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mardi 25 octobre 2022

[LE GOUINISTAN VAINCRA (ou pas)] Joe la pirate - la vie rêvée de Marion Barbara Carstairs. Hubert ; Virginie Augustin (2021)

Joe la Pirate prend la forme d'une imposante bande dessinée grand format de plus de 200 pages, à compter parmi les beaux livres. Contrairement à ce que le sous-titre La vie rêvée de Marion Barbara Carstairs laisse entendre, les planches suivent de près l'existence bien réelle qu'a mené cette femme de caractère, présente sur tous les plans traditionnellement réservés aux hommes : mécanique, pilotage, mobilisation, acquisitions de grande ampleur... 

Elle a forcé le destin pour pouvoir s'engager (à son échelle) dans les deux guerres mondiales ; elle a crée une compagnie de taxis féminins dans les années 1920. Plus tard, elle a fait le tour du monde et à découvert la navigation. Elle est devenue championne de course de bateaux à moteur, battant ses concurrents masculins à plate couture. Elle a acheté une île aux Bahamas, en a fait son "royaume autogéré", et à voulu rendre les îles voisines indépendantes. A bien des niveaux, elle a été féministe avant l'heure et peut-être sans le savoir. Pourtant, ce que l'Histoire retient de Marion Barbara Carstairs, alias Joe la Pirate, c'est qu'elle a chopé Marlène Dietrich et quelques autres grosses pointures de l'époque, le tout habillée en homme. Et encore... ça, c'est dans le meilleur des cas. 

En effet, je fais partie des gens qui n'avaient jamais entendu parler d'elle avant de lire cette BD colossale signée Hubert au scénario (l'un de ses derniers...) et Virginie Augustin au dessin, dans un style alternant trait franc, clair, et zones d'ombres _ comme l'héroïne, en fait. 

Si on veut parler de roman graphique, je crois que c'est le moment : découpé en une dizaine de chapitres, La vie rêvée de Barbara Carstairs s'appuie solidement sur l'existence bien réelle d'une petite-fille de magnat du pétrole américain éprise de liberté, "queer dans la matrice", mais aussi prompte à se laisser griser par le pouvoir. Au-delà de son intérêt historique, cet album offre une réflexion sur des thèmes universels : l'acceptation du corps, le genre, la colonisation, la solitude... Il peut être lu comme une ode à la confiance en soi. Les succès de Joe, tant sentimentaux que politiques et sportifs, sont dus en partie à son audace et à sa conviction d'être capable d'arriver à ses fins. Sa "vie rêvée" devient ainsi sa vie réelle _ on est du moins en droit d'interpréter le titre de l'œuvre de cette façon.       


Concernant les mouflets : 

CDI Lycée : OK, et même recommandé ! Il me semble l'avoir vu dans les critiques de je ne sais plus quel numéro d'InterCDI, mais peut-être que je me trompe. 

En revanche, je ne me risquerai pas à le mettre en libre accès au collège : il y a quand même pas mal de nus et de scènes de baise. Cela dit, une étude d'extraits pour des 4°3° peut être sympa. Oui, je reconnais avoir eu quelques craintes en tournant les premières pages de la BD : il m'a semblé qu'on se focalisait beaucoup sur la sexualité décomplexée et rapidement débridée de cette jeune femme intrépide. Certes, c'était important de présenter cette partie de la vie de Marion Barbara Carstairs, mais tout de même, elle avait sans doute fait mieux que se contenter de tringler toutes les filles croisées sur son chemin... 

Heureusement, les deux auteurs de cette biographie dessinée, ont su lui rendre justice et ont trouvé le moyen d'accorder une part conséquente à tous les temps forts _et il y en a eu_ de sa vie. Sans eux, nous aurions sans doute été nombreux à passer à côté de Marion Barbara Carstairs, une femme aux multiples facettes, dont certaines n'étaient pas très reluisantes. On a quand même affaire à une bonne richouse colonialiste, et ce n'est pas du tout passé sous silence.   

Hubert ; Virginie Augustin. Joe la Pirate - la vie rêvée de Marion Barbara Carstairs. Glénat, 2021. 224 p. ISBN 9782344039434

samedi 24 septembre 2022

[LECTURE] Découvertes du mois de septembre : Melinda / La ligne de courtoisie

N'ayant pas beaucoup de temps en ce moment pour alimenter ce blog, je me résigne à tenter des publications plus courtes. C'est un bon exercice, même si ce n'est vraiment pas mon préféré !

Aujourd'hui, il sera question de deux livres publiés il y a dix ans (une BD et un roman) et découverts ces derniers jours. 


Melinda - Halfbob (2012) - Bande dessinée

États Unis, début du XXe siècle. A la mort de sa femme Melinda, Théodore Johnson à acheté un cirque dont il est devenu le directeur. Il peine à le faire vivre : entre la crise et le cinéma, les clowns et les lions en cage ne pèsent pas lourd.


En proie à ses démons _l'alcool et sa culpabilité dans la mort de Melinda, il aurait déjà sombré si son collaborateur Hans ne le tenait pas à bout de bras !

La vie suit son cours au rythme des roulottes, des surprises et des femmes à fausse barbe, jusqu'au jour où Théodore tombe sur Caleb et ses fascinantes crises de démence...

 Une BD très sympa, au graphisme net et sans bavure, très courte... trop courte ! Je pensais que Melinda n'était que le premier tome d'une série, et apparemment non. C'est dommage car tous les ingrédients d'une histoire à succès sont réunis : humour noir, émotion, monde du cirque wtf, fantastique, paranormal... Mais dans une version trop light !

Public cible : adultes ; les enfants peuvent lire cette BD qui ne contient pas d'images violentes à proprement parler, mais les représentations de l'alcool et de l'ivresse sont quand même assez nombreuses. 

Halfbob. Melinda. Éditions Poivre & Sel, 2012. 48 p. ISBN 9782875470102


La ligne de courtoisie - Nicolas Fargues (2012) - Roman

Tout plaquer et aller vivre à Pondichéry... Voilà la solution que trouve un écrivain en perte de vitesse pour ne plus se faire piétiner par ses semblables. Qui sait, peut-être retrouvera-t-il l'inspiration, une fois posé à l'autre bout du monde ?

La Ligne de courtoisie raconte d'abord les derniers jours à Paris de ce héros au destin ballotté par les conséquences de décisions prises pour plaire aux autres. Il est ensuite question de sa difficile installation en Inde.



