Affichage des articles dont le libellé est hérésie du mois. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est hérésie du mois. Afficher tous les articles

samedi 2 mars 2019

L'hérésie du mois : j'avais jamais entendu parler d'Emma Goldman !


Première publication de l'année 2019 ! 
Il était temps ! 



Il a fallu que je tombe sur un livre de la collection "Ceux qui ont dit non" d'Acte Sud Junior pour découvrir l'existence de l'anarchiste russe Emma Goldman ; en lisant le quatrième de couverture, j'ai appris qu'elle avait été une grande figure de la lutte contre les inégalités aux Etats Unis, en Russie et en Europe au début du XX°siècle. Elle s'est notamment battue pour la reconnaissance des droits des ouvriers, les incitant au passage à se révolter ; mais, de façon générale, il lui tenait à cœur de défendre tous les opprimés _et de les amener à se défendre par eux-mêmes. En tant que femme, Juive, Russe, émigrée... elle savait bien de quoi elle parlait. Elle nous a laissé pour héritage six livres et plusieurs articles pas toujours traduits en français, ou alors assez tardivement. Pourtant, malgré ce palmarès honorable qui lui a valu le surnom d'"Emma-la-Rouge", le personnage m'était inconnu.. Nous a-t-on parlé d'elle à l'école ? Comme elle n'a pas séjourné assez durablement en France pour y mettre le bazar, c'est peu probable. Ou alors j'ai zappé. 


Emma Goldman : "Non à la soumission" - Jeanine Baude (2011) 



Comment caractériser ce livre tout plat (96 p.) au contenu dense ? Ce n'est ni un roman _bien qu'il soit qualifié de "roman historique" en couverture, ni un reportage, ni un documentaire... La forme m'évoque les "docufictions" qui fleurissaient à la télé il y a quelques années, ou le principe de l'émission de France Inter Autant en emporte l'Histoire (j'avoue, j'écoute France Inter ; chacun ses tares !) : à savoir, la présentation de faits réels sous forme de fiction dans un but didactique.  

La narratrice, qu'on pourrait assimiler à l'auteure Jeanine Baude sans savoir si on peut le faire ? est une Française de passage à New York, quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001. Elle découvre une ville sous le choc. Consciente que la population partagée entre horreur et colère a autre chose à faire qu'accueillir les touristes avec le sourire, elle choisit de faire preuve d'empathie. C'est ainsi qu'elle gagne la confiance de Maria, une mère endeuillée qui, en bonne descendante d'Emma Goldman, refuse de se laisser submerger par la peur et par la haine, malgré l'attaque terroriste dont son fils a été victime.         

Conquise par la force de conviction de son interlocutrice, la voyageuse se fascine pour Emma la Rouge et décide de se lancer sur ses traces. Le livre devient alors une sorte de pèlerinage, où chaque chapitre représente à la fois une étape du voyage de la narratrice, mise en regard avec un moment important de l'existence de l'anarchiste : 

  • son arrivée à New-York à l'âge de seize ans, le cœur plein de révolte, bien qu'elle ne connaisse pas encore grand chose du monde,
  • la naissance de son engagement et la découverte de ses qualités d'oratrice,
  • la rencontre avec son futur compagnon de vie, Alexander Berkman, 
  • son discours sur l'Union Square incitant les ouvriers et les chômeurs à la rébellion, qui lui vaudra d'être emprisonnée, 
  • son séjour en prison, au cours duquel son rôle d'infirmière l'amènera à un nouveau cheval de bataille : la condition des femmes, à travers l'idée de "maternité libre"
  • la fondation de la revue Mother Earth, (dans laquelle elle publiera des articles sur la contraception qui la feront botter direct au cachot, une nouvelle fois). 
  • son retour forcé en Russie, empreint de déception : malgré la révolution de 1917, le peuple n'a guère gagné en liberté...  

"Y a quoi ?"

Calquant ses pas sur ceux de l'anarchiste, passée par les mêmes lieux quelques décennies plus tôt, la voyageuse tombe régulièrement dans la rêverie : Emma La Rouge et ses frères d'armes prennent alors vie sous ses yeux, la faisant basculer au rôle de spectatrice de leurs échanges. Le passage d'une époque à l'autre est marquée par un changement de police de caractère que les jeunes lecteurs apprécieront. 

