mercredi 24 mai 2017
lundi 8 mai 2017
Les Cités des Anciens 6 - Les pillards - Robin Hobb (2012)
Je dois vous dire que j'ai pris le temps de penser à ma gueule dernièrement...
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| Les Chevaliers du Zodiaque, la série abrégée - 1 Allez jeter un oeil ! |
...d'où le petit craquage livresque suivant :
| Les Cités des Anciens 6 - 7 - 8 |
... talonné de près par l'acquisition bien trop impulsive pour être honnête d'une BD de l'auteure féministe Liv Strömquist : Les Sentiments du Prince Charles.
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| Artiste découverte lors du PULP festival, qui s'est tenu fin avril à La Ferme du Buisson (Noisiel) |
Bref, laissons ces jolis cygnes se faire de doux gros yeux sous un ciel d'orage pour retrouver les nouveaux habitants de la Cité Ancienne de Kelsingra, le vaisseau Mataf, et quelques personnages qu'on avait bien failli oublier !
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| Illustration couverture : Sébastien Hayez |
L'histoire
Les craintes d'Alise étaient bien fondées : en apprenant que Leftrin et son équipage ont réussi à mener à bien leur expédition, découvrant au passage la Cité Ancienne de Kelsingra, les Marchands du Désert des Pluies se sentent pousser des ailes. Pourtant, le marin s'est volontairement montré peu explicite : s'il est rentré au pays, c'est seulement pour toucher sa paie et rapporter celle des jeunes gardiens de dragons restés sur place. Pas question de montrer le chemin à qui que ce soit : chacun porte sa croix, et personne ne lui a filé aucun tuyau, à lui. Le Conseil des Marchands refuse toutefois de lui payer son dû, faute de preuves et d'informations détaillées qu'il ne donnera pas : non mais c'est quoi ce chantage ? Il en ressort outré par si peu de confiance à son égard, mais les Anciens Malta et Reyn Khupprus sauront lui apporter la reconnaissance qu'il mérite.
L'accouchement de Malta est mouvementé ; elle perd les eaux au retour du Conseil, avant même d'avoir regagné sa chambre. Etendue entre deux passerelles de lianes suspendues, elle hurle à la mort jusqu'à l'arrivée d'un inconnu chalcédien... qui ne lui vient pas du tout en aide et semble plus intéressé par sa couronne d'écailles que par son état. L'homme la transporte à l'intérieur d'un bordel et la boucle dans une cellule miteuse, où elle accouche pour de bon avant de s'échapper grâce à son audace et à quelques coups de poignard heureux.
L'enfant, déjà très écailleux, est d'une faiblesse inquiétante... même si Malta se réjouit qu'il soit toujours vivant. Si seulement Reyn était auprès d'elle ! Or, son mari est monté à bord du Mataf, où l'on discute déjà d'un départ anticipé...
Leftrin reconnaîtra-t-il ses compagnons de route lorsqu'il reverra la Cité des Anciens ? Rien n'est moins sûr, tant les dragons et leurs gardiens évoluent rapidement dans les airs et les eaux magiques de Kelsingra. Sintara parvient à prendre son envol et à rejoindre l'antre de ses aïeux ; les quelques heures qu'elle y passe suffisent à la transformer et à la renforcer. Thymara et Kanaï passent la nuit la cité et prennent conscience de leur statut d'Ancien, au fur et à mesure que leurs écailles se teintent de couleurs vives. Oui oui, Thymara couche avec Kanaï dans une chambre bien douillette tandis que Tatou crève de jalousie de l'autre côté du ravin, joie totale ! Pourquoi sa copine a-t-elle cédé aux ardeurs ce type perché, alors qu'elle s'est toujours refusée à lui ? Il se le demande, nous aussi, et ... elle aussi, d'ailleurs !!
Bref, c'est son choix, et c'est...
Le retour de l'ex maléfique !
Le dépit du jeune gardien tatoué l'amène à demander des conseils aux gays à Sédric et à Carson, eux qui semblent avoir une vie amoureuse épanouie. Si Carson sait trouver les mots qu'il faut, justes et francs bien que désagréables à entendre pour Tatou, Sédric se rembrunit l'espace de quelques minutes. La jalousie est un sentiment qu'il connaît bien ! Ah, pour ça, il peut remercier ce connard de Hest Finbok et sa tendance à fourrer sa queue partout ! Mais à quoi bon se prendre la tête, l'amant qui l'employait comme secrétaire ne fait plus partie de sa vie, et c'est tant mieux.
Or, seules les montagnes ne se rencontrent jamais. Hest a eu vent du retour de Leftrin, et, poussé par son père tout aussi calculateur et ambitieux que lui, il compte bien embarquer pour prendre d'assaut ces contrées oubliées. Après tout, si Alise fait partie des découvreurs potentiellement bénéficiaires des richesses de la Cité, il peut faire jouer son statut de mari pour racler quelques morceaux de choix ! Entre sa femme qui a noué une relation digne de ce nom avec le capitaine Leftrin et son amant qui roucoule tranquillement entre les bras costauds d'un bear, Finbok risque fort d'être surpris par le bonheur de ses anciens larbins. Les retrouvailles s'annoncent explosives ! Une traversée du fleuve, ça vous change une épouse soumise et un ami docile...
