jeudi 26 décembre 2024

Le Prix des Incorruptibles Surprise !! Sélection CM2 - 6ème

La principale adjointe de notre bahut nous a sorti du chapeau une inscription toute chaude au Prix des Incorruptibles pour l'une de nos classes de 6ème, ainsi que pour une classe de CM2 d'une école primaire du secteur, au nom de la liaison école-collège ! On ne va pas s'en plaindre... même si la façon de procéder lui aurait attiré les foudres de la plupart de mes collègues, ahah ! Enfin, tant que c'est profitable aux élèves, moi ça me va. 

Du coup, on va essayer de faire un petit focus sur chacun des titres de la sélection CM2 - 6ème de cette année, histoire d'être prêts à bosser en janvier ! 

1 - La Maison des mots perdus 

Kochka 

Flammarion Jeunesse, 2024


C'est l'anniversaire de Ravi, il a dix ans. En ce jour de fête, et malgré l'énorme gâteau que son père a fait livrer à l'école pour qu'il puisse le célébrer avec tous ses camarades, il n'a pas la pêche. Trop de questions se bousculent en lui depuis quelques temps : pourquoi sa mère, pourtant aimante, ne franchit-elle jamais la porte de la maison familiale ? pourquoi reste-t-elle mutique, sauf quand elle chante en bengali _une langue qu'il ne connaît pas ? pourquoi son père, un médecin réputé, est-il toujours aux abonnés absents ? On lui cache tout, on ne lui dit rien ! Mais à qui parler de tout cela, et comment ? Ses copains sont sympas, mais ils n'ont de toute évidence pas les mêmes préoccupations que lui. 

Heureusement, la petite école des Vosges où est scolarisé Ravi est chapeautée par un directeur attentif et bienveillant qui repère tout de suite un coup de mou de son élève : il est bien décidé à le débarrasser de la chape de plomb qu'il porte sur ses épaules ; il va mettre à contribution M. Akimasa, le jardinier de l'école. 

Alors, je dois dire que les premières pages m'ont filé quelques sueurs : un père alsacien en déplacement qui semble régler les problèmes avec des biftons, une mère indienne qui l'a eu à 18 ans, qui ne parle pas français, qui ne parle pas tout court, cloîtrée chez elle... Comment interpréter cette situation de départ ? 

Au fil du roman, le malaise s'estompe, laissant place à la poésie et à la douceur. Les mystères se dénouent petit à petit, les réponses arrivent, douloureuses mais nécessaires. Les adultes de son entourage proposent à Ravi d'extraire le positif de toute situation pour mieux faire face à la dure réalité, et j'avoue que j'ai un peu de mal avec ça... mais ça se défend. 

Cette lecture m'a fait penser au Garçon au pyjama rayé de Boyne, dans le sens où Kochka parvient à rendre compte de faits sordides en conservant un ton et un vocabulaire adaptés à la jeunesse. On se doute que l'exercice n'a pas dû être facile. 




Passage à Bordeaux...

2 - La Bête et Bethany - Tome 1 

Jack Meggitt-Phillips, illustrations d'Isabelle Follath

Bayard, 2022 

Couverture : édition Livre de Poche Jeunesse

La relève de Roald Dahl est assurée ! J'ai eu un vrai coup de cœur pour le premier tome de La Bête et Bethany, un roman jeunesse qui figure dans la sélection CM2-6ème du #Prixdesincos _et qui, ma foi, pourrait bien remporter la #bourriche !

Ebenezer est un gentilhomme anglais respectable et solitaire, aussi riche qu'égoïste. Il a 511 ans, mais il a le physique d'un jeune premier. Comment parvient-il à traverser les siècles sans prendre une ride ?

Tout simplement grâce à la Bête, une créature horrible et cruelle qu'il cache et nourrit dans son grenier, en échange de cadeaux et d'un élixir magique qui lui permet de garder la jeunesse éternelle. 

