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samedi 27 juin 2026

[CINEMA] Shana - Lila Pinell (2026)

Shana est un film que j'ai failli ne pas voir !

Alors que tout le monde s'était enfin trouvé une place dans la salle, un projectionniste du cinéma est venu nous dire qu'un problème technique risquait de compromettre le bon déroulement de la séance. Il nous a assez vivement encouragé à aller nous faire rembourser, tout en nous assurant qu'une tentative de réparation était en cours. Le film s'est lancé quelques minutes plus tard, finalement. 



Shana 

Lila Pinell 

2026

Shana, une jeune femme dans la vingtaine, mène une double vie : elle est partagée entre le trafic de drogue de son copain toxique, dont elle a repris les rênes depuis qu'il est incarcéré, et ses incursions plus ou moins heureuses dans sa famille juive pratiquante qui ne sait pas du tout dans quoi elle trempe. 

Pourtant, elle sait rester la même en toutes circonstances : si son allure frivole, (faussement) superficielle forte en gueule et insouciante passe très bien dans sa bande d'amis, elle est plutôt mal perçue dans son cercle familial _ où elle ne s'éternise jamais. Cela ne l'empêche pas d'être très à l'écoute de sa jeune soeur angoissée par la préparation de sa bar-mitsvah. 

L'équilibre fragile de Shana se voit menacé par une succession d'événements : sa grand-mère meurt et elle hérite d'une bague censée la protéger du mauvais oeil ; l'"amour de sa vie" sort de prison plus tôt que prévu : comment va-t-il réagir s'il s'aperçoit que les comptes ne sont plus ce qu'ils étaient ?  

Ce film ne raconte pas une histoire avec un début et une fin, mais il présente un segment de la vie chaotique d'une fille qui avance coûte que coûte, avec ses armes et ses casseroles. D'ailleurs, le parcours de Shana fait explicitement écho aux "Dix Malheurs d'Egypte" envoyés par le dieu des Hébreux sur les Egyptiens, dans l'Ancien Testament. 

Je l'ai bien aimé ce long métrage plutôt rapide (1h24) parce qu'il rend bien à l'écran le mécanisme du couple destructeur, où l'héroïne n'arrive plus à distinguer les violences des preuves d'amour. Comme le dit l'un des personnages : "tant qu'on est dedans, on ne s'en rend pas compte". L'héroïne déjoue le cliché de la fille idiote et bling bling, en se montrant responsable et de bon conseil à plusieurs reprises. J'ai eu l'impression de voir ma soeur à 18 ans : mêmes intonations, mêmes éclats de voix, mêmes délires, sauf la drogue, même goût pour les motifs léopard et les gros bijoux, même coiffure. La ressemblance était presque physique, c'était déroutant.  

Si vous êtes phobiques comme moi : TW gros serpent au milieu du film, soyez prêts ! 

lundi 20 avril 2026

[CINEMA] Romeria. Carla Simon (2025)

Qu'est-ce que je vais dire à mes neveux, dans quelques années, quand ils me demanderont de quoi leur mère est morte ? 

A l'heure qu'il est, on n'a aucune réponse claire à leur apporter. 


Romeria 

Réalisation : Carla Simon 

2025 

Distribution Ad Vitam 

Eté 2004, en Espagne. 

Marina a été adoptée car ses parents sont morts quand elle était petite. A présent, elle voudrait faire des études de cinéma, mais sa demande de bourse bloque car elle doit fournir un document d'état civil faisant mention de Fon, son père biologique qu'elle n'a jamais connu. 

La voilà donc partie en Galice, un sac sur le dos et un caméscope dans la main, à la rencontre de la famille de Fon. Officiellement pour voir si ses grands-parents peuvent l'aider à résoudre son souci administratif. Officieusement, pour en savoir plus sur ses origines. Ces quelques jours au bord de l'Atlantique ont beau avoir des airs de vacances, Marina est surtout là pour tenter de comprendre ce qui s'est passé dans la vie de ses parents, quelques mois avant sa naissance. Bien sûr, elle sait déjà pas mal de choses _et sans doute plus qu'elle ne devrait_ grâce au journal intime légué par sa mère. Mais il manque encore beaucoup de pièces dans le puzzle. 

Elle se rend vite compte que la famille de Fon est tentaculaire, complexe, et qu'elle n'y est pas forcément la bienvenue ; derrière les sourires et les embrassades, Marina perçoit _et nous aussi_ les tensions, les contradictions, les messes basses. Les grands-parents tiennent les ficelles de la maisonnée en patriarches, veillant au grain et protégeant les leurs des indiscrets. 

Une même question amenant des réponses différentes, la jeune étudiante en cinéma a du mal à démêler le vrai du faux ; parfois, se fier à ses intuitions et à son imagination nous rapproche de la vérité plus que prévu. Ou au moins de s'en créer une satisfaisante. 

Romeria est une quête d'identité qui s'inspire largement de la vie de la réalisatrice Carla Simon, d'après ce que j'ai compris ; certaines scènes sonnent juste, comme les immersions dans les regroupements de familles, où on ne sait plus vraiment qui est le cousin de qui, et où les gosses sautent partout dans un vacarme qui ne comble pas les non-dits pour autant ! Ou encore les moments passés en mer, sur le bateau de l'oncle Lois, où seul un Nokia 3310 devait pouvoir arriver à capter, à l'époque ! Bizarrement, ces moments-là m'ont eu peu perdue... 

