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mardi 26 juin 2018

Lola et le petit pou bleu - Isabelle Noisette / Soline Mogier (2017)

Merci aux Éditions Thot et à Babelio pour l'envoi de l'album Lola et le petit pou bleu dans le cadre de l'opération Masse Critique. 



Lola aime chanter ; du matin au soir, seule ou devant un public, et absolument tout ce qui lui passe par la tête. Même des chansons qui ne sont pas de son âge, même les airs d'opéra qu'elle n'est pas censée avoir avoir entendues et encore moins retenues. Ses parents sont surpris, voire inquiets lorsqu'elle entonne Yellow Submarine et Emmenez-moi, mais après tout, ça a l'air de lui réussir : à six ans, Lola est une petite fille épanouie.

Un jour, les poux font leur apparition à l'école ; la maîtresse de Lola demande aux parents de procéder à un shampoing spécifique afin d'enrayer l'invasion ! Comme tous les enfants, la fillette à l'opulente tignasse rousse ? brune ? à vous de voir, rechigne un peu mais finit par se plier à la règle.

Sauf que le lendemain, Lola n'arrive plus à chanter... C'est bien la première fois que ça lui arrive, depuis que les sons peuvent sortir de sa bouche ! Voyant que les jours passent et que le moral du petit rossignol de la famille reste en berne. ses parents l'emmènent chez le médecin, qui ne peut que constater sa bonne santé. Tout cela est aussi mystérieux qu'inquiétant...

Une héroïne pouilleuse

Dites-moi si je me trompe, mais je crois qu'on a tous eu dans notre vie une représentation négative des poux : ce sont des bestioles sales qui aiment squatter la touffe crados des gens qui ne se lavent pas. Quant aux petites particules noires qu'on ramasse sous nos ongles lorsqu'on se gratte la tête, ce sont forcément les crottes qu'ils ont pondues entre deux racines, n'est-ce pas ? Et pour couronner le tout, cette sale engeance saute allègrement de crâne en crâne ! Alors on fuit les pouilleux aussi loin que possible : pas de ça chez nous... A l'inverse, le pestiféré qui se sait atteint par le mauvais oeil ferme sa gueule et fait tout ce qu'il peut pour masquer cette tare à coup de shampoings et de peigne à poux.

Eh bien, une fois n'est pas coutume, dans Lola et le petit pou bleu, Isabelle Noisette et Soline Mogier prennent le contre-pied de cette image en partie injustifiée du pou. Bon, on est d'accord que la bestiole est un parasite dont il est nécessaire de se débarrasser : on est pas là pour faire un élevage non plus, hein ! Me faites pas dire ce que j'ai pas dit, bande de langues de vipère !

Au pire, l'application Pou est là pour ça...       
Ma mère adore !      
Les lecteurs appartenant à la génération Tamagotchi comprendront son enthousiasme.
Mais on s'éloigne des idées reçues où les gens soucieux de l'hygiène seraient épargnés. Ici, l'héroïne est porteuse d'un pou qui lui donne un pouvoir unique et qui participe à son bien-être : il lui souffle à l'oreille les chansons qu'elle fredonne à longueur de journée. Le fait de l'éradiquer la fait basculer dans la déprime, à tel point qu'il faudra qu'elle le réintègre dans sa chevelure pour retrouver la pêche. D'ailleurs, ce petit pou bleu joufflu nommé Pipo ressemble fort peu à ses congénères anxiogènes ; dans la touffe de cheveux roux de Lola (alleeeezz elle est un peu rousse quand même ? non ? Tiens ça fait longtemps que j'ai pas fait un billet "Roux Cools"), il apporte la touche de couleur semblable à celle qui égaye de petit monde de la fillette, lorsqu'elle chante...     

De l'univers de Lola à la réalité

Il s'en passe, des choses, dans la tête des enfants qui rêvassent, même si la réalité les rattrape toujours un peu trop vite. Dans cet album, le graphisme marque bien le contraste entre ces deux mondes qu'il faut bien concilier : lorsque Lola est occupée à chanter, elle est "peinte" dans un décor un peu flou qu'on dirait réalisé au pinceau.




En revanche, ses parents et le carnet dans lequel est inscrit le message de la maîtresse sont faits de traits nets et gris-noir, pour ne pas dire rudes : nous voilà parachutés dans le monde des adultes. On ne rêve plus, il est temps de se réveiller et d'agir... même si on n'en a pas très envie. 




Hormis l'originalité du sujet abordé on apprécie l'attachement des auteures à expliquer de A à Z la raison du mal être de Lola, ainsi que le retour de son bonheur.