➕ Les portraits des personnages sont d'une précision bluffante. Nicolas Fargues est un fin observateur des hommes et sait fort bien retranscrire ces petits détails qui disent tant d'une personne. Son écriture est un modèle à suivre pour qui s'efforce de poser les bons mots sur ses pensées. C'est du bonbon pour les yeux !

➖ Petit bémol. On ne sait pas trop où on va, lorsqu'on lit ce livre. Comme le héros, d'ailleurs _et c'est sûrement fait exprès ! Mais je ne suis pas fan des histoires qui n'ont ni début, ni fin, ni fil rouge reliant les deux..

➖ On a l'impression que le héros se victimise et se lamente plus qu'autre chose. Il se dit brimé par ses enfants, ignoré par son éditeur, floué par les propriétaires véreux... OK, mais quand va-t-il se décider à taper du poing sur la table ?

➕ Heureusement, le réveil aura lieu, tardivement certes, mais jubilatoire malgré tout. 

A lire, au moins pour découvrir le style de l'auteur.

Public cible : adultes 

Nicolas Fargues. La ligne de courtoisie. POL, 2012. 176 p. EAN 9782818014776  

mercredi 15 avril 2020

[LE LIVRE VS LE FILM] Au-delà du réel - Paddy Chayefsky (1978) / Au-delà du réel - Ken Russel (1980)



Lors de mon dernier passage en Dordogne, j'ai tapé dans cette fameuse caisse de livres que nous avons ramenée de la Fête de la Fraise il y a quelques années, et dont il est souvent question ici. J'ai pris un livre au hasard, et je suis tombée là-dessus :      


Ouais, le livre est à l'endroit


L'histoire, dans le livre et dans le film 

Paddy Chayefsky est l'auteur du roman et le scénariste du film : on n'est donc pas trop surpris de constater une adaptation fidèle du livre lorsqu'on regarde Au-delà du réel.  Du coup, le résumé de l'un vaut pour l'autre. 

1965, dans une université du Maryland. Edward Jessup est un jeune psychophysiologiste complètement absorbé par son travail et considéré par ses pairs comme étant "le meilleur" dans son domaine. Au début du roman, il passe ses journées à enfermer des militaires dans un caisson d'isolement sensoriel pour voir comment réagit leur cerveau lorsqu'ils sont dedans. Intrigué par les encéphalogrammes que produisent les cobayes et par l'état euphorique dans lequel ils ressortent du caisson, il décide de tenter lui-même l'expérience. Il est rapidement assailli d'hallucinations essentiellement religieuses, et ça l'étonne : il pensait avoir définitivement perdu la foi depuis la mort de son père. Mais surtout, un inexplicable sentiment de bien-être lui donne envie de réitérer au plus vite ce drôle de bain. 

Les mois passent ; Jessup a entraîné dans ses expérimentations un ami pharmacologue nommé Arthur Rosenberg. A l'occasion d'une soirée psychédélique entre universitaires fraîchement diplômés, il fait la rencontre d'Emily, une anthropologue. Ils sont tous les deux passionnés par leurs recherches respectives et trouvent rapidement un terrain d'entente. Le problème, c'est qu'ils ne sont pas vraiment sur la même longueur d'ondes : Emily est complètement accro à Jessup, tandis qu'il ne parvient pas à s'attacher à elle. Conscients du déséquilibre de leur relation, ils vont quand même se marier. 

Ouais, l'affiche du film est à l'endroit

Après quoi chacun trace sa route. Emily part au Kenya pour étudier le quotidien des singes, tandis que Jessup prend la direction du Mexique. Il s'est prévu un séjour en immersion chez des Indiens Hinchis connus pour pratiquer des rituels à base de jus de champignons savamment choisis ; le breuvage serait capable de provoquer une hallucination commune à tout un groupe d'initiés ! Edward aimerait voir ce que ça fait, et éventuellement associer cette alléchante mixture à ses sessions en caisson d'isolement. Enfermé dans ce que ses amis qualifient de "cercueil" en rigolant, il a déjà eu l'impression de remonter le temps, de se retrouver à un stade pré-natal, voire d'incarner un fier australopithèque. Depuis, il défend l'hypothèse folle que l'origine des hommes et l'histoire de l'humanité pourraient être inscrites dans notre inconscient, et qu'on pourrait y accéder si l'on se mettait en situation de privation sensorielle tout en prenant le bon produit.

Par la même occasion, il espère arriver à se comprendre lui-même, car ses propres visions le troublent ; il sait que tant qu'il n'aura pas réussi à les interpréter, il ne pourra pas avancer sur le plan personnel. Effectivement, le rituel toltèque va bien le faire planer ; son esprit ira même se promener bien plus loin que prévu... La descente le laisse perplexe, puisque à son réveil, il trouve à côté de lui le cadavre d'un lézard qu'il a vu crever pendant son trip. Qu'est-ce que ça veut dire ? Que ce qui se passe en rêve pourrait impacter la réalité ? Peut-être...


Dommage pour le lézard.
 Mais tant que c'est pas un pangolin...
Retour aux Etats Unis. Ses deux acolytes _ Rosenberg et Parrish_ voient d'un mauvais oeil la tournure que prennent les événements. Qu'y a-t-il au juste dans la potion que Jessup distille, s'inspirant du jus de champignon des Hinchis ? N'est-ce pas dangereux d'en prendre au-delà d'une certaine quantité ? N'est-il pas en train de perdre la boule, torturé par ses questions existentielles au point de précipiter sa perte ?

Si Rosenberg hésite, Parrish et Emily (rentrée au bercail elle aussi) sont catégoriques : la curiosité du scientifique doit s'arrêter où commence la prudence indispensable à la survie ! Il est hors de question qu'ils le laissent se faire happer par ses délires de savant fou. Mais pour Jessup se moque de leur point de vue, l'enjeu est trop important : il veut savoir. S'il doit faire un choix entre la quête de la Vérité et le soutien de ses proches, il le fera, et ce sera vite plié !

Au fil des expériences, il remarque que de drôles de phénomènes se produisent dans son corps et vont jusqu'à entraîner des mutations on ne peut plus visibles : il se couvre de poils, pousse des cris de singe.. Comme l'effet de la drogue est éphémère, il retrouve sa forme quelques heures après la sortie du caisson. Du coup, personne ne le croit, évidemment _en même temps ses fous rires hystériques ne plaident pas en sa faveur. Lui-même commence à douter de ce qu'il vit. Jusqu'où ira-t-il pour (se) prouver qu'il ne rêve pas ?     