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| BEAR POWER ! |
Des écailles aux écus
Hest ne vient pas juste pour régler ses comptes et s'en foutre plein les poches. Il est aussi à la botte d'un Chalcédien qui l'a chargé de récupérer des écailles de dragons afin de soigner le Duc malade... d'être vieux, ni plus ni moins. Comme nous l'avions déjà compris dans le tome précédent, les majestueux reptiles sont devenus, au regard des hommes, des bêtes parmi d'autres. Leur chair, leurs organes et leur robe sont consommables et monnayables. Or, pour la nouvelle génération d'Anciens, et pour ceux qui ont gardé la mémoire des traditions, le dragon est le "seigneur des trois règnes" et ne peut faire le beurre des hommes. On comprend donc qu'un combat va s'engager entre ceux qui pensent écus et ceux qui brossent les écailles. A noter que l'illustration de couverture de la version poche que j'utilise (J'ai Lu) me paraît coller parfaitement à l'ambiance, puisqu'elle représente une pièce de monnaie frappée d'une tête de dragon, me semble-t-il. Au passage, Selden est toujours aussi mal traité par ses ravisseurs, tandis que sa grande dragonne Tintaglia n'est pas non plus au meilleur de sa forme...
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| CDZ, la série abrégée, toujours l'épisode 1 ! |
Le tome "Les pillards" est un tremplin vers un feu d'artifice imminent de nouvelles aventures pour les nombreux héros des Cités des Anciens. Comme dans Les Aventuriers de la Mer, on sent que tous les personnages sont en route pour converger en un même point... qui sera sans doute un point de non retour pour certains d'entre eux. A suivre, donc !
Robin HOBB. Les Cités des Anciens 6 - Les pillards. 2013, J'ai Lu. Coll. Fantasy. 288 p. ISBN 978-2-290-07037-6
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lundi 1 mai 2017
BASTON !! Le félin, agent secret médiéval : le monstre des Carpates - Arthur Ténor (2005)
Puisque Alise est occupée à soupirer, un gobelet de tisane à la main, en pensant à Leftrin parti faire quelques courses dans le Désert des Pluies, profitons-en pour parler castagne et coups de pute à l'orée du bois.
Au programme aujourd'hui :
Le félin, agent secret médiéval - Le monstre des Carpates
Ce roman pour la jeunesse partiellement illustré et épais d'un peu moins de 200 pages m'est apparu à la veille des vacances dernières, au fond d'une caisse de livres donnés au collège avant mon arrivée. Autant dire que ça date. S'il me restait une once de conscience professionnelle, je ne vous dirais pas que j'avais complètement zappé de cataloguer ces quelques ouvrages ; et pourtant, c'était bien le cas.
Le guerrier armé bien décidé à sortir de la couverture m'a fait rire, tant il représente à lui seul l'idée qu'on se fait des aventures chevaleresques, de même que le titre quelque peu anachronique d'"agent secret médiéval" dont il est affublé _allez, pas la peine de chipoter en disant que le type sur l'image n'est peut-être pas le "félin", qu'il faut lire les premières pages, etc : le héros, c'est forcément lui !
Le prince Vlad, surnommé le Monstre des Carpates par ses ennemis comme par ses alliés, en référence à ses violentes colères, n'est pas content du tout. Au réveil d'une soirée arrosée, il s'aperçoit qu'un marchand de passage l'a dépouillé de son précieux talisman. L'homme en question se nomme Corso ; il venait d'un village d'Auvergne et a du y retourner sans demander son reste peu après son méfait. Vlad se laisse aussitôt conduire en France par sa rage, avec pour seul garde-fou le conseiller Hourlov.
Alors que le prince et ses hommes débarquent avec la ferme intention de déclencher les hostilités et d'embrocher quiconque refusera d'apporter son aide à la recherche du talisman, le chevalier Yvain de Bréa et Dame Isabeau font le tour des échoppes clermontoises en toute quiétude. A travers le regard du jeune écuyer hyperactif Gilles, on apprend qu'Isabeau est la fille du seigneur Hughes de Montbrisac, que son maître _Yvain, dit "le félin" ! n'ose pas trop sauter le pas en la demandant en mariage. Pourtant, cela se fera sûrement et à ce moment-là il espère bien bénéficier d'un droit de cuissage. Non, je vous rassure, ce n'est pas ce qui est dit : il s'agit d'un livre pour enfants, je le répète. Mais Gilles aime Isabeau, et pour lui prouver son dévouement, il part en quête d'un cadeau original à lui offrir. Sur un étal, il dégote un bijou que le marchand lui présente comme étant le "talisman des Carpates". Ah ah, comme de par hasard ! Il l'achète... et se le fait aussitôt dérober par un mendigot ! Le garçon revient vers Yvain et Isabeau les mains vides mais alourdi de sacrées boules ! Il se garde bien de narrer l'intégralité de sa déconvenue, mais comme vous vous en doutez, l'événement n'a rien d'anecdotique !
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| "Qui est partant pour l'aventure ???" |
A quelque temps de la petite embrouille, un émissaire du prince Vlad se présente aux portes du château de Montbrisac, sous les regards surpris et inquiets du Seigneur Hughes et de son fidèle Félin : le souverain a traversé le Saint Empire Germanique pour retrouver un certain Corso...
Le Monstre des Carpates est l'une des nombreuses aventures qui composent la série Le félin : agent secret médiéval. Pas sûre qu'elle soit connue et reconnue à sa juste valeur, de même que son auteur publié sous le nom d'Arthur Ténor, et ma foi, c'est dommage. La professeure documentaliste a peu adhéré à une histoire certes riche en rebondissements, mais dont l'intrigue est vraiment trop tirée par les cheveux à mon goût ; la collégienne aurait peut-être bien aimé, mais se serait perdue en route !
Bref, les élèves feront leur choix.
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| ahah désolée mais ce slogan est tellement chelou ! |
Cependant, les personnages de cette série apportent incontestablement un vent de fraîcheur sur le monde des chevaliers occupés à se taper dessus sous les yeux attendris d'une Dame haut perchée dans sa tourelle : bien sûr, les scènes de combat sont présentes _sinon j'aurais pas mis ce billet dans la catégorie BASTON !!, ah !, le sang coule et on ramasse du cadavre, y compris du côté des gentils. Bien sûr, on retrouve les codes du genre : le preux, le noble daron et sa fille bonne à prendre, le beau château, les manants incultes mais pas si cons, l'ennemi bourrin... sans doute pour mieux les casser !