Cependant _c'est pas spoiler de le dire, on l'apprend assez vite, ce film a l'avantage de parler de drogue et de VIH ouvertement, sans juger. Marina le revendique, sinon fièrement, au moins avec une certaine assurance : oui, ses parents étaient accros à l'héroïne et sont morts du Sida, il n'est plus temps de le cacher ou d'en avoir honte. 

Belle découverte qui m'encourage à aller voir les deux autres films de la réalisatrice ; j'ai juste été dérangée par le regard que Marina porte sur l'un de ses cousins. Nul doute que ça ait voulu dire quelque chose de psychanalytique, mais j'ai pas compris quoi et du coup ça m'a parasitée plus qu'autre chose. 

   


samedi 1 mai 2021

Se droguer, c'est risqué : Dans la tête de Sherlock Holmes - 1 - "L'affaire du ticket scandaleux" - Cyril Lieron ; Benoît Dahan (2019)

Je crois vous avoir parlé de ma profonde aversion pour Sherlock Holmes, héros par excellence de la littérature policière, suite à notre lecture suivie du Chien des Baskerville en classe de 4ème. Le détective m'avait paru prétentieux, faussement vif, plus chanceux que talentueux _un peu comme ma prof de français que je n'aimais guère, en fait... Ce que j'ai retenu de l'intrigue ? Pas grand chose, si ce n'est un enchaînement de situations gores plus ou moins gratuites avec un clébard affamé à la clé. Je suis sans doute passée à côté de quelque chose, mais c'est la vie ! Au moins, ça m'aura permis de découvrir l'existence de la maison d'éditions Librio, "le livre à 10 francs" : on peut décidément tirer du positif de n'importe quelle situation. 

Depuis le temps, mon avis a eu le temps de changer ; d'abord par la découverte de la série Sherlock, _d'ailleurs l'épisode sur le chien des Baskerville transposé au XXI°siècle est quand même hautement plus emballant que la version originale !, puis par la lecture de cette curieuse bande dessinée :  

Dans la tête de Sherlock Holmes- 1 -
L'affaire du ticket scandaleux
 

Merci à Marilyn de m'avoir prêté cet album !

L'histoire 

Au matin du 8 novembre 1890, Sherlock Holmes et le docteur Watson vaquent tranquillement à leurs occupations _respectivement : se shooter à la cocaïne et lire le Times, lorsqu'un policier fait irruption dans leur légendaire antre londonien du 221B Baker Street. Il emmène avec lui un homme blessé à l'épaule, et visiblement sonné après une nuit mouvementée. Le pauvre hère dit être un collègue du docteur Watson, ce que ce dernier confirme, bien qu'il soit difficilement reconnaissable, vêtu qu'il est d'une simple chemise de nuit et d'une pantoufle solitaire. 

Qu'a-t-il bien pu lui arriver entre la veille au soir, où il a quitté son domicile, et le petit matin où le policier l'a trouvé quelque peu hébété à l'autre bout de la ville ? Le docteur Herbert _car c'est son nom_ n'en a aucun souvenir... Alors, même s'il vient consulter Watson plus pour se faire soigner que pour retrouver la mémoire, Sherlock Holmes s'immisce dans l'histoire et décide de mener l'enquête.    

Tempête dans un cerveau 

A partir des quelques éléments dont il dispose, le détective va remonter le cours de la soirée de son client. Pour représenter cette démarche d'investigation, l'auteur a eu une idée géniale : le parcours de son héros est matérialisé par un fil rouge (le fameux !) qui chemine entre les rues de Londres et qui marque les grandes étapes de l'enquête. 



Amdoullah y avait pas de chaton dans les parages !


"Ouais, remontez le fil ! mais remontez pas trop loin quand même, baahh !"  

Aussi surprenant que cela puisse paraître, des indices, il en a déjà plein : il lui a suffi de jeter un coup d'oeil faussement indifférent à l'accoutrement du pauvre Dr Herbert pour les collecter et les trier ; là aussi, Cyril Lieron arrive à traduire l'abstrait en images en faisant du cerveau de Sherlock Holmes une petite usine de traitement de l'information. Le terme de "carte mentale" prend ici tout son sens... 

Les photos sont pétées et ne rendent vraiment pas justice à l'œuvre. 
Je ne peux que vous conseillez d'aller en librairie pour feuilleter cet album,
qui est vraiment un bel objet.

A l'heure des escape game, du règne des écrans et de la 3D, Cyril Lieron et Benoît Dahan nous rappellent que le papier peut aussi "happer" le regard, être interactif, s'animer... N'est-ce pas presque la boîte crânienne ouverte d'un justicier de l'ombre que nous tenons lorsque nous tournons les pages ? Personnellement, je n'ai pas le souvenir d'avoir vu ailleurs qu'ici d'images aussi parlantes du raisonnement mental, de tout ce qui se met en branle dans notre tête, dans notre "petite mansarde", lorsqu'elle est sollicitée.   