Alors que beaucoup d'albums pour enfants se veulent poétiques et laissent une grande liberté d'interprétation, Lola et le petit pou bleu se veut précis et presque démonstratif... bien que ce soit une histoire à dormir debout qui y soit expliquée : Pipo le pou inspire Lola dans ses chansons, jusqu'au jour où, chassé par le traitement anti-poux, il saute sur le chat et y survit tant bien que mal jusqu'à ce que ce dernier vienne dormir dans la chambre de Lola. Ayant regagné ses pénates, il se niche à nouveau dans la tignasse de la fillette et lui redonne le goût de vivre. Ben oui, c'est logique, non ? Vous voulez une preuve ? Céline Dion. Voilà. Ce goût de la logique maintenue coûte que coûte dans la fiction est carrément désopilante.

Enfin un livre drôle et nécessaire qui permet de parler épouillage avec les petits sans aucun stress ! Ce bel album aux teintes qui varient au rythme des humeurs de son héroïne a le mérite de s'adresser aussi bien aux plus jeunes des chevelus qu'aux plus grands ! 

Sur ce, bonne nuit et désolée pour les fautes. Je relirai demain.

Vous aussi, vous avez la tête qui gratte ? 

NOISETTE, Isabelle ; MOGIER, Soline. Lola et le petit pou bleu. Editions Thot, 2017. 40 p. ISBN 978-2-84921-427-5





  

samedi 21 mai 2016

Larme de rasoir, suivie d'une pause vampire ! Le partage du monde - Kebir Ammi (1999) / Vampire Diaries Saison 1, Episode 1 (2009)



Parce que ça faisait trop longtemps qu'on avait pas pleuré sur le sort d'un malheureux, découvrons ensemble Le Partage du Monde de Kebir Ammi. Comme vous pouvez le constater, ce petit livre édité chez Gallimard aurait aussi pu concourir dans la catégorie "couvertures déprimantes" ; mais l'intérieur étant encore plus plombant que l'extérieur, je me suis dit qu'il ferait une excellente larme de rasoir.  


Vous commencez à connaître ce blog : plus une histoire est triste, plus je me moque. Il est donc possible que je tourne en dérision ce qui ne devrait pas l'être ; n'en prenez pas ombrage, c'est juste une manière comme une autre de ne pas sombrer. 

Brahim est un enfant abandonné ; du haut de ses dix ans, il nous raconte les aventures qui ont ponctué sa jeune vie. Son premier souvenir est celui d'une mère qui le dépose à contrecœur près d'une voie ferrée, aux abords de Marrakech. Il passe ensuite les premières années de sa vie dans un orphelinat miteux où on le surnomme le "Fils du Train". Pour qui n'a rien connu d'autre, ce lieu est le Paradis sur Terre, et c'est l'âme en peine qu'il le quitte lorsqu'il atteint l'âge de cinq ans : en effet; le directeur de l'établissement considère qu'il est alors assez mûr pour gagner sa croûte.

La bonne nouvelle, c'est qu'il n'est pas victime de harcèlement à l'école.
Forcément, le petit se retrouve à la rue, et, plein de rêves et d'espoir, il se met en quête d'un emploi. Faut-il s'en réjouir ? Il en trouve sans trop de problème. Mais il s'est fixé un objectif bien plus ambitieux que porter les sacs des voyageurs qui descendent du train : quitter Marrakech, voir Tanger, traverser la mer et tenter sa chance en France, le pays des gros touristes riches et tout roses qui transpirent ! La faim et l'indifférence auront-elles raison de ses rêves et de son honnêteté ? Vaut-il mieux suivre un régime cafards ou voler des fruits à l'étalage ? On lui souhaiterait presque que le brouillard de l'enfance ne se lève pas trop vite sur la réalité du monde...


Source de protéines.
Son insouciance lui permettra d'accomplir des exploits au péril de sa vie, de rencontrer des personnages hauts en couleur qui tenteront de l'aider : un écrivain américain imbibé de vin, un marin estropié condamné à regarder passer les bateaux. Son imagination deviendra vite son seul vrai réconfort. La couche onirique qui saupoudre ce récit (désolée, j'ai un peu la dalle) est d'ailleurs d'un grand secours dans la cruelle réalité que nous présente l'écrivain et enseignant Kebir Ammi ; le monologue des vagues exhortant Brahim à s'accrocher lors de la traversée de la mer est une belle réussite.