- Ici, les hommes de l'Est sont plus stratèges qu'ils en ont l'air et donnent même une bonne leçon d'humilité aux Auvergnats en les enfumant comme de gros harengs, lors de leur première confrontation.
- L'histoire ne dit pas si Isabeau donne dans la couture, mais on constate par contre qu'elle ne fuit pas devant le combat, au contraire ; et ce malgré les gémissements de son mec et de son père.
- Yvain, le héros, le malin, _bon ok, il est perspicace et stratège... mais j'ai pas trop vu en quoi il pouvait être qualifié d'"agent secret" ; peut-être ai-je mal lu ? Yvain donc, commet une erreur, se trouve naze et à abandonner ! Le cas est assez rare pour être souligné. Il lui faudra les encouragements de ses proches pour lui remettre le pied à l'étrier.
- Le Félin n'est pas le seul guerrier faillible dans cette aventure : Vlag, le "prince teuton", le "monstre des Carpates" n'est devenu hargneux qu'à la suite d'une peine de coeur _je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler..
Pour un résumé plus neutre et mieux écrit que le mien, rendez-vous ici !
TENOR, Arthur. Le félin, agent secret médiéval - Le monstre des Carpates. Editions Lito, 2005. 176 p. ill. ISBN 2-244-44251-9
AH ET SINON, à part ça....
C'est gratuit...
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| ... et ça le restera toujours ! |
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dimanche 16 avril 2017
MANGA - Sunny Vol.1 - Taiyou Matsumoto (2014)
Après avoir parlé de Negima !, Drôles de racailles et Hero Mask tout récemment, nous nous intéressons aujourd'hui à un manga beaucoup moins explosif mais tout aussi étonnant. Voire plus puissant : allez, ça ne fera de tort à personne que de le reconnaître. Il s'agit du volume 1 de la série Sunny, créée par Taiyou Matsumoto, un artiste bien connu des amateurs de BD japonaises. Sorti au Japon en 2011, le manga est arrivé en France en 2014.
L'histoire
Sunny raconte le quotidien d'un foyer d'accueil pour enfants abandonnés ou retirés à leurs familles pour des causes plus ou moins obscures. Les éducateurs Adachi et Mitsuko font de leur mieux pour élever les pensionnaires et leur apporter sécurité et affection, mais leur tâche n'est pas de tout repos ! Ils doivent composer avec une poignée de filles et de garçons de tous âges dont certains donnent du fil à retordre : Kenji asphyxie tout le monde avec ses cigarettes, tandis que Haruo se donne des airs de petite frappe en cherchant la bagarre et en faisant pleurer les filles. Junsuke est un adepte des jeux bruyants et a tendance à chouraver "tout ce qui brille". Autour de ces trois terreurs gravitent une bande de fillettes bavardes et rieuses, dont Megumu et Kiiko, un chien efflanqué que les enfants promènent à tour de rôle, un homme handicapé mental mais parfait dans son rôle de nounou : Tarô. Le directeur de la structure, joliment nommée Foyer Hoshino Ko, "Les enfants des étoiles", pose un regard bienveillant sur la tribu depuis la chaise longue qu'il ne peut plus quitter.
Pas facile de s'isoler lorsqu'on vit les uns sur les autres. Heureusement, la Sunny jaune est là, garée à côté du foyer, indéboulonnable. "La Sunny", c'est une vieille voiture en panne que les enfants se sont réappropriés pour jouer, rêver, échanger leurs secrets et leurs revues douteuses. Tout le monde a le droit de la squatter, sauf les adultes.
Un jour, un nouveau garçon arrive au foyer. Il s'appelle Sei, il porte de grosses lunettes d'intello et n'a pas vraiment l'intention de s'intégrer, convaincu qu'il ne va faire qu'un passage éclair aux "Enfants des étoiles".
La voiture de tes rêves
Frappée par le jaune rutilant de la carrosserie, l'attention de Sei est tout de suite happée par la Sunny. Junsuke, le petit rouquin cleptomane, lui annonce la couleur : ok, cette voiture ne roule pas, mais lorsqu'on est dedans, on fait ce qu'on veut et on devient qui on veut. Matsumoto nous fait notamment partager les jeux et rêveries de Haruo et de Sei : elles en disent long sur leurs ambitions et leur état d'esprit. Le premier, qui n'est autre que le rebelle aux cheveux blonds dont le visage est représenté sur la couverture du volume, s'imagine en traître agonisant, tout juste bon à nourrir "un coyote". Belle estime de soi ! D'ailleurs, il me fait beaucoup penser au grand blond retardataire et en manque d'affection dans Elephant _ ça faisait longtemps que je n'avais pas eu l'occasion de glisser un clin d'oeil à ce film.
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| Elephant, Gus Van Sant (2003) |
Sei, lui, s'imagine au volant de la Sunny en marche, rentrant à la maison et retrouvant ceux à qui il était attaché : ses parents, son école, son quartier. Il semblerait que le bonheur ultime, ce soit de quitter le foyer. D'autres utilisent la vieille épave pour ruminer leur peine et leur rancœur, comme le font Kenji et sa sœur Asako lorsque le jeune homme revient d'une visite peu concluante chez leur père alcoolique. Dans tous les cas, ce quartier général des enfants hébergés est une passerelle vers un avenir meilleur, où tous seront libérés de tout ce qui les parasite : l'école, les enfants "des maisons", c'est à dire ceux qui ont la chance de vivre auprès des leurs, leurs problèmes familiaux. En gros, tout ce qui leur renvoie en pleine gueule la dure réalité.
