mercredi 26 mars 2014
mercredi 19 mars 2014
Dans la série "Vive le 9-3" : vue de la boulangerie de Chanteloup depuis la laverie !
Parce qu'il faut bien s'occuper pendant que les fringues partouzent dans la machine !
Moins Deux Pixels étant resté au vert en Dordogne, je vous présente Monikon par le biais de son premier coup de flash.
Retouché dans Picasa (N&B + Boost)
Monikon étant un appareil photo trans FtM, merci de vous adresser à lui en utilisant le masculin.
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mercredi 5 mars 2014
SPECIAL COMBO LARME DE RASOIR + TITRE A LA CON : Le cheval qui sourit - Chris Donner (1992)
Un soir, avec Bubulle, on s'est demandé ce qu'on pourrait faire si on se retrouvait avec un cheval mort sur les bras : est-ce qu'on l’incinérerait ? Est-ce qu'on l'enterrerait ? Est-ce qu'on l'offrirait à la mer et à ses poissons après l'avoir déplacé à l'aide d'une grue ?
Sur ces belles pensées, nous nous sommes endormies, et je n'y ai plus guère repensé jusqu'à cet après-midi.
Dans la réserve du CDI, j'ai (encore) trouvé des livres que ma collègue Joséphine n'avait pas eu le temps d'enregistrer dans le catalogue. Au beau milieu des Max et Lili (série à succès en 3°, figurez-vous !), Le cheval qui sourit essayait de se faire tout petit, en espérant que je laisserais moisir dans son carton. Aurais-je du, pour la sécurité des plus sensibles ? Verdict dans quelques jours !
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| Il suffit de voir la tête des gosses pour deviner l'ambiance.... |
En commençant la lecture de ce petit roman paru dans la collection "Mouche" de l'École des loisirs _ donc destiné à des enfants âgés de 7 à 10 ans, je me suis dit que j'allais bien rigoler. En effet, j'ai bien ri, non seulement parce que c'est ce que je sais faire de mieux après boire de la bière, mais aussi parce que j'ai été fort surprise ! Vous n'êtes pas sans savoir que rien ne provoque aussi bien le fou rire que le choc crée par une situation imprévisible. Mais ce n'est pas le propos.
Je m'attendais à me taper une version dépailletée de "Mon petit poney", c'est un remix gore de Stewball qui s'est présentée à moi. J'exagère à peine.
Comme un noeud dans l'estomac
C'est l'histoire d'un petit village qui se meurt, abandonné au fil des années par sa population. Forcément, l'école se vide elle aussi, au regret du maître d'école. Celui-ci se demande comment faire pour rendre la contrée plus attractive pour les enfants comme pour leur parents : et si on achetait un cheval ?
Évidemment, promener un cheval-mascotte de l'école et du village histoire de donner envie aux gens de rester... Pourquoi n'y avait-on pas pensé plus tôt ?
Mais un cheval, c'est cher, et les parents d'élèves ont moyennement envie de participer à l'achat de la bête... Par chance, l'instituteur est assez généreux pour piocher dans ses propres économies et compléter la somme demandée par le propriétaire du haras local. L'histoire se gâte lorsque l'homme, comprenant que le maître d'école ne connaît absolument rien aux chevaux, empoche les sous et refile à l'école le vieux Bir Hakeim, un canasson gravement malade, pour ne pas dire prêt à crever. Au début, les enfants ne se rendent pas compte de l'état critique dans lequel se trouve l'animal ; ils constatent juste qu'il "sourit", et il ne leur en faut pas plus pour être aux anges. En réalité, ce "sourire" est une grimace de douleur ; il ne le quittera plus jusqu'à son arrivée triomphale à l'école.
C'est alors que le cheval se met à baver méchamment. A l'agonie, il chute lourdement et irrémédiablement dans la cour de récréation, devant les gosses surpris puis effondrés.
Le maître d'école fait appel au vétérinaire, qui suggère d'achever la bête sur le champ, histoire d'abréger ses souffrances. Vraiment ? Tout ça pour ça ? Il n'y a pas d'autre alternative ? Non, mais puisque Bir Hakeim nous a fait une occlusion intestinale, on peut toujours essayer de le déboucher et de le rafistoler, mais ça lui fera sans doute plus de mal que de bien. Le vétérinaire ouvre donc le cheval, lui sort les tripes, les nettoie, les recoud, les remet en place et referme le tout, devant les gosses qui n'en ont pas loupé une miette, évidemment.
On achève bien les chevaux
Non mais, les gens de l'École des loisirs, si vous voulez pousser assez de gosses au suicide pour que le mot "chômage" soit gommé du dictionnaire d'ici quelques années, dites-le clairement ! Plus sérieusement, j'en viens à me dire que ce petit livre a tout à fait sa place au collège, car il apporte une dose de réalisme à un univers souvent teinté de niaiseries ou de puissance guerrière : celui des chevaux ! On n'hésite pas à parler de magouilles et de malhonnêteté dans Le cheval qui sourit : après tout, le propriétaire de Bir Hakeim ne fait rien de moins que rouler dans la farine un instit qui cherche à réaliser un rêve collectif ! C'est une manière comme une autre de plonger les enfants dans la dure réalité... Mais en ont-ils tous vraiment besoin ?