Jeanine Baude fait l'effort de tenir compte du caractère de chacun dans les dialogues qu'elle reconstitue, et d'accorder à Emma Goldman la véhémence et les talents d'oratrice qu'elle devait effectivement avoir. Mais ce livre ne fait pas partie de la collection "Ceux qui ont dit non" pour rien : il a avant tout une portée informative ; il s'agit de faire passer un message à des collégiens, de leur communiquer des faits, un contexte, des idées. Alors forcément, les conversations perdent de leur naturel, et on peut ne pas adhérer.

Attention, je ne crache pas dans la soupe ! Emma Goldman : "non à la soumission" est l'une des rares publications françaises consacrées à cette figure historique, dont on n'est pas forcé de partager tous les points de vue, loin s'en faut, mais qu'on gagne à connaître. Jeanine Baude a le mérite de s'y être collée : il n'était sans doute pas simple d'évoquer de façon complète, succincte et accessible le parcours d'une femme qui a eu la bougeotte toute sa vie, qui a mené des combats sur tous les fronts, parfois clandestinement, en laissant peu de traces écrites de ses travaux ! Merci à elle d'avoir sorti cet ouvrage, donc !

La biographie romancée d'Emma Goldman est suivie d'un dossier documentaire composée d'une chronologie de sa vie, d'une bibliographie, d'éléments de définition de l'anarchisme et d'un point sur quelques autres grandes figures qui ont marqué le XX°siècle en dénonçant les injustices du système.

Jeanine BAUDE. Emma Goldman : "Non à la soumission". Actes Sud Junior, 2011. Coll. "Ceux qui ont dit non". 96 p. ISBN 978-2-7427-9594-9


samedi 21 juin 2014

L'hérésie du mois : fuck le CDDP des Hauts de Seine.


JE SAIS, ce n'est ni intelligent, ni très convenable _ ni très audacieux. 

Mais ça fait beaucoup de bien après toutes les fois où j'ai du y rentrer à 6 ou 7h du matin avec ma pauvre convoc pleine de fautes d'orthographe, pour en ressortir vidée (mais pleine...) avec des dizaines de feuilles de brouillon roses ou vertes.    




dimanche 27 avril 2014

L'hérésie du mois : j'ai kiffé Bordeaux III, ses buissons, sa fagne, ses tags et ses fissures !


Alors que je revenais de mon passage à la tonte annuel au salon de coiffure de Saige, où j'ai pu constater que ma coiffeuse n'était plus vraiment rousse mais qu'en revanche elle était toujours aussi bo SYMPA, j'ai assisté à un sushicide.  

Quelle misère ! Un sushicide à Saige (c'est dur à dire).

Pour nous en remettre, nous nous sommes autorisés _Monikon et moi, un pélerinage de quelques heures sur le campus de Bordeaux III, l'université de lettres, langues, arts, histoire, géo et autres sciences humaines. 

Rebaptisée Université Bordeaux Montaigne depuis peu, elle est surtout connue sous le nom de "fac des glandeurs", des "rouges", des "hippies", de "ceux qui savent pas quoi faire de leur vie", et on la caractérise par son aspect vieillot pour ne pas dire pourri ou insalubre.  

Je suis passée par la porte dérobée, comme d'habitude : l'arrière du bâtiment du DEFLE. Vous noterez l'ambiance forestière des lieux, qui explique en grande partie la couche de boue dans les couloirs par temps de pluie.     


Si vous allez sur le site internet de la fac, vous verrez des étudiants souriants prenant des bains de soleil dans l'herbe, ou débarquant du tram d'un air décidé comme s'ils arrivaient en Terre Promise. C'était le cas il y a deux ou trois ans, du moins. Je viens d'y faire un tour et il semblerait qu'on ait mis un terme à l'imposture. Tant mieux. Car la réalité, c'est ça :


Bon, je suis mauvaise langue : j'y suis allée un jour de pluie, pendant les vacances. Rien n'est plus laid qu'une école déserte, aussi neuve soit-elle. 


Et pourtant, aucune fac ne me paraît plus belle que celle-là, aussi pourrie soit-elle. Cet endroit où tout est permis, asymétrique, incohérent, où un bâtiment se rénove alors que la BU située juste à côté vient d'être condamnée pour risque d'éboulement... Cet endroit a été le premier à incarner l'idée de liberté dans ma tête, idée tellement abstraite jusque-là. Investis jusqu'au bord de chaque marche d'escalier par des jeunes plus atypiques les uns que les autres, ces lieux nous ont acceptés tels que nous étions, sans que nous ayons besoin de changer quoi que ce soit à notre manière d'être. Il y a huit - dix ans de cela, vous pouviez vous permettre de traverser la grande place photographiée ce-dessus en pyjama et monté sur des échasses : soyez certains que personne ne se retournait sur votre passage. J'exagère à peine. A l'exception de la zone des Lettres Classiques, que vous appreniez bien vite à éviter, de toute façon. 