    

ATTENTION SPOILER
Arrêtez-vous ici si vous comptez lire le livre ou voir le film.


Le livre VS le film 

Je vais plutôt m'appuyer sur le roman dans cette comparaison, puisque c'est là que j'ai commencé. Bon, il faut dire que je l'ai lu dans une réédition illustrée avec des images du film de Ken Russell. Je suppose que cette édition de poche a été stratégiquement commercialisée lors de la sortie en salle, pour relancer un peu les ventes du bouquin.

Forcément, les photos aiguillent pas mal le "portrait physique" qu'on peut se faire des personnages, encore que. Par exemple, le Jessup tel que le regard d'Emily nous le dépeint au début du roman n'a pas grand chose à voir avec le jeune et flamboyant William Hurt, fort Charal dans son premier rôle. On est bien obligé de le reconnaître, on est fair-play ! 

"Le psychophysiologiste était Edward Jessup, il avait alors 28 ans, était de taille moyenne, de carrure assez frêle, pâle de teint, très blond de chevelure, avec des traits fins qui semblaient brûler d'un feu intérieur. Il portait des lunettes à fine monture d'or qui lui donnaient l'air un peu pincé et conféraient à son visage une austérité calviniste. Emily lui trouvait beaucoup de séduction, mais un peu à la manière d'un moine". 
Euh, non ! Même s'il a fait un effort pour rentrer dans le rôle.
#teamcolroulé

Edward est de toute façon plus humain, plus attachant dans le film que dans le livre. C'est logique : il n'aurait pas pu convaincre le grand public et donner envie aux spectateurs de suivre son parcours s'il avait conservé son petit côté asocial.

Certes, ce roman de SF est intéressant dans le sens où il raconte une histoire pleine de séquences palpitantes, où il met en scène des moments de brouilles spatio-temporelles qui font rêver le lecteur, tant elles sont rendues crédibles par les vraies fausses démonstrations scientifiques qui les accompagnent. Mais sa plus-value par rapport à d'autres, c'est d'avoir réussi à mettre à mal le cliché du "scientifique", du "savant fou" sans âme.

Chayefsky aurait très bien pu construire un héros partagé entre le rationnel et l'intuition, et l'entourer des personnages psychorigides, fixés dans le concret, ou même sans consistance : ça n'aurait rien changé au bon déroulement des expériences de Jessup. Pourtant, l'auteur a choisi de dessiner une joyeuse bande de tronches universitaires incollables sur leur champ de recherche, mais pas dépourvus d'humanité pour autant ! Edward, Emily, Arthur et Sylvia Rosenberg, Mason Parrish aiment rire, s'amuser, faire des restos et des soirées sur fond d'alcool et de fumette. On sent bien l'ambiance années 1970, et ça ne peut pas faire de mal. Bien sûr, il leur arrive de s'engueuler copieusement, de s'emporter, de perdre le contrôle d'eux-même sous le coup de l'émotion et du doute.


Arrêtez de tyranniser Watson ! 

Si le lien indéfectible qui rattache Edward à Arthur est un gage de stabilité, puisque Arthur (Bob Balaban) fera passer son amitié pour Edward avant ses convictions, fermant les yeux sur le caractère farfelu de ses hypothèses, Parrish (Charles Haid) et Emily (Blair Brown) ne gèrent pas leur "côté humain" de la même façon. Victime d'un court circuit mental lorsqu'il comprend que ce qu'il voit de ses yeux ne correspond pas à ce qui est scientifiquement possible, Parrish explose en paroles et en grands gestes colériques. Emily aime vraiment Edward au point d'en perdre les pédales. Habituellement terre à terre, elle a hypothéqué une vie heureuse contre un attachement démesuré pour un homme qui ne le lui rend pas. Elle est consciente du ridicule de la situation, de sa "faiblesse", et ça l'exaspère.

Emily sait qu'elle accepte beaucoup trop par amour : quand Edward lui dit qu'il pense à Jésus lorsqu'ils couchent ensemble, elle encaisse. Lorsqu'elle lui dit qu'elle espère l'épouser, il lui répond  sans trop de pression que "ce serait un désastre". Même la fuite à des milliers de kilomètres ne facilitera pas l'oubli. Pourtant, contrairement à ce qu'on pourrait croire de loin, Jessup n'est ni un gros connard, ni un manipulateur, ni un monstre. Simplement, il n'arrive à aimer sincèrement quelqu'un, et a le mérite de jouer carte sur tables avec son entourage _dans le roman, du moins ; voici le discours qu'il tient à sa copine lors d'une discussion à ce sujet :

"Je suis quelqu'un de très solitaire, Emily, poursuivit-il. Tu dois le savoir. J'ai besoin d'être seul une bonne partie du temps. [...] Je suis tout simplement trop égoïste pour faire un époux et un père. Je peux toujours essayer, bien sûr. Si tu y tiens absolument, je le ferai. (Spoiler : ils vont le faire) Je me considère comme quelqu'un de responsable et tu peux être sûre que je ferais de mon mieux. Mais je n'y croirais jamais, tu vois. [...] Je m'acquitterais de tous mes devoirs mais ce serait seulement pour qu'on me fiche la paix, pour pouvoir me retrouver face à face avec moi-même." 
.
Ce petit monologue n'est pas transposé dans le film, ce qui est dommage mais compréhensible. Il aurait pu être considéré comme une longueur dans la dynamique générale. C'est peut-être un manque de culture, mais je n'ai pas l'impression d'avoir déjà lu ce type de propos dans un livre. Je sais bien qu'il s'agit d'un personnage fictif, mais, des gens comme Jessup existent. Beaucoup, même. Rare sont ceux qui parviennent à verbaliser leur façon d'être, que ce soit pour eux-même ou pour être mieux compris de leur entourage. Savoir qu'on est solitaire est souvent source de culpabilité : il faut à tout prix essayer de changer pour prouver qu'on est "altruiste", "sociable". Mais chercher à faire illusion pour rentrer dans un moule, se duper soi-même en niant cet aspect de sa propre personnalité, ou "duper" quelqu'un en faisant semblant de s'y intéresser alors qu'on s'en fout...

... n'est-ce pas plutôt cela, être égoïste ?



