lundi 17 février 2014

Bohemian Flats - Mary Relindes Ellis (2014)


Toujours dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio, les éditions Belfond m'ont fait cadeau de Bohemian Flats, un roman de Mary Relindes Ellis. A moi d'en faire la critique, à présent !




Albert et Raimund Kaufmann ont du mal à trouver leur place dans une Allemagne de fin de XIX° que leur père, un brasseur rustre et autoritaire, représente si bien. Par chance, leur rencontre avec le professeur Richter et sa famille va leur apporter une lueur d'espoir : oui, un jour, ils pourront fuir ce système moyenâgeux qui les étouffe en s'instruisant et en ne craignant pas de quitter leur contrée. Albert veut devenir fermier, mais ses projets seront voués à l'échec s'il ne quitte pas la propriété familiale d'Augsbourg, car il n'est pas l'aîné de la fratrie : il sait qu'il ne pourra les réaliser qu'ailleurs. Raimund a soif de liberté, et c'est une raison suffisante de vouloir prendre son envol.

L'Amérique représente pour l'un comme pour l'autre la destination rêvée, voire idéalisée : lorsque Raimund _ qui va rapidement se faire appeler Raymond pour se donner un air américain, foule le sol du Nouveau Monde, il se sent un peu perdu et se retrouve dans les "Flats" de Mineapolis. Ces villages faits de bric et de broc sont le point d'atterrissage des nombreux Européens qui ont traversé l'Atlantique à l'aveuglette. Souvent, ils ne restent qu'une étape provisoire dans la vie de ceux qui les peuplent ; mais il arrive aussi que certains de leurs habitants s'y trouvent si bien qu'il leur devient impossible de décoller vers de nouveaux cieux.

Pour ceux qui connaissent le principe, j'aurais tendance à rapprocher les "Flats" d'une grande cité U, mais sans la fac à côté. J'ajouterais bien "avec des familles entières dedans", mais... on sait tous qu'il y en a aussi dans les résidences du CROUS. Eh ouais, quand vous aurez dormi à 5 dans 10m² plusieurs semaines consécutives, là vous aurez le droit de vous plaindre de manquer d'espace dans votre logement ! Bref, ce n'est pas le propos. Raymond _ et son neveu Eberhard (ce nom* !), s'attachent tellement aux lieux et à l'ambiance multiculturelle des flats qu'ils ne peuvent s'en éloigner sans en souffrir. Albert et Magdalena, eux, ont décidé de n'en faire qu'une escale dans leur parcours et parviennent à les quitter sans trop de peine. Malheureusement, la guerre de 1914-1918 éclate et crée des tensions jusque-là inconnues dans la population des Flats, pourtant connue pour être plus tolérante que la moyenne de l'époque : entre le sentiment anti-allemand et les revendications religieuses des uns et des autres, c'est une apocalypse dont les familles éloignées sont les spectateurs.  

En 440 pages, Mary Relindes Ellis nous dresse le destin chaotique de plusieurs familles dispatchées entre l'Europe et l'Amérique, le tout sur une trentaine d'années. Donc forcément, ça va un peu trop vite à mon goût, par moments, d'autant plus qu'une grande partie du roman est écrite (ou traduite ?) au présent de narration. On a l'impression qu'on doit expédier la dernière couche de peinture qui orne la fresque familiale pour arriver à un dénouement qui, effectivement, en vaut la peine, mais... Cela dit, cet ouvrage écrit par un auteur déjà à l'origine d'un roman et de plusieurs nouvelles reste agréable à lire. Pourtant, vous savez que je n'apprécie pas particulièrement ces longues saga familiales sans intrigue ni fil conducteur, surtout quand elles ont un côté "Petite maison dans la prairie". Du genre : je construis ma maison sur une terre désertique à la sueur de mon front, pendant que mes gosses labourent le champ avec leurs ongles, et que ma femme lave le linge dans l'eau croupie du lavoir communal tout en tendant l'oreille, pour savoir s'il n'y a pas un ours prêt à bondir juste derrière elle !

