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mercredi 3 avril 2019

L'enquête des chats d'Aulnay (Sud)


"Des chats écrasés, ça arrive tous les jours dans le nord de la ville ! Et on n'en parle jamais ! 

_ Hors sujet ! Rugit la Mère Poilue, soudain hérissée. Si tu n'as que ça à dire, barre-toi de mon district, toi, ta femme et ta portée ! 

_ Ca t'arrangerait bien qu'il y ait une famille de chats noirs en moins dans ton royaume, vieille carne ! Ose seulement dire que j'ai tort ! 

Une vingtaine de paire d'yeux aux pupilles dilatées se tournèrent vers Cesari, le chat remonté à bloc. Il était connu pour ses accès de colère et sa tendance à voir partout du racisme à l'encontre des chats de gouttière, mais là, ce n'était vraiment pas le moment. Un voisin était mort quelques jours plus tôt, percuté par une voiture ; on ne savait pas au juste ce qu'il s'était passé, et il importait à tous de le découvrir au plus vite. Jonathan était un chat blanc aux yeux verts très apprécié dans le quartier, vif d'esprit, agile et entreprenant. Malgré son jeune âge, il subvenait aux besoins d'une impressionnante descendance sans jamais rien devoir à personne. En un mot comme en mille, c'était un chat qui avait réussi. Peut-être trop pour certains. A vrai dire, personne ne croyait à un accident. 

La vieille Mère Poilue, matriarche des chats du quartier de Chanteloup, avait convoqué une élite de jeunes félins aux compétences physiques ou mentales remarquables, afin de mener une enquête digne de ce nom. Dans un premier temps, elle comptait constituer des équipes de recherche capables de quadriller la ville depuis le Canal de l'Ourcq jusqu'au parc du Sausset. Qui avait vu quoi, où et quand ? Chaque groupe aurait pour mission de rechercher des informations et d'en rendre compte lors d'une prochaine assemblée.  

Silwan tempéra l'échange qui opposait Cesari et la matriarche de ses ronrons suaves. Il était doux mais imposant ; tout le monde l'écoutait toujours attentivement avec un respect mêlé de peur, car il avait déjà tué un Siamois de taille moyenne en se couchant dessus par inadvertance. 

_ Nous sommes tous dévastés par la colère et par la tristesse, mais ce n'est pas une raison pour manquer de respect à la Mère, Cesari. Griffer le museau des gens ne ramènera pas notre vieil ami, hélas.  

Kimberley, arborant son inusable collier rose bonbon, jaugeait ses congénères ; bien sûr, elle soutenant l'action proposée par la Mère Poilue. Elle regrettait simplement qu'on perde du temps en débats stériles, alors que peut-être, tout près d'ici, des indices étaient en train de disparaître.  

_ On perd notre temps, intervint Orsula, faisant écho à ses pensées. 

Cela dit, leurs avis sur la question divergeaient, et pas qu'un peu.  

_ Personne n'a rien vu, personne ne parlera. Jonathan a été balayé par les humains, point barre. Que peut-on faire contre eux ? Appliquons simplement les règles de survie basiques : prendre ce qu'il y a à prendre, renifler tout ce qui peut l'être, et nous tenir à distance ! Sortons donc de nos rêveries, et faisons le deuil du chat blanc. 

Kimberley soupira d'agacement en entendant la chatte calicot était constamment blasée ; toujours un commentaire cynique pendu aux moustaches, le genre à ne jamais vous regarder en face. Bien qu'elles soient de la même génération, elle avait l'impression d'entendre une vieille chatte décrépie. Pourtant, nombreux étaient les mâles qui n'osaient lui rabatte le caquet, pétrifiés par sa beauté glaciale. Elle espérait que la Mère Poilue lui ordonnerait de la fermer ; elle fit mieux : elle ne prit même pas la peine de répondre. Vexée, Orsula s'étira et vida les lieux. 

_ A présent, et pour conclure cette première assemblée, je vous invite à prendre connaissance de votre équipe auprès de mes intendants tapis derrière la poubelle de recyclage. 

Kimberley découvrit avec stupeur qu'elle devrait composer avec la grinçante Orsula et ses trois caprices à la minutes, et Joan, un chaton à peine sevré et sans doute atteint du coryza. La belle équipe de bras cassés ! La chatte tenta de plaider sa cause auprès le la Mère Poilue, sans trop y croire. 

"Orsula parle le chien couramment, toi tu comprends le pigeon et la mouette de ville. Vous serez parfaitement complémentaires. Quant à Joan, eh bien... il faut bien qu'il se fasse les griffes ! Les recherches commencent demain, à la première heure". 

Il était inutile de chercher à négocier davantage: la Mère Poilue avait parlé, elle avait son idée derrière la tête depuis bien longtemps, et rien ne pourrait la faire changer d'avis. Elle descendit de sa matriarcale poubelle encore éclairée par un soleil faiblard, au pied de laquelle les chats convoqués s'étaient couchés. Le vent de mars s'était levé. Une bourrasque souleva le couvercle du container. Beaucoup ne prêtèrent pas attention au phénomène mais Kimberley connaissait assez bien les rites ancestraux des chats de gouttière pour percevoir le mauvais présage. Elle glissa une patte derrière son oreille droite, histoire de conjurer le mauvais sort. 


mardi 20 mai 2014

Les ressources inépuisables du Playmobil : la piscaille.






"Vous avez pas chaud ?"

"Si, grave !"

"Fuck"

"Ce guedin !"

"Remarque, c'est pas si con ! 
_ Venez, elle est trop bonne !"




jeudi 23 août 2012

Les trois poulets rôtis




Les trois poulets rôtis


Tout est bien qui finit bien ! On enterre aujourd'hui deux lambeaux de viande qui hier encore étaient des chevaliers. Je n'ai pas pour habitude de tirer un plaisir quelconque de la mort d'un homme, l'autre en haut me pardonnera. Du moins je l'espère, car leur trépas m'a donné une raison d'applaudir la justice du Diable.
Ils étaient encore bien vivants, ces braves combattants, l'autre soir, lorsqu'ils ont mis les pieds dans notre chaumière. Ah ça, je peux vous l'assurer.

