jeudi 20 juillet 2017

Les Cités des Anciens 7 - Le vol des dragons - Robin Hobb (2014)


Une incursion tardive dans l'univers de Harry Potter _eh oui, comme vous le savez déjà, j'avais toujours pris soin d'éviter ce monstre littéraire jusqu'à ces derniers mois_ a retardé ma traversée des Cités des Anciens de Robin Hobb. Il est temps de s'y remettre ! 




Où est-ce qu'on en était ? 

Au moment où tous les personnages principaux sans exception reçoivent quelques tuiles sur le coin du nez ! 

A Kelsingra, les Anciens et les dragons ont presque atteint l'apogée de leur évolution : les ailes, les écailles et les regards perçants des premiers flamboient, tandis que les seconds s'élèvent dans les cieux pour mieux fondre sur leurs proies. Tous se préparent à passer une belle et une très longue vie en ces lieux magiques qu'ils découvrent jour après jour, mais leur bonheur est bientôt terni par un constat : pour rester beaux et puissants, ils doivent régulièrement tirer d'un puits un peu d'argent liquide qu'il leur faut ingurgiter. Or, ce "puits d'argent" est introuvable : il deviendra vite la nouvelle quête des anciens parias du Désert des Pluies. 


"Jack, je vole ! Et aussi bien que les dragons estropiés !"


Le capitaine Leftrin est maintenant tout proche de la cité des Anciens ; il transporte non seulement une sacrée cargaison de vivres et de produits de première nécessité, mais aussi Malta et Reyn Khuprus. Ces derniers comptent sur le pouvoir des dragons pour donner de la force à leur petit Phron, qui en manque cruellement.  


La vivenef est suivie de près par des navires vraisemblablement résistants aux eaux acides du Fleuve ; si personne ne saurait dire qui ils sont et quelles sont leurs intentions, l'équipage du Mataf n'a aucun doute sur leur détermination. A aucun moment, Leftrin et sa bande n'auront réussi à les semer. On devine qu'au fond d'une cale chalcédienne inconnue, Hest se terre en attendant des jours meilleurs ; difficile de ne pas faire le lien entre sa cachette et le bateau warrior qui étonne les matelots. 

"Jack, je vole plus !"

A terre, Selden "l'homme dragon" a été livré en pâture au vieux duc de Chalcède afin de le soigner en lui sacrifiant sang et écailles. Mais le noble comprend que le médicament et plus malade que lui et le confie aux bons soins de sa fille Chassim : pas question qu'il s'intoxique en avalant sa morve de reptile défraîchi ! Il le coupera en morceaux quand Selden Vestrit se sera retapé ! Une connivence s'instaure très vite entre la jeune femme en manque de reconnaissance et l'Ancien déchu...   

Les colosses aux pieds d'argile 

Tome 7, tome des chutes plus ou moins douloureuses... Qu'elles soient sentimentales _ le triangle amoureux formé par Thymara, Tatou et Kanaï est maintenant reconnu par tous comme stérile_, techniques _ les vivenefs n'ont plus le monopole du fleuve_, ou personnelles _Anciens et dragons prennent conscience de leurs limites, elles tombent sur les personnages comme autant de couperets..

La dragonne Tintaglia illustre parfaitement le phénomène, puisque sa blessure pourrissante l'amène à ravaler son dédain pour les hommes ; c'est en battant de l'aile qu'elle tentera de rejoindre ses admirateurs de toujours : les Khuprus. Au fond, on se dit que ça ne lui fait pas de mal, à cette grande prétentieuse, mais celui qu'on est vraiment heureux de voir galérer, c'est Hest ! Le petit marchand freluquet en a rabattu depuis qu'il a vu le sang couler, au point d'accepter de jouer les soubrettes pour des Chalcédiens sans foi ni loi. Robin Hobb a parfaitement réussi à nous faire détester son méchant, encore faut-il qu'elle ne pousse pas le happy end jusqu'à lui sortir la tête de l'eau ! 




Les feux d'artifice : t'en as vu un, tu les as tous vus ! 

Car cette issue "bouquet final" où tous les gentils retomberont sur leurs pattes dans la joie et la bonne humeur, au terme d'une confrontation explosive à proximité de Kelsingra, le lecteur la sent venir. Est-ce parce que j'ai encore en tête la conclusion des Aventuriers de la Mer ? Est-ce parce que j'ai fait le tour de l'oeuvre de Robin Hobb et que le charme commence à s'estomper ? Sans doute ne suis-je plus la lectrice qui a plongé dans L'Assassin Royal pour fuir la détresse du quotidien dans laquelle elle se noyait ? Non pas que je gère beaucoup mieux maintenant, mais c'est différent ^^. Toujours est-il que la fin des Cités des Anciens me semble quelque peu prévisible. Si je me trompe, je ferai la rectification dans le prochain biller, soyez-en sûrs. 

Mais pour l'instant, la curiosité avide et le suspense qui m'ont conduite à dévorer les précédentes séries est limitée ; j'ai toujours l'impression de ne pas m'attacher aux personnages et l'envie de leur coller des baignes se fait parfois sentir. Enfin, si je n'y suis pas totalement indifférente, cela veut dire que Robin Hobb a bien fait son boulot, remarquez ! Bref, je lirai la dernière partie de la saga très bientôt, avec grand plaisir, et avec l'assurance de ne pas voir les minutes s'égrener sur le compteur de mon tapis de marche, mais sans que le coeur s'emballe pour autant. 