Un enfant qui n'a que la peau sur les os, qui raconte comment il gère sa faim, son quotidien de sans-papiers et sa peur d'être attrapé par la police, sa tendance à considérer chaque nouvelle rencontre comme une figure parentale qu'il n'aura jamais, ses rêves sans queue ni tête tellement plus beaux que la vie terrestre... L'éclate totale ! Cela dit, Le partage du monde fera réfléchir les jeunes et les moins jeunes sur les conditions de vie des enfants dans les pays pauvres ; et ça, c'est toujours bon à prendre.


A lire, mais pas avant d'aller au lit... comme tout bon Prozac d'Or qui se respecte !

AMMI, Kebir. Le partage du monde. Gallimard, 2000. Coll. "Frontières". 138 p. ISBN : 2-07-052500-7


Allez, mouche-toi, Stephen




AH STEPHEN TU TOMBES BIEN on allait parler de toi justement ! 
En effet, pour que vous puissiez dormir un peu quand mère malgré toute cette misère du monde venue vous oppresser le thorax depuis que vous avez refermé le livre, nous allons faire une récré vampire ! Ouais !!

Juin : Des enfants s’amusent au camp des enquêteurs de l’écosystème au parc national des Lacs-Waterton




 
Salut les boutonneux ! 

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"Barrez-vous !!!"

Vampire Diaries

Voilà maintenant quelques années, j'ai eu le plaisir de regarder la première saison de Vampire Diaries dans son intégralité. Pour être franche, je ne suis pas une inconditionnelle des histoires de vampires et je remercie vivement Audrey de m'avoir fait connaître les premiers épisodes de cette série sur laquelle je ne me serais jamais penchée de moi-même. A cause d'une bête question de temps, je n'ai pas pu suivre les aventures de la gentille Elena au-delà de la saison 1 ; et pourtant, après avoir vu une copine se balader avec un volume du Journal d'un vampire, Mystic Falls et ses jeunes _et moins jeunes héros me sont revenus en mémoire et m'ont donné envie de m'y remettre. Je vous propose un petit résumé bien subjectif du premier épisode. 


Episode 1 - "Mystic Falls" 
J'ai piqué une image de l'épisode 3, pas bien ! mais tellement pratique ! 

C'est la rentrée des classes à Mystic Falls ; Elena se remet comme elle peut dans l'ambiance du lycée, quatre mois après la mort accidentelle de ses parents. Par chance, elle est bien entourée : Bonnie, sa meilleure amie un peu voyante, un peu sorcière, la soutient et lui remonte le moral comme elle peut ; le brave Matt, en bon amoureux éconduit, se montre disponible pour elle bien qu'il soit blasé de s'être fait larguer. Caroline, la blondinette exubérante, alterne boulettes et conquêtes masculines aussi serré que des bouts de viande sur une brochette, et souffre un peu d'être prise pour une cruche. Or Elena s'inquiète surtout pour son petit frère, Jeremy ; ce dernier tue son chagrin à coup de cachets bizarres et de bières. Malgré tout, elle tente de faire bonne figure et attend le soir pour déverser sa peine dans son journal intime. En ce jour de rentrée cependant, un nouvel élève plutôt beau gosse va intégrer le lycée de la petite ville tel un rayon de soleil (ahah, c'est le comble !) et faire crier plus ou moins intérieurement toutes les filles : Stephen Salvatore...

...du moins, quand il aura fini de vomir !

Le type en question, qui dit vivre seul avec son oncle dans une vieille et grande maison, cherche aussitôt à entrer en contact avec Elena. Il y parvient plutôt facilement ; quoi de mieux que les toilettes d'un lycée pour engager une conversation à bâtons rompus ? Dès lors, il semble la suivre à la trace (au cimetière, chez elle...), la mate pendant les cours, et veut apparemment lui dire quelque chose sans pour autant y parvenir ; n'importe quelle personne flipperait à moins, mais Stephen est tellement beau, calme, intelligent, mystérieux etc... que la jeune orpheline trouverait presque ce pistage excitant.


Les dangers du tabagisme passif. 


Ce qu'elle ne sait pas, au contraire du spectateur qui dispose très vite d'éléments lui permettant de le comprendre, c'est que Stephen est un vampire. Mais pas de n'importe quel acabit : le mec est un repenti, c'est à dire qu'il est en plein sevrage de sang humain et qu'il suce des petits animaux la nuit pour ne pas être trop faiblard le jour (bien qu'il soit mort). Lui-même consigne ses souffrances _qu'on ne connaît pas encore_ dans un petit cahier personnel. Au cours de cet épisode, les scénaristes nous révèlent l'existence de son frère Damon, visiblement moins sympathique mais beaucoup plus fort... *

La suite au prochain numéro ! 
Comment ça, vous vous sentez encore plus déprimés qu'après la lecture du Partage du monde ? Eh, les gars, au bout d'un moment on ne peut faire grand chose pour vous ! 

