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jeudi 21 mai 2020

[CULTURE POULE] Elmer - Gerry Alanguilan (2010)


Oh, mais ça manque de poules, ici ! 

Voici Elmer, un roman graphique écrit en 2010 par Gerry Alanguilan, un auteur de BD philippin plutôt connu pour ses travaux d'encreur chez Marvel et DC que pour son oeuvre. Intriguée par ce nom qui ne me disait rien, je suis allée le googler pour voir où il en était : avait-il enfin eu l'opportunité de bosser sur ses propres projets ? Ils devaient bien valoir ceux des autres ! Les premiers résultats affichés m'ont bien coupé la chique : Gerry Alanguilan est mort en décembre dernier, le bougre ! C'est bien triste !

Raison de plus de mettre à l'honneur le petit monde terrifiant d'Elmer, issu tout droit de la tête et du crayon de cet artiste qui aimait par dessus tout "raconter des histoires". Traduite en français et diffusée par les éditions Ca et là, l'album a recueilli un certain succès chez les amateurs du neuvième art qui savent chercher au bon endroit. Mais il me semble qu'il reste assez méconnu, tout comme son auteur. 

Rappel : l'objectivité est en week-end prolongé ! 
Cette BD parle de poules : elle est forcément super.


L'histoire

Imaginez un monde où les poulets et les hommes vivraient en harmonie, où ils seraient tous logés à la même enseigne... Nous sommes en 2003. Jake Gallo est ce qu'on pourrait appeler un loser : la vingtaine (c'est pas si jeune, pour un poulet !), pas de travail, pas de copine, une tendance à piquer des colères noires... Pour échapper à la remise en question, il invoque le racisme ambiant de la société dans laquelle il vit : si son avenir est aussi incertain, c'est à cause de ces hommes qui méprisent les poulets et qui préfèrent garder les bons jobs pour leurs congénères !  


Un jour, un drame secoue sa vie morose : son père, Elmer, fait une attaque. Le retour au bercail est inévitable pour Jake ; dans la maison familiale où ils ont grandi, il retrouve sa mère, Helen, une poule psychologiquement fragile, son frère Freddie, devenue star de ciné, et sa soeur May, qui vient de se fiancer avec un humain... au grand désarroi de Jake.


Cette réunion de famille imprévue va se prolonger plusieurs jours après la mort du père. Jake a hérité du journal d'Elmer et entreprend de le lire. La tâche s'annonce fastidieuse : les premières pages sont très difficiles à lire, et pour cause : son père apprenait tout juste à parler et à écrire lorsqu'il a commencé à consigner régulièrement ses souvenirs. Une discussion avec Ben, le fermier qui a sauvé ses parents à une époque où leur vie était menacée, va le convaincre de s'accrocher dans sa lecture et de reconstituer l'histoire familiale. Le vieil Elmer plonge Jake bien malgré lui dans les années noires pour la race "gallus gallus" : celle où les poulets devaient se battre pour se faire accepter des humains (et pour ne pas finir bouffés).



Poulets en minorité 

N'allons pas chercher une explication à tout. Pourquoi les poulets du monde entier se "réveillent"-ils presque tous au même moment de leur léthargie d'origine, un matin de 1979 ? pourquoi choisissent-ils d'adopter le mode de vie des hommes, leur langue, leurs rites, leur alimentation (pas du tout compatible avec le système digestif d'une poule, soit dit en passant) ? Pourquoi tiennent-ils tant à se faire reconnaître comme "être humains" à part entière, et comment font-ils pour y arriver ? Voilà autant de questions légitimes auxquelles vous n'aurez pas vraiment de réponses. Le mieux est d'accepter les faits tels qu'ils nous sont présentés.

Scènes d'abattoirs, coups de feu, têtes de poules mortes accrochées aux ceintures des humains comme des trophées, mais aussi simples menaces et brimades : le manuscrit d'Elmer dit vraiment tout. Bien plus que ce qu'on a envie de savoir, quand on est un jeune poulet pour qui l'égalité des chances est déjà acquise _plus ou moins, pour qui le "génocide des poulets" est de l'histoire ancienne. Evidemment, on se doute qu'à travers ses petites volailles, Gerry Alanguilan a voulu parler des traumatismes connus par bien des peuples et groupes humains considérés comme minoritaires ou carrément inférieurs, hier et aujourd'hui encore. 



Aussi, lorsque Jake Gallo crie au racisme parce qu'il n'arrive pas à décrocher de boulot malgré ses qualités de rédacteur, le journal de son père lui rappelle que la vie était encore plus dure pour ceux de sa génération. Pourtant, il sait bien que tout ne se passe pas QUE sous sa crête. Le racisme _ici : envers les poulets_ est toujours bien présent, latent ou exprimé à demi-mots. Comme il n'empêche plus de vivre littéralement, on considère que le problème est résolu. Mais ce n'est pas vraiment le cas.



Quelques critiques lues sur Internet qualifient Elmer de BD "sympa" mais sans plus, "pleine de bonnes intentions" mais qui ne va pas au fond des problèmes qu'elle soulève. Effectivement, Alanguilan crée tout un monde en constante transformation, peuplé de personnages qui ont tant à raconter : son choix de nous le faire connaître sous la forme d'un one shot de 150 pages peut nous frustrer. On en connaît qui ont fait des séries fleuves avec moins de matière. Mais c'est son choix.

D'autres lecteurs, plutôt familiers des comics a priori, semblent avoir plus tiqué sur la forme de l'album : il est vrai que le dessinateur a un style bien à lui, un trait particulier, et une tendance à multiplier les coups de crayon lorsqu'il s'agit de représenter les scènes à forte tension émotionnelle, comme par exemple les crises d'Helen, les scènes de carnage... sans doute pour apporter de la noirceur, pour traduire le flou qui entoure toute scène traumatisante, lorsqu'on la vit et qu'on la revit. Personnellement, je ne trouve pas ce choix inapproprié, bien au contraire. J'ai rarement croisé d'artiste qui dessine aussi bien les poules, en conservant les bonnes proportions,en tenant compte de leur diversité : la silhouette d'Helen n'est pas du tout traitée de la même façon que celle de Joseph, le coq de combat.