En quête de repères
A deux reprises, on perçoit une hostilité réciproque entre les "enfants du foyer", pas toujours copains à la maison mais soudés à l'extérieur, et les "enfants des maisons". Haruo sèche les cours en partie parce qu'il considère que leur contact lui est néfaste, et méprise ses voisins de chambre lorsqu'il les prend en train de sympathiser avec des gosses de l'extérieur. De leur côté, les écoliers et les copains de Kenji se moquent plus ou moins ouvertement des jeunes habitants du foyer : ce sont au mieux des cas sociaux qui puent, au pire des détraqués. Effectivement, les petits squatteurs de la Sunny sont tous un peu perturbés et expriment leur souffrances et leurs traumatismes comme ils le peuvent. Le mangaka, qui ne cache pas la dimension autobiographique de son oeuvre, peint avec beaucoup de réalisme la complexité de ces enfants perdus : Junsuke nie son côté chapardeur et se promène la goutte au nez du matin au soir dans l'indifférence générale, Haruo sniffe de la Nivea parce que ça lui rappelle sa mère, Kiiko se rêve déjà une vie sexuelle et fait croire qu'elle est dans le viseur d'un pervers pour attirer l'attention de ses camarades de classe. Megumu a tendance à déprimer et la vue d'un chat mort va même la plonger dans le désespoir le plus total : si elle mourrait, qui la pleurerait ? Les deux pauvres éducateurs, secondés par l'aînée des pensionnaires, sont parfois largués en dépit de leur bonne volonté.
On est bien loin de l'orphelinat à la Dickens et tant mieux, tiens : ici, le jeune Adachi se fait tutoyer et remballer sans ménagement lorsqu'il essaye d'exercer son autorité sur des jeunes gens sans repères. Les codes, les repères, l'amour d'une famille, voilà ce qui manque aux Enfants des étoiles pour s'intégrer et ne plus être montrés du doigt par leurs pairs. Abandonnés au milieu de l'échiquier de la vie, ils ont tout pour jouer _ils sont nourris, logés, suivis de près, mais leurs vies chaotiques font qu'ils ne connaissent plus les règles du jeu...
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| Image trouvée sur le Tumblr d'un fan de Taiyou Matsumoto http://taiyomatsumoto.tumblr.com/ |
Sunny me réconcilie avec le manga, que j'aborde toujours avec méfiance et auquel j'ai un peu de mal à accrocher, allez savoir pourquoi ! Une fois n'est pas coutume, ce premier volume est un vrai coup de coeur et me touche assez pour que j'aie envie de continuer à lire des aventures de ces enfants, tous aussi tordus et attachants les uns que les autres. Après avoir fait un tour sur ce qui se disait au sujet de cette BD sur la blogosphère, il m'a semblé qu'on critiquait souvent le côté "vieillot" ou "simple" du dessin. Pour le coup, je ne suivrai pas le mouvement ; déjà, sans savoir exactement quand se situe l'action, je dirais qu'elle se déroule au plus tard dans les années 70 - 80, vu les modèles de voitures, les téléphones, les vêtements des personnages. Les illustrations de la couverture et des premières pages arborent des couleurs chaudes, dans des teintes jaunes qui font honneur à la Sunny ; enfants et adultes du foyer sont peints sans prise en compte des codes du manga, certes, mais cela permet de mettre en valeur leurs imperfections pour un plus grand réalisme. Les autres personnages ont des visages plus communs, lisses, durs à différencier, dénués de chevelures "floues" ou blanchies ; pas étonnant, ce sont les "normaux" !
Poignant mais pas larmoyant, cette BD est à mettre dans tous les collèges et lycées !
| On est comme on est ! |
MATSUMOTO, Taiyou. Sunny Vol. 1. Kana, 2014. Coll. "Big Kana". 220 p. ISBN 978-2-5050-6107-6
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Taiyo Matsumoto
samedi 15 avril 2017
Les Cités des Anciens 5 - Les gardiens des souvenirs - Robin Hobb (2012)
Surprise par l'épaisseur réduite du tome 5 des Cités des Anciens - Les gardiens des souvenirs _ 250 pages seulement ! je me suis laissée aller à un craquage livresque en m'équipant sans plus attendre des tomes 6, 7 et 8. Eh oui, quand l'édition française fait du petit bois avec de longs cycles romanesques pour les rentabiliser en vendant plus de volumes, ça donne l'impression d'avoir affaire à une série interminable ! Il y a quelques années, j'aurais pesté contre ce système _d'ailleurs j'ai du le faire dans un billet consacré à L'Assassin Royal, maintenant je suis assez blasée pour dire que chacun voit midi à sa porte.
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| Illustration : Sébastien Hayez |
Où est-ce qu'on en était ?
A l'heure où les dragons et leurs gardiens posent leurs pieds aux abords de la mythique cité de Kelsingra, les peuples des Rivages Maudits se menacent et s'entre-tuent pour la survie du Duc de Chalcède. Ces braves gens n'ont pas bénéficié de l'héritage culturel de leurs ancêtres et, par conséquent, ils ne mesurent pas l'importance des monstres à écailles et des Anciens qui leur sont dévoués. A mi chemin entre l'humain et le dragon, ces formes d'êtres hybrides étaient vénérées jusqu'à leur disparition survenue des siècles plutôt, mais leur réapparition progressive ne leur donne plus droit qu'à un statut de bêtes de foire. Les dragons ne sont pas mieux lotis, puisque à présent les hommes osent les attaquer pour en récupérer les écailles et le foie... Il semblerait qu'un duc malade soit devenu plus important que les nouvelles générations de reptiles sacrée ! Pas de doute, les temps ont changé, et le respect des traditions a du se noyer quelque part dans le Fleuve du Désert des Pluies.