A vous de voir ! 

HOBB, Robin. Les Cités des Anciens 7 - Le vol des dragons. J'ai Lu, 2014. ISBN 2290085979

samedi 8 juillet 2017

MANGA - Terra Formars - Asimov - 1 - Ken Ichi Fujiwara ; Boichi (2015)


Voilà une quinzaine de jours que j'ai reçu le premier tome du manga Terra Formars - Asimov, conçu par les mangakas Fujiwara et Boichi ; il m'a été envoyé par la maison d'édition Kaze dans le cadre de l'Opération Masse Critique de Babelio : merci à eux ! S'il m'a fallu autant de temps pour réaliser ma critique, c'est, d'une part, parce qu'on a déménagé le collège en vue de sa démolition prochaine _on a vite compris que cet événement pouvait nous servir de prétexte pour justifier un tas de choses, et d'autre part parce que j'ai pris le temps de savourer ce petit bijou !



L'histoire... 

... à supposer que j'aie tout compris !  

Au XXIème siècle, les hommes se sont mis en tête de "terraformer" la planète Mars en y implantant des cafards. Cinq cents ans plus tard, une équipe est envoyée sur les lieux pour voir ce que l'essai a donné et découvre avec stupeur que tout ne s'est pas passé comme prévu... Certes, les cafards se sont adaptés à leurs nouvelles conditions de vie, se sont reproduits... mais sont devenus des mutants énormes et dangereux ! La planète rose grouille maintenant de cafards géants qui font "sguish sguish" et la cohabitation avec l'homme n'est pas vraiment envisageable. Pour que les Terriens arrivent à leurs fins, ils devront se débarrasser de ces grosses bestioles ; or ils n'en ont pas les capacités physiques. Cerise sur le gâteau : les explorateurs ont ramené sur Terre un virus inconnu qui n'a guère tardé à se propager. 

Dans les couloirs de l'U-NASA de Moscou, le commandant Sylvester Asimov et sa fine équipe rongent leur frein : grâce à leur pouvoir _ils ont bénéficié d'une opération leur permettant de se transformer en bête ou en plante vénéneuse, ils font partie de l'élite chargée d'aller sur Mars casser du cafard et trouver un remède au fléau. Pas de chance, le vaisseau censé les y conduire est kaput, mais ils savent qu'ils peuvent compter sur leur boss pour leur donner de quoi s'occuper : un effrayant mafieux sévit à Saint Petersbourg. Surnommé Ded Moroz, le type en question semble avoir été opéré lui aussi de façon à pouvoir muter en ours polaire lorsqu'il le juge opportun. Asimov doit le neutraliser sinon le tuer. Jusque là, tout va bien. Sauf qu'en butant quelques subalternes, il apprend l'existence d'un trafic d'oeufs de cafards mutants au sein de la mafia et là, ça ne le fait plus vraiment rire : en effet, l'éclosion non maîtrisée de ces bébés cafards marquerait purement et simplement la fin de l'humanité sur Terre.... 

Les cafards, c'est la vie 

Bon, j'ai essayé de faire simple mais c'est bien difficile lorsque les héros jouent sur autant de tableaux différents ; pour remettre les événements dans leur contexte, il faut déjà savoir que Terra Formars Asimov 1 est un spin off de la série Terra Formars que je ne connais pas encore, mais dans laquelle les soldats terriens du XXVI° siècle sont envoyés sur Mars pour éliminer des cafards mutants. Ainsi, Terra Formars - Asimov est une sorte de focus en deux tomes sur une partie des personnages phares de la "grande" série. On pourrait croire qu'aborder cet univers futuriste par la porte du garage gêne la compréhension de l'histoire, mais ce n'est pas du tout le cas. Cela peut donner envie d'en savoir plus, au contraire, et d'avoir des réponses à des questions du type : pourquoi est-ce qu'on a implanté DES CAFARDS sur Mars au lieu d'y mettre des poules ? Pourquoi le scénariste a-t-il choisi ces insectes toujours associés au nuisible et à la saleté comme ennemis à abattre ? Il est vrai que Boichi dessine tellement bien ces grosses bêtes luisantes au regard abruti qu'elles ne nous inspirent que du dégoût et qu'on n'a pas vraiment envie de les défendre. 



Mais quand même ; en tant que fan de La Métamorphose de Kafka, je ne perdrai pas une occasion de râler : c'est un peu facile de s'en prendre toujours aux mêmes. Les cafards, c'est la vie ! 


