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samedi 30 juillet 2022

[COMICS] Hawkeye - 1 - "Ma vie est une arme" - Matt Fraction ; David Aja ; Javier Pulido (2013)

L'un de mes neveux est dans une phase super-héros, il est assez connaisseur des grandes figures de Marvel, notamment _même s'il a préféré de loin se déguiser en Batman pour le dernier carnaval, paraît-il. En tous cas, c'est grâce à lui que j'ai découvert l'existence de Hawkeye, un allié atypique des Avengers. Lorsqu'il m'a présenté l'une de ses multiples figurines sous ce nom, et j'ai d'abord cru qu'il l'avait inventé. Ce n'est qu'en parcourant le rayon comics d'une bibliothèque, un peu plus tard, que j'ai compris de qui il s'agissait. 

L'histoire 

Cet album regroupe quatre aventures menées par Clint Barton, alias Hawkeye, un archer hors pair qui marche avec les Avengers. Très doué dans sa discipline mais dénué de super-pouvoirs, il est souvent accompagné dans ses pérégrinations par Kate Bishop, son double féminin beaucoup plus rusé que lui. 

Le premier chapitre intitulé Chanceux s'ouvre sur une chute vertigineuse de Clint, directement suivie d'un long séjour à l'hôpital ; à sa sortie, il regagne son immeuble situé dans un quartier populaire de New-York et s'aperçoit que le propriétaire, Ivan, le chef patibulaire de la Mafia en Survêt, a triplé le loyer de tout le monde, poussant ses voisins au déménagement. Clint n'apprécie pas l'entourloupe et décide de se battre au nom de tous les locataires. 

C'est dans le Code des vagabonds, la deuxième aventure, qu'apparaît la géniale Kate Bishop. Le binôme doit s'infiltrer dans un cirque pour capter quelques acrobates cleptomanes ; la mission prend un tournant nostalgique lorsque le héros, qui a grandi au milieu des forains, retrouve de vieux réflexes. Il va faire face à un lanceur de couteaux formé par son mentor, le Spadassin. 



Cherry est ni plus ni moins le déroulé d'une journée catastrophique. Alors qu'il part au supermarché acheter du café et du scotch pour étiqueter ses multiples flèches, une rencontre avec une voiture de collection (et sa belle conductrice) va modifier ses plans. La jeune femme semble s'est fourrée dans un guêpier et n'hésite pas à jouer de ses atouts pour bénéficier de son aide. Est-ce que cela suffira ? Pas sûr, car la bande des Survêts, encore eux, n'est jamais très loin. 

Enfin, la Cassette s'organise en deux parties _assez difficiles à délimiter, d'ailleurs, dans laquelle le lien entre Hawkeye et les Avengers devient concret. En effet, la directrice du S.H.I.E.L.D Maria Hill charge Clint de récupérer une cassette vidéo compromettante pour la Navy et pour l'équipe de Captain America. Il y est question de l'assassinat du dictateur Du Ke Feng. L'archer va devoir se montrer rapide et efficace car l'enregistrement est sur le point d'être vendu aux enchères sur l'île de Madripoor, une zone de non-droit où tous les coups sont permis. De nombreux ennemis des Avengers sont déjà sur le coup, toujours chauds lorsqu'il s'agit de salir l'image des justiciers. 

"Ca s'annonce mal" 

L'album s'ouvre sur cette petite phrase que Clint Barton prononce, comme pour mieux faire entrer le lecteur dans son quotidien mouvementé. Cette formule reviendra plusieurs fois, toujours issue des pensées d'Hawkeye ; il faut dire que le roi du tir à l'arc est tout sauf le héros indestructible et rassurant qu'on s'attend à croiser dans un Marvel. Au contraire, il se présente lui-même comme un être humain très conscient de sa vulnérabilité ; c'est sans doute ce qui lui permet de rester humble avec ses semblables, alors que sa proximité avec les Avengers aurait de quoi lui filer la grosse tête. Il est toujours appréciable de voir sur le devant de la scène des personnages qui n'en jettent pas trop et qui assument leurs points faibles _sans forcément se déprécier. Ils sont plus présents qu'on le croit dans ces comics, et cela participe de l'intérêt qu'on peut leur accorder. 

s les premières planches, il devient facile de se trouver des points communs avec Hawkeye : il boit du café (et le renverse), il fait des barbecues sur le toit le l'immeuble avec ses voisins, il est bordélique et range ses flèches n'importe comment, il pense à ce que deviendront ses effets après sa mort, il commet des lapsus, il prend les transports, éventuellement le taxi si c'est Captain America qui paye... Mais par-dessus tout, il peut avoir besoin d'aide et n'hésite pas à solliciter Kate Bishop, sa comparse qui n'a décidément rien à faire au second plan. 


Kate Bishop, ou la couverture de survie

Le personnage de Kate Bishop ne se "limite" pas à sa collaboration avec Clint Barton ; si vous souhaitez connaître l'ensemble de ses œuvres dans le monde féérique de Marvel, je ne peux vous conseiller l'épisode du podcast Codexes* qui lui est consacré. Je veux pas spoiler, mais sachez juste qu'elle sera nommée "la Nouvelle Hawkeye" plus tard dans son parcours.

Ici, Kate est clairement identifiée comme la subalterne de Clint ; ce dernier nous la décrit comme "assez géniale" et l'apprécie à sa juste valeur. Mais dans ce premier tome d'une série qui en compte 4, elle ne quitte jamais son rang de doublure de luxe indispensable justement parce qu'elle sait rester dans l'ombre. Ce n'est pas elle que Maria Hill et Captain America viennent chercher en toute urgence, c'est Hawkeye. Et pourtant... On a bon espoir que ça change. 

Ce statut, qu'elle connaît et accepte, ne l'empêche pas de se montrer audacieuse et de s'adresser à Clint comme au colocataire bas du front qu'il peut parfois être. Kate Bishop est derrière tous les bons mots et les moments comiques de l'album.   


La narration renforce ce sentiment d'être sur un pied d'égalité avec les deux personnages principaux, en particulier avec Clint Barton : d'abord parce qu'il parle à la première personne et semble s'adresser à nous, le plus souvent et début et fin de chapitre. Ensuite, les péripéties nous sont présentées de façon non linéaire ; on part généralement d'un temps fort ou d'un moment critique pour les personnages principaux, avant de remonter le cours des événements. Cette impression de joyeux bordel a bien failli me faire renoncer à la lecture de cette BD ! "Ma vie est une arme" commence sur des chapeaux de roue et ça m'a pris un temps fou de prendre le train en marche. Avec le recul _et une seconde lecture_ je comprends ce choix du scénariste : Clint et Kate vivent à l'arrache et à cent à l'heure, ils vont où le vent les emmènent, ils improvisent. On les suit dans leur journées périlleuses comme le feraient des documentaristes, caméra au poing. 