Jeu de piste

Saurez-vous résoudre l'enquête plus vite que Sherlock Holmes ? C'est peu probable, mais l'auteur vous engage à essayer ! Dans la tête de Sherlock Holmes a de quoi vous faire travailler votre sens de l'observation ; Lisez plusieurs fois les différentes planches, et vous verrez qu'à chaque nouvelle lecture, vous découvrirez de nouveaux clins d'oeil, des petites touches humoristiques, toujours bienvenues étant donné que le ton devient de plus en plus grave et sombre au fur et à mesure que les recherches avancent. Il n'est pas impossible que des indices traînent aussi ça et là... Qui sait ? Ouvrez l'oeil ! Parce que des libertés ont également été prises dans la forme et dans la disposition des vignettes, parfois aussi dans la répartition des séquences sur des doubles pages avec un élément central imposant complété par des scènes ou des propos qui se tiennent en arrière plan ou en parallèle, le lecteur ne sait plus trop où donner de la tête et doit bien se motiver pour s'approprier ce jeu de piste !   

 Le point addictologie 

La drogue, c'est mal MAIS en l'occurrence c'est bougrement efficace ! Et autant dire que dans L'affaire du ticket scandaleux, la drogue, il y en a. Je vais essayer de spoiler le moins possible... 

Les amateurs de Sherlock ne seront guère surpris de voir le génie du crime se piquer sous le regard réprobateur mais impuissant de Watson, car c'est aussi le cas dans la série ; d'ailleurs, les deux personnages partagent pas mal de points communs au niveau de leur personnalité, si ce n'est que le Sherlock Holmes de la BD est beaucoup moins antipathique que celui joué par Benedict Cumberbatch. Tous deux ont recours aux substances illicites pour lutter contres leurs démons intérieurs, pour se canaliser... sans que cela nuise à leur discernement lorsqu'ils doivent partir flairer une piste au pied levé. 

Ils retirent aussi de leur expérience une expertise non négligeable en toxicologie. Aussi, lorsque le détective se rend chez Herbert, apprend qu'il s'est rendu à un spectacle la veille avec un ticket d'invitation des plus suspects, et qu'il n'est sans doute pas le seul à avoir connu des mésaventures dans la foulée, il détecte les restes d'une drôle de poudre sur le manteau du docteur.   


Ce qu'un inspecteur clean n'aurait sans doute jamais remarqué, un fin limier sous l'emprise de stupéfiants le voit tout de suite et l'étiquette comme élément important de l'enquête ! Le gain de temps est indéniable. 

Suite à cette visite chez son client, Sherlock et Watson se rendront au théâtre pour en savoir plus sur le fameux spectacle, se renseigneront sur la liste des invités et prêteront une grande attention aux tickets d'invitation _les tickets scandaleux !, tous presque identiques, à un détail près... Il se pourrait que le docteur Herbert ait eu un sort finalement préférable à celui d'autres spectateurs beaucoup moins chanceux... 

Passé le blocage lié à "l'ambiance coupe-gorge" de Londres au XIXème siècle telle qu'elle est présentée par Conan Doyle, je suis entrée dans cette BD facilement pour ne plus la lâcher. N'hésitez pas à l'acheter, c'est un bon investissement (notez que c'est rare que je dise ça) dans le sens où pour bien l'apprécier, il est vraiment nécessaire de la parcourir plusieurs fois. Visuellement, cette bande dessinée me semble très réussie, tant au niveau du dessin que de la couleur, qui donne un ton suranné et doux à des péripéties qui ne manquent pas de violence et de froideur. Enfin, et c'est assez rare pour être souligné : les bulles et le texte sont bien écrits et agréables à lire ! 

Au passage, voilà un titre qui peut tout à fait avoir sa place dans le bac à BD d'un CDI (collège ou lycée).  

Maintenant, on espère la suite !   

Sur ce, bon week-end et allez-y doucement sur la drogue ! 

Cyril LIERON ; Benoît DAHAN. Dans la tête de Sherlock Holmes - 1 - "L'affaire du ticket scandaleux". Ankama Editions, 2019. 48p. EAN 9791033509721

jeudi 4 juin 2020

Dans la série : y a confinement et confinement ! Naissance des coeurs de pierre - Antoine Dole (2017)

"J'espère que je n'ai pas fait une boulette..." 
Tu n'as pas "fait une boulette", tu as balancé un couscous entier, tu le sais fort bien, et au fond de toi tu jubiles.
 Pourquoi est-ce que je suis l'une des rares personnes à ne pas me laisser séduire par tes petits numéros ? J'aimerais mieux ne pas voir...      

Sans le vouloir, ces derniers temps, je me suis retrouvée à lire pas mal de bouquins qui parlent de l'enfermement sous toutes ses formes : vive BCDI à distance ! Le pire, c'est que ce n'était vraiment pas étudié pour ! S'il y a bien une dernière ahurie en France qui n'a compris le concept de confinement qu'en se réveillant avec un petit SMS du gouvernement le mardi 16 mars au matin, c'est bien moi. 
D'où ils ont eu mon portable, d'ailleurs ?
Peu importe, il est temps d'évoquer ces lectures de circonstance. 
              