 Musclés sentimentaux 


Pas de doute, Terra Formars Asimov est un manga qui associe fort bien science fiction et baston : ça cogne sans être trop bourrin, dans le sens où on sait qu'en arrière plan une vraie histoire suit son cours et qu'un rebondissement nous attend à l'issue du carnage. Deux personnages ultra-virils se démarquent et se font face : Sylvester Asimov, le colosse roux déjà mûr, adepte du cigare même lorsqu'il se bat _comme quoi fumer ne tue pas toujours, et le jeune Bvak Berbenko, qu'on voit peu dans le feu de l'action mais qui est très présent dans les souvenirs du commandant. On devine qu'ils ont combattu la Russie quelques années auparavant, Bvak étant sous la houlette d'Asimov, mais que leurs destins se sont séparés. L'un a rejoint la mafia, l'autre est passé du côté "des Russes". Il semblerait que Bvak ait gardé rancune de ce retournement de veste. Pour Asimov, l'animosité ne perce pas lorsqu'il pense à son disciple prometteur ; que se passera-t-il si leurs chemins se croisent de nouveau ? Les deux hommes ont assez de points communs pour trouver un terrain d'entente : ils ont des enfants atteints du mystérieux virus pour qui ils remueraient ciel et terre, du courage à revendre et une faculté à muter en animal sauvage. Mais surtout, ils ont partagé une amitié forte et indestructible, dont il doit bien rester quelques bribes !  


Un manga pour adultes 

Depuis, Asimov s'est constitué une équipe de choc dont les différents membres ne manquent pas de personnalité : Elena et Ivan, les frères et soeurs toujours prompts à se transformer en plantes vénéneuses, et Tatiana, plus empruntée mais volontaire. Si Ivan joue encore les adolescents attardés et ne semble pas maîtriser pleinement ses pouvoirs, Elena a autant de sagesse que de poitrine, ce qui n'est pas peu dire ; ah, oui, il faut le savoir : évitez d'offrir Terra Formars Asimov à votre petite dernière qui aime les mangas d'action où les gens se transforment en animaux ! La mise en scène des personnages féminins est quand même assez osée, et c'est un peu l'ombre au tableau de cette belle découverte : entrevoir une chatte ou un string toutes les deux pages, ça va deux minutes... 



On apprécie que les filles ne soient pas "juste" ici des objets sexuels dont on admire les dessous, mais les véritables têtes pensantes de l'histoire ; pourtant, ce manga est quand même trop érotique pour être mis entre toutes les mains. Dommage car l'histoire est intéressante et aborde des sujets intéressants pour les plus jeunes : la famille, l'amitié, la maladie... tout en instillant des éléments de la culture russe. En effet, les citations d'auteurs tels que Pouchkine et Tchekhov sont assez nombreuses et cette bande dessinée pourrait bien, après tout, constituer pour un collégien et même pour moi une passerelle comme une autre vers leur oeuvre. 

Verdict 


On aime : 
- le personnage de Sylvester Asimov, ce colosse au grand coeur sobrement surnomme "le dieu de la guerre", papa poule et roux cool par excellence. 
- les mutations extraordinaires des personnages : belladone, crabe géant de Tasmanie, ours polaire coupé d'autre chose... Ah, c'est autre chose que Fruits Basket ! 
- Boichi, pour ses dessins exceptionnels : les personnages deviennent hyper expressifs sous sa plume, et il est capable d'exprimer la force et l'amitié en une seule et même vignette... Je ne connaissais pas ce dessinateur, mais je ne pense pas l'oublier de sitôt.



On a moins aimé 
- le trop plein des très jeunes personnages féminins dénudés, pourtant je ne suis pas spécialement coincée là-dessus... ou alors je le deviens ! 
- de même, les représentations de cadavres déchiquetés est certes nécessaire, mais pourra influencer l'acquisition ou non du manga, en fonction de votre sensibilité. 

Vivement la suite de ce seinen bien rythmé ! Elle vient de sortir...

SI VOUS N'AVEZ RIEN COMPRIS à ce que je vous ai raconté, ce qui est fort possible, allez voir la vidéo d'un connaisseur, un vrai ! 


FUJIWARA ; BOICHI. Terra Formars - Asimov 1. KAZE, 2015. ISBN 978-2-82032-847-2


dimanche 18 juin 2017

Larme de rasoir spéciale couverture déprimante : Le Petit Criminel - Christophe Léon (2013)


Ah, là je suis tombée sur du lourd en terme de couverture déprimante ! 
Parlons aujourd'hui de l'ouvrage de Christophe Léon intitulé Le Petit Criminel



Autopsie de la couverture

Pour commencer, saluons l'artiste : l'illustration est signée Gilles Rapaport, dont vous pourrez admirer les travaux à cette adresse. Elle met en scène un gamin aux mains et au visage blafards, figé sur un fond rouge sang. Parce qu'il semble dénué de vie et parce que son expression reflète la détresse et le malheur, ce personnage attire notre attention. D'une main faiblarde, il tient un flingue trop gros pour lui tandis que son autre bras pend dans le vide, inutile si ce n'est à maintenir son équilibre général. Malgré la taille du pistolet, et bien que le garçon occupe à lui seule la moitié de la page, notre regard est inexorablement attiré par sa tête blanche... ou saturé par le fond écarlate ; tout dépendra de l'observateur. Enfin, remarquons que le "petit criminel" semble en cours d'effacement : les contours de son corps sont un peu flous, tandis que le bras qui tient l'arme est mangé par le rouge ambiant. Le "crime" qu'il a commis est-il en train de le tacher ? est-il en train de prendre le dessus sur son âme, au détriment de tout ce qui avait fait sa consistance jusqu'alors ?

En bref, une bonne couverture qui file bien le cafard, comme on les aime... et une belle illustration à admirer, à étudier...

... et à récompenser d'un Prozac d'Or !

L'histoire 

Du coup, j'ai lu le livre : il fallait bien s'assurer que l'histoire soit à la hauteur de la couverture ! 

