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samedi 2 mai 2026

[UNE VIE DE CHIEN] Bêtes de somme - 1 - Mal de chiens. Evan Dorkin ; Jill Thompson (2012)

Impossible d'entrer dans une salle d'attente sans m'effondrer.
Je ne m'en aperçois que maintenant ; les larmes sont gérables presque partout ailleurs, mais pas dans les lieux médicaux. Quels qu'ils soient ils me transportent à Pellegrin ou à l'hôpital de Périgueux, ils me rappellent que les derniers moments partagés avec ma soeur sont des moments d'angoisse et de mauvaises nouvelles enrobées de sourires crispés. 
Si tout le monde avait simplement fait son travail, à son échelle, cela ne se serait pas passé ainsi. C'est dur de les voir vivre et de la savoir morte. 

Bêtes de somme - 1 - Mal de chiens 

Titre original : Beasts of burden

Evan Dorkin (scénario) Jill Thompson (dessin) 

Delcourt, 2012 


Une bande de chiens et de chats menant une vie paisible dans la banlieue de Sommers Hill est régulièrement confrontée à des phénomènes surnaturels. Aucun d'entre eux n'a de super-pouvoirs... Certains ne sont même pas aventuriers dans l'âme... Tous ont leurs petits défauts. Mais ils savent se montrer courageux face aux épreuves, et ça compense : à l'insu des humains, et au prix de grandes trouilles, ils parviennent à ramener le calme dans le voisinage. 

Leur succès est bientôt reconnu par le Sage Berger, un chien mage qu'ils invoquent lorsqu'ils sont en difficulté : il les promeut à leur tour "Sages Bergers" de leur secteur. Les voilà donc chargés d'enquêter sur l'origine du "mal" qui ronge Sommers Hill, et qui attire dans la zone tout un tas d'êtres maléfiques et d'événements paranormaux. 

En effet, il s'en passe, des choses, dans ce premier tome découpé en une succession d'histoires courtes : une niche hantée, un loup garou, une grenouille géante, des zombies... Chaque chapitre peut être lu indépendamment, mais un fil rouge relie le tout. 

Coup de coeur pour cette BD beaucoup trop méconnue ! On se croirait dans Ca de Stephen King, mais avec des chiens et des chats qui se vannent gentiment en prenant bien garde de ne pas louper l'heure de rentrer à la niche. 

Au début, j'ai pensé que Bêtes de somme s'adressait à un jeune public, trompée par les (magnifiques) portraits d'animaux de Jill Thompson et le choix de couleurs printanières pour dépeindre les alentours de la petite banlieue américaine... Mais non, car la dimension horrifique de l'oeuvre est importante. C'est d'ailleurs frustrant de se dire qu'on ne pourra pas le glisser trop tôt dans les mains des enfants, car certains passages sont bouleversants dans le bon sens du terme, et vecteurs de messages positifs... D'autant que l'humour est aussi au rendez-vous. 

Série découverte dans un épisode ancien du podcast Comicsphère (One Shots First #4) consacré aux animaux extraordinaires dans les comics. 

 

dimanche 23 novembre 2025

[MASSE CRITIQUE] ThrillerVille - Lerenard / Puvilland (2025)

Heureusement qu'il reste des livres à lire, des pieds pour courir et des cartons à faire... La vie serait impossible autrement. 


TranquilleVille est un patelin à première vue semblable à bien d'autres au Québec : situé au cœur d'une forêt dense et perforé par un lac aux attractions surprenantes, ses habitants se croisent ou se retrouvent entre la supérette, le bar, le poste de police plus ou moins animé, le fast-food et la station de radio locale ... 

Mais en y regardant le plus près, il semblerait que la ville porte assez mal son nom. En effet, d'étranges événements s'y produisent depuis des décennies : certains évoquent un sasquatch mangeur d'hommes, d'autres un monstre du lac... et tous frissonnent au souvenir de La Machine, un tueur en série aux allures de colosse, qui a heureusement été arrêté. 

Malgré tout, la vie suit son cours : les jeunes font du motocross dans les bois, Madame Marquette va aux champignons malgré les interdits du garde forestier, tandis que Bérubé lance des bâtons de dynamite dans le lac. Le soir, tout ce petit monde part boire des coups à la Barbière... fameux bar à bières où le sergent McKenzie va apprendre que La Machine s'est évadé de prison. 

Tranquille Ville est à deux doigts de redevenir Thriller Ville... mais personne ne s'en doute. 

Cette bande dessinée m'a été envoyée dans le cadre de l'opération Masse Critique "Mauvais genres" : merci donc à Babelio et à Daniel Maghen Editions pour cette belle découverte. 

Accrochez-vous ! Les premières planches vous paraîtront déstabilisantes voire difficiles à comprendre, car les nombreux personnages sont présentés pêle-mêle, dans des situations un peu WTF qu'on a bien du mal à cerner. 