La Bête est gourmande, difficile, avide de mets toujours plus originaux ; souvent, Ebenezer doit de plier en quatre pour lui rapporter sa pitance, mais il y parvient toujours : c'est aussi dans son intérêt. Or, lorsqu'elle lui fait part de son envie de gober un enfant, les choses se compliquent ! Non pas que sacrifier un gosse pose un problème particulier à Ebenezer, mais bon, il voit bien qu'autour de lui, les gens ne cèdent pas si facilement les leurs... 

C'est à ce moment-là qu'il croise le chemin de Bethany, une petite terreur qui passe sont temps à retourner l'orphelinat qui l'a recueillie, à coups de mauvaises blagues et d'insolences. Il la ramène chez lui, pressé de s'en débarrasser, mais la Bête refuse de bouffer Bethany car elle est trop maigre : il n'a qu'à la faire grossir et la lui présenter dans quelques jours. En attendant, pas de potion, bien sûr. 

Ebenezer est bien embêté : lui qui aime le calme et le confort, il va devoir cohabiter avec cette peste qui défonce tout ce qui passe dans son champ de vision... 

Entre la Bête, Bethany et Ebenezer, trois êtres détestables à leur échelle, lequel est le plus monstrueux ?

Un cocktail bien traître avec un poil de BGG, de Mortelle Adèle, une pincée de Dorian Gray, un peu de #fantastique et deux litres de #thé. Sans oublier quelques gouttes d'amertume : les échanges entre Bethany et Ebenezer amènent subtilement des thèmes sérieux, comme la mort, le #vieillissement, l'#empathie, le bonheur.   

Pour finir, voici une interview très instructive dans laquelle Jack Meggitt-Phillips fait un lien entre son livre et le #boxingday justement, ahah. (Cette vidéo a été trouvée sur la chaîne de la Librairie Mollat). 

La lampe pierre de sel est un cadeau offert par ma sœur. 
Cela me touche qu'elle ait pris le temps de m'en faire un, car elle a un gros problème de santé à gérer actuellement.


mardi 24 décembre 2024

[CONCOURS LECTURE 3°, oui je sais, ça a changé] La magnifique - Anne Laure Bondoux (2005)

La mise en place inéluctable de ce fameux Choc des Savoirs, contre lequel nous avons tant lutté l'année dernière, nous casse déjà les noix ! La répartition des profs de lettres du collège a changé pour les nécessités de l'alignement des classes ouvertes aux groupes de besoins, et les collègues avec qui nous devions mettre en place un concours de lecture en 6ème... n'ont plus de 6ème, ce qui gêne un peu le bon déroulement du projet, ahah ! 

Du coup, on a essayé de faire plancher les 3ème là-dessus, en changeant la liste d'œuvres évidemment _exit Miss Crampon et l'histoire du furet qui pue) en dirigeant les objectifs sur une restitution en format podcast des lectures, et en ouvrant la possibilité de présenter leur travail à l'oral du DNB. 

Petit zoom sur l'un des titres figurant dans notre "sélection 3ème". 

La Magnifique (Pépites) - Anne-Laure Bondoux (2005)

C'est l'histoire d'une rousse à gros seins, d'un manchot et d'un cul-de-jatte qui traversent l'Amérique dans une cariole... 

Bella Rossa, 20 ans, enchaîne les déconvenues depuis sa naissance : sa mère a fui leur foyer familial de Maussad-Vallée, une contrée reculée de l'ouest américain qui porte bien son nom ; sa poitrine énorme lui vaut d'être reluquée et harcelée constamment par les mecs du coin. Cerise sur le gâteau, elle doit subvenir aux besoins d'un père paralysé et alcoolique qui la battrait encore si ses jambes pouvaient le porter... 

On l'imagine, Bella Rossa n'a pas eu d'autre choix que de faire preuve de caractère pour s'imposer et survivre. 

Lorsque la guerre éclate et que les balles commencent à siffler trop près de la ferme, la jeune femme saute sur l'occasion pour changer de vie. Sans lui laisser le temps de s'opposer, elle charge son père dans la charrette et se lance à la poursuite de son rêve d'enfant : devenir colporteuse. Les calamités ne font que commencer, les rencontres plus ou moins heureuses vont s'enchaîner... 