Marc vit avec sa mère et son beau-père dans un appartement miteux de Sète ; à seulement quatorze ans, il a déjà plusieurs vols d'autoradios à son actif et d'autres conneries de moindre envergure au compteur. Le collège ? Il n'y va plus depuis quelques temps. Un jour, alors qu'il rentre chez lui, sa mère lui prend la tête car elle a trouvé un pistolet planqué sous une pile de vêtements et le soupçonne d'avoir introduit l'arme au domicile familial. Il dément, à la fois troublé et agacé. Quelques heures plus tard, le téléphone sonne et Marc décroche le combiné : au bout du fil, une jeune femme se présente, prétendant être sa soeur. Une soeur dont il ignorait complètement l'existence jusque là.

Le sang du garçon ne fait qu'un tour : Marc quitte l'appartement, emportant avec lui le mystérieux flingue. Au hasard des rues de Sète, et après avoir erré sur le port, il braque une parfumerie en parfait amateur pour cinq cent francs et... en profite pour acheter un shampoing pour sa mère, tant qu'il y est. Oui oui, "acheter" ; parce qu'il ne faut pas tout mélanger, dans la vie. Les billets en poche, le "petit criminel" quitte la boutique. En oubliant son shampoing. 

Au coin de la rue, Gérard, un policier, le guette ; il remarque aussitôt que Marc n'a pas la conscience tranquille et, sous prétexte de le raccompagner au collège, l'engage à monter dans sa voiture. Tous deux se connaissent bien : Gérard suit le dossier du jeune depuis longtemps, et s'est donné pour mission de l'aider à réussir dans la vie. Pourtant, lorsque le policier arrête le véhicule et demande de vider ses poches, Marc n'hésite pas à pointer son pistolet sur lui. Le pouvoir change de camp : l'homme au képi devient le taxi d'un adolescent qui vient de se fixer un nouvel objectif : retrouver sa soeur cachée !


Un film adapté en livre 

Le Petit Criminel est avant tout le titre d'un film réalisé par Jacques Doillon en 1990, dont l'oeuvre de Christophe Léon est une adaptation romanesque. On remarquera que la typographie du titre utilisée pour la bande annonce a été conservée sur la couverture du livre. 



L'histoire est la même, et il nous est indiqué sur le quatrième de couverture du livre que "L'ensemble des dialogues est extrait" du long métrage... ce qui au passage est inexact me semble-t-il, enfin là n'est pas la question. Adapter un film en livre est, quoi qu'il arrive, une prouesse à applaudir ; habituellement, la transposition se fait dans le sens inverse. 

On retrouve bien, dans le roman, le côté road movie qui a fait la force du film : avalant des kilomètres pour retrouver Nathalie la grande soeur, puis pour retourner à Sète, les personnages s'ouvrent les uns aux autres, apprennent à se connaître et à mettre des maux sur leurs vies ratées. Peut-être, à eux trois, arriveront-ils à recréer un semblant de noyau familial et ces repères qui leur manquent tant ? La grande différence entre le film et le livre reste le traitement du personnage de Gérard, beaucoup plus développé dans le roman. A tel point qu'il gagne dans la version écrite une place de dindon de la farce qui nous a moins sautée aux yeux lors du visionnage du film de Jacques Doillon : "le flic" est celui qui, pour avoir voulu aller au-delà de sa mission bête et méchante, se retrouve dans une situation improbable ; il est pris en otage par un gamin qui le force à le calécher où il l'exige et qui lui crache à la gueule tout son mal-être d'adolescent.

Lorsque Nathalie entre dans la partie, la voiture devient une sorte de cellule psychologique, un lieu où l'on parlemente, où l'on se menace à l'approche d'une situation de crise ; le plus souvent, deux personnages du trio restent à l'intérieur pour échanger tandis que le troisième est isolé, sciemment ou non. De la machination aux craintes et aux confidences, les deux jeunes gens insaisissables et bien incapables de savoir eux-même ce qu'ils veulent vont faire tourner en bourrique le policier... qui le leur rendra bien !

Ma mère avait la même, peinte en vert.
Toujours en panne, le bordel...

Je ne sais trop quoi penser du Petit Criminel, qu'il s'agisse du film ou du livre ; la peinture de l'adolescence tumultueuse et incompréhensible aux yeux des adultes me paraît réussie et mérite d'être lue, vue et étudiée. Mais l'histoire a quand même un peu vieilli. Ce n'est guère étonnant puisque le film date de presque trente ans ! Tout n'était pas rose dans les années 90, certes, mais si l'on devait transposer la situation de départ dans un cité, de nos jours, voilà ce que ça donnerait :



FLIC "_ Eh, y a quoi dans tes poches ?
JEUNE _ Un flingue ! Tu veux voir de plus près ? 
FLIC _... 

PAN ! 
Le flic s'effondre. 
 Ses douze collègues tombent sur le jeune et lui enfoncent une matraque dans le cul. 




A vous de voir ! 


LEON, Christophe. Le Petit Criminel. Seuil, 2013. 236 p. ISBN 978-2-02-109374-2



mercredi 24 mai 2017

lundi 8 mai 2017

Les Cités des Anciens 6 - Les pillards - Robin Hobb (2012)


Je dois vous dire que j'ai pris le temps de penser à ma gueule dernièrement... 