La soirée s'annonçait calme, pourtant. Ma soeur finissait de forger une cotte de mailles pour son coquelet favori, tandis que je m'efforçais de faire entrer une poulette égarée dans l'antre de ses congénères déjà endormies. Une fois qu'elle aurait bien voulu se laisser dompter, tout notre avoir et notre bonheur serait là, réuni dans le vaste poulailler d'intérieur, dressé entre les murs où nos aïeux étaient nés. Ces poules, aussi chères à nos yeux que nous l'étions pour notre mère, occupaient la moitié de l'habitacle. Seule une cloison de bottes de paille séparait leur vie de la nôtre. Par beau temps, nous les laissions aller à leur gré au dehors, mais nous prenions soin de toutes les ramener au bercail à la tombée de la nuit. D'ailleurs, beaucoup nous devançaient et regagnaient d'elles-même leur perchoir.

Chacune avait son nom, beaucoup étaient habillées comme des dames et comme des courtisans _ il faut dire que le temps que je passais aux champs laissait à ma soeur assez de piécettes pour s'équiper d'un peu de tissu et de fer, et assez de temps pour la confection de ces apparats. Mais je m'égare.

Ce soir-là, ma soeur s'était montrée d'humeur courroucée à mon égard, car elle me pensait un peu trop laxiste sur le couvre feu des poules.

« Dépêche-toi, par pitié ! Quand tu auras ramené Pourpre Poitrail auprès de ses amies, attrape-moi donc le Beau Sire, que je lui enfile sa vêture de guerrier ! Puisqu'il supporte déjà très bien sa coiffe-de-crête métallique, et que je l'ai pris à se mirer dans l'abreuvoir tout à l'heure, j'ai bien envie de l'équiper dès ce soir de ses plus beaux atours !

Sur ces mots, auxquels je n'avais pas répondu, la porte s'était ouverte et deux hommes de forte stature étaient entrés.

« _ Petite paysanne, donne-nous des oeufs et deux ou trois de tes galinettes. Nous avons fait un long voyage et n'avons point dîné.

Ils ne m'avaient pas vu, et devant le visage catastrophé de ma soeur, j'intervins, laissant Damoiselle Pourpre Poitrail à son escapade nocturne. Je me campai devant l'homme qui avait formulé la demande.

_ Mes seigneurs, je comprends fort bien l'initiative que votre panse vous souffle à l'esprit ; mais voyez par vous-même : nos galines ne sont pas mangeables. Sans quoi elles ne vivraient pas parmi nous et ne picoreraient pas leur grain toutes habillées.

Désarçonnés par les raisons de notre refus, les chevaliers se regardèrent, ne sachant que répondre. Il y eût un silence gêné. Mais ils retrouvèrent vite l'aplomb et la fierté propre à leur rang, préférant croire à une plaisanterie. Le second Chevalier perdait patience.

_ Cessez de vous payer notre tête, petits semeurs abandonnés. Vos têtes, vos murs et vos bêtes appartiennent tous au seigneur de ce pays, et, par extension, ils sont aussi à nous, ses chevaliers. Alors, n'essayez pas de nous endormir avec vos histoires d'animaux costumés et de sensibleries mal placées. Donnez nous deux belles gélines, ainsi que des oeufs ; et le coq aussi.

Nous ne voulions pas céder des animaux, mais les deux hommes s'avançaient vers l'objet de leur visite, guidés par les gloussements des volailles. Dans le poulailler, des grognements de bêtes féroces étouffèrent leurs jurons.

_ Votre chien voudrait-il bien trancher le pain et dresser la table ? Railla l'un des deux.
_ Nous n'avons pas de chien. Sur ma vie, vous n'accèderez pas à l'antre des poulettes ! Vous êtes déjà fort gras, si bien qu'un mois de jeûne ne vous ferait que le plus grand bien.

_ Fieffée garce ! Je crois bien que ton nez de fouine va goûter de mon lard.
De sa main gantée, il lui asséna un terrible coup de poing, et elle tomba toute flasque contre le sol, le nez saignant, la conscience évaporée aux quatre coins de dans l'atmosphère chaleureuse de la chaumière.

Les grognements se turent pour faire place à un rugissement de bête agacée.

L'autre empoigna mes cheveux d'une main, mon oreille de l'autre et rapprocha ma figure de ses lèvres.

_ Maintenant, fais taire ton chien et sors-le d'ici ; j'ai pas envie de me faire bouffer par un pouilleux enragé.

On n'avait pas de bête autre que nos poules, et je n'avais aucun doute là-dessus ; or, j'étais tout comme eux persuadé qu'un fauve était tapi dans le poulailler ! D'autant plus que les gélines étaient coites comme on peut l'être au beau milieu d'une nuit calme. Voilà qui était étrange. Mais bon, sous la menace des deux colosses métalliques, je me gardai bien d'en faire la remarque !

J'entrai dans la deuxième pièce de notre maisonnette _ l'antre des volailles, donc. Les poules s'étaient éveillées et piétinaient sur le perchoir, aux aguets, trébuchant les unes sur les autres. Cependant, elles étaient silencieuses. Le Beau Sire trônait au milieu d'elles, et son couvre-crête tout juste forgé luisait dans le rayon étoilé qui traversait le chaume.

Ni chien, ni lion, ni licorne aucune dans l'antre nocturne des poules, où seule la lune semblait pouvoir s'introduire. Les chevaliers s'adressèrent un regard entendu et haussèrent les épaules : tout cela n'était guère compréhensible, mais après tout, qu'importe ? La faim les tiraillait, il était grand temps de se servir. Le premier saisit Pourpre Poitrail et sa voisine Cendrille, tandis que le second prenait notre fier coq dans les bras, et en avait déjà plein le dos. L'obscurité rendant leurs yeux à peu près inutiles, les bêtes n'opposèrent aucune résistance. Ils partirent aussi vite qu'ils étaient arrivés et nous laissèrent là, blessés et attristés.





Que devinrent nos poulets après leur enlèvement ? Nous le savons bien, et le moins inventif des jouvenceaux pourrait le deviner aisément. Par quel chemin arrivèrent-ils à l'issue de leur destinée ? Nous n'en avons qu'une vague idée, formée grâce au langues vivaces des paysans, des commerçants de la cour, d'un petit écuyer, et des derniers compagnons de table des ravisseurs affamés.

Les chevaliers rapportèrent leur butin au château, où le cuisinier s'étonna fort du gibier qu'on venait lui confier :

« _ Pourquoi avoir tué des poulets d'un honnête paysan, puisqu'on en sert quasiment tous les jours à la table du seigneur et de son entourage le plus proche ? »

Certes, on était en droit de s'attendre à des viandes plus exotiques de la part de chevaliers revenus de la chasse ou d'un long périple ! Ils s'en justifièrent sans ambages et sans craindre le ridicule. La faim, la légitime faim d'un voyageur privé de bien des douceurs, les avait poussé à quémander un peu de viande sur les terres de son suzerain. Mais, après le vol, les choses s'étaient compliquées de façon inattendue ; les deux hommes s'étaient d'abord battus sur la manière de sacrifier les animaux, l'un souhaitant les saigner afin de recueillir le sang pour en faire une sauce, et l'autre préférant les égorger. Ils avaient finalement saigné les bêtes, mais un autre problème s'était posé : ils ne savaient absolument pas griller une poule et n'arrivaient pas à maintenir un feu assez vif pour cuire de la viande. Enfin, le fait que les poules portent une robe et le coq un couvre-crête en métal ne pouvait que donner une drôle d'impression, quoi qu'on en dise.