Avis de lecture

La magnifique est un road-trip sur fond de chercheurs d'or, de batailles et d'essor de la modernité. Mais c'est surtout l'histoire d'une femme parmi tant d'autres, qui doit lutter constamment pour être respectée, dont l'amour propre sera brisé à plusieurs reprises par l'homme qu'elle aime. Qui verra le cœur sous les seins, sous la carapace de brute épaisse ? 

Ce roman jeunesse est indiqué 13 ans et +, ce qui me paraît approprié, mais reste tout à fait intéressant pour des 3ème. Il est surtout surprenant dans sa tonalité : Anne-Laure Bondoux, que je découvre après en avoir entendu le plus grand bien, a l'art de raconter les drames avec légèreté. On hésite entre rire et pleurer devant le fatalisme de l'héroïne face aux mésaventures cruelles et cyniques qui lui tombent dessus... Il  y a décidément un côté féministe dans ce livre, même si la quatrième de couverture n'y fait pas allusion.

On ne voit pas passer les 350 pages réparties en chapitres très courts. 


jeudi 24 octobre 2024

[LECTURES DE VACANCES] Drôles de questions pour vivre ensemble - Collectif (2021)

Drôles de questions pour vivre ensemble

Ouvrage collectif auquel ont participé Sylvie Baussier et Halfbob, entre autres. 

Fleurus, 2021


Une fois n'est pas coutume, voici un livre documentaire pour la jeunesse qui aborde différentes facettes de la vie en société. 

Epais de 190 pages, Drôles de questions pour vivre ensemble soulève, comme son titre l'indique, les questions que les enfants peuvent se poser sur la famille, l'école, les droits et les devoirs de chacun, les réseaux sociaux... A chaque fois, une réponse claire et concise est apportée en quelques paragraphes agrémentés d'illustrations et de petits encarts de type "le saviez-vous ?". 

Au début, j'ai eu quelques craintes en feuilletant l'ensemble, redoutant que la succession de questions / réponses sur une page ou une double page cause un effet fourre-tout et rende difficile la consultation, dans le cas d'une recherche d'informations pour un exposé, par exemple. Mais en fait, ça va : le livre est bien structuré en 6 grands chapitres thématiques reconnaissables par un code couleur, et le sommaire est assez détaillé pour qu'on puisse s'y retrouver facilement. 

"Qui est "normal"?"

"Pourquoi paie-t-on des impôts ?"

"Pourquoi écrit-on de gauche à droite ?" 

"Combien serons-nous en 2050 ?"

Un poil provocatrices (sciemment), les questions suscitent bien la curiosité et les réponses me semblent satisfaisantes et adapté aux 12 ans et plus. On n'échappe pas à certaines maladresses sur certains points (mais rien de bien méchant à mon sens) et le format ne laisse pas de place à la citation des sources _ même si on sent bien que les réponses sont documentées. Le chapitre sur les réseaux est vraiment pédagogique et instructif, même si le livre a déjà 4 ans _ce qui est déjà vieux à l'ère d'Internet.  

Qu'elles soient philosophiques ou bien plantées dans le concret, ces "drôles de questions" vous permettront forcément d'apprendre quelque chose ou au moins d'y réfléchir. 


[JEU SWITCH] Pigeon Simulator

Cet été, je me suis trouvée une console Switch d'occasion. Depuis j'y ai joué quatre ou cinq fois, seulement, mais j'espère bien trouver le temps de la rentabiliser, un jour. 

Pigeon Simulator 



GameToTop CC. 2024 

Switch

Le jeu : 

Vous êtes un petit pigeon tout mignon, et vous devez gagner un maximum de points en butant des gens... 

soit à la force de votre bec, 

soit à l'aide d'armes lourdes récoltées au cours de vos pérégrinations, 

soit en leur pétant à la gueule _ cette dernière option étant de loin la plus destructrice. 