Les Chevaliers du Zodiaque, la série abrégée - 1
Allez jeter un oeil !

...d'où le petit craquage livresque suivant : 

Les Cités des Anciens 6 - 7 -  8

... talonné de près par l'acquisition bien trop impulsive pour être honnête d'une BD de l'auteure féministe Liv Strömquist : Les Sentiments du Prince Charles.  

Artiste découverte lors du PULP festival, qui s'est tenu fin avril à La Ferme du Buisson (Noisiel)

Bref, laissons ces jolis cygnes se faire de doux gros yeux sous un ciel d'orage pour retrouver les nouveaux habitants de la Cité Ancienne de Kelsingra, le vaisseau Mataf, et quelques personnages qu'on avait bien failli oublier ! 

Illustration couverture : Sébastien Hayez

L'histoire 

Les craintes d'Alise étaient bien fondées : en apprenant que Leftrin et son équipage ont réussi à mener à bien leur expédition, découvrant au passage la Cité Ancienne de Kelsingra, les Marchands du Désert des Pluies se sentent pousser des ailes. Pourtant, le marin s'est volontairement montré peu explicite : s'il est rentré au pays, c'est seulement pour toucher sa paie et rapporter celle des jeunes gardiens de dragons restés sur place. Pas question de montrer le chemin à qui que ce soit : chacun porte sa croix, et personne ne lui a filé aucun tuyau, à lui. Le Conseil des Marchands refuse toutefois de lui payer son dû, faute de preuves et d'informations détaillées qu'il ne donnera pas : non mais c'est quoi ce chantage ? Il en ressort outré par si peu de confiance à son égard, mais les Anciens Malta et Reyn Khupprus sauront lui apporter la reconnaissance qu'il mérite.

L'accouchement de Malta est mouvementé ; elle perd les eaux au retour du Conseil, avant même d'avoir regagné sa chambre. Etendue entre deux passerelles de lianes suspendues, elle hurle à la mort jusqu'à l'arrivée d'un inconnu chalcédien... qui ne lui vient pas du tout en aide et semble plus intéressé par sa couronne d'écailles que par son état. L'homme la transporte à l'intérieur d'un bordel et la boucle dans une cellule miteuse, où elle accouche pour de bon avant de s'échapper grâce à son audace et à quelques coups de poignard heureux. 

L'enfant, déjà très écailleux, est d'une faiblesse inquiétante... même si Malta se réjouit qu'il soit toujours vivant. Si seulement Reyn était auprès d'elle ! Or, son mari est monté à bord du Mataf, où l'on discute déjà d'un départ anticipé... 

Leftrin reconnaîtra-t-il ses compagnons de route lorsqu'il reverra la Cité des Anciens ? Rien n'est moins sûr, tant les dragons et leurs gardiens évoluent rapidement dans les airs et les eaux magiques de Kelsingra. Sintara parvient à prendre son envol et à rejoindre l'antre de ses aïeux ; les quelques heures qu'elle y passe suffisent à la transformer et à la renforcer. Thymara et Kanaï passent la nuit la cité et prennent conscience de leur statut d'Ancien, au fur et à mesure que leurs écailles se teintent de couleurs vives. Oui oui, Thymara couche avec Kanaï dans une chambre bien douillette tandis que Tatou crève de jalousie de l'autre côté du ravin, joie totale ! Pourquoi sa copine a-t-elle cédé aux ardeurs ce type perché, alors qu'elle s'est toujours refusée à lui ? Il se le demande, nous aussi, et ... elle aussi, d'ailleurs !! 

Bref, c'est son choix, et c'est...



Le retour de l'ex maléfique ! 

Le dépit du jeune gardien tatoué l'amène à demander des conseils aux gays à Sédric et à Carson, eux qui semblent avoir une vie amoureuse épanouie. Si Carson sait trouver les mots qu'il faut, justes et francs bien que désagréables à entendre pour Tatou, Sédric se rembrunit l'espace de quelques minutes. La jalousie est un sentiment qu'il connaît bien ! Ah, pour ça, il peut remercier ce connard de Hest Finbok et sa tendance à fourrer sa queue partout ! Mais à quoi bon se prendre la tête, l'amant qui l'employait comme secrétaire ne fait plus partie de sa vie, et c'est tant mieux. 

Or, seules les montagnes ne se rencontrent jamais. Hest a eu vent du retour de Leftrin, et, poussé par son père tout aussi calculateur et ambitieux que lui, il compte bien embarquer pour prendre d'assaut ces contrées oubliées. Après tout, si Alise fait partie des découvreurs potentiellement bénéficiaires des richesses de la Cité, il peut faire jouer son statut de mari pour racler quelques morceaux de choix ! Entre sa femme qui a noué une relation digne de ce nom avec le capitaine Leftrin et son amant qui roucoule tranquillement entre les bras costauds d'un bear, Finbok risque fort d'être surpris par le bonheur de ses anciens larbins. Les retrouvailles s'annoncent explosives ! Une traversée du fleuve, ça vous change une épouse soumise et un ami docile... 

BEAR POWER !