Vampire Diaries 
Saison 1 - 22 épisodes
Julie Plec, Kevin Williamson 
Première diffusion en 2009 

mercredi 11 septembre 2013

Tistou les pouces verts - Maurice Druon (1957)


Poursuivre l'oeuvre de Joséphine ne sera pas une tâche aisée ! En deux années scolaires, cette prof doc a transformé en système d'information un CDI plus ou moins dépourvu de logiciel documentaire. Aujourd'hui, elle change d'établissement et me laisse en héritage un défi à relever. Il faudra faire les bons choix, prendre les meilleurs décisions et d'afficher un esprit d'initiative... autant de qualités que je n'ai pas pour l'instant, mais on travaille dessus ! 

Tandis qu'elle m'indique l'emplacement de deux ou trois trésors dans les tiroirs de son (mon ?!) bureau, j'aperçois une pile de livres de poche édités il y a fort longtemps et passablement usagés. Pourtant ils ne sont ni cotés, ni tamponnés au nom du collège.

"Qu'est-ce que c'est ? 
_ Des dons ! Ils sont à enregistrer dans BDCI !"

Tiens, embarquons l'un deux, Tistou les pouces verts, histoire de mettre fin à des années de mystère! En effet, bien que l'unique ouvrage pour la jeunesse écrit par Maurice Druon ne soit jamais passée entre mes mains, l'un de ses extraits a fait plusieurs fois l'objet d'une double page dans les très chiants frustrants livres de lecture de CE2, CM1 et CM2. Ce fameux moment où Tistou part en stage chez le jardinier et trempe le pouce dans des pots de fleurs remplis de terreau afin de préparer une place pour la graine. Après quoi des fleurs se mettent à pousser en cinq minutes, à la surprise générale. Le jardinier en déduit que Tistou a les pouces verts, c'est à dire qu'il manifeste un don pour faire croître les plantes à la carte et à volonté, phénomène impressionnant sans plus pour tout gosse non féru des arts de la terre.

Que s'était-il passé avant dans sa life ? Qu'allait-il se passer après ? On n'en sut jamais rien, puisque le conte n'était ni à la bibliothèque municipale du village, ni dans le placard à livres de notre prof de CM1 _ le seul de l'école à nous avoir privé du racontage d'histoire hebdomadaire de Monette, la gentille mamie bibliothécaire à pustule. Le Père Castor en dame, on avait juste envie de se jeter dans ses bras. Mais c'est pas le propos. Pendant des années, Tistou demeura pour nous un simple gosse creusant indéfiniment des trous dans la bouillasse avec ses mains.



Comment fait-il pour tenir sur la feuille ?

L'histoire 

Tistou est un petit garçon de bonne famille gentil et rêveur, bien éloigné des préoccupations des adultes qui l'entourent. Monsieur Père (son père, donc), n'est autre que le patron de la vaste usine d'armes de guerre emblématique : ce statut fait de lui l'homme le plus riche de la petite ville de Mirepoil et le propriétaire de la plus belle maison. Par conséquent, l'avenir de Tistou semble dores et déjà tracé ; mais n'est-ce pas là une idée toute faite qui ne demande qu'à être brisée ? Le chemin vers la succession s'annonce plus périlleux que prévu, d'autant plus que Junior se fait virer de l'école après s'y être régulièrement endormi et s'y être fait qualifier d'enfant "pas comme tout le monde".

Monsieur Père réoriente donc Tistou vers une formation en alternance comprenant stage au jardin, à l'usine, et cours de culture générale avec Monsieur Trounadisse*, son bras droit. Il n'est disposé qu'à valider le module jardinage, comme le montre la scène que je vous ai racontée plus haut. Cette faculté à faire pousser des plantes va se révéler réellement , puisqu'il décide aussitôt de s'en servir pour faire le bien autour de lui : rénover un bidonville et le rendre attractif, soigner les malades, égayer la prison... Au bout de quelques chapitres, on se rend compte que si Tistou rencontre parfois l'échec, c'est à cause de son excès de pureté, et non pas par manque de volonté ou de capacités.


Flower power 

Un enfant aux pouces magiques, un poney qui parle (oui, oui, et il lance aussi des vannes), des fleurs qui rendent tout le monde joyeux, gentil, et qui apportent des solutions aux problèmes... Maurice Druon avait du fumer ou anticiper les douces émanations de la période hippie lorsqu'il écrivit Tistou les pouces verts en 1957. A moins que la composition des Rois Maudits n'ait été quelque peu ravageuse. Néanmoins, c'est un conte rafraîchissant quoique vieillot, forcément. A vrai dire, je supposais une dimension écologique de l'oeuvre, mais les premières pages m'ont tout de suite guidée vers d'autres pistes :

" Les grandes personnes ont, sur toutes choses, des idées toutes faites qui leur servent à parler sans réfléchir. Or les idées toutes faites sont généralement des idées mal faites."