Lire Bohemian Flats m'aura permis de connaître l'existence de ces lieux atypiques et d'en savoir plus sur une période historique que jusque là j'avais seulement abordée d'un point de vue "français", si l'on peut dire... Et ça, ce n'est pas rien !

ELLIS, Mary Relindes. Bohemian Flats. Belfond, Paris. 2014. ISBN 978-7-7144-5430-0 




* T'as vu, Kao ? C'est presque aussi chelou qu'"Herveline" !
     

vendredi 14 février 2014

Suicide collectif de biscuits Fingers, ...


... jeudi, de bon matin, tout près du Carrefour City du Vieux Pays. Paix à leur âme !  


mardi 4 février 2014

Des miettes au fond de la tasse


Il paraît que ça ne se dit pas, mais le motif de la madeleine de Proust m'a toujours inspiré de gros foutages de gueule. Pas plus tard qu'hier matin, alors que j'étais conviée au même titre que d'autres documentalistes de l'Académie de Créteil à un stage du PAF, j'ai testé ma blague habituelle auprès d'une collègue que je sentais assez réceptive à mes conneries. Pour poser le contexte, je précise que nous venions d'être fort bien accueillies dans un collège du 93, avec force café, gâteaux et madeleines, et que nous en étions au moment précis où tout le monde s'arrache le thermos des mains.


"C'est marrant, quand Proust trempe sa madeleine dans sa tasse de thé, ça lui rappelle des trucs. Moi, quand je tente l'expérience, j'ai même pas le temps de croquer dedans que ça fait déjà de la merde au fond de ma tasse !" 


(C'est pas de moi !) 


Aussi, vous m'excuserez, mais pour faire remonter mes souvenirs, j'évite de jouer avec la bouffe. Le meilleur moyen est encore de prendre sa pelle et d'aller retourner son cerveau tout seul comme un grand.

  

Septembre 2001

Il est LE redoublant de la classe, celui qui nous guide dans le lycée, les premiers jours, et nous aide à ne pas confondre les salles de physique-chimie _situées dans l'"Aile de la Cité" et les salles de SVT _qui sont planquées dans l'"Aile de la Vallée". A l'entrée du couloir, au troisième étage, il nous montre l'énorme photo satellite de la Terre collée au mur. 
"Vous avez qu'à mater le poster ! Quand vous le voyez, ça veut dire que vous êtes du côté bio." 
Estelle est folle de lui, au moins pour les quinze prochains jours. 
"C'est mon voisin ! Au collège, c'est moi qui lui portais ses devoirs quand il était malade !"  
Il est tout blanc, avec des pics au gel sur la tête. Il se fout très ouvertement de la gueule d'Estelle. 





En TP de bio, il est le voisin et Sabrina et tous deux brillent par leur capacité à se moquer des profs à travers des chansons connues. 
"Chouzy, Chouzy !" Font-ils en choeur, au passage du barbu en blouse blanche qui fait semblant de ne rien entendre. 
Et lui d'enchaîner aussitôt : 
"Monsieur, j'ai entendu sur NRJ qu'un gars s'était tellement retenu de pisser que sa vessie avait explosé ! Vous croyez que c'est vrai ? 
_ Oh, non ! Répond "Chouzy", une vessie, ça n'explose pas comme ça !" 



Mai 2002 

Après l'ultime contrôle de physique (ou chimie ?) de l'année, il jette sa copie sur le bureau de Jean François, le prof. JF fronce son unique sourcil et le fusille de ses yeux rapprochés, en vain. Il a déjà passé la porte du labo comme si de rien n'était. S'ensuit un prodigieux pétage de câble de part et d'autre, dont on n'a jamais connu le dénouement.

J'adorais caricaturer ce prof.


