mercredi 30 janvier 2013

samedi 19 janvier 2013

Les Aventuriers de la Mer - 4 - Brumes et tempêtes - Robin Hobb (2004)


Ah, autant les illustrateurs me laissent souvent dubitative, autant là je dois dire que j'ai beaucoup apprécié la couverture de "Brumes et tempêtes", tome 4 des Aventuriers de la Mer, dans la collection "Piment". Pourquoi ? Parce que je trouve que le mât et les voiles du navire sont dessinés avec une précision émouvante. De même que les féroces serpents de mer du premier plan. 

Évidemment, la fille à poil en plein milieu ne gâche rien.



Allez, trêve de matage !


Où est-ce qu'on en était ? 

Ambre, la magicienne vendeuse de bijoux en bois sorcier, a toujours dans l'idée de sauver la vivenef Parangon d'une probable mise en pièces par ses propriétaires. Comme la capricieuse figure de proue n'est pas pressé de montrer sa reconnaissance, leurs échanges meurent aussi vite que les vagues sur la plage de Terrilville. A quelques lieues de là, Malta continue à briser les cœurs et à scandaliser son entourage. Conformément à la tradition, Ronica et Keffria accueillent du mieux qu'elles le peuvent la famille Khuprus, en espérant que les sentiments du jeune Reyn pour Malta partiront aussi vite qu'ils sont venus. Mais il semblerait que le jeune marchand du Désert des Pluies n'ait pas pour habitude de faire les choses à moitié : la cour qu'il mène auprès de sa prétendante respire à la fois la sagesse et la passion.

Il est peu question de Brashen dans "Brumes et tempêtes" ; on sait seulement qu'il s'est engagé sur la Veille de Printemps, un navire contrebandier où tout lui paraît louche... à commencer par le capitaine, face à qui il doit sans cesse peser ses mots. Sans doute se jetterait-il à l'eau s'il voyait Althéa prête à céder aux avances de Grag, le fils du marchand Ténira, qui l'a recueillie et adoptée à bord de l'Ophélie.

Vivacia a été capturée par l'équipage du capitaine Kennit et a vu périr une grande partie de son équipage. Entre le pirate mal en point et la vivenef des Vestrit, un lien inexplicable se tisse : lui se plaît à la charmer et elle, à l'écouter parler. Leur relation est aussi frustrante pour Hiémain, héritier du bateau, que pour Etta, la favorite de l'homme estropié. Pourtant, ils vont devoir faire abstraction de leur jalousie et réunir leurs forces pour soigner Kennit, qu'il faut amputer proprement vu qu'il suinte méchamment. La lourde tâche du saucissonnage au couteau rouillé va d'ailleurs revenir au prêtre novice, guidé par la bienveillante Vivacia ... que, contrairement à l'illustrateur Gilles Francescano, je n'imaginais pas pourvue d'une poitrine généreuse.



Mais c'est quoi ce méchant ? 

Depuis le début de la série, les propriétaires des vivenefs ne cessent de chuchoter d'énigmatiques reproches à l'encontre d'un certain "Gouverneur", qui aurait pour principaux traits de caractère d'être injuste et peu consciencieux dans ses fonctions. Aussi puissant qu'incompétent, il est redouté des anciennes familles de marchands de Terrilville, car il se soucie peu de leur déchéance. Pourtant, il est aussi apprécié des "nouveaux marchands", qui ont du mal à respecter les codes établis par les marins depuis des générations.
Toujours est-il que, jusqu'au tome 4 des Aventuriers de la Mer, on ne sait absolument rien de celui qu'on perçoit tout de même comme l'un des "méchants", et ça commence à nous intriguer furieusement. Par chance, Robin Hobb a ici consacré un chapitre entier à la présentation du fameux "gouverneur Cosgo". Ceux qui se plaisaient à l'imaginer sadique, imposant et autoritaire pourraient bien être déçus : la bête est en réalité un adolescent attardé qui profite de son statut pour baiser à longueur de journée et planer en fumant des herbes. Il semble avoir une conception très abstraite du territoire qu'il dirige, et préfère déléguer les dossiers épineux à ses dames de compagnie. A vrai dire, Cosgo peut évoquer une pâle copie de Royal, le prince aux dents longues de L'Assassin Royal, la cruauté et l'ambition en moins. Un personnage déconcertant, donc, mais peut-être est-ce l'effet voulu, puisqu'on a déjà trouve l'homme à détester et à abattre en la personne de Kyle Havre, l'odieux père de Hiémain.