Les fleurs ne sont en fait qu'un outil de mise en valeur du point de vue de Maurice Druon : les enfants sont des âmes pures qui se perdent car elles ne peuvent pas agir. Tistou est un enfant qui a les moyens de bonifier le monde puisqu'il possède un don : faire pousser les plantes n'importe où et n'importe quand. Il met si bien à profit ses belles intentions qu'il est clairement transcendé à la fin de l'histoire : il devient un ange, rien que ça ! Désolée d'avoir raconté la fin, mais la chute n'ajoute pas beaucoup à la richesse de l'oeuvre, je pense.

Tistou ? T'es là ?

Tistou les pouces verts se lit à partir de 9 ans, mais on peut l'aborder en début de collège, me semble-t-il. Même si la langue et le contexte sont ceux d'une autre époque, celle où la littérature pour la jeunesse se voulait exemplaire voire guindée, tous les sujets ne sont pas dépassés, bien au contraire :

-  L'échec scolaire : si Tistou avait suivi le droit chemin et tenu la route à l'école, il n'aurait sans doute jamais pu exprimer son talent. C'est à méditer : qu'est-ce que réussir ? Y a-t-il une voie unique vers le bonheur, le sien et celui des autres ?

- La représentation de la femme. Dans Tistou les pouces verts, on ne compte que trois personnages féminins très secondaires : la mère, belle, douce _et c'est tout, et la fillette malade, faible et Madame Amélie, la cuisinière forte en gueule, maternante, mais relativement peu influente sur l'action.

- Une réflexion sur le personnage de Carolus, un serviteur des Monsieur Père et Madame Mère ; à trois reprises au moins, Maurice Druon évoque le petit accent étranger de cet homme. Pourquoi ? On n'en sait pas grand chose, ou alors je n'ai pas saisi la subtilité de cette caractéristique. Il est par ailleurs très difficile de cerner de quel pays ou de quelle région provient ce fameux accent : "Pas comme ti le monde, Tisti ! Qu'on vienne mi le dire, à mi !" 

Déjà c'est pas belge.

- Le douloureuse question des animaux qui parlent et qui se révèlent plus malins que les êtres humains ne saurait être occultée. Ce poney, là, "Gymnastique" (pff!), vous ne trouvez pas qu'il fait un peu son beau ? A la fin, surtout, lorsqu'il se propose de servir de messager à la famille de Tistou, genre tout va bien, ils sont au courant qu'il parle depuis belle lurette ! Oui, vous pourrez toujours me dire que Tistou laisse parler son inconscient à travers l'animal qui en réalité ne dit rien, mais que voulez-vous, j'aime pas ce poney !


Eh bien, personnellement je me sens mieux ! L'énigme Tistou les pouces verts est enfin résolue...

Références de l'édition utilisée pour cet article :

DRUON, Maurice. Tistou les pouces verts. Paris, Hachette Jeunesse. Coll. Le livre de poche. 1994. 190p. ISBN 2-01-014156-3 


*Je cherche en vain le jeu de mots avec Trounadisse. Quelqu'un l'a repéré ? Tous les autres personnages ont un nom savamment étudié (Moustache, Mauxdivers...)





dimanche 30 juin 2013

Cenon, le soir venu ...



A Cenon, une association propose un accompagnement à la scolarité pour les enfants scolarisés dans la commune. Ils sont répartis sur différents "sites", en fonction de leur situation géographique, dans des locaux mis à disposition par la municipalité _ si j'ai bien compris. Il faut compter une trentaine de gosses par site, les cohortes étant elles-même divisées en deux groupes de 15 environ. Vous suivez ? Chaque groupe se rend à "l'aide aux devoirs" deux fois par semaine, le lundi et le jeudi, ou le mardi et le vendredi, entre 17h30 et 19h.

Au passage, prenons en considération un paramètre important pour la réalisation des missions éducatives confiées aux salariés et aux bénévoles ! Etant donné que la structure* ne manque pas trop de sous, les intervenants et animateurs peuvent travailler dans de bonnes conditions : 4 ou 5 adultes pour 15 élèves, carte blanche pour des sorties au ciné, au musée... 