Septembre 2002 

Ils parlent tous les deux, un peu à l'écart du groupe, et j'écoute la conversation, l'air de rien. Il me semble qu'il prend souvent un malin plaisir à retourner le couteau dans la plaie de la fille qui est en face de lui. 
"Alors tu n'as pas pu t'inscrire en italien, finalement ? 
_ Non, on ne peut pas débuter en 1ère. Il aurait fallu que j'en fasse depuis l'année dernière. Du coup, je dois prendre Anglais Renforcé et ça me fait chier.  
_ C'est vraiment con. Mon frère était dans le même cas que toi il y a deux ans, et ils ne lui ont posé aucun problème. Il a pu débuter l'italien sans problème en 1° et même faire une option facultative maths. Meuf, t'as pas de chance, toi, en fait ! 
Il rit. Il m'énerve ! 


Quelque part en 2003... 

Il aperçoit la voiture de sa mère, et ne sait s'il doit rire ou s'inquiéter lorsqu'il voit le pare-choc avant défoncé, la plaque d'immatriculation qui pendouille et produit un cliquetis sur le goudron, à chaque tour de roue. Elle ouvre la vitre tandis qu'ils se penche vers elle, appuyé à la portière. 
"Qu'est-ce qui s'est passé ?
_ Un type m'a reculé dedans, apparemment. J'ai rien vu, j'étais au boulot. Il a laissé ses coordonnées. 
_ Espérons qu'elles soient pas bidons !" 



Avril 2003 

On part en Italie pour une semaine avec tous les pèlerins qui ont choisi la fameuse option LV3 italien, par goût ou par stratégie. Au programme, Vicence, Vérone, Padoue, Venise, Ferrare. Tout le monde est là, même ces petits cons de 2nde qui se la pètent avec leurs bandanas rouges dans les cheveux, et leur curieuse passion pour l'équipe de foot de Monaco. Dans le bus, il est à côté de Fabrice, qui s'endort avant-même qu'on ait passé les frontières de la Dordogne. Il est aussi le premier à détecter les ronflements et à suggérer à Benjamin qu'il les immortalise, lui qui possède un portable à fonction dictaphone. Un petit SONY tout bleu avec écran couleur qui fait un peu craquer tout le monde. Benjamin saute sur l'occasion et colle l'appareil près du visage de Fabrice. Il en fait même sa nouvelle sonnerie.

Il me tend le joint qui tourne depuis tout à l'heure. On est toujours en Italie, et la moitié de la classe s'est posée sur la terrasse de notre chambre d'hôtel. A peine douteux !   
"Adeline, tu fumes pas ? 
_ Non, je suis très allergique à la fumée, je peux finir à l'hosto si j'en respire. 
_ Bah ! 
Sabrina intervient. 
_ Moi aussi, je suis asthmatique et je fume quand même ! 
_ Ouais, ça dépend des gens. Mais j'ai pas envie de prendre le risque, là maintenant ! Ca gâcherait le voyage et ça vous attirerait des emmerdes. 
_ Mais sinon, t'aurais fumé ? 
_ Oh ben oui ! 
Il se tourne vers Benjamin, déjà en mode albinos sous l'effet du shit, et lui envoie un grand coup de coude.  
_ Eh, t'as vu Benji ! Elle est à deux doigts de fumer, la petite Adeline !"




Septembre 2003 

On a commencé depuis quinze jours à peine, et je suis déjà persuadée que je capterai jamais rien à la philo. Ni à la méthodo, ni au contenu. Savoir distinguer de ce qui est "certain" de ce qui n'est que "probable" ne me passionne pas des masses. Dans cette histoire, de toute façon, si on n'est pas en mesure de développer à la seconde les définitions et les divers sens possibles de tous les mots qu'on lit, on est sûr de se noyer dans l'abstraction. Même pas la peine de plonger. Bien sûr, ce con de pseudo prof qui nous dispense plus de pauses que de cours a cru bon de m'interroger, et j'ai répondu des trucs au pif, histoire de ne pas laisser entrevoir le vide intersidéral qui sert de champ de bataille à mes deux neurones.