Le cuisinier emporta les volailles en hochant la tête.

« _C'est pourtant pas bien compliqué. »

Il les déshabilla, les pluma avant de les vider et de les faire rôtir sur des broches. Pauvres bêtes, il paraît qu'elles furent à leur goût, bien grasses et savoureuses.


OOO

Ce dîner idéal n'autorisa certainement pas leur mauvaise conscience à troubler leur sommeil. Cependant, il était dit que cette nuit-là, ils n'en verraient jamais la fin. Dans la chambre que partageaient les deux compagnons, le calme plat allait sous peu laisser exploser une violente tempête. Une paire de petits pas légers parcouraient le plancher, à la recherche des dormeurs alités, avant de se surélever dans un souffle d'air et de se poser sur le ventre chaudement couvert du plus imposant des deux chevaliers.

« Mais quelle bête du démon se permet-elle de marcher sur ma panse ? Hurla le guerrier. Il se redressa et jeta sa courtepointe au bas du lit. Leur chute provoqua l'envol de quelques plumes de poule arrivées on ne sait trop comment jusqu'à leur litière. Il regarda autour de lui et s'aperçut que la sensation chatouilleuse d'un oiseau sautillant sur la peau avait disparu. Encore un mauvais rêve causé par un repas trop copieux, sans doute. Il se recoucha, sur l'autre côté, la face contre le mur, et se rendormit.

L'écuyer d'abord alarmé en fit de même. Un nuage n'avait pas encore voilé le clair de lune que la désagréable impression qu'un passereau voyageait sur sa couenne l'avait retrouvé. Les griffes n'étaient plus aussi finement chatouilleuses, mais appartenaient à une patte calleuse et robuste qui lui labourait les chairs.

_ Descends de là, oiseau de mauvais augure ! Si seulement je pouvais te voir, et pas seulement sentir l'effet de tes salles patins de bestiole ensorcelée !

Il n'obtint en réponse un rugissement venu de nulle part _ lui aussi ! Qui n'eût pour intérêt que de le surprendre et de réveiller pour de bon son voisin de chambre et le petit écuyer.

_ Mais qu'as-tu, à geindre dans ton sommeil ! J'aimerais me reposer en toute quiétude !

Par chance, l'écuyer, plus lucide, s'était déjà jeté sur son maître dans l'espoir vain de mettre à distance la volaille invisible.

_ Délivre-moi de ce charognard, bougre d'âne, histoire qu'il comprenne que je suis encore bien vivant !

_ Messire, je ne peux qu'éponger vos plaies pour l'instant ! Je ne sais de quel animal vous parlez, car je ne le vois point. Ah ça ! Vingt torches n'y changeraient rien ! Sauf votre respect, je n'y croirais même pas si je ne voyais pas votre chemise se déchirer par endroits, se couvrir de sang et de chair comme par magie.
Le jeune homme s'efforçait pourtant d'agiter ses mains au dessus du ventre de son maître, comme pour chasser un volatile sautillant. Il suivait à la trace le chemin formé par les écorchures. Ajoutées les unes aux autres, elles formaient à présent une blessure vive et profonde.

_ Aide-moi, toi aussi ! Hurlait le chevalier tétanisé par la douleur et la panique de vivre une agression purement inexplicable. Bientôt, ses cris agacés devinrent des gémissements pleins de souffrance vite remplacés par les râles de l'agonir. Ses mouvements se limitaient à détourner le regard vers son double un peu moins gras. Mais ce dernier ne pouvait ni agir, ni répondre, car il était également mal en point.

Ses quatre membres gisaient à l'écart de son tronc, par le fait d'une franche découpe. Alors que l'écuyer allait de l'un à l'autre, épongeant le sang et freinant les hémorragies avec des mouchoirs et des lambeaux de chemise, une ouverture se fit à la base de sa gorge, créant une nouvelle fontaine rouge sombre. Comme si la mutilation n'était pas complète, son torse fut divisé en deux parties en fonction d'un axe vertical partant de l'abdomen pour s'éteindre au niveau de la poitrine. Quelqu'un, quelque chose l'avait tranché tout vivant comme un gibier prêt à cuire.

Le jeune survivant demeura quelques secondes hébété, perdu à mi-chemin des deux corps morcelés que la vie avait abandonnés. Il prit alors conscience d'une odeur bestiale, mêlée de sang humain et de plumage. Dans cette chambre voguait une âcre senteur de poulailler habité. Lui, qui dans son application à venir en aide aux hommes en difficulté avait perdu la notion de ses propres sens, retrouvait peu à peu la perception des bruits, des mouvements et des cris d'animaux qui avaient ponctué le carnage. Au fur et à mesure que la vie quittait les corps, cette agitation sonore, d'autant plus effrayante qu'elle ne formait l'écho d'aucune enveloppe charnelle, perdit de l'intensité et finit par disparaître en le laissant seul avec ses morts.

Ce petit écuyer que nous connaissions bien dans notre campagne, il fut heureusement épargné par les volailles fantomatiques. Longtemps, il avait craint, sans vraiment prendre le temps d'y penser, que le sort s'acharnerait sur lui une fois que ses deux supérieurs auraient été réduits en bouillie. Mais il n'en fut rien ; après quelques heures de réflexion, en dépit de l'épuisement et du choc de ce qu'il avait vu et indirectement subi, il choisit de créer un lien entre le vol des poulets et ces trépas surnaturels. Il en déduisit aisément que, n'ayant pas pris part au repas des poulets habillés et habités d'une conscience, il n'avait aucune raison de faire l'objet de leur vengeance. D'aucuns tentent de l'accuser du double meurtre des chevaliers, car ils ne croient pas à la diabolique cause de leur mort. Mais il tiendra bon, car il en a bien trop vu pour se laisser déstabiliser par de simples mortels. Peut-on seulement songer à de telles scènes avant de tuer deux hommes ? Sans doute pas. S'il ment, tant pis pour lui ; il mourra dans une souffrance bien moindre que celle de ses maîtres, et aura assez de répartie pour défendre sa place au paradis.

