Affichage des articles dont le libellé est bière. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est bière. Afficher tous les articles

dimanche 16 mars 2025

[LITTERATURE JEUNESSE] Le petit peintre de Florence - Pilar Molina Llorente (1989) / Victoria rêve - Timothée de Fombelle (2012)

Pourquoi elle ?

Pourquoi elle, qui ne fume pas, qui ne boit pas, qui n'a aucune conduite à risque, qui n'a jamais emmerdé personne ? 

Est-ce qu'elle a toujours eu cette saloperie en elle ? Est-ce que ça vient du stress au travail, des produits qu'elle inhale dans l'entreprise de nettoyage où elle bosse...? Après tout, deux autres de ses collègues ont aussi un cancer ? 

Est-ce qu'il y a eu des signes qu'on n'a pas su voir plus tôt ? On s'est tellement concentrés sur les petits qu'on l'a oubliée, elle, une fois de plus. On n'a jamais trop prêté attention à ma sœur, dans la famille : elle n'a jamais été que "la deuxième"... Il a fallu qu'elle soit gravement malade pour qu'on se soucie de son sort. 

Est-ce que je suis trop stressante ? Je m'impose aux rendez-vous d'oncologie, parce que je sais que personne ne l'accompagnera, sinon ; à chaque fois, on nous annonce une nouvelle complication. Ca me paraît mieux qu'elle ne soit pas seule dans ces moments-là, mais est-ce que ma présence ne l'oppresse pas, est-ce qu'elle ne le vit pas comme une entrave à sa liberté ? Elle ne dit rien de tel quand je le lui demande, mais je sais que ma façon de pester contre les médecins, contre les délais de résultats de biopsies, d'IRM, contre toute cette cortisone pour rien !! l'agace : souvent, elle me coupe sèchement en me disant qu'elle n'est pas la seule dans ce cas, il faut que je fasse confiance au corps médical, et à elle aussi. Je ne sais plus si son énervement est réellement le sien, ou si c'est un effet secondaire du traitement.. ?

Pourquoi est-ce qu'elle vit sa meilleure vie, elle, cette truie qui l'a cassée en huit ? "On ne la voit plus trop, elle est peut-être bien partie", me dit ma mère, sans doute pour que j'arrête de la torturer avec "cette histoire". Elle devrait se détendre. Si j'avais les couilles de flinguer une vieille criminelle, ça se saurait... et ce serait déjà fait.

Trop de questions nous parasitent jour et nuit. On sait très bien qu'on n'aura pas la réponse pour la plupart d'entre elles.. quelle peut bien être l'origine d'un cancer du sein ?.. mais on ne peut jamais s'en débarrasser complètement. Sans doute servent-elles aussi à nous détacher de l'écrasante réalité : nous ne vieillirons pas ensemble. 

Pour l'instant, on est perdus au milieu d'un tunnel dont on ne voit pas le bout. Je dois bien reconnaître que ces temps-ci, les livres me sont d'un grand secours. Je n'y avais jamais vraiment cru, et pourtant, ils peuvent faire brillamment figure d'échappatoire !

Voici deux petits romans qui me semblent parfaits pour des collégiens petits lecteurs : 


Le petit peintre de Florence 

Pilar Molina Llorente

1989. 

Photo : édition Livre de Poche, 2002



On pourrait se dire que le petit Arduino a bien de la chance de grandir à Florence au XVème siècle, alors que la ville est considérée un peu partout dans le monde comme la capitale des arts et du raffinement. Pourtant, sa vie n'est pas si simple : né dans une famille de tailleurs et habitué depuis toujours à jongler entre les étoffes, il n'a aucune appétence pour la couture et n'aspire qu'à devenir peintre. 

Son père accepte à contrecœur de le confier comme apprenti à Maître Cosimo, un artiste reconnu ; ainsi, il pourra voir si ses chances dans ce métier son réelles. D'abord fou de joie, Arduino est rapidement déçu : Cosimo est peut-être un grand peintre, mais il n'est pas très pédagogue (et pas très aimable non plus). Les autres apprentis ne sont guère accueillants, et avoir pour seule mission de balayer l'atelier, ça va bien deux minutes.

Mais contrairement à ses petits camarades, Arduino est curieux et observateur : il a compris qu'il se tramait quelque chose d'étrange, dans le grenier du Maître. Un nuit, il prend son courage à deux mains et va voir ce qui se passe là-haut. Il découvre Donato, un ancien apprenti emprisonné sous les combes depuis des années. Son crime ? Etre trop talentueux pour Cosimo, qui a toujours craint que le jeune homme ne lui fasse de l'ombre...

Un roman jeunesse très court, idéal pour des élèves de cycle 3 ou des collégiens petits lecteurs ; il se lit vite et facilement, mais fait réfléchir sur des sujets importants : la liberté, le dilemme entre intérêt général et intérêts personnels, la condition des femmes pendant la Renaissance, les rivalités..




Victoria rêve 

Timothée de Fombelle 

Gallimard Jeunesse "Folio Junior" 

Avant de sortir tout récemment en format poche, ce roman court de Timothée de Fombelle a d'abord été publié dans le numéro 339 de Je Bouquine (2012).

Victoria mène une existence ordinaire, à son grand désespoir, entre des parents gentils mais sérieux, et une soeur aînée qui joue les grandes. Leur petite maison n'est ni mieux ni moins bien que toutes celles qui peuplent la ville (beaucoup trop) calme de Chaise-sur-le-Pont. Pour combler son manque de fantaisie, Victoria lit beaucoup et s'invente des aventures, dans lesquelles ses camarades de classe se gardent bien de s'embarquer.

Pourtant, depuis quelques jours, il se passe des choses étranges autour d'elle, et pour une fois, elle ne rêve pas : ses livres disparaissent petit à petit, la grande horloge de la maison s'est volatilisée dans d'indifférence générale ; elle vient de surprendre son père habillé en cow-boy _ce qu'il ne fait jamais, et, pour couronner le tout, son pote le petit Jo est persuadé qu'elle seule sait où sont cachés "les trois Cheyennes" (alors que non, elle n'en sait rien). 

D'autres fillettes se seraient inquiétées de tant de phénomènes incongrus et inexplicables, mais au contraire Victoria s'en réjouit : voilà enfin la vie d'aventures dont elle rêvait. 

J'ai gobé les 80 pages d'une traite, dans le bus ! Voilà une lecture très accessible et pas trop enfantine qui présente la lecture et les mondes imaginaires comme des façons de survivre à la dure réalité. 

Difficile de dire pourquoi, mais l'héroïne m'a fait un peu penser à celle de I kill giants, un comics dont on a parlé ici (même si les deux histoires n'ont rien de comparable !!) 

mardi 13 août 2024

[LECTURE DE VACANCES] Le porteur de mort - 1 - "L'apprenti" - Angel Arekin (2014)

Après mon coup de cœur pour la saga de l'Assassin Royal dont je vous rabats les oreilles depuis 2010, il m'a toujours été difficile de retenter de lire de la fantasy, et encore plus d'en parler ici. Je ne saurais pas expliquer pourquoi. 

Cet été cependant, j'ai retrouvé le tome 1 de la série Le Porteur de mort, écrit il y a une dizaine d'années par une autrice française du nom d'Angel Arekin, qui m'était totalement inconnue jusque là. La fiche Babelio de cette dernière indique qu'elle est de Brive, ce qui veut dire qu'on est presque voisines Par conséquent, j'aurais été bien embêtée si j'avais dû tailler son livre, mais la question ne s'est pas posée puisque j'ai finalement beaucoup apprécié cette lecture. 

L'histoire 

Le royaume d'Asclépion n'est plus ce qu'il était : assailli par les brigands de grands chemins et les ennemis du pouvoir en place, sa population commence à ressentir les effets d'une protection armée insuffisante. 

Pour remédier à cela, le Régent décide de recruter parmi les jeunes hommes du peuple des apprentis guerriers qui rejoindront, s'ils réussissent la formation, la guilde des Tenshins. Ces derniers ont un rôle de défenseurs militaires et de conseillers politiques : ils sont donc extrêmement puissants et surtout immortels ! 

Beaucoup de petits paysans donneraient cher pour être choisis ; ce serait leur seule chance de sortir de leur condition modeste. Beaucoup, mais pas tous : Seïs Amorgen fait partie de ceux qui n'en ont rien à battre. Il faut dire qu'entre les beuveries, les nuits au bordel et les trafics en tous genres, il a déjà de quoi s'occuper. Son sort inquiète ses parents, ses frères et sa cousine Naïs _retenez bien son nom ! bien plus que cette soudaine opération de recrutement de Tenshins qui n'avait pas eu lieu depuis des siècles, et qui ne présage rien de bon. 