Mais au fur et à mesure, un fil rouge se dégage ; les liens entre les protagonistes s'éclaircissent grâce à des flashbacks improbables que les auteurs nous dévoilent, et tous deviennent terriblement attachants en dépit des actes horribles qu'ils commettent ! Pas de gentils, pas de méchants, juste des humains siphonnés à des degrés différents, ou simplement dépassés par leur bienveillance... 

A noter la présence de plusieurs figures féminines fortes : Lio la journaliste qui met les pieds dans le plat, Nelly la garagiste championne de bras de fer, Bernadette la patronne du burger.. 

La construction de l'histoire vraiment astucieuse ; il y aurait matière à faire une série horrifique de tout ça ! Horrifique, car, il faut bien le reconnaître, on tranche dans le vif à ThrillerVille : poules égorgées (sacrilège !), corps poignardés, membre arrachés... Si on ne nous épargne rien visuellement, les vignettes gore sont cependant toujours contrebalancées par une bulle marrante ou une scène décalée : rien de trop stressant au final _ même si forcément, ce n'est pas un BD qui risque de finir au CDI, ahah !

Une BD parfaite pour les amateurs d'humour noir, d'action, de bizarreries et de décors canadiens. Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé !  

ThrillerVille 

Lerenard / Puvilland 

DM Editions, 2025


tous les livres sur Babelio.com

vendredi 28 février 2025

[COMICS] Black Hole - Charles Burns (2005) / Sex Criminals - 1 - Matt Fraction, Chip Zdarsky (2015)

Il fait chaud pour un après-midi de février ; à l'hôpital de Périgueux, ça entre et ça sort sans discontinuer, masqué ou pas. On se croirait dans un petit village. 

L'agent d'accueil prend froidement la carte vitale de ma sœur lorsque vient son tour, aux admissions. Elle est sans doute saoulée par un tas de choses, pourtant elle se radoucit d'un coup, en voyant la nature de la consultation, et se propose même de nous guider. Mais ça va, on connaît. Cette sollicitude à laquelle on commence aussi à s'habituer fait mal : elle nous rappelle sans cesse que cette fois-ci, c'est grave. 

Le service d'oncologie est calme, apaisant, tout en vert pomme et en déco zen. Le docteur nous accompagnent jusqu'à son cabinet, où nous rejoignent une infirmière qui porte une veste à capuche par dessus sa blouse blanche et un interne. Nous voilà soudain bien nombreux. Ils sont souriants, mais personne n'est dupe. 

Il y a un peu plus de cinq ans, je commençais à découvrir l'univers des comics grâce à un collègue prof d'arts plastiques ; aujourd'hui, voici le compte-rendu de deux spécimens du genre. Je triche un peu, ce sont des publications Insta un poil revisitées.

Ne jamais sous-estimer le pouvoir des livres ! 

Black Hole - L'intégrale (Tomes 1 à 6) 

Charles Burns 

BD sortie en 2006. Publications initiales entre 1995 et 2005. 


Etats-Unis, sans doute dans les années 1970. Les jeunes d'une petite ville sont frappés d'une MST qui cause chez eux d'horribles transformations de leur corps : desquamations, apparition d'une queue de lézard, pustules diverses et naissance de bouches sur le torse... Comme si l'adolescence n'était déjà pas assez dure sans ça ! 

Autant dire que ceux qui fautent sont grillés d'office, et contraints de se regrouper dans un bois en retrait de la société, tant pour se protéger du regard des autres que de leur malveillance. 

Parmi eux, figurent des spécimens plutôt sages, comme Keith et Cathy, des rockeurs et autres artistes un peu plus dévergondés comme Eliza et Rob ou encore des geeks mal aimés comme Dave. A travers leurs portraits, Charles Burns nous fait entrer dans les foyers américains de l'époque et dans les tumultueuses années de lycée aux relents d'alcool et d'herbe, sans rien édulcorer. 

Les différents chapitres sont présentés du point de vue de Keith, un garçon rangé qui, à force de vouloir aider les autres, va se retrouver dans la sauce, ou de Cathy, une élève studieuse qui va payer le prix fort de sa première expérience sexuelle. 

Une BD à connaître ! Un peu flippante _ qui a grandi avec l'ombre du SIDA, sera content de ne pas être tombé dessus à sa sortie..., avec du surnaturel, des passages oniriques, un peu d'horreur aussi. J'ai hâte de pouvoir la relire car je pense être passée à côté d'une partie de ses richesses. 

Le trait gras et sombre de Charles Burns apporte une lourdeur supplémentaire aux décors nocturnes et foisonnants dans lesquels les personnages semblent englués. Pas une grosse ambiance, comme vous l'aurez compris, mais le désir de vivre est bien là, caché lui aussi. J'ai trouvé fascinantes le jeu de l'auteur sur les mutations des lycéens, à la fois sources de dégoût et d'excitation. 

Public : Adultes, en tous cas pas moins de 15 ans. 