OOO

Ca y est, la cérémonie est terminée. Nous l'avons suivie de loin, non par compassion pour l'âme des défunts, mais pour faire notre deuil de cette mésaventure. Comme si nous avions besoin d'être sûrs et certains de l'enfermement définitif de ces deux corps de brutes. Des gamins endimanchés parcourent le rang d'oignons que forment la noble ascendance familiale des chevaliers voraces, et crient au fantôme. Ils disent avoir entendu des cris de bête aux alentours des stèles et tentent de convaincre quelques damoiseaux de la véracité de leurs dires, sous leurs regards amusés.

_ J'ai entendu un chien aboyer dans le cimetière, et un coq chanter.

_ Non, c'était un chat sauvage !

_ Certainement pas.

_ Oh, je jurerais que c'en était un, pourtant. Mais une chose est sûre, un coq a chanté.

Il va de soi que les mystères sont destinés à le rester pour toujours ; aussi ma soeur, l'écuyer, les villageois et moi-même ne saurons jamais rien du fin mot de l'histoire. On ne peut que supposer l'éclosion de phénomènes indépendants du bon sens de la nature et de la volonté de Dieu : Beau Sire était-il hanté par une bête féroce, ou avait-il le pouvoir d'en appeler une à son secours ? Les âmes de ses dames ont elle cédé à la tentation de faire connaître aux corps des deux chevaliers des souffrances pareilles aux leurs ? Personne ne peut l'assurer, mais personne ne se risque à avancer d'autres théories...

« Et l'écuyer ? Me direz vous, n'a-t-il pas cédé à la folie de tuer ses maîtres et de se cacher derrière une histoire de sorcellerie farfelue ? » Oh, à vrai dire, je ne le pense pas. Il n'aurait trouvé aucun intérêt à agir ainsi, même sur un coup de tête. Aucune arme humaine n'a été utilisée pour aucun des deux meurtres, et sa description est tellement précise qu'on n'en peut douter. Depuis, il erre à moitié fou à travers le village, contant son histoire partout et passant ses nuits à veiller. S'il est un jour jugé coupable et condamné à mort, son exécution ne pourra être qu'une délivrance de son âme ; pour l'heure, il convient d'avoir pitié de lui, au lieu de l'accuser.

Lorsque ma soeur a contemplé, la nuit dernière, et ce matin encore, les trois tristes espaces vides sur le perchoir déserté par nos chers martyrs, elle s'est consolée en espérant que leurs fantômes prennent le temps d'errer encore un peu parmi nous, afin de venger leurs frères.



mardi 31 juillet 2012

Qu'est-ce qui vous amène ? Juin 2012

Oui, je sais, il est temps ! 

C'est avec du retard que je publie l'article du mois qui vous appartient pleinement ! A défaut d'être originaux, si ce n'est dans les fautes d'orthographe qu'il vous arrive de commettre, vous êtes toujours aussi drôles. 

Les amis des animaux

dessin enclos poulailler
chien devant église dessin
la poule ne reconnai pas ses poussins
la vision d'une poule
poules et poussins
une poule sur un mur que est ce que ça veut dire ?
poisson gentil
poules et canicule
la tonte d'une pelouse avec des lapins
dessin gros chien qui court et aboie
poule dindon
photo d'aigle royale on trin de chasser  
un homme ancule une poule vidéo. C'est mignon, avec un A. D'ailleurs ...


... ça me rappelle David, un candidat de Loft Story 2 : "Je t'emmerde avec un grand A".




tueurs nés une poule sur un mur
poisson pourri en dessin animé : le fait qu'il soit "en dessin animé" ne le rendra pas moins pitoyable, sache-le ! 

zèbre en furie
blague poule rousse plume
tondre pelouse avec lapin
lapin citoyen dessin charlie hebdo
cussou géant



Bain de jouvence 

les plus belles blagues en dessin animer
tshirt main mickey doigt d'honneur
soeur tipiak
photo des soeurs tipiak : avouez qu'elles vous plaisent bien ! 
tintin porno
mini doigt d'honneur en dessin animé


Les geeks 

fond d'écran improbable
clé usb plate en forme de poule
les annuaires 2012
gif animé jouer aux dés : on s'amuse comme on peut 

Voilà pour toi, ami des dés !
aquarium poisson + gif
dmoz.fr articles


Les grandes énigmes du mois

you tube merlot classe
le train des cohérences
syndrome de l'x fragile
modèles de la peinture pilco
crocmo baisser
petit sabot en bois avec de fleurs de dent : attention, ça peut mordre, ces bêtes-là !  
vieille qui fiche : les gens ? Le réseau social Facebook serait-il géré par une mamie psychopathe ? 

Petit cadeau pour les dizaines d'internautes qui arrivent sur ce blog en ayant tapé "doigt d'honneur".  ^^

installer une télé dans le camion


Les lecteurs acharnés

les aigles décapitées bd alix nolwenn
belles images furie nocturne
resumer les aigles décapitées la nuit des jongleurs : tiens, ça tombe bien j'en ai fait un, justement !
tome 1 : la magie de l'orage : c'est sûrement de l'heroic fantasy... 


Les philosophes 

image de un jour tout se paye, tout se sait la vengeance


la politesse ça s'apprend
ne culbute pas ta cousine s... pourquoi s'arrêter en si bon chemin ?


Célébrités plus ou moins célèbres

jean charle d'alix
l'histoire de balzac
deborah lamure : alors elle, c'est une championne d'échasses, apparemment. Elle est d'Ondres et gagne des marathons.
célébrité moche
qui guérit claude tauzin ? Son médecin, sans doute ... 
gueki l'aventurier de la chance : Je veux bien qu'on me dise de qui il s'agit ! 
james mcavoy's dessin

melanie le vieux tacot
henri 16 tête retrouver : mon chouchou du mois 




Tuyaux pour ceux qui mijotent une tuerie
moyene age arbalete


Les particuliers à l'esprit graveleux 

dessin de cul mur des chiottes
il pourrait être mon papy : 69ème résultat dans Google, ça s'invente pas !


blonde porno connue
bain public yaoi
il sodomise maria
porno italia a la ferme 2012
tentation gay porn
porno albanais : tellement plus exotique ! 
brigitte lahais suce : qu'en sais-tu, d'abord ? 