Devinez quoi, Seïs va faire partie des heureux élus ! D'abord réticent, il va finalement se rendre à Mantaore, haut lieu de formation des Maîtres, pour commencer son apprentissage. Ce premier tome du cycle (qui en compte 6) sera en partie consacré au déroulé de ce séjour initiatique, entre découverte de soi, des autres apprentis, actes de rébellion et entraînements physique. 

En parallèle, on suit l'évolution de la famille Amorgen et des bouleversements qu'elle va connaître au fil des chapitres, sur six ans environ : l'un des fils va se découvrir sorcier (c'est pas une bonne nouvelle) ; Naïs la cousine orpheline au caractère bien trempé semble aussi pourvue de certains dons, bien qu'on n'en sache pas plus. 

A la fin de l'Apprenti, le mystère reste entier sur plusieurs niveaux ; je ne sais pas vraiment quoi en dire pour l'instant, car ce tome sert a introduire l'univers du roman. C'est nécessaire, mais forcément ça laisse moins de place à l'action. Cela dit, les dernières pages laissent entrevoir un 2ème opus prêt à décoller en trombe. On sait pas encore trop où on va, mais on y va...

Une porte d'entrée vers la fantasy

Si vous aimez les romans d'heroic fantasy, foncez car il y a tous les ingrédients : le décor médiéval, les soldats musclés au régime pain fromage viande séchée nuit dehors fumette, les cheveux en bataille, les filles qui n'ont peur de rien, la carte du royaume au début, le sorcier, le roi, le faux clodo, le maître d'armes un poil tortionnaire, la pierre magique qui envoie du pouvoir mais qui détruit en même temps.... 

Fans de l'Assassin royal, vous aussi ? "L'Apprenti" vous rappellera de bons souvenirs, bien que l'histoire ne soit pas du tout la même ! 

Le porteur de mort constitue une bonne initiation pour qui n'est pas familier de ce type de romans ; c'est agréable à lire et plus accessible que l'œuvre de Tolkien _ qui a considérablement inspiré Angel Arekin, d'après ce que j'ai pu lire ça et là.

La plus-value de ce livre : les personnages, principaux et secondaires, très humains, et donc très réalistes. Ils souvent bien creusés. L'apprenti-tenshin rouquin nommé Lampsaque est mon préféré. Tous s'expriment de manière assez crûe ! 

Le point qui m'a fait un peu tiquer : la relation ambigüe entre Seïs et Naïs reste perturbante pour le lecteur _elle l'est aussi pour les personnages, et Angel Arekin l'exprime très bien. J'imagine qu'on ne connaît pas tout de leurs sentiments et de leurs liens familiaux pour l'instant, et que beaucoup d'éléments clefs s'éclairciront dans les tomes suivants. 

Mon seul regret est de l'avoir laissé moisir plus d'un an dans la bibliothèque.


Angel Arekin 

Le porteur de mort - 1 - L'apprenti 

2014

Photo : édition Le livre de poche. 


Avec ses 788 pages, cet ouvrage peut participer au challenge "Les épais de l'été 2024" organisé sur le blog de Dasola. N'hésitez pas à aller y faire un tour ! 





lundi 20 décembre 2021

[EN FIN DE COURSE] Le Trail de Trilport et le Semi-marathon de La Presqu'île

Toujours plus de kilomètres, toujours moins d'alcool ! Je ne pense pas faire de courses d'ici la fin de l'année, ce qui veut dire qu'il est grand temps d'écrire un billet-souvenir des deux dernières échéances de l'automne, à savoir : la première édition du Trail de Trilport, en Seine-et-Marne (7 novembre) et le Semi-marathon de la Presqu'île, à Lège-Cap-Ferret, pas loin de Bordeaux (21 novembre). Du coup, j'ai manqué les Foulées de l'Aéroport à Drancy, une course de 10 km programmée le 28 novembre. Dommage car je l'avais trouvée sympa, il y a deux ans.  

Le trail de Trilport

Ce dimanche matin-là, il faisait plutôt froid et une légère pluie tombait. La température était quand même supportable car, une fois n'est pas coutume, les coureurs de la plus longue distance devaient partir les derniers, à 10h30. C'était sûrement un peu tard pour les plus impatients d'entre nous, mais bien pratique pour ceux qui venaient de loin et qui avaient fait le choix de se pointer déjà prêts à courir. En effet, le contexte sanitaire avait empêché la mise en place d'une consigne et d'un vestiaire, mais on n'avait pas pris en traîtres puisque l'info apparaissait dans le règlement de la course. 


Autre point positif pour les quelques uns qui avaient opté pour les transports en commun : le point de départ était situé juste derrière la gare SNCF. 

Ma hantise dans une course, c'est de me planter dans le parcours, ou de me perdre _ même si tout le monde me dit que c'est impossible. Donc, comme d'habitude, une fois sur la ligne de départ, je me suis mise en quête de gens reconnaissables qui pourraient me servir de points de repères en cas de doute. C'est là que j'ai vu un type en maillot jaune et à la chevelure fournie, dont la tête me disait quelque chose : parfait, j'allais me caler sur lui. Comme il courait déjà beaucoup plus vite que moi, alors qu'il avait vraiment pas l'air de forcer _il tapait même la discussion avec son pote, je me suis que c'était pas le bon plan, mais j'ai essayé de m'accrocher. Au fil des kilomètres, je me suis rendue compte qu'il y avait toujours pas mal d'engouement sur le passage du coureur en jaune : c'était sûrement un mec de Trilport un peu connu dans la ville, la star locale... Puis j'ai continué à les suivre comme je pouvais dans la forêt, si bien qu'à un moment ils ont bien fini par remarquer ma présence. 

Au bout des dix-sept kilomètres, j'étais au bord du gouffre, tandis que mes concurrents-repères continuaient à se raconter mille et une choses, visiblement, en mode jogging du dimanche matin. Dans les derniers mètres, ils m'ont regardée un peu amusée, en mode "elle est encore là, elle ?" et on a tout juste eu le temps d'échanger quelques mots sur la ligne d'arrivée... avant que des groupies ne se jettent sur le maillot jaune. Et pout cause, ils étaient très impatients de faire un selfie avec Luca Papi. Ouais, il s'avère que j'avais pisté sans le savoir une star du monde du trail, ahah. En tous cas, il a l'air d'être un mec simple et sympathique ; voilà qui est appréciable.

  

Ces 17km du trail de Trilport dans la forêt de Montceaux ont constitué ma première course à 0% goudron : c'est une caractéristique assez rare pour être soulignée, et j'espère que les organisateurs la garderont pour les prochaines éditions. 

L'évènement a été rendu possible par l'Athlétique Club Pays de Meaux et par la mairie de Trilport ; l'association Handifun Sport était également présente : merci à eux, ainsi qu'à tous les bénévoles placés sur le bord du chemin. Le parcours était très bien balisé, avec un marquage fort utile des gros obstacles sur les premiers kilomètres. Vraiment, on n'avait pas l'impression d'être sur une "première mouture". C'était aussi une très bonne idée de prendre de le temps de communiquer les informations importantes et le tracé des différentes distances en amont, via la page Facebook ; pour les gens comme moi qui ne sont pas de vrais aventuriers, ça aide pas mal pour s'organiser ! 

Concernant la difficulté de la course, on retiendra qu'il n'y avait pas trop de dénivelé, avec seulement une cote où on avait plutôt intérêt à marcher, et logiquement pas de grosses descentes non plus.  Evidemment, quelques passages étaient boueux _surtout pour ceux qui arrivaient dans les derniers, ahah, mais c'était vraiment très accessible, même sans pompes de trail. D'ailleurs les plus aguerris ont profité de l'occasion pour miser sur la vitesse !   

Prête à embaumer le 613 !

Le semi-marathon de la Presqu'île

Un retour dans la région de Bordeaux, quel qu'il soit, apporte toujours un peu de nostalgie. Du coup, je redoutais de courir en Gironde : déjà, parce que l'impression de retourner dans une autre vie ne colle pas toujours avec le souhait d'aller de l'avant, ensuite parce que ça me poussait à sortir de ma zone de confort et j'ai horreur de ça. Heureusement, je ne partais pas en terre inconnue puisque ma pote Mélina, également inscrite à ce semi-marathon, était disposée à m'accueillir et avait déjà géré le plus gros que ce qui pouvait généré du stress de dernière minute (elle me connaît bien). Genre le retrait du dossard, qu'il est préconisé d'anticiper lors des événements organisés par les Courses de la Presqu'île

Cadeau avec le dossard : un maillot de l'événement très sympa et une jolie bouteille de rosé à laquelle je ne toucherai pas. Si quelqu'un la veut... 