Faute de pouvoir s'y rendre _il faudrait pour ce faire que leurs dragons puissent voler, les gardiens s'installent aux alentours de la Cité ; enfin mis en sécurité, ils peuvent tenter de se projeter dans l'avenir.
Alise reprend ses recherches, même si elle n'a plus vraiment de quoi écrire, tandis que le capitaine Leftrin et le Mataf font machine arrière en direction de Cassaric pour se réapprovisionner en nourriture, vêtements, encre et autres produits de première nécessité. La femme cocue de Hest Finbok refuse de l'accompagner dans son voyage, car elle sait bien que le passage du marin aguerri dans la société des Marchands, même bref, va susciter l'attention des curieux. A son retour, il sera sans doute suivi de vaisseaux pilotés par des requins prêts à tout pour piller la cité sacrée afin de s'en mettre plein les poches. Leftrin prend douloureusement conscience que sa nouvelle compagne a fait passer son travail d'investigation avant leur idylle, mais il respecte son choix.
Sédric et Carson se sont installés dans une maisonnette abandonnée ; ils se réjouissent d'avoir leur propre espace, mais tous deux savent que le Terrilvillien se languit du confort dans lequel il a vécu jusqu'alors. De plus, leurs avis sur l'éducation de leurs dragons respectifs son divergents, même si tous deux tentent de leur faire gagner confiance et autonomie.
Thymara galère toujours autant avec Sintara. La dragonne caractérielle aimerait voler de ses propres ailes, vexée de voir sa gardienne enfourcher la Gringalette de Kanaï pour aller se promener dans la Cité. Or, pour apprendre à voler, il faut s'entraîner et prendre le risque de chuter ! Sintara est beaucoup trop fière et, par crainte du ridicule, elle préfère clamer qu'elle se fout totalement de ne pouvoir passer par dessus le ravin qui sépare le campement de la Cité des Anciens.
Changement de décor
Ce cinquième opus des Cités des Anciens, on quitte le "huis clos" formé par les gardiens, les dragons et l'équipage du Mataf, pour renouer avec des personnages que nous avions perdu de vue depuis le tome 2, voire le 1. A mon avis, Robin Hobb a été bien inspirée de changer le décor au moment où on commençait à tourner en rond et à devenir aussi chèvres que les aventuriers du Fleuve !
D'autant plus que, faute d'action, le lecteur aura son compte de révélations : Hest Finbok se voit menacé dans sa demeure par un sinistre Chalcédien qui le croit de mèche avec Jess, le chasseur mal intentionné qui a fini bouffé par la petite dragonne Relpda. Le gars lui met sa race pour notre plus grand plaisir ; mais ce con de Hest a sûrement plus d'un tour de cochon dans son sac...
On avait quitté Malta Vestrit, (l'Ancienne à la crête érogène ^^) inquiète de n'avoir pas de nouvelles de son frère Selden. Effectivement, le sauveur et chanteur de la majestueuse Tintaglia, cette dragonne d'envergure qui nous avait fait rêver à la fin des Aventuriers de la Mer, est en bien mauvaise posture. Le jeune homme a vu son aspect physique considérablement modifié par sa transformation en Ancien, à tel point que des Chalcédiens l'ont enfermé après l'avoir assimilé à un dragon : s'il a des écailles, c'est qu'il est vendable ! Qui pourra le tirer de sa prison avant que le pire n'arrive ? Tintaglia ? Sûrement pas, elle est bien trop occupée à s'accoupler avec le dragon Glasfeu !
Vivre dans le passé
Le titre "Les gardiens des souvenirs" fait sans nul doute référence à l'attitude du jeune gardien Kanaï, que les lecteurs les plus naïfs ont (presque) cru perdu à tout jamais après la crue du Fleuve. Le garçon en cours de transformation _grâce à la force de son lien avec sa dragonne Gringalette_ se prend déjà pour un Ancien et considère qu'il peut s'appuyer sans crainte sur les pierres de mémoire présentes dans la cité de Kelsingra. Eh oui, on retrouve ici une figure récurrente et passionnante de l'univers de Robin Hobb : la pierre de mémoire. Dans l'Assassin Royal, Fitz le héros avait fait les frais de leurs grands pouvoirs : en effet, elles ont pour particularité de garder les souvenirs de tous ceux qui sont passés à proximité d'elles, avec tellement de précision que celui qui les touche a l'impression de changer de peau et de vivre la vie d'un homme ou d'une femme du passé. Ce serait fun si ce n'était pas dangereux ! car celui qui "se noie dans les souvenirs" en restant trop longtemps au contact de la pierre n'aura plus aucun moyen de réintégrer sa propre vie.
Kanaï abuse de l'usage de la pierre, malgré les avertissements de Leftrin ; s'y appuyer est même devenu son passe temps préféré depuis son arrivée à Kelsingra, et il n'a de cesse d'entraîner Thymara dans sa nouvelle addiction. D'une part, il considère qu'il n'est plus un homme mais un Ancien, et qu'il est donc trop puissant pour être anéanti par des souvenirs ; d'autre part, pourquoi devrait-il s'accrocher à sa vie, qui n'a été que misère pendant des années ? L'ambivalence de Kanaï nous éclabousse la gueule, une fois de plus. Derrière son insouciance de façade, l'Ancien aux écailles rouges semble assez désespéré pour vivre par procuration, pour échanger sa propre existence contre celles d'autres jeunes gens, tellement plus trépidantes ! On le plaindrait presque, s'il ne rassurait pas ses lecteurs avec quelques courbettes humoristiques ou à l'aide de remarques tellement hors sujet que c'en est drôle !