Cinéma et séries TV power

IMAGES DE MERLIN ARTHUR ET GUENIEVRE
joyeux anniversaire vampire : Stephen est là pour mettre l'ambiance ;-)

"Ok, mais je vais vomir, d'abord..."

fan fiction couple ian mickey shameless : oh oui moi aussi j'en rêve !
 shameless uk amaco soft sub : chapeau à AmaCo, une fois de plus !
frank gallagher répliques

jean claude dikkenek
dikkenek scène du cinéma
shameless uk episode où karen baise derrière un mur : et dans lequel son futur mari Jamie Maguire la mate comme un pervers, à sa sortie de prison. Saison 4, Episode 2 "Retours fracassants" : cadeau pour toi, p'tit vicieux!
Keita Ito : le Ute soumis : comment ça ? 



Pensons aux petits monstres

exploitation pédagogique une poule sur un mur
une poule sur un mur atelier fil en scène
apprendre à mentir


Foot, JO et autres dopés 

antreneur equipe roumanie victor piturca parcours football ballon d'or
l'équipe édito titré "fermez-la" : j'avoue que je l'ai cherché, moi aussi. C'était fort bien dit de la part de Nasri ; d'ailleurs il leur a fait de la pub ! 
rugbyman lillois de 27 ans gay : c'est faux. Ok, ce mec est peut-être gay ; par contre, il est peu probable qu'il y ait des rugbymen à Lille. 
benzema gay : bientôt, puisqu'il sort avec Jenifer.

vendredi 2 mars 2012

Qu'est-ce qui vous amène ? Février 2012


Vous avez bien navigué en ce mois de février 2012 ! Bravo !

Parmi les blagues que je ne connaissais pas, j'ai relevé :

 
blague de la vieille qui encule une poule

blague sur les roux sur les voitures

l'histoire de la poule et du grain de blé



Bande de geeks ! J'ai presque eu peur !! 



fond d'écran porno pour ma soeur : la bonne excuse !

vieille caméra usb fil jaune : non, ça me dit rien. Elle était où, la dernière fois que tu l'as vue ? 

moteur de recherche photo porno

fond d'écran frank gallagher


Voilà qui devrait faire l'affaire ! (Photo The Britisk Comedy Guide)


Les personnalités vous passionnent toujours


carole bouquet avant

montre de Flo Rida

deborah lamure. Je ne sais pas de qui il s'agit !

j'aime pas mélanie laurent : COPAIN !!!

cul mélanie laurent dikkenek. Relevé le soir de la diffusion du film Dikkenek sur TMC


En guise de consolation, voici sa poitrine

mini stars novembre 1983 porte bonheurs

patrick galen gay : ah c'est l'autre nom du fameux Patrick Dempsey ? 




Les animaux sont nos amis, de l'oubliez pas ! 



nounours féminin

zèbre avec un joint

mon chat vomit de la bille depuis deux jours que faire ? 

aigles frappez





Les transports qui vous intéressent 


thello train cabine 1 lit   

camion frigo porte viande  





Valérie Damidot sors de ce corps !

 
murs argile chocolat

fixer un rideau de placard 

papier peints porno (ça va être beau chez toi)

image chambre bordel (chambre de bordel ou chambre bordélique ? c'est la question !)

chiottes gay

mur zébré 



Yvonne (Karib ou pas) fan club  


yvone et son petit ami : parlons-nous de la même ?

les crados yvonne 
 

Attention, c'est bientôt carnaval ! 

 
arlequin dans tous ses états



Le coin des obsédés
 
 
j'ai envie de sucer une bite : ne serais-tu point en cloque ?

une femme en train de sucer le zizie de son marie : la sexualité expliquée aux enfants avec des fautes d'orthographe

porno amour : c'est possible ?

ballon d'or porno

comment dresser son homme comme un chien

magie en train de sucer la bite à bart 

il pourrait être mon papy porn : oui mais faut pas y penser sinon on bloque..

faire l'amour sur le lit rigolo drôle    

vente de cassettes en 3 d avec prix de neufs porno (ça sent l'embrouille !)

italie bleu porno 

lycie porno a la ferme des pres

les ados et les magazines porno : tout un programme !   

stars en train de sucer au lit

j'aime susser le penis de mon mari

rouquine cochonne bien baisé


Avis de recherche  


garçon boutonneux, roux, bouclé, laid : pourquoi pas simplement taper "thon" ?

enfant roux moche  

bg roux : impossible !

tête de sardine (poisson) : merci de préciser

jumeaux géant nains 

gay viril : oxymore ? 

Quelques romantiques sont passés par là, les pauvres !

 
je veux croire en nous raiponce manga


Du grand écran à la "petite lucarne", comme dirait François Pignon 


chanson d'ouverture l'amour est dans le pré saison 6

voir scarface en plusieurs parties : dailymotion mon pote !


shameless UK Karen : bande de petits cochons !

gakuen heaven les jumeaux : oui parlons-en de ces deux-là




Pédagogie power 


fiche pédagogique une poule sur un mur 

Questions existentielles


qu'est-ce que la pornographie ?

comment rendre son homme fou au lit


Expressions à la con 


au lit comme les poules

Les artistes


planche de bd mont saint michel

Les mangavores


manga prof de svt

gardien de foot aux cheveux longs mangas 

manga chaud


Shopping

 
tshirt dikkenek : j'en cherche un aussi


Allez voir le blog de critique ciné Fausses Valeurs, sur lequel j'ai pris la photo


Un peu de psychologie


effet des chansons paillardes


Vous avez toujours l'esprit sportif !


la une de l'équipe à la veille de la finale de rugby 2011 

Il reste toujours des requêtes inclassables



dessin doigt d'honneur (nombre incalculable d'occurrences ! Merci Mélanie Laurent)

auréole d'ange faite maison


Bilan :

  • Comme vous avez pu le remarquer, le coin des obsédés est toujours aussi bien rempli !
  • J'ai volontairement fait l'impasse sur certaines requêtes vraiment dégueulasses, mais comme je n'ai pas envie d'attirer sur mon blog la vermine, je ne les reproduirai pas ici.  
  • On n'est que le 2 du mois, mais j'ai déjà matière à dire que mars va être très productif, de votre côté ! A moi de suivre votre rythme !  






samedi 23 juillet 2011

Roux Cools - D'autres roux fictifs -


Aujourd'hui, je tiens à vous présenter la fille de Fifi Brindac(h)ier et d'Obélix. Munie de ses trois seins, elle s'apprête à assommer une gamine pour qui je n'ai pas imaginé de prénom. De toute façon on s'en fout, elle va se faire aplatir par un silex géant dans trois secondes.

dimanche 5 juin 2011

La blague à deux balles du dimanche après-midi

Après "Une poule sur un mur" ... un dindon sous un concasseur à maïs! 

Tada!!!
...