=> Regardez la critique de ce youtubeur Le Rat de Gotham, elle est beaucoup plus pertinente que la mienne car lui, il s'y connaît ! Il a aussi fait une vidéo sur Ms Marvel dont on a parlé il y a quelques temps !

Direction Madripoor : suivez les flèches

Je vais me répéter, mais tant pis : Marvel, DC et les autres me sont passés au-dessus pendant très longtemps et je suis encore en train de découvrir des personnages et des lieux qu'on ne présente plus. Donc les connaisseurs, si vous tombez sur ce billet _ce qui serait bien peu probable : passez votre chemin ; vous risquez de lire des choses évidentes ou approximatives et ça va juste vous faire péter un câble. 

Les références à l'univers de Marvel sont assez nombreuses dans la série Hawkeye, et elles permettent de comprendre un peu mieux l'historique des Avengers. 

  • Les Avengers englobent dans leur équipe des êtres humains ordinaires, tels que Clint Barton et Kate Bishop ; ces élus ont une place un peu particulière à leurs côtés et font penser aux héros de la mythologie grecque, par exemple. Leur absence de pouvoirs est compensée par des qualités humaines et/ou physiques au-dessus de la moyenne, et par une ribambelle de gadgets plus perfectionnées et WTF les uns que les autres. Alors, ok, on ne sait pas si Hawkeye a plusieurs cordes à son arc, mais il possède au moins autant de flèches différentes qu'Iron Man d'armures. Entre la flèche-filet, celle qui envoie de l'acide, celle qui te laisse dans une mare poisseuse, celle à point explosive... on saisit bien l'intérêt d'étiqueter tout ce barda. La documentaliste compatit.  
  • Il est fait allusion à Jacques Duquesne, le Spadassin, un aventurier souvent équipé d'une épée, ayant lui aussi fait partie des Avengers pendant quelques temps ; Hawkeye dit avoir été éduqué par ses soins dans son enfance, mais il ne cache pas son aversion pour cet homme qui semble l'avoir déçu par sa tendance à chouraver.
  • Pour la première fois, j'ai entendu parler de l'île de Madripoor, un lieu qui visiblement sert souvent de théâtre aux fourberies de tous genres. Une drôle de terre gouvernée et financée par le vice, qui est un peu le pays de tout le monde et de personne. A moins d'être un super-héros ou d'être couvert par Kate Bishop, on ne survit pas très longtemps dans cette jungle d'hôtels luxueux.  
  • Qui est cette "Madame Hill" qui vient extraire Hawkeye de la fête des voisins ? C'est la directrice du S.H.I.E.L.D, une agence de renseignements engagée dans la lutte anti-terroriste, qui sollicite pas mal de super-héros. J'avais l'impression qu'ils avaient surtout mis leur grapin sur Iron Man et Spider Man, mais pas que, visiblement !  
  • Madame Masque fait une brève apparition dans le dernier chapitre ; c'est une dame portant un masque (surprenant). C'est pas spoiler que de dire que cette super-méchante va bien se faire bolosser par Kate Bishop ! 
#jaunisse

La vie en mauve 

Si Matt Fraction s'est occupé du scénario, deux illustrateurs se sont partagés le dessin ; David Aja a mis en image les trois premiers chapitres, de Javier Pulido la dernière double aventure. Du début à la fin, la tonalité violette, correspondant à la couleur de prédilection des héros, a été respectée. Le trait un peu gras et sombre de David Aja, qui prête à ses figures un air mystérieux, déstabilise mais sait se faire apprécier ; si on a l'occasion de saisir le regard d'un personnage, c'est parce qu'il a une importance immédiate dans l'action. Javier Pulido adopte un trait plus fin, peut-être un peu plus conventionnel et rassurant. 

L'ambiance violette peut ne pas convenir à tout le monde ; mais ça vaut le coup de ne pas s'y arrêter. La critique est assez unanime, sur Internet : la série BD Hawkeye est d'une grande qualité et se hisse parmi les classiques. 

Ah, remarque importante : même si ce n'est pas une série estampillée jeunesse, il me semble qu'elle peut être mise entre toutes les mains (à partir du collège). Y a une micro histoire de cul dedans, certes, mais ça va on voit rien !

Elle a récemment été adaptée en série télévisée.

Hawkeye = oeil de faucon
faucon = oiseau = c'est presque un poulet !! 

* Codexes est un podcast culturel qui parle de personnages de fiction féminins. Chaque épisode est consacré à une figure plus ou moins connue d'un film, d'une série, d'une BD, et les animatrices l'épluchent de façon très complète ! C'est super instructif ! 

Références de la BD : 

Matt FRACTION ; David AJA ; Javier PULIDO. Hawkeye - 1 - Ma vie est une arme. Panini Comics, 2013. ISBN 978-2-8094-3169-8

Sources : 


samedi 30 mai 2020

[COMICS] Superman Aventures - Volume 1 - Paul Dini ; Scott McCloud ; Rick Burchett ; Bret Blevins ; Mike Manley ; Terry Austin ; Marie Severin (2016)

Pour la quinzième fois, j'efface le "bonjour" d'ouverture de ce mail que je n'enverrai pas.
Même les simples formalités doivent être mûrement réfléchies.


Deux livres, deux ambiances ! Il y a quelques jours, nous nous sommes intéressés au premier tome de la BD Superman : identité secrète. Comme j'ai écrit le compte-rendu avant d'avoir lu la deuxième partie, j'ai apparemment fait un certain nombre d'erreurs d'interprétation, ce qui m'a valu de me faire allumer par une connaisseuse de passage sur Babelio. Je vous engage donc, une nouvelle fois, à aller découvrir l'oeuvre par vous-même et de ne pas vous arrêter à mes petits résumés : je découvre tout juste les univers des comics, donc oui, je dois dire de grosses conneries ! Bref, passons.  

En attendant, continuons à explorer les différentes facettes de ce personnage de Superman dont nous connaissons tous le costume vite fait, mais pas forcément l'emplacement des poches intérieures !