Sex Criminals - 1 - Un coup tordu 

Matt Fraction, Chip Zdarsky 

Glénat Comics (2015) 

Quand ils baisent, le temps se fige pour tout le monde, mais pas pour eux : du coup, ils en profitent pour aller braquer des banques ! 

Bon, c'est un peu plus compliqué que ça. 

Afin d'éviter la fermeture de la bibliothèque dans laquelle elle travaille, Suzie se démène au quotidien et tente de lever des fonds. Suzie est jeune, motivée... mais surtout, elle possède un pouvoir incroyable : lorsqu'elle a un orgasme, ça arrête le temps pour quelques minutes. Pendant ce "gel temporel" elle peut dire et faire absolument tout ce qu'elle veut. Au fil des années, Suzie a appris à tirer profit de cette particularité assez marrante et parfois utile ; cependant elle s'est toujours sentie seule face à ce phénomène qui semble ne se produire que chez elle. 

Pendant une soirée, elle fait la connaissance d'un banquier aspirant acteur nommé Jon, couche avec, et paf, ça fait des Chocapics ! elle découvre qu'il a les mêmes facultés. 

Suzie et Jon deviennent vite inséparables, heureux de s'être enfin trouvés. De leur union va naître un projet fou : profiter du laps de temps libre dont ils disposent pour voler de l'argent où ils peuvent, et ainsi sauver la bibliothèque. 

Certes, l'idée est astucieuse, mais c'est sans compter la police du sexe, ses combis moulantes et ses indics à face de périnée, toujours prêts à faire immersion dans le "Grand Calme" qui suit le feu d'artifice. 

Premier tome d'une série de 6, "Un coup tordu" est un BD très colorée qui vide bien la tête par son côté fun et WTF, mais qui met aussi en évidence les tabous autour de la sexualité, aux Etats-Unis comme ailleurs, encore aujourd'hui. Les planches grouillent de petits détails marrants et de dialogues improbables _notamment dans les scènes qui ont pour décor LE sex-shop de l'histoire. Si l'album se destine bien à un public adulte (aucun doute permis là-dessus) il arrive à parler de sexe de façon décomplexée sans être malaisant. 

C'est exactement le comic vif et divertissant dont j'avais besoin pour mettre le quotidien entre parenthèses l'espace d'une petite heure. Vivement que je chope la suite ! 

dimanche 19 juin 2022

[COMICS] Rachel Rising - 1 - "L'ombre de la mort" - Terry Moore (2014)

Voici un nouveau titre découvert à la bibliothèque Marguerite Duras, ma préférée définitivement ! 


L'histoire

Depuis qu'elle s'est réveillée à moitié ensevelie dans une tombe de fortune creusée au beau milieu de la forêt de Firehill, Rachel Beck se sent déboussolée. On le serait à moins. Malgré le traumatisme, sa tête fourmille de questions pragmatiques : on a manifestement essayé de la tuer avant de se débarrasser de son corps à des kilomètres de la petite ville de Manson qui l'a vue grandir. Mais qui ? quand, exactement ? Et surtout pourquoi ? 

La jeune femme n'est pas du genre à laisser le temps faire son œuvre ; là où d'autres auraient opté pour discret retour à la vie quotidienne, s'estimant chanceuses que leur meurtrier se soit raté, elle va tenter de remonter (non sans difficultés) le fil des événements. 

Problème numéro 1 : elle n'a aucun souvenir, ni de la soirée de son agression, ni des trois jours passés "sous terre" qui l'ont suivie. 

Problème numéro 2 : au vu des marques de strangulation qui ornent son cou et de son regard de zombie, il semblerait que Rachel ne soit plus tout à fait vivante... Pire, elle comprend peu à peu qu'elle est capable de prédire la mort des personnes qu'elle croise, et elle se surprend à communiquer avec une grande blonde pulpeuse et désagréable au possible qu'elle est (presque) la seule à percevoir. 

La voilà donc bien mal embarquée ; heureusement, elle a le soutien inconditionnel de sa tante Johnny et de sa meilleure amie Jet.  

Une vraie BD de gonzesses 

En effet, le salut (s'il y en a un) ne viendra pas du Prince Charmant. Je ne sais pas comment ça se passe dans les suivants, mais ce premier tome de Rachel Rising est essentiellement mené par des femmes ; c'est assez rare pour être souligné. Les quelques types qui apparaissent au fil des chapitres ont des rôles secondaires ou servent simplement à faire de la figuration ; dans tous les cas, aucun d'entre eux n'est un allié digne de ce nom pour l'héroïne _exception faite du pauvre gars qui prend Rachel en stop au sortir de la tombe, à qui elle claque la porte au nez sans ménagement lorsqu'il veut en savoir plus sur son état de santé, et qu'on ne reverra plus jamais... Tous les autres se positionnent comme ils peuvent sur un perchoir qui va de la bêtise à la perversité. On pourra constater que Rachel et Jet encaissent à plusieurs reprises propositions et regards lubriques : 

Au garage (où Jet travaille)

Au Blue Note, le bar local
"Les musiciens, qu'est-ce que tu veux...?"