Mesurons l'effet produit sur le public (ici, un précurseur de la tecktonik) :
 

Euhhhh... Pas compris...
Bon d'accord, ce n'était pas vraiment une blague. Par contre notre ami Didier le Dindon en est une à lui tout seul!

 

dimanche 3 avril 2011

Le zèbre


Il était une fois un petit zèbre qui ne voulait pas parler aux dépressifs.


Non, à bien y regarder, ce n'était pas vraiment un zèbre, car il avait des rayures violettes, une robe grise, et une longue corne dorée qui ne lui servait strictement à rien. 

Il n'était ni un zèbre, ni un âne, ni une licorne non plus : un hybride, en somme. Il n'était qu'un sale petit imposteur de mes deux. Personne n'était dupe, mais tout le monde l'aimait bien quand même, parce qu'autour de lui, les gens se disaient que ça ne devait pas être évident d'être un patchwork équin. 

Ils n'avaient pas tort de le prendre en pitié, car le faux zèbre vivait mal son métissage! Pour oublier ses questions existentielles, il fumait du cannabis jusqu'à ce que l'eau claire du lac lui offre le reflet d'un zèbre en noir et blanc. 

Malheureusement, on ne plane jamais très longtemps. Ce n'est que de l'herbe, après tout! Le zébryde* en avait conscience, mais au retour de chaque envol, il se sentait de nouveau d'attaque pour affronter la dure réalité de la vie, le temps de quelques heures. 

Depuis qu'il avait essayé et adopté ce stratagème, il avait un sérieux problème avec les dépressifs : il ne comprenait pas qu'ils pleurent tout le temps, alors qu'ils se seraient sentis beaucoup mieux s'ils s'étaient enfilés quelques joints! Dès qu'il en rencontrait un, il tentait de le secouer à coups de sabots et d'insultes, car ils lui pourrissaient sa petite vie de drogué heureux, et le ramenaient à sa tristesse initiale.

 ... 


* Ce mot existe vraiment! C'est la bestiole qui résulte du croisement d'une ânesse et d'un zèbre. Mais qui a bien pu avoir une idée pareille? Sûrement pas l'ânesse! 




jeudi 17 mars 2011

Le train de la cohérence part toujours à l'heure

Alors que je m'étais casée bien à l'abri du vent, dans la salle d'attente de la gare de Périgueux, et que j'étais en train de me dire que le hall paraissait vide et vaste, maintenant qu'on l'avait dépouillé de tous ses bancs :

"Je vous fais peur, madame? Ah, vous voyez bien que je ne fais pas peur! Il n'y a qu'aux flics de M...(un village situé à une vingtaine de km de là) que je fais peur!" 

Le visage à moitié caché sous une casquette qui peine à contenir une tignasse de cheveux gris, un type corpulent agite ses joues roses, tandis que la jeune femme assise en face de lui a résolument bloqué son regard sur ses Kickers. 

"Un généraliste. J'ai vu un généraliste, ils m'ont tiré du lit à 5h du matin pour ça! Ils me disent que ça ne compte pas, qu'il faut que je voie un spécialiste. C'est le juge, qui l'a dit." 

Visiblement, il parle tout seul. 

"Le juge, ce petit morpion de 25 ans, il croit qu'il va m'apprendre la vie. Lui, et L. (un gendarme), il m'en veulent. Ils sont montés contre moi, c'est petits cons. Et moi je lui dis, casse-toi pauvre con. C'est pas moi qui l'ai dit, c'est Sarkozy qui l'a dit le premier. Mais comme c'est un pourri, on l'a pas foutu en taule pour ça. Pourtant on aurais du. La droite, la gauche, tous des bons à rien. Il n'y a pas des bons à rien. Comme dit Raimu, il n'y a pas de bons à rien, il n'y a que des mauvais en tout!" 

De toute évidence, ce mec n'est pas bourré, ou alors il le cache très bien; il est simplement dérangé, sonné, anéanti par quelque tuile reçue sur le coin de la gueule, et verni d'une fine couche de mauvaise foi. En tous cas, parmi tous ceux qui restent ancrés dans ma mémoire, c'est l'un des illuminés les plus bavards que j'ai eu la "chance" de croiser, peut-être parce que sa spécialité était aujourd'hui de donner dans la répétition successive de mêmes phrases. Il faut dire que quand je rencontre un fou, j'essaie d'en prendre de la graine! Qui sait si je ne vais pas, un jour, suivre leur chemin? Il paraît que je suis vouée depuis toujours à gravir inlassablement la pente abrupte des abrutis! 

Cependant, constater le dérangement de quelqu'un ne suffit pas à le classer parmi les "abrutis", cette catégorie élitiste réservée aux connards en perpétuelle activité. Monsieur n'est pas un abruti. Monsieur est un ancien comptable qui a servi la SNCF pendant un certain temps, et qui s'est fait virer "comme un chien", d'après ses dires. Pas besoin d'en savoir plus sur sa vie (que malgré tout, il nous aura copieusement racontée), pour comprendre qu'on chute vite, et que personne n'est à l'abri de perdre pied un jour. La raison ne tient qu'à un fil. A la moindre épreuve, elle se brise aussi facilement qu'une poignée de corn flakes insidieusement broyée sous votre talon. Il est aussi vain de tenter de la reconstruire que de s'amuser à recoller un pétale de maïs écrasé avec du scotch. On ne peut que lever le pied en entendant le craquement, tout en se disant, l'air détaché : "je ne sais pas ce que c'était, mais ce n'est plus!". Lorsque nous, voyageurs en phase d'attente, avons regardé ce fou indigné, il y avait dans nos yeux de la pitié, de la peur, de l'amusement aussi, un petit air de "je ne sais pas qui tu étais, mais tu ne l'es plus vraiment, et tu ne le seras plus jamais. Tu essaies de rassembler tes pensées qui se perdent dans le néant, mais tu patauges trop pour y parvenir, et à cause de cela tu nous fais peur, car toi-même tu ne sais plus de quoi tu es capable".      

"Les méchants, c'est pas les morts, c'est les vivants. L'autre, dans le cimetière, quand il a vu mon gourdin, et que je lui ai dit que j'allais lui foutre sur la gueule, ahhh alors là! tout de suite il est rentré dans sa bagnole et il s'est barré. Sinon, qui sait ce qu'il aurait fait? Moi je le sais. Et maintenant, c'est moi qui ai des problèmes. C'est l'agressé qui devient agresseur. 30 ans, 30 ans passé à la SNCF, à faire tout le boulot, et parfois-même le sale boulot". 

Une mamie me regarde d'un air complice : ouf, on n'est pas comme ça, nous, hein!  