De la pute au prêtre... 

... Ou comment garder le sourire face à une porte de prison ?

A ma gauche, Etta, fille de joie de son état, mais bien décidée à apprendre le métier de pirate pour garder son client préféré dans son champ de vision. A ma droite, Hiémain, prêtre en formation, marin en formation, puceau en perdition. Vont-ils pouvoir communiquer ? Eh bien oui, car ils ont un objectif commun à atteindre : sauver le capitaine Kennit ! Mais ce ne sera pas gagné d'avance, et les débuts de leur "cohabitation" resteront longtemps laborieux.

Comme s'il n'avait pas déjà assez de malheurs et de pression, il fallait absolument que Hiémain se farcisse les sautes d'humeur de la femme du capitaine ! En effet, Etta n'est pas une fille commode ; elle a quitté Partage et son bordel natal pour rester proches de celui qu'elle aime aveuglément : Kennit le pirate. Depuis, elle ne vit qu'à travers lui, jalouse aussitôt tout ce qui l'approche d'un peu trop près, et peut littéralement mettre en pièces celui qui aurait l'idée de lui faire du mal. Forcément, dès qu'elle décèle un semblant de complicité entre le pirate, la figure de proue et le jeune prêtre, ils deviennent pour elle des rivaux tout trouvés. Hiémain aimerait bien lui dire qu'il n'a aucunement l'intention de l'exclure de leur relation de confiance, mais il n'est guère aisé de parlé à quelqu'un d'aussi buté qu'une prostituée convertie en marin.

Pourtant, la femme de caractère sans peur et sans reproche se transforme en bon petit chien chien dès que Kennit ouvre la bouche ; aussi, quand il va lui demander d'être indulgente, voire attentionnée envers Hiémain, elle va s'exécuter à contrecœur et jouer le jeu à la perfection. Le novice est bien surpris que la femme l'accueille avec une bienveillance perceptible, lors de sa descente dans la cabine du convalescent, et ne soupçonne pas les raisons d'un tel changement d'humeur à son égard. Il se laisse donc aller à croire à une amitié naissante, et pense qu'il a enfin trouvé l'oreille attentive qui voudra bien recueillir ses peines contenues depuis des mois en mer.

"Hiémain sentit une ouverture.
"Et je ne vous le demanderai pas. C'est seulement... ce serait bien de pouvoir parler à quelqu'un. Simplement parler. Il m'est arrivé tant de choses récemment. Tous mes amis sont morts, mon père me méprise, les esclaves que j'ai aidés n'ont pas l'air de se rappeler ce que j'ai fait pour eux, je soupçonne Sâ'Adar de vouloir en finir avec moi..." 
Sa voix se réduisit à un murmure quand il se rendit compte qu'il devait avoir l'air de s'apitoyer sur son sort."
(p. 225 - 226)

Que nenni ! La pute lucide et fataliste va remettre les idées en place à celui qu'elle considère comme un jeune pleurnichard incapable de se secouer, donnant lieu au passage le plus intéressant _ humainement parlant _ de l'ouvrage.        