D'autres encore se plaignent que les nombreux flash-backs et que l'option "tout noir et blanc" posée par l'auteur gênent la compréhension de l'histoire : les personnages-poulets se ressemblent tous, il nous aurait fallu de la couleur pour les différencier ! Alors déjà EUH PARDON mais dire que "tous les poulets se ressemblent", ça c'est RACISTE!!  De plus, si on lit vraiment l'histoire avec attention et qu'on a mis ses lunettes, on ne peut absolument pas confondre Jake avec Elmer.


Tous cela me rappelle les blagues douteuses de Thierry Roland 
Remember la Coupe du Monde 2002 
quand la France s'est fait dégager au premier tour avec zéro point, 
quand Ronaldo a fait le choix judicieux de se coller une chatte sur le crâne
"On s'en fout on a gagné. Nous. " 
             quand Miroslav Klose partait en crise d'épilepsie à chaque fois qu'il marquait un but..


Ahah, une époque inoubliable...
Mais ne nous égarons pas. 


Elmer, ce n'est ni Maus, ni Chicken Run, ni La ferme des animaux, même si cette BD peut faire penser à certains aspects de ces trois œuvres incontournables. Sans doute ont-elles influencé le travail de l'artiste, d'une manière ou d'une autre. Mais on ne peut pas les mettre sur le même plan, parce que les objectifs de tous ces auteurs différaient. Possible que je me trompe, mais je ne pense pas que Gerry Alanguilan ait voulu peindre une époque, ni même dénoncer de façon didactique le racisme et les discriminations, à travers ses gallinacés combatifs. Ce qui l'intéresse, c'est parler de la transmission de la mémoire familiale.  

Attention SPOILERS ! 
arrêtez-vous là si vous voulez lire la BD


Les secrets de la famille Gallo

Il existe un champ de la psychologie _plus ou moins validé scientifiquement_ qui considère que les gens se construisent en fonction d'événements qui ont frappé leur famille. Parfois, ils sont au courant de ce qui s'est passé, parfois non. Dans tous les cas, ça peut impacter leur vie. S'ils le jugent opportun, ils peuvent contacter un psy qui va les aider à remonter leur arbre généalogique et trouver qui a merdé, à quel niveau, quand... c'est ce qu'on appelle la "psychogénéalogie". Je ne suis pas forcément convaincue, mais les personnages d'Elmer semblent surfer sur cette vague-là.

Dans la famille Gallo, la communication, c'est pas vraiment ça. Elmer et Helen ont consciencieusement élevé leurs trois poussins, prenant soin de les entourer de tout l'amour dont ils avaient besoin. Mais ils les ont aussi tenus à l'écart des atrocités vécues avant leur naissance. Elmer tient son journal en secret et le planque de façon à ce que le curieux Jake ne puisse mettre la main dessu. Helen parle peu, semble lunaire, pique des crises de nerfs impressionnantes qui inquiètent beaucoup ses enfants. Leur jeunesse va se passer ainsi, entre messes basses et sourires factices.

Alanguilan laisse penser que tout individu se construit en partie en fonction de ces paramètres, qu'on soit un homme ou un poulet. Les casseroles du passé qu'on se traîne peuvent faire dévier la ligne de vie. Elles sont encore plus lourdes quand on ne sait pas (ou plus) ce qu'elles contiennent. Certains vivent mieux ce poids que d'autres.


May est devenue infirmière dans un hôpital (bizarrement), mais marche sur des oeufs (ahah) pour annoncer à Jake qu'elle va se marier avec Michael, un humain. Elle incarne la stabilité, celle sur qui sa mère pourra s'appuyer pour surmonter le deuil. Freddie soigne sa carrière s'acteur, veut se faire appeler Francis, pense à ses futurs rôles plutôt qu'à sa vraie vie, et n'est pas super disponible pour sa famille : a-t-il du mal avec ses origines ? Une chose est sûre, humains et poulets l'ont élevé au rang de star. Jake a plus de mal à jeter son ancre où que ce soit. Les flots d'une colère sourde qu'il ne maîtrise pas du tout l'emmènent toujours plus loin. Il erre : May le juge "autodesctructeur", Freddie le croit "égaré". Quel sens doit-il donner à sa vie ? Faute de dialogue avec ses parents, il devra attendre de lire le témoignage posthume du vieil Elmer et aller à la pêche aux infos pour reconstituer l'histoire de sa famille depuis 1979. Les langues pointues vont se délier.


L'air de rien, le fait d'obtenir des réponses à certaines questions va lui permettre de franchir une nouvelle étape et de se projeter... en écrivant un livre retraçant le parcours de ses parents.

Humour KFC 

Elmer n'est pas du tout une bande dessinée humoristique, vous l'aurez compris. Pourtant, et ce malgré la gravité du sujet, Gerry Alanguilan parvient à nous faire rire. Je suis prête à parier qu'il s'est marré en dessinant certaines planches. 

Pour l'anecdote, quand j'ai ouvert la bande dessinée, je suis tombée sur cette page : 


et je me suis dit, mais mais mais... c'est un mariage de poules avec des curés humains ? 
On dirait que ce comic est voué à partir en sucette ! 

Bien sûr, en lisant l'histoire, j'ai pu mesurer la dimension symbolique et émouvante de cette scène ; mais hors contexte, on peut juste la trouver marrante... et un peu étrange, aussi. 