Je me suis défoncée dans l'impro, et de manière tout à fait inattendue, il m'encourage juste après. Lui qui est toujours aussi blafard et qui a l'air presque blond depuis qu'il ne met plus de gel dans ses cheveux.
"Eh, pas mal du tout, ta réponse ! Apparemment c'était pas trop ça, mais à ta place, j'aurais répondu que dalle ! T'as la technique déjà !" 
Il était dit que la seule remarque sympathique que j'obtiendrais jamais de lui serait celle-là !   


Quelque part en 2004

En histoire-géo, il se prend souvent la tête avec M.Rodrigues ; le prof a un fort accent portugais qu'il cultive au quotidien, comme s'il craignait de le perdre. Un jour, répondant à une énième provocation de ce très grand gamin, il se retient de justesse de le traiter de con. 

"Espèce de......" 

Rodrigues plisse les yeux et se contient. La phrase demeurera inachevée. 

"Dommage, j'attendais que ça, qu'il m'insulte ! On aurait pu le faire virer !"


Avril 2004 

Je suis au CDI, avant-dernière "alvéole" de travail _la mienne ; elle donne sur cette sale bétaillère de cantine et sur le parking des profs. En bas, les internes regagnent leur chambre, chaperonnés par un surveillant. Je me fais un arbre généalogique et un tableau de correspondances avec les personnages de Perceval, d'abord parce que sans ça je m'y perdrais, et ensuite parce que ça me passionne. Ironie du sort, j'en suis tout pile au Sénéchal Keu, bien connu pour son côté langue de pute, lorsqu'il passe devant moi, longeant les rayons du CDI.

"Laaapin , kk kk ! Laapin, kk kk !"

Il repasse en sens inverse en me regardant, affichant son plus charmant sourire de faux-cul. 

"Laapin, kk kk ! Laapin, kk kk !" 



Depuis quelques semaines, il me fait des blagues, des allusions que je ne comprends pas vraiment mais dont je devine le sens global. Quand je suis seule, comme là, peu importe ! Grand bien lui fasse de rire à mes dépends s'il le souhaite ! Mais lorsque je parle à une pote et qu'il siffle en passant derrière nous, c'est terriblement rageant et pas dénué de conséquences sur mes relations amicales. A présent, il fait partie de ceux que j'aurai plaisir à ne plus croiser tous les matins, quand nous en aurons fini avec "J. de B". Pff !  


Mai 2004   

"Tu fais quoi, l'année prochaine ? 
_ Je pars six mois au Texas, chez ma tante ! 
_ Sérieux ? 
_ C'est presque calé. Sinon, je ferai une fac d'anglais !"  
Oui, c'est ça. Pars. Loin ! 


Juillet 2004 

J'ouvre Sud Ouest et je vais à la page des résultats du BAC ; hier, la plupart des candidats passaient les oraux de rattrapage. Il est dedans : il l'aura donc eu, au final. J'aurais bien voulu qu'il se plante, ça lui aurait fait les pieds, à ce con. Mais non, faut toujours qu'il s'en tire bien, lui

Quoi qu'il en soit, on ne se verra peut-être plus jamais de notre vie, qui sait ...? 

Le souvenir de ces pensées négatives est tellement précis qu'il vaut bien non pas une madeleine, mais un carton de gâteaux Bijou à lui tout seul. Je doute de m'en débarrasser, désormais.  

En effet, on ne se reverra plus...    


samedi 1 février 2014

Moignon se fait une place au soleil


Cette journée passée à Angoulême avec Bubulle et Aude, dans le cadre du 41ème Festival International de la Bande dessinée, m'a permis de me rappeler à quel point certains artistes peuvent être talentueux, et à quel point on peut s'éclater par le dessin ! Du coup, j'ai profité du retour en train vers la capitale pour développer Moignon, mon poulet difforme. Il m'a paru bon de lui faire grâce de la bosse finalement, parce que bon, quand même, faut pas abuser : une patte et une aile en moins, c'est déjà pas mal ! 


