j'ai senti que quelque chose sonnait faux. Je le savais déjà plus ou moins, mais jusqu'à ce jour, cela ne ressemblait en rien à un problème. L'effet papier rose s'était bel et bien produit, ahah.  


Puis je suis retournée zoner sur Internet et j'ai commandé toute une série de Titeuf d'occasion à un excellent prix. Ah, j'ai le permis, putain !! 


Que ma tête vieillisse, que je prenne un peu plus de cul année après année, ce n'est pas une source d'inquiétude : c'est dans l'ordre des choses. En fait, pour l'instant ça m'apporte plus d'avantages que de désagréments, notamment au travail, où élèves et collègues _quasiment tous plus jeunes que moi à présent_ m'identifient comme adulte et s'adressent à moi en tant que tel. Vous êtes bien placés pour savoir que cela n'a pas toujours été le cas. Non, ce qui me laisse perplexe, c'est l'écart qui grandit toujours plus entre ce corps qui suit docilement la ligne temporelle et cet esprit, qui s'accroche à une enfance qu'il a le sentiment de ne pas avoir exploitée à fond. 


Albert Riera 
"nouvel entraîneur des Girondins"
=
20 ans dans ta gueule !


Il semblerait que je sois bloquée à un carrefour particulièrement encombré, sans trop savoir quoi faire. En attendant de prendre les bonnes décisions, en espérant que ça se débouche avant la tombée de la nuit, je continue à courir, à lire des histoires de super-héros, et surtout à bosser (pas si mal que ça, franchement). Si les élèves y gagnent, c'est que tout n'est pas perdu !