Des écailles aux écus 

Hest ne vient pas juste pour régler ses comptes et s'en foutre plein les poches. Il est aussi à la botte d'un Chalcédien qui l'a chargé de récupérer des écailles de dragons afin de soigner le Duc malade... d'être vieux, ni plus ni moins. Comme nous l'avions déjà compris dans le tome précédent, les majestueux reptiles sont devenus, au regard des hommes, des bêtes parmi d'autres. Leur chair, leurs organes et leur robe sont consommables et monnayables. Or, pour la nouvelle génération d'Anciens, et pour ceux qui ont gardé la mémoire des traditions, le dragon est le "seigneur des trois règnes" et ne peut faire le beurre des hommes. On comprend donc qu'un combat va s'engager entre ceux qui pensent écus et ceux qui brossent les écailles. A noter que l'illustration de couverture de la version poche que j'utilise (J'ai Lu) me paraît coller parfaitement à l'ambiance, puisqu'elle représente une pièce de monnaie frappée d'une tête de dragon, me semble-t-il. Au passage, Selden est toujours aussi mal traité par ses ravisseurs, tandis que sa grande dragonne Tintaglia n'est pas non plus au meilleur de sa forme...  


CDZ, la série abrégée, toujours l'épisode 1 !

Le tome "Les pillards" est un tremplin vers un feu d'artifice imminent de nouvelles aventures pour les nombreux héros des Cités des Anciens. Comme dans Les Aventuriers de la Mer, on sent que tous les personnages sont en route pour converger en un même point... qui sera sans doute un point de non retour pour certains d'entre eux. A suivre, donc !

Robin HOBB. Les Cités des Anciens 6 - Les pillards. 2013, J'ai Lu. Coll. Fantasy. 288 p. ISBN 978-2-290-07037-6     


lundi 1 mai 2017

BASTON !! Le félin, agent secret médiéval : le monstre des Carpates - Arthur Ténor (2005)


Puisque Alise est occupée à soupirer, un gobelet de tisane à la main, en pensant à Leftrin parti faire quelques courses dans le Désert des Pluies, profitons-en pour parler castagne et coups de pute à l'orée du bois. 

Au programme aujourd'hui : 

Le félin, agent secret médiéval - Le monstre des Carpates 

Ce roman pour la jeunesse partiellement illustré et épais d'un peu moins de 200 pages m'est apparu à la veille des vacances dernières, au fond d'une caisse de livres donnés au collège avant mon arrivée. Autant dire que ça date. S'il me restait une once de conscience professionnelle, je ne vous dirais pas que j'avais complètement zappé de cataloguer ces quelques ouvrages ; et pourtant, c'était bien le cas. 

Le guerrier armé bien décidé à sortir de la couverture m'a fait rire, tant il représente à lui seul l'idée qu'on se fait des aventures chevaleresques, de même que le titre quelque peu anachronique d'"agent secret médiéval" dont il est affublé _allez, pas la peine de chipoter en disant que le type sur l'image n'est peut-être pas le "félin", qu'il faut lire les premières pages, etc : le héros, c'est forcément lui ! 





Le prince Vlad, surnommé le Monstre des Carpates par ses ennemis comme par ses alliés, en référence à ses violentes colères, n'est pas content du tout. Au réveil d'une soirée arrosée, il s'aperçoit qu'un marchand de passage l'a dépouillé de son précieux talisman. L'homme en question se nomme Corso ; il venait d'un village d'Auvergne et a du y retourner sans demander son reste peu après son méfait. Vlad se laisse aussitôt conduire en France par sa rage, avec pour seul garde-fou le conseiller Hourlov.

Alors que le prince et ses hommes débarquent avec la ferme intention de déclencher les hostilités et d'embrocher quiconque refusera d'apporter son aide à la recherche du talisman, le chevalier Yvain de Bréa et Dame Isabeau font le tour des échoppes clermontoises en toute quiétude. A travers le regard du jeune écuyer hyperactif Gilles, on apprend qu'Isabeau est la fille du seigneur Hughes de Montbrisac, que son maître _Yvain, dit "le félin" ! n'ose pas trop sauter le pas en la demandant en mariage. Pourtant, cela se fera sûrement et à ce moment-là il espère bien bénéficier d'un droit de cuissage. Non, je vous rassure, ce n'est pas ce qui est dit : il s'agit d'un livre pour enfants, je le répète. Mais Gilles aime Isabeau, et pour lui prouver son dévouement, il part en quête d'un cadeau original à lui offrir. Sur un étal, il dégote un bijou que le marchand lui présente comme étant le "talisman des Carpates". Ah ah, comme de par hasard ! Il l'achète... et se le fait aussitôt dérober par un mendigot ! Le garçon revient vers Yvain et Isabeau les mains vides mais alourdi de sacrées boules ! Il se garde bien de narrer l'intégralité de sa déconvenue, mais comme vous vous en doutez, l'événement n'a rien d'anecdotique ! 
"Qui est partant pour l'aventure ???"

A quelque temps de la petite embrouille, un émissaire du prince Vlad se présente aux portes du château de Montbrisac, sous les regards surpris et inquiets du Seigneur Hughes et de son fidèle Félin : le souverain a traversé le Saint Empire Germanique pour retrouver un certain Corso...  


