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dimanche 19 juin 2022

[COMICS] Rachel Rising - 1 - "L'ombre de la mort" - Terry Moore (2014)

Voici un nouveau titre découvert à la bibliothèque Marguerite Duras, ma préférée définitivement ! 


L'histoire

Depuis qu'elle s'est réveillée à moitié ensevelie dans une tombe de fortune creusée au beau milieu de la forêt de Firehill, Rachel Beck se sent déboussolée. On le serait à moins. Malgré le traumatisme, sa tête fourmille de questions pragmatiques : on a manifestement essayé de la tuer avant de se débarrasser de son corps à des kilomètres de la petite ville de Manson qui l'a vue grandir. Mais qui ? quand, exactement ? Et surtout pourquoi ? 

La jeune femme n'est pas du genre à laisser le temps faire son œuvre ; là où d'autres auraient opté pour discret retour à la vie quotidienne, s'estimant chanceuses que leur meurtrier se soit raté, elle va tenter de remonter (non sans difficultés) le fil des événements. 

Problème numéro 1 : elle n'a aucun souvenir, ni de la soirée de son agression, ni des trois jours passés "sous terre" qui l'ont suivie. 

Problème numéro 2 : au vu des marques de strangulation qui ornent son cou et de son regard de zombie, il semblerait que Rachel ne soit plus tout à fait vivante... Pire, elle comprend peu à peu qu'elle est capable de prédire la mort des personnes qu'elle croise, et elle se surprend à communiquer avec une grande blonde pulpeuse et désagréable au possible qu'elle est (presque) la seule à percevoir. 

La voilà donc bien mal embarquée ; heureusement, elle a le soutien inconditionnel de sa tante Johnny et de sa meilleure amie Jet.  

Une vraie BD de gonzesses 

En effet, le salut (s'il y en a un) ne viendra pas du Prince Charmant. Je ne sais pas comment ça se passe dans les suivants, mais ce premier tome de Rachel Rising est essentiellement mené par des femmes ; c'est assez rare pour être souligné. Les quelques types qui apparaissent au fil des chapitres ont des rôles secondaires ou servent simplement à faire de la figuration ; dans tous les cas, aucun d'entre eux n'est un allié digne de ce nom pour l'héroïne _exception faite du pauvre gars qui prend Rachel en stop au sortir de la tombe, à qui elle claque la porte au nez sans ménagement lorsqu'il veut en savoir plus sur son état de santé, et qu'on ne reverra plus jamais... Tous les autres se positionnent comme ils peuvent sur un perchoir qui va de la bêtise à la perversité. On pourra constater que Rachel et Jet encaissent à plusieurs reprises propositions et regards lubriques : 

Au garage (où Jet travaille)

Au Blue Note, le bar local
"Les musiciens, qu'est-ce que tu veux...?"

Les deux amies ne se laissent jamais marcher sur les pieds et remballent vertement les téméraires ; pourtant, on voit bien qu'elles ne sont pas là pour essayer de faire bouger les choses : c'est comme ça que ça se passe, ici, personne n'y peut rien. Leurs réactions sont autant de réflexes de survie et ne témoignent que de leur résignation. Même si je suis vraiment fan de la façon dont Terry Moore traite ses personnages féminins dans cette bande dessinée, il n'en fait pas pour autant des héroïnes féministes. 

Par pour l'instant, en tous cas. Ou peut-être le sont-elles à leur manière ; il faut reconnaître qu'on a pour faire face à leurs médiocres pendants masculins une brochette de femmes fortes et déterminées _quelles que soient leurs intentions : 