Les deux amies ne se laissent jamais marcher sur les pieds et remballent vertement les téméraires ; pourtant, on voit bien qu'elles ne sont pas là pour essayer de faire bouger les choses : c'est comme ça que ça se passe, ici, personne n'y peut rien. Leurs réactions sont autant de réflexes de survie et ne témoignent que de leur résignation. Même si je suis vraiment fan de la façon dont Terry Moore traite ses personnages féminins dans cette bande dessinée, il n'en fait pas pour autant des héroïnes féministes. 

Par pour l'instant, en tous cas. Ou peut-être le sont-elles à leur manière ; il faut reconnaître qu'on a pour faire face à leurs médiocres pendants masculins une brochette de femmes fortes et déterminées _quelles que soient leurs intentions : 

  • Je crois que si j'avais été à la place de Rachel, je me serais barricadée en prenant bien garde de ne jamais croiser mon regard injecté de sang dans une glace ! Bon, c'est vrai que je suis assez trouillarde à la base, mais la jeune femme manifeste quand même une grande facilité à se mettre en mode warrior : elle veut comprendre ce qui lui est arrivé, quitte à retourner (trop) souvent sur les lieux du crime. Si elle admet avoir besoin d'aide, elle ne laissera rien passer. Terry Moore l'a représentée sous les traits d'une grande blonde svelte et raide comme la justice, toujours vêtue de noir, dans une tenue qui fait un peu penser à Catwoman, vite fait. Un bruit suspect, une personne intrigante : elle fonce voir ce que c'est. Elle n'a pas le temps d'avoir peur. 
  • Jet est la meilleure pote que tu rêves d'avoir : garagiste piétonne _sa voiture est en panne, le comble, guitariste dans un groupe de jazz, elle est liée à Rachel depuis l'enfance. C'est la dernière personne à qui l'héroïne se souvient avoir parlé, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'était pas très chaude pour la sauterie prévue le soir-même. Attentionnée sans être collante à l'extrême et sans forcément chercher à la brosser dans le sens du poil, elle est la première à prendre au sérieux ce que Rachel lui raconte, et à la considérer comme "bien réelle". 

  • Tante Johnny a plus de mal à ne pas croire à une vision fantomatique lorsque Rachel se présente à elle, peu de temps après son retour à Manson. Non pas qu'elle y mette de la bonne volonté, mais il faut dire que son boulot chronophage aux pompes funèbres n'aide pas. Pour cette femme, qu'on devine d'un certain âge, qui dit elle-même passer plus de temps avec les morts qu'avec les vivants, les apparitions de défunts sont quasi quotidiennes, et, toujours rationnelles, elle les interprète comme des symptômes de surmenage. Il faudra que Rachel la traîne jusqu'à la forêt de Firehill pour qu'elle comprenne que tout est bien réel. Ce personnage est aussi original qu'attachant ; au fil des planches, on comprend que c'est elle qui a recueilli sa nièce à la morts des parents de celle-ci, et que depuis elle est à la fois sa mère et sa pote. Leur relation est marrante ; Johnny, c'est la tante qui arrive à te faire sortir de la morgue grâce à son réseau, qui se laisse dormir trente-six heures et te fait des pâtes à ton réveil, après avoir pris soin d'inviter ta meilleure amie pour partager le repas. 
 
Cerise sur le gâteau, Johnny a une bonne dégaine de butch* : les cheveux en brosse, la chemise à   carreaux, le fourgon, le chien, un prénom de mec... tout y est ! Pourtant, quelques unes de ses interventions laissent entendre qu'elle n'est pas du tout de la fanfare. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences !   
  • Attention, place maintenant aux personnages beaucoup moins sympathiques : la petite Zoé et la grande blonde (qui n'a pas de nom). Zoé est une petite qui vit avec sa soeur et son père, à Manson aussi visiblement, puisque Rachel assiste à son incendie alors qu'elle se trouve sur le toit du Blue Note. Sous ses airs d'enfant sage, la gamine est capable de commettre des horreurs. Non pas qu'elle soit sadique, mais parce que son corps est manipulé par une mystérieuse femme blonde que personne ne peut voir... sauf elle et Rachel. Cette connaissance commune va les amener à entrer en contact, alors que rien ne les prédisposait à se croiser un jour. Toutes deux vont aussitôt nouer un lien de confiance et Rachel va tenter de rassurer la fillette tant que faire se peut, elle qui est traumatisée d'agresser et de tuer sans le vouloir. Elles vont aussi réaliser, à travers leur parcours en miroir, que la grande blonde les possède toutes les deux, mais différemment, et pour cause : avec son fort caractère, Rachel est beaucoup moins "perméable" que Zoé. 

La Mort à la soirée Nuit Blanche

On le devine sans que jamais Terry Moore ne le dise clairement : la grande blonde est une incarnation de la Mort. Tout de blanc vêtue, elle n'a rien à voir avec la faucheuse à capuche intégrée dans l'imaginaire collectif et on s'attend plus à la croiser chez Eddy Barclay que dans un cimetière. Elle aussi se présente à Rachel comme une sorte de reflet inversé. 