Depuis, je doute que les choses aient beaucoup changé.    
  
Ah, Bordeaux III.... 
  

Sa grande allée glauque qui vous amenait au magasin de photocopies, reliures et autres impressions, fermée depuis, et c'est tant mieux car le mec qui la gérait était un gros fdp avait son petit caractère....


...Ses débats dans les toilettes... 


Ses longs couloirs boisés (j'en ai choisi un pas trop pourri).... 


... Ses tags qui vous font bien rigoler et qui vous rappellent que tout n'est pas perdu..


... Ses vérités qui font mal... 
"Nous allons tous mourir, et nos pauvres études n'y pourront rien." 


... Ses Basques... 
... Son odieux Bâtiment des Arts tout vert...

... Son lot d'incohérences (WTF la table de pique-nique au milieu du parking ???)

... 
Le "point de rencontre" sur le parking aussi (et à côté de la table de pique-nique !) WTF ????  



... WTF ???? .... 

... Sa végétation envahissante qui la perdra, un jour...

... Ses lieux d'expression, ou ses zones de spam... Tout dépend de quel bord vous êtes... 


....Ses travaux, qui ne se terminent jamais...
... Son bâtiment d'accueil où tu mets les pieds deux fois dans ta vie : quand tu viens payer ton inscription et quand tu viens chercher ton diplôme. Le reste du temps, j'imagine que ça doit glander sur Facebook, là dedans, vu qu'en 2007, les secrétaires se faisaient des pures parties de Dame de Pique en réseau...

... Son fameux numéro 439 qu'on attend toujours depuis au moins 2004 au guichet 4... 


... Ses étudiants malicieux qui te montrent comment on te nique une belle signalétique en trente secondes...  Bon courage à toi, lycéen parti à la recherche de ta salle de cours !



Ses amphis tout sombres... Ici, l'amphi dit "amphi Salomon" pour la moitié des inscrits, même si les 50% restants préfèrent l'appeler "Amphi n°3". Fort pratique quand tu ne connais pas bien ta fac...

... Sa cafétéria le Sirtaki, et ses tables extérieures où te te chopes soit un rhume, soit les déchets alimentaires des autres, soit les deux, tellement le vent s'engouffre facilement là-dessous...



... Là, le but du jeu, c'est de trouver la tirette dans ce fatras ! 
Ah, pardon : le "distributeur de billets" !

... Si toi aussi t'as réussi à faire plein de blagues grâce à l'Amphi Papy... 



... Allez, c'est pas si moche en fait ! 



 Putain ! c'est vrai que j'ai bien choisi mon jour pour vendre mon ancienne fac, sérieux !









Contrairement aux apparences, je ne suis pas du tout nostalgique des études _au contraire, mais je suis bien contente d'avoir passé quelques années dans ces ruines suintantes d'humidité ! 
    

jeudi 14 novembre 2013

L'hérésie du mois : J'aime pas lire Jules Verne (même en BD) : Le tour du Monde en 80 jours de Jules Verne - Loïc Dauvillier / Aude Soleilhac (2008 - 2010)


Woohh non pas lui !  


Comme je n'ai jamais su trop quoi penser des adaptations BD de la littérature classique, c'est avec une certaine réserve que je me suis lancée dans la lecture des trois albums reprenant Le tour du Monde en 80 jours de Jules Verne. D'autant plus que je ne suis pas, non plus, spécialement fan de cet écrivain précurseur de la science-fiction. Ce n'est pas faute de m'y être accrochée, depuis l'adaptation jeunesse de Cinq semaines en ballon jusqu'à l'intégrale des Voyages Extraordinaires en grand format avec la couverture imitation Hetzel. Mes parents pensaient que ces romans étaient une valeur sûre pour mes goûts de petit mec, et leur initiative mérite bien d'être saluée au passage, mais... non ! La mayonnaise n'a jamais pris. D'une part, ses visions futuristes n'avaient plus rien d'impressionnant à mes yeux, puisque toutes les fantastiques chimères de l'auteur (ou presque) avaient trouvé leur incarnation dans le monde réel ; d'autre part, ses héros étaient des gonzes antipathiques ou beaucoup trop perchés pour moi. Voire les deux. Même l'adaptation animée de 20000 lieues sous les mers me gonflait à mort : qu'il se noie dans son sous-marin, et qu'on en finisse, bordel !