Alors, je ne sais pas trop si Les Courses de la Presqu'île sont un club de course et de randonnée situé au Cap Ferret, ou s'il s'agit d'une association ; si quelqu'un peut m'en dire plus, qu'il n'hésite pas à laisser un commentaire ! En tous cas, ses membres sont à l'origine de trois échéances majeures en Gironde : le Marathon des Villages, les Foulées des Baïnes _une course en partie sur la plage, donc ! et le Semi-marathon de la Presqu'île. Il faut savoir que ce sont vraiment de gros événements. Quand on s'est habitués aux trails où on est 150 sur la ligne de départ, ça fait un peu bizarre de se retrouver dans un vrai village de course avec de la musique et 1700 sportifs accompagnés de leurs supporters qui gravitent autour de soi. L'ambiance était très détendue, et beaucoup avaient choisi de venir courir en équipe. 

Avec Mélina, nous avons fait le choix de courir ensemble un max de temps, bien qu'elle ait une allure plus rapide. Comme il y avait beaucoup de monde, la principale difficulté a été de se trouver une place dans l'interminable peloton qui s'était élancé dans la pinède. Le parcours était relativement plat et presque tout goudronné, puisqu'essentiellement sur piste cyclable. D'ailleurs, même s'il faisait gris et froid, le cadre naturel était bien sympa et donnait envie de le refaire à vélo (mais un autre jour). Après 10km, nous avons été doublées par une mamie super en forme, que nous avons essayé de rattraper, en vain ; nous de l'avons revue qu'à l'arrivée, lorsqu'elle est venue récupérer sa récompense sur le podium, le plus tranquillement du monde. C'est ce qu'on peut appeler une personne inspirante.

   

Par contre, mon téléphone a été marseillais sur ce coup-là : c'était bien 21 km, pour 2h00 !

Les courses de la Presqu'île sont aussi connues pour leur buvette et leur célèbre formule moules-frites, qui remplace fort bien le ravitaillement final. On a longtemps cru ces stands compromis à cause du covid, mais finalement il ont été maintenus pour notre plus grand bonheur. Du coup, une fois n'est pas coutume, on s'est autorisées une bière ! Merci à eux aussi, car c'est du boulot ; d'autant plus que les clients ne sont pas toujours très patients, même le dimanche _ce sont des Bordelais avant tout..! 

Merci aussi et surtout à ma pote Mélina pour son accueil, pour m'avoir fait découvrir cette belle course (je le lui ai déjà dit en vrai), et pour avoir été patiente parce qu'elle aurait pu faire un meilleur chrono si elle ne m'avait pas attendue ! 


mardi 31 juillet 2018

Piège nuptial - Douglas Kennedy (1994)

Un matin, une collègue a débarqué au CDI avec un sac plein de bouquins. C'était insolite, mais pas surprenant outre mesure. En effet, quelques jours plus tôt, nous avions déploré de concert le manque de romans "niveau adulte" dans le fonds fictions du collège et elle m'avait dit qu'elle comptait dans sa bibliothèque un certain nombre de livres de poche qu'elle n'ouvrirait sans doute plus jamais. Elle les amènerait un de ces jours : autant qu'ils servent à quelque chose. Bien bien. Il s'agissait essentiellement de romans policiers et de quelques uns de ces best-sellers sur lesquels mes profs de fac ne pouvaient s'empêcher de vomir dès qu'ils en avaient l'occasion. Convaincue à l'époque que l'avis bien arrêté des universitaires ne pouvait être contredit, je les avais snobés en toute insouciance, sans me douter qu'il me faudrait les cataloguer dix ans plus tard.



Quoi qu'il en soit, son geste était louable, et j'ai quand même voulu le lui rappeler avant qu'elle ne reparte vaquer à ses occupations. Déclinant tout remerciement, elle a soudain tenu à m'assurer qu'elle n'avait pas "acheté tous les romans" en question et que, concernant les autres, elle "ne les aurait pas achetés si elle avait su que ça parlait de ça". Autant dire que son affolement m'a laissée perplexe, et j'ai craint trente secondes qu'elle ait fait don de livres de cul à la communauté éducative. Mais qu'on se rassure, ce n'était pas le cas. Après avoir passé la marchandise au crible, la conclusion est la suivante : elle s'est bien monté la tête pour rien.

Figurait dans le tas Piège nuptial, le premier roman de l'écrivain à succès Douglas Kennedy. Il était d'abord paru dans les années 1990 sous le titre Cul de sac.



L'histoire 

Nick Hawthorne mène une vie monotone, sans sel et sans contrariétés. Solitaire et fuyant l'idée-même d'ambition, ce journaliste américain a passé les dix dernières années de sa vie à écumer les rédactions locales situées à portée de sa Volvo sans jamais tenter de se faire une place dans l'une d'entre elles. Jusqu'au jour où il est pris de fascination pour une vieille carte de l'Australie dégotée dans une librairie de Boston : l'appel de l'aventure au pays des kangourous est alors irrésistible. Comme quoi, tout arrive, même aux plus casaniers. Quelques heures plus tard, Nick retire ses économies à la banque et saute dans un avion en partance pour Darwin. 



Là-bas, le Yankee va vite déchanter. Moyennement bien accueilli par la population locale, il se débrouille pour racheter un minibus à un couple d'illuminés qui vivait dedans jusque-là et s'empresse de quitter le bled paumé où il a atterri : après tout, s'il est venu dans le coin, c'est avant tout pour découvrir le vaste et mystérieux "bush australien". 

En route, il percute mortellement un kangourou : est-ce un signe ? Peut-être, mais il décide de ne pas en tenir compte et poursuit son chemin. Quelques jours plus tard, sa ligne de vie va être déviée par une rencontre d'un tout autre genre ! Une jeune auto-stoppeuse aux allures de paysanne prend place sur le siège passager, avec son corps de rêve et son ignorance crasse. L'appel de la queue fera le reste. Après quelques nuits torrides, Nick commence à s'épuiser, et Angie _ l'auto-stoppeuse_ devient collante et se met à causer d'amour, de famille et d'autres conneries du même style. De plus, il s'avère que la jeunette sait jouer des poings quand on la cherche, et que ses colères ont quelque chose de flippant dans leur démesure. Alors qu'il réfléchit à une manière subtile de la contrôler puis de rompre, Angie passe à l'action : le mode mante religieuse est activé !

Le prix de la Mante Religieuse est décerné à  Piège Nuptial 

Quelques jours plus tard, Nick se réveille à Wollanup, un village paumé de l'outback, géré par une poignée de rustres méprisant la société moderne... et remarque qu'il porte une alliance au doigt.
On comprend petit à petit qu'Angie l'a drogué pour le ramener chez elle, et que leur mariage a été célébré alors qu'il était encore inconscient. Impossibilité de s'enfuir, obligation de s'intégrer et d'engrosser au plus vite son épouse, car c'est comme ça que ça se passe, ici. Nick est complètement coincé ; sa vie va-t-elle vraiment s'achever à Wollanup, au milieu des quatre familles qui composent la communauté et dont les gosses forniquent entre eux, de l'abattoir de kangourous, du garage d'un beau-père toujours prompt à coller un fusil sur la tempe à qui ne lui dit pas amen, d'une femme aussi nymphomane qu’irascible, des "crédoches" _la monnaie locale qui ressemble plus à des tickets de rationnement... et de cette puante montagne d'ordures qu'on fait flamber de temps en temps, ce qui donne lieu à un "barbecue géant" ? 

Fait comme un rat _ou comme un kangourou 

Piège nuptial, Cul de sac, voilà deux titres qui conviennent parfaitement aux déboires du journaliste. Encore que Piège nuptial soit sans doute celui qui représente le mieux le basculement du héros dans le cauchemar. Après tout, Nick se fait prendre au collet par une jeune femme dont il avait sous-estimé l'intelligence, la force de caractère, la force physique. S'il n'avait pas joué les bonhommes solitaires en manque d'amour pour faire passer plus facilement l'auto-stoppeuse sur la banquette arrière, il ne se serait pas retrouvé avec une seringue dans le bras et la bague au doit. Ou peut-être que si, qui peut savoir ?

Avec des si...

Disons que si vous avez du mal à sortir de votre routine pour vous aventurer dans l'inconnu, évitez de lire ce livre : il pourrait vous dégoûter d'entreprendre quoi que ce soit de nouveau, et au contraire vous encourager à vous en tenir à petites habitudes rassurantes _ou sclérosantes, tout dépend du point de vue.



Piège nuptial est quelque peu angoissant : les personnages principaux montent en pression au fil des pages, tandis que le suspense court jusqu'aux dernières lignes. Pourtant, malgré l'enfer qu'il fait vivre à son héros, malgré le drame social à l'origine de ce trou paumé, Douglas Kennedy ne lésine pas sur l'humour (noir) et envoie ses ploucs de Wollanup se vautrer dans des situations plus cocasses les unes que les autres. Il me semble que ce premier roman est plus que convaincant ; voilà des mois que la lecture d'un bouquin ne m'avait pas autant éclatée ! Le genre d'histoire qui tombe à pic pour qui a eu le gésier retourné par Et plus encore de Patrick Ness, quelques semaines plus tôt !     