Pour ce faire, il faudra arpenter les rues d'une ville toute pimpante à la recherche d'êtres humains susceptibles de poper çà et là, en prenant bien soin d'éviter les policiers qui n'hésiteront pas à vous tirer dessus à bout portant. Par chance, il suffit d'un ou deux battements d'ailes ! Alors, surveillez bien votre jauge de stamina et tentez de gagner vos 5 étoile, ça a l'air important. Pourquoi, je ne sais pas... Quand mon pigeon les a atteintes, il ne s'est rien passé de spécial.

Sauf erreur de ma part, y a rien de plus à faire (pas de quêtes, pas de niveaux)... La partie se termine quand vous mourrez sous les balles des flics ou, plus probablement, en vous explosant sur une voiture. 




Avis : 

Les critiques sont unanimes : ce jeu est tout pourri et le fait qu'il soit payant scandalise beaucoup de monde (12,99€, mais je l'ai trouvé en promo à 0,99€ _ça veut dire ce que ça veut dire). 

Malgré tout, je l'ai bien aimé car : 

- le héros est une volaille, poulet power ! Voir des personnes fuir devant un pigeon armé d'un bazooka, ça me convient... A savoir que vous avez le choix entre rose et gris pour la couleur de votre oiseau dévastateur. 

- on peut faire durer une partie très très longtemps sans stress, c'est relaxant. Coupez le son si vous ne voulez pas avoir la musique de fond en tête toute la journée ! 

- un jeu intéressant pour un débutant qui veut se familiariser avec les fonctionnalités de sa console. 



mardi 13 août 2024

[LECTURE DE VACANCES] Le porteur de mort - 1 - "L'apprenti" - Angel Arekin (2014)

Après mon coup de cœur pour la saga de l'Assassin Royal dont je vous rabats les oreilles depuis 2010, il m'a toujours été difficile de retenter de lire de la fantasy, et encore plus d'en parler ici. Je ne saurais pas expliquer pourquoi. 

Cet été cependant, j'ai retrouvé le tome 1 de la série Le Porteur de mort, écrit il y a une dizaine d'années par une autrice française du nom d'Angel Arekin, qui m'était totalement inconnue jusque là. La fiche Babelio de cette dernière indique qu'elle est de Brive, ce qui veut dire qu'on est presque voisines Par conséquent, j'aurais été bien embêtée si j'avais dû tailler son livre, mais la question ne s'est pas posée puisque j'ai finalement beaucoup apprécié cette lecture. 

L'histoire 

Le royaume d'Asclépion n'est plus ce qu'il était : assailli par les brigands de grands chemins et les ennemis du pouvoir en place, sa population commence à ressentir les effets d'une protection armée insuffisante. 

Pour remédier à cela, le Régent décide de recruter parmi les jeunes hommes du peuple des apprentis guerriers qui rejoindront, s'ils réussissent la formation, la guilde des Tenshins. Ces derniers ont un rôle de défenseurs militaires et de conseillers politiques : ils sont donc extrêmement puissants et surtout immortels ! 

Beaucoup de petits paysans donneraient cher pour être choisis ; ce serait leur seule chance de sortir de leur condition modeste. Beaucoup, mais pas tous : Seïs Amorgen fait partie de ceux qui n'en ont rien à battre. Il faut dire qu'entre les beuveries, les nuits au bordel et les trafics en tous genres, il a déjà de quoi s'occuper. Son sort inquiète ses parents, ses frères et sa cousine Naïs _retenez bien son nom ! bien plus que cette soudaine opération de recrutement de Tenshins qui n'avait pas eu lieu depuis des siècles, et qui ne présage rien de bon. 

Devinez quoi, Seïs va faire partie des heureux élus ! D'abord réticent, il va finalement se rendre à Mantaore, haut lieu de formation des Maîtres, pour commencer son apprentissage. Ce premier tome du cycle (qui en compte 6) sera en partie consacré au déroulé de ce séjour initiatique, entre découverte de soi, des autres apprentis, actes de rébellion et entraînements physique. 