Sur les conseils de mon collègue le prof d'arts plastiques spécialiste de BD _ouais toujours le même _ j'ai glissé le volume 1 des Superman - Aventures dans la commande de titres voués à lancer ce fameux "Atelier Comics", qui n'aura finalement jamais vu le jour. Après le retard à l'allumage, la rude concurrence du club ciné calé le même jour comme de par hasard, mon ignorance totale de ce champ culturel et la mise en place tardive d'un partenariat avec la bibliothèque... c'est le coronavirus qui aura fini d'enfoncer le clou. Il faut croire que tous les méchants de Marvel et de DC s'étaient mis d'accord pour faire capoter le bordel.      


  
Les histoires 

Forte de son succès à la télévision à la fin des années 1990, la série animée Superman, l'ange de Metropolis a été adaptée en comic books par ses créateurs, peu de temps après. Pour les scénaristes Paul Dini (l'inventeur d'Harley Quinn) et Scott McCloud, il ne s'agissait pas de retranscrire à la lettre les divers épisodes ou de proposer une "suite" au dessin animé, mais plutôt de raconter sous format papier de nouvelles aventures se déroulant dans le même univers. Le projet a permis de donner le jour à de nombreuses histoires, et ce jusqu'en 2002 ; dix d'entre elles figurent dans la BD que nous avons entre les mains.

Superman, l'ange de Métropolis 
25 ans plus tard, le retour !


Publié en 2016, ce premier volume de Superman - Aventures est déjà suivi de quatre autres ; un cinquième tome ne devrait plus tarder à sortir. Forcément, il endosse la lourde charge de planter le décor et de présenter toutes ces figures incontournables qui colorent le quotidien de Metropolis.
  • Le premier épisode intitulé "l'homme d'acier" raconte l'affrontement de Superman et de son clone robot maléfique, dont le commanditaire n'est autre que l'horrible businessman Lex Luthor, l'ennemi numéro 1 du héros... 

  • Son ennemi numéro 1, mais pas son seul opposant ! Le cyborg Metallo est le trouble-fête de l'épisode 2. Défiguré, puis maintenu en vie avec une carcasse de fer, il résistera juste assez longtemps pour permettre au héros de s'illustrer, dans une ville où ses exploits commencent à créer l'effervescence.
  • L'histoire suivante nous rappelle qu'il y avait aussi des fourbes sur l'idyllique planète Krypton : Brainiac en est la preuve. Cette intelligence artificielle a dérobé et emmagasiné toute les connaissances scientifiques, toutes les découvertes faites dans les labos de Krypton avant de fuir sur Terre _et d'échapper ainsi à l'explosion fatale. Tout ce qui manque à Brainiac, c'est un "globe" magique qui a été légué à Superman par ses parents, et qui lui permet de revivre en boucle l'Histoire de sa terre d'origine : il va essayer de le lui subtiliser en lançant une armée de chats noirs robotisés (?) sur Metropolis... Ok, pourquoi pas... Mais le rescapé de Krypton n'a aucune envie de lui céder ce bijou de famille. 
  • L'épisode 4 se focalise sur Jimmy Olsen, le jeune photographe du Daily Planet qui débute dans le métier et qui se lamente de ne pas être pris au sérieux par son boss. Une course poursuite entre Superman et les sbires de Lex Luthor va lui donner l'occasion de s'illustrer. 

  • On arrive au chapitre 5, le moment "presque féministe" de l'album ; suite à un fâcheux coup de foudre, l'animatrice radio Leslie Nillis est devenue la maléfique Electra. D'habitude, elle est furieusement remontée contre Superman, qui est indirectement responsable de sa transformation, mais ici ce n'est pas le propos : elle se découvre un soudain (et véritable) besoin de défendre la cause des femmes dans les médias. Tant d'altruisme pourrait en bouleverser plus d'un... mais qui croit encore en la sincérité d'Electra ? 
  • Quelle horreur que ce petit elfe teigneux au nom imprononçable ! J'ai beau chercher dans mes souvenirs, je crois que Mister Mxyzptlk m'a complètement échappé. Ici, il entraîne Superman dans une histoire rocambolesque où le héros devra remonter le temps pour empêcher qu'une chaîne d'événements catastrophiques se produise. Metropolis est menacée ! 

  • Une fois n'est pas coutume, les épisodes 7 et 8 se suivent. Le professeur Hamilton et son équipe ont inventé une machine capable de rétrécir les malfaiteurs : comme ça, ils prennent moins de place en prison. Encore faut-il les tenir à l'oeil ! En se moquant un peu vite du général kryptonien Jax-Ur et son associée Mala, qu'ils viennent de réduire à la taille d'un trombone, Superman et Hamilton relâchent leur vigilance. Les deux "méchants" prennent le contrôle de l'appareil et parviennent à le diriger vers l'Ange de Metropolis. Qui a déjà vu un combat de moustiques ?
  • "Le retour du héros" sort du lot : cette aventure est plus émouvante que les huit précédentes réunies. On quitte le petit univers du Daily Planet pour découvrir le quotidien d'une famille ordinaire de Suicide Slum, un quartier populaire de Metropolis. Frank a deux héros : Superman _parce qu'il l'a vu sauver un chien prisonnier des flammes, et Lex Luthor _parce qu'il est riche. Ce dernier est juste responsable de la mort de son père, mais évidemment il ne le sait pas.  
  • Avec son sourire figé et ses yeux énormes, Toyman est sans doute le méchant le plus inquiétant de Métropolis. Sachez que dans cette ultime péripétie, on tombe dans le vice pur et dur : Superman doit gérer des figurines programmées pour voler l'argent de poche des enfants pendant qu'ils dorment ! Le super-héros va pouvoir compter sur l'aide de la jeune Tasha pour stopper les frais.  

De toutes ces histoires courtes, sympathiques, très faciles à suivre, deux chapitres m'ont particulièrement marquée.

Peut-on faire sa meuf à Metropolis ?  

Prenant appui sur le personnage d'Electra, "L'équilibre des pouvoirs" (chapitre 5) révèle de fortes inégalités entre hommes et femmes dans la belle cité de Metropolis. Après avoir lu cette aventure, on a la pupille assez entraînée pour voir qu'en fait, les disparités sont présentes dans toute la BD. Mais comme elles se produisent sur des événements de second plan, on ne les remarque pas tout de suite.   