Qu'on soit bien d'accord : les petits, qui ont entre 6 et 12 ans, ne font pas "que" leurs devoirs pendant une heure et demie ! Tout monde est bien conscient qu'ils ont déjà une journée d'école dans les jambes, avec son lot de contraintes et d'efforts : se concentrer de nouveau pour lire, écrire et apprendre ses tables de multiplications alors qu'on a dit au revoir à ses potes et qu'on a bouffé un goûter massif, c'est vraiment pas simple ! Alors les séances s'organisent en trois temps, adaptés au mieux au rythme de l'enfant :

Le goûter : 10 - 15 minutes 

On ne saute pas le goûter ! C'est un moment épique où les monstres arrivent en meute et passent la porte en chantant Gangnam Style, suivis des mamans qui se trimbalent les vivres et les cartables de la sortie de l'école au local. Notons cependant que la majorité des enfants viennent seuls ; quant aux pères, à une ou deux exceptions près, leur visite est occasionnelle... Généralement, on profite de l'installation des gosses et de la grande exhibition de bouffe qui s'ensuit pour confisquer les ballons ou les toupies, sources intarissables de disputes. Au fil des soirées, d'autres interdits se sont dressés pour éviter les psychodrames : par conséquent, aucun échange partiel ou total de goûter n'est autorisé ; aucune pitié pour les sucettes qui collent aux cahiers, et surtout tolérance zéro pour CES MERDOUILLES DE PIPAS, car même le plus soigneux ne peut s'empêcher de FOUTRE DES COQUILLES PARTOUT. Bien évidemment, l'heureux propriétaire de la POCHE DE DEUX KILOS refuse catégoriquement de nettoyer ses déchets puisque "c'est pas lui, il en a pas mangé, il en a juste donné à TOUT LE MONDE !" L'enquête est d'autant plus difficile à mener que pendant le temps du goûter, les intervenants et les bénévoles sont trop occupés à se dire BONJOUR !!!!** et à se raconter leur journée pour avoir l'oeil sur le trafic de Monster Munch de la table du fond. Oui oui, beaucoup font quatre heures avec des biscuits apéro... Petite pensée émue pour Houari, qui à cause de notre inattention s'est fait racketter tous les soirs d'octobre à juin par sa tyrannique et vorace grande soeur Kenza.

L'horreur en pochette...

Les devoirs : 45 - 60 minutes 

Hormis l'impératif de faire grignoter les enfants avant de les faire bosser, nos coordinatrices nous ont plus ou moins aimablement donné quelques consignes de travail nécessaires au bon déroulement des séances. Tout d'abord, on doit constituer les groupes de façon à ce que les gosses ne fassent pas toujours leurs devoirs avec le même intervenant : les affinités _ou l'absence d'affinités_ ne se commande pas, et il n'est pas conseillé de les cultiver parce qu'on risque de perdre la notion d'équité en route. A l'issue du goûter, les intervenants constituent les groupes ; en effet, nous avons pris le parti de "faire bouger" les associations d'enfants pour mieux gérer les désaccords ou trop grandes complicités qui pourraient mettre en péril l'ambiance studieuse. A nous de séparer les fratries, les meilleurs potes et les harpies en herbe, malgré les supplications. C'est parti pour 45 minutes minimum ! Pour ceux qui auraient fini avant, les chanceux, une malle de cahiers d'exercices et de jeux éducatifs est à la disposition des intervenants.

Chaque intervenant a donc pour mission de gérer un confortable effectif de 3 ou 4 élèves, dans l'idéal de niveaux différents afin de réduire leurs possibilités de se copier dessus. Malgré notre attachement à repérer les tensions et les copinages avant de former les groupes, des échanges houleux ont souvent lieu d'un bout à l'autre de la table, accompagnés de coups de pieds, de mots doux et de boulettes de papier poétiques... Entre Riyad et Nadia, par exemple, l'aide aux devoirs fut le théâtre d'un amour vache immodéré digne de la première scène de Beaucoup de bruit pour rien (Shakespeare)...


"BEATRICE : _Je m'étonne que vous jasiez toujours, signor Benedict : personne ne vous écoute"***

"BENEDICT : _Eh quoi ! chère madame Dédain ! vous êtes encore vivante ?"

"BEATRICE : _Est-il possible que Dédain meure, ayant pour se nourrir un aliment aussi inépuisable que le signor Benedict ?"

"BENEDICT : _En vérité, vous feriez un perroquet modèle."

Hormis les grandes conspiratrices de CM2 qui effacent très discrètement des lignes entières de leurs agendas au blanco, ou qui rayent un exercice de maths sur deux en nous assurant que "la maîtresse s'est trompée", les enfants se débarrassent de leur corvée sans trop souffrir, visiblement.