  • Je crois que si j'avais été à la place de Rachel, je me serais barricadée en prenant bien garde de ne jamais croiser mon regard injecté de sang dans une glace ! Bon, c'est vrai que je suis assez trouillarde à la base, mais la jeune femme manifeste quand même une grande facilité à se mettre en mode warrior : elle veut comprendre ce qui lui est arrivé, quitte à retourner (trop) souvent sur les lieux du crime. Si elle admet avoir besoin d'aide, elle ne laissera rien passer. Terry Moore l'a représentée sous les traits d'une grande blonde svelte et raide comme la justice, toujours vêtue de noir, dans une tenue qui fait un peu penser à Catwoman, vite fait. Un bruit suspect, une personne intrigante : elle fonce voir ce que c'est. Elle n'a pas le temps d'avoir peur. 
  • Jet est la meilleure pote que tu rêves d'avoir : garagiste piétonne _sa voiture est en panne, le comble, guitariste dans un groupe de jazz, elle est liée à Rachel depuis l'enfance. C'est la dernière personne à qui l'héroïne se souvient avoir parlé, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'était pas très chaude pour la sauterie prévue le soir-même. Attentionnée sans être collante à l'extrême et sans forcément chercher à la brosser dans le sens du poil, elle est la première à prendre au sérieux ce que Rachel lui raconte, et à la considérer comme "bien réelle". 

  • Tante Johnny a plus de mal à ne pas croire à une vision fantomatique lorsque Rachel se présente à elle, peu de temps après son retour à Manson. Non pas qu'elle y mette de la bonne volonté, mais il faut dire que son boulot chronophage aux pompes funèbres n'aide pas. Pour cette femme, qu'on devine d'un certain âge, qui dit elle-même passer plus de temps avec les morts qu'avec les vivants, les apparitions de défunts sont quasi quotidiennes, et, toujours rationnelles, elle les interprète comme des symptômes de surmenage. Il faudra que Rachel la traîne jusqu'à la forêt de Firehill pour qu'elle comprenne que tout est bien réel. Ce personnage est aussi original qu'attachant ; au fil des planches, on comprend que c'est elle qui a recueilli sa nièce à la morts des parents de celle-ci, et que depuis elle est à la fois sa mère et sa pote. Leur relation est marrante ; Johnny, c'est la tante qui arrive à te faire sortir de la morgue grâce à son réseau, qui se laisse dormir trente-six heures et te fait des pâtes à ton réveil, après avoir pris soin d'inviter ta meilleure amie pour partager le repas. 
 
Cerise sur le gâteau, Johnny a une bonne dégaine de butch* : les cheveux en brosse, la chemise à   carreaux, le fourgon, le chien, un prénom de mec... tout y est ! Pourtant, quelques unes de ses interventions laissent entendre qu'elle n'est pas du tout de la fanfare. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences !   
  • Attention, place maintenant aux personnages beaucoup moins sympathiques : la petite Zoé et la grande blonde (qui n'a pas de nom). Zoé est une petite qui vit avec sa soeur et son père, à Manson aussi visiblement, puisque Rachel assiste à son incendie alors qu'elle se trouve sur le toit du Blue Note. Sous ses airs d'enfant sage, la gamine est capable de commettre des horreurs. Non pas qu'elle soit sadique, mais parce que son corps est manipulé par une mystérieuse femme blonde que personne ne peut voir... sauf elle et Rachel. Cette connaissance commune va les amener à entrer en contact, alors que rien ne les prédisposait à se croiser un jour. Toutes deux vont aussitôt nouer un lien de confiance et Rachel va tenter de rassurer la fillette tant que faire se peut, elle qui est traumatisée d'agresser et de tuer sans le vouloir. Elles vont aussi réaliser, à travers leur parcours en miroir, que la grande blonde les possède toutes les deux, mais différemment, et pour cause : avec son fort caractère, Rachel est beaucoup moins "perméable" que Zoé. 

La Mort à la soirée Nuit Blanche

On le devine sans que jamais Terry Moore ne le dise clairement : la grande blonde est une incarnation de la Mort. Tout de blanc vêtue, elle n'a rien à voir avec la faucheuse à capuche intégrée dans l'imaginaire collectif et on s'attend plus à la croiser chez Eddy Barclay que dans un cimetière. Elle aussi se présente à Rachel comme une sorte de reflet inversé. 