Cela me fait d'ailleurs penser à une émission que j'ai écoutée en podcast il y a quelques semaines : invitée de Spotlight, la journaliste Marine Turchi expliquait qu'elle avait analysé des heures d'émissions du Masque et la Plume de France Inter, réussissant ainsi à compacter toute une flopée de remarques sexistes proférées par les journalistes : son enquête met en évidence l'ambiance misogyne du programme. En tant qu'auditrice occasionnelle du Masque, j'avoue que ça m'a fait un vieux choc : évidemment j'ai déjà pesté en entendant un chroniqueur faire une remarque déplacée, ou s'allier à deux autres bourrins pour mieux rabrouer leur collègue journaliste. Mais ça restait un micro-drame sur une heure de radio, vite noyé dans le flot culturel. Sans même lire l'article, le résumé qu'elle en fait dans le podcast fait prendre conscience de la gravité du problème.*

Iris Brey était l'autre invitée de l'émission. 
J'ai pas encore lu ce livre,.

C'est un peu pareil pour les filles, dans Superman. A la première lecture, on ne fait pas attention, parce que nos préjugés sont tellement ancrés en nous que certaines situations ou paroles clairement sexistes ne nous font pas réagir. Mais une fois que le déclic a eu lieu, on ne voit plus qu'elles.  
 
"On dirait c'est la faute de l'infirmière"
T'avais qu'à être là, mec ! Au lieu de gueuler comme un putois...
Où est le respect des soignants ?  


Bref. 

En prenant la foudre, Electra a gagné les pleins pouvoirs sur l'électricité : cela lui permet de faire à peu près tout ce qu'elle veut.. sachant qu'elle ne veut pas toujours le bien des gens.  Au début de notre histoire, elle est sur un lit d'hôpital, mise à l'isolement depuis un certain temps. Alors qu'elle écoute la radio pour tromper l'ennui, elle entend un animateur bien rétrograde en mettre plein la gueule aux femmes. 

Electra a alors une révélation : dorénavant, elle utilisera ses dons pour défendre la cause des femmes. Sans aucune difficulté, elle disparaît de sa chambre et n'attend pas pour faire des siennes : surgissant d'un écran d'ordinateur de la rédaction du Daily Planet, elle met le grappin sur Lois Lane. Pourquoi vient-elle l'informer de ses projets ? Peut-être pour la rallier à sa cause ? On ne sait pas trop. Ce qui est certain, c'est que la journaliste ne lui fait pas du tout confiance. Electra a beau jouer la carte de la sororité, la journaliste refuse de parlementer avec elle. 

Peu de temps après, les braves gens de Metropolis remarquent que les chaînes de télé ont été sabotées : au JT, seules les éditions présentées par des femmes sont diffusées correctement ! Une grande première... Toutes les rédactions doivent donc méchamment bousculer leur mode de fonctionnement habituel, puisque généralement, seuls les hommes se retrouvent face à la caméra. 


Une première entrevue entre Electra et Superman _il fallait bien des gros bras pour rétablir cette insupportable situation de femmes aux commandes de la presse_ donne du fil à retordre au héros. "L'équilibre des pouvoirs" est sans doute la seule aventure qui mettra Superman en grande difficulté, incapable de vaincre sereinement son ennemi. Il en chie tellement qu'il s'abaisse à aller chercher son ennemi Lex Luthor, pour qu'il l'aide à mater cette gonzesse. Visiblement, l'émancipation des femmes est un cas de force majeur, nécessitant une alliance aussi mesquine qu'improbable, et pas mal décevante pour qui adule Superman. 



Un duel à la loyale (hum) est organisé entre Electra et Superman. Ambiance combat de catch. Lex est tapi dans l'ombre, prêt à dégainer si ça devient trop tendu pour le héros _et il va faire ça très bien. Eh ouais, devinez quoi : ils finissent par glorieusement la défoncer, à deux contre un... Une pirouette scénaristique permettra à Superman de sauver son image de gentil, se délestant de sa goujaterie sur Lex Luthor. Electra au tapis, les télés remarchent et les femmes reviennent sagement à leur place, ouf, on l'a échappé belle. Fin de l'histoire. Pff.  




Le lecteur ouvert d'esprit a quand même de quoi être décontenancé : si l'intention et l'idée de départ de l'aventure sont plutôt bonnes, le final prend quand même des airs de triomphe de l'homme sur la femme. Est-ce une hésitation des scénaristes à créer une issue plus "osée" ? sont-ils sciemment pessimistes ? En tous cas, on ne sait plus trop sur quel pied danser. Un peu comme quand une personne essaye de vous faire un compliment, mais qu'elle se foire par maladresse, donnant l'impression de vous vanner plus qu'autre chose. Comme vous tirez un peu la gueule, elle essaie de redresser la situation, mais ne fait que s'enfoncer. Ou alors j'exagère : les dernières vignettes laissent entendre que si Electra a perdu la bataille, elle a peut-être semé ses graines auprès de la journaliste Angela Chen et de Mercy, l'"assistante" de Lex Luthor. 

Bien que ces deux femmes soient des personnages secondaires du petit monde de Superman, elles sont néanmoins très présentes dans la série.  

Reprenons l'album depuis le début, en nous concentrant sur les figures féminines. On distingue deux catégories de filles : les fortes personnalités et les bobonnes. 

  • La journaliste Angela est constamment en mode hyène : toujours tirée à quatre épingles, prête à vanner, un brin opportuniste, un sujet de travail l'intéresse à partir du moment où il est vendeur. Elle a compris que le pouvoir et les scoops ne viendraient pas à elle, mais qu'en se bougeant un peu le cul elle pouvait attraper une part du gâteau. L'éthique, la déontologie, les valeurs du journalisme... elle en parlera quand elle aura du temps. Pour l'instant, elle a un témoin important à interviewer. Pas de pitié pour les croissants ! Et n'allez pas essayer de lui carotter une heure sup. L'exemple à suivre... pour qui veut se faire du blé. 



  • Evidemment, Electra crève les vignettes dans lesquelles elle apparaît ; pas la peine d'en remettre une couche puisqu'on a déjà beaucoup parlé d'elle, mais il me semble que c'est LE personnage à retenir de ce premier tome de Superman Aventures. Même rendue flagada par les scientifiques des S.T.A.R Labs, puis réduite à l'état de poupée de chiffon par la cousine taser de la Grosse Bertha (merci Lex Luthor), la peste survoltée garde un bon espoir de revanche. Elle reviendra, c'est certain. 
  • Tasha, la nièce de Ron, apparaît dans la toute dernière histoire _celle des figurines possédées voleuses de pièces jaunes. C'est une bonne surprise qui touchera les jeunes, puisqu'elle montre qu'on peut être une gamine et avoir autant de jugeote qu'un adulte, si ce n'est plus. Seul Superman accordera de l'importance à ses "théories" d'enquêteuse qui font bien marrer tout le monde.     