Naissance des coeurs de pierre - Antoine Dole (2017)
  
                                                            


Jeb a 12 ans : comme tous les enfants de son âge, il doit passer une épreuve pour "entrer dans le Programme". Ce rite de passage propre au Nouveau Monde doit lui permettre d'être considéré comme citoyen à part entière. Les jeunes sont essentiellement testés sur leur capacité à dissimuler leur humanité : en effet, dans cette société qui se dit "meilleure" que celle de l'Ancien Monde, les émotions sont interdites et considérées comme dangereuses pour soi et pour les autres : n'est-ce pas elles qui ont causé les guerres, autrefois ? Aussi, les candidats qui montrent des signes de faiblesse le jour J révèlent qu'ils n'arrivent pas encore à se détacher de leurs états d'âmes, et un sort aussi mystérieux que redoutable les attend. Ceux qui savent se maîtriser sont prêts à se faire injecter la potion magique qui lavera définitivement leur cerveau, "pour le bien de tous". Jeb espère qu'il réussira et qu'il saura se montrer digne d'entrer dans le Programme : le contraire couvrirait sa mère de honte. Mais au fond de lui, il sait bien que c'est mort. 




Aude vient d'entrer en seconde dans un lycée de bourges, avec la motivation propre à son âge. Ses parents sont sur son dos car ils veulent qu'elle brille, mais leurs coups de pression vont s'avérer contre-productifs. Si on ajoute à cela d'autres paramètres plombants, tels que l'ambiance du bahut pas vraiment propice à l'intégration pour ceux qui se démarquent, l'absence des copines du collège, ou le désintérêt des adultes pour tout ce qui ne ressemble pas de près ou de loin à un bulletin de notes, on arrive vite au décrochage et la dépression. Aude se fait harceler, ne peut en parler à personne, s'emmure. Elle trouve du réconfort dans la compagnie de Mathieu le surveillant, le seul type qui semble capable de la comprendre.     

Les deux trajets de vie sont liés, évidemment. Par quoi ? Comment et quand vont-ils se rejoindre ? Il faudra lire le livre jusqu'au bout pour le savoir. Une fois n'est pas coutume, je ne spoilerai pas ! Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'il est important que vous n'abandonniez pas votre lecture en plein milieu... parce que vous pourriez très bien être tenté de le faire ! Non pas que ce soit mal écrit ou ennuyeux, au contraire ! 

   


Les premières pages ne laissent pas de doute : deux univers parallèles nous sont présentés alternativement, au fil des chapitres. D'un côté, on pourrait bien avoir affaire à une dystopie dans laquelle le petit Jeb se débat. De l'autre, un décor contemporain et réaliste, quelque part en France. 

Pourtant, les deux univers ont en commun une ambiance de malaise constant. Le Nouveau Monde de Jeb, que l'on découvre pourtant à travers ses yeux d'enfant sensible, est terne, morose, d'une propreté clinique. Il suscite au mieux la déprime, au pire l'angoisse. Aude n'a pas une vie quotidienne qui fait rêver, peut-être parce qu'elle nous est décrite en tenant compte de l'état d'esprit d'une lycéenne pleinement consciente de son statut de brebis galeuse de sa classe.





Les deux histoires peu à peu imbriquées sont très bien racontées, sur un ton juste... tellement juste qu'il fout un peu le cafard, et que j'ai bien failli laisser tomber. C'aurait aurait été dommage, déjà parce que les derniers chapitres contiennent l'essentiel du message de l'oeuvre, mais surtout parce qu'on se rend compte qu'on a étiqueté à tort le Nouveau Monde de Jeb comme univers "imaginaire", "fantastique" ; or, de tous les événements qui ponctuent le parcours chaotique de l'enfant, lesquels relèvent de la science fiction, du futuriste, du surnaturel ? Aucun. Ils sont tous effroyablement plausibles !  


"Jamais on ne pointera du doigt que c'est le monde tel qu'il est qui a engendré tout cela."


Certes, vous n'allez pas vous fendre la poire en lisant ce livre, mais le propos est intéressant. Naissance des coeurs de pierre est en lice pour le prix du Prozac d'or 2020 de ce blog ; honnêtement, je ne suis pas sûre qu'il ait ses chances, car la concurrence est rude ! Cela dit, ce roman pour ados (à partir de 14 ans seulement, en fonction des sensibilités) part quand même avec un point bonus Anafranil d'avance. Autrement dit : rien n'est joué ! 

  
Oui, l'Anafranil est blond


Antoine DOLE. Naissance des coeurs de pierre. Actes Sud Junior, 2017. 158p. ISBN 978-2-330-08141-6



mardi 4 février 2020

Se droguer, c'est risqué : K contraire - Sarah Marx (2020)


Depuis la réforme du collège, en géographie, les élèves de sixième découvrent ce qu'est une métropole et sont amenés à "penser la ville de demain". Pour ce faire, les professeurs de notre collège leur demandent généralement de modéliser leur cité idéale, en créant une maquette ou un plan, et en rédigeant une petit texte explicatif, histoire de verbaliser leur démarche de travail. Même s'ils doivent tenir compte de certains critères et de quelques contraintes _l'écologie, l'accessibilité, la mixité..., la part belle est faite à l'espoir, aux rêves, à l'imagination. 