Si le rapport entre Zoé et la Mort est ambigu, mêlé de peur et de reconnaissance _la Mort se dit être "une amie qui lui veut du bien" et, de fait, elle la sauve des griffes du pédophile qui salivait d'avance de la récupérer dans sa famille d'accueil, Rachel et la grande blonde semblent se détester cordialement. 

Pas de doute, elle est derrière la transformation de l'héroïne en morte-vivante ; car c'est ce que Rachel est devenue, même si elle ne ressemble pas plus aux zombies sanguinaires auxquels nous sommes habitués, que la Mort à nos représentations habituelles de la mort. 

Son statut intermédiaire surprend sans surprendre les personnages qui évoluent dans une bourgade rurale déjà teintée de mystères, de phénomènes glauques, et connue pour ses brûlots de sorcières. 

Même le vieux médecin de famille des Beck, censé incarner la sagesse et la rationalité, est formel : la médecine n'explique pas tout, est Rachel n'est rien de moins que l'ange de la mort. Le pire, c'est qu'il a probablement raison...

La valse des faux semblants 

J'ai emprunté cette bande dessinée complètement au hasard, parce que je ne trouvais pas celle que je voulais et que le nom de l'auteur me disait vaguement quelque chose. C'est un heureux hasard, qui me donne envie de poursuivre la lecture de cette série à mi-chemin entre le fantastique et l'horreur. L'auteur s'est chargé à la fois des dessins et du scénario ; il est surtout connu pour une autre œuvre (Strangers in Paradise), mais apparemment Rachel Rising a connu un certain succès à sa sortie, en 2014. Visuellement, "L'ombre de la mort" devient agréable à lire dès lors qu'on s'est habitué au style de Terry Moore, caractérisé par des traits fins, soucieux du détail, parfaits pour dépeindre les broussailles d'une forêt remplie de cadavres et pour rendre les visages bien expressifs. N'étant pas très fan du gore illustré de façon générale, je dois bien reconnaître que l'artiste est efficace et dit ce qu'il veut sans trop abuser sur l'hémoglobine. Ce comics reste quand même destiné aux adultes, à mon avis, car il comporte plusieurs représentations de morts qui peuvent franchement faire peur. 

Mais la meilleure surprise reste le perpétuel jeu des apparences où l'auteur nous entraîne et nous perd, et qui laisse présager bien des rebondissements dans les futurs tomes. Qu'est-ce qu'on est ? Qu'est-ce qu'on n'est pas ? Qu'est-ce qui a changé, et quand ? Le bon père de famille d'accueil l'est-il vraiment ? Rachel est elle morte ou vivante ? Zoé n'est elle qu'une petite fille assommée par le destin ? La Mort est-elle une amie ou une ennemie ?  La suite le dira peut-être ! 

* butch = gouine bien virile

Terry MOORE. Rachel Rising - 1 - "L'ombre de la mort". Delcourt, 2014. ISBN 978-2-7560-3949-7

Rien à voir, mais j'ai fait le marathon de Biarritz le 5 juin dernier ! 

Un rêve s'est réalisé ! 

dimanche 11 novembre 2018

Mauvaise humeur


J'essaie d'être aussi tolérante avec les autres que j'aimerais qu'ils le soient avec moi ; mais la semaine dernière, la tâche s'est avérée plus difficile que d'habitude. 



"Alors, ça se passe bien, cette année ?" me demande une ancienne collègue mutée dans un établissement voisin réputé "moins difficile" que le nôtre. Elle a pris l'intonation apitoyée de celle qui a réussi à déserter le champ de bataille mais qui fait mine de souffrir pour les frères d'armes qui ont encore les pieds dans la fagne. "Alors, ça ne se passe pas trop mal, cette année ? Malgré la violence, le bruit, les travaux, les absents, la pluie, le froid, la mort..." 