Passons aux bobonnes qui se sont mises au service des méchants : Mercy et Mala. Elles sont d'autant plus énervantes qu'elles sont complètement indispensables à la réussite de leur connard respectif, mais demeurent toujours en retrait _ ça se voit jusque dans les dessins.  

                                              

Le premier qui me dit que Mercy est mise en valeur parce qu'on voit son visage en entier, je le fracasse.
  • Le pire, c'est que Mercy sait très bien bolosser les gens, quand elle veut. Pourquoi adopte-t-elle un comportement de toutou au contact de Lex Luthor et s'abaisse-t-elle à lui faire des massages ? A ce niveau-là, j'espère au moins qu'elle se le tape. 
  • Même tarif pour Mala, la subordonnée du général kryptonien borgne Jax-Ur. Enfin presque, car Mala tente quand même de s'imposer... sans succès. Une scène de l'épisode "Question de taille" est quand même hyper énervante : alors que Jax-Ur a trouvé un moyen de retrouver sa taille normale, puis de carrément devenir un géant, il refuse d'en faire profiter Mala, qui est pourtant son alliée. Réaction de celle-ci : "bien, Général", avec un regard plein de lassitude. Il l'a envoyée se faire foutre, donc elle accepte. C'est la vie. Ils devaient être un peu protestants, sur Krypton. Putain.    

"Il ne peut y en avoir qu'un comme moi"
Ouais je sais, les photos sont pourries. 


  • Je voulais parler de la rousse amoureuse de Superman dans le deuxième chapitre. Celle qui tourne aux bretzels et qui se proclame en couple avec le super-héros. Celle qui fait semblant d'être au bord du gouffre juste pour que le héros en collants vole à son secours. Devinez quoi : à force de jouer avec le feu, elle finit par avoir de vrais problèmes ! Cette fille _est-ce qu'on dit son nom, même ? n'est pas vraiment "soumise", mais elle est tellement calamiteuse et insignifiante qu'elle dessert l'image de la femme. Gommons ce personnage.  
Avec sa grosse bouche, là !  
  • Entre ces deux catégories, Lois Lane se promène sans jamais clairement se positionner. Tantôt femme forte qui revendique ses principes de journaliste exemplaire, asexuée capable de mettre des coups de pression à ses interlocuteurs pour que le travail soit fait dans les temps, tantôt victime qui n'attend que d'être sauvée par les muscles de Superman, Lois est difficile à cerner. A première vue, cette fille n'a pas de vie : son hobby le plus exaltant consiste à bizuter ce mou de genou de Clark. Mais faisons comme elle : ne nous arrêtons pas aux apparences. N'oublions pas non plus que cette série respecte à peu près la chronologie du "mythe" de Superman : dans cette première BD, le héros vient juste de réaliser quelques exploits à Metropolis. Il est très mystérieux, on n'est pas certain qu'il soit bien intentionné, et Lois n'a pas encore eu le temps de tomber sous son charme. Pas la peine, donc, de juger la journaliste trop vite car, en bon personnage principal, elle va sans doute considérablement évoluer. Pour l'instant, elle a juste une grande gueule, rien dans le ventre et ne se prend pas pour de la merde. Mais tout cela va changer, c'est certain.  
Elle fait bien de préciser car cela n'a rien d'évident.
     
Tapage médiatique 

Contrairement aux apparences, le but de cet article n'est pas de démolir une BD qui remplit très bien son rôle de divertissement ; ces quelques remarques faites sur les personnages féminins mis en scène ne doivent pas vous en détourner. 

Je n'ai pas envie de trop enfoncer Lois Lane de toute façon, car elle a le mérite de mettre en valeur le métier de journaliste. En lisant l'album, vous remarquerez qu'une partie non négligeable de l'action se situe dans les bureaux du Daily Planet. Assister à la vie de la rédaction nous fait réfléchir à l'impact des médias sur la bonne société de Metropolis

Superman nous est d'abord présenté comme phénomène médiatique : grâce à ses sauvetages, il fait le buzz avant l'heure. S'il est souvent sujet d'enquêtes, il connaît à peu près toutes les ficelles du métier de journaliste, et pour cause : il redevient le journaliste Clark Kent lorsque sa mission est accomplie. Sous son air innocent, Kent observe et protège son identité de super-héros, se garde bien de prendre parti : n'en demandez pas trop à Clark-la-Suisse. Il est nouveau, vous savez... 



Lois se méfie du gars qui vole _ n'oubliez pas de croiser vos sources ! Angela se frotte les mains en pensant à son futur scoop _vivement le prochain exploit !, Brainiac s'appuie sur une bête rumeur pour attirer Superman dans un traquenard. Le jeune Jimmy Olsen se bat pour faire reconnaître ses talents de photographe, gagner quelques dollars et faire son trou au Daily Planet. En piratant les radios et la sainte télévision, Electra sait qu'elle frappe fort et que son message va être entendu : effectivement, la situation est très vite considérée comme urgente. Les scénaristes nous font cadeau d'un bel exemple de censure au standard dans l'épisode "L'égalité des pouvoirs", en nous présentant un animateur radio qui coupe la parole aux intervenants qui ne partagent pas son avis. 

A une époque où Internet n'est pas encore un passage obligé dans la recherche d'informations, les médias de masse sont un peu les baromètres de la société : ils sont présents dans presque tous les chapitres, et pas seulement pour agrémenter le décor...      

Luthor le self-made-man 
 
...C'est devant l'écran de télé d'un appartement miteux qu'il partage avec sa mère et sa soeur que Frank assiste au discours de Lex Luthor, son héros. On pourrait se demander d'où sort l'admiration de ce jeune homme vénère pour l'homme d'affaires véreux. En principe, quand on est pauvre, on est censé détester les riches qui se la pètent, non ?! Il explique à sa soeur, qui ne pige pas sa nouvelle lubie : Lex est devenu son "modèle" lorsqu'il a compris qu'il n'était pas un bourge comme les autres : lui aussi a grandi dans un quartier populaire. S'il a réussi à s'extirper de sa condition, c'est grâce à son travail et à sa persévérance.  

Pour Frank, le Lex Luthor qu'il voit sur le petit écran est un exemple, une autre pointure que son père le taulard mort en prison, dont sa mère défend obstinément la mémoire. Il ne connait rien des circonstances de la condamnation de ce père qu'il méprise, sans quoi son jugement serait sans doute plus nuancé. Mais le moment des révélations approche. 

Si vous aimez les histoires de lutte des classes, d'ascension sociale et de méchants qui ont un sens de l'honneur caché au plus profond d'eux-mêmes, "Le retour du héros" sera sans doute votre chapitre préféré. 