"Il fallait bien que ça sorte un jour ! et c'est pas un hasard si ça sort maintenant !" 
(Bien dit.) 

20000 lieues sous les mers !
(rires en boîte)
Tout ça pour dire que mes chances de trouver les BD chiantes au possible ne sont pas minces. Par conséquent, les conseiller aux gosses pourrait s'avérer bien plus difficile qu'à l'accoutumée.

Oui, hurlez un bon coup et passons à autre chose. Tout comme je l'ai fait il y a bien des années, en voyant Flore, la fille de Babar, s'extasier devant l'artiste venu à la rencontre des trompes royales via sa machine à remonter le temps.

Cons d'éléphants modèles, va ! et dire que le fils du méchant traîne avec eux !

Le Tour du Monde en 80 jours 

Allez, pas de jugement hâtif ! Abordons la situation d'un regard neutre et professionnel.

Je ne me souviens plus vraiment de l'histoire, si ce n'est qu'un maniaque de la ponctualité décide sur un coup de tête de parier qu'il va réussir à faire le tour du Monde en 80 jours, pas un de plus ni de moins. Ce livre m'avait quand même bien marquée, parce que le héros était, comme souvent dans les romans de Jules Verne, accompagné d'un brave larbin nommé Passepartout. Sauf que pour moi, Passepartout c'est LUI et personne d'autre :

wesh !

Autant dire que j'ai mentalement traversé l'Asie et les océans avec sa tête en arrière plan.

Il m'était totalement sorti de l'esprit que, dans l'histoire, le moment du départ de Philéas Fogg coïncidait presque parfaitement avec le vol de 50000 livres commis à la Banque d'Angleterre. Pour Sir Fix, le détective, Fogg est le suspect n°1 : ce voyage autour du monde ne serait rien moins qu'une fuite déguisée afin d'échapper à la justice. Cela expliquerait aussi pourquoi le "gentleman" anglais n'hésite jamais à mettre la main à la poche pour gagner dix minutes. Cela expliquerait aussi le prix des sandwiches à la gare ?

"ça vous fera 456,46 euros, bon appétit !"

L'adaptation de Loïc Dauvillier et Aude Soleilhac découpe l'oeuvre en 3 albums intitulés Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne, (Volume 1, Volume 2 et Volume 3). 

Où est Charlie ?

Dans le volume 1, on nous présente Philéas dans ses manières d'excentrique raffiné, un peu marginal au sein du Reform Club dont il fait partie, un peu con trop exigent avec ses majordomes successifs, aussi. Le dernier malchanceux recruté par le lord n'est autre que Jean Passepartout, un jeune homme français plein de bonnes intentions qui ne tarde pas à se demander où il a bien pu tomber. Le vol de la Banque d'Angleterre est succintement évoqué, de même que les paris pris Philéas Fogg et ses amis du club : tous s'accordent à dire qu'il est impossible de faire le tour du Monde en 80 jours, lui pense que si, et d'ailleurs, il va le leur prouver sur le champ. Et hop, le voilà qui saute dans le train avec Passepartout et... rien d'autre, à vrai dire. Fix a bien du mal à suivre la cadence, mais il parvient pourtant à faire ami-ami avec le majordome sans vraiment décliner son identité _le fourbe ! Quelques vignettes plus tard, il arrivent à Bombay, où le larbin officiel de Fogg se prend un bon marron après avoir refusé d'ôter ses chaussures en entrant dans un lieu de culte. Ce moment constitue d'ailleurs la seule et unique scène d'action de l'album.  


Sorti un an plus tard, le second album est plus énergique.

GRILLÉS !!!!!!!!!

En traversant la jungle indienne avec leur guide, Philéas et Passepartout tombent sur un cortège funèbre dont ils ne saisissent pas tous les enjeux. Ils comprennent peu à peu qu'un homme est mort et que la tradition veut que sa femme meure elle aussi. Les deux touristes se mettent en tête de sauver la fille des griffes de sa tribu et ils y parviennent : désormais, elle continuera le voyage avec eux. On sent un léger suspense : de Fogg ou de Passepartout, lequel arrivera à la choper ? En attendant d'en savoir plus, quittons l'Inde pour Hong-Kong.


"On va tous mûrir !"