Bref, on s'éloigne un peu du sujet principal.

Jessup doit donc affronter ses propres contradictions pour arriver à se connaître, à se comprendre _ et à trouver "sa" vérité. S'il y parvient, il pourra alors se projeter dans le futur et même s'intéresser à ses semblables, pourquoi pas ? Ses amis le savent : en l'épaulant dans ses projets, ils peuvent tout aussi bien tenir un rôle de garde fous que se retrouver précipités dans sa chute. Vu que c'est dans le thème, j'ajouterai sans trop me mouiller que l'équipe fait penser à Jésus et ses apôtres, accompagnés d'une Marie bien malmenée mais indispensable. Cf la scène finale du film, plus parlante que celle du livre, pour le coup, mais j'en dirai pas plus.

Au delà du réel est un roman plus psychologique qu'il y paraît ; l'adaptation cinématographique a l'avantage de plus s'intéresser aux visions et aux transformations physiques de Jessup, en les rendant visuellement accessibles. Le roman les traite aussi, bien sûr, mais sa lecture est rendue un peu difficile pour qui n'est pas habitué à entendre parler de considérations  holistiques, de théorie gestaltistes et d'ondes thêta émises par le cerveau. Ce contenu scientifique (est-il exact ou est-ce juste du blabla pour que le texte sonne scientifique ?) pèse un peu mais n'entrave pas la compréhension globale de l'oeuvre. 

Dans l'ensemble, j'ai préféré le livre, mais cela ne veut pas dire qu'il faut snober le film. Au contraire, voici quelques excellentes raisons de le regarder :

- Les personnages sont un peu plus peace and love que dans le roman ; l'ambiance est au mélodrame, mais les acteurs n'en font pas trop non plus. Remarquons que le réalisateur ne s'est pas trop lâché sur les scènes de cul, alors qu'il aurait eu des tas de bonnes excuses pour en mettre partout : ce souci de ne pas avoir profité de la situation dans l'optique de booster le succès de son film est tout à son honneur. 

- En revanche, il s'est bien amusé sur la mise en image des hallucinations, vraiment bien représentées pour un film de 1980. Certaines d'entre elles semblent avoir été retenues comme "passages clefs" du film. Flippant, chelou, mais très esthétique. Je suis assez jalouse que d'aussi belles images ne me soient jamais apparues lors de mes nombreuses siestes d'après cuite !

Ok, il rumine. Mais a-t-il le sabot fendu ?
Belle éclipse ! 

- Les métamorphoses de Jessup sont sympas, aussi ! Elles nous rappellent que le raz-de-marée "planète des singes" est passé pas longtemps avant ! Mention spéciale à la scène où son bras se boursoufle, un peu comme s'il avait un rat de laboratoire qui lui courait sous la peau  ! C'est bien dégueu ! Ahah !

"Tu devrais songer à un moyen de canaliser toute cette énergie."
Edward Jessup lance le barbecue. 

- Il nous permet de savoir que ce magnifique saladier en forme de poule existe ! Est-ce que c'est un saladier, d'ailleurs ?

Visible à la 93ème minute du film !
#pouletpower

- Il nous prouve que les gens qui portent des cols roulés tournent mal, fatalement !

William Hurt dans le rôle de Thaddeus Ross
  • Le livre 

Paddy Chayefsky. Au-delà du réel. J'ai Lu, 1981. Ed. illustrée. Trad. Jean-Pierre Carasso. 223 p. ISBN 2-277-21232-6


  • Le film 

Au-delà du réel. Titre original : Altered States  
Réalisation : Ken Russel / Scénario : Paddy Chayefsky 
1980, USA 
102 min 
Lien streaming valide au 15 avril 2020 : https://wwvv.filmstoon.xyz/film/fantastique/237240-au-delagrave-du-reacuteel.html 




vendredi 20 juillet 2018

Téma la bibliothèque : Hopper, Powell et le lecteur de microfiches


Je ne sais plus trop pourquoi, mais sans doute parce que j'en ai eu de bons échos, j'ai commencé à suivre la série Stranger Things. Eh bien dans le troisième épisode de la première saison, une scène intéressante se déroule à la bibliothèque municipale* ; je me suis dit que ça valait le coup d'y consacrer un billet. 



"Stranger quoi ??"  

Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, le fil rouge de la saison 1 est le suivant : un soir de 1983, le jeune Will Byers, douze ans, disparaît mystérieusement aux abords du Laboratoire du Département de l'Energie de la petite ville d'Hawkins, aux Etats Unis. Comme souvent, il a passé la journée à jouer à Donjons et Dragons chez son copain Mike Wheeler avant de rentrer chez lui à vélo. Or, il semblerait qu'il ne soit jamais arrivé à destination... Tandis que le policier Jim Hopper se charge de mener les recherches sans trop s'affoler dans un premier temps _il ne se passe jamais rien à Hawkins, pourquoi est-ce que ça commencerait aujourd'hui ?_ un réseau d'enquêteurs en herbe se tisse parallèlement : Mike, Dustin et Lucas, les trois inséparables amis de Will, sont bien déterminés à le retrouver par leurs propres moyens. 

Au cours de leurs investigations, le trio rencontre "Onze", une fillette au crâne rasé assez peu loquace qui semble tombée de nulle part et qui possède des pouvoirs extraordinaires. De son côté, le frère de Will s'associe avec la soeur de Mike, afin d'essayer de comprendre ces phénomènes étranges qui se produisent autour d'eux et qui leur permettent de croire que le disparu est toujours en vie.




La dimension fantastique de l'histoire prend de l'ampleur dès le premier épisode ; alors qu'on se croyait partis pour suivre une énième sordide intrigue sur fond d'enlèvement d'enfants par des tordus, voilà que des ampoules se mettent à clignoter dans la maison de Will sous les yeux de sa mère complètement bouleversée, tandis que les murs s'ouvrent pour laisser entrevoir des mondes parallèles ! Dans un premier temps, Hopper a du mal à croire à une présence surnaturelle chez les Byers : quelle est la part de réalité et d'imagination dans les propos rapportés par une famille en panique ? Jusqu'à ce qu'il y soit lui-même confronté.     