Pour rendre son histoire plus légère, l'artiste joue sur plusieurs plans. D'abord, il exploite à fond la charge comique que porte la poule / le poulet, dans notre imaginaire collectif. Pour beaucoup de monde, un poulet est marrant malgré lui à cause de son allure décidée, il est aussi un peu fou, relativement imprévisible, pas du tout fiable, toujours insignifiant. Il semblerait que le personnage d'Helen ait été habilement construit sur ce cliché : c'est une pure "mère poule" qui chouchoute ses poussins, qui glousse pour rien, qui se comporte "comme une folle". Jake, le personnage principal, le narrateur, notre gouvernail dans cette drôle de lecture... n'est jamais vraiment crédible et nous fait au minimum sourire, même lorsqu'il est en colère ou blessé. 




Ensuite, Alanguilan nous laisse l'opportunité de nous détacher du contexte pour rigoler franchement. Par exemple, lorsque Helen craque, à la mort d'Elmer, et se débat au risque de se "jeter contre un mur", on fait appel à Michael pour la calmer. Le type n'a plus qu'à choper la daronne et la coincer sous son bras, comme le fait tout bon paysan qui souhaite soupeser une poule avant de la vendre. Evidemment, ça ne fait rire personne. Sauf si on prend un peu de recul et qu'on se rappelle qu'il s'agit d'une fiction : en temps normal, une poule qui se jette contre un mur, on peut trouver ça hilarant. Moi ça ne me fera pas rire évidemment, mais d'autres, si. 

De même, les scènes dans lesquelles les carcasses humaines viennent heurter celles, plus fragiles par nature des "gallus gallus" garantissent à la fois une gênance extrême et les gloussements du lecteur.   


Quand l'acteur met un pain à la star sans faire exprès... c'est le drame

Enfin, l'auteur utilise beaucoup de clins d'oeil à ces temps obscurs où personne n'avait aucune tenue : les coqs chantaient sans vergogne au petit matin, les hommes tuaient les poulets pour les rôtir... Bref, la Préhistoire ! 

Le chant du coq, un signe de régression
Merci de préciser.

Sans surprise, Elmer est mon coup de coeur du moment. J'ai l'impression d'avoir photographié tout l'album...

Explicit content

Avertissement, cependant. Les premières planches de Elmer ont vite fait de tuer dans l'oeuf (ahah) les questions que tout documentaliste en collège ou lycée se pose lorsqu'il lit une BD : "est-ce que ça passerait au CDI, et si oui, est-ce que ça marcherait ?". Eh bien, pas au collège. Au lycée, c'est jouable.. Il faut savoir que l'histoire débute sur une situation de branlette caractérisée _bon, suggérée plus que dessinée hein_ d'un coq en train de regarder une vidéo porno. Ambiance. Plus loin, pas mal d'images dures vont se succéder : gouttes de sang, têtes de poules tranchées, scènes de poulets crevant les yeux des humains à coup de bec et de griffes... Beaucoup d'adultes trouveront tout cela moyennement gore, d'autres en riront _ après tout, ce ne sont que des dessins de poulets qu'on égorge !, les amis des animaux n'apprécieront guère. 


Non, c'est vraiment pas la peine de confronter les âmes sensibles à ce comic un peu particulier, sous prétexte qu'ils voient dix fois pire sur les réseaux sociaux.  

Publicité gratuite : abonnez-vous (si vous voulez, hein !) aux podcasts culturels des Mystérieux étonnants. Produits et animés par une bande de joyeux Québécois passionnés de BD, de films, de séries... et enclins à partager leurs centres d'intérêt, ils sortent régulièrement depuis plus de 10 ans.  Actuellement, je suis en train de me taper la saison 2009 - 2010 de leurs enregistrements et c'est dans l'une de ces émissions qu'un chroniqueur a présenté Elmer, suscitant forcément mon intérêt. C'était alors une "nouveauté"...

Les Mystérieux étonnants podcast en ligne, emission radio, gratuite

Gerry ALANGUILAN. Elmer. Ça et là, 2010. 142 p. ISBN 978-2-916207-48-3


dimanche 16 avril 2017

MANGA - Sunny Vol.1 - Taiyou Matsumoto (2014)



Après avoir parlé de Negima !, Drôles de racailles et Hero Mask tout récemment, nous nous intéressons aujourd'hui à un manga beaucoup moins explosif mais tout aussi étonnant. Voire plus puissant : allez, ça ne fera de tort à personne que de le reconnaître. Il s'agit du volume 1 de la série Sunny, créée par Taiyou Matsumoto, un artiste bien connu des amateurs de BD japonaises. Sorti au Japon en 2011, le manga est arrivé en France en 2014. 




L'histoire 

Sunny raconte le quotidien d'un foyer d'accueil pour enfants abandonnés ou retirés à leurs familles pour des causes plus ou moins obscures. Les éducateurs Adachi et Mitsuko font de leur mieux pour élever les pensionnaires et leur apporter sécurité et affection, mais leur tâche n'est pas de tout repos ! Ils doivent composer avec une poignée de filles et de garçons de tous âges dont certains donnent du fil à retordre : Kenji asphyxie tout le monde avec ses cigarettes, tandis que Haruo se donne des airs de petite frappe en cherchant la bagarre et en faisant pleurer les filles. Junsuke est un adepte des jeux bruyants et a tendance à chouraver "tout ce qui brille". Autour de ces trois terreurs gravitent une bande de fillettes bavardes et rieuses, dont Megumu et Kiiko, un chien efflanqué que les enfants promènent à tour de rôle, un homme handicapé mental mais parfait dans son rôle de nounou : Tarô. Le directeur de la structure, joliment nommée Foyer Hoshino Ko, "Les enfants des étoiles", pose un regard bienveillant sur la tribu depuis la chaise longue qu'il ne peut plus quitter. 

Pas facile de s'isoler lorsqu'on vit les uns sur les autres. Heureusement, la Sunny jaune est là, garée à côté du foyer, indéboulonnable. "La Sunny", c'est une vieille voiture en panne que les enfants se sont réappropriés pour jouer, rêver, échanger leurs secrets et leurs revues douteuses. Tout le monde a le droit de la squatter, sauf les adultes. 