Or, la liberté, ça fait peur, surtout quand on n'y est plus habitué. Chris sèche complètement sur l'écriture de son petit paragraphe. Il est en train de réaliser que sa "ville de demain", blindée de tours en gros carton peint, ressemble cruellement à celle d'aujourd'hui : voilà qui ne lui facilite pas la tâche. Il inscrit une phrase avant de se déclarer à court d'idées. 

Je jette un oeil sur le "document Sans Nom 1" ouvert sous Libre Office, curieuse de voir comment il va se tirer de ce pétrin. 

"Il y aurat des bicraveur et des ecole." 

Comme ses voisines lui donnent des coups de coude en chuchotant des "pu" pas discrets, il s'empresse, dans un soupir, d'effacer le mot qui dérange. 





L'histoire 

Ulysse (Sandor Funtek) sort de prison après y avoir purgé une peine de quelques mois pour trafic de stupéfiants. Le retour au quotidien est aussi violent qu'une deuxième naissance, pour ce petit parisien du 18ème arrondissement. Sans diplôme à 25 ans, endetté, désarmé face à la dégradation lente mais sûre de l'état de santé de sa mère (jouée par Sandrine Bonnaire), le jeune homme n'a pas le temps d'attendre ! S'il veut s'en sortir et assurer le bien-être des siens, il lui faut beaucoup d'argent, très rapidement. Il se résout donc à s'associer à son pote David (Alexis Manenti). Ce dernier a échafaudé un plan très risqué, mais qui peut leur rapporter gros : lancer un food truck, et s'en servir de couverture pour dealer de la kétamine. S'ils mènent bien leur barque, ils peuvent tous deux se tirer d'affaire, rêver à une vie où l'argent gagné honnêtement suffirait à assurer leurs besoins. S'ils se font pincer, ce sera un retour en prison sans passer par la case départ pour Ulysse, dont le plan de réinsertion semble tenir la route, même s'il n'a pas convaincu la juge pour autant.





N'est pas Pablo Escobar qui veut ! 

Entre les déconvenues propres aux amateurs, les rendez-vous manqués et la poisse qui s'en mêle, on se rend vite compte que David et Ulysse tiennent plus des Pieds Nickelés que de Tony Montana. A peine le camion loué, le binôme part dans le Poitou pour récupérer auprès d'un agriculteur la poudre qu'ils écouleront pendant un festival de musique techno. Eh oui, leurs espoirs ne reposent pas sur les effets de la fringante cocaïne, mais sur les vertus euphorisantes de la kétamine, une substance surtout utilisée comme anesthésiant par les vétérinaires : ça en jette moins, mais c'est tout aussi illégal.

L'une des forces de ce film, que l'on pourrait être tenté de classer parmi les nombreuses oeuvres qui se targuent de rendre compte de la difficulté de vivre décemment à Paris au 21ème siècle, avec une dose plus ou moins chargée de misérabilisme, est de nous permettre de remonter la "chaîne" d'un trafic, du raveur défoncé jusqu'au vétérinaire fournisseur, en passant par l'agriculteur dur en affaires et l'agent de sécurité capable de fermer les yeux au bon moment. Le tout, sans excuser ni juger. Voilà un angle de vue qui ne nous est pas souvent proposé.


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Pour ceux qui voudraient en savoir plus _n'oubliez pas : "se droguer, c'est risqué" !, voici la fiche consacrée à la kétamine sur le Dico des drogues (Drogues info service).


Parce qu'ils sont en étant de stress permanent, parce que leurs déboires personnels les mettent sur les nerfs, tous deux en arrivent rapidement au point où ils ne peuvent plus se supporter. Il suffit de les voir se chamailler pour redouter et pressentir les tuiles à venir ; car oui, au fond, on aimerait bien qu'ils réussissent leurs petits méfaits. Si David endosse le rôle du fourbe _après sa performance de méchant flic dans Les Misérables, on dirait qu'Alexis Manenti a signé pour jouer systématiquement le connard de service, espérons pour lui que la roue tourne avant que ça lui porte au casque_, Ulysse est extrêmement attachant. Il ne demande pas mieux que sortir du circuit infernal des drogues, mais il a sans cesse le couteau sous la gorge : en effet, il doit faire face à des dépenses que les aides sociales n'anticipent pas, généralement : la prise en charge d'un parent dépendant, la rémunération d'un aidant...

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Pour quelques billets de plus 

Etre réglo, c'est honorable, mais ça ne paie ni votre loyer, ni l'ex-copine qui a mis sa vie entre parenthèse pour s'occuper H24 de votre mère pendant que vous étiez en taule. Ca ne vous permet pas non plus d'obtenir la garde de votre gosse _dans le cas de David.

Je ne sais pas si ce film relativement court (1h23) restera dans les annales : l'action s'y déroule à toute vitesse et part dans tous les sens, zigzagant d'un obstacle à un autre, sans prendre le temps d'expliciter certaines séquences qui auraient pu être plus développées, à mon sens. On effleure la question de la peine de prison, la maladie de la mère, la relation qui lie encore Ulysse à son ex-copine... on devine plus qu'on ne comprend. Mais peut-être est-ce voulu. Dans tous les cas, Sarah Marx met en évidence avec assez de justesse la place prépondérante du fric dans nos vies : on ne peut rien faire sans, on ne peut rien faire si on n'en a qu'un peu.