Si le rapport entre Zoé et la Mort est ambigu, mêlé de peur et de reconnaissance _la Mort se dit être "une amie qui lui veut du bien" et, de fait, elle la sauve des griffes du pédophile qui salivait d'avance de la récupérer dans sa famille d'accueil, Rachel et la grande blonde semblent se détester cordialement. 

Pas de doute, elle est derrière la transformation de l'héroïne en morte-vivante ; car c'est ce que Rachel est devenue, même si elle ne ressemble pas plus aux zombies sanguinaires auxquels nous sommes habitués, que la Mort à nos représentations habituelles de la mort. 

Son statut intermédiaire surprend sans surprendre les personnages qui évoluent dans une bourgade rurale déjà teintée de mystères, de phénomènes glauques, et connue pour ses brûlots de sorcières. 

Même le vieux médecin de famille des Beck, censé incarner la sagesse et la rationalité, est formel : la médecine n'explique pas tout, est Rachel n'est rien de moins que l'ange de la mort. Le pire, c'est qu'il a probablement raison...

La valse des faux semblants 

J'ai emprunté cette bande dessinée complètement au hasard, parce que je ne trouvais pas celle que je voulais et que le nom de l'auteur me disait vaguement quelque chose. C'est un heureux hasard, qui me donne envie de poursuivre la lecture de cette série à mi-chemin entre le fantastique et l'horreur. L'auteur s'est chargé à la fois des dessins et du scénario ; il est surtout connu pour une autre œuvre (Strangers in Paradise), mais apparemment Rachel Rising a connu un certain succès à sa sortie, en 2014. Visuellement, "L'ombre de la mort" devient agréable à lire dès lors qu'on s'est habitué au style de Terry Moore, caractérisé par des traits fins, soucieux du détail, parfaits pour dépeindre les broussailles d'une forêt remplie de cadavres et pour rendre les visages bien expressifs. N'étant pas très fan du gore illustré de façon générale, je dois bien reconnaître que l'artiste est efficace et dit ce qu'il veut sans trop abuser sur l'hémoglobine. Ce comics reste quand même destiné aux adultes, à mon avis, car il comporte plusieurs représentations de morts qui peuvent franchement faire peur. 

Mais la meilleure surprise reste le perpétuel jeu des apparences où l'auteur nous entraîne et nous perd, et qui laisse présager bien des rebondissements dans les futurs tomes. Qu'est-ce qu'on est ? Qu'est-ce qu'on n'est pas ? Qu'est-ce qui a changé, et quand ? Le bon père de famille d'accueil l'est-il vraiment ? Rachel est elle morte ou vivante ? Zoé n'est elle qu'une petite fille assommée par le destin ? La Mort est-elle une amie ou une ennemie ?  La suite le dira peut-être ! 

* butch = gouine bien virile

Terry MOORE. Rachel Rising - 1 - "L'ombre de la mort". Delcourt, 2014. ISBN 978-2-7560-3949-7

Rien à voir, mais j'ai fait le marathon de Biarritz le 5 juin dernier ! 

Un rêve s'est réalisé ! 

jeudi 12 août 2021

Ces victimes dont il faut se méfier : Carrie - Stephen King (1976)

Comme chaque année, j'ai emporté quelques livres jeunesse (ou pas) en Dordogne, afin d'avoir quelques titres à proposer aux élèves en septembre. Ce sera toujours du temps de gagné, et puis ça reste un des côtés les plus sympas du boulot. Il faut croire que mon inconscient avait des trucs à me dire, car ma main s'est très souvent portée sur des romans aux ambiances plutôt sombres. Sur le coup, je me suis dit que c'était un drôle de hasard, mais à vrai dire c'était couru d'avance vu les auteurs : Guéraud, Abier, Stephen King... 

Cela dit, cette sélection valait largement le coup, et je ne la regrette pas. A retenir notamment : Carrie de Stephen King, un classique ou pas loin. 

Carrie - Stephen King


L'histoire se déroule aux États-Unis, dans une petite ville du Maine nommée Chamberlain : les fans reconnaîtront-là l'un des décors de prédilection de l'auteur. 

Au lycée, l'année scolaire touche à sa fin. Les jeunes commencent à s'organiser pour le traditionnel bal de printemps qui clôture le mois de mai, entre nervosité et excitation : pour eux, c'est vraiment "l'événement" à ne pas rater. Mais si certains y voient une occasion de crever l'écran, comme la belle et populaire Chris, ou comme le couple parfait que forment Sue et Tommy, d'autres ont franchement peu de chances de participer aux festivités. 