KENNEDY, Douglas. Piège nuptial. Pocket, 2011. Trad. Bernard Cohen. 256 p. ISBN 978-2-266-19282-8


dimanche 21 août 2016

En mode Viking - Everworld 2 "Le Pays Perdu" - K.A Applegate (2000) / Vikings - Saison 1 épisodes 2, 3 et 4 (2013)


Parce que les bourrins sont aussi nos amis, restons chez les Scandinaves aux casques à cornes, avec la suite d'Everworld (qui n'en parle plus beaucoup, en fait), et les épisodes 2, 3 et 4 de la série Vikings (qui en parle toujours, heureusement). 

Hägär The Horrible - Dik Browne


Everworld 2 "Le pays perdu"


Largués du jour au lendemain dans un monde parallèle nommé Everworld, David, April, Jalil et Christopher tentent de survivre malgré le danger ambiant ; après avoir échappé à Loki, le dieu nordique de la destruction, ils trouvent refuge dans un village de Vikings. Ce mince répit leur permet de réfléchir à leur situation, mais ils n'y voient pas plus clair pour autant et doivent attendre de tomber dans le sommeil pour regagner le monde réel l'espace de quelques heures...  

A la fin du tome 1, "A la recherche de Senna", nous avons quitté notre bande de lycéens au cœur d'une bataille opposant les Vikings aux Aztèques. Nous les retrouvons au même endroit, à une différence près : le narrateur n'est plus le même. Christopher à pris les commandes et l'action nous sera racontée à travers son regard et sa langue de vanneur ! 




A Everworld, les peuples peuvent bien se débattre et rouler des mécaniques : s'ils n'ont pas au-dessus d'eux le dieu le plus puissant, ils sont condamnés à une mort certaine. Vikings et Aztèques le savent. Aussi, lorsque le monstrueux Huitzilpochtli parvient à se dégager du marteau de Thor, Sven, Thorolf et les autres perdent toute combativité. Les Aztèques profitent de leur apathie pour en faire de parfaits prisonniers dont ils offriront le coeur à leur oiseau carnassier de dieu. Pris dans la foule, les jeunes gens en baskets voient leur dernière heure arrivée. Or, les meilleures idées naissent toujours lorsqu'on est au pied du mur..

Ce deuxième volet de la série Everworld est tout de même moins stressant que le premier, même si nos cinq aventuriers forcés ne comprennent toujours pas ce qui leur arrive. Il faut dire que leur fuite interminable à travers le relief changeant de ce monde sans logique leur laisse le temps de cogiter, de rêver à ce qu'ils aimeraient bien bouffer... et de s'engueuler copieusement. Plus que la richesse de l'action, "Le Pays Perdu" se distingue par l'attachement de l'auteur à peindre avec plus de précision le caractère de ses personnages. Du coup, on comprend de mieux en mieux pourquoi ce groupe fonctionne aussi mal : ils ne peuvent pas vraiment se sentir ! Christopher est insupportable avec ses blagues à deux balles et le reconnaît bien volontiers, Jalil se la joue "cerveau du groupe" et oublie que toute vérité n'est pas bonne à dire, David s'impose en chef stratège, l'épée à la main, visiblement plus à l'aise dans ce monde que dans l'autre, April tente de recoller les morceaux et c'est grâce à elle que tous sont encore vivants à la fin du bouquin.

A part ça, on n'a toujours pas retrouvé Senna ; mais on n'est plus tout à fait sûr d'en avoir envie... En conclusion, "Le pays perdu" est un peu moins intense que "A la recherche de Senna" mais il gagne en profondeur ; K.A Applegate traite vraiment bien les difficultés de coopération que peuvent rencontrer un groupe d'adolescents : ça change du binôme ou de la traditionnelle bande de copains à la vie à la mort qu'on rencontre souvent dans les romans pour les jeunes. On apprécie toujours autant les situations plutôt drôles rencontrées par les personnages lorsqu'ils passent d'Everworld au "vrai" monde ! 

Edition utilisée ici : 
K.A APPLEGATE. Everworld "Le Pays Perdu". Trad. Valérie Dariot. Folio Junior, 2000. 195 p. ISBN 2-07-054367-6. 
Illustration : G. Spalenka



Vikings - Saison 1 - Episodes 2, 3 et 4


Episode 2 : L'expédition


Ragnar parvient à mobiliser dans le plus grand secret quelques hommes capable de réaliser son rêve d'une expédition vers l'ouest à bord de son nouveau drakkar. Sa femme Lagertha est déçue de ne pas faire partie du voyage, ce qui donne lieu à une dispute assez poilante. Un soir, ils font tellement de bordel en se lattant à coup de boucliers à travers la maison que Bjorn, exaspéré, se relève pour les séparer.

"Vos gueules, putain !"

Une fois n'est pas coutume, Ragnar aura le dernier mot et l'équipage lèvera l'ancre peu après. Evidemment, le chef de clan découvre le pot aux roses assez rapidement grâce à un mouchard à la langue bien pendue et il rumine sa vengeance en attendant le retour de ses enfants terribles. 

Alors qu'ils n'y croyaient plus eux-même, les hommes de Lothbrock accostent en Angleterre et pillent le premier bâtiment qu'ils rencontrent. A savoir, un monastère. Autant dire que le choc des cultures est violent. Les Vikings massacrent sans pitié ces "drôles d'hommes" peu combatifs, et s'étonnent de ne voir aucune femme auprès d'eux, tout en piquant les croix qui ne sont pour eux qu'une belle prise métallique. Ragnar déniche le frère Athelstan et constate avec surprise que ce dernier parle leur langue. Le jugeant utile, il décide de l'épargner et de le ramener à la maison avec le butin. Au risque de se friter avec son "grand frère" Rollo ; ce dernier ne voit pas l'intérêt de se trimbaler un paquet qui n'a rien d'un trésor...

Thor était avec eux pour cette fois-ci, mais le fourbe dieu destructeur Loki n'est jamais loin. Quant à ces hommes assez bêtes pour vénérer un type mort cloué sur une croix, ne vont-ils pas finir par porter la poisse ?
  
Floki, le perché de la bande

Episode 3 "La pêche miraculeuse"

Lorsque Ragnar et ses hommes regagnent Kattegat, ils ne s'attendent pas à se faire subtiliser l'intégralité du butin par le chef de clan, qui estime que les trésors lui reviennent de droit. Autant dire qu'ils ont bien les boules, et repartent en ruminant tandis que Jarl et sa femme quelque peu flippante baisent au milieu des croix en or. Ragnar parvient à récupérer le frère Athelstan à titre d'esclave, bien qu'il ne le considère pas comme tel : il a compris que le prêtre pourrait lui fournir de précieuses informations sur les royaumes de l'ouest, leurs coutumes, leur religion. En effet, le viking ne compte pas s'arrêter en si bon chemin : il obtient l'autorisation de repartir pour une nouvelle expédition ; cette fois-ci, Lagertha sera du voyage, de même que Knut, le mouchard officiel du chef de clan. Quant à la gestion de la ferme en leur absence, elle retombe sur Athelstan, pour la plus grande indignation de Bjorn, qui a un peu moins envie de se foutre de sa tonsure, du coup...

Episode 4 "Justice est faite"

Après avoir abattu froidement une poignée de soldats anglais venus les accueillir sans intentions hostiles, les Vikings atteignent la ville d'Hexham. Leur infériorité numérique les dissuade de faire main basse sur les chaumières avant le dimanche matin suivant : Ragnar sait qu'à ce moment-là, la voie sera libre car toutes les familles seront à la messe. Bingo, les nordiques font leur pillage à l'aise, en finissant par les croix de l'église dont ils semblent particulièrement friands ; mention spéciale WTF à Floki (comme c'est bizarre), qui prend un plaisir dingue à profaner tous les symboles christiques juste pour voir les réactions des Anglais.


Pendant ce temps, Lagertha surprend Knut alors qu'il est sur le point de violer une villageoise, et le somme de laisser la fille tranquille. Mais le rouquin à la barbe nattée prend la mouche, et choisit de diriger ses ardeurs vers elle, histoire de la remettre à sa place de bonne femme. Ni une ni deux, Lagertha lui pète les couilles et l'embroche. Après quoi elle rejoint le reste de l'équipage, et tout le monde remonte dans le drakkar en direction de la Scandinavie.

Lorsque le jarl _alias le chef de clan_ apprend que Knut, son mouchard, a été tué au cours de l'expédition, il ne croit pas une seconde au motif de légitime défense que lui est servi. Ragnar décide d'endosser la responsabilité du crime pour mettre sa femme à l'abri, et il est fait prisonnier, malgré l'absence de témoins. Le jarl y voit une occasion en or de se débarrasser définitivement du guerrier rebelle, mais il lui manque le témoignage qui justifierait une condamnation à mort. Il tente de soudoyer Rollo car il sait que ce dernier en a marre de vivre dans l'ombre de ce petit frère qui n'accorde jamais d'importance à sa parole...