Un jour, un nouveau garçon arrive au foyer. Il s'appelle Sei, il porte de grosses lunettes d'intello et n'a pas vraiment l'intention de s'intégrer, convaincu qu'il ne va faire qu'un passage éclair aux "Enfants des étoiles". 




La voiture de tes rêves 

Frappée par le jaune rutilant de la carrosserie, l'attention de Sei est tout de suite happée par la Sunny. Junsuke, le petit rouquin cleptomane, lui annonce la couleur : ok, cette voiture ne roule pas, mais lorsqu'on est dedans, on fait ce qu'on veut et on devient qui on veut. Matsumoto nous fait notamment partager les jeux et rêveries de Haruo et de Sei : elles en disent long sur leurs ambitions et leur état d'esprit. Le premier, qui n'est autre que le rebelle aux cheveux blonds dont le visage est représenté sur la couverture du volume, s'imagine en traître agonisant, tout juste bon à nourrir "un coyote". Belle estime de soi ! D'ailleurs, il me fait beaucoup penser au grand blond retardataire et en manque d'affection dans Elephant _ ça faisait longtemps que je n'avais pas eu l'occasion de glisser un clin d'oeil à ce film.


Elephant, Gus Van Sant (2003)

Sei, lui, s'imagine au volant de la Sunny en marche, rentrant à la maison et retrouvant ceux à qui il était attaché : ses parents, son école, son quartier. Il semblerait que le bonheur ultime, ce soit de quitter le foyer. D'autres utilisent la vieille épave pour ruminer leur peine et leur rancœur, comme le font Kenji et sa sœur Asako lorsque le jeune homme revient d'une visite peu concluante chez leur père alcoolique. Dans tous les cas, ce quartier général des enfants hébergés est une passerelle vers un avenir meilleur, où tous seront libérés de tout ce qui les parasite : l'école, les enfants "des maisons", c'est à dire ceux qui ont la chance de vivre auprès des leurs, leurs problèmes familiaux. En gros, tout ce qui leur renvoie en pleine gueule la dure réalité. 


En quête de repères 

A deux reprises, on perçoit une hostilité réciproque entre les "enfants du foyer", pas toujours copains à la maison mais soudés à l'extérieur, et les "enfants des maisons". Haruo sèche les cours en partie parce qu'il considère que leur contact lui est néfaste, et méprise ses voisins de chambre lorsqu'il les prend en train de sympathiser avec des gosses de l'extérieur. De leur côté, les écoliers et les copains de Kenji se moquent plus ou moins ouvertement des jeunes habitants du foyer : ce sont au mieux des cas sociaux qui puent, au pire des détraqués. Effectivement, les petits squatteurs de la Sunny sont tous un peu perturbés et expriment leur souffrances et leurs traumatismes comme ils le peuvent. Le mangaka, qui ne cache pas la dimension autobiographique de son oeuvre, peint avec beaucoup de réalisme la complexité de ces enfants perdus : Junsuke nie son côté chapardeur et se promène la goutte au nez du matin au soir dans l'indifférence générale, Haruo sniffe de la Nivea parce que ça lui rappelle sa mère, Kiiko se rêve déjà une vie sexuelle et fait croire qu'elle est dans le viseur d'un pervers pour attirer l'attention de ses camarades de classe. Megumu a tendance à déprimer et la vue d'un chat mort va même la plonger dans le désespoir le plus total : si elle mourrait, qui la pleurerait ? Les deux pauvres éducateurs, secondés par l'aînée des pensionnaires, sont parfois largués en dépit de leur bonne volonté. 

On est bien loin de l'orphelinat à la Dickens et tant mieux, tiens : ici, le jeune Adachi se fait tutoyer et remballer sans ménagement lorsqu'il essaye d'exercer son autorité sur des jeunes gens sans repères. Les codes, les repères, l'amour d'une famille, voilà ce qui manque aux Enfants des étoiles pour s'intégrer et ne plus être montrés du doigt par leurs pairs. Abandonnés au milieu de l'échiquier de la vie, ils ont tout pour jouer _ils sont nourris, logés, suivis de près, mais leurs vies chaotiques font qu'ils ne connaissent plus les règles du jeu...


Image trouvée sur le Tumblr d'un fan de Taiyou Matsumoto
http://taiyomatsumoto.tumblr.com/


Sunny me réconcilie avec le manga, que j'aborde toujours avec méfiance et auquel j'ai un peu de mal à accrocher, allez savoir pourquoi ! Une fois n'est pas coutume, ce premier volume est un vrai coup de coeur et me touche assez pour que j'aie envie de continuer à lire des aventures de ces enfants, tous aussi tordus et attachants les uns que les autres. Après avoir fait un tour sur ce qui se disait au sujet de cette BD sur la blogosphère, il m'a semblé qu'on critiquait souvent le côté "vieillot" ou "simple" du dessin. Pour le coup, je ne suivrai pas le mouvement ; déjà, sans savoir exactement quand se situe l'action, je dirais qu'elle se déroule au plus tard dans les années 70 - 80, vu les modèles de voitures, les téléphones, les vêtements des personnages. Les illustrations de la couverture et des premières pages arborent des couleurs chaudes, dans des teintes jaunes qui font honneur à la Sunny ; enfants et adultes du foyer sont peints sans prise en compte des codes du manga, certes, mais cela permet de mettre en valeur leurs imperfections pour un plus grand réalisme. Les autres personnages ont des visages plus communs, lisses, durs à différencier, dénués de chevelures "floues" ou blanchies ; pas étonnant, ce sont les "normaux" !

Poignant mais pas larmoyant, cette BD est à mettre dans tous les collèges et lycées !
  
On est comme on est ! 