En conclusion, je ne sais pas trop quoi penser du tome 5 des Cités des Anciens, si ce n'est qu'il me tarde de lire la suite : les voyages dans les souvenirs se sont toujours révélés passionnants dans le monde de Fitz et de tous les autres. On oublierait presque que l'histoire n'a pas avancé d'un poil : ce sera sans doute pour le tome 6 ! Un livre qui plaira aux vrais fans, plus que jamais.
HOBB, Robin. Les Cités Des Anciens 5 - Les gardiens des souvenirs. J'ai Lu, 2011. 256 p. ISBN 978-2-290-07036-9
BONUS TRACK
La question à 1 euro : épouillage ou épilation ??
Ce cinquième opus des Cités des Anciens, on quitte le "huis clos" formé par les gardiens, les dragons et l'équipage du Mataf, pour renouer avec des personnages que nous avions perdu de vue depuis le tome 2, voire le 1. A mon avis, Robin Hobb a été bien inspirée de changer le décor au moment où on commençait à tourner en rond et à devenir aussi chèvres que les aventuriers du Fleuve !
D'autant plus que, faute d'action, le lecteur aura son compte de révélations : Hest Finbok se voit menacé dans sa demeure par un sinistre Chalcédien qui le croit de mèche avec Jess, le chasseur mal intentionné qui a fini bouffé par la petite dragonne Relpda. Le gars lui met sa race pour notre plus grand plaisir ; mais ce con de Hest a sûrement plus d'un tour de cochon dans son sac...
On avait quitté Malta Vestrit, (l'Ancienne à la crête érogène ^^) inquiète de n'avoir pas de nouvelles de son frère Selden. Effectivement, le sauveur et chanteur de la majestueuse Tintaglia, cette dragonne d'envergure qui nous avait fait rêver à la fin des Aventuriers de la Mer, est en bien mauvaise posture. Le jeune homme a vu son aspect physique considérablement modifié par sa transformation en Ancien, à tel point que des Chalcédiens l'ont enfermé après l'avoir assimilé à un dragon : s'il a des écailles, c'est qu'il est vendable ! Qui pourra le tirer de sa prison avant que le pire n'arrive ? Tintaglia ? Sûrement pas, elle est bien trop occupée à s'accoupler avec le dragon Glasfeu !
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| "Il ne faut pas déranger un dragon qui lit" Ni des dragons qui se reproduisent ! |
Vivre dans le passé
Le titre "Les gardiens des souvenirs" fait sans nul doute référence à l'attitude du jeune gardien Kanaï, que les lecteurs les plus naïfs ont (presque) cru perdu à tout jamais après la crue du Fleuve. Le garçon en cours de transformation _grâce à la force de son lien avec sa dragonne Gringalette_ se prend déjà pour un Ancien et considère qu'il peut s'appuyer sans crainte sur les pierres de mémoire présentes dans la cité de Kelsingra. Eh oui, on retrouve ici une figure récurrente et passionnante de l'univers de Robin Hobb : la pierre de mémoire. Dans l'Assassin Royal, Fitz le héros avait fait les frais de leurs grands pouvoirs : en effet, elles ont pour particularité de garder les souvenirs de tous ceux qui sont passés à proximité d'elles, avec tellement de précision que celui qui les touche a l'impression de changer de peau et de vivre la vie d'un homme ou d'une femme du passé. Ce serait fun si ce n'était pas dangereux ! car celui qui "se noie dans les souvenirs" en restant trop longtemps au contact de la pierre n'aura plus aucun moyen de réintégrer sa propre vie.
Kanaï abuse de l'usage de la pierre, malgré les avertissements de Leftrin ; s'y appuyer est même devenu son passe temps préféré depuis son arrivée à Kelsingra, et il n'a de cesse d'entraîner Thymara dans sa nouvelle addiction. D'une part, il considère qu'il n'est plus un homme mais un Ancien, et qu'il est donc trop puissant pour être anéanti par des souvenirs ; d'autre part, pourquoi devrait-il s'accrocher à sa vie, qui n'a été que misère pendant des années ? L'ambivalence de Kanaï nous éclabousse la gueule, une fois de plus. Derrière son insouciance de façade, l'Ancien aux écailles rouges semble assez désespéré pour vivre par procuration, pour échanger sa propre existence contre celles d'autres jeunes gens, tellement plus trépidantes ! On le plaindrait presque, s'il ne rassurait pas ses lecteurs avec quelques courbettes humoristiques ou à l'aide de remarques tellement hors sujet que c'en est drôle !
En conclusion, je ne sais pas trop quoi penser du tome 5 des Cités des Anciens, si ce n'est qu'il me tarde de lire la suite : les voyages dans les souvenirs se sont toujours révélés passionnants dans le monde de Fitz et de tous les autres. On oublierait presque que l'histoire n'a pas avancé d'un poil : ce sera sans doute pour le tome 6 ! Un livre qui plaira aux vrais fans, plus que jamais.
HOBB, Robin. Les Cités Des Anciens 5 - Les gardiens des souvenirs. J'ai Lu, 2011. 256 p. ISBN 978-2-290-07036-9
BONUS TRACK
La question à 1 euro : épouillage ou épilation ??
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dimanche 2 avril 2017
Dans la série "j'ai commencé par le 2 sans faire exprès" : Le Carnet de Théo - 2 - Chacun son style - Eléonore Cannone / Sinath (2012)
BOULET !
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| Image trouvée sur http://sofid.franprofits.com, un site pour créer des cartes de fidélité virtuelles (!) Ouais ouais ! |
"Ce ne serait pas la première fois que tu commencerais par le tome 2, voire par le 5 !" Me direz-vous, et je ne pourrai que confirmer en vous renvoyant vers de précédents billets. Mais là, ce n'est pas ma faute !