Le troisième et dernier album est celui de la course contre la montre pour un retour express vers l'Angleterre. Alors que Philéas Fogg considérait toujours qu'il était assez "large", le voilà pris de méchants coups de stress. Les réelles motivations du détective Fix ont été devinées par Passepartout, mais les situations extrêmes dans lesquelles les personnages se placent rendent la cohabitation indispensable.

Que dire de cette adaptation en bande dessinée ? Le scénario réussit à mon avis à alléger l'histoire et à faciliter sa compréhension auprès des jeunes lecteurs ; forcément, l'accent est mis sur les aventures des personnages, au détriment de tous les éléments scientifiques et techniques qui relèvent plutôt de la science fiction. Du coup, le fond de commerce de Jules Verne est perdu ; même si Le tour du Monde en 80 jours n'est pas, dans mon souvenir, le roman le plus débordant d'inventions délirantes ultra détaillées, il n'est pas le non plus la "simple" histoire d'aventure qu'il devient ici. Quant au dessin et à la coloration... euh c'est pas parce qu'on est au XIX°siècle qu'on est forcément obligé de faire une BD en bois ! Plus sérieusement, il me semble que c'est un peu sombre, tristounet et trop marron ; mais cela reste une impression personnelle. Et puis ça me perturbe que le détective Fix soit roux. Je ne suis pas la seule à ne pas être convaincue par la couleur : une de mes collègues prof de français s'est montrée plutôt sceptique en feuilletant le troisième volume, que je m'apprêtais à saisir dans la base du CDI, et a laissé entendre que c'était plutôt moche. Pourtant, il y a dans les dessins d'Aude Soleilhac quelque chose qui rappelle les gravures illustrant les volumes des éditions Hetzel ; une force est à puiser de ce côté-là, mais je ne m'y connais pas assez pour me lancer là-dedans.


  • DAUVILLIER, Loïc ; SOLEILHAC, Aude. Le tour du Monde en 80 jours de Jules Verne (Vol. 1). Delcourt, 2008. Coll. "Ex-libris". 48p. ISBN 978-2-7560-0472-3



  • DAUVILLIER, Loïc ; SOLEILHAC, Aude. Le tour du Monde en 80 jours de Jules Verne (Vol. 2). Delcourt, 2009. Coll. "Ex-libris". 48p. ISBN 978-2-7560-1101-1



  • DAUVILLIER, Loïc ; SOLEILHAC, Aude. Le tour du Monde en 80 jours de Jules Verne (Vol. 3). Delcourt, 2010. Coll. "Ex-libris". 48p. ISBN 978-2-7560-1729-7



mardi 17 janvier 2012

L'hérésie du mois - J'aime pas Mélanie Laurent


Quel que soit le contexte, elle me paraît insupportable. 

Pourquoi ? Très bonne question ! Je n'ai aucun argument à mettre en avant. Evidemment, je ne peux rien dire de la personne en tant que telle, étant donné que je ne la connais pas. Loin de moi l'idée de nier son succès ou son talent, seulement sa tête m'insupporte, même dans une télé. Inutile de dire ce que je pense de sa voix, y compris lorsqu'elle fait un doublage. Je n'y peux absolument rien, c'est plus fort que moi. Il me semble qu'elle va faire l'apologie de la prostitution dès qu'elle ouvre la bouche, et qu'elle porte la perversion sur son visage.  

Comme on dit, les goûts et les couleurs...

Il n'empêche que j'aimerais bien m'expliquer mon aversion pour cette fille. A vrai dire je suis tellement habituée à ne pas me l'encadrer que jusqu'à maintenant, j'ai évité plus ou moins les films dans lesquels elle joue. Je n'ai pas écouté son album et ne compte pas le faire. A ce propos, je ne pense pas louper grand chose. Seulement, il faudrait que je puisse justifier un minimum ce désamour quand on me demande de m'exprimer à ce propos, avant de me voir accuser de délit de sale gueule... à juste titre !


Nous voici arrivés à l'endroit, où, d'habitude
je colle une photo de la personne dont je parle, mais... bof, pas envie ! 


Par conséquent, j'ai décidé de me taper toute sa filmographie. En tous cas, le maximum que je pourrai trouver en streaming ou en bibliothèque, parce que, faut pas pousser, je ne vais pas payer pour voir sa tronche ! C'est le meilleur moyen de voir s'il y a une évolution possible de mon côté !  

Un pont entre deux rives (1999) 

Hop, une belle affiche très réussie puisqu'on n'y voit ni la tête, ni le nom de Mélanie Laurent

Selon la filmographie d'Allociné que vous aurez pu consulter en suivant le lien indiqué plus haut, Un pont entre deux rives est le premier film dans lequel Mélanie Laurent a joué. Ce long métrage a été co-réalisé par Gérard Depardieu et Frédéric Auburtin en 1999.