(p. 226)
"... J'essaie de trouver le moyen de revenir à mon point de départ pour rétablir ma vie d'avant mais... 
_ Tu ne peux pas revenir en arrière, lui dit-elle franchement, d'une voix neutre. Cette partie-là de ta vie est terminée. Mets-là de côté comme une étape achevée? C'en est fini pour toi. Personne ne peut décider de ce que sera sa vie." Elle leva vers lui un regard qui le transperça. "Sois un homme. Tâche de découvrir où tu te trouves maintenant et repars de là, en faisant contre mauvaise fortune bon coeur. Accepte et tu pourras survivre. Si tu restes en arrière, en répétant que ce n'est pas ta vie, que tu n'es pas fait pour ça, tu passeras à côté. Il se peut que tu n'en meures pas, mais autant être mort, pour ce que ça te rapportera, à toi et aux autres."
Hiémain était abasourdi. Aussi dures qu'elles soient, ces paroles étaient remplies de sagesse."
(p. 226 - 227) 

Tout n'est pas bon à prendre dans la tirade d'Etta. Mais certains éléments intéresseront sans doute le lecteur qui cherche en vain un sens à sa vie ; il est dommage que Hiémain se réapproprie aussitôt les préceptes d'Etta pour les lier à ses apprentissages religieux : Sa aurait-il donc parlé à travers la bouche de la prostituée?
Cela nous importe peu, à vrai dire. J'aimerais bien revenir, plutôt, sur l'attachement qu'a Robin Hobb a décrire le cheminement mental du personnage tentant de communiquer avec la bombe à retardement qui tricote en face de lui. On a l'impression qu'une grande partie de Mikado se joue entre le prêtre, ses propres ressentis, et son interlocutrice : cerner l'Autre, quel chantier, surtout s'il est d'humeur changeante ! Hiémain, craintif, entre dans la cabine de Kennit, certain de se faire jeter par la harpie du malade. Surprise : ladite harpie lui tricote un pantalon et lui fait même grâce d'un vague sourire. Le coeur réchauffé, il se dit que c'est peut-être l'occasion de se frayer un chemin jusqu'au coeur de la femme pirate, histoire de voir ce qu'elle a dans le ventre. Mais la dame n'est pas en mal d'ami, elle : qu'il aille chialer sa mère ailleurs. La douche froide l'empêche de s'enflammer, or il veut encore y croire et saisit une parole de la prostituée comme un barreau d'échelle pour revenir à l'attaque. Ah, décidément, on a beau dire : Hiémain est un warrior à sa manière. Qui ne se découragerait pas au premier camouflet d'une fille qui ne tolère pas votre présence et vous le fait comprendre ? Qui n'aurait pas le réflexe d'éviter celui ou celle qui vous a octroyé un sourire hier, et vous envoie un pain dans la gueule aujourd'hui ? Oui, Hiémain est un type persévérant et pas dénué de courage. Ou alors, il est maso. A sa place, j'aurais pris le large.

Jeu de mots, ah ah.


Oh mon Dieu !

Rien à voir ou presque _ puisque la chanson Les Mandarines aborde à mon avis le sujet de la prostitution _  mais je voulais vous faire part de mon étonnement en réalisant à l'instant qu'Ulrika Von Glott et Marianne James étaient en fait une seule et même personne ! Bien qu'à présent cela me semble évident, je n'avais jamais fait le rapprochement.


"Les mandarines", chanson des années 30 reprise par Ulrika Von Glott. 
Chanson découverte grâce à mon premier radio réveil, qui ne captait que Radio Liberté Ribérac. 


J'en profite pour signaler que Marianne - Ulrika n'apparaît pas dans l'article Wikipedia consacré au Kadox, un jeu télévisé diffusé sur France 3 à la fin des années 1990, alors qu'elle y a bel et bien participé. Je m'en vais de ce pas apporter ma contribution, et vous laisse en compagnie d'Amanda Lear, pour patienter.



   

Voilà ! C'est fait !

Hobb, Robin. Les aventuriers de la mer. "Brumes et tempêtes". Paris. France Loisirs. Coll. "Piment". 1999. 389 p. ISBN 2-7441-7725-3 

vendredi 4 janvier 2013

Les ressources inépuisables du Playmobil...