Au bout d'une heure, tout le monde s'arrête même si les devoirs ne sont pas terminés. Il arrive que certains _ comme Houari par exemple _ soient obligé de déborder sur le temps imparti pour terminer la lecture, vu qu'ils ont oublié leur cahier à l'école et qu'il ont du attendre que Halima veuille bien leur prêter le sien !

Le temps ludique : 30 - 45 minutes


Autre consigne donnée aux équipes d'encadrement : le temps ludique est nécessaire à l'épanouissement de l'enfant. Chacun peut emprunter un jeu de société dans la malle prévue à cet effet, faire des dessins ou rejoindre une activité proposée par les intervenants. Une de mes coéquipières (ça sonne un peu pas un trop MacDo, comme terme ?) avait proposé d'initier les plus motivés au hip-hop en vue d'un spectacle en fin d'année : ce fut un grand succès, bien qu'une poignée de danseurs aient quitté le navire pour aller jouer à la boxe thaï dans un coin ou chourer les billets du Monopoly. ?!? On n'aura d'ailleurs jamais démasqué notre collectionneur de petits chevaux qui, l'un après l'autre, les a kidnappés dans leur étui... Quand on voulait avoir la paix, on leur branchait le poste sur Skyrock ou Blackbox et ALLEZ HOP CHAISES MUSICALES !!!! Les jeux les plus simples sont parfois les plus efficaces... A part quelques gamelles spectaculaires et une vitre cassée (toujours pas réparée à ce jour, pourtant on aurait pu colmater l'ouverture après toutes les lattes qu'on s'est pris dans la gueule par l'asso à l'occasion), on n'aura pas eu trop de sueurs froides.

En bonus, voici la playlist du temps ludique ; elle sera complétée quand les souvenirs voudront bien rentrer à la maison.

Cinq minutes avant la fin, les enfants rangent les jeux, sous l'oeil attentif d'un "responsable de la malle" nommé chaque semaine dans le groupe. Ce moment de la séance concorde souvent avec celui où Houari, tout content, annonce qu'il se ferait bien un jeu de l'oie avec Halima, maintenant qu'il a plié ses affaires de classe... Sauf qu'il est trop tard !

"Ah bon, tant pis !"

Houari n'est pas contrariant. Il est possible que je vous parle plus longtemps de l'énergumène dans les prochains jours.

Cenon by night

La porte du local s'ouvre sur l'obscurité. Les enfants qui sont autorisés à rentrer seuls, c'est à dire presque tous, vident les lieux et regagnent leurs immeubles respectifs. Si eux n'ont pas du tout peur, voir partir des gosses de six ans dans la rue m'effraie toujours : c'est sûrement mon côté vieux jeu, tout le monde en a un ! Bientôt, quand les derniers seront partis, ce sera à nous de regagner la station de tram et sa Ligne A remplie de fous furieux ! Pour ceux qui préfèrent le bus, la Corol 32 vous accueille les bras ouverts !

Dans la série : "on habite la même ville, mais on va pas au même collège "
"Oh tu sais que j't'apprécie, toi ?"
Jules B. petit Cenonnais scolarisé dans le privé...
Copines collègues, si vous avez des anecdotes, des impressions à ajouter, des remarques à faire, surtout n'hésitez pas !

* Je ne dis pas le nom de cette association car certains de mes propos peuvent contenir des inexactitudes.
** Spéciale dédicace à Monique ! Deux qui la tiennent trois qui la .... Ahhh noonnn baahhh
***Beaucoup de bruit pour rien, Acte I, Scène 1. William Shakespeare 

mercredi 27 février 2013

Mongol - Karin Serres (2003)


Il faut bien lire quelques romans pour enfants, de temps à autres ! Dernièrement, j'ai emprunté celui-ci à la bibliothèque : 

Bon, l'illustration laisse entrevoir une histoire cruelle et quelque peu déprimante. C'est bien le cas, en effet. Mais pas seulement !

Il était une fois un petit clochard moche et puant sur lequel tout le monde lançait des pierres et ses épluchures de carottes, parce que c'est encore plus dégueu que les tomates pourries... 

Non, je déconne.

Après cette fausse présentation, Mongol va vous sembler aussi qu'un yaourt à zéro pour cent.


Ludovic n'est pas bête, il est simplement un peu long à la détente. A l'école et au centre aéré, ses copains ont bien cerné sa faiblesse. C'est pourquoi ils passent leur temps à l'insulter, à le traiter de débile ou de crétin. Ludovic subit sans répondre, habitué depuis toujours à ces brimades _ y compris à la maison. Mais lorsque Fabrice, le chef de bande, le qualifie de « mongol », la perplexité l'envahit : que peut bien vouloir dire ce drôle de mot qu'il entend pour la première fois ?