Moignon en pleine baston, aux côtés de ses potes... C'est celui qui se bat avec sa béquille.


La maniement de la canne : une question de mental et d'équilibre...

Faut aussi que je me mette d'accord avec moi-même sur la patte et l'aile que je lui octroie... Vous remarquerez une inversion par rapport au premier billet consacré à Moignon.

Retouché avec Picasa (, heureusement)... 


  

dimanche 12 janvier 2014

Moignon le poulet bossu, manchot et unijambiste.


Cet après-midi, une histoire qu'on lisait en CE1, en parallèle de Dame Coca et son petit chat Mexico, m'est revenue en tête. Elle s'intitulait "La moitié de poulet". Que s'y passait-il, je ne sais plus trop, mais le poulet partait en quête de quelqu'un avec son unique patte, son unique aile, son oeil, etc.. Ma fascination pour les poules donnait à ce texte de lecture complètement guedin une dimension féérique. D'ailleurs, ce souvenir vient de m'inspirer un nouveau personnage : 


Bubulle, t'as vu c'est le marqueur vert ! ;-) 


Moignon est un jeune poulet qui n'a pas eu de chance : il est né bossu, avec une aile et une patte en moins. Alors, pas le choix, il a appris à vivre avec ce corps totalement inrôtissable, et il ne s'en tire pas plus mal que ça. Mais voilà : du haut de ses quatorze mois, Moignon aimerait bien choper la galinette. Y parviendra-t-il ? 

A SUIVRE !!!! 



mercredi 8 janvier 2014

Les phrases les plus lourdes à entendre...


... lorsqu'on est timide, ou tout simplement pas bavard :

Des années ! Des années que je veux me faire un répertoire de toutes les réflexions plus ou moins désobligeantes que je peux entendre au quotidien, JUSTE parce que j'ai trop souvent la bonne idée de me taire !

  • On va pas te manger ! 

Réponse dite : ... 
Réponse pensée : Justement, est-ce que ce ne serait pas un sort préférable à certaines situations inconfortables ? Tant qu'on en parle, je te souhaite pas de te retrouver dans la même cellule que moi en prison, surtout si j'ai une fourchette, car je pourrais bien te gober le poumon ! 


  • Avant, j'étais comme toi ! 
Réponse dite : ...
Par politesse, vous affichez un petit sourire. Crispé.


Réponse pensée : Euh... T'es sérieux/sérieuse ? C'est censé m'encourager à aller de l'avant, ça ? 



  • Tu as perdu ta langue ? 

Réponse dite : ...
A cette tacite approbation s'ajoute le petit sourire à la Anna Kendrick sus-cité.

Réponse pensée : Je ne parle pas mais je déglutis, ce qui prouve que j'ai toujours ma langue. Sinon on m'aurait planté un tuyau dans le gosier pour ne pas m'étouffer à cause d'une fausse route. Eh ouais ! T'avais pas pensé à ça, hein ? T'es niqué ! 



  • On t'entend jamais ! 


Réponse dite : ...
Réponse pensée : Ben c'est un peu le principe !



  •  Impose-toi !

Réponse dite : ....

Réponse pensée : On peut s'imposer en agissant dans le plus froid silence, ou mieux, en faisant agir les autres à sa place. Dans ce dernier cas, cela s'appelle de la manipulation, et c'est une grande spécialité familiale. Alors t''es sûr ? T'es vraiment sûr que c'est ce que tu veux ? Et puis, si je m'"impose", tu vas pas me rentrer dans le lard à coup de cutter parce que je pense pas comme toi ? Parfois, la situation ne vaut pas la peine qu'on se jette à corps perdu dans la bataille.



  • Tu fais la gueule ?  