Mais le fait est que, bah, cette année, on n'a pas trop à se plaindre. L'équipe s'est stabilisée, les collègues entretiennent sinon de bons rapports, au moins des échanges courtois, et le comportement des élèves s'en ressent : les jeunes sont globalement plus apaisés et trouvent moins facilement les failles qui mènent au chaos. Bien sûr, on n'est qu'en novembre, et, pour citer une autre collègue réagissant en aparté au discours plein d'espoir prononcé par les principaux en début d'année, "on va pas s'enjailler". Les morveux ont plus d'un tour dans leur sac, et chez eux, le calme apparent laisse présager le pire. 

Voilà, dans les grandes lignes, ce que je lui explique en regroupant les affiches de ses anciens élèves, qu'elle souhaite récupérer afin de les montrer aux nouveaux. 

"Et la direction ?" 

Encore une fois, il ne trouve que je n'ai rien de négatif à dire ; et quand bien même ce serait le cas, je me garderais bien de m'en ouvrir à une personne qui a déjà prouvé qu'elle ne savait pas tenir sa langue. 

Le silence s'installe. Visiblement, Patricia* est venue en mode vautour, survolant son ancien lieu de travail et se préparant à fondre sur ses éventuels dysfonctionnements pour s'en gargariser. Bien sûr, elle a des tas de raisons d'être dans cet état d'esprit : elle n'était pas hyper jouasse d'avoir été affectée par chez nous et lorsqu'elle a commencé à se sentir bien dans ses baskets, réussissant sans peine à gagner l'estime et le respect de ses élèves... son poste a été supprimé. Alors oui, on peut comprendre qu'elle ait envie de nous vomir dessus pour se sentir mieux. Mais sur l'instant, j'ai eu envie de la traiter de charognarde et de l'envoyer se faire foutre. J'étais pas d'humeur pour les oiseaux de mauvais augure. 


Gros Lourd le Vautour, personnage de l'histoire Tchico le petit Indien
Ce spectacle de marionnettes était joué par la Compagnie Les Trois Chardons.
Tous les ans, elle venait égayer notre année de maternelle avec leurs histoires magiques : Galou le berger, Lucille et Malo, L'oiseau bleu... et nous laissait des bons de commande pour acheter la version livre-cassette.
On les a tous.
. 

"Et toi ? 

Je pariai intérieurement sur un monologue de dix minutes consacré à l'excellence du bahut d'à côté ; non, même pas. 

"Tu savais que Mme Machin était partie du collège X cet été ? Elle vient à peine d'être remplacée par un type. Tu crois qu'il lui est arrivé quoi ? ça ressemble à un abandon de poste, non ? Elle a peut-être une maladie grave... Elle était dépressive ?" 

Décidément, quel optimisme... 

_ Oh...je ne sais pas... Je pense qu'elle a simplement obtenu sa mutation... Elle était pas d'ici." 




Si elle commence à gicler son venin sur ses ex-nouveaux comparses, c'est le signe qu'elle-même n'est pas au mieux de sa forme. Oh, elle est capable de faire preuve d'un meilleur esprit, et j'ai assez bossé avec elle l'année dernière pour le savoir. Il faut qu'on se soutienne. Il faut que je joue le jeu. Reste cool et souriante jusqu'à son départ du CDI. Du moins, reste cool. Elle ne t'a rien fait, et qui sait quand tu la reverras... Est-ce que tu veux qu'elle garde de toi l'image d'une documentaliste aigrie et cynique ?   

Ne pas montrer à quelqu'un qu'on a envie de le fracasser est un exercice des plus difficiles. Mais pas impossible.       

"_ Eh... ils sont calmes, en fait ! s'esclaffe soudain Patricia en désignant de la tête la petite dizaine d'élèves venus s'installer dans le coin lecture pendant leur heure de permanence. 