En parallèle, on suit l'évolution de la famille Amorgen et des bouleversements qu'elle va connaître au fil des chapitres, sur six ans environ : l'un des fils va se découvrir sorcier (c'est pas une bonne nouvelle) ; Naïs la cousine orpheline au caractère bien trempé semble aussi pourvue de certains dons, bien qu'on n'en sache pas plus. 

A la fin de l'Apprenti, le mystère reste entier sur plusieurs niveaux ; je ne sais pas vraiment quoi en dire pour l'instant, car ce tome sert a introduire l'univers du roman. C'est nécessaire, mais forcément ça laisse moins de place à l'action. Cela dit, les dernières pages laissent entrevoir un 2ème opus prêt à décoller en trombe. On sait pas encore trop où on va, mais on y va...

Une porte d'entrée vers la fantasy

Si vous aimez les romans d'heroic fantasy, foncez car il y a tous les ingrédients : le décor médiéval, les soldats musclés au régime pain fromage viande séchée nuit dehors fumette, les cheveux en bataille, les filles qui n'ont peur de rien, la carte du royaume au début, le sorcier, le roi, le faux clodo, le maître d'armes un poil tortionnaire, la pierre magique qui envoie du pouvoir mais qui détruit en même temps.... 

Fans de l'Assassin royal, vous aussi ? "L'Apprenti" vous rappellera de bons souvenirs, bien que l'histoire ne soit pas du tout la même ! 

Le porteur de mort constitue une bonne initiation pour qui n'est pas familier de ce type de romans ; c'est agréable à lire et plus accessible que l'œuvre de Tolkien _ qui a considérablement inspiré Angel Arekin, d'après ce que j'ai pu lire ça et là.

La plus-value de ce livre : les personnages, principaux et secondaires, très humains, et donc très réalistes. Ils souvent bien creusés. L'apprenti-tenshin rouquin nommé Lampsaque est mon préféré. Tous s'expriment de manière assez crûe ! 

Le point qui m'a fait un peu tiquer : la relation ambigüe entre Seïs et Naïs reste perturbante pour le lecteur _elle l'est aussi pour les personnages, et Angel Arekin l'exprime très bien. J'imagine qu'on ne connaît pas tout de leurs sentiments et de leurs liens familiaux pour l'instant, et que beaucoup d'éléments clefs s'éclairciront dans les tomes suivants. 

Mon seul regret est de l'avoir laissé moisir plus d'un an dans la bibliothèque.


Angel Arekin 

Le porteur de mort - 1 - L'apprenti 

2014

Photo : édition Le livre de poche. 


Avec ses 788 pages, cet ouvrage peut participer au challenge "Les épais de l'été 2024" organisé sur le blog de Dasola. N'hésitez pas à aller y faire un tour ! 





vendredi 9 août 2024

[LECTURE DE VACANCES] Le Sel de tous les oublis - Yasmina Khadra (2020)

Le Sel de tous les oublis 

Yasmina Khadra (2020)


Adem est instituteur près de Blida ; lorsque sa femme le quitte pour rejoindre un autre homme, son univers s'effondre. 

Il décide de quitter ses derniers gages de stabilité, à savoir sa maison et son métier, et de marcher droit devant lui. Il n'emportera dans son périple que ses économies et un cahier. Ou va-t-il ? Que cherche-t-il ? Il n'en sait rien. 


Nous le suivrons dans sa traversée d'une Algérie tout juste indépendante _l'histoire se situe entre 1963 et 1965_, au gré de ses nombreuses escales et rencontres plus ou moins heureuses, souvent improbables : asile psychiatrique, hameaux, nain en quête d'affection, chantier d'ouvriers... A chaque fois, l'échange est fastidieux, souvent douloureux pour un Adem en passe de devenir un clochard solitaire et hargneux. Pourtant, il doit parfois se résoudre à accepter l'aide de son prochain. 


Le roman se découpe en deux parties. La première raconte l'errance d'un héros au sort peu enviable : ce n'est pas pour rien que la couverture du livre fait référence à Don Quichotte. Dans la seconde, moins souvent évoquée dans les résumés et critiques, Adem pose ses valises (malgré lui) et révèle son humanité retrouvée, pour le meilleur et pour le pire. 