Le « sombre idiot » avance à son rythme, mais son sens logique ne lui fait pas défaut : « un mot, ça veut forcément dire quelque chose ». Alors il prend un dictionnaire afin d'y trouver la définition du mot « mongol ». Le voilà lancé à la découverte de la Mongolie, de ses paysages, de sa culture et de son peuple auquel Fabrice et sa bande ont subitement choisi de l'associer : allez savoir pourquoi ! Lui qu'on habille été comme hiver de quolibets plus pourris les uns que les autres, est maintenant comparé à un fringant cavalier mangeur de viande crue ! Quelque chose ne tourne pas rond... mais peu importe, son estime de lui-même s'en voit rehaussée. A la surprise de tous, Ludovic se transforme petit à petit en véritable Mongol : il passe ses nuits à lire tous les livres et les revues susceptibles de mieux lui faire connaître « son » peuple, il se nourrit exclusivement de viande et de lait (ah tiens comme Dukan), il enrichit son vocabulaire mongol _ surtout le registre ordurier, d'ailleurs.

A l'école, cette transformation n'est pas très bien perçue : un souffre-douleur qui rigole, qui vous dit des mots dans une autre langue et mange avec les doigts, ce n'est pas très amusant. Voire un peu flippant ! La bibliothèque _ et sa bibliothécaire _ est le seul lieu où Ludovic peut à peu près s'épanouir. On sort du cadre scolaire où les rapports entre les élèves sont déterminés par ce qui se passe dans la classe et dans la cour, pour entrer dans une aire sans a priori, où chacun est son propre guide, où chacun va à son rythme. L'assimilation de cet endroit à un cocon, ou à un nid _ assez spacieux pour esquiver ses ennemis et pourvu de toilettes confortables_ est intéressante. Tant que nous y sommes, autant filer la métaphore de l'oiseau avec la bibliothécaire : protectrice et bienveillante, elle prend le poussin dénigré sous son aile, sans différencier ses capacités de celles des autres.



Vous n'espériez tout de même pas y échapper ? 

Kinder surprise 

La force du roman de Karin Serres réside dans cette mutation un peu déroutante du héros. En effet, Mongol ne retrace pas l'histoire d'une victime qui se relève, affronte ses agresseurs pour enfin les battre à plate couture. On n'est pas dans Hajime no Ippo (Ippo, la rage de vaincre), même si j'en parlerai, un jour, c'est promis ; car c'est un manga qui donne beaucoup d'espoir. 



Parfois, rester réaliste et faire une croix sur le happy end s'avère tout aussi efficace : la réaction imprévisible du héros prend les autres enfants de cours et bloque momentanément leur venin. C'est à leur tour de ne pas tout piger : dès que Ludovic parle dans une langue qui leur est étrangère, ils font l'expérience de la frustrante impression « d'avoir loupé un chapitre »... et ne veulent pas le reconnaître, bien évidemment. Si la différence déchaîne les instincts grégaires parce qu'elle fait peur, la surprise a plutôt le pouvoir de déclencher le rire chez l'Autre, ou de le tétaniser. Ici, la seconde option est bien perceptible, même si Fabrice sa meute d'insignifiants suiveurs se risquent à quelques actes d'intimidation, histoire de ne pas perdre la face. Pensons à la scène des osselets, jeu auquel Ludovic excelle d'autant plus qu'il s'inscrit pleinement dans la culture mongole. 


Ce roman pour enfants me rappelle un épisode du dessin-animé Hé Arnold ! On y rencontre une situation quelque peu similaire : un jour, Arnold _ héros frêle au visage « en forme de ballon de rugby » _ se voit menacé de mort par Harold _ la brute épaisse. Ils doivent se retrouver le lendemain pour se battre en bonne et due forme, malgré leur manifeste différence de gabarit. Après avoir pleuré sa mère toute la nuit, Arnold décide de prendre le taureau par les cornes et de se faire passer pour un cinglé. Armé d'un énorme poste de radio, il se met à hurler « je suis zinzin » en dansant la java autour de son adversaire incrédule. La technique marche à merveille : Harold est tellement effrayé qu'il fuit la confrontation au pas de course, en criant « ce type est cinglé ». 




Comme quoi, la folie a du bon, surtout si elle est bien simulée !


SERRES, Karin. Mongol. L'Ecole des Loisirs. Coll. "Neuf". 2003. 91 p. ISBN : 2 21106969 X