 


Le détail qui fait plaisir 

Entre chaque chapitre, une "fiche-personnage" vient se glisser, en guise d'intermède. C'est marrant, c'est plutôt dans les mangas qu'on voit ça, d'habitude ! On y apprend le nom du personnage, son statut (gentil ou méchant, en gros), qui sont ses amis, ses ennemis, de quelle planète ils viennent... Cette idée est la bienvenue pour les novices, qui pourront tout de suite se repérer dans l'univers de Superman sans passer par les classiques. Les connaisseurs y trouvent aussi leur compte puisque ces fiches précisent la date de la toute première apparition du personnage dans un comic-book, puis dans la série animé.

Bande de rageux ! 

Dit-elle après avoir défoncé le chapitre 5. Mais je le redis : c'était pas si mal, et les scénaristes ont le mérite d'avoir essayé de parler féminisme !  

Autant le préciser d'emblée, les auteurs ont ciblé un public jeune. Pas de gros mots, pas de combats gores, pas de cul, pas de quête identitaire... juste une succession d'histoires très accessibles dans lesquelles Superman s'illustre et finit par l'emporter. Je préfère le préciser car j'ai lu ça et là des critiques négatives sur cet album, lui reprochant notamment sa fadeur, ses intrigues simplistes, un fâcheux manque de suspense, l'absence d'un fil rouge qui lierait les chapitres entre eux ; ah ah, ce n'est pas faux ! Sauf que vous oubliez que ce sont des histoires pour enfants. Pour un jeune lecteur qui veut se distraire un peu, avec une BD pleine de couleurs vives, il me semble que c'est tout aussi convenable qu'un Picsou Magazine. De plus, cet univers risque d'être une vraie découverte pour eux, car la série Superman, l'ange de Métropolis commence à bien dater : je ne suis pas sûre qu'elle ait été diffusée à la télé dernièrement.

Paul DINI (scénario) Rick BURCHETT (dessin) ; Terry AUSTIN (encrage) ; Marie SEVERIN (couleur). Superman Aventures - Vol. 1. DC Comics. Coll. Urban Kids. 2016. 272 p. ISBN 978-2-3657-7854. 
 
Créateurs originaux : Jerry SIEGEL et Joe SHUSTER.  


vendredi 8 mai 2020

[COMICS] Superman : identité secrète - 1 - Kurt Busiek ; Stuart Immonen (2005)


Je vous ai sûrement déjà parlé de Mélanie, ma copine de lycée qui était fan numéro 1 de Harry Potter, de Garou ET de Roch Voisine. C'est avec elle que je suis allée voir Charlie et la chocolaterie au cinéma de Saint-Astier, plus pour lui faire plaisir qu'autre chose. J'aurais bien du mal à mettre des mots sur notre amitié qui a été sincère mais pleine de heurts ; je crois qu'on s'appréciait autant qu'on s'agaçait l'une l'autre. Au téléphone, elle était tout simplement intarissable, et je maudissais les jours où elle m'envoyait un SMS du type : "eh, ce soir Orange Mobicarte offre une soirée appels et SMS illimités de 21h à minuit ! On se dit à tout à l'heure, 21h01 !". De son côté, elle se désespérait de devoir tenir la conversation à bouts de bras, parce qu'à cette époque je communiquais exclusivement par grognements (et aujourd'hui aussi, d'ailleurs). Mais le fait est que je ne loupais aucun de nos rendez-vous téléphoniques ; parfois, je regrette cette camaraderie innocente, sans prise de tête ait fini par se laisser corrompre _à moins que ce soit moi qui n'ait pas su l'entretenir ? En tous cas, elle aura résisté longtemps, et c'est ce qu'on retiendra ! 

Mon premier portable, avec la petite souris qui court sur l'écran, au démarrage !

Mélanie avait un autre vice culturel, et pas des moindres : elle affectionnait Smallville, une série retraçant la jeunesse de Clark Kent avant qu'il prenne conscience de ses pouvoirs et qu'il devienne Superman _je crois, j'ai jamais regardé. Elle avait écrit plusieurs  fanfictions et crossovers sur son PC. Lorsqu'elle les imprimait sous formes de livrets dont elle agrafait les pages, les dialogues semblaient aussi longs qu'une conversation MSN mal gérée. Je soupirais en les lisant, mais j'aurais tiré la gueule plusieurs jours si j'avais appris qu'elle les avait fait lire à quelqu'un d'autre avant moi. Au fond, j'aimais bien ses petites histoires même si je sujet ne me passionnait pas, parce que c'était marrant de la retrouver un peu partout dans ses personnages.

Pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler de Smallville, sachez juste que cette série était déjà classée kitch au moment de sa diffusion, et que le héros avait un faux air de poupée gonflable.  



Avec l'ouverture de l'"Atelier Comics" au collège, qui n'aura décidément pas pu aller bien loin cette année, les éléments étant contre nous... je me suis dit qu'il fallait que je renoue avec la figure incontournable de Superman. Allez savoir pourquoi, elle m'a toujours laissée profondément indifférente...

A la médiathèque de la Canopée, j'ai trouvé ceci en rayon : 

Superman - Identité secrète 1 - Kurt Busiek, Stuart Immonen (2005) 



Contrairement à ce que laisse entendre le titre, cette BD ne parle pas de Superman, mais d'un jeune qui s'appelle Clark Kent et qui trouve son nom un peu lourd à porter. Depuis toujours, sa famille pense lui faire plaisir en lui offrant des comics, des produits dérivés à l'effigie du célèbre super-héros. Au lycée, ses camarades s'obstinent à lui présenter des filles prénommées Lois et Lana... parce que c'est tellement drôle que ça ne peut que marcher ! Il en a gros, mais il s'efforce de ne pas montrer son agacement car il est poli.

Non mais le gâteau c'est trop...
Pour compenser ses sombres journées de cours, entre isolement et crainte de se faire bolosser à chaque bout de couloir, Clark se ménage des temps de solitude bien voulue pendant son temps libre ; il aime le Kansas, la randonnée, dormir à la belle étoile, et taper ses états d'âme à la machine à écrire _on est alors en 1990. Il ne lui manque que ces deux ou trois personnes de confiance que le "vrai" Superman a la chance d'avoir ; voilà ce qu'il lui envie, bien plus que sa force et sa faculté de voler.

Une nuit pourtant, il découvre qu'il peut voguer dans les airs, lui aussi ! C'est le pied total, même s'il n'a rien demandé. Qui cracherait sur le privilège de survoler la plaine tout en s'approchant de la lune ? Pour la première fois, le lecteur découvre un personnage expressif et franchement souriant.        