L'épisode 3, celui qui nous intéresse : Holly, jolly 

Persuadée que son fils tente de communiquer avec elle via les lampes de la maison, Joyce Byers (la mère de Will, faut suivre un peu !) dévalise le rayon des décorations de Noël de la supérette du coin et installe des guirlandes électriques dans toutes les pièces. Un peu plus tôt, Mike a planqué Onze dans sa chambre et a rejoint le collège avec Dustin et Lucas : ils ont pour projet de poursuivre leurs recherches après les cours. Nancy, la soeur de Mike, se lamente de ne pas avoir vu sa meilleure amie Barbara en classe et elle craint qu'il ne lui soit arrivé malheur à l'issue d'une soirée où elles se sont rendues la veille, ce qui la rend chafouin vis à vis de son copain Steve, alors que lui était plutôt d'humeur à roucouler. 

Du côté de l'enquête policière, ça patine un peu. Hopper et Powell font une visite express du Laboratoire National du Département de l'Energie après avoir fait des pieds et mains pour pouvoir pénétrer dans cette zone hautement sécurisée ! Ils n'en sortent guère satisfaits, plus que jamais persuadés qu'il se passe des choses louches et top secrètes entre ces murs. Ils se rendent à ce qu'on suppose être la bibliothèque municipale d'Hawkins pour voir si le Labo a fait parler de lui dans la presse, dernièrement. 

Une bibliothèque dans les années 80 


Ah ah, nous y voilà ! LA bibliothèque à l'ancienne, avec sa bibliothécaire à lunettes et son catalogue version papier ! 

  

Le principal charme de la série Stranger Things réside en sa capacité à nous replonger dans les années 1980-90 _du moins pour ceux qui ont connu cette période, et à faire entrer en jeu des objets qui nous paraissent aujourd'hui insolites : téléphones à cadran, télévisions sans télécommande, talkie-walkies lourds de 6 kg et surmontés d'une antenne de 40 cm, radio-cassettes inamovibles, appareils photo ultra-fragiles et ultra pas discrets... On passera sous silence les coupes de cheveux et les vêtements de Mike, Lucas et Dustin, tombés dans l'oubli pour le bien de tous, même si ça fait bien sûr partie du folklore. En revanche, on retiendra que le trio fait partie du déjà très geek "club audiovisuel" de leur collège. 




Si un des mes profs de SIC (sciences de l'information et de la communication) devait se prononcer sur cette bibliothèque, je pense qu'il la considérerait comme "accueillante" ; en effet, lorsqu'on suivait ses cours, il y a une dizaine d'années maintenant, il nous engageait à visiter un max de bibliothèque et de centres de documentation en nous posant la question suivante : "que vois-je en premier quand je pousse la porte d'entrée ?" La réponse à cette question initiale était censée nous permettre de déterminer l'"esprit" du lieu, et la vision que les personnels en fonction avaient de leur métier. Ainsi, une bibliothèque dans laquelle je vois d'abord la banque de prêt m'invite au contact et au dialogue, tandis qu'une première vue sur le "fichier" _ ce buffet aux multiples tiroirs blancs que l'on voit en fond sur la photo_ m'indique qu'ici, on met plutôt le paquet sur la gestion documentaire et qu'on n'est pas là pour taper la causette. Enfin, c'était beaucoup plus subtil que ça, hein, et c'est pourquoi je n'ose pas le nommer ici. Bref, Marissa, la bibliothécaire de Stranger Things, a le sens de l'accueil, puisque c'est elle que les policiers voient en premier. Si si. Notez au passage qu'il n'y a PAS D'ORDINATEUR (#angoisseabsolue) sur son bureau ! 

   
La bibliothécaire 




Son masque hostile _elle a ses raisons !, et ses besicles lui donnent une bonne tête de rongeur de bouquins : Marissa a tout du cliché de la bibliothécaire... telle qu'on se la représente encore aujourd'hui. Bien qu'elle tende à s'estomper, l'aisance avec laquelle cette imagerie du professionnel du livre traverse les décennies (c'est forcément une femme, plus ou moins désagréable, souvent coincée, excessivement pointilleuse sur sa coiffure, sur ses fringues et sur le classement des documents...) laisse un peu songeur. 

Bref, Marissa a les boules, parce qu'elle est visiblement sortie avec Hopper quelques temps avant qu'il ne tente de consulter le catalogue papier en scred, et surtout parce qu'il a disparu de la circulation du jour au lendemain, le goujat ! Toujours est-il que s'il ne semble pas vraiment accablé de remords, le chef de la police joue le mec prêt à recoller les morceaux car il a besoin de ses précieux conseils méthodologiques, ah ah ! Qui a le pouvoir, à présent ?  

"Eh merde, je croyais qu'elle bossait que le matin aujourd'hui !"

En attendant, on creuse toujours à la recherche du respect ! Prenant à part son acolyte visiblement connu pour ne pas trop savoir tenir sa queue, Powell se permet de lui lancer un "même la bibliothécaire" qui sonne un peu comme "t'étais mort de faim au point de tringler ça !". En retour, Hopper lui revoie un regard énigmatique qui pourrait aussi bien vouloir dire "tout le monde fait des erreurs" que "bah, elle a une techa comme les autres, hein !".  

Mais cette mésaventure n'empêche pas Marissa d'être professionnelle et de faire un bref rappel du système de classement en vigueur dans la bibliothèque et de présenter sommairement le fonds d'archives périodiques. Ultime foutage de gueule : Hopper décrète que la bibliothécaire cherchera pour eux "tout ce qui parle du Laboratoire National d'Hawkins" dans les archives du New Yok Times, tandis que lui et son collègue s'occuperont du Post. Les interactions seront ainsi limitées : faudrait pas que l'autre intello se fasse des films.  



Le lecteur de microfiches 

Lorsque les policiers investissent la salle de lecture, ce n'est pas pour aller sur Internet _même aux Etats-Unis, en 1983, le réseau n'atteint pas encore le grand public si je ne m'abuse, ni pour utiliser des ordinateurs de première génération, mais pour squatter LE LECTEUR DE MICROFICHES ! 

Honnêtement, qui s'attendait à tomber sur un tel objet de collection ?  

Paul Otlet likes it.
La microfiche est un peu l'ancêtre de la numérisation, pour ne pas dire de la clé USB. Lorsque la quantité de documents imprimés a explosé, notamment suite à l'émergence de la presse quotidienne, il a fallu trouvé des stratagèmes pour gérer la conservation des numéros archivés dans les bibliothèques. Au bout d'un moment, tous ces canards, ça prend de la place. Alors on fait des photos de chaque page en tout petit format, on en regroupe plusieurs sur une même plaquette qui ressemble fort à un négatif (ou à une énorme diapositive) : voilà ce qu'on appelle une microfiche. Pour pouvoir lire ce qu'elle contient, on l'insère dans un lecteur spécifique.  