Est-ce que tu sous entends qu'avant, quand nous étions dans la même galère, c'était le bordel ? Non, certainement pas. Ton intention n'était pas de me mettre face à mes limites en ajoutant cela ; ta remarque était l'innocence-même, tu cherchais juste quelque chose de sympa à dire, et je devrais me raccrocher à l'une des rares observations positives que tu aies émises depuis ton arrivée. Mon cerveau me l'assure, et je le crois ; pourtant, mes tripes ont envie de te pendre et je prie pour qu'elles ne se fassent pas la malle par l'un de mes trous. 



Ah, chère Patricia... C'eût été un plaisir de te voir... un autre jour. Pourvu que tu n'aies pas senti l'agacement bouillir en moi ! Tu n'en étais pas la cause, et à vrai dire, personne n'y était pour rien !  

* J'ai changé le nom, je suis pas guedine à ce point !
  

mercredi 29 juillet 2015

Alice Écuyère - Caroline Quine (1959)


Parce qu'il faut croire que j'aime bien les chocs thermiques, je suis passée directement de Brainless (Jérôme Noirez, 2015) à Alice écuyère publié en France en 1959 et signé Caroline Quine. Ce livre pour enfant traînait dans ma chambre depuis très longtemps et je me suis demandée pourquoi je ne l'avais jamais lu. En l'ouvrant, la raison de mon mépris pour ce vieux bouquin à la couverture ocre et étoilée, paru dans une vieille collection des Editions Hachette _ "Idéal Bibliothèque" m'est revenue à l'esprit : je n'ai jamais beaucoup aimé cette Alice ! 



  
A mes yeux, Alice Roy était une héroïne passablement énervante ; je devais la jalouser un peu, inconsciemment. Blonde, grande et svelte, cette fille américaine avait un père juriste, une gouvernante et pratiquait l'équitation : c'était donc une grosse bourgeoise et il est certain que mes parents n'auraient pas voulu que je parle à cette fille de RPR, si par malheur elle avait existé pour de vrai ! Comme si cela ne lui suffisait pas d'être née avec une cuillère d'argent dans la bouche, cette petite bêcheuse se disait elle-même "détective amateur", assez douée pour résoudre les énigmes en tout genre et il faut avouer qu'elle savait tout faire mieux que tout le monde sans avoir appris quoi que ce soit. Dans Alice Ecuyère, par exemple, Alice remplace une acrobate qui s'est pété la cheville et s'en tire presque mieux que l'artiste elle-même lors de la représentation alors qu'elle a à peine bossé le numéro une heure avant ! Toujours entourée d'un parterre de personnages médiocres en extase devant ses talents, cette fille me paraissait décidément insupportable ; le processus d'identification, fort important chez les jeunes lecteurs, n'avait pas opéré sur moi et j'ai laissé cette blondasse croupir dans l'ombre en ayant le sentiment de rétablir un certain équilibre social.


L'histoire

Un jour, Alice reçoit de sa tante Cécile un beau bracelet en or agrémenté de cinq petits chevaux qui pendouillent. Ah ces riches, ils peuvent pas s'empêcher se s'offrir des breloques ! Le bijou aurait appartenu à une artiste de renom. Pendant qu'elle se prépare pour sa leçon d'équitation, le cirque Sim s'installe en ville pour quelques jours : voilà un peu d'animation en perspective. C'est avec une excitation non dissimulée qu'Alice accompagne le petit voisin à la parade des artistes et des animaux ; or, au cours de la procession, un clown vient la voir, intrigué par le bracelet : où l'a-t-elle trouvé ? Il dit connaître toute l'histoire qui se cache derrière lui, et elle n'est guère réjouissante... En même temps, la jeune fille remarque que le patron du cirque Sim, M. Karl, a l'air d'être un beau connard et que Lolita la petite trapéziste qui tient lieu de mascotte tire un peu trop la gueule pour que ce ne soit pas douteux. Une enquête s'impose pour Alice !

Crazy horse !