Photo du jeu de cartes qui a boosté ma vie sociale, au lycée.

La scène du ramassage de billets dans la fagne l'illustre parfaitement. Précisions : après le festival de techno, les deux compagnons d'infortune doivent quitter la campagne poitevine prestement ; sur le chemin, ils s'embrouillent _ pour des raisons qu'on ne dévoilera pas, et en viennent aux mains. Une liasse jaillit, les billets volent dans la boue ; oubliant leur querelle, ils se mettent à ramasser, fébriles, se mettant presque à quatre pattes, les petites coupures jusqu'à la dernière. Sur le coup, j'ai trouvé cette scène extrêmement longue et peu utile ; après réflexion, je me demande si ce n'est pas le moment-clé du film.


On a aimé :

  • Sandrine Bonnaire, Sandor Funtek qu'on découvre, Sandrine Bonnaire, le fait qu'on place la question des aidants au coeur d'un film, pour une fois ! et Sandrine Bonnaire. 


On a moins aimé :


  • Le personnage de la paysanne, véritable cliché ambulant que par chance, on ne voit que brièvement. Arrêtez de regarder l'Amour est dans le pré, merde ! Tous les paysans n'ont pas forcément l'air d'être coupés de cloporte, tous ne sont pas désagréables avec ceux qui n'adhèrent pas à leur univers, tous ne circulent pas exclusivement en quad vêtus d'une combinaison kaki. Bon, comme on dit, y a pas de fumée sans feu et cette réputation ne sort pas complètement de nulle part, hein... mais tout de même, le quad, c'est trop. 
  • L'utilisation abusive du langage wesh wesh, présent à tous les coins de phrase : on sent vraiment que ce n'est pas tout à fait naturel.  


K contraire 
Sarah Marx, 2020 
85 min 
La Rumeur filme 


mardi 30 juillet 2019

Se droguer, c'est risqué : Family business (2019)


Dorénavant, le blog comportera une (énième) nouvelle rubrique : "Se droguer, c'est risqué". Cet intitulé fait référence à un vieux livre documentaire du même nom publié dans la collection Hydrogène des Éditions de La Martinière Jeunesse, au début des années 2000.

Les billets qui en feront partie seront axés sur la manière dont on parle des drogues dans les œuvres de fiction (romans, séries, films...). On essaiera d'aborder le sujet de manière sinon humoristique, au moins détendue, le but n'étant évidemment pas de promouvoir la consommation de substances illicites. Si cette initiative chiffonne les auteurs et l'éditeur du livre auquel j'ai choisi de rendre hommage, qu'ils n'hésitent pas à me le faire savoir.

Se droguer, c'est risqué
Marie-José Auderset
Jean-François Bloch-Lainé
Jean-Blaise Held
Christine Coste (illustrations)
Éditions de La Martinière jeunesse - Coll. Hydrogène - 2001

Comme c'est l'été et qu'on est nombreux à avoir plus envie de regarder la télé que d'ouvrir un bouquin, même moi, commençons pas une série, tranquillement !


Family Business est une série française produite par Netflix et disponible sur la plateforme depuis à peine un mois ; eh, je n'ai pas l'habitude d'être à ce point dans le coup ! Peut-être même que vous allez apprendre des choses, ici, pour une fois. La première saison a été réalisée par Igor Gotesman et compte six épisodes d'environ 25 minutes ; on sait depuis quelques jours qu'une deuxième est en préparation.

Résumé express 

Paris, de nos jours. Depuis la mort de sa femme, Gérard Hazan (Gérard Darmon) a du mal à relever la tête ; il tient à bout de bras une boucherie casher au cœur du Marais, avec l'aide ponctuelle de ses enfants. Il aimerait bien profiter de sa retraite, n'étant plus très jeune, mais ni Joseph (Jonathan Cohen) ni Aure (Julia Piaton) n'ont vraiment envie de prendre la relève. Tous deux ont leurs propres projets, certes bien foireux, mais en tous cas bien éloignés de l'affaire familiale : Joseph tente de vendre des applications pour smartphones a des entreprises, tandis qu'Aure se prépare à partir vivre à Tokyo. Alors, quand Gérard décide de passer officiellement le témoin à Joseph, ce dernier est plus embêté qu'autre chose.



Le hasard des rencontres va le mettre sur la route de Camille, une étonnante jeune femme ; elle va l'informer de la légalisation du cannabis en France dans un avenir très proche. Comment le sait-elle ? Son père n'est autre que le ministre de la Santé. Source fiable, donc. La nouvelle ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd ; Joseph a une idée, une de plus : pourquoi ne pas convertir sa boucherie en "beuhcherie" ? Il se voit déjà ouvrir le premier coffee shop français...

Evidemment, il va devoir faire face à pas mal d'obstacles : déjà, Gérard lui reprend la boucherie après une dispute. De plus, il a besoin de fonds, d'associés, de fournisseurs et d'un coup de piston pour lancer le projet, mais personne ne se sent prêt à s'engager dans une aventure aussi risquée (bizarrement), si ce n'est Olivier, son meilleur ami. Seule Camille veut bien les aider, mais, hum, elle a des conditions aussi chelou qu'elle...