Parallèlement, chaque microfiche fait l'objet d'une fiche d'indexation sur laquelle on indique sa description physique, les sujets qu'elle aborde à l'aide de mots-clés, ainsi que sa localisation dans la bibliothèque : 
  
"Tout est classé par année et par thème"
Donc, si Hopper et Powell cherchent des informations sur le Laboratoire National du Département de l'Énergie, ils devront passer par le fichier pour trouver toutes les microfiches qui en parlent, les récupérer puis les insérer (de préférence à l'endroit) dans le lecteur de microfiches.

Personnellement, je n'ai absolument jamais utilisé ce bousin-là, mais un Youtubeur altruiste vous a concocté avec autant de précision que d'humour un tutoriel vidéo : 


Une avancée dans l'enquête 

Bien que la scène de la bibliothèque n'occupe que deux pauvres minutes de l'épisode "Holly, jolly", elle est déterminante dans l'avancée de l'enquête : en effet, Hopper relève dans plusieurs articles de presse des faits divers troublants qui se sont produits au Laboratoire ou dans ses environs. Parce qu'ils relatent plusieurs incidents ayant pour victimes des enfants, parce que ces incidents ont été étonnamment vite étouffés, et parce que le Dr Martin Brenner pose en photo à côté de gamins portant des blouses d'hôpital, le fin limier se trace de nouvelles pistes. 

Comme quoi, une recherche documentaire méthodique peut suffire à vous sortir du couscous.     
Sur ce, je m'en vais regarder la suite ! 



Merci aux bibliothécaires, archivistes et autres documentalistes de me signaler d'éventuelles inexactitudes en commentaire. Je ne suis vraiment pas une spécialiste de la microfiche, et je ne compte pas le devenir prochainement, donc vos critiques sont les bienvenues, à condition qu'elles soient courtoises évidemment !  


* Eh non ce n'est pas une scène de cul, désolée !


Stranger Things Saison 1 
Matt Duffer / Ross Duffer 
Netflix
USA, 2016 

mercredi 6 août 2014

Revolution S01X01 "Blackout" - Eric Kripke (2012)


L'existence de cette nouvelle série américaine m'est arrivée aux oreilles alors que j'écoutais l'émission De quoi j'me mail sur RMC*, tout en crachant mes poumons au bord du canal de l'Ourcq. L'un des chroniqueurs de ce rendez-vous hebdomadaire des geeks et autres fans de hi-tech vantait la qualité esthétique de la première saison fraîchement sortie en blu-ray. Il a tellement mieux vendu l'histoire que son coffret de disques que ça m'a donné envie de regarder le début (en streaming). 

Revolution S01X01 "Blackout" - 2012



L'épisode pilote nous présente tout d'abord une famille vivant une soirée ordinaire, de nos jours, aux Etats Unis : la mère et les deux enfants attendant patiemment le retour du père dans la joie et la bonne humeur. Tout à coup, celui-ci débarque dans la maison totalement en panique : c'est évident, il a autre chose en tête que le dîner. On sent que LE drame approche. Lequel, on ne sait pas ; mais on devine que c'est très grave car les deux parents tirent maintenant une tronche de dix mètres de long. Quelques secondes plus tard, une coupure de courant paralyse la maison, mais aussi toute la ville. Et, tant qu'on y est, le reste de l'Univers. Le bébé pleure, le frigo dégèle et un avion s'écrase. 

Quinze ans plus tard, l'électricité n'est toujours pas revenue, et tout le monde semble en avoir fait le deuil. On reconnait rapidement certains personnages de la première scène : Charlie, la fille, Danny, le bébé, Ben, le père. Ils ont troqué leurs smartphones et la télé contre des cabanes en bois et chassent à l'arbalète au milieu des ruines et des carcasses d'avions _autant de vestiges du passé fascinants pour eux. Privés de transports, la société américaine semble s'être réorganisée en multiples tribus vivant de leurs productions agricoles, et surveillées par des flics à cheval terrorisant leur monde avec de grands sabres : LA milice. Le black out énergétique est un tabou, et même si Ben en sait bien plus long que ses voisins, il refuse de dire ce qu'il sait, exactement. 

Malheureusement pour lui, des circonstances fâcheuses vont l'y obliger ; un jour, un représentant de la milice nommé Tom Neville (Giancarlo Esposito) fait irruption dans le village pour le capturer. Il refuse de fuir et se fait descendre ; avant de rendre l'âme, il demande à Charlie de se rendre à Chicago à pattes et au plus vite afin de retrouver son oncle Miles, seul membre de la famille à être dans la confidence. Elle promet, tandis que son petit frère Danny est pris en otage par Neville tel un lot de consolation après l'échec de son assaut. 

Charlie (Tracy Spiridakos), puisque c'est bien elle l'héroïne, se lance alors dans une double quête : retrouver son oncle Miles (Billy Burke) et libérer son frère Danny (Graham Rogers) des griffes de la milice. L'explication de cette mystérieuse panne d'électricité est peut-être à la clé ! Elle sera accompagnée dans sa longue marche par sa belle-mère Rachel et un ... ami ? Aaron (. J'ai pas encore compris qui était, ni ce qu'il foutait là, mais c'est sûrement étudié pour. La suite nous éclairera. En chemin, elle rencontre Nate (Jorge Daniel Pardo), un beau gosse occupé à tirer à l'arc derrière des rochers, normal. Il décide aussitôt de la prendre sous son aile et de se joindre à l'expédition : c'est douteux, non ? Toujours est-il que l'équipe arrive bientôt à Chicago, au milieu des routes défoncées et des immeubles vides...



Pendant ce temps-là, Danny parvient à se libérer avec brio de la charrette à foin qui lui servait de geôle, mais sa fuite est interrompue. Fichues crises d'asthmes ! Le voilà terrassé, face contre terre, pendant que les fleurs de pissenlits volettent autour de lui, l'air faussement innocent : dommage, c'était bien tenté ! 