La bagarre n'est jamais loin, l'histoire n'est pas trop dure à suivre et les personnages sont marrants : c'est vraiment une série sympa !

Vikings 
Saison 1 - 2013 
Michael Hirst / Johan Renck
Canada / Irlande 
9 épisodes de 42 minutes 

jeudi 11 juillet 2013

Les Aventuriers de la Mer - 5 - Prisons d'eau et de bois - Robin Hobb (2005)


La période des grandes émotions étant terminée (ou presque), reprenons le cours de nos lectures préférées avec le tome 5 des Aventuriers de la mer de Robin Hobb : "Prisons d'eau et de bois". Si ce volume approfondit la psychologie et l'évolution des personnages, je crains que l'action y ait un peu trop stagné pour que je parvienne à le synthétiser clairement. Essayons tout de même.   

Les illustrations de Gilles Francescano sont vraiment  agréables à regarder ; c'est exactement sous ces traits que j'imaginais Parangon. 

Où est-ce qu'on en était ? 

Alors que le Gouverneur Cosgo s'apprête à rejoindre Terrilville pour mieux y asseoir son pouvoir, la ville se laisse peu à peu gagner par une fièvre mêlée de colère, de peur et d'angoisse du lendemain. Aux querelles intestines opposant les "Premiers" Marchands aux "Nouveaux", moins soucieux des protocoles et plus prompts à se salir les mains, s'ajoutent les mauvaises nouvelles apportées par ceux qui viennent d'entrer au port. Tenira est furieux d'avoir été attaqué par une galère chalcède pour avoir refusé de payer une taxe infligée pour un motif pas clair ; Brashen vient annoncer aux Vestrit que leur vivenef a été capturée par les pirates, et que personne ne sait ce qu'est devenu l'équipage. A la demande générale, le Conseil des Marchands se réunit pour prendre des décisions et rétablir le calme dans la contrée, mais il provoquera un effet inverse ! 

Le quotidien à bord de la Vivacia en serait presque idyllique ! Pourtant, le futur est en train de s'y jouer de fort belle manière pour le capitaine Kennit qui tient toutes les ficelles : il vient de convaincre la vivenef de se rallier à la cause des pirates massacreurs de navires esclavagistes. Le forban sait que la figure de proue est assez éprise de lui pour l'emmener où il le souhaite, sans poser trop de questions. Parce qu'il sait aussi qu'on peut obtenir beaucoup en jouant avec les sentiments des hommes, il entretient la rivalité entre Etta et Vivacia tout en essayant de modifier les rapports que Hiémain entretient avec l'une et l'autre. Tordu, n'est-ce pas ?     

Avec l'accord des Vestrit, Ambre, Brashen et Althéa se lancent dans la rénovation du Parangon, le navire maudit abandonné par les Ludchance, pour le remettre à flot : ils comptent l'utiliser pour partir à la recherche de la Vivacia.  


Dans la tête 

La série des Aventuriers de la Mer prend donc une dimension psychologique d'autant plus flagrante qu'à Terrilville, l'action laisse place aux discours, aux débats et aux prises de bec plus ou moins plus ou moins stériles. Certains pourraient s'ennuyer et se perdre dans les réunions de famille et les rassemblements de marchands si l'ensemble n'était pas aussi agréable à lire : chapeau à l'auteur et au traducteur encore une fois ! Cela dit, j'ai bizarrement moins apprécié cette cinquième partie _ et deuxième partie de Mad Ship, deuxième volet dans l'édition originale. Sans doute est-ce parce que je n'arrive décidément pas à m'attacher à Althéa ; pourtant, une héroïne à la fois forte, torturée et si peu soucieuse des représentations sociales de la féminité ne   peut que plaire ! On notera cependant l'intention louable de Robin Hobb dans la valorisation de ce personnage de plus en plus discriminé pour ses allures trop prononcées de mec, et qui pourtant s'y accroche et les revendique. Car si Althéa refuse constamment les avances de Grag, c'est bien sûr parce qu'elle espère bien se récupérer Brashen un jour, mais aussi parce qu'elle sait très bien que le futur capitaine de l'Ophélie la considérera toujours comme une femme telle qu'elle est définie à Terrilville : faible, vêtue de robes et ornée de bijoux et faite pour la vie à terre par dessus tout.

Althéa voudrait une vie de ce type ...
... mais Grag Tenira préférerait ça !
Parlons-en, de Brashen ! Le jeu du chat et de la souris entre Althéa et lui devient un peu lassant ! J'espère que la suite des événements justifiera qu'on en ait laissé autant de place à leurs fières âmes torturées ! A moins que ma relecture de Beaucoup de bruit pour rien (Shakespeare) m'ait rendue plus exigeante en matière de dissimulation de sentiments ?

Entre Parangon qui chouine en sabotant ses travaux de rénovation, sa propriétaire Amis Ludchance qui vient l'insulter comme un poisson pourri _ à tort ou à raison ? on ne le sait pas encore.., Brashen qui pique ses crises de jalousie, Althéa qui fait du boudin et Ambre qui passe ton temps à calmer le jeu, on ne s'en sort plus !

Autant aller sur la Vivacia, ils sont plus pervers mais moins agaçants. On décèle chez le capitaine Kennit les étonnantes qualités d'un manipulateur qu'on ne peut détester _ mais n'est-ce pas là, justement, l'un des gages d'efficacité d'un manipulateur ? Folle de lui, la vivenef plonge bien volontiers dans la piraterie ; Sorcor est toujours aussi pétrifié d'admiration. Etta l'aime d'autant plus qu'il feint la tendresse en sa présence. Seul Hiémain lui résiste, mais pour combien de temps ? Le rallier à sa cause pour mener à bien ses projets personnels est sans doute pour Kennit un jeu de patience comme un autre. Pour l'instant on ne peut que le supposer, car toutes les clefs de lecture du pirate ne sont pas encore en notre possession.      


Hobb, Robin. Les aventuriers de la mer. "Prisons d'eau et de bois". Paris. France Loisirs. Coll. "Piment". 2005. 365 p. ISBN 2-7441-7725-3 


vendredi 10 mai 2013

Le train de la cohérence part toujours à l'heure (3)

La SNCF a beau se décarcasser à proposer des concerts et des locations de DVD dans les IDTGV, il faut bien se rendre à l'évidence : pour avoir droit aux meilleures animations, mieux vaut prendre le TER. Après le fou rencontré à la gare de Périgueux et Madame Muriel la voyageuse d'un soir, voilà maintenant un mix des deux avec le couple alcoolo-manoucho-sdf* !



Comment décrire la scène en restant crédible ? 

J'aurais du m'en douter. Des années d'expérience sur cette ligne m'ont appris que le sas d'entrée des trains régionaux sont souvent le lieu de rencontre des voyageurs atypiques, tels que les familles à poussettes, les cyclistes dégoulinants, les gens qui déménagent, et autres mamies accompagnées de leurs trois chats en cage.  Sans oublier les gens trop bourrés pour monter la marche, ouvrir la porte semi-automatique et accéder ainsi aux wagon. Il arrive cependant que cet espace soit assez tranquille pour qu'on puisse le préférer à l'intérieur de la rame.
Pourtant, je me suis posée sur la banquette râpée sans la moindre hésitation, cet après-midi-là. Un signe du destin ? A quelques minutes du départ, une jeune fille percée de partout, affublée d'un châle au passé douteux et d'un cabas assorti gravit le marchepieds avec force jurons. On comprend très vite qu'elle va à Coutras pour voir sa mère LAAA !", accompagnée de son "mari", le type à moitié bourré qui bloque la porte depuis dix minutes parce qu'il n'en finit plus de tirer sur sa clope. J'ai même cru comprendre qu'il s'agissait des présentations officielles du mec à la famille...

Le gars écrase son mégot sur la portière ; attention, le spectacle va commencer.

Touche pas à ma bière.

Elle, trapue et coiffée d'une choucroute sombre ; lui, tête rasée, orné d'une barbichette et fringué comme un Pétassou en tenue de camouflage. Tous les deux ont dans l'oeil et dans la voix les ingrédients nécessaires pour un beau moment de poésie. Les voilà qui s'assoient comme ils peuvent sur la banquette face à moi, inspectent les lieux du regard jusqu'à ce que ... coup de théâtre ! La fille vient de se rendre compte, en ouvrant son cabas, que SA bouteille de bière est entamée !

"Oh mon coeur qu'est-ce que t'as foutu ! C'est que tu m'as sifflé la bouteille LA OH ! OH LA OH LA, mais c'est la mienne oh ! Tu fais chier mon coeur sérieux !