La lueur d'espoir est bel et bien là, même si elle vacille : l'opération des tripes du cheval vient nous rappeler qu'il faut savoir bousculer un peu le destin, jouer le tout pour le tout tant qu'il reste une chance minime de se sortir d'un mauvais pas. Parfois, il faut s'y reprendre à deux ou trois fois. Parfois, la cinquième tentative est la bonne. Parfois, c'est la septième...et c'est encore la plus belle.
Allez, je crois qu'on peut récompenser Chris Donner d'un bon petit Prozac d'Or sur ce coup-là. C'est honnête, non ?
DONNER, Chris. Le cheval qui sourit. L'École des loisirs. Coll. "Mouche". 1992. 67 p. ISBN 2- 211-012-83-3
Illustrations de Philippe Dumas.
La lueur d'espoir est bel et bien là, même si elle vacille : l'opération des tripes du cheval vient nous rappeler qu'il faut savoir bousculer un peu le destin, jouer le tout pour le tout tant qu'il reste une chance minime de se sortir d'un mauvais pas. Parfois, il faut s'y reprendre à deux ou trois fois. Parfois, la cinquième tentative est la bonne. Parfois, c'est la septième...et c'est encore la plus belle.
Allez, je crois qu'on peut récompenser Chris Donner d'un bon petit Prozac d'Or sur ce coup-là. C'est honnête, non ?
DONNER, Chris. Le cheval qui sourit. L'École des loisirs. Coll. "Mouche". 1992. 67 p. ISBN 2- 211-012-83-3
Illustrations de Philippe Dumas.
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mardi 4 mars 2014
Garulfo T.1 "De mares en châteaux" - Alain Ayroles, Bruno Maïorana, Thierry Leprévost (1995)
Quand je lis les Aigles Décapitées, je me dis que le temps n'est pas aussi puissant qu'on a tendance à le croire, car il n'a absolument aucun impact sur l'efficacité des différents albums de la série. Pourquoi ? Sans doute parce que la période médiévale n'a jamais été autant mise à l'honneur qu'aujourd'hui, et parce que les scénaristes usent d'une langue qui marie notre présent au présent de l'action. Le tout, sans lésiner sur l'humour, quand il faut et comme il faut.
Il en est de même pour Garulfo. Ce soir, j'ai découvert le tome 1 d'une série vieille de vingt ans, en pensant qu'elle était beaucoup plus récente. Eh oui, l'oeuvre d'Ayroles et de Maïorana est un classique de la bande dessinée, et pourtant je n'en connaissais rien. Ce n'est pas faute d'avoir croisé les différents albums dans les CDI, bibliothèques, librairies, etc. Mais non. A vrai dire, le dessin de m'attire pas _ ce qui ne veut pas sire que c'est moche ou râté ; mais pour mes yeux, les Garulfo qui peuplent un bac à BD ne sortent pas du lot, bien que le dessin ait pour lui cette finesse du détail que j'apprécie d'habitude. Allez savoir.
Aujourd'hui, pourtant, on dirait bien qu'on a brisé la glace et qu'on a même sauté le pas.
Garulfo T.1 "De mares en châteaux"
Oh, non, ça n'a pas vraiment été un coup de foudre tardif. Juste une gamine du club "Découvertes au CDI" _club lecture pour les intimes : chacun sait qu'au bout d'un certain temps personne ne se donne plus la peine d'être sexy _ qui a présenté cet album lu pendant les vacances, et... j'ai tellement rien compris à ce qu'elle nous en a dit que ça m'a intriguée. Vite fait j'ai calculé que ça tournait autour d'une grenouille, mais ça s'est arrêté là. Cela dit, elle a fait l'effort de lire et de présenter son interprétation de l'oeuvre, et c'est tout à son honneur ; puis l'intrigue n'est pas aussi évidente qu'il n'y paraît pour un élève de 6°.
Sitôt récupéré, sitôt embarqué !
Sitôt récupéré, sitôt embarqué !
Garulfo est une grenouille mâle (pour lui, c'est très important) aussi fascinée par les humains que dépitée par sa condition de batracien minuscule et vulnérable. Malgré les mises en garde de son ami Fulbert le canard, il passe son temps à observer les "admirables" "bipèdes" en se jurant, sans vraiment y croire, qu'un beau jour il sera un homme, lui aussi ! il foulera enfin de ses deux pieds la terre du Royaume de Brandelune.
C'est alors que...
Ah, quatre pages déchirées, c'est bon à savoir...
... C'est alors qu'il rencontre une sorcière avec qui il fait un marché : si elle parvient à le métamorphoser en prince, il lui fera profiter de son pouvoir. Séduite, la vieille lui jette un sort ; s'il parvient à embrasser une femme, il se transformera en un être humain plein d'assurance et de noblesse. Garulfo se lance aussitôt à l'assaut du château de Brandelune, où se trouve forcément la princesse à embrasser et/ou à épouser.