MATSUMOTO, Taiyou. Sunny Vol. 1. Kana, 2014. Coll. "Big Kana". 220 p. ISBN 978-2-5050-6107-6


samedi 15 avril 2017

Les Cités des Anciens 5 - Les gardiens des souvenirs - Robin Hobb (2012)


Surprise par l'épaisseur réduite du tome 5 des Cités des Anciens - Les gardiens des souvenirs _ 250 pages seulement ! je me suis laissée aller à un craquage livresque en m'équipant sans plus attendre des tomes 6, 7 et 8. Eh oui, quand l'édition française fait du petit bois avec de longs cycles romanesques pour les rentabiliser en vendant plus de volumes, ça donne l'impression d'avoir affaire à une série interminable ! Il y a quelques années, j'aurais pesté contre ce système _d'ailleurs j'ai du le faire dans un billet consacré à L'Assassin Royal, maintenant je suis assez blasée pour dire que chacun voit midi à sa porte. 


Illustration : Sébastien Hayez


Où est-ce qu'on en était ? 

A l'heure où les dragons et leurs gardiens posent leurs pieds aux abords de la mythique cité de Kelsingra, les peuples des Rivages Maudits se menacent et s'entre-tuent pour la survie du Duc de Chalcède. Ces braves gens n'ont pas bénéficié de l'héritage culturel de leurs ancêtres et, par conséquent, ils ne mesurent pas l'importance des monstres à écailles et des Anciens qui leur sont dévoués. A mi chemin entre l'humain et le dragon, ces formes d'êtres hybrides étaient vénérées jusqu'à leur disparition survenue des siècles plutôt, mais leur réapparition progressive ne leur donne plus droit qu'à un statut de bêtes de foire. Les dragons ne sont pas mieux lotis, puisque à présent les hommes osent les attaquer pour en récupérer les écailles et le foie... Il semblerait qu'un duc malade soit devenu plus important que les nouvelles générations de reptiles sacrée ! Pas de doute, les temps ont changé, et le respect des traditions a du se noyer quelque part dans le Fleuve du Désert des Pluies.




Faute de pouvoir s'y rendre _il faudrait pour ce faire que leurs dragons puissent voler, les gardiens s'installent aux alentours de la Cité ; enfin mis en sécurité, ils peuvent tenter de se projeter dans l'avenir.

Alise reprend ses recherches, même si elle n'a plus vraiment de quoi écrire, tandis que le capitaine Leftrin et le Mataf font machine arrière en direction de Cassaric pour se réapprovisionner en nourriture, vêtements, encre et autres produits de première nécessité. La femme cocue de Hest Finbok refuse de l'accompagner dans son voyage, car elle sait bien que le passage du marin aguerri dans la société des Marchands, même bref, va susciter l'attention des curieux. A son retour, il sera sans doute suivi de vaisseaux pilotés par des requins prêts à tout pour piller la cité sacrée afin de s'en mettre plein les poches. Leftrin prend douloureusement conscience que sa nouvelle compagne a fait passer son travail d'investigation avant leur idylle, mais il respecte son choix.

Sédric et Carson se sont installés dans une maisonnette abandonnée ; ils se réjouissent d'avoir leur propre espace, mais tous deux savent que le Terrilvillien se languit du confort dans lequel il a vécu jusqu'alors. De plus, leurs avis sur l'éducation de leurs dragons respectifs son divergents, même si tous deux tentent de leur faire gagner confiance et autonomie.

Thymara galère toujours autant avec Sintara. La dragonne caractérielle aimerait voler de ses propres ailes, vexée de voir sa gardienne enfourcher la Gringalette de Kanaï pour aller se promener dans la Cité. Or, pour apprendre à voler, il faut s'entraîner et prendre le risque de chuter ! Sintara est beaucoup trop fière et, par crainte du ridicule, elle préfère clamer qu'elle se fout totalement de ne pouvoir passer par dessus le ravin qui sépare le campement de la Cité des Anciens.






Changement de décor 

Ce cinquième opus des Cités des Anciens, on quitte le "huis clos" formé par les gardiens, les dragons et l'équipage du Mataf, pour renouer avec des personnages que nous avions perdu de vue depuis le tome 2, voire le 1. A mon avis, Robin Hobb a été bien inspirée de changer le décor au moment où on commençait à tourner en rond et à devenir aussi chèvres que les aventuriers du Fleuve !

D'autant plus que, faute d'action, le lecteur aura son compte de révélations : Hest Finbok se voit menacé dans sa demeure par un sinistre Chalcédien qui le croit de mèche avec Jess, le chasseur mal intentionné qui a fini bouffé par la petite dragonne Relpda. Le gars lui met sa race pour notre plus grand plaisir ; mais ce con de Hest a sûrement plus d'un tour de cochon dans son sac...

On avait quitté Malta Vestrit, (l'Ancienne à la crête érogène ^^) inquiète de n'avoir pas de nouvelles de son frère Selden. Effectivement, le sauveur et chanteur de la majestueuse Tintaglia, cette dragonne d'envergure qui nous avait fait rêver à la fin des Aventuriers de la Mer, est en bien mauvaise posture. Le jeune homme a vu son aspect physique considérablement modifié par sa transformation en Ancien, à tel point que des Chalcédiens l'ont enfermé après l'avoir assimilé à un dragon : s'il a des écailles, c'est qu'il est vendable ! Qui pourra le tirer de sa prison avant que le pire n'arrive ? Tintaglia ? Sûrement pas, elle est bien trop occupée à s'accoupler avec le dragon Glasfeu !  

"Il ne faut pas déranger un dragon qui lit"
Ni des dragons qui se reproduisent !