Au cirque Sim, le ver est dans le fruit depuis longtemps. Karl règne en tyran sur sa troupe en menaçant tout le monde de licenciement pour le moindre pet de travers. Par cette méthode, il entend nouer les langues de ceux qui connaissent ses entourloupes. L'homme a fait croire à Lolita que ses parents, tous deux trapézistes, étaient morts en se réchant la gueule pendant un spectacle et qu'il l'avait recueillie ; sauf que pas vraiment. Lola, la mère de Lolita, serait encore de ce monde et vivrait quelque part en Europe. Pour aller jusqu'au bout de ce secret de polichinelle qui hante le cirque, c'est même elle qui aurait revendu le bracelet aux petits chevaux pour se faire quelques sous.

Aujourd'hui, Lolita veut fuir le cirque et son tyran M. Karl pour se marier avec le clown Pedro. Mais avant cela, elle aimerait revoir sa mère... et puis récupérer son héritage aussi, s'il y en a un, tant qu'à faire ! Alors elle sollicite Alice Roy _qui d'autre ? pour accélérer le mouvement. De son côté, Karl n'apprécie guère la présence constante de cette fille à papa autour de ses caravanes...

Elle fait trop sa meuf !!


Enquête, spectacle et grande liberté 

On ne va pas se mentir, Alice et ses amis ont vieilli. Leurs dialogues, leurs préoccupations d'adolescents et les micro-blagues que l'auteur nous fait dans certaines mises en scène ne parleront pas beaucoup aux lecteurs d'aujourd'hui. Dans le meilleur des cas, ils se foutront grave de la gueule des personnages _et cette touche comique non voulue, due au simple vieillissement de l'oeuvre, me plait toujours autant.

Pourtant, si Alice écuyère prête à rire, il faut bien reconnaître que ce roman pour enfants fait honneur à la bibliothèque verte car l'action est au rendez-vous du début à la fin, et l'enquête est bien menée. Bien sûr, l'héroïne bénéficie de quelques retournements de situation et d'heureux hasards très capillotractés, mais sa vivacité d'esprit et son "expérience" des "malfrats" fait plaisir à lire. On comprend que la série des Alice ait eu autant de succès auprès des jeunes dans les années 1960-1970 et suivantes. A présent, l'effort d'adaptation que ceux d'aujourd'hui doivent fournir est plus important, à tel point que les aventures d'Alice prennent une dimension presque historique : de la même manière qu'on se sent téléporté dans une autre ère lorsqu'on lit les aventures de Sherlock Holmes et de Hercule Poirot, Alice nous plonge dans les Etats-Unis de la première moitié du XX°siècle, une époque où l'on s'envoie des télégrammes et où on court chez sa mère pendant des bornes pour passer un coup de fil.

C'est quoi cette batte de baseball ??


Bien qu'elle soit effectivement douée, Alice est quand même extrêmement libre de ses mouvements. Ok, elle a dix-huit ans, mais quand même. Parallèlement, les trois amis auxquels elle fait appel dans cette aventure se montrent extrêmement dévoués et disponibles. A croire qu'ils n'ont pas de vie. Marion et Bess s'occupent sans broncher des tâches ingrates de secrétariat, telles que sous-tirer une autorisation au père d'Alice par harcèlement téléphonique ou prévenir la gouvernante que tout va bien, tandis que la star du livre fait des galipettes sur son cheval et récolte les lauriers. La petite Bess, présentée d'entrée comme une fille boulotte un peu superficielle, par rapport à sa cousine Marion garçon manqué _donc sérieuse, fiable, sportive, gouine, entreprenante, forcément... est celle qui se fait le plus avoir. En effet, elle se retrouve bien malgré elle à jouer les doublures de fortune lorsque Alice doit quitter momentanément le cirque pour les besoins de l'enquête. Quant à Ned Nickerson, le "camarade" d'Alice (comprendre : son mec), il est juste bon à protéger sa dame quand le danger se manifeste. Le reste du temps, elle n'hésite pas à le renvoyer subtilement voir ailleurs si elle y est.