Joseph et Olivier savent que le problème à régler en priorité est celui du local. Il faut que Gérard change d'avis, mais il est tellement vénère que personne n'arrive à le faire redescendre de ses tours, pas même la drôle et sage grand-mère Ludmila qui assure l'équilibre de la famille Hazan à coups de gueulantes. Ils jouent leur dernière carte en faisant appel à Enrico Macias, l'idole de Gérard. Le pire, c'est que ça va marcher. Je vais pas spoiler plus que ça, mais sachez que quelques joints (et un aller-retour épique à Amsterdam) plus tard, la beuhcherie est devenue une affaire de famille. 

Maintenant, y a plus qu'à être discret en attendant que la loi passe... sauf que les Hazan ne sont pas très forts à ce jeu-là, justement.



Le coin fumette 

On va pas cracher dans la soupe. Si la moitié des personnages s'étaient indignés devant l'idée de Joseph et avaient dit "oh pas bien de jouer avec la santé des gens", déjà y aurait pas eu de série, et en plus on aurait été les premiers à gueuler contre leur ton politiquement correct. Mais le fait est que dans Family Business, le cannabis est quand même traité de façon assez positive : c'est une très jolie plante verte qui passe bien à l'écran, qui provoque des fous rires, désinhibe assez pour dire aux gens leurs quatre vérités, pour prendre certaines décisions... Même les effets pervers de la défonce deviennent le ressort de gags plus ou moins bien sentis, pour ne pas dire relous, mais de gags quand même. On dirait que le seul défaut du cannabis est d'être illégal. Forcément, vu sous cet angle-là, on adhère à fond à l'initiative de cette famille de bras cassés dont le capital sympathie monte en flèche ! Bien joué !



La drogue, on en parle, on en parle, mais on la voit peu, finalement. Elle apparaît pour la première fois vers la fin du deuxième épisode, sous forme d'énormes joints ; ceux qu'Olivier file à Enrico Macias en lui faisant croire que ce sont des "faux" ; il veut qu'il les fume avec Gérard pour le convaincre que le shit c'est bon, inoffensif, thérapeutique, et que c'est porteur d'investir dedans. Souvenez-vous que Gérard a récupéré la boucherie, et qu'à présent, Olivier et Joseph doivent le rallier à leur cause pour espérer la transformer en bar à shit... Pour assurer la médiation, ils misent sur Enrico Macias, son idole.

Vient ensuite la fumée gris-blanche abondante, nébuleuse, qui flotte dans la boucherie et qui semble suivre Gérard jusqu'à Amsterdam, où il va découvrir les joies du chichon commandé à la carte sur fond de reggae.



Toujours à Amsterdam, Ludmila se fait une place dans la micro-entreprise en prenant en charge la partie culture grâce à Yohan le fleuriste, "un vieil ami", qui va également devenir leur fournisseur. On apprend par la même occasion que la grand-mère a un paquet de cash sous la main, ce qui n'est pas étonnant pour une mamie feuj, non ? Dans le même registre, on apprendra plus tard que la petite soeur planque des sous à l'intérieur de ses chaussettes, et ce moment marquera selon moi la mort clinique du respect dans cette série, ahah. Aure rejoindra sa grand-mère et, en s'informant sur Internet, elles deviendront toute deux les jardinières attitrées. Elles superviseront consciencieusement le bien-être des plants stockés dans grange de la demeure familiale. C'est assez marrant de voir que, sans même qu'on assiste à une quelconque répartition des tâches, les femmes se mettent d'elles-même au second plan et s'affairent à une besogne nécessaire mais ingrate, tandis qu'aux hommes reviennent les échanges commerciaux, la spéculation, le danger...



J'en profite pour poser là mon paragraphe "féminisme à prix discount". Sur Internet, les critiques de Family Business ne sont pas toujours très bonnes. Les téléspectateurs se plaignent notamment de la pauvreté de l'action et de la mise en scène de personnages stéréotypés. Peut-être à juste titre, je ne juge pas, même si je trouve qu'on a fait largement pire en France ces dernières années. Cf. Plus Belle La Vie, cette série fleuve qui ne raconte rien mais qu'on suit tous les soirs depuis plus de quinze ans. Non, moi je m'en fous un peu des défauts d'interprétation de Jonathan Cohen, de ses mythos tirés par les cheveux et de ses blagues pas drôles. Ce qui m'intéresse, c'est la vie sentimentale de la sœur la question de la culture du cannabis en sous-sol ! Mais j'ai aussi constaté que, pour ne pas faire chuter cette nouvelle production Netflix qui ne vole pas haut, les internautes avaient tendance à s'appuyer sur les personnages féminins, en disant qu'ils étaient assez hauts en couleur et plutôt réussis : Camille joue fort bien la folie et/ou la fille perchée, aussi flippante qu'attachante. Son jeu me fait vaguement penser à celui de Marion Cotillard dans Dikkenek, vous savez : "La schnouf, c'est un fléau !"