Le Monstre des Carpates est l'une des nombreuses aventures qui composent la série Le félin : agent secret médiéval. Pas sûre qu'elle soit connue et reconnue à sa juste valeur, de même que son auteur publié sous le nom d'Arthur Ténor, et ma foi, c'est dommage. La professeure documentaliste a peu adhéré à une histoire certes riche en rebondissements, mais dont l'intrigue est vraiment trop tirée par les cheveux à mon goût ; la collégienne aurait peut-être bien aimé, mais se serait perdue en route ! 
Bref, les élèves feront leur choix. 

ahah désolée mais ce slogan est tellement chelou !

Cependant, les personnages de cette série apportent incontestablement un vent de fraîcheur sur le monde des chevaliers occupés à se taper dessus sous les yeux attendris d'une Dame haut perchée dans sa tourelle : bien sûr, les scènes de combat sont présentes _sinon j'aurais pas mis ce billet dans la catégorie BASTON !!, ah !, le sang coule et on ramasse du cadavre, y compris du côté des gentils. Bien sûr, on retrouve les codes du genre : le preux, le noble daron et sa fille bonne à prendre, le beau château, les manants incultes mais pas si cons, l'ennemi bourrin... sans doute pour mieux les casser ! 

  • Ici, les hommes de l'Est sont plus stratèges qu'ils en ont l'air et donnent même une bonne leçon d'humilité aux Auvergnats en les enfumant comme de gros harengs, lors de leur première confrontation. 
  • L'histoire ne dit pas si Isabeau donne dans la couture, mais on constate par contre qu'elle ne fuit pas devant le combat, au contraire ; et ce malgré les gémissements de son mec et de son père. 
  • Yvain, le héros, le malin, _bon ok, il est perspicace et stratège... mais j'ai pas trop vu en quoi il pouvait être qualifié d'"agent secret" ; peut-être ai-je mal lu ? Yvain donc, commet une erreur, se trouve naze et à abandonner ! Le cas est assez rare pour être souligné. Il lui faudra les encouragements de ses proches pour lui remettre le pied à l'étrier. 
  • Le Félin n'est pas le seul guerrier faillible dans cette aventure : Vlag, le "prince teuton", le "monstre des Carpates" n'est devenu hargneux qu'à la suite d'une peine de coeur _je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler.. 

En conclusion, et parce qu'il ne faut jamais se fier aux apparences, ce petit roman aux chapitres ponctués des belles illustrations de Matthieu Blanchin mérite qu'on s'y attarde.

Pour un résumé plus neutre et mieux écrit que le mien, rendez-vous ici ! 

TENOR, Arthur. Le félin, agent secret médiéval - Le monstre des Carpates. Editions Lito, 2005. 176 p. ill. ISBN 2-244-44251-9



AH ET SINON, à part ça.... 

C'est gratuit... 

... et ça le restera toujours !

dimanche 16 avril 2017

MANGA - Sunny Vol.1 - Taiyou Matsumoto (2014)



Après avoir parlé de Negima !, Drôles de racailles et Hero Mask tout récemment, nous nous intéressons aujourd'hui à un manga beaucoup moins explosif mais tout aussi étonnant. Voire plus puissant : allez, ça ne fera de tort à personne que de le reconnaître. Il s'agit du volume 1 de la série Sunny, créée par Taiyou Matsumoto, un artiste bien connu des amateurs de BD japonaises. Sorti au Japon en 2011, le manga est arrivé en France en 2014. 




L'histoire 

Sunny raconte le quotidien d'un foyer d'accueil pour enfants abandonnés ou retirés à leurs familles pour des causes plus ou moins obscures. Les éducateurs Adachi et Mitsuko font de leur mieux pour élever les pensionnaires et leur apporter sécurité et affection, mais leur tâche n'est pas de tout repos ! Ils doivent composer avec une poignée de filles et de garçons de tous âges dont certains donnent du fil à retordre : Kenji asphyxie tout le monde avec ses cigarettes, tandis que Haruo se donne des airs de petite frappe en cherchant la bagarre et en faisant pleurer les filles. Junsuke est un adepte des jeux bruyants et a tendance à chouraver "tout ce qui brille". Autour de ces trois terreurs gravitent une bande de fillettes bavardes et rieuses, dont Megumu et Kiiko, un chien efflanqué que les enfants promènent à tour de rôle, un homme handicapé mental mais parfait dans son rôle de nounou : Tarô. Le directeur de la structure, joliment nommée Foyer Hoshino Ko, "Les enfants des étoiles", pose un regard bienveillant sur la tribu depuis la chaise longue qu'il ne peut plus quitter. 

Pas facile de s'isoler lorsqu'on vit les uns sur les autres. Heureusement, la Sunny jaune est là, garée à côté du foyer, indéboulonnable. "La Sunny", c'est une vieille voiture en panne que les enfants se sont réappropriés pour jouer, rêver, échanger leurs secrets et leurs revues douteuses. Tout le monde a le droit de la squatter, sauf les adultes. 

Un jour, un nouveau garçon arrive au foyer. Il s'appelle Sei, il porte de grosses lunettes d'intello et n'a pas vraiment l'intention de s'intégrer, convaincu qu'il ne va faire qu'un passage éclair aux "Enfants des étoiles". 