L'histoire remonte au printemps 2014. En revenant, ma collègue et moi, du Ministère de la Justice où nous nous étions rendues pour récupérer un don d'ouvrages consciencieusement mis à disposition par la Direction de la Protection Judiciaire de la Jeunesse, nous nous sommes empressées d'ouvrir le gros carton pour en extraire les surprises. Découvrir un lot de livres neufs est un moment particulièrement exaltant pour un documentaliste. Même lorsqu'on sait pertinemment ce qu'il contient. Bref, tout ça pour dire que parmi les romans sélectionnés par la DPJJ, nous sommes tombées sur le tome 2 de la trilogie Le Carnet de Théo - Chacun son style. Pas trace du premier volume, tant pis ! Peut-être avait-on considéré que le début des aventures de Théo était figurait déjà sur nos étagères ?
Pour info, voici les titres et les dates de publication des trois volets :
Le Carnet de Théo - 1 - Dans ma bulle (2011)
Le Carnet de Théo - 2 - Chacun son style (2012)
Le Carnet de Théo - 3 - Tous en scène (2013)
Bon rythme ! Bravo à l'auteure Eléonore Cannone et à l'illustratrice Sinath.
L'histoire
Le Carnet de Théo - Chacun son style, c'est avant tout un bel objet d'environ 430 pages bien remplies agrémentées de nombreuses illustrations.
En regardant la couverture quelque peu girly mettant au premier plan l'héroïne et l'un des personnages récurrents de l'oeuvre...
... je n'ai pas pu m'empêcher de penser au couple phare de Lucile, Amour et Rock'n roll. Chacun ses références !
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| Lucile et Mathias, l'homme à la chevelure vanille fraise. |
Théodora alias Théo entre au lycée après avoir passé des vacances catastrophiques : ses parents ont divorcé, son meilleur ami l'a abandonnée en optant pour des études en internat, et son pseudo petit ami ne lui a pas donné signe de vie depuis plusieurs semaines. Pour couronner le tout, son projet de manga est au point mort, faute d'inspiration, d'organisation... Alors, pour tromper l'amertume et l'angoisse qui la guettent, elle décide de reprendre l'écriture de son journal, le fameux "carnet", dans lequel elle notera -et croquera son quotidien tout au long de l'année scolaire.
Le mois de septembre commence en fanfare. Entre la découverte de son nouvel emploi du temps, sa prise de repères au lycée et au sein de la classe, et les portraits au vitriol qu'elle dresse des professeurs et des élèves, Théo nous raconte avec humour ce qui ressemble fort à une rentrée des plus ordinaires... Cependant, au delà des grilles de l'établissement, sa vie se distingue quelque peu de celle de ses pairs : d'une, elle est amie avec un tatoueur japonais du nom de Takeshi, chez qui elle a fugué quelques mois plus tôt, apprend-on au fil des pages. De deux, elle est une artiste mangaka en devenir. De trois, c'est une vraie geek, riche de sa culture des jeux vidéos et des BD japonaises, De quatre, sa mère et elle ont du se replier chez sa grand-mère particulièrement baroudeuse pour son âge, depuis la séparation de ses parents.
Une nuit, Sîn, le rockeur rebelle et libre qui l'a embrassée avant le disparaître lui envoie un drôle de texto. Résistera-t-elle à la tentation de lui répondre ? (non)
Problèmes de riches !
Je sais ! Je me plains tout le temps du côté misérabiliste ou excessivement tragique que portent certains romans pour ados ; je suis toujours en quête d'une brise légère capable de souffler une transition potache entre deux chapitres. Logiquement, je devrais être pleinement satisfaite en lisant Le Carnet de Théo. Eh bien non, même pas ; d'abord, j'ai eu du mal à m'attacher à l'héroïne. Mais de quoi Théo se plaint-elle donc ? Elle a un Ipod, de l'argent de poche avec lequel elle s'achète le matos nécessaire à l'exercice de son art, une famille aimante, et à l'école, ça roule. Du coup, la jeune fille à la coupe design m'est d'abord apparue comme une petite princesse parisienne imbue d'elle-même _ elle se vante à plusieurs reprises d'être une excellente élève_ dont les principaux soucis se résument à savoir quand la femme de ménage va revenir lui cuisiner de bons petits plats, qui a bien pu avoir une meilleure note qu'elle en maths, et comment elle va faire pour ne pas étouffer dans une aussi petite chambre ? Mais qui m'a foutu cette gamine insupportable entre les lignes de ce bouquin ? Harry Potter aussi dormait dans un espace réduit, et sous l'escalier, en plus ! lorsqu'il passait l'été chez les Dursley, et il ne faisait pas tant de manières, lui !!