Carrie, 16 ans, fait partie de ceux qui resteront sur la touche. Aussi à son aise au milieu de ses mijaurées de camarades de classe qu'un crapaud tombé dans l'auge des dindons, elle a bien des raisons de raser les murs. D'une part, elle vit sous la coupe d'une mère bigote à l'extrême qui lui a inculqué la crainte des autres humains, notamment des hommes qui sont autant de "pécheurs" à éviter, et d'autre part, Chris et Sue lui mènent la vie dure par leurs brimades et leurs mauvaises blagues. Les adultes ferment à demi les yeux : avec son physique ingrat et ses manières rustres sorties d'une autre époque, cette pauvre fille ne peut rien espérer d'autre que le traitement qu'on réserverait à un extraterrestre un peu dégueu. 

Pour ceux qui ont la flemme de tout lire : voici les copies de la story Instagram consacrée à Carrie. 


Si Carrie donne l'impression d'accepter son sort, intérieurement elle sent que la coupe est presque pleine : le temps d'utiliser son pouvoir de télékinésie, qu'elle contrôle de mieux en mieux, est bientôt là. En effet, lorsqu'elle est contrariée ou sous le coup d'une émotion forte, elle peut déplacer des objets, mais aussi les casser ou les projeter sur l'"agresseur". Personne ne le sait, par chance ! Lorsque de curieux événements se produisent, les gens sont trop occupés à se mettre à l'abri pour chercher leur origine.             

Un jour, Chris, Sue et leurs suiveuses vont un peu loin dans le foutage de gueule et se font griller par une prof qui n'a pas du tout l'intention de détourner le regard, elle, et qui va demander à ce qu'elles soient sanctionnées. Les deux petites bourgeoises _oui, en plus ce sont d'insupportables richouzes_ vont se retrouver interdites de bal de fin d'année. 










On pourrait croire qu'elles s'en tirent bien, ces biatchs, mais sachez que pour elles, c'est une vraie catastrophe. Sue, qui est plus le caniche de Chris qu'autre chose, prend conscience de sa connerie et décide de se racheter en "prêtant" à Carrie son cavalier désormais seul (Tommy, donc) : ainsi, la pauvre ahurie pourra profiter des festivités comme tout le monde. Bon, le garçon trouve ça étrange sur le principe, mais il accepte et invite sa nouvelle reine de soirée en bonne et due forme. Bien sûr, Carrie ne sait rien de ce petit arrangement et finit par croire que Tommy s'intéresse réellement à elle, ce dont elle a d'abord douté fortement _à juste titre. 


Chris, quant à elle, se considère toujours comme étant la victime d'une paumée qui, selon elle, n'a jamais eu que ce qu'elle méritait. Ce n'est pas une fille d'avocat pour rien. Lorsqu'elle apprend que Carrie ira au bal au bras de Tommy, elle voit là l'occasion de lui faire une ultime blague bien puante. Pour ce faire, elle va mettre à contribution son copain du moment, le peu recommandable Billy. La fête s'annonce animée. 


Daté de la fin des années 1970, Carrie n'a bizarrement pas grand chose d'une histoire vieillotte. On reconnaît dans ce livre court mais protéiforme (le récit est souvent interrompu par l'insertion d'articles de presse, de rapports d'interrogatoires) le souhait de donner un côté "vrai" à l'histoire. De plus, ce procédé nous permet de reconstituer par nous-même le déroulement de la fameuse soirée. 

Bien sûr, il s'agit du premier roman de Stephen King : les connaisseurs trouveront sûrement des petits défauts à commenter. Ils discerneront le germe d'une tendance de l'auteur à faire de la psychanalyse avec deux bouts de bois, et un goût naissant pour les fins cataclysmiques qui s'étirent en longueur. Cela n'empêche pas Carrie d'être original sur un point en particulier : la mise en scène de la victime qui devient bourreau, petit à petit. Dans cette histoire présentée comme "roman d'horreur", il est hors de question que les différents protagonistes fassent la paix à la fin. Tout aussi impensable que la situation reste telle quelle, que l'enfant harcelé soit assez entouré d'amis fiables pour se sentir blindé contre les attaques des uns et des autres. Chefs de file et suiveurs, tout le monde paye, au-delà du budget prévu _et certains, sans doute plus qu'ils auraient dû.

                 

Même si Carrie demeure un peu trop violent pour un CDI de collège, il a sa place au lycée ; pour un élève qui se fait bolosser (ou pas, d'ailleurs), c'est une lecture qui peut faire du bien car on y aborde la question de la confiance en soi qui se construit petit à petit, qui tient parfois à pas grand chose, et qui peut changer le cours d'une vie.

Je l'ajoute quand même à la liste des romans pour aborder le harcèlement scolaire au collège

Stephen KING. Carrie. Le Livre de Poche, 2010. 288 p. ISBN 978-2253096764
Première parution en 1974 ; sorti en France en 1976. 

vendredi 24 juillet 2015

Brainless - Jérôme Noirez (2015)

La semaine dernière, je suis allée faire un tour dans le rayon jeunesse de la librairie Marbot à Périgueux. Non pas que j'aie du mal à décrocher : simplement, les livres pour enfants et ados sont situés au rez-de-chaussée du bâtiment, pas trop loin de l'entrée, ce qui signifie que le réseau mobile y passe très bien _ce qui n'est pas le cas au sous-sol, où on ne capte rien, sachez-le. Cette stratégie m'a quand même donné l'occasion de faire le tour des nouveaux titres et d'être happée par une couverture des plus alléchantes...