Le mec hausse les épaules, avec un sourire de satisfaction étendu jusqu'aux oreilles et réplique, devancé par le spectre du foutage de gueule :
_ Bah je savais pas que c'était la tienne ! Et pis il t'en reste...

_ Tiens je vais l'appeler, ma daronne.. Elle va me dire "OH t'as bu ma fille !" et moi j'lui répondrai "Non ma mère j'ai CONSOMME !". Tu vas voir, elle va rigoler : elle m'connaît ma mère, tu parles !"


Frank Gallagher power !
Encore une fois, j'ai réalisé bien trop tard que j'avais de quoi les immortaliser vocalement. Trois ans passés, l'écran défoncé et le dos cabossé, mon MP3 à prix sacrifié ne me fait jamais faux bond ! Il se montre particulièrement performant lorsqu'on lui demande d'enregistrer les cassos qui prennent le train.

Mettez le son au max !

Avec les six minutes que j'ai pu capter, on pourrait presque faire un album intitulé En allant voir ma darooooonne dont la tracklist serait la suivante :

Track 1 - J'ai pas la gueule à ma mère !

Après une brève communication téléphonique qui nous a laissé deviner la grande force vocale de sa fameuse daronne, le jeune femme a souhaité revenir sur leur relation et leurs ressemblances, histoire se mettre monsieur au parfum. "Ma mère et moi, tout le monde dit qu'on a la même gueule. Non mais j'ai pas sa gueule, j'ai la gueule à personne moi ... Quand même on se ressemble, c'est un truc de malade, et ma petite soeur c'est pareil." S'ensuit alors une remarque des plus imprévisibles : "On n'est pas des paysans, nous ! on est des manouches ! et fiers de l'être". Pour avoir des origines chez les uns comme chez les autres, j'ai été tentée de dire que les différences n'étaient pas aussi flagrantes qu'elle le prétendait, mais dans ma position, il valait mieux que je m'abstienne. Quand on veut se foutre de quelqu'un durablement, il ne faut surtout pas l'interrompre.
  
Track 2 - La fouille au corps

Autant j'ai vu pas mal de couples en venir aux mains, avec ou sans boisson, autant j'étais persuadée que l'amour sous cette forme n'existait que dans les Amants du Pont Neuf. On a du mal à concevoir que deux marginaux puissent être totalement épris l'un de l'autre ; notre perception d'eux passent d'abord par leur statut... et s'y limite. Du coup, elle les prive des sentiments humains les plus basiques.

L'embrouille des tourtereaux mazoutés de poussière autour de la bouteille de bière était déjà loin quand ils prirent l'initiative de bouger leur cul jusqu'à la porte automatique du train. Nous étions presque arrivés en gare de Courtras, celle-là-même qui flamba allègrement il y a quelques années. La fille n'en pouvait plus d'exulter et de prier pour que le train s'arrête enfin. Puis elle se mit à chercher en vain son portable dans son sac, avant de faire les poches de son copain.

"Et en plus tu me fouilles ! Comme dans les keufs !

La tentation de faire des blagues de cul était trop grande, aussi lui mit-elle innocemment la main au panier.

"Ah y a quequ'chose là monsieur ! Y a une arme, là !

_ Ah ça c'est pas un gadget eh !

_ Les gens doivent se dire "c'est une obsédée, la meuf" !

Oui. Entre autres.

Dommage que l'enregistrement n'ait pas été mis en route plus tôt. Vous auriez pu compter le nombre de fois où la fille a commencé ses phrases par "les gens doivent se dire...", comme si le regard des autres ne les quittait jamais une seconde, et qu'il ne pouvait rien faire d'autre que les condamner. D'où une certaine tendance du couple à rester sur la défensive, bien qu'ils nous aient prouvé à plusieurs reprises qu'ils nous emmerdaient cordialement.

Track 3 - Le poulet au bleu

Si l'on était sensible aux préjugés, on pourrait dire que le rapport des mecs à la nourriture n'a pas de frontières et ne varie pas en fonction des classes sociales. Mais ce n'est pas le cas, alors on dira que Monsieur avait bu un peu trop de bière pour échapper aux effets secondaires du breuvage : l'envie de bouffer, un truc salé de préférence.

"Ah, du bon manger. Du bon manger.

_ C'est bon, j'ai entendu. Quoi "du bon manger"

_ Ben euh, j'sais pas.. ta mère euh elle...

_ Ah ma mère elle fait un poulet-bleu. AU bleu, pas un poulet bleu eh... C'est trop bon.. aïe aïe aïe aïe aïe ça défouraille !

Tiens, j'ai appris un mot.
On les qualifie trop souvent de "voleurs de poules", mais ils se révèlent plus efficaces quand il s'agit de cuisiner la volaille. D'ailleurs, le fait que la mère ait fait du poulet-bleu sa spécialité peut prendre une valeur de comble !


Track 4 - Des yeux à faire péter les braguettes

En attendant que le train s'immobilise, le regard de madame se promène sur les autres passagers et se bloque sur la jeune fille qui lui fait face.

"T'as de beaux yeux demoiselle ! A en faire péter les braguettes !

C'était l'expression du jour.

_ Pas la mienne en tous cas, commente la barbichette dans un excès de zèle.

_ Non c'est moi qui lui ai fait péter la sienne !


Track 5 - Un très bon chinois

Si Madame n'était pas en compagnie de son mari, on pourrait croire qu'elle drague lourdement sa voisine.

"Si tu veux, je connais un gars, un Chinois..

_ C'est un très bon Chinois ! se gausse son copain, tout fier de son tour d'esprit.

_ ... t'as pas une amie qui soit pleine de spots, moche et tout ... t'inquiète ça lui va lui ! Du moment qu'elle ait un trou !

La facilité des gens à décrire leurs ennemis en leur absence m'a toujours fascinée ; surtout lorsqu'ils sont un peu racistes sur les bords. Chacun sait qu'être victime de racisme n'empêche pas d'être con.

_ Il est propriétaire ! mais c'est tout hein..


Track 6 - Vierge blanche, Vierge noire

S'ensuit un débat avec un autre passager sur la Vierge Marie, et une vanne que je n'ai pas entendue, malheureusement sur les nuances de la vierge noire et de la vierge blanche. Visiblement, elle n'a pas été comprise par notre vierge folle du moment, qui s'est offusquée devant un tel blasphème.

"Elle est blanche la Vierge, elle est pas Noire. Eh beh non elle est blonche.. D'où elle est noire la Vierge ? Elle est blanche comme neige, blanche comme moi"

Avec un peu d'insistance et quelques gouttes d'alcool, on aurait très bien pu lui faire dire le contraire avec autant de conviction !

Enfin, la porte s'est ouverte et ils sont descendus, emportant leurs émanations et leur pensées philosophiques...


* C'est pas du racisme : madame se dit "manouche et fière de l'être", comme vous pourrez l'entendre dans l'enregistrement. Je ne saurais parler de la communauté des gens du voyage en ces termes, sauf pour ma grand-mère que je qualifierai systématiquement de "baracote" tant qu'elle s'obstinera à nous faire chier.


Plus c'est glauque plus c'est drôle ! 

mercredi 8 août 2012

Shameless (UK) - Saison 4 - 2007



Comique, cruelle et profonde, la saison 4 de Shameless est une réussite ; quelques mois de pause dans mes résumés, et la poursuite très progressive du visionnage des épisodes en cours de diffusion, me l'avaient presque fait oublier ! Pourtant, l'évolution de la famille Gallagher à travers ces 8 chapitres longs d'une quarantaine de minutes mérite bien d'être passée au crible.    



Épisode 1

Kev, Veronica et Marti, les voisins des Gallagher, ont mystérieusement disparu. Tout Chatsworth s'inquiète, d'autant plus que le couple avait accumulé quelques dettes dans le voisinage... Les explications arriveront dans le journal télévisé : toujours accrochés à leur rêve d'adoption, ils ont été pris la main dans le sac, en train d'acheter un bébé dans un orphelinat roumain. Les Maguire décident de s'approprier la maison déserte : qui pourra les en empêcher, puisqu'ils sèment la terreur sur leur passage ?   
Frank Gallagher a mis le feu à son repas et s'est légèrement intoxiqué dans la combustion de son manteau. Il est transporté à l’hôpital suite à l'incident. Lorsqu'il s'agit de prévenir les proches, les services médicaux sont bien ennuyés : il y a deux Madame Gallagher. Laquelle faut-il appeler ? Le sort fait que Monica sera plus facile à joindre que Sheila. Cette reprise de contact est un prétexte idéal pour donner envie à la mère fantomatique de la tribu de s'incruster parmi eux et de reprendre sa place dans le foyer ... à l'insu de sa copine Norma ! Hormis Carl, qui semble avoir particulièrement souffert de l'absence de Monica, les enfants voient d'un mauvais oeil ce retour soudain. Debbie a décidé de lui mener la vie dure.
Toute la famille prépare en secret une fête pour les 18 ans de Lip. Le jour J, il apprend qu'il a en fait 19 ans car Frank et Monica ont mis un an avant d'aller le déclarer. Les Maguire lui ont aussi préparé un cadeau de bienvenue à Lip : l'entrée dans leur clan. Celui-ci refuse et se met à dos toute la famille de Mandy. 