Quelques figurines Playmobil, un feutre, un peu de papier, un appareil photo Moins Deux Pixels (ah mon cher M2P...) et en avant les histoires ! 







































dimanche 30 décembre 2012

Les Aigles Décapitées - Tome 10 - L'héritier de Crozenc. Jean-Charles Kraehn ; Michel Pierret. 1996


Tiens, je me rends compte que j'ai laissé tomber Les Aigles Décapitées ces derniers mois, juste après avoir lu le dixième album "L'héritier de Crozenc" à la FNAC. Habituellement, le compte rendu tombe peu de temps après la lecture, mais cette fois-ci, allez savoir pourquoi, il est passé à la trappe. Non pas que le Tome 10 de la série ne soit pas intéressant, non pas qu'il soit pauvre en rebondissements, bien au contraire. Mais à part présenter un petit résumé de l'histoire en cours, je ne savais pas vraiment comment le critique, quel point mettre en valeur. Enfin, j'en voyais bien un, mais il était hors de question de le traiter, car il aurait dévoilé LE retournement de situation de la série. 

A vrai dire, je viens feuilleter "L'héritier de Crozenc" pour me le remettre en mémoire et ... il ne suscite aucune inspiration particulière ! Alors on verra bien après le résumé ! 


On dirait que Prince Valiant s'est fait une couleur !

Non, sérieusement, vous ne trouvez pas qu'ils se ressemblent ?
(Je parle de celui de gauche bien sûr, puisque l'autre est déjà blond.)

Où est-ce qu'on en était ? 

Les Tomes 9 et 10 sont indissociables ; il faut d'abord résumer l'un pour pouvoir parler de l'autre. Hughes de Crozenc est donc un bâtard, un imposteur, un orphelin autoproclamé seigneur de Crozenc après la chute de son prédécesseur ; certains l'ont toujours su, d'autres l'ont appris en écoutant aux portes, et beaucoup se délectent des miettes d'un secret ébruité. Ravenaud, vassal rebelle et faux, veut faire tomber Hughes en prouvant à tous, et en particulier à Alphonse de Poitiers, qu'il n'a aucune légitimité. Pour arriver à ses fins, il dispose d'une preuve de choix : Roger de Castelnau, l'assassin du "vrai" descendant de Renaud de Crozenc. Mais l'oncle d'Alix, dont Hughes à tâté la tripaille dans les albums précédents, ne veut pas témoigner : que gagnerait-il à avouer qu'il a tué un nourrisson qui lui barrait l'accès au pouvoir ? Ravenaud le force à se rallier à sa cause en faisant enlever Oulfaut, le fils aîné de Roger : il lui sera rendu sain et sauf dès qu'il aura rapporté ses actes. 

Hughes apprend les sombres projets de son chevalier et se met en tête de libérer le fils de Roger, pris en otage par Ravenaud et la meute de brigand à qui il a fait miroiter monts et merveilles pour en obtenir les services. Il sait que, sans l'épée de Damoclès qui menace son fils, il ne témoignera pas contre lui. Or, il est fait prisonnier par l'oncle d'Alix avant de pouvoir lui apporter son aide : c'est bien un blond ! Par chance, il  arrivera à s'évader de sa geôle en soudoyant les gardiens, et rejoindra sa forteresse pour y reprendre son souffle ... avant de se lancer à nouveau à la recherche des brigands. Sur sa route, il sauve Nolwenn des griffes du brigand Torchecul, vexé d'avoir été roulé quelques jours plus tôt par la coriace dame déchue, et la laisse entre les mains de la vieille Mahaut. 