Vivre dans le passé 

Le titre "Les gardiens des souvenirs" fait sans nul doute référence à l'attitude du jeune gardien Kanaï, que les lecteurs les plus naïfs ont (presque) cru perdu à tout jamais après la crue du Fleuve. Le garçon en cours de transformation _grâce à la force de son lien avec sa dragonne Gringalette_ se prend déjà pour un Ancien et considère qu'il peut s'appuyer sans crainte sur les pierres de mémoire présentes dans la cité de Kelsingra. Eh oui, on retrouve ici une figure récurrente et passionnante de l'univers de Robin Hobb : la pierre de mémoire. Dans l'Assassin Royal, Fitz le héros avait fait les frais de leurs grands pouvoirs : en effet, elles ont pour particularité de garder les souvenirs de tous ceux qui sont passés à proximité d'elles, avec tellement de précision que celui qui les touche a l'impression de changer de peau et de vivre la vie d'un homme ou d'une femme du passé. Ce serait fun si ce n'était pas dangereux ! car celui qui "se noie dans les souvenirs" en restant trop longtemps au contact de la pierre n'aura plus aucun moyen de réintégrer sa propre vie.

Kanaï abuse de l'usage de la pierre, malgré les avertissements de Leftrin ; s'y appuyer est même devenu son passe temps préféré depuis son arrivée à Kelsingra, et il n'a de cesse d'entraîner Thymara dans sa nouvelle addiction. D'une part, il considère qu'il n'est plus un homme mais un Ancien, et qu'il est donc trop puissant pour être anéanti par des souvenirs ; d'autre part, pourquoi devrait-il s'accrocher à sa vie, qui n'a été que misère pendant des années ? L'ambivalence de Kanaï nous éclabousse la gueule, une fois de plus. Derrière son insouciance de façade, l'Ancien aux écailles rouges semble assez désespéré pour vivre par procuration, pour échanger sa propre existence contre celles d'autres jeunes gens, tellement plus trépidantes ! On le plaindrait presque, s'il ne rassurait pas ses lecteurs avec quelques courbettes humoristiques ou à l'aide de remarques tellement hors sujet que c'en est drôle !




En conclusion, je ne sais pas trop quoi penser du tome 5 des Cités des Anciens, si ce n'est qu'il me tarde de lire la suite : les voyages dans les souvenirs se sont toujours révélés passionnants dans le monde de Fitz et de tous les autres. On oublierait presque que l'histoire n'a pas avancé d'un poil : ce sera sans doute pour le tome 6 ! Un livre qui plaira aux vrais fans, plus que jamais.


HOBB, Robin. Les Cités Des Anciens 5 - Les gardiens des souvenirs. J'ai Lu, 2011. 256 p. ISBN 978-2-290-07036-9



BONUS TRACK
La question à 1 euro : épouillage ou épilation ??








dimanche 1 janvier 2017

Bonne année 2017

Version censurée

Version non censurée

lundi 11 avril 2016

mercredi 25 novembre 2015

Poulets morpions...


vendredi 13 novembre 2015

Journée de la gentillesse...


Vos merdes font-elles d'aussi jolies fleurs ?? 


La fierté tue dans l'oeuf ce qu'on pourrait vivre. 
Autant s'en débarrasser : à présent tout va trop vite, tout peut arriver n'importe quand.
On n'a plus de temps de tourner autour du pot !


samedi 7 novembre 2015

Pyralie, Corentin et Moignon

Mon petit Moignon est resté dans son coin pendant trop longtemps ! Le revoilà en compagnie de son meilleur pote Corentin et de la grande soeur de ce dernier : Pyralie alias la folle (on verra pourquoi plus tard. Enfin j'espère !)!  


lundi 20 juillet 2015

Lorien Legacies : Tome 1 : "Numero Quatre" ; Jobie Hughes et James Frey, alias Pittacus Lore (2010)


Ne cherchez pas de logique, il n'y en a pas. Après avoir fait la critique du tome 5 de la série Lorien Legacies dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio sans avoir lu les précédents, je me suis juste dit qu'un retour à la case départ et aux fondements de l'intrigue s'imposait pour vous comme pour moi. En conséquence, je me suis lancée pour de bon dans la lecture du tome 1 : Numéro Quatre



Pour tous les lycéens de la petite ville de Paradise, John est un gars comme un autre ; un peu distant, un peu bizarre peut-être, mais sans plus. Après tout, il vient juste de débarquer dans les fins fonds de l'Ohio, il y a de quoi faire un peu la gueule, non ? D'autant plus qu'il arrive de.. d'où, d'ailleurs ? On ne le sait pas vraiment. Mystère... 

(Pardon...)
Apparemment, le lascar vit seul avec son père en retrait de la société, mais il a déjà trouvé le moyen de se faire un pote et de séduire la fille qui est sortie avec l'un des mecs les plus populaires du lycée... Pour un nouveau, on peut dire qu'il ne s'intègre pas trop mal ! Enfin, peu importe du moment que l'équipe de foot qui représente l'école gagne son match ! 

Or, la vérité est ailleurs...

John n'est pas un humain mais un Loric, c'est à dire qu'il est né sur la planète Lorien avant qu'elle se soit ravagée par les Mogadoriens, un peuple hostile au sien. A l'issue de combats sanglants, neuf jeunes Lorics et leur tuteurs ont été mis en sécurité sur la Terre et dispatchés aux quatre coins du monde pour que leurs ennemis ne puissent pas retrouver leur trace. Ils grandiront à l'abri des menaces et plus tard, si tout se passe bien, ils seront les acteurs de la revanche loric.

Qui aurait pu prévoir que l'acharnement des Mogadoriens serait sans limites ? Dix ans plus tard, ces derniers quadrillent toujours la Terre dans la plus grande discrétion pour exterminer les survivants ; un obstacle majeur les empêche d'arriver à leurs fins : les Neuf sont liés par un sortilège et ne peuvent être tués qu'en fonction du numéro qui leur a été attribué au départ. D'abord le numéro 1, puis le 2, puis le 3 et ainsi de suite.