C'est alors que...
Ah, quatre pages déchirées, c'est bon à savoir...
... C'est alors qu'il rencontre une sorcière avec qui il fait un marché : si elle parvient à le métamorphoser en prince, il lui fera profiter de son pouvoir. Séduite, la vieille lui jette un sort ; s'il parvient à embrasser une femme, il se transformera en un être humain plein d'assurance et de noblesse. Garulfo se lance aussitôt à l'assaut du château de Brandelune, où se trouve forcément la princesse à embrasser et/ou à épouser.
L'homme, cette drôle de bestiole
Ce n'est pas faire offense aux autres artistes impliqués dans cette BD que de dire qu'Ayroles a bien contribué au succès des six tomes de Garulfo. En effet, comme je le disais tout à l'heure, le scénariste apporte une fraîcheur au texte tout en conservant les tournures d'époque. L'insupportable princesse Héphylie est à mi-chemin entre la capricieuse d'autrefois et la chieuse d'aujourd'hui, comme nous le montrent ses paroles pour notre plus grand bonheur. Si vous retrouverez sans problème cette libre poésie dans De Capes et de Crocs, il y a des chances pour que vous ne la retrouviez nulle part ailleurs.
Un ton somme toute représentatif de l'humain tel qu'on veut nous le présenter ici : admirable en apparence, et pourri à l'intérieur, tout en contrastes et en paradoxes. A la cour, aussi naïf et pur, aussi ignorant des codes sociaux que peut l'être une grenouille larguée dans un château, il n'en attire que mieux la méfiance d'un roi calculateur et les foudres de Noémie, la nourrice de la princesse dont repousse les avances d'un violent coup de pied au cul. Ce prince Garulfo qui se prend encore à se déplacer à sauts de grenouille rappelle forcément Perceval au début de sa quête, encore nis* et nostalgique des jupes de sa mère.
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| Remember le BAC... |
Les auteurs de l'album "De mares en châteaux" se sont bien évidemment amusés avec les codes du conte, et c'est ce qui ressort le plus souvent lorsque vous cherchez des critiques de cette BD, parce que c'est plutôt bien réussi : la grenouille n'est pas un prince ensorcelé mais un amphibien mal dans sa peau ; la vieille sorcière se laisse séduire et son oiseau de malheur se fait bouffer par un loup (qui lui même ...). La princesse joue les rebelles et fait des virées à cheval à la tombée de la nuit. Seule la nourrice ne sort pas du lot : elle a autant d'autorité que celle de Juliette ou que celle d'Antigone. Comment ça, Roméo et Juliette et Antigone ne ne sont pas des contes ? Oui, et alors ! On s'en branle !
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| "Juliettaaaaaaaaaaa" Miriam Margolyes - Romeo + Juliette |
Certes, le prince-grenouille Garulfo ne cherche pas le Graal, mais sa quête de virilité, de puissance et de connaissance de ces humains tant idéalisés pourrait bien aboutir à un tout autre résultat que celui espéré. Il va découvrir l'existence du mensonge, des magouilles, de la drague plus ou moins subtile, des pauvres _ceux qui tuent pour manger, des riches _ceux qui tuent pour le plaisir, puisqu'ils "chassent". Alors non, les hommes ne se mangent pas entre eux... mais parfois c'est tout comme. Si le pessimiste Fulbert avait eu raison ?
Cette BD serait sans doute à exploiter avec des collégiens dans le cadre d'un débat d'éducation civique ou autre. Là comme ça, j'ai pas d'idée précise mais il faudrait prendre le temps d'y réfléchir. Dans mon collège, Garulfo est assez peu lue et empruntée _sauf par les élèves qui ont déjà dévoré toutes les autres_ peut-être parce que le mélange poésie-termes anciens-langue moderne leur parle peu, peut-être pas. Je ne saurais dire pourquoi, au juste. Il se trouve que notre public est assez peu attiré par les univers médiévaux, de manière générale.
Ayroles, Alain ; Maïorana, Bruno. Garulfo 1. De mares en châteaux. Delcourt, 1995. Coll. Terres de Légendes. 48 p. ISBN 2-84055-045-8
______________________
*en Ancien Français : personne naïve à tendance neuneu.
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samedi 1 mars 2014
La sélection des titres à la con : Le homard en cavale, Betsy Haynes (1999)
Pour les semaines à venir, j'envisage de faire connaître aux élèves du collège la grande créativité dont certains auteurs se sont montrés capables lorsqu'il a été question de donner un titre à leur(s) histoire(s). Je sais très bien que, dans certains cas, les écrivains sont plus ou moins guidés ou limités dans leurs possibilités par les maisons d'édition dans cette partie de leur travail _ qui est loin d'être la plus simple, mais ça reste intéressant.
Très simple : je parcours les rayons du CDI en lisant les titres, et dès que j'en repère un joli, ou drôle, ou carrément chelou, je me le mets de côté. Ensuite, je les installerai bien en évidence sur une ou deux tables pour attirer l'oeil des enfants, surmontés d'une pancarte sur laquelle j'indiquerai ....