Le respect des vieux 

Mahaut n'apparaît que sur les toutes dernières planches de la bande dessinée ; pourtant, on sent bien qu'elle n'aura pas un simple rôle de figurante dans la suite des Aigles Décapitées. Un peu sorcière, un peu guérisseuse, redoutée pour son hérésie et moquée pour l'ensemble de son oeuvre, la vieille Mahaut avait déjà été évoquée dans l'album précédent, sans être dessinée pour autant. Il en avait été question lors du retour de Nolwenn à Crozenc en tant que femme répudiée et enfermée dans la Tour Grosse : il semblerait qu'à partir de ce moment, les deux parias de la cour se soient rapprochés. Nolwenn est un peu le pendant "jeune et frais" de Mahaut, la sorcière décalée qui ne mâche pas ses mots et crache en prononçant le nom d'un noble, si bâtard soit-il. La guérisseuse tient d'autant plus à Nolwenn, la parvenue, qu'elle déteste Alix, la jeune dame prétentieuse. Elle ne porte pas non plus Hughes dans son estime, et ce dernier le lui rend bien, en ne lui accordant aucun crédit ni même aucune attention... tout en gardant sa crainte par devers lui. Prendra-t-il conscience que "c'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes ?" et que la parole d'une vieille qu'on soufflette sans vergogne compte au moins autant que celle d'une blonde à forte poitrine ? 

J'aurais bien voulu faire un développement sur le petit passage philosophique de la BD : en entraînant ses faucons, Hughes réalise que ces rapaces si puissants, et d'apparence si libres, finissent toujours par revenir vers ceux qui les nourrissent : prisonniers de leur instinct, ils sont condamnés à manger dans la main de l'homme. Mais finalement non : les passages de réflexion du héros sont bien trop rares pour qu'on puisse se permette d'y toucher.   

Dernière chose, Alix est à poil sur deux ou trois vignettes. Pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus.

KRAEHN, Jean-Charles ; PIERRET, Michel. Les Aigles Décapitées. Tome 10 : "L'héritier de Crozenc". Glénat. 1996. Coll. "Vécu". 48 p.  


mardi 25 décembre 2012

Premier Noël pour King Kraby et Fifitness


Avec l'aide de mon cher M2P, nous avons pu immortaliser les fêtes de Noël, cette année.


La chambre de King Kraby : un espace aménagé dans un placard, histoire de passer des nuits tranquilles.


Fifitness, le calme avant la tempête



Mickey, un habitué 

lundi 24 décembre 2012

Les racailles du poulailler




Ne jamais mettre un Cou-Nu du Forez en colère ! 
Hum, inutile de préciser que tout cela a été retouché sur Picasa, hein !

samedi 8 décembre 2012

Blog - Jean-Philippe Blondel - 2010



 
« Blog » est un roman pour ados qui aborde à la fois les rapports inter-générationnels, la question de l'identité numérique et les pratiques culturelles des jeunes. Le héros, un lycéen, découvre que son père a lu son blog en long, en large et en travers : il ressent cette immersion dans son univers comme un « viol virtuel ». Alors, il décide de ne plus adresser la parole à son père et se ferme complètement à lui. »


 
Après nous avoir brièvement annoncé la couleur de cet ouvrage de Jean-Philippe Blondel, la bibliothécaire l'avait reposé sur son présentoir avant d'en empoigner un autre. Lequel ? Je ne sais plus, car je n'avais plus suivi son passage en revue, fort intriguée que j'étais par cette curieuse embrouille sur fond de blog passé au tamis de la censure parentale. Il me fallait absolument le lire, au plus vite. Puis notre visite matinale de la médiathèque de Mérignac s'est terminée, nous sommes tous retournés à l'IUFM l'après-midi pour reprendre notre préparation du Capes de Documentation là où nous l'avions arrêtée, tandis que l'eau coulait sous les ponts et que les trains passaient dessus. Mon enthousiasme est parti aussi vite qu'il était venu, et je n'y ai plus pensé. Deux ans plus tard, Blog demeurait un mythe, un de ces ouvrages « cultes » de la littérature de jeunesse qu'on cite sans avoir lu. Autant dire que mes attentes étaient grandes, quand j'ai enfin pris le temps de le lire.  

Résumé multimédia... 

...Parce que nous sommes tous multitâches !  