John est le numéro quatre. Ses trois premiers congénères ont été tués et il sait qu'il est le prochain sur la liste. C'est pourquoi son tuteur et lui passent leur vie à déménager dans des trous paumés, à changer d'identité et à tenter de se fondre dans la société sans tisser de liens trop solides avec les humains. Leur mot d'ordre : surtout, ne pas faire de vagues, ça pourrait attirer des ennuis !

Mais l'arrivée du binôme à Paradise va modifier la donne pour plusieurs raisons. D'abord, John en a marre de changer de nom, de copains et de maison tous les trois jours ; il aimerait bien se poser. Ensuite, il fait très rapidement l'expérience de sentiments qui lui étaient jusque-là passés au-dessus : l'amitié, l'amour, la colère. Enfin, les "dons" caractéristiques des Lorics commencent à se manifester chez lui et à se développer à une telle vitesse qu'il a bien du mal à les cacher et à les maîtriser. Imaginez qu'une lampe-torche vous pousse dans la main et aveugle tout le monde dès que vous vous énervez un peu.. Pas facile à gérer, non ? Pourtant, John n'est pas une tête brûlée ; il sait qu'il porte l'héritage d'une planète déchue et qu'il est en danger de mort lui-même. Plus tard, s'il survit, s'il s'entraîne afin d'exploiter au maximum son potentiel, il sait qu'il sera en mesure de s'allier à ses cinq homologues pour venger ses ancêtres.


Un extraterrestre en ébullition

Le Lumen est le premier d'une longue série de dons plus ou moins lourds à porter pour Numéro Quatre, qui est quand même, à mon avis une figure de l'adolescent dans toute sa splendeur. Son tuteur est à l'affût de l'expression de ces petits cadeaux de la nature de la même manière qu'un jeune nabot pré-pubère scrute quotidiennement dans le miroir l'éclosion laborieuse de ses poils. Et quand enfin ses facultés d'éclairage apparaissent, il ne sait absolument pas quoi en faire. Puis c'est l'avalanche : télékinésie, résistance au feu, accroissement de la rapidité... John ne sait plus où donner de la tête d'autant que son père spirituel se transforme alors en coach sportif de plus en plus exigeant et surexcité. Mais comme c'est un garçon sage et responsable, il arrive bien vite à se canaliser et à composer avec ses nouveaux attributs.




Il faut dire qu'il écoute plutôt bien les conseils de Henri, ce maître à penser tout calme qu'il a appris à suivre les yeux fermés ; seulement, le Loric aux mains de lumière ne peut s'empêcher de braver quelques interdits pour aller se fourrer dans des situations dangereuses avec la belle Sarah et Sam, son bon pote amateur d'extraterrestres et cliché ambulant du geek à lunettes asocial. John sait qu'il ne doit pas s'attacher aux humains, que la Terre n'est qu'une cachette temporaire pour lui, qu'une femme loric, c'est bien autre chose qu'une femme humaine, mais voilà ! l'amour et l'amitié sont les plus forts ! C'est décidé, il ne luttera pas plus longtemps contre les assauts de son coeur, parce que merde !! voilà !!
 
Puisque vous n'arrêtez pas de le faire chier, John va partir faire un jogging tranquillou à 320km/h dans les bois avec son chien super intelligent qui l'a élu comme maître à son arrivée dans l'Ohio !


Etrange, n'est-ce pas ?? Ne sentez-vous pas un potentiel magique chez ce clebs ??  
C'est louche tout ça !
La suite nous dira que papa avait raison, puisque ce sont ses nouveaux amis qui vont, bien malgré eux, le sortir de l'anonymat et précipiter les événements : John va se faire repérer des Mogadoriens en faisant la une des médias locaux pour avoir sauvé Sarah des flammes lors de l'embrasement de la maison familiale de Mark James. Le footballeur avait profité de l'absence de ses parents pour organiser une fête à la mesure de sa popularité. Précisons que l'incendie a été en partie causé par Sam qui, tout occupé qu'il était à lécher les seins la pomme de sa copine Emily dans la cave, a fait tomber une bougie...

Un départ mou du genou mais un final turbo 

Si, dans une première partie du roman, on est plus tenté de se laisser porter par le quotidien de John que de s'y plonger franchement, les soixante dernières pages nous captivent car elles marquent le début d'une action sans relâche. Alors on ne remerciera jamais assez Sam d'avoir foutu le feu chez Mark James, même si c'était involontaire !

Et ça fait du bien. Car lorsque j'ai commencé à lire la rencontre entre John et Sarah, je me suis exclamée : "Oh putain ! Ca va être Twilight version extraterrestre ce bordel !" Par chance, j'étais seule dans la laverie.

J'ai pas de vidéo du moment où ils courent comme des cons au milieu des fleurs en se tenant la main.
Dommage

Je ne sais pas si c'est parce que je venais de voir la dame qui me fait peur, ou juste parce que j'étais mal lunée, mais les premiers chapitres m'ont semblé rebutants à souhait..

Déjà, le héros m'a énervée direct : trop gentil, propret, manquant visiblement de personnalité, racontant le passé de Lorien avec une certaine froideur _ce qui peut s'expliquer vu que ses souvenir remontent à une dizaine d'années... On voit arriver gros comme une maison qu'il va bien s'entendre avec Sam et Sarah lui tombe toute cuite dans le bec, sans qu'il ait besoin de la draguer très longtemps.

Les méchants Mogadoriens sont tellement méchants qu'ils ont le sang noir et que quand ils meurent, ça fait un tas de cendres ; d'ailleurs, le grabuge de la fin me donne envie de récupérer toute cette poussière brûlée pour mes poules. Comme chacun sait, y a pas mieux pour l'épouillage.


Séance d'épouillage entre copines


Quant à Mark, stéréotype du sportif écervelé qui voit rouge dès qu'un type s'approche trop près de celle qu'il aime _ mais qui l'a largué !, on regrette que son personnage n'ait pas été plus creusé même si la fin de ce premier volet de Lorien Legacies laisse entrevoir un semblant d'ouverture dans sa cervelle obtuse. A suivre...