... celle du dernier roman de Jérôme Noirez, Brainless. Qui ne s'extasierait pas devant ce magnifique cerveau sous cloche qui n'attend que d'être dévoré ? A part Marine, qui a trouvé ça "dégueu".

Le vieux craquage ressenti sur la couverture s'est confirmé en découvrant l'intérieur, c'est le moins qu'on puisse dire ! Si  l'année dernière, à la même époque, je vous parlais les tripes encore retournées, de mon coup de coeur pour Wonder, aujourd'hui je viens vous présenter mon champion de l'été dans la catégorie racontage de vie d'ado ! D'ailleurs, à propose de tripes... disons qu'il en est largement question dans ce roman.

L'histoire 

"Brainless", c'est le surnom que Jason se traîne depuis toujours. Toute la petite ville de Vermillion dans le Dakota du Sud s'est mise progressivement à le désigner ainsi, si bien qu'avec le temps, ce jeune un peu simplet s'est fait une raison et a accepté son statut d'idiot local. Jason entre au lycée et son "absence de cerveau" risque de lui poser des problèmes...



Depuis quelques temps, la vie quotidienne et son lot d'informations à mémoriser est encore plus dure à gérer qu'avant. Pour être plus précis, disons que les choses se sont compliquées depuis qu'il est mort en s'étouffant avec des grains de maïs trop vite ingérés lors d'un concours de gobages d'épis..

En plus de préparer son sac de cours, se rappeler de se brosser les dents, il doit à présent bien penser à s'injecter quotidiennement du formol en intramusculaire pour ne pas pourrir et composer ses repas à base de viande crue. Bien sûr, personne ne doit savoir qu'il souffre de ce mystérieux (et ô combien gênant) Syndrome de Coma Homéostatique Juvénile qui touche de plus en plus d'adolescents américains, autrement dit qu'il est devenu un zombie. Alors, il se garde bien de dire qu'il est mort un soir d'été et qu'il s'est réveillé quelques heures plus tard, le coeur à zéro et le souffle inexistant, sans que personne ne puisse rationnellement expliquer ce phénomène. Intellectuellement, rien ne s'est arrangé, bien au contraire : ses capacités se sont même légèrement dégradées... Plus que jamais, la discrétion est de mise.


Il n'a pourtant pas d'inquiétude à avoir à ce sujet : les autres lycéens l'ignorent complètement quand ils n'ont pas en tête d'idée pour l'emmerder. Ils ont tous leurs préoccupations, leurs centres d'intérêts plus ou moins superficiels, leurs projets plus ou moins glauques. Accompagnée de sa bande de pouffes, Cassidy la pom-pom girl se la pète H24 et passe son temps à se moquer des filles qui ne bénéficient pas d'un physique aussi avantageux que le sien. Son objectif du moment : séduire le beau Tom, la star de l'équipe de foot dont le melon surdimensionné ne passe déjà plus la porte. Rayan, ce garçon obèse qui aime s'habiller en jaune, joue les apprentis détectives dans Vermillion après avoir été "embauché" comme mouchard par le détestable proviseur Ortiz. Quand la nuit tombe, Tony et Jim, deux petits WASP à qui on donnerait le bon dieu sans confession, font couler le sang et y prennent grand plaisir... A côté d'eux, un zombie comme Brainless a presque l'air d'un ange : il n'a même pas envie de manger de l'humain ! Seule Cathy, la gothique venue de Chicago, semble se démarquer de ses semblables et de leur mentalité qui retarde de deux siècles.

Dans l'obscurité d'un sous-sol, un drame se prépare...


ATTENTION SPOILER à partir de là !! 



Entre humour et horreur, une caricature des jeunes (et moins jeunes) américains 

Jérôme Noirez se dit amateur de films d'horreurs ; eh bien ça se voit ! En mettant en scène un héros lui-même fan de Vendredi 13 et d'autres chefs d'oeuvre du genre que je n'ai pas l'honneur de connaître (ni l'envie, encore que !), il s'en donne à coeur joie dans les dialogues et les références qu'il nous fait partager. De plus, lorsque l'idée vous prendra de scalper Brainless, vous verrez que l'auteur, plutôt connu pour ses ouvrages de fantasy, ne fait pas dans la dentelle lorsqu'il dépeint certaines scènes prédisposées. Une fusillade, un choc malheureux en cours de sport, une dissection de rein de porc ou une altercation au cimetière qui tourne mal : chaque morceau de cervelle a son importance, qu'on se le dise... Âmes sensibles s'abstenir, même si le tout est saupoudré de quelques pincées de Scary Movie !

Toujours avec un sourire en coin, c'est un tableau de la société américaine brossé à grands coups de papier de verre qui s'offre à nous.