Enfin, James Roy, le père d'Alice, est un père extrêmement cool pour l'époque. On sait qu'il est "avoué" _elle le dit tout le temps, qu'il est plutôt riche, et on remarque qu'il a une confiance infinie en sa fille :
"Papa, je peux remplacer l'acrobate du cirque, ce soir ? _Oui pas de problème !"

"Papa, on peut aller à Londres, demain ? C'est pour faire passer un message à la maman de Lolita, qui est peut-être morte, en fait ! _ Oui bien sûr, je peux même venir avec toi, je t'aiderai à la chercher !"

"Papa, on peut ramener la maman de Lolita ? Mais on n'ira pas à New York directement, j'aimerais bien qu'on fasse un détour d'une demi-journée pour brouiller les pistes... _Oh mais quelle excellente idée !"

Du rêve en barres pour les gamins !  

Alice et le méchant communiste

Idées reçues
    
Par curiosité, j'ai fait quelques recherches sur Caroline Quine et la série des Alice, via Google et Wikipedia, comme les gamins ! Parce que merde ! c'est les vacances ou pas ? Eh bien j'ai appris des choses, voyez-vous.

Dans ma tête, Alice faisait partie de la littérature de jeunesse 100% française. Je pensais que l'auteure avait voulu faire dans l'exotisme en situant l'histoire aux Etats-Unis, mais en fait, pas du tout : ce sont les noms des personnages qui ont été plus ou moins francisés. Ainsi, Nancy Drew devient Alice Roy dans la version traduite pour le petit public françois. Si cela vous intéresse _moi pas trop, je vous l'avoue, voici un site dans lequel vous pourrez trouver toutes les correspondances : http://alicebooks.free.fr/. Merci Wikipédia ! On peut dire ce qu'on veut sur cette encyclopédie collaborative, mais si je n'avais pas lu la liste des sources qui ont servi à composer l'article "Alice Ecuyère", je n'aurais peut-être jamais trouvé ce site ! Bref, on va pas faire un débat Wikipédia maintenant.

Autre surprise : ils sont plusieurs dans la  tête de Caroline Quine !! En fait, Carolyn Keene (pour les anglophones) n'est pas une seule et unique personne. C'est une sorte de pseudo collectif derrière lequel se cachent plusieurs écrivains. Dont Harriet S.Adams, véritable auteur d'Alice Ecuyère. C'est quand même elle qui nous intéresse aujourd'hui !


Ca fait du bien de pouvoir mettre un visage derrière un nom.

Quoique...

Que dire pour conclure, sinon que j'ai essayé plusieurs fois d'imaginer la tête de mes élèves devant les prouesses d'Alice Roy et de ses copains-esclaves versus un M. Loyal qui menace les clowns de les virer et un palefrenier aigri qui essaie d'étrangler les gens avec des fouets décoratifs. A chaque fois j'ai beaucoup ri.

Si vous avez eu un coup de cœur en lisant ce billet _je vois pas trop comment ce serait possible, mais bon, tout arrive : il est en vente sur e-bay !


CAROLINE QUINE. Alice Ecuyère. Hachette, 1966. Coll. "Ideal Bibliothèque". 186 p., ill. Trad. Hélène Commin. 




vendredi 20 décembre 2013

Le retour des dessins (faussement) glauques



Croyez-moi ou pas, c'est donner de la confiture aux cochons que d'accorder trop d'importance à ce qui n'en a pas. Arrêtons de nous prendre la tête pour des conneries qui n'en valent pas la peine, gardons nos forces pour les vraies batailles : elles ne manqueront pas, c'est certain. Quitte à passer pour des je-m'en-foutistes apathiques. Ca vaut le coup de profiter de la vie à la manière qui nous va le mieux, sans réfléchir à tout, tout le temps. 

RIP, pote de TL.