La voiture de tes rêves 

Frappée par le jaune rutilant de la carrosserie, l'attention de Sei est tout de suite happée par la Sunny. Junsuke, le petit rouquin cleptomane, lui annonce la couleur : ok, cette voiture ne roule pas, mais lorsqu'on est dedans, on fait ce qu'on veut et on devient qui on veut. Matsumoto nous fait notamment partager les jeux et rêveries de Haruo et de Sei : elles en disent long sur leurs ambitions et leur état d'esprit. Le premier, qui n'est autre que le rebelle aux cheveux blonds dont le visage est représenté sur la couverture du volume, s'imagine en traître agonisant, tout juste bon à nourrir "un coyote". Belle estime de soi ! D'ailleurs, il me fait beaucoup penser au grand blond retardataire et en manque d'affection dans Elephant _ ça faisait longtemps que je n'avais pas eu l'occasion de glisser un clin d'oeil à ce film.


Elephant, Gus Van Sant (2003)

Sei, lui, s'imagine au volant de la Sunny en marche, rentrant à la maison et retrouvant ceux à qui il était attaché : ses parents, son école, son quartier. Il semblerait que le bonheur ultime, ce soit de quitter le foyer. D'autres utilisent la vieille épave pour ruminer leur peine et leur rancœur, comme le font Kenji et sa sœur Asako lorsque le jeune homme revient d'une visite peu concluante chez leur père alcoolique. Dans tous les cas, ce quartier général des enfants hébergés est une passerelle vers un avenir meilleur, où tous seront libérés de tout ce qui les parasite : l'école, les enfants "des maisons", c'est à dire ceux qui ont la chance de vivre auprès des leurs, leurs problèmes familiaux. En gros, tout ce qui leur renvoie en pleine gueule la dure réalité. 


En quête de repères 

A deux reprises, on perçoit une hostilité réciproque entre les "enfants du foyer", pas toujours copains à la maison mais soudés à l'extérieur, et les "enfants des maisons". Haruo sèche les cours en partie parce qu'il considère que leur contact lui est néfaste, et méprise ses voisins de chambre lorsqu'il les prend en train de sympathiser avec des gosses de l'extérieur. De leur côté, les écoliers et les copains de Kenji se moquent plus ou moins ouvertement des jeunes habitants du foyer : ce sont au mieux des cas sociaux qui puent, au pire des détraqués. Effectivement, les petits squatteurs de la Sunny sont tous un peu perturbés et expriment leur souffrances et leurs traumatismes comme ils le peuvent. Le mangaka, qui ne cache pas la dimension autobiographique de son oeuvre, peint avec beaucoup de réalisme la complexité de ces enfants perdus : Junsuke nie son côté chapardeur et se promène la goutte au nez du matin au soir dans l'indifférence générale, Haruo sniffe de la Nivea parce que ça lui rappelle sa mère, Kiiko se rêve déjà une vie sexuelle et fait croire qu'elle est dans le viseur d'un pervers pour attirer l'attention de ses camarades de classe. Megumu a tendance à déprimer et la vue d'un chat mort va même la plonger dans le désespoir le plus total : si elle mourrait, qui la pleurerait ? Les deux pauvres éducateurs, secondés par l'aînée des pensionnaires, sont parfois largués en dépit de leur bonne volonté. 

On est bien loin de l'orphelinat à la Dickens et tant mieux, tiens : ici, le jeune Adachi se fait tutoyer et remballer sans ménagement lorsqu'il essaye d'exercer son autorité sur des jeunes gens sans repères. Les codes, les repères, l'amour d'une famille, voilà ce qui manque aux Enfants des étoiles pour s'intégrer et ne plus être montrés du doigt par leurs pairs. Abandonnés au milieu de l'échiquier de la vie, ils ont tout pour jouer _ils sont nourris, logés, suivis de près, mais leurs vies chaotiques font qu'ils ne connaissent plus les règles du jeu...


Image trouvée sur le Tumblr d'un fan de Taiyou Matsumoto
http://taiyomatsumoto.tumblr.com/


Sunny me réconcilie avec le manga, que j'aborde toujours avec méfiance et auquel j'ai un peu de mal à accrocher, allez savoir pourquoi ! Une fois n'est pas coutume, ce premier volume est un vrai coup de coeur et me touche assez pour que j'aie envie de continuer à lire des aventures de ces enfants, tous aussi tordus et attachants les uns que les autres. Après avoir fait un tour sur ce qui se disait au sujet de cette BD sur la blogosphère, il m'a semblé qu'on critiquait souvent le côté "vieillot" ou "simple" du dessin. Pour le coup, je ne suivrai pas le mouvement ; déjà, sans savoir exactement quand se situe l'action, je dirais qu'elle se déroule au plus tard dans les années 70 - 80, vu les modèles de voitures, les téléphones, les vêtements des personnages. Les illustrations de la couverture et des premières pages arborent des couleurs chaudes, dans des teintes jaunes qui font honneur à la Sunny ; enfants et adultes du foyer sont peints sans prise en compte des codes du manga, certes, mais cela permet de mettre en valeur leurs imperfections pour un plus grand réalisme. Les autres personnages ont des visages plus communs, lisses, durs à différencier, dénués de chevelures "floues" ou blanchies ; pas étonnant, ce sont les "normaux" !

Poignant mais pas larmoyant, cette BD est à mettre dans tous les collèges et lycées !
  
On est comme on est ! 


MATSUMOTO, Taiyou. Sunny Vol. 1. Kana, 2014. Coll. "Big Kana". 220 p. ISBN 978-2-5050-6107-6