D'un côté, vous avez une bande de lycéens plus au moins aussi écervelés que Brainless dont les actes sont vains puisque de toute façon, leur avenir est déjà tracé en fonction de leur rang social. Riches et pauvres se gardent bien de se mélanger. De l'autre, des adultes tout aussi médiocres, hypocrites et parfois sadiques. Eux n'ont plus n'ont pas tous les mêmes valeurs. Les deux générations sont liées par deux drôles d'effets de miroir.

Celui de la drogue, tout d'abord. Eh oui, ces petits cachets oranges que Tom le footballeur distribue comme des bonbons lors de soirées qui en valent la peine sont ni plus ni moins fabriqués et dealés par leur prof de SVT, un homme qui ne semble vivre que pour disséquer les animaux et enseigner cet art subtils à ses bouchers d'élèves.

"Qui a fait ça ? Qui a osé manquer de respect à un organe ?" 

Celui de l'intolérance, ensuite, à travers le racisme, l'homophobie, le refus d'accepter le handicap mental. On la ressent aussi nettement dans les propos de Cassidy, de Jim et Tony, que dans les pensées profondes du proviseur Ortiz.

"_Après les handicapés, les homosexuels, les lesbiennes et le végétariens, il faut que j'accueille à bras ouverts les zombies" (Ortiz)

"Le seul type pas trop mal, c'est un black. Je vais pas sortir avec un black, quand même" (Cassidy) 

 Les parents des jeunes personnages sont tous assez pathétiques et s'illustrent soit par leur maladresse _lorsque la mère de Cathy fourre des préservatifs dans le sac de sa sorcière de fille, soit par leur laxisme _les parents de Cassidy n'ont visiblement aucune prise sur la leader du "Club des Salopes", ceux de Tony et Jim, n'en parlons pas ! Soit par leur fragilité _l'hystérie de la mère de Brainless, soit par leur absence _à l'image son père. Que peut-on espérer de leurs enfants ?


Echos lointains

La lecture de Brainless a réveillé en moi le souvenir de deux oeuvres auxquelles le roman semble faire écho, que ce soit voulu ou pas.

Au fil des pages, j'ai eu l'impression très nette de lire une transcription d'Elephant, le film de Gus Van Sant (2003). Il raconte, minute après minute, par un jeu de scènes répétées, la préparation et la concrétisation de la fusillade d'un lycée par deux élèves. Sans prétendre expliquer les motifs de cette tuerie, sans excuser, sans accuser, Elephant s'attache surtout à filmer et à fixer dans le temps les dernières minutes de vie de ces lycéens qui vaquent à leurs occupations sans savoir que la mort se dirige vers eux à grands pas.



En plus de dix ans, je n'ai jamais trouvé les mots pour dire tout le bien que je pense de ce film, alors je m'arrêterai là. Si les dernières pages de Brainless ressemblent beaucoup aux dernières minutes d'Elephant, la fin n'est pas du tout la même... et elle vaut le détour.

De manière beaucoup plus légère, l'histoire de Jason m'a fait penser à celle de Charlie, dans Des Fleurs pour Algernon. Je ne pense pas l'avoir fait plus haut, donc je profite de cette remarque pour préciser que Brainless est composé d'une alternance de chapitres racontés à la troisième personne par un narrateur omniscient et consacré à l'action principale, et de chapitres "confessions" narrés à la première personne par Jason lui-même. Ces derniers ne suivent pas forcément la chronologie des événements macabres qui se produisent à Vermillion. A eux-seuls, ils forment un "journal" dans lequel Jason nous livre des informations sur son passé de vivant et sur sa condition de zombie ; ce sont eux qui me font penser à Charlie Gordon et à son carnet dans lequel il consigne son évolution mentale. Tout comme Charlie, Jason se sent exhibé comme une bête de foire dans des conférences pseudo-scientifiques et vit mal la situation. De la même manière que lui, il connaît des "réveils" intellectuels temporaires à certaines occasions _dont je ne dirai rien, y a spoiler et spoiler hein !! et il est malheureux lorsqu'il se sent "redevenir" bête.




J'ai lu Brainless en deux jours. Ceux qui me connaissent un peu savent que je lis très très lentement. Ils auront donc compris que l'histoire est aussi captivante que l'écriture de Jérôme Noirez est agréable à lire. J'aurais bien voulu faire ma langue de pute et dire quelque chose de négatif sur ce bouquin sorti au mois de mai dernier, mais je ne vois rien à ajouter ! Alors tant pis ! Histoire d'épouvante, journal d'un zombie, peinture de la jeunesse américaine à lire au 36° degré... Brainless un objet littéraire non identifié mais très rafraîchissant en cet été caniculaire ! Dévorez-le cru !

Pour les élèves : à partir de la 4ème minimum... C'est quand même violent !

NOIREZ, Jérôme. Brainless. Gulfstream, 2015. Coll. Électrogène. 254 p. ISBN 978-2-35488-248-8