Voici un fichier son réalisé par mes soins (et avec l'aide d'Audiacity, à l'origine de cette voix bien virile dont j'ai toujours rêvé) pour vous résumer le roman. Pour ceux qui n'auraient pas envie de le télécharger, sachez que j'y raconte mot pour mot ceci :

Un lycéen réalise un jour avec stupeur que son père lit régulièrement le blog personnel qu'il tient depuis plusieurs années. Il vit très mal cette intrusion dans un espace privé qu'il a pourtant bien peu cherché à protéger, et se sent vraiment trahi. C'est un mélange de colère et d'indignation qui l'amène à ne plus adresser la parole à son père. Ce dernier culpabilise et lui confie, en guise de compensation, les journaux intimes qu'il tenait dans sa jeunesse. D'abord bien décidé à ne pas tomber dans les travers du voyeurisme, l'adolescent va se prendre au jeu et lire avec assiduité les aventures de celui qui deviendra son père, et avec qui il entretient bien plus de points communs qu'il n'aurait pu le supposer. Il va alors découvrir un secret de famille bouleversant.


Fraîcheur et efficacité 
   
L'entreprise de Jean-Philippe Blondel n'était guère aisée : comment se mettre dans la peau d'un adolescent lorsqu'on n'en est plus un, et comment adopter son langage sans avoir l'air d'avoir converti du français standard en dialecte djeuns à l'aide de Google Trad ? Sans doute l'écrivain _ enseignant de son état _ a-t-il observé la jeunesse d'aujourd'hui et en essayant de se fondre dans celui qu'il fut autrefois. Toujours est-il qu'il s'en sort bien, bien qu'on ne s'y trompe pas : au pays des enculés de ta race et autres fils de pute bien décidés à niquer leur mère, peu nombreux sont ceux qui expriment leur colère à coups de « putain de merde » aujourd'hui. Il n'y a guère que Frank Gallagher pour utiliser pareille formule.


Frank Gallagher de Shameless, Saison 8, épisode 18

 Mais passons, c'est un détail. 

Qu'on apprécie ou pas le jeune blogueur en crise dont il est question dans Blog, on ne peut que reconnaître la facilité avec laquelle Jean-Philippe Blondel pousse de grands débats d'actualité sur le devant de la scène : les rapports parents – enfants, l'expression de soi, la prise en compte de l'Autre dans sa construction personnelle, les frontières de la vie privée et de la vie publique sur Internet... Pour chacun d'eux, Blog est sans doute le point de départ d'une réflexion.


Pourquoi un blog ?

Le blogueur démasqué a les idées claires : il sait pourquoi il a ouvert son espace virtuel, il explique très bien pourquoi il l'entretient régulièrement, il a pleinement conscience d'une évolution de ses écrits au fil du temps. Il n'y a pas de doute, ce héros qui « aime écrire » et qui reconnaît sans problème qu'il a commencé son blog pour faire comme tout le monde et « épater » une fille, c'est bien un adolescent fictif ! Sans doute le jeune lecteur doit-il aller au-delà de la simple représentation du héros, dont le réalisme est contestable, et utiliser le personnage pour forger sa propre conception du blog. Par exemple, l'argument de la publication d'articles pour laisser une "trace" des personnes et des événements, pour retenir les souvenirs, reflète parfaitement l'objectif que je me suis fixé en ouvrant "Une Poule Sur Un Mur". Mais la façon dont il nous est présenté me froisse un peu, parce qu'il manifeste une trop grande prise de recul, à mon avis : "C'est pour ça aussi, le blog. J'en suis conscient. Pour conserver. Parce que j'ai peur que tout ne nous échappe. Ne nous file entre les doigts. Et qu'un jour nous nous retournions et que nous nous apercevions soudain que nous évoluons au milieu d'un désert et que le point de départ, notre oasis, est inatteignable désormais." Loin de moi l'intention de prendre les jeunes de quinze ans pour des abrutis sans aucun discernement ; pourtant, ce n'est pas pour rien que l'auteur choisit comme héros un adolescent qui ne se sent pas tout à fait comme les autres. Il se distingue du "blogueur moyen" en entretenant ses pages sur la durée alors que les garçons, soi-disant, ne le font pas ; en allant au-delà de la publication de photos, et en prenant peu à peu conscience de son besoin d'écrire.