Sur Internet, on peut lire plein de mauvaises critiques sur cette série "futuriste" et "post-apocalyptique" Revolution. Je me garderai bien d'en rajouter une couche, étant donné que je n'ai vu que le premier épisode. Cela dit, les emprunts à d'autres séries, films ou livres à succès sont aussi visibles que le nez au milieu de la figure et c'est... trop. C'en est presque drôle ! On peut, entre autres, reconnaître : 


  • Lost : pour ses carcasses d'avions dans lesquels les personnages aiment bien fouiner. Pour son univers de bricolage d'objets en bouts de roseaux en ayant une pensée émue pour le confort perdu. Pour Aaron, son personnage aux faux airs de boulet, 


qui font un peu penser à...



  •  Hunger Games : pour Charlie, son héroïne téméraire si proche de Katniss pour son côté "non je ne veux pas qu'on m'aide, merci ça ira, je porte le monde sur mon dos et je le vis très bien. Parce que tous ces mecs serviables qui ne savent pas se battre, ça m'embarrasse plus qu'autre chose". 


Charlie

Katniss



  • Twilight aussi, parce que Nate Walker a l'air de sortir tout droit de la meute d'hommes-loups dirigée par Jacob. 



Ah, Wikipedia me souffle dans l'oreillette que Jorge Daniel Pardo a JUSTEMENT joué dans Twilight 4, où il n'incarnait pas un loup-garou mais un semi-vampire latino portant le nom de Nahuel. Au temps pour moi. 




  • Walking dead _du moins "Passé décomposé", le premier tome de la série BD. Bon, on ne voit pas de cadavres animés dans les 43 premières minutes de Revolution, mais on se caillasse quand même allègrement dans une ville dévastée en prenant garde de ne pas traverser le plancher ! 

Les créateurs de Revolution ont-ils voulu faire une grande soupe de "trucs qui marchent bien" ? Possible ! Mais le manque d'originalité des scénaristes ne serait pas du tout dérangeant si l'ouverture de la saison 1 nous donnait un peu envie d'y croire ; malheureusement, ce n'est pas la cas, faute de personnages attachants et profonds. Charlie et sa belle-mère Rachel sont tout entières à leur quête alors que Ben vient quand même de crever dans leurs bras, Nate Walker est bien prévisible : on sent déjà qu'il va être tiraillé comme un Romeo entre sa nouvelle copine Charlie et son travail pour la milice. Tous vivent dans la fagne depuis une décennie, et pourtant leurs t-shirts sont étonnamment nickels et bien conservés. Dilemme, dilemme. Visuellement, on ne peut pas être déçu par les paysages, les effets spéciaux et les scènes de baston, mais... de nos jours, nous sommes tellement habitués à nous en mettre plein les yeux au cinéma ou à la télé, qu'on n'est plus impressionné par rien...

Enfin, ne soyons pas trop langues de putes, ça reste un premier épisode. A suivre, donc !

Revolution, Saison 1, Episode 1
43 min. 
USA, 2012 
Crée par : Eric Kripke

* Lien vers la page de l'émission De quoi j'me mail dont il est question ici, et plus particulièrement l'édition du 25/07. 

jeudi 29 septembre 2011

Le Caïd et autres nouvelles - William Faulkner


Le recueil dans le recueil 


Voilà quelques années déjà que Le Caïd et autres nouvelles dépérit sur mon étagère. Il a gardé son aspect neuf, bien que la tranche ait un peu jauni depuis sa sortie de la librairie. Laquelle d'ailleurs ? J'avoue que je ne sais plus. Tout ce dont je me souviens, c'est qu'au moment où je l'ai acheté, j'avais envie de découvrir l'univers de Faulkner parce qu'on m'en avait beaucoup parlé en bien. J'avais opté pour l'entrée en matière rapide : un petit volume de la collection Folio 2€ de Gallimard ; finalement je ne l'ai jamais ouvert, pour des tas de raisons plus ou moins valables, jusqu'à l'autre jour. 

Lorsqu'un ouvrage est aussi bon marché et aussi peu volumineux, cela signifie souvent qu'il y a anguille sous roche ; en l'occurrence, il était aisé de soupçonner un assemblage maladroit de nouvelles prélevées d'un recueil plus conséquent. Ne connaissant pas du tout l'oeuvre de Faulkner, il ne sera pas question ici d'aller au-delà de ces soupçons. Mentionnons simplement que Le Caïd, Neige, Frankie et Johnny, le Prêtre, l'Esprit d'économie et Mr Acarius font toutes partie d'Idylle au désert et autres nouvelles.  


Une succession de portraits 

A travers ces six nouvelles toutes publiées dans le recueil Idylle au désert et autres nouvelles, Faulkner nous présente une palette de personnages uniques en leur genre. Le Caïd retrace l'ascension sociale difficile de Martin, un fils de paysan originaire du Mississippi. Marqué depuis son enfance par l'image du patron de ses parents, symbole de richesse et de réussite, il s'est fixé comme objectif de partager un jour le même mode de vie. Aussi tient-il absolument à ce que sa fille puisse participer au bal des gardes Chikasaw, dont les membres sont soigneusement choisis. Celle-ci reste méfiante, car elle a compris que lorsqu'on n'est pas bien né, on peut au mieux imiter les riches, et au pire se ridiculiser.

Dans Neige, deux soldats américains venus en Suisse assistent à l'enterrement retardé d'un guide professionnel victime d'une chute en haute montagne l'hiver précédent : était-ce vraiment un accident ? Il n'y a qu'aux environs de l'auberge du village que la vérité peut prendre quelques bouffées d'air pur.

Johnny et Frankie sont des amants aussi jeunes que désargentés ; la manière dont ils se rencontrent est l'emblème du possible succès du dragueur lourd. En effet, Johnny le mécano prend le pari devant une poignée de copains, de séduire Frankie, une fille au caractère bien trempé. Son insistance va l'amener à développer des qualités de poète encore inconnues de lui-même. Seul obstacle : la mère de la jeune fille, veuve de boxeur et habituée des trottoirs, qui lui souhaitait de trouver un meilleur parti.

La nouvelle intitulée Le prêtre nous dévoile tout ce qui se passe dans la tête d'un novice qui parcourt Canal Street. Il est à la veille d'être ordonné prêtre, et au fond de lui se bousculent les tentations, les incertitudes, les regrets et les espoirs. Aussi n'a-t-il plus qu'une hâte : arriver au lendemain, pour que Dieu le délivre et fasse de lui un autre homme.    