Par la suite, j'ai laissé de côté mon regard d'adulte dénué d'indulgence pour accorder une nouvelle chance à Théo ; et bien m'en a pris. Au fil des semaines et des mois, la narration des aventures de la lycéenne devient plus profonde, plus consistante. On comprend que, derrière l'ado superficielle se cachent de vraies souffrances : celles causées par le manque d'un meilleur ami parti loin de la capitale, par l'expérience des relations faussées par l'intérêt _sa voisine de classe la colle à longueur de journée pour pouvoir pomper un maximum de devoirs sur elle, par la discorde qu'elle perçoit entre ses parents. Celles causées par la fatalité, aussi. En effet, Théo a perdu son frère alors qu'elle était trop jeune pour comprendre ce qui se passait et elle s'en veut de ne pas se souvenir de cette époque. Bien sûr, elle aimerait savoir ce qui s'est passé, mais le sujet est tabou dans la famille ; il est évident qu'elle ne pourra se sentir complète tant que le secret perdurera. Le silence sera-t-il brisé dans ce deuxième volume de la trilogie ? (oui)
Un bol de culture manga
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| Voire une soupière |
Même si l'obsolescence le menace aujourd'hui _Le Carnet de Théo - 2 est sorti en 2012, autant dire que pour un otaku c'est déjà de l'histoire ancienne, ce journal "nouvelle génération" est un vrai bouillon de culture nippone. On dénombre une petite trentaine de mangas, d'animes et de jeux vidéos auxquels l'artiste en herbe fait allusion au cours de ses "aventures" scolaires, amicales ou sentimentales, souvent pour décrire avec humour une situation ou un autres personnage. Les lecteurs connaisseurs du genre _et j'en connais une poignée au collège _ sauront aussitôt se réapproprier les références et se gausseront jusqu'à ce qu'étouffement s'ensuive. D'autres, comme moi, riront en différé après s'être reporté au "Dico de Théo" qui clôt l'ouvrage. Dans tous les cas, la blague fera mouche, soyez-en sûrs.
Outre sa facilité à faire appel à sa culture manga pour donner encore plus de saveur aux propos de son héroïne, Eleonore Cannone secoue le cocotier du journal intime en mêlant écriture, référence de sons et contenus de textos ; en parallèle, l'illustratrice Sinath apporte sa pierre à l'édifice en parsemant le "carnet" de superbes dessins-échos aux événements relatés ou en nous faisant partager les croquis et projets de Théo. Mettez-moi tout ça en ligne, avec un petit lien hypertexte au bout de chaque référence littéraire ou musicale, et vous aurez un prototype de journal "augmenté".
| Image trouvée sur le site "L'Atelier Canson" D'ailleurs, quelques conseils ici sur le matos du parfait mangaka. |
Vous voulez en savoir un peu plus sur les seinen, les shonen et autres chibi ? Vous voulez apprendre quelques termes techniques ? Vous voulez savoir quels mangas il vaut mieux lire pour ne pas être trop "largué" sur la question ? Lisez Le Carnet de Théo, passez-le au crible, au pire étudiez de près le "Dico" final. Cela devrait vous enlever une belle épine du pied !
Ah, au fait, si vous aussi vous prenez le train en route et que vous commencez la lecture du Carnet par le deuxième volume, pas de panique ! Vous pouvez y aller sans craindre de problème de compréhension majeur _ et ça, c'est bien appréciable !
J'ai très peu parlé de Sinath, et c'est bien dommage car ses oeuvres valent le détour.
Eléonore CANNONE, Sinath. Le Carnet de Théo - 2 - Chacun son style. Rageot, 2012. 432 p. ISBN 978-2-7002-4267-6
vendredi 24 mars 2017
Les Cités des Anciens 4 - La Décrue - Robin Hobb (2011)
On critique, on critique, mais on continue à lire, toujours avec autant d'entrain... Nous voilà déjà au tome 4 des Cités des Anciens, intitulé "La décrue".
L'histoire
Après avoir été emportés et ballottés au fil des eaux tumultueuses du Fleuve, gardiens et dragons retrouvent un semblant de quiétude. Ils ont subi de lourdes pertes et ont du être rapatriés à bord du Mataf ; pourtant, le moral est remonté et la vie a repris le dessus. La vivenef escortée de son armée de dragons de plus en plus forts redémarre au ralenti vers sa destination finale, après un temps de stagnation plus que nécessaire. On ne sait toujours pas si la fameuse cité de Kelsingra existe pour de vrai. On ne sait pas de quoi demain sera fait, d'autant plus que les éléments leur rappellent dans cesse que leur vie ne tient qu'à un fil. Alors on se libère des lourdes valises du passé et on prend le parti de profiter du moment présent. Cependant, et en dépit de leur conscience du danger, tous les protagonistes ont oublié que le vrai boss de l'expédition, c'est Mataf, le bateau vivant... Or, voyager sur une gabare qui refuse d'avancer n'a rien d'une partie de plaisir.
Après avoir été emportés et ballottés au fil des eaux tumultueuses du Fleuve, gardiens et dragons retrouvent un semblant de quiétude. Ils ont subi de lourdes pertes et ont du être rapatriés à bord du Mataf ; pourtant, le moral est remonté et la vie a repris le dessus. La vivenef escortée de son armée de dragons de plus en plus forts redémarre au ralenti vers sa destination finale, après un temps de stagnation plus que nécessaire. On ne sait toujours pas si la fameuse cité de Kelsingra existe pour de vrai. On ne sait pas de quoi demain sera fait, d'autant plus que les éléments leur rappellent dans cesse que leur vie ne tient qu'à un fil. Alors on se libère des lourdes valises du passé et on prend le parti de profiter du moment présent. Cependant, et en dépit de leur conscience du danger, tous les protagonistes ont oublié que le vrai boss de l'expédition, c'est Mataf, le bateau vivant... Or, voyager sur une gabare qui refuse d'avancer n'a rien d'une partie de plaisir.
Passage à l'acte
Mais ce n'st pas si grave au fond, car les plaisirs, on peut les trouver ailleurs (, t'inquiète). Huis clos ? Décompression ? Manque ? Regrets ? Dans la Décrue, tout le monde tire son coup à l'exception de Thymara. Saluons au passage la force de caractère de ce personnage : il n'est pas évident de rester courtois face à tous ces adolescents mâles qui la frôlent de trop près, soucieux de bien lui renvoyer en pleine tronche leur déception d'avoir été éconduits ! Ses sentiments pour Tatou ont beau ne pas être très clairs, elle entend bien rester libre et maîtresse de son corps. Alors que la moche Alise tombe enfin dans les bras et dans les draps du capitaine