Devinez quoi : les gentils sont très gentils et ils se font des câlins dès qu'ils en ont l'occasion. J'exagère à peine. Sam est attendrissant dans son rôle de crevette à binocles bizutée et passionnée de vie extraterrestre depuis que son père a été enlevé par les petits hommes verts _c'est du moins ce dont il est convaincu ! Va-t-il seulement parvenir à se libérer de sa mère castratrice ? La palme de la niaiserie revient à la relation qui unit Sarah et John, car elle est agaçante au possible. Je m'aime, tu m'aimes, nous nous aimons alors nous nous léchons la gueule dès que nous le pouvons et nous soupirons dès que nous ne le pouvons plus ! Bordel ! Était-ce vraiment nécessaire de faire de leur idylle une histoire aussi mielleuse dès le début, dégoulinante de partout et sans aucune pudeur ?? Tout ça parce qu'elle lui a appris à faire une crêpe à peu près correctement en cours d'"économie domestique" _ouais, ouais, ils ont des cours de cuisine ! et parce qu'il a bien voulu l'aider à nouer son tablier à la même occasion. Enfin, comme vous le savez depuis le temps, je ne suis pas fan des histoires d'amour dans les romans quand je sais que l'action, la vraie, ne demande qu'à éclabousser tout le monde quelques pages plus loin.

LA VIE !! J'ai seulement tapé "couple niais" sur Google et je suis tombée sur eux !! 

Eh oui, bien que je n'arrête pas de baver dessus depuis tout à l'heure, je le dis : Numéro Quatre a des arguments pour plaire et ne vole pas son succès. 

  • Le potentiel camouflage. Pour vivre heureux, vivons cachés ! Henri et John ont développé un art de la dissimulation et du changement d'identité que les auteurs nous présentent à demi-mot et qui en surprendra plus d'un. Les situations à risque sont d'autant plus difficiles à gérer, et les secrets d'autant plus lourds à garder qu'ils sont deux à en avoir la responsabilité. Histoire de nous rappeler qu'un bon mytho monté en binôme ne tient que si la confiance et la complicité sont au rendez-vous. Du coup, du haut de ses quinze ans (ou à peu près), John a déjà acquis le réflexe de ne rien laisser traîner derrière lui.   
  • La diversité des dons. La transmission de pensée, on connaît. La télékinésie, on a déjà vu. La communication avec les animaux : aussi, mais ça marche toujours. Le mythe de l'homme invisible : rebattu, mais tellement efficace ! Par contre, les lumières dans les mains, il fallait y penser !  
  • Un monde à part. Les auteurs ont le mérite d'avoir crée l'univers d'un peuple détruit, d'une planète ravagée. Bon, apparemment la planète Lorien ressemblait un peu au monde des Bisounours avant que les Mogadoriens posent leurs grosses bottes de méchants dessus, avec plein de prairies, de rivières, peuplée de gens qui s'aimaient et vivaient "en harmonie", mais j'ai toujours beaucoup d'admiration pour ces gens capables de créer une civilisation parallèle de A à Z.  
  • Des animaux qui parlent. Le traitement de la communication avec les animaux dans les romans est immanquablement une question intéressante à aborder dans un livre. On retiendra ici qu'elle est tout d'abord inconsciente chez John ; le Loric est capable de recevoir des pensées des bêtes qui l'entourent, et d'en transmettre lui aussi. Or il ne s'en rend compte qu'à la toute fin de l'histoire, lorsque Six lui apprend que Bernie Kosar n'est pas un animal "comme les autres". Il réalise alors qu'il échange avec lui depuis leur première rencontre, quelle que soit sa forme (lézard, chien...) et que cette possibilité de dialoguer avec le monde animal ne s'arrête pas à lui. Au contraire, ce nouveau don s'est progressivement développé sans qu'il y prête la moindre attention. Cette prise de conscience tardive, suivie d'un sentiment d'évidence du type "mais comment j'ai fait pour pas le voir plus tôt ?" est réussie. On est aux antipodes de L'Assassin Royal de Robin Hobb et des violents chocs de pensée entre Fitz et les animaux qu'il croise sur son chemin, ou de la fusion presque destructrice qu'il peut connaître avec son loup, Oeil de Nuit. 

Enfin, pour ceux qui auraient commencé à lire Numéro Quatre et qui auraient l'impression de n'en plus voir la fin tellement John et Sarah sont chiants à mourir, je vous encourage franchement à aller jusqu'au bout. A partir de l'incendie de la maison des James, à l'issue duquel John l'extraterrestre finit sur Youtube comme un con et se fait repérer par l'ennemi, tout s'accélère. Pour reprendre les propos de Six, le temps de la fuite se termine, il faut maintenant s'attacher à affronter les Mogadoriens en face à face. A peine a-t-on compris l'enjeu du combat imminent que le ciel se couvre, le lycée devient un champ de bataille improvisé, les méchants sortent de partout en faisant grincer leurs dents pointues et leurs poignards ensorcelés, et des bêtes aussi énormes qu'affreuses tombent sur la gueule de l'homme aux mains-lampes de poche !! Alors, alors seulement, vous pourrez être sûr que vous en avez pour votre prix !

BASTON !!!!!!!!!!!!!

A part ça, toute l'histoire est écrite au présent _dans la traduction française en tous cas, et ça m'énerve prodigieusement, parce que je trouve que certains passages sonnent faux à cause de ce choix de temps. Il me semble que ça nuit à la qualité de l'écriture, mais c'est peut-être une impression très personnelle.

Y a plus qu'à regarder le film et lire la suite !

PITTACUS LORE. Lorien Legacies, Tome 1 : Numéro Quatre. J'ai Lu, 2010. Coll. "Baam!". 446 p. ISBN 978-2-290-02357-0

Si vous voyez des fautes, signalez-les en commentaire, j'ai la flemme de me relire. Merci !