L'histoire


Mina, Georges et Tommy forment une petite famille tranquille à Yvetot. Comme Georges est à la recherche d'un emploi de maçon, Mina accepte une place de femme de ménage chez une amie à elle. Tommy, quinze ans, et son père vivent mal cette décision qui démolit le schéma familial traditionnel, encore de rigueur au début des années 60. Ils n'ont pas encore compris son ennui et son besoin de liberté, qu'elle comble en allant au cinéma, en lisant et en écoutant la radio.

Alors qu'elle va voir West Cost Story avec Tommy au cinéma du coin, elle rencontre Matthias, un ingénieur à l'âme d'artiste, venu dans cette contrée pour diriger la construction d'un pont (de Tancarville, vraisemblablement). Le courant passe aussitôt.  Mina se laisser aller à mener une double vie, entraînant son fils malgré elle. Mais, l'euphorie des débuts passée, elle va devoir faire un choix et prendre une grande décision.

"Qu'est-ce que vous faites à Yvetot ?"
"Je vais construire un pont"
"XPDTR MEGALOL !!!!"

Le contexte 

Les références à des films sortis en salle durant l'année 1962 sont nombreuses. Elles ne servent pas qu'à planter le décor. Un pont entre deux rives s'ouvre sur les impressions de Mina et de Tommy juste après la projection de Jules et Jim. Mina rencontre Matthias au cinéma, alors que leur but initial était de venir voir West Side Story. Ces choix ne sont sans doute pas le fruit du hasard. Jules et Jim chamboule les représentations des relations amicales et amoureuses. Catherine, la femme convoitée par les deux amis, guide les hommes plus qu'elle ne se guide elle-même ; elle est pour eux un trésor à la fois fragile et insaisissable, devant lequel ils se sentent impuissants. Pour leur malheur, elle est aussi une fille spontanée et capricieuse qui ne sait pas toujours ce qu'elle veut. A bien y réfléchir, Georges, le maçon bien ancré dans la réalité, se montre aussi délicat dans ses réactions et dans ces décisions que le Jules, le poète plein de douceur : il choisit de libérer sa femme sans vraiment chercher à la retenir de force _ bien que l'idée lui ait effleuré l'esprit. Je n'ai pas encore vu West Side Story, donc je ne peux pas mesurer sa portée symbolique en l'occurrence. Etant donnée que cette comédie musicale est souvent qualifiées de Roméo et Juliette américain, il y aurait sans doute beaucoup à dire à ce propos.


"Non mais laissez moiiiiiiiii manger ma banane !"


Un pont entre deux rives ne me paraît pas raconter l'histoire d'une émancipation de la femme, bien qu'on puisse le croire au premier abord : si Mina s'extrait bel et bien du carcan de la société patriarcale, c'est pour retomber sous la coupole d'un autre, qui ne lui laisse pas beaucoup de libertés dans ses choix même s'il sait mettre les formes dans ses injonctions. Matthias le raffiné est peut-être plus à l'écoute de Mina que Georges avait pu l'être jusqu'alors, mais il est aussi dangereusement persuasif.




En joue ... FEU !


Alors, quid de Mélanie Laurent dans ce film ?
Elle demeure au second plan, puisqu'elle tient le rôle de Lisbeth, une jeune écervelée âgée de quinze ans à la touffe digne d'une poule d'ornement, mode des années soixante oblige ! Elle est la fille de la bourgeoise chez qui Mina fait le ménage. Tommy et elle incarnent les enfants encore en marge des réalités de la vie, bien qu'ils se croient déjà arrivés. Ce sont eux qui forment les "ponts entre deux rives" et apprennent petit à petit à se situer par rapport aux adultes, et par rapport à eux-mêmes. Le garçon sorti précipitamment des jupes de sa mère trouve chez Lisbeth des réponses à ses questions et un écho à ses incertitudes. Lui ne comprend pas que sa mère quitte tout ce qu'elle a déjà pour rejoindre un autre homme sans le moindre sentiment de compassion pour son père, elle rêve de fuguer en Angleterre pour échapper aux contraintes familiales. Ici, Mélanie Laurent joue les dépuceleuses de coincés la clope au bec, et ça lui va très bien !


Allez fais tourner !

Un pont entre deux rives 
1999 - 1h35
Gérard Depardieu, Frédéric Auburtin 
A.M.L.F