Pour ne pas sombrer dans des réflexions vertigineuses, j'ai préféré me dire qu'il était somme toute assez drôle. 
Forcément, c'est seulement après deux plombes d'attentive écoute que je me suis souvenue que j'avais sur moi un petit bijou de technologie, équipé d'un micro! Donc, en exclusivité rien que pour vous, un petit bout de délire enregistré. Le son est mauvais, car l'Ipod capte les propos du bonhomme depuis un sac à dos fermé, situé à 4-5 mètres de lui. En gros, même si le résultat est franchement satisfaisant, compte tenu des conditions, c'est pas avec ça que son identité va être dévoilée. Comme j'ai tout simplement oublié d'éteindre l'appareil en quittant la salle d'attente, il n'y a guère que les 10 premières minutes qui puissent vous intéresser. Ah, je crois qu'on l'entend un peu dans les derniers instants du fichier, lorsqu'il a rejoint les autres voyageurs sur le quai _parce qu'évidemment il fallait bien qu'on prenne le même train.  

Je ne vous le dirai jamais assez : venez à Périgueux, il s'y passe des choses! 


C'est de la bonne!


samedi 25 décembre 2010

L'hérésie du mois : le Père Noël existe!

A Périgueux, du moins. Le 24 décembre, vers 11 heures, il a été vu en train de draguer deux mamies, en terrasse d'un café (rue Taillefer me semble-t-il), après s'être manifestement incrusté à leur table. Il faut bien s'occuper entre deux livraisons.

Il n'est pas tout seul dans son costume!

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'y a pas un seul Père Noël, mais toute une famille de Pères Noël qui officient chacun de leur côté, comme de bons petits individualistes. Réunis en comités régionaux, le Pôle Aquitaine des Pères Noëls tient des réunions en fin d'année histoire de faire en sorte que les papys soient bien synchros, bien répartis en secteurs, afin de ne pas les voir se marcher sur les pieds lors de la distribution. Un peu comme les gens qui mènent les opérations de recensement dans les communes. Etre Père Noël, c'est avant tout une philosophie du travail bien fait, propre et efficace.


Les réunions sont bien entendu tenues secrètes, et ont lieu dans des bars en centre ville, les vendredis soir, pour plus de discrétion. Les consommations lors de ces réunions sont entièrement financées par la revente des bonbons rackettés aux gosses le soir d'Halloween.

Pour en savoir plus, adressez-vous au Pôle Emploi; eux seuls détiennent la clé du Joué Club, et peuvent vous dire si oui ou non vous en valez la peine!

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Article de Rue 89 du 22 décembre 2010 sur le beau métier de Père Noël


Attention, ces temps-ci le Père Noël est un peu susceptible. A cause du surmenage, il lui arrive de cogner et de jeter dans une vitrine les gens qui l'embêtent. Désormais il faudrait éviter d'essayer de le soudoyer pour gratter des cadeaux à la sortie des réunions arrosées, car il pourrait mal le prendre : on ne réclame pas, mal élevé! Vous pourriez récolter plus de châtaignes que de jouets dans l'histoire.


Surtout si dans la vie, le Père Noël est un peu rugbyman, et que ce soir-là, il se trouve que, pas de bol, vous être 4 contre 15 :

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Article de Sud Ouest du 21/12/10 - Rixe entre Pères Noël du CAP et 4 mecs. Encore une histoire dont on ne saura jamais le fin mot.

J'oubliais :
JOYEUX NOËL à tous!






lundi 8 novembre 2010

Non, je n'oublierai pas.


Enfin, pas pour l'instant...

Il y en a qui "voudraient être un chat", moi j'aimerais être une jolie poule pondeuse. Vivre deux ou trois ans dans l'ignorance du futur, pondre un oeuf tous les jours sans me poser de question, chasser mes poux en me roulant dans la poussière et me lisser la plume à l'ombre des lilas, avec mes copines, les après midis d'été.

Je perdrais mes plumes à l'automne, de nouvelles perceraient ma peau dans une vague douleur, c'est vrai, mais j'affronterais l'hiver vêtue d'une robe soyeuse et chaude.
Je serais une fière poule rousse au bec jaune et au poitrail tirant vers le grenat, au caractère sanguin. D'un œil jaune et noisette, j'imposerai le respect aux plus jeunes que moi et j'ouvrirai mes ailes puissantes pour regagner mon perchoir.

Les poules ne sont pas tendres, entre elles : certaines recherchent clairement le conflit et le trouvent avec une habileté perverse! Cependant leurs querelles sont aussi violentes que brèves. Elles n'hésitent pas à étourdir la plus faible d'un coup de patte, mais elles ne vous disent jamais "oublie-moi".

Non, je ne suis pas bourrée!

Je suis un peu triste, voilà tout! Un peu folle aussi, paraît-il, mais hélââââs pas complètement... sinon je ne serais pas triste!




dimanche 21 mars 2010

Poissongs


Si nous sommes aussi nombreux à jouer à Happy Aquarium, à connaître l'histoire de Christine et la Sardine (mais si!), à nous sentir comme des poissons dans l'eau, à trouver que le voisin est un thon même s'il est gentil, et par conséquent, à défendre la pérennité des thons rouges, à constater que la marine recrute, c'est parce que nous refoulons tous dans nos gosiers une truite d'eau vive qui ne demande qu'à s'exprimer.

Le poisson influe sur les comportements humains : aller à la plage, se faire hara kiri de la même manière qu'on coupe le ventre de l'esturgeon pour en retirer les oeufs, le look disco avec vestes réfléchissantes, faire le casting de la Nouvelle Star pour rivaliser avec les sirènes.. Mais il nous est difficile de le reconnaître. Si nous pêchons les poissons, si nous les conservons à notre merci dans des aquariums, n'est-ce pas pour mieux les tenir sous notre contrôle et nous donner l'impression de les dominer?

Rien ne nous trahit plus que la musique, à ce sujet. Appuyons-nous sur quatre exemples, choisis pour leur diversité. Vous les connaissez forcément, et si cela ne vous semble pas être le cas, c'est seulement parce que votre inconscient vous fait croire que vous avez oublié ces morceaux cultes, de peur que la sardine qui frétille dans votre cerveau ne reprenne le dessus.

1)Francis Cabrel - La Cabane du pêcheur

Contexte :

Une fille vient de se faire larguer ; pour cette raison, elle décide de venir communier avec la nature pour oublier sa peine. Comme elle pleure, sa vision se brouille et elle se perd, tel un petit chaperon rouge. Heureusement, elle rencontre le pêcheur qui range son matos dans la cabane au fond du jardin. Accueillant comme à son habitude, il lui suggère d'aller voir ailleurs si j'y suis, et de repasser d'ici trois quarts d'heure si elle veut vraiment en parler. Elle reste car elle veut en parler là, maintenant.