La magie va même s'opérer à tous les niveaux : petit à petit, Clark Kent se découvre très rapide, très fort, doté d'une ouïe surdéveloppée et de la fameuse thermovision _tout pareil que le Superboy, à qui il n'a plus rien à envier, si ce n'est sa force de caractère. Ces nouvelles compétences vont bien sûr lui permettre de réaliser quelques sauvetages périlleux, mais il sait d'instinct qu'il doit absolument garder son "identité secrète" aux yeux de tous, y compris de sa famille. Il aimerait beaucoup savoir d'où viennent ses pouvoirs _certainement pas de ses parents, en tous cas..., mais il n'a personne pour le guider dans ses recherches. Son extrême méfiance n'est pas forcément mal placée : les journalistes sont prêts à tout pour tenir leur scoop, et en toile de fond, des hommes en noir le serrent de près.


On passe au second chapitre de la BD. Après toutes ces émotions _et surtout après une ellipse de quelques années_ on retrouve un Clark Kent bien installé à Manhattan, plus sûr de lui. Sa vie ressemble de plus en plus à celle de Superman : il est journaliste le jour, et sauve le monde la nuit.



Clark aime son travail et il commence à se faire une place dans la rédaction du New Yorker. Malgré son épanouissement manifeste, il n'est pas tout à fait débarrassé de ses casseroles : sa boss lui reproche de ne pas assez se livrer dans ses articles et l'encourage à sortir voir du pays. On peut d'ailleurs lire leur entretien comme un écho à une conversation opposant Clark à son père, quelques planches plus tôt : David Kent lui conseillait alors à "sortir de sa coquille", de se faire plus d'amis. Si le passage à l'âge adulte n'a pas suffi à faire dévier sa ligne de conduite, ses collègues ne sont pas en reste : un soir, ils lui tendent un piège et lui organisent un rendez-vous avec une énième Lois. Cette dernière prend la mouche en comprenant la blague, et fuit la soirée, sur les nerfs. Clark la rattrape, d'abord pour s'excuser de la connerie de ses potes, mais il s'avère que le contact passe bien entre eux finalement. Le destin du jeune journaliste serait-il de marcher dans les pas de ce héros qu'il ne croyait pas être ! Toujours est-il que son secret devient particulièrement lourd à porter lorsqu'il est avec Lois.




En se réappropriant le "mythe" de Superman, Kurt Busiek et Stuart Immonen n'ont pas tant voulu mettre en valeur la force extraordinaire du super-héros que présenter ses dilemmes, ses sentiments, tout ce qui se cache sous ses muscles, en fait ! Comme tout le monde, le jeune Clark Kent cherche à savoir qui il est, se demande d'où vient sa force, ce qu'il doit en faire. L'idée d'avoir été adopté l'effleure aussi ; on comprend que le titre Superman : identité secrète (Secret identity dans la version originale) fait référence à l'attachement du héros à "cacher" sa vraie nature, mais renvoie aussi à sa quête d'identité.

Histoire qu'on y croie encore plus facilement, les auteurs ont placé leur personnage principal en position de narrateur ; à travers les morceaux de pages jaunies de son journal intime dactylographié, on avance avec lui dans son drôle de parcours. Chacun se fera son avis, mais l'idée m'a paru vraiment bonne ; Stuart Immonen traduit bien l'ambiance rurale, parfois énigmatique, toujours empreinte de méfiance en dessinant des décors aux traits légèrement brouillés, des visages qui baignent dans l'ombre _ce qui rend le regard difficile à capter.



Le premier chapitre m'a d'abord fait penser à Ms Marvel 1 : dans les deux oeuvres, on a affaire à une lycéenne / un lycéenn pas très populaire, perplexe devant ses nouvelles capacités ; tous deux ne tiennent pas à exhiber leur force mais se décident à le faire pour porter assistance à une personne en danger. Mais la ressemblance s'arrête là, finalement. Alors que Kamala galérait surtout à contrôler des poings extensibles qu'elle avait plus ou moins souhaité avoir, Clark oscille entre la curiosité et le besoin de se protéger. Kurt Busiek a choisi d'axer l'histoire sur la psychologie d'un Superman prêt à tout, même à se ridiculiser, pour préserver sa tranquillité, pour ne pas devenir une "bête traquée" par les flashs des photographes.




Avis aux amateurs d'action : si vous espérez voir des scènes de baston et des courses poursuites d'avions VS des mecs en collants, il est possible que vous ne soyez pas pleinement satisfaits après avoir refermé l'album ! C'est vraiment pas le propos...

Superman : identité secrète 1 est le premier tome d'un diptyque (je ne sais pas si c'est le terme juste pour parler d'une BD en 2 volumes) consacré au Clark Kent de Picketsville _ à ne pas confondre avec Smallville ! Il contient deux histoires bien distinctes, correspondant à deux grandes étapes de la jeunesse du héros, espacées de quelques années.


Un numéro "spécial Superman" de l'excellent podcast Comicsphère (12 juin 2017) aborde succintement cette mini-série, que les chroniqueurs considèrent comme remarquable.

Kurt BUSIEK ; Stuart IMMONEN. Superman : identité secrète 1 - SEMIC Books, 2005. ISBN 2848571187 


jeudi 26 mars 2020

[COMICS] Ms Marvel - Tome 1 - Métamorphose - G. Willow Wilson ; A. Alphona (2014)

Ne plus se serrer la main ; rester à distance d'un mètre les uns des autres. 
Il y a quelques jours encore, on trouvait ça aussi drôle qu'incongru. 
J'en riais devant les gosses, à gorge déployée.
"Mais range ton masque, enfin, c'est inutile !" 
J'ai pesté contre l'annulation du semi-marathon de Villepinte : celui de Paris, OK, mais celui de VILLEPINTE ! Comme si on allait être 5000 ! 
J'ai cru, moi aussi, que c'était juste une "mauvaise grippe" qui n'allait toucher que les personnes très fragiles. Il faut le reconnaître : on s'est bien plantés ! 


MS Marvel - Tome 1 - Métamorphose



L'histoire 

Jersey City, de nos jours. En dépit de ses seize ans, Kamala Khan a des allures d'enfant modèle : elle va au lycée, ne fait pas de vagues, respecte ses parents. Ses deux meilleurs amis ne sont pas populaires mais ils sont aussi fiables que de bonnes fréquentations peuvent l'être. Après les cours, elle passe ses soirées à écrire des fanfictions autour des Avengers, ces super-héros dont elle se prend à rêver les yeux ouverts. En les publiant sur Internet, elle semble bénéficier d'une notoriété qu'elle est bien loin d'avoir dans la vie réelle ! 