Épisode 2 

Sheila ne tarde pas à se rendre compte de la présence de Monica à Chatsworth, d'autant plus qu'elle allume Frank aussi bien dans la rue qu'au pub, sans se soucier du qu'en dira-t-on. La mère de famille, qui revendique fièrement sa place en parodiant une nourrice soucieuse de la nutrition de ses enfants à l'heure du petit déjeuner, a bien l'intention d'évincer sa rivale et de se débarrasser de Norma. Seule Debbie ne semble pas être dupe de ses caprices d'enfants, cachés sous les plaintes que nul n'ose remettre en question, et le soudain désir d'être en famille. Avec l'aide de Sheila, elles vont tenter de mieux cerner les goûts de Monica en matière de filles, et de relooker Norma pour la rendre plus attrayante.

Pendant ce temps-là, les Maguire sont en effervescence : Jamie, l'aîné de la fratrie, est enfin libéré après dix années d'emprisonnement pour meurtre. Tous le craignent, sans savoir qu'il a décidé de se racheter une conduite et de gagner sa vie honnêtement... en travaillant dans le pub de Jez. Les frictions qui l'opposent à Karen Jackson sont trop fréquentes pour ne pas être douteuses ! Quant à Shane, le cadet aux cheveux en bataille, il se sent quelque peu oublié et tourné en dérision depuis le retour de son frère.  


Norma, pas de très bonne humeur au réveil...

Episode 3 

Les Gallagher récupèrent les déchets de leurs voisins pour organiser un vide-grenier et en tirer quelques fonds. Sous l'oeil narquois des Maguire bien plus à l'aise financièrement, ils réparent et nettoient divers meubles, appareils électro-ménagers, vêtements... jusqu'à ce qu'ils découvrent une main humaine dans un carton d'emballage. Il semblerait que Fergal, le quatrième fils de Patrick et Mimie, ait fait les frais d'une sombre histoire opposant son frère aîné Jamie à une autre famille de trafiquants. 

A l'approche de son premier anniversaire de mariage avec Sheila Jackson, Frank Gallagher a toujours du mal à jongler entre ses deux femmes. Monica lui est toujours aussi irrésistible avec sa boulimie sexuelle, son côté autoritaire et sa détermination à casser son histoire _jusque là sans nuage_ avec la mère des jumeaux. Cette dernière explose littéralement lors de la petite fête organisée chez elle le soir-même, et s'essaie au lancer de couteau sur son mari ... après lui avoir annoncé qu'ils partiraient bientôt en croisière au bord de la Méditerranée.
Le lendemain, Sheila et Monica posent un ultimatum à Frank : il a une journée pour choisir avec qui il jugera bon de continuer sa vie. 


"Tu n'es pas végétarienne, tu n'es pas lesbienne, et tu couches avec mon Frank !!!"

Épisode 4    

En apprenant la mort de son frère, Mimie Maguire pense qu'elle est porteuse d'une malédiction et tombe dans le mutisme le plus total. Patrick pense qu'un mariage précipité entre Lip et Mandy pourra conjurer ce mauvais sort : cette idée n'enchante guère le futur mari, mais a-t-il vraiment le choix ? Ian apprend qu'il a été licencié de l'épicerie d'Yvonne et Kash Karib, pour cause de problèmes financiers. Une situation difficile à imaginer devant les opérations marketing de Kash et son évidente folie des grandeurs. Ian préfère voir un lien direct entre leur rupture et la perte de son travail. Fou de colère, il rentre chez lui à mobylette et renverse Anne, une petite frappe qui vient de voler une valise entière de tickets de jeux à gratter à Shane Maguire. L'accident lui sauve la mise, puisqu'elle arrive à convaincre Ian de la cacher quelques temps dans le grenier des Gallagher. Alors qu'ils passent des heures à gratter, gratter, gratter, une étrange relation naît entre eux : est-ce le temps des remises en question pour celui qui se dit 100% gay ? Jamie Maguire drague comme il peut une Karen Jackson sur la défensive, elle qui nous avait habitués à être moins farouche !


Ian et sa nouvelle copine sur une mobylette (volée, cela va de soi !) : "Un dimanche matin, avec ma putain, ..."
Épisode 5

Les Gallagher mettent la pression à Debbie pour qu'elle se trouve un copain le plus rapidement possible. Devant le désintérêt total de sa fille - et rivale - pour les garçons de son âge, Monica dénonce un comportement anormal voire malsain. Debbie tente donc de remédier à la situation en se faisant sauter par le premier venu. Elle rencontre Luke, nouvellement arrivé à Chatsworth et issu d'une famille pentecôtiste. Frank Gallagher, qui n'avait pas vraiment contesté les exhortations à aller traquer les mâles destinées à sa fille, voit d'un mauvais oeil cette relation.

Ian fait la connaissance de Mickey Maguire, avec qui il couche assez rapidement. Mais chez les Maguire, on ne fait pas les choses à moitié : soit on tue, soit on adore. Mickey dévoile aussitôt ses sentiments à Ian, qui le renvoie balader, bloqué par l'idée que son don juan se soit fait sucer par son chien durant son adolescence. Quant à Jamie, il ne veut entamer de relation avec Karen que dans la perspective d'un mariage ! Elle accepte sans être convaincue... et entre dans l'univers très fermé des copines braqueuses de Mimie.   
  

"Je suis tout seul à la maison. Mes parents sont à leur cours de danse irlandaise."

Episode 6 

Carl est déboussolé : lui qui pensait avoir retrouvé un équilibre familial avec le retour de sa mère à Chatsworth prend conscience de la complexité de la situation. Il est le seul des cinq enfants à se souvenir de l'anniversaire de Monica et à le lui souhaiter en cuisinant son plat préféré... mais il n'accepte pas qu'elle couche encore avec Norma. A tel point qu'il tente d'éjecter la routière de son paysage.

Une détresse financière crée des tensions entre Lip et Mandy. Lorsqu'il propose à Kelly, la soeur de Kev récemment revenue dans la cité, d'habiter avec eux contre un loyer, elle interprète mal ses intentions et refuse, contraignant la toxico à squatter chez Lilian Tyler.

L'arrivée de Carrie dans l'équipe de police de Chatsworth bouleverse les petites habitudes de Stan et Tom : la fliquette a les dents longues et ne laisse absolument rien passer aux habitants de la cité, même lorsque ceux-ci agissent avec la connivence des forces de l'ordre. Ambitieuse et impitoyable, elle n'en allume pas moins ses collègues de travail.
Les Maguire continuent de terroriser, de casser des bras et de kidnapper leur future belle-fille Karen, pour la simple et bonne raison qu'elle ne se sent pas prête à intégrer le "clan". Shane s'est embarqué dans une affaire de pilules d'ecstasy volées et sollicite les services de Frank Gallagher pour ne pas souffrir directement d'éventuelles représailles.


Quand Frank Gallagher et Shane Maguire s'allient pour une cause commune...

Episode 7 

Au petit matin, Frank essaie de voler de l'argent à Norma, profondément endormie dans le van. Sa maladresse finit tout de même par la réveiller : elle pense alors qu'il a tenté de la violer. Elle compte l'éloigner d'elle en déposant une plainte, consciente de son éloignement faciliterait la reconquête de Monica.

Lip et Ian aident Yvonne dans le fonctionnement du centre d'appel clandestin qu'elle a fondé dans l'arrière boutique de l'épicerie ! Lip se fait draguer par Nadia et y prend goût jusqu'à ce qu'il comprenne qu'elle est trans : sa vexation est si grande qu'il s'en prend à Ian, parfaitement au courant. La querelle, née sur fond d'homophobie, va déteindre sur la vie de la famille.

Patrick Maguire a caché de l'explosif dans la cuisine, malgré les interdictions de sa femme. Voyant que les poubelles s'enflamment régulièrement à Chatsworth sous l'effet de mini-bombes, il craint à juste titre que la planque ait été découverte. En effet, Mimie a demander à Shane et à Mickey de faire disparaître le petit paquet jaune qui ressemble tant à de la pâte à modeler...        


Shane et Mickey Maguire "Eh, mais c'est la crème de maman !_ Non..."

Épisode 8

Patrick Maguire tombe dans la dépression en voyant disparaître ses plus proches compagnons de cellule. Lorsqu'il remarque qu'il est le dernier survivant d'une joyeuse bande de malfrats, la tristesse se transforme en peur d'être le suivant. Il entreprend une thérapie, pour le plus grand malheur de son psy.