Qu'est-ce qu'on y met ? 


Ce rapport à l'écriture est l'un des principaux points communs entre le héros et son père ; du moins, c'est celui qui nous intéresse le plus. Pour se "racheter" d'avoir épié le blog de son fils, Philippe lui offre les journaux intimes qu'il écrivait lorsqu'il avait sensiblement le même âge. Peut-on dire qu'ils sont quittes ? Répondre "oui" sous-entendrait que le blog est un parfait équivalent du journal intime ; pourtant, ce n'est pas le cas. Le journal intime n'est pas censé être lu, en principe. Le blog, si. Même si l'accès est restreint, on écrit pour des "visiteurs", ou pour soi, mais en sachant qu'on sera lu par quelques uns d'entre eux. Dans cette mesure, il est bien difficile de ne pas s'autocensurer un minimum. La qualité d'écriture, quant à elle, se voit forcément stimulée par l'idée qu'on va devoir se faire comprendre auprès des autres. On ose beaucoup sur un blog personnel, au péril de sa réputation, mais on n'ose jamais autant que dans un journal. Dès que l'anonymat est rompu un tant soit peu, le blogueur n'est plus totalement libre de ses mouvements : en fonction de son niveau de diplomatie, ou d'hypocrisie, comme vous voudrez, il sera amené à peser ses mots pour "plaire", pour "ne pas froisser" ses lecteurs fidèles et pour ne pas les compromettre. L'adolescent de Blog pratique ce contrôle de ce qu'on dit et de ce qu'on ne dit pas : il fait l'impasse sur ses murges, persuadé qu'une instance supérieure pourrait le confondre en utilisant ses billets. Par contre, il fait part de ses exploits aux (jeunes) lecteurs du roman, qu'on peut ici prendre comme un journal écrit en parallèle du blog "gelé". 



Un roman en pâte feuilletée 


C'est ma manière de dire qu'il y a plusieurs "couches d'expression" à explorer dans Blog. On peut aussi dire "strate narrative", je sais. Mais ce roman n'est pas assez calcaire pour correspondre à ce terme : 


- le récit du héros passant au crible ses états d'âme au fil des jours, à partir du "gel" de son blog. 


- le blog, dont on ne sait rien, puisqu'on ne figure pas dans la liste de ses meilleurs potes.


- le journal du père, analysé et commenté par le héros. Ce dernier va très vite passer l'étape "Sa mère en boîte ! Mon Dieu ! Mon père fût un boutonneux autrefois !" pour mieux s'attacher à faire des liens entre "Philippe" et lui.  


- un peu de communication orale, que diable ! J'ai bien envie de rajouter à toutes ces "states" (allez, les falaises ont leur petit côté romantique) les échanges entre Anne-So et le héros, car ils viennent compléter l'interprétation de la lecture du journal de Philippe. La copine du blogueur porte un regard extérieur sur la situation et le guide, en quelque sorte, vers la résolution du problème relationnel entre le père et le fils. Anne-So rend bien service, en effet. Mais je ne comprends pas pourquoi l'auteur a tenu à les faire coucher ensemble. S'est il lancé un défi du type "il faut absolument que mon blogueur se fasse dépuceler avant la fin de l'histoire, allez, je peux le faire, je le sais !" ? Plus probablement, il a sans doute voulu montrer que, quel que soit la forme d'expression,  certains instants d'une vie ne peuvent être partagés. Sur certains points, Blog m'a beaucoup rappelé Paranoïd Park de Blake Nelson : l'écriture pour se libérer d'un poids en situation de crise, le caractère des deux héros, le recours à la "bonne copine" pour surmonter l'obstacle... 


Le roman a fait l'objet d'un dossier pédagogique plutôt intéressant, à mon avis.          



BLONDEL, Jean-Philippe. Blog. Actes Sud Junior. Arles, 2010. Coll. "Romans Ado". 114 p. ISBN : 978-2-7427-8936-8.