Ludmila est une matriarche en pleine rebellion, ce qui ne l'empêche pas d'avoir le coeur sur la main lorsqu'elle essaie de compenser l'absence de la mère auprès d'Aure et de Joseph. Aure, c'est la fille sage, posée, pragmatique, qui empêche les autres de partir en vrille au détriment de son propre épanouissement. Vient enfin Aïda, la petite amie de Joseph qu'il fait trop souvent passer au second plan parce qu'il n'assume pas de sortir avec. Ok, elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, mais la logique voudrait qu'elle se barre ! Oui, à côté d'elles, Joseph, Olivier, Gérard et les autres sont de gros gamins qu'elles gèrent et qu'elles canalisent fort bien : ces femmes sont vraiment braves... elles sauvent la série. Eh bien, j'avoue que ça me pose un problème d'essayer d'adopter ce point de vue. Parce qu'elles sont bloquées par les hommes de l'histoire, engoncées, trop occupées à rattraper leurs boulettes. Elles sont les éternelles nourrices _sans jeu de mot, et ne peuvent pas prendre leur envol à cause de ça. Vous allez me dire que c'est le lot d'une majorité de femmes dans le monde réel, et vous aurez raison. Pour ma part, c'est le seul aspect de Family Business qui me chiffonne vraiment.

Revenons à nos moutons.

La "serre" des Hazan _ qui décidément semblent avoir la main verte_ évoque la féerie d'un marché de Noël en nocturne...



Dans le quatrième épisode, on voir Gérard Darmon et un de ses amis utiliser un tube et une pipe en verre ; je ne suis ni cinéphile ni sériophile, mais il me semble que ce mode de consommation du cannabis est beaucoup moins fréquent que le joint ou le spacecake. Par conséquent je préfère le mentionner.



Enfin, soulignons que le "vrai family business", à la base, c'est la boucherie Hazan. La transition va se faire dans la douleur pour les parents comme pour les enfants, quoi qu'ils en disent, et le vocabulaire met en évidence la difficulté à tourner la page : l'âme de la boucherie ne subsiste-t-elle pas à travers le mot "beuhcherie" ? Lorsqu'elle prend le contrôle de la serre, Ludmila parle de "pastraweed" pour désigner les plants, si je ne me trompe pas. Sinon dites-moi. Dans tous les cas, ce néologisme issu de "pastrami" (un façon de préparer la bidoche, apparemment, au moins j'aurai appris un truc) et de "weed", est validé par tout le monde ; Aure se montrant particulièrement enthousiaste. On évolue, mais on ne coupe pas le cordon ! On n'oublie pas d'où on vient ! C'est beau.

Série à voir, ou pas ? 

Entre ceux qui applaudissent avec les pieds et ceux qui jettent des fruits pourris sur Family Business, il n'est pas évident de se faire une opinion. En fait, tout dépend de ce que vous, vous attendez de cette série. Si vous êtes amateurs du suspense, de satire sociale poussée, si vous êtes à l'affût du Breaking Bad français, forcément vous allez plaindre votre abonnement Netflix. Par contre, si vous êtes en vacances et que vous avez la possibilité de laisser votre cerveau en jachère pour les trois prochaines heures, allez-y, vous passerez un bon moment.


Verdict 



On aime...

  • ... le format court - Forte de ses six épisodes de 25 minutes, cette série comique sans prise de tête ne vous fera peut-être pas rire, mais ne vous laissera pas non plus le temps de vous consterner. L'air de rien, c'est aussi ce qui fait qu'on a envie de regarder jusqu'au bout, même si on n'est pas super fan. 
  • ... l'absence de tensions entre Arabes et Juifs ; ça nous a pas manqué ! 
  • ... le jeu de mots sur le titre du deuxième épisode : "Les porcs d'Amsterdam", ainsi que sa corrélation avec la scène d'ouverture du troisième épisode... Le scénario est globalement prévisible, mais pour le coup j'ai vraiment été surprise à ce moment-là ; ça m'a bien fait rire. 



On a moins aimé...


  • Les clichés - Allez, faut reconnaître qu'il y en a quand même pas mal. Entre le pieds-noirs fan d'Enrico Macias, l'arabe qui sort de taule pour trafic de drogue, celui qui conduit un Uber et qui pense que "Anne" et "Frank" sont deux personnes différentes... c'est marrant deux minutes. 
  • Quelques retournements de situations bien pratiques, mais improbables - Sans spoiler, on peut quand même dire que la saison 1 finit en queue de poisson ; un peu comme si les scénaristes s'étaient dit : "allez, on a traîné sur les quatre premiers épisodes, on en a plus que 2, faut qu'on trace pour boucler tous les problèmes existentiels des personnages avant la fin du 6". Du coup, certains personnages changent radicalement d'avis sans problème, ça arrange bien tout le monde sauf le spectateur. 
  • Les mythos improvisés ; je ne sais pas pourquoi, je trouve que tout ce que le personnage de Joseph Hazan raconte sonne faux, même si on sent qu'il y a un vrai boulot d'acteur derrière. Je dois avoir un peu de mal avec le personnage que s'est forgé Jonathan Cohen au fil du temps. 

Family Business Saison 1 - 2019
Igor Gotesman 
Netflix 
Genre : comédie 
6 épisodes