Le dossier scolaire de Lip est accepté dans trois universités ; il n'a plus qu'à choisir. Tous se réjouissent en apprenant la nouvelle, sauf Mandy, qui ne comprend pas pourquoi son copain lui a affirmé quelques jours plus tôt qu'il était refusé partout. De plus, partir à la fac, c'est laisser sa petite famille à Chatsworth.

Carl se montre aussi très froid face au succès de ce frère aîné un peu trop sûr de lui : est-ce qu'on en ferait autant pour quelqu'un d'autre ? Pendant que tout le monde se congratule, sa tête est en ébullition sous l'effet de projets mystérieux. Il enchaîne les petits cambriolages et les reventes d'objets divers, et perçoit Norma comme une poule aux oeufs d'or, lui proposant de racheter le van bleu et blanc des Gallagher : si elle s'attache à le remettre en état, Monica pensera peut-être qu'elle veut partir de la cité et reviendra vers elle pour ne pas perdre l'un de ses deux sextoys ? Norma est séduite par l'idée... mais prépare un départ bien réel. 

Jamie et Karen préparent leur mariage, qui a lieu dans quelques jours. Leurs plans sont souvent interrompus par la formation "d'agent de probation" que suit Jamie.    


A noter dans ce dernier épisode une réplique très poétique de Frank à Norma : "Retourne dans une vie antérieure, chacal, celle où t'avais deux queues et un oeil !"

Une saison psychologique 

Bien que les aventures des Gallagher et de leurs voisins de Chatsworth reprennent environ un an après le mariage de Sheila et Frank, le téléspectateur novice ne se sentira pas largué le moins du monde, même s'il ignore tout de la saison 3. Par contre, il ne mesurera pas à quel point les rapports (familiaux notamment) entre les personnages principaux se sont complexifiés.

Le retour de Monica au sein du cocon vermoulu des Gallagher crée bien des émois, mettant les gosses à fleur de peau : il faut dire que leur mère adopte un comportement qui ressemble fort à celui d'un ado de l'âge de Carl ou de Debbie. Ce sont d'ailleurs eux qui se sentent le plus bouleversés par sa présence, et réagissent de façon extrême. Parce qu'elle a joué le rôle d'une mère auprès de ses frères et sœurs, Debbie perçoit aussitôt Monica comme une intruse à éradiquer : elle n'hésite pas à enflammer ses valises pour lui faire passer l'envie de se réinstaller avec eux. Carl, quant à lui, se jette au cou de celle qui était disparue et qui est retrouvée. Stupidité, naïveté face aux belles paroles de la première femme de Frank, toujours prête à se faire victimiser quand le vent tourne en sa défaveur et qu'elle se sent piégée ? Ou simple besoin de reconstituer la famille idéale qu'il n'a jamais connue ?

Qu'est-ce qu'être une mère ? Faut-il couver ses gosses et les rassurer perpétuellement comme l'ont fait Fiona et Debbie ? Est-ce consacrer sa vie aux autres sans jamais penser à soi ? Cette représentation atypique de la maman qui couche avec deux personnes plusieurs fois par jour et expédie la préparation du petit déjeuner pour avoir plus vite l'opportunité de "prendre soin d'elle" donne a réfléchir. Notre culture commune nous susurre de condamner l'indigne génitrice, mais n'est-ce pas trop facile ?

Heureusement, Monica est un personnage pourri jusqu'à la moelle, ce qui signifie qu'on a plein de raison de lui taper dessus, même si on n'est pas un macho ou un conservateur qui tient à ce que le monde tourne au rythme de ses petites habitudes. On ne peut certes pas lui reprocher d'être un femelle en chaleur, mais ces allures de gamine capricieuse provocatrice et fouteuse de merde en font une idéale "méchante" de films ou de série TV. Dans le premier épisode de la saison, Monica apprend que Frank s'est remarié sans l'avoir prévenue, persuadé qu'il était qu'elle ne remettrait plus les pieds à Chatsworth. Piquée, elle tente de faire sortir Sheila de ses gonds, et y arrive fort bien.

              


Le deuxième épisode sera d'ailleurs marqué par la mini parodie de Kill Bill, franchement bien trouvée, avec Sheila et Monica dans les rôles principaux. Regardez-là, cela vous fera rire même si, tout comme moi, vous n'avez pas aimé ce film. Oui, je sais qu'il en existe d'autres...

Monica et Frank ont un grand point commun : ils sont laids et cons, mais nombreux sont celles et ceux qui tombent sous leur charme. Sheila et Norma sont les deux grandes perdantes de la saison. Si l'une finit par sauver sa peau en même temps qu'un reste de dignité _ ce qui donne lieu à un super coup de théâtre à la fin de l'épisode 3, puisque, comme souvent, Frank attend les dernières secondes pour tout foutre en l'air _, l'autre se fait écorcher du début à la fin de la saison, sans interruption. C'est dans le seul espoir que Monica se "réveille" et reparte avec elle, que la routière campe dans le van des Gallagher ; mais ce "réveil" ne peut se produire puisque sa belle a besoin de deux partenaires à plein temps, et de préférence, deux partenaires qui se "battent" pour elle, afin qu'elle se sente "désirée".

Comme souvent, finalement, Frank ne sait pas où il en est, et ne parvient pas à résister aux avance de Monica, bien qu'il préfère de loin Sheila, ne serait-ce que pour le confort, le soutien et la stabilité qu'elle lui apporte. J'espère avoir l'occasion de faire un article de blog sur les rapports entre Frank et les femmes avec qui il sort ou couche, car il y aurait fort à dire, en particulier qu'elles l'affaiblissent considérablement. Mais elles ne lui ramollissent jamais autant l'esprit qu'un billet de 20£.   

Enfin, la famille Maguire fait partie des personnages secondaires en pleine émancipation suite à la disparition de quelques pauvres diables (Kev, Veronica, Fiona et Steve notamment). C'est, à mon avis, une réussite d'avoir intégré cette dynastie de dealers pas vraiment méchants. Les rapports de rivalité entre les frères Maguire notamment, ainsi que la pureté de leur esprit de famille sont tout aussi réalistes que comiques. Eux qui tuent, blessent, eux dont "on ne peut pas dire grand chose si on ne veut pas se faire péter un bras"* ne peuvent être totalement détestables, tant ils sont frappés. Leur proximité géographique avec les Gallagher _ puisqu'ils récupèrent la maison de Kev et Veronica_ les rend totalement incontournables. Nous connaissions déjà Mandy, Patrick et Mimie, et nous découvrons Shane, Mickey et Jamie. Ils sont autant de fleurs en pleine éclosion, ou de bombes en pleine explosion, c'est selon.   



L'âge d'or de la série touche-t-il à sa fin ? 

Il faut savoir être critique, même si c'est difficile. Pourtant, cette saison 4 marque bel et bien l'apogée d'une série qui ne pourra plus que perdre en intérêt, dorénavant. En effet, on commence déjà à regretter la disparition de certains personnages... et, sachez-le, ce n'est hélas que le début d'un défilé de nouvelles têtes au fil des saisons. Mais bon, chacun sa vie ! Vu la médiatisation de cette série, on peut aisément comprendre la décision d'un acteur un minimum carriériste.

  • Le spectateur ne sera sans doute pas fan des départs en cours de saison, à l'image de Sheila et des jumeaux. C'est d'autant plus dommage car son personnage de gentille femme névrosée apportait une touche d'innocence et de répliques décalées qui étaient toujours bonnes à prendre, ma foi ! 
  • Il n'est pas toujours aisé de considérer la déchéance de personnages réputés dur et forts ; Yvonne Karib montre ses failles face aux difficultés qu'elle rencontre. Les dettes accumulées par Kash, l'amènent à craquer en prenant conscience de la gravité de la situation (Épisode 4) : il n'y a pas de mal à se montrer humain de temps en temps, mais de là à dénaturer l'épicière de la sorte... Là encore, les choses n'iront pas en s'arrangeant.  
  • Les histoires des cœur entre les flics sont marrantes deux minutes mais guère plus ! L'idée d'instiller une fille dans l'équipe pour que les deux compères (dont l'un a une tête d'écureuil pré-pubère) soient en rivalité me semble un peu surfaite. On pourrait s'en passer sans problème.   
  • Pour finir, on n'échappe pas au fameux épisode musical qui sévit dans beaucoup de séries télévisées, même si les frais sont limités aux dernières minutes de la saison, à savoir, le mariage de Karen Jackson et Jamie Maguire. 

Si vous voulez voir ce que ça donne en vidéo, même si vous savez déjà tout : allez voir par là. :-)


Shameless 
Saison 4 (2007)
8 épisodes : 7 de 40min + 1 de 70min 
Paul Abbott 
Diffusion Channel 4 au Royaume Uni et Virgin17/DirectStar en France. 


* Générique VF à partir de l'épisode 4