L'avant dernier décor du recueil est essentiellement militaire. Le sergent écossais MacWyrglinchbeath est mécanicien dans l'armée de l'air ; mais son but dans la vie est de piloter les avions. Non pas parce qu'il est courageux, non pas pour monter en grade, non pas pour la gloire, mais seulement pour économiser de l'argent. Celui qu'on appelle communément "MacBeath", pour se simplifier la vie, tient à jour son livre de comptes. Parce qu'il a "l'esprit d'économie", il n'hésite pas à s'autoriser quelques écarts pour mettre un peu plus de côté.

Mr Acarius a tout pour être heureux ; il ne lui manque plus que "l'expérience de la race humaine". Arrivé à 50 ans après avoir mené une vie irréprochable et finalement couronnée de succès, il se rend compte qu'il n'a pas vraiment vécu. Il s'adresse alors à son ami médecin pour rattraper le temps perdu, en l'espace de quelques jours.

Une peinture nécessaire


Ces quelques nouvelles nous montrent que la réalisation du tableau des personnages peut avoir bien plus d'importance que la narration de l'histoire ; en effet, le caractère des héros détermine tellement le déroulement des événements qu'il est important de les connaître à fond pour comprendre pleinement l'action et la chute de chaque histoire. C'est pourquoi il ne faut pas se laisser déstabiliser par la richesse des descriptions qui a tendance à étouffer la narration.

William Faulkner. Le Caïd et autres nouvelles. Gallimard, Coll. Folio 2€. 2004. 140p. 
Traduction : Didier Coupaye et Michel Gresset
Photo : Gallimard, Folio 2€

samedi 10 septembre 2011

Roux Cools - La voiture de Bella

Quelle est la différence entre un tacot et un roux cool ? Bonne question.

Le roux cool du moment n'est autre que le pick-up de Bella (Chevrolet année 1963) que l'on peut voir à bien des reprises dans les trois premiers volets de l'adaptation cinématographique de Twilight. Comme je n'ai pas encore lu les romans du même titre, il ne sera question ici que de la voiture du film ; dans le livre, il s'agit d'une Chevrolet de 1953 :





C'est bizarre, me direz-vous : Twilight est plutôt une histoire de gens qui se transforment en vampires et en loups, qui s'aiment, qui n'aiment pas trop ceux qui les empêchent de s'aimer, et qui s'efforcent de ne pas manger ceux qu'ils aiment. Pourtant, ce vieux pick-up orange qu'on ne voit pas trop dans les bandes annonces, et qui reste peu exploité dans les parodies, tient la route dès le début des aventures de la jeune Isabella !

Retour sur le contexte
  
Tout à commencé ainsi. Ses parents étant divorcés, Bella vit en Arizona avec sa mère et son beau-père, un champion de baseball. Lorsque ceux-ci décident de quitter leur maison, Bella n'a pas vraiment d'autre choix que de rejoindre son père Charlie, qui mène comme il peut sa vie de flic solitaire de l'autre côté des Etats-Unis, dans la petite ville sombre et humide de Forks. Au delà du choc climatique qu'elle subit, Isabella va devoir s'habituer à Charlie, à un mode de vie différent, à son nouveau lycée et à la population éclectique qui le fréquente. Dont les Cullen, une famille de vampires qui se déplace toujours en meute. 

Le jour de son arrivée à Forks, Bella raccommode les vieux liens qu'elle a entretenu dans son enfance avec les amis Quileutes de son père. Dont Jacob, qui a sensiblement le même âge qu'elle et qui se montre rapidement très collant. Ils ont retapé un vieux pick-up Chevrolet orange qu'ils ont vendu à Charlie pour qu'il puisse le lui offrir en guise de bienvenue.  Pas vraiment faite pour passer inaperçue, elle demeure un moyen de transport indispensable pour tout jeune vivant dans une contrée enclavée - et je sais de quoi je parle !


Vroum, c'est parti ! 


Lorsqu'elle aperçoit le monstre vermillon depuis sa chambre haut perchée, Bella semble surprise et suppose sans doute qu'elle appartient à une ivrogne qui n'a pas été en mesure de prendre le volant la veille au soir. Son père l'aura ramenée dans le jardin en attendant que la gueule de bois du type disparaisse. En tout cas, c'est ce que j'aurais pensé si j'avais été à sa place. Comprenant qu'il s'agit d'un cadeau qui lui est adressé, elle endosse sa cape de groupie euphorique afin de bien faire comprendre au père et aux amis qu'elle trouve la voiture à son goût.

"Attention, elle se transforme en citrouille après minuit!"

"Je savais que ça lui plairait," s'esclaffe le copain de son père, "les jeunes ça me connaît !" En effet, il a tout compris : avoir un pick-up qui a les reins assez solides pour faire un déménagement en une seule fois et une remorque parfaite pour transporter tout l'attirail d'une demi-douzaine de campeurs, c'est utile pour se faire des amis ! D'accord, Jacob a installé un nouveau moteur, et il faut "embrayer deux fois avant de changer de vitesse", mais ça en jette autrement plus que la Clio, tout de même !


Dans un premier temps, la Chevrolet va être un rayon de soleil garé sur le parking du lycée où tout est noir et gris, le petit reste d'Arizona dans la ville de Forks. On peut y voir une sorte de "double" de Bella, son équivalent mécanique, ou son "pendant" motorisé, au choix. Ensuite, la voiture passera près de ne faire qu'une avec sa conductrice, puisque sans les pouvoir magiques du vampire Edward, elle l'aurait écrabouillée contre une autre carrosserie. Or, malgré le dérapage non contrôlé de son pote et l'impact prévisible de son sombre bolide sur l'aile du pick up printanier, il eût été inconcevable que l'héroïne meure écrasée par sa propre bagnole.



En conclusion, nous pouvons dire que la voiture de Bella est une rousse cool parce que :

- Elle égaie un peu le décor général, volontairement triste...

- Elle a été retapée par Jacob, ce qui est un gage de confiance en soi (oui, je préfère Jacob, et j'aimerais mieux que Bella finisse avec lui !)


-  Elle n'est pas assez valorisée dans les trois premiers volets de l'histoire, à mon sens. En effet, Bella va rapidement troquer son volant contre la place du mort dans la voiture d'Edward Cullen. Bien entendu, hors de question qu'il la laisse conduire sa voiture ! Sans parler des balades en moto avec Jacob. Son statut de roux cool ne peut qu'amener les gens à prendre en considération l'importance qu'elle occupe dans le film !