....
.... euh ...
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| (Un ange passe) |
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| (Du coup, je vous propose de prendre l'apéro en attendant qu'une idée arrive...) |
... Je n'indiquerai pas "les titres à la con du CDI", déjà... Il faut que je trouve quelque chose de plus politiquement correct, tout de même, pour que tout le monde comprenne bien pourquoi je mets ensemble des livres qui n'ont a priori rien à voir les uns avec les autres ; comme quoi, titrer est un exercice difficile. Et comme tout exercice difficile, je le remets à demain.
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| "Merci de votre compréhension" |
Aujourd'hui, nous nous intéresserons à celui-ci :
Le homard en cavale - Betsy Haynes
J'ai leu ce petit roman divertissant d'un seul trait, un soir d'insomnie ; en le refermant, je me suis simplement dit : "Cette femme se drogue." Duncan, 12 ans, et Tricia, 11 ans, sont condamnés à passer les vacances de Noël chez leurs grands parents en Floride, les pauvres choux. Alors qu'ils se demandent comment ils vont faire pour survivre aux longues heures d'ennui qui s'annoncent dans la résidence pour personnes âgées où vivent papi et mamie, une autre source de préoccupation se présente à eux : le homard géant. Oui oui. Remettons les choses dans leur contexte ; un soir, peu après leur arrivée, le grand-père emmène tout le monde dans un restaurant du bord de mer, spécialisé dans la cuisine des fruits de mer et renommé pour sa mascotte, l'énorme et vieux homard Barnabé exposé tout vivant dans un aquarium. Les enfants se sentent rapidement observés, voire oppressés par le regard insistant du crustacé, et à juste titre : le homard a une dent contre Tricia et Duncan. Il n'aura de cesse de les poursuivre lorsque, dans un fâcheux concours de circonstances, il sera amené à baigner dans une substance toxique qui fera accroître son envie de les harceler.
Le homard en cavale fait partie de la série "Froid dans le dos" de Pocket Jeunesse. Cela veut dire qu'il existe d'autres histoires toutes aussi tirées par les cheveux que celle-là ? Je pense à mes élèves, à ce livre qui n'est jamais sorti des rayons avant que je tombe dessus en me disant "c'est quoi ce titre ?", et je me demande si ça pourrait vraiment donner des frissons à un seul d'entre eux... Par contre, l'effet comique crée par certaines situations rend le livre intéressant à proposer... mais en tant que roman "humoristique". Imaginez un vieux qui conduit un hors-bord beaucoup trop vite, tout près de la plage. Imaginez les deux gosses et le deux grands parents dans l'embarcation, tout sourire, Joyeux Noël, normal. Dites-vous maintenant qu'un bateau en mer a choisi de dégazer à ce moment-là et qu'il vient d'envoyer une espèce de grosse flaque d'huile mêlée à on se sait quel produit dans la même zone, justement. Bien sûr, le vieux perd le contrôle du hors-bord, s'encastre dans LE resto où vit LE homard géant _mais personne n'a rien, rassurez-vous. Bien sûr, l'aquarium se brise, libérant la bête, qui tombe tout droit dans la flaque chimique ! Plouf ! On sent que pour Betsy Haynes, ce moment se veut fort en émotion, mais il aboutit surtout sur un passage terriblement drôle. Ah, si les aventures de Duncan et Tricia étaient adaptées à la télévision, elles créeraient un bon film du dimanche après-midi sur NRJ12 !
Sérieusement, c'est pas jojo de se moquer des enfants comme ça... mais je vais quand même le proposer en club lecture, pour rigoler. D'autant plus qu'on ressent tellement fortement la domination des personnages masculins dans ce numéro de la série qu'il peut être intéressant de s'y pencher. Duncan, le frère aîné, prend le contrôle de la situation dès que les événements tournent au vinaigre. Joe, le vieux chauffard des mers, possède le superbe bateau rutilant qui fait baver tout le monde et propose à Duncan _mais pas à Tricia_ de lui apprendre à le piloter. La grand-mère est "angoissée" la femme de Joe est la gentille qui dit deux mots et qu'on ne reverra plus jamais par la suite, Tricia s'endort pendant que Duncan tente de sauver leurs deux peaux..
Bon, j'avoue que je suis un peu méchante avec ce petit roman pour enfants, lisez-le pour vous faire une idée par vous-même.
HAYNES, Betsy. Le homard en cavale. Pocket Jeunesse. Coll. "Froid dans le dos", n°15. 1999. 120p. ISBN 2-266-09286-3
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mercredi 26 février 2014
Un dimanche de craquage livresque à Bordeaux - 2- Adieu la chair - Julia Kino (2007)
Quand j'ai repéré le roman Adieu la chair dans la fameuse bouquinerie dont je vous parlais l'autre jour, au rayon littérature pour ados, j'ai aussitôt pensé au petit trio flippant qui sévit dans mon collège.
Imaginez deux filles et un mec, élèves dans la même classe 4°, inséparables, respectivement 1m50 / 1m30 / 1m20 à tout casser, l'air sombre, du genre "calmes mais prêts à exploser" : en somme, trois infaillibles vecteurs de stress pour ma pomme au quotidien.
Imaginez les deux filles, une rousse et une brune corbeau, assises face à face à la table la plus proche de votre banque de prêt (de votre bureau, quoi, mais une fois n'est pas coutume, soyons professionnels). Le mec, debout à côté d'elles, la capuche de son sweat remontée à tel point qu'elle lui bouffe la moitié du visage et vous évoque aussitôt le Nom de la rose...
"_ E**, la capuche, s'il te plaît !
_ ...
Pour toute réponse, un bruit de capuche PARTICULIÈREMENT stressant.
_ Meeeerci E** !"
(Vous voyez, j'ose même pas mettre les prénoms)
... le mec, donc, vous dévisage de ses yeux de fouine en chasse dans un demi-sourire, tandis que ses potes font mine de se plonger dans leur ouvrage favori : Se droguer, c'est risqué. Mais si jamais il vous prend l'envie de vous lever de votre chaise et d'aller voir ce qui se passe à l'autre bout du CDI _ce qui, à mon avis, est préférable quand on accueille des élèves_ sachez que vous ne partez pas seul ! Leurs yeux vous suivent. Tous. Jusque dans les recoins les plus sombres. D'ailleurs, si leurs billes avaient une fonction "feux de croisement", ce serait bien pratique. Tels ceux des chouettes, leurs corps ne bougent pas mais leurs cous semblent doués d'une prodigieuse mobilité.
Attention, je ne suis pas en train de me faire des films en m'inspirant simplement et gratuitement de leur tête et de leur attitude : il se trouve qu'ils sont à l'origine de pas mal de conneries plus ou moins malsaines dans l'établissement et que, forcément, il demandent une attention particulière. La réalité du métier fait qu'on s'habitue à rencontrer tous les jours des "situations-type" pour lesquelles on se construit des réactions "toutes faites". Par exemple, vous êtes parfois confrontés aux bourrins qui rentrent par six en gueulant dans la bibliothèque. Vous les faites ressortir et rentrer "mieux que ça". Compter aussi avec ceux qui sont susceptibles de se prendre la tête au sens propre comme au figuré durant l'heure. Vous les renvoyez, vous faites un rapport, vous les collez,
Puis il y a les situations extra-ordinaires, voire surréalistes. Il faut bien les gérer aussi, même lorsqu'on n'est pas vraiment psychologue dans l'âme. Mais comment ? Comment faire face à l'imprévu ? Vous avez l'impression que si la rousse et la brune se lèvent brusquement au même instant, c'est parce qu'elles projettent de se griffer la gueule ou de se rouler une pelle, selon l'humeur. Quand le gars se baisse, vous ne savez pas s'il va sortir un doudou de son sac ou un poignard de son slip. Ou inversement. Je précise que jusqu'à maintenant, tout cela n'est jamais arrivé _même le doudou, mais ça pourrait, et c'est précisément ça qui est flippant. Encore plus qu'une sortie scolaire !
La brune s'avance tel un oiseau de mauvais augure, me ramenant à ma viscérale peur de ces poupées qui ouvrent de grands yeux bleus quand on les tient à la verticale.
"Madame ?
_ Oui ?
_ Je peux utiliser un ordinateur ?
_ Peut-être. Pourquoi faire ?
_ Chercher des images de morts. Pour le cours d'arts-plastiques.
_ Euh... C'est quoi, votre consigne de travail, exactement ?
_ ...
Elle garde le silence et me regarde, outrée, comme si je venais d'insulter sa mère.
La rousse intervient, comme pour calmer le jeu.
_ Non mais c'est pas vraiment ça. En fait, on cherche plutôt des cranes..."
"Et sinon, le bouquin ?"
Revenons à nos Chamois Niortais et au roman de Julia Kino, Adieu la chair. Il raconte l'histoire d'un groupe de lycéens déjà blasés par la vie et encore bien incapables de donner un sens à leur existence dans un monde qui les oppresse quotidiennement. Se retrouver tous les six pour fumer, boire, s'embrasser pour rire, échanger leurs pensées drôles ou obscure est leur seule joie. Pour ne pas dire le moment qui les rattache à la vie : une situation des plus communes, en somme.
Angie (la narratrice), Ingo, Berdeen, Malt, Bianke et Coeur-Coupant forment une belle brochette de jeunes paumés qui cherchent à tous prix à se distinguer des "pingouins", ces multitudes de gens ordinaires qui les écoeurent. Un soir, le "gang" se retrouve dans un parc histoire d'essuyer leur peine dans l'herbe ; un homme passe. Ingo se lève sans prévenir et lui fracasse sa bouteille sur la nuque. L'homme s'écroule devant six jeunes fascinés par la facilité avec laquelle on peut éteindre une vie. Pour eux, c'est un déclic : eux, les ados insignifiants, ont le pouvoir de décider qui va vivre et qui va mourir, et même mieux, d'utiliser le meurtre comme exutoire à leur douleur lancinante. C'est le début d'une série d'assassinats, d'un carnage qu'ils vont baptiser "carnaval" : jusqu'où iront-ils ?
Attention, spoiler !
Si vous comptez lire le livre, je pense qu'il vaut mieux que vous n'alliez pas plus loin ; mais libre à vous de continuer ou pas.
"Et puis d'un coup, j'ai compris. Nous étions semblables à tous les lycéens _ nous venions juste d'avoir une plus mauvaise idée que les autres."
L'écriture de Julia Kino est magique ; enfin, disons que j'y suis particulièrement sensible. Adieu la chair tape sur le lecteur et tape juste, à coups de phrases nominales, de traits d'esprit, de références culturelles plus ou moins intello mais toujours à propos, de descriptions de scènes du quotidien qui nous parlent à tous, mais qu'un rien peut rendre complètement surréalistes... Voilà, je pense que d'entrée, on adore son style ou on le déteste. Personnellement, j'ai rarement autant cité de phrases d'un roman sur Babelio !
Si le début de l'histoire et son explosion de jeunes cœurs trop longtemps engourdis m'a bien emballée, la tournure que prennent les événements m'a laissée pleine d'interrogations. Mais c'était peut-être le but. Au bout de quelques temps, le "gang" décide d'arrêter de tuer gratuitement des gens au détour d'une rue, la satisfaction qu'ils y trouvaient étant épuisée. Pourtant, rien ne les empêche de continuer : pas trace d'enquêtes ni de soupçons autour de "leurs" morts dans cette petite ville de "Here" dans laquelle ils se repèrent les yeux fermés. Mais non. L'été venu, ils prennent le train et partent en vacances sans destination précisée, avec dans leurs poches l'argent prélevé sur les dépouilles de leurs victimes _ ne cherchez pas de morale et de justice dans ce livre, vous n'en trouverez pas ! L'un d'eux se fait la malle en chemin, les cinq restants achètent un grand appart à Budapest, et décident d'y rester pour une durée indéterminée. Petit à petit, les jeunes vont réfléchir à leurs meurtres, leurs vies, renaître et se reconstruire dans une ville et une société qu'ils ne connaissent pas et qui ne les connaît pas assez pour les juger...avant de se séparer. Cette seconde partie du roman est plus lente, plus posée, moins énergique, même si elle diffuse une force différente : là encore, on aime ou on n'aime pas.
La première partie de Adieu la chair reste pour moi la plus intéressante, parce qu'elle parle de cette zone trouble où l'on peut passer à l'acte comme ne pas y passer : c'est souvent un détail qui fait la différence, une étincelle qui met le feu aux poudres ou qui se perd dans l'air, au choix. Rien à voir avec les fusillades dans les écoles aux Etats-Unis, qui sont souvent préméditées, calculées... Mais plutôt l'éclair de folie qui amène quelqu'un à pousser son semblable sous un métro, comme ça, sans vraiment pouvoir expliquer pourquoi après coup. Au fond, les exploits sanglants des six personnages de Julia Kino sont tellement... possibles !
La dernière fois que j'ai eu un sentiment comparable, c'était en lisant Un roi sans divertissement de Jean Giono. Ceux qui ont passé un Bac L aux alentours de 2004 comprendront à peu près de quoi je parle. Les autres un peu moins, sans doute.
La scène se déroule au milieu du XIX°siècle, dans un village retiré de la région de Grenoble où l'on s'ennuie ferme mais où il se passe tout de même des choses. Un jour, Frédéric, le propriétaire de la scierie du coin, découvre un cadavre dans le grand hêtre tout proche de son lieu de travail. C'est celui d'une des jeunes filles disparues quelques temps plus tôt ; il donne l'alerte et fait appel à Langlois, une sorte de gendarme qui s'installe dans le village et découvre à quel point c'est mort. Cela dit, il finit par repérer et tuer le coupable, si mes souvenirs sont bons. Sauf qu'à cette occasion il se découvre un goût particulier pour le meurtre et le sang qui va l'effrayer et le bouffer. Il est possible que je vous dise des grosses conneries parce que ma lecture de ce premier volet des "Chroniques" de Giono remonte à dix ans, d'autant plus qu'à l'époque j'avais pas tout capté du premier coup. Mais l'idée générale de l'oeuvre était que les gens qui s'ennuient sont capables de tout pour sortir de l'ordinaire : aller à la messe, chasser et tuer son voisin sont des manières comme d'autres de s'occuper l'esprit et les mains. Je me souviens que ma prof de littérature avait fait plein de rapprochements avec les Pensées de Pascal, c'était super intéressant ! J'espère bien pouvoir m'y replonger un jour.
Le mot de la fin : je ne mets pas Adieu la chair au CDI ; déjà, le roman s'adresse plus à des lycéens, et en plus, je ne voudrais pas que ça donne des idées ! Certains en ont déjà bien assez ! Ah ah !
Références citées ici :
GIONO, Jean. Un roi sans divertissement. Gallimard. Coll. Folio. éd.2004. 244p. ISBN 2-07-036220-5
Ouvrage publié en 1948
Première édition dans la collection Folio : 1972
Exemplaire utilisé : 2004
KINO, Julia. Adieu la chair. Sarbacane. Coll. Exprim'. 2007. 186 p. ISBN 2-84865-158
mercredi 19 février 2014
Un dimanche de craquage livresque à Bordeaux : Détenu 042, Yua Kotegawa (2002)
Dans la vie, y en a qui se passionnent pour les fringues. Moi c'est plutôt les bouquins !
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| Ok !! |
Mais non, je ne parle pas que de livres...
Un jour, je vous le prouverai ; mais pas aujourd'hui !
Qui dit "vacances d'hiver" dit passage obligé par Bordeaux ! J'ai profité de l'ouverture dominicale de la FNAC et de la bouquinerie du cours Victor Hugo pour me lâcher sur les manga et BD. Le craquage s'est opéré dans un but purement professionnel d'approfondissement de mes connaissances en littérature pour la jeunesse, histoire d'atteindre les objectifs de la politique d'acquisition du CDI. Si si !
"Même Silver Spoon ?
_ Surtout Silver Spoon ! C'est l'histoire d'un gosse qui se retrouve dans un lycée agricole alors qu'il n'aime pas la campagne : sensibilisation à l'orientation mon gars, à l'importance du projet professionnel, du webclasseur ONISEP et tout et tout !"
"Même Détenu 042 ?
_ Bien sûr ! C'est un manga qui traite de la peine de mort à travers la reconversion d'un meurtrier comme jardinier dans un lycée. En plus, l'intrigue est développée sur cinq volumes : tellement pratique en collège !"
"Même Judge ?
_ Oui oui.. Ok, ça a l'air un peu gore. Mais des thèmes intéressants y sont abordés : rapports familiaux, remords, culpabilité... Enfin d'après le résumé...
"Même Walking Dead ?
_ ... Ouais non. Là j'avoue, c'est juste pour oim."
Détenu 042, Yua Kotegawa (2002)
Détenu 042, Yua Kotegawa (2002)
Le Quai des Livres ne propose pas énormément de manga, mais ceux qu'on y trouve valent le détour. Quand j'ai lu le résumé sur la couverture de Détenu 042, je me suis dit que j'attendrai un peu avant de m'équiper des six premiers tomes de l'énergique Fairy Tail, que je peux trouver en anime sans aucune difficulté.
Condamné à mort pour avoir été reconnu coupable de sept meurtres, Tajima Ryôhei moisit dans sa cellule en attendant que la sentence soit mise à exécution. Il ne sait pas qu'à l'extérieur, le gouvernement japonais réfléchit à l'abolition de la peine capitale : elle pourrait prochainement être remplacée par une condamnation du criminel à effectuer des travaux d'intérêts général jusqu'à la fin de ses jours. Ah, un détail : au préalable, le détenu se sera vu implanter une puce dans le cerveau, capable de lui faire exploser la tête à la moindre pensée violente.
Une équipe de chercheurs est désignée pour "tester" ce dispositif sur un cobaye qu'on aura extrait de son cachot ; Tajima est l'heureux élu. Une fois que le professeur Shiina, le scientifique chargé du bon fonctionnement des opérations, lui a communiqué son "nouveau" nom ("Détenu 042") et l'a engagé à bien se tenir, sinon "paf, pastèque" !, le voilà largué dans un lycée dont il sera chargé de l'entretien des locaux et du jardin.
On comprend bien que la "liberté" de Tajima est toute relative, même si elle demeure préférable à la mort : l'homme est placé sous surveillance 24/24, observé et analysé comme un rat de laboratoire. Il est sans cesse provoqué par les ados qui respectent d'autant moins sa fonction qu'ils connaissent ses antécédents et ne cherchent qu'à lui faire péter la cervelle. Il est insulté, explicitement mis au rang de sous-homme. Shiina le pousse à se maîtriser au mieux, non pas parce qu'il tient à le voir vivre encore longtemps, mais parce que si le Détenu 042 mourrait dès le début, l'expérience aurait un goût d'échec. Petit à petit, le lecteur a envie de le voir surmonter les injures et tenir le coup, même s'il a tué à maintes reprises.
Quelques allusions laissent penser que le meurtrier n'en est pas à sa première épreuve : combats, dettes, problèmes familiaux, enlèvement de plusieurs années ? On n'est pas loin de lui trouver des circonstances atténuantes. Yume, la lycéenne aveugle qu'il prend rapidement sous son aile, est déjà prête à lui accorder une chance de devenir un homme meilleur.
Détenu 042 m'a d'abord intriguée pour les questions quasi philosophiques qu'il soulève : où commence et où s'arrête la liberté ? pour ou contre la peine de mort ? est-on irrécupérable lorsqu'on a tué ? Peut-on apprécier quelqu'un malgré son passé plus que glauque ? On pourra se dire que tant de questions ne trouveront pas de réponse ici, étant donné qu'elles sont seulement effleurées ou traitées de manière peu approfondie. Tout va très vite, trop vite dans ce premier tome, mais peut-on vraiment reprocher cette rapidité d'exposition à Yua Kotegawa ? Il fallait bien qu'elle nous présente les personnages, les enjeux, les lieux de l'action... Les quatre suivants nous laisseront peut-être le temps de nous creuser tous ces sujets. En attendant, l'histoire peut servir de support à un débat au collège ou au lycée, et je pense le proposer aux gosses incessamment sous peu. Pour mon plus grand bonheur, comme l'imaginent fort bien ceux qui me connaissent, la mangaka a jugé bon d'insérer dans ce seinen* les prémices d'une histoire d'amûr très niaise entre Tajima et une fille (voire deux ? la suite éclairera sûrement notre lanterne à ce sujet).
Une recherche sur Internet révèle que ce titre vieux de douze ans ne semble pas avoir laissé beaucoup de traces dans le monde de la BD en général.
Pourtant, personnellement, j'ai bien aimé ! C'est peut-être parce que j'y connais rien.
KOTEGAWA, Yua. Détenu 042. Version française. Kana (Dargaud-Lombard). 2006. 210 p. ISBN 2-50500-007-7
Première publication au Japon : 2002
Résumés de mes autres craquages à suivre !
Si des connaisseurs passent par là, qu'ils ne se gênent pas pour m'indiquer des possibles boulettes figurant dans ce billet. Y a plein de codes que je ne connais pas encore dans l'univers du manga, donc n'hésitez pas à laisser vos remarques et critiques !
Une équipe de chercheurs est désignée pour "tester" ce dispositif sur un cobaye qu'on aura extrait de son cachot ; Tajima est l'heureux élu. Une fois que le professeur Shiina, le scientifique chargé du bon fonctionnement des opérations, lui a communiqué son "nouveau" nom ("Détenu 042") et l'a engagé à bien se tenir, sinon "paf, pastèque" !, le voilà largué dans un lycée dont il sera chargé de l'entretien des locaux et du jardin.
On comprend bien que la "liberté" de Tajima est toute relative, même si elle demeure préférable à la mort : l'homme est placé sous surveillance 24/24, observé et analysé comme un rat de laboratoire. Il est sans cesse provoqué par les ados qui respectent d'autant moins sa fonction qu'ils connaissent ses antécédents et ne cherchent qu'à lui faire péter la cervelle. Il est insulté, explicitement mis au rang de sous-homme. Shiina le pousse à se maîtriser au mieux, non pas parce qu'il tient à le voir vivre encore longtemps, mais parce que si le Détenu 042 mourrait dès le début, l'expérience aurait un goût d'échec. Petit à petit, le lecteur a envie de le voir surmonter les injures et tenir le coup, même s'il a tué à maintes reprises.
Quelques allusions laissent penser que le meurtrier n'en est pas à sa première épreuve : combats, dettes, problèmes familiaux, enlèvement de plusieurs années ? On n'est pas loin de lui trouver des circonstances atténuantes. Yume, la lycéenne aveugle qu'il prend rapidement sous son aile, est déjà prête à lui accorder une chance de devenir un homme meilleur.
Détenu 042 m'a d'abord intriguée pour les questions quasi philosophiques qu'il soulève : où commence et où s'arrête la liberté ? pour ou contre la peine de mort ? est-on irrécupérable lorsqu'on a tué ? Peut-on apprécier quelqu'un malgré son passé plus que glauque ? On pourra se dire que tant de questions ne trouveront pas de réponse ici, étant donné qu'elles sont seulement effleurées ou traitées de manière peu approfondie. Tout va très vite, trop vite dans ce premier tome, mais peut-on vraiment reprocher cette rapidité d'exposition à Yua Kotegawa ? Il fallait bien qu'elle nous présente les personnages, les enjeux, les lieux de l'action... Les quatre suivants nous laisseront peut-être le temps de nous creuser tous ces sujets. En attendant, l'histoire peut servir de support à un débat au collège ou au lycée, et je pense le proposer aux gosses incessamment sous peu. Pour mon plus grand bonheur, comme l'imaginent fort bien ceux qui me connaissent, la mangaka a jugé bon d'insérer dans ce seinen* les prémices d'une histoire d'amûr très niaise entre Tajima et une fille (voire deux ? la suite éclairera sûrement notre lanterne à ce sujet).
Une recherche sur Internet révèle que ce titre vieux de douze ans ne semble pas avoir laissé beaucoup de traces dans le monde de la BD en général.
Pourtant, personnellement, j'ai bien aimé ! C'est peut-être parce que j'y connais rien.
KOTEGAWA, Yua. Détenu 042. Version française. Kana (Dargaud-Lombard). 2006. 210 p. ISBN 2-50500-007-7
Première publication au Japon : 2002
Résumés de mes autres craquages à suivre !
Si des connaisseurs passent par là, qu'ils ne se gênent pas pour m'indiquer des possibles boulettes figurant dans ce billet. Y a plein de codes que je ne connais pas encore dans l'univers du manga, donc n'hésitez pas à laisser vos remarques et critiques !
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* Si j'ai bien compris, les seinen sont les manga destinés aux jeunes hommes qui ont dépassé le stade de l'adolescence à supposer que ce soit possible.
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