Kamala fait en effet partie d'une minorité aux yeux des jeunes qu'elle croise tous les jours : elle est musulmane pratiquante, ce qui leur suffit à l'associer à toute une valise de clichés plus réducteurs les uns que les autres. Elle a beau être patiente, les remarques tantôt maladroites, tantôt vicieuses de ses camarades de classe commencent à lui taper sur les nerfs ! La colère monte, tranquillement mais sûrement. L'envie de s'intégrer et de s'émanciper aussi. Quitte à gommer certaines facettes de son identité pour mieux rentrer dans le moule. 

Une BD aux couleurs chaudes comme cette soirée de bâtards sur les quais !

C'est ainsi que Kamala se retrouve à faire le mur, un soir, pour aller à une soirée ambiancée et alcoolisée sur les quais, histoire de tenter sa chance. Très vite, elle déchante : Zoé la peste locale se fout de sa gueule ouvertement et lui dit qu'elle pue le curry ; Josh le playboy relou essaie de lui faire boire de l'alcool en lui faisant croire que c'est du jus d'orange. Fiasco total, Kamala décide de rentrer à la maison, mais se retrouve prise dans un nuage de brume tératogène et tombe dans les pommes.

Quelque chose d'étrange se produit alors ; en rêve, elle rencontre son héroïne préférée Captain Marvel, accompagnée de ses acolytes Avengers. On ne sait pas encore trop s'il s'agit vraiment d'une sorte de "visitation" de ses "dieux", ou simplement d'une incarnation de sa petite voix intérieure, celle qui l'engage à se faire confiance et à se demander ce qu'elle veut, dans la vie. En tous cas, elle en profite pour leur faire part de ses désillusions et pour confier à Captain Marvel son envie de lui ressembler : si seulement elle pouvait être blonde et puissante, elle aussi ! La super-héroïne consent à lui filer un coup de pouce et à lui partage ses pouvoirs, tout en l'encourageant à croire en ses propres ressources. 

A son réveil, Kamala est métamorphosée en super-héroïne, et se lance dans une première opération sauvetage. Grâce à elle, l'insupportable Zoé échappera à la noyade sous les yeux embrumés de son copain complètement cuit : voilà de quoi prendre confiance... 


Mutation inopinée  

... ou pas... Chez les Khan, on aime bien la discrétion ! Kamala sait bien qu'une super-héroïne dans la famille laisserait tout le monde un peu perplexe : son père est tendu rien que d'imaginer que des garçons non-musulmans puissent l'approcher en dehors des cours ; sa nouvelle nature n'est pas raccord avec les traditions défendues par sa mère. Quant à son grand frère... il est juste en train de se radicaliser, au calme, sous les yeux de ses proches qui ne le prennent pas au sérieux et se foutent de sa gueule en attendant que ça lui passe. 

Pour elle, la question ne se pose pas : exposer ses pouvoirs à qui que ce soit n'est pas envisageable. Ils doivent rester secrets, si tant est qu'on puisse garder quelque chose de secret à l'ère du téléphone portable ! 

Evidemment, quelques curieux en mal de sensationnel se sont chargés de filmer le remontage de Zoé sur la terre ferme. Le lendemain, toute la ville a bien conscience qu'une nouvelle Miss Marvel est née. 



Vive les masques et la mutation physique en blonde qui accompagnent ses pouvoirs : ils ont offert à Kamala un dernier rempart à sa vie privée... pour cette fois-ci. Car, à la manière du carrosse de Cendrillon après les douze coups de minuit, ils peuvent s'en aller aussi vite qu'ils sont venus, et pas forcément au moment opportun. Apprendre à contrôler ses transformations, ses bras qui s'allongent à l'infini, cette super-héroïne qui pousse en elle _ sans être tout à fait elle_ va être une de ses priorités : il ne s'agirait pas de devenir son propre ennemi. Une vraie galère. L'adolescence, mais en pire. 


Bruno, l'asperge qui vous veut du bien 

Le piège serait de croire que Ms Marvel est simplement l'histoire d'une "super-héroïne musulmane". Même si c'est l'une des données qui contribuent au caractère original de l'oeuvre _l'islam semble assez peu présent dans les comics, du moins de ce que j'en connais... la religion de Kamala n'est pas un sujet central. Le sujet est bien présent, à travers la famille de la lycéenne et des rapports qu'elle entretient avec eux, il est bien présent dans le cercle d'amis, puisque sa meilleure amie Nakia est pratiquante, alors que son pote Bruno ne l'est pas ; mais pas déterminant. C'est plutôt d'une quête d'identité, de façon plus générale, qu'il est question dans Métamorphose : on suit la transformation progressive d'une jeune pakistanaise rêveuse et complexée par ses origines, en "sauveuse" de plus en plus puissante, de plus en plus sûre d'elle. 




Le chemin est semé d'embûches ; par chance, Kamala n'est pas seule pour les affronter. Bien sûr, Nakia est là, plus grande, plus forte, connue pour son sérieux... rassurante. Mais Bruno n'est pas en reste. A l'image d'Alex dans Buffy contre les vampires, ce personnage "secondaire" représente le bon copain sympa, sans charisme, sans pouvoir, mais dont le soutien moral et logistique est complètement indispensable à la réussite de la "vraie star". Bien entendu, il aime secrètement Kamala, au point d'être un peu trop protecteur à son goût ; elle le maltraite en conséquence. Dans ce premier tome où il est croqué par Alphona et son trait fin, Bruno est un grand type dégingandé, fort apprécié des parents Khan _c'est lui qui poucave "pour son bien" lorsqu'elle disparaît dans la brume, le fameux soir de fête_, qui travaille dans une cafétéria pour payer ses études, sous l'oeil condescendant de ses copains de classe bourges. On a hâte de voir comment il va tourner dans les prochains volumes.   

Après avoir lu ce premier tome de Ms Marvel, je comprends mieux pourquoi mon collègue prof d'arts plastiques le met systématiquement en valeur lorsqu'il présente des comics aux élèves : tous les affres de l'adolescence y sont décrits, assortis de l'espoir d'en sortir vivant.


G. WILLOW WILSON ; A. ALPHONA. Ms Marvel - Tome 1 - Métamorphose. Panini Comics. Coll. "All New Marvel Now !", 2014. ISBN 978-2-8094-4763-7