Il lui remonte donc le moral en lui disant que ce n'est que le début des embrouilles pour elle, et qu'elle n'est pas la seule dans ce cas, bref tous les mots qu'il est plaisant d'entendre dans ces moments-là. Il prononce alors la phrase clé de cette chanson dans laquelle le poisson nous semble curieusement sous-représenté : "si tu pleures pour un garçon tu seras pas la dernière, souvent les poissons sont bien plus affectueux". Elle est très significative de l'intérêt que l'humain porte au poisson, à sa sensibilité et à sa délicatesse : les hommes sont tellement pourris que même ces abrutis de poissons pas frais ont plus de tact ; enfin, "souvent", car il ne faut pas non plus exagérer...

N'oublions pas que le jugement porté par le pêcheur de la chanson n'est pas neutre : par définition, il est un chasseur des mers, un cow boy des eaux douces qui, la nuit, rêve de gérer un banc de maquereaux en migration monté sur un hippocampe. La rancœur accumulée contre tous ces brochets qui lui échappent déforment sa représentation du poisson en général. Etant donné qu'il apparaît comme l'entité bienveillante de la situation, puisqu'il tente de consoler la fille, le public est fortement tenté de cautionner son jugement. Une écoute et une lecture attentive du texte est donc à recommander.

Observations concernant le clip (the official, bien sûr).
Observation du 21 août 2017 : le clip original ayant été retiré de Youtube, je l'ai remplacé par la vidéo de la prestation de Francis Cabrel aux Vieilles Charrues en 2009. Du coup, le paragraphe suivant n'a plus aucun sens, mais je compte sur vos souvenirs nostalgiques des mercredis matins passés devant Boulevard des Clips. 

Il a inspiré à coup sûr le jeu Happy Aquarium. Même si le Magasin ne propose pas de décorations « squelette guitariste qui sort du coffre », l'esprit est le même : nous fixons nos regards sur l'atmosphère bleutée, pendant que nos poissons se courent après ou s'entraînent à affronter des plantes carnivores et des parapluies..On n'a pas encore de fille pour descendre les nourrir directement dans l'aquarium...


2)Scooter - How much is the fish?

Contexte :

Heu, c'est subtil. Faisons preuve d'imagination. Oui, d'abord, en cette période de crise, le poisson, c'est pas donné. Au passage, combien ça coûte le poisson? Peu importe, puisque pour Scooter, « the question is what is the question ». Que se passe-t-il dans cette chanson? Peut-être n'est-ce pas là l'essentiel.

Observations

La première phrase est la plus importante : «the chase is better than the catch », c'est à dire : c'est encore meilleur de poursuivre quelque chose que d'atteindre le but ; voilà qui décrit bien la place du poisson dans le monde, à savoir, un espace minime. Comme disent les pêcheurs du dimanche, le poisson on s'en tape, l'important c'est la pêche, le fait de passer des heures à attendre et à picoler avec des potes. Le poisson, c'est que du bonus, on n'a même pas besoin de lui pour s'éclater. Une forme de rejet de ces nageurs qu'on craint et qu'on envie plus qu'on ne veut l'admettre...

3)Diziz La Peste - Le poisson rouge

Contexte : "c'est pas moi, c'est l'autre!"

«Tout ça à cause du poisson rouge/à cause d'un putain de poisson rouge »

Diziz La Peste raconte l'embrasement de deux quartiers qui s'entrebouffent pour une histoire de trafic de poisson rouge pas payé : une femme a acheté une friture à une autre du camp ennemi, et ne lui a dit « j'te paierai plus tard t'inquiète ». Au bout de deux ans, poisson toujours pas payé, conséquences : les familles concernées règlent leurs comptes à coups de couteau et de crises de larmes «dans son monologue elle nous demande pourquoi/ pourquoi son fils de 17 ans a des trous dans le foie/ ».

Observations

Le poisson est dévalorisé « ça veut dire que tout ça, c'est à cause d'un poisson rouge? Je croyais que c'était un gars moi! _ eh non non non» Le jeune curieux qui veut connaître le pourquoi du bain de sang n'en revient pas. Il pensait que « Le poisson rouge » dont on parlait était le surnom d'un bonhomme, et non pas un animal. Est-ce donc possible que cette petite chose visqueuse à yeux ronds soit capable de quoi que ce soit? Le rappeur soulève ici l'absence de visibilité du monde aquatique dans la société.

Puis, une fois reconnu comme acteur à part entière, il est dénigré : « tout ça à cause du poisson rouge/ à cause d'un putain de poisson rouge ». Deux interprétations sont possibles : soit « à cause » signifie qu'on situe l'origine des hostilités à l'achat du goujon, soit c'est une manière de diaboliser la marchandise « le coupable, c'est le poisson rouge ». Sa seule existence a crée le trouble.

4)Boby Lapointe - La maman des poissons

Contexte de la chanson

Il est ici question d'une famille de poissons, vraisemblablement monoparentale. La maman des poissons, sous couvert d'admiration et de flatterie, fait l'objet d'une critique acerbe quant à sa manière d'élever ses mouflets.

Observations :

« La maman des poissons, elle est bien gentille » : il faut comprendre, elle est bien brave, pas très réactive, à la limite de l'irresponsabilité, parfois roublarde ! En effet, ne leur montre-t-elle pas comment on décroche les vers de leur patère ? Autrement dit, elle enseigne à sa descendance les rudiments du braconnage à l'hameçon .. Bravo ! Elle est bien gentille, mais on devrait quand même confier ses alevins à une famille d'accueil...

Dans cette dernière chanson, plus nettement encore que dans les trois premières, l'image du poisson en prend un coup : il boit, il crache partout, il bouffe à toute heure de la journée «et quand ça a diné ça r'dine » (jolii quand même, depuis la 6ème je ne m'en suis pas remise), et, pire, il rit quand il baise!

A quand la chanson qui mettra le poisson à son avantage, valorisera la force de caractère de l'anguille électrique, l'exceptionnel sens de l'orientation du saumon, la solidarité du banc de maquereaux? Chacun gagnerait à changer d'eau le poisson qui se noie en lui !

Inutile d'essayer de les soumettre, ils étaient là bien avant nous!

Ceci est un délire total. Je ne cautionne pas la théorie du poisson humanoïde. Je dis juste qu'il vaincra.