Difficile de donner mon avis sur Le Sel de tous les oublis car j'ai été extrêmement troublée par pas mal de personnages et de situations qui m'ont donné matière à réfléchir : le nain Mika est aussi généreux que le héros Adem est détestable ; les deux femmes de l'histoire, Dalal et Hadda se font écho et reflètent par leur choix différents la condition des femmes à cette époque.  


Le Sel de tous les oublis parle sans ambages de fragilité psychologique, des handicaps physiques ou induits par la société, les traditions, mais surtout de liberté.  

A lire absolument SI vous avez le cœur bien accroché !

Il a été chaudement recommandé par ma collègue prof d'arts plastiques (=ça veut dire qu'il est bien). J'espère avoir le temps de me le refaire avant de le lui rendre ! 

lundi 5 août 2024

[LECTURE DE VACANCES ] Boy Erased - Garrard Conley (2016)

Le bac, l'entrée à l'université, les désillusions et la découverte d'un nouveau champ des possibles... Mon souvenir de 2004 est celui d'une année bien particulière. Alors forcément, j'ai été assez troublée de constater en lisant Boy Erased qu'elle avait été tout aussi cyclonique pour Garrard Conley, un fils de pasteur américain qui avait le même âge que moi à l'époque, et qui est devenu écrivain, depuis.


Enfant unique d'une famille d'évangéliques baptistes, Garrard a grandi dans la foi et le respect des conventions. "Honorer son père et sa mère" aura été son GPS de vie pendant dix-huit ans, jusqu'à ce qu'il entre à l'université. Loin de sa famille et de sa communauté, il peut enfin prendre un peu de distance avec une religion qui lui pesait inconsciemment, rencontrer des jeunes issus d'autres milieux culturels, et verbaliser son attirance pour les mecs. Manque de pot, sa première expérience va mal tourner et il va se faire violer par un autre étudiant. Ce dernier, chrétien intégriste et surtout déjà coupable d'une agression sur un gosse, va se couvrir en outant Garrard à ses parents.

Le procédé est sordide mais efficace : les parents de Garrard vont tenter de remettre leur enfant dans le droit chemin en l'inscrivant à Love In Action, un centre où il pourra suivre une thérapie de conversion en 15 jours. C'est le déroulement de ce séjour "vers la guérison" que l'auteur nous raconte, ainsi que tous les événements plus ou moins anecdotiques qui l'ont amené là. 

Boy Erased est bien un récit autobiographique, et pas un roman. Même si les faits ont 20 ans, les propos rapportés (et dénoncés) par l'auteur _que ce soit dans la sphère familiale ou parmi les "ex-gays" et les modalités du programme de LIA restent flippants. Pas sûr que beaucoup de choses aient changé, depuis. 

Pour qui n'est pas pratiquant, ce livre est très instructif sur la religion, les façons de la vivre ; on voit bien dans quelle mesure elle peut impacter le quotidien. Il est longuement question du film La passion du Christ sorti au cinéma avec un certain fracas, je me souviens ! 

Enfin, les mémoires de Garrard Conley sont d'une grande justesse _me semble-t-il, dans l'expression des bouleversements internes qu'il a endurés. Entre l'envie sincère de s'intégrer dans une communauté et celle de tracer son propre chemin, pas facile de faire son choix sans ressentir un certain mal-être... 

Mon avis est à prendre avec des pincettes : je me suis beaucoup identifiée au narrateur, notamment dans ses phases de doutes, dans ses troubles _il devient addict à la course à pied, à un moment_, et dans son habileté à mener une "double vie" entre université et famille. 

Je ne sais pas si vous aimerez autant que moi, du coup, mais dans tous les cas, c'est un objet littéraire qui vaut le détour. 

Le livre a été adapté en film, en 2018. Il est sur Netflix. 


Photo : Garrard Conley. Boy erased. Autrement, 2019. 376 p. 978-2-7467-5034-0