Réponse dite : Non ! 
Réponse pensée : Non mais ça va pas tarder ! 

Evidemment, on pourrait le croire. C'est triste à dire, mais le timide a le physique de l'emploi et la dégaine qui va avec. Apprenez à le connaître et vous verrez que, quand il est en rogne, c'est PAS DU TOUT pareil. Il se peut même que vous l'entendiez plus qu'à l'accoutumée ; il se peut aussi que vous regrettiez ce temps où il se contentait de vous écouter sans faire chier son monde.



  • Tu peux parler plus fort ? 

Réponse dite : NON ! Tout simplement ! Ne vous prenez pas la tête : NON, je ne veux pas parler plus fort, parce que j'ai pas envie, voilà. Si vous tentez le refus en bloc, ce que je vous conseille fortement, tenez bon : votre hardiesse (doublement choquante venant de vous) fera sans doute son petit effet, et vous en tirerez une griserie inégalable. Si toutefois votre interlocuteur prend la mouche, prétextez aussitôt un mal de gorge !

La première fois que j'ai pris la décision d'infliger à tous sans exception ma voix de dame blanche à l'agonie, j'étais au lycée ; avec deux copines, nous présentions un exposé sur la déforestation dans le cadre du cours de SVT. Estelle était censée déblatérer la première partie, moi la deuxième et Mélanie la dernière. Le problème, c'est qu'on s'est plantées dans les feuilles et que j'ai finalement lu le travail de ma pote alors que je n'avais aucune idée de ce qu'elle avait pu écrire. On n'avait pas vraiment bossé ensemble. On n'avait pas vraiment bossé tout court. A l'époque, j'étais jeune et innocente, et je ne picolais pas avant mes passages à l'oral, alors autant dire que c'était pas jojo. La petite Herveline a levé la main tandis que je prenais une micro-pause, me demandant comment j'allais bien pouvoir faire pour parler sérieusement de la démonstration capillotractée dans laquelle Mélanie comparait allègrement la forêt amazonienne au bois de Boulogne.

"_Tu peux parler plus fort ?
Je l'ai fixée. Eh pauvre, c'était vraiment pas le moment de me demander ça !
_ Non."

Le silence, de courte durée. Nous sommes toutes les trois parties en fou rire et je ne sais plus comment ça s'est terminé. Herveline ne m'a plus adressé la parole jusqu'à la fin de l'année, ce qui n'a d'ailleurs pas changé grand chose à ma vie, pour être tout à fait honnête. Par contre, j'explose de rire à chaque fois que je vois un arbre tomber, même si cela me chagrine énormément.  

C'est la fille qui parle pas fort dans Pitch Perfect

Petite leçon de drague silencieuse, au passage ! 


  • Va te faire soigner ! 

Lorsqu'une personne de votre entourage commence à vous connaître et s'impatiente de vous voir taciturne et/ou coincé, parce que depuis le temps, quand même ! elle finit par lâcher quelques paroles maladroites.

Réponse dite : Heu... mais le psychologue c'est pas remboursé par la Sécu.

L'argument est bancal au possible, mais vous verrez qu'à cette phrase-là, _allez savoir pourquoi, vous trouverez toujours quelque chose à dire pour votre défense.




Réponse pensée : Putain, il/elle a peut-être bien raison, ce bâtard/cette pute...

Eh oui, sachez-le, même si les mots restent des courants d'air qui n'ont que la portée qu'on veut bien leur donner, ce type de remarque peut faire mal aux plus volontaires d'entre nous, ceux qui se lancent des défis quotidiens pour repousser leurs limites (j'en fais pas partie), à ceux qui progressent imperceptiblement mais qui progressent quand même ! Les gens, essayez d'atteindre le sommet de l'Everest en solex, et vous comprendrez de quoi je parle. A défaut, allez en Auvergne et montez au Puy de la Vache, c'est la même ! Imaginez ensuite qu'on vous déséquilibre jusqu'à vous faire chuter, alors que vous étiez presque arrivés au but : les boules, non  ?


Le Puy de la Vache. Épique. 14 ans plus tard, je sens encore mes pieds !

  • Tu n'es pas timide, tu es réservé !


Heureusement, vous survivez dans cette société de stérile bavasse grâce à personnes qui vous tirent vers le haut, qui vous encouragent, qui vous parlent toujours bien, qui vous donnent envie d'y croire, et... pourquoi pas, de changer ? Mais changer de votre plein gré, pas seulement parce que les autres vous le demandent avec plus ou moins de tact. Il arrive que ces gens-là vous sortent à l'occasion une affirmation plutôt curieuse, sur laquelle il serait bon de se pencher : Tu n'es pas timide, tu es (juste) réservé(e) ! J'ai toujours eu beaucoup de mal, personnellement, à distinguer la "timidité" de la "réserve". Même encore. Il me semble que l'un est plus classe et moins grave que l'autre. Allons faire un tour sur Larrouse en ligne pour éclaircir ce point.

Soyons sérieux !

Et voilà le résultat :



En gros, il m'a semblé comprendre que c'était quand même bien bien synonyme, avec une connotation positive pour l'un et négative pour l'autre... Une personne bienveillante préférera vanter votre réserve, cette belle qualité, tandis qu'une autre pestera contre votre timidité. Pour l'un, vous êtes prudent et réfléchi dans vos prises de décisions. Pour l'autre, vous avez juste pas les couilles de faire un choix.

Cette minute de recherche dans le dico m'évoque un autre souvenir (scolaire, pour changer).

Ma prof de latin de 5° était top ; mais sur ce coup-là, elle s'était un peu loupée. Essayant en vain de nous faire comprendre la signification du verbe "timere" (craindre), elle avait du se rabattre à ce qu'elle avait sous la main.
"Prof _Timere, ça ressemble à quoi, en français ?
Elle voulait nous faire cracher le mot "timide".
Classe _ ...
Prof _ Allez, c'est facile !
Classe : _ ...
Prof : _ Un exemple : Adeline, elle est comment ?
Classe : _ Elle est gentille ?
             _ Elle est petite ?
             _ Elle bégaye ?
             _ Elle est portos ?
             _ Mais non, elle est gitane ? Hein Adeline, t'es baracotte, non ?
Moi : _ Euh n-on j-juste ma grand-m-mère !
Un mec de la classe : _ Ah ouais mais en plus ta grand-mère c'est une puuuuute !
Moi : _ Ouais, ça c-c'est vrai par contre.
Prof : _ Non non non ! Taisez-vous ! Adeline, elle est TIMIDE !
Classe : _ Aaahhh....

A ce moment précis, je me suis aperçue que je n'étais pas étiquetée de la même manière par tout le monde, et que tout ne dépendait pas de la manière dont quelques adultes me percevaient. Chacun d'entre vous a certainement eu cette prise de conscience un jour où l'autre, et si ce n'est pas le cas, je vous engage à y réfléchir : ça vous débloquera un niveau !


  • Fais du théâtre ! 


Réponse dite : NOOON !!!!

Réponse pensée : NOOON !!!

Certains se forcent, d'autres non, d'autres encore s'y inscrivent sous la contrainte et y prennent goût. Et puis il y a ceux qui sabotent leur atelier et qui font tout pour se faire dégommer du groupe. Bien sûr, ça marche, quand on a la volonté et un minimum de sensibilité artistique.


Cette liste de phrases n'est pas exhaustive ! N'hésitez pas à m'en suggérer d'autres pour que je puisse la compléter !

dimanche 5 janvier 2014

Le retour des dessins niais : bonne année 2014 !


Avec toutes les nouvelles étoiles qui brillent au dessus de nos têtes, cette année ne peut être que belle... 


Merci à Bubulle pour les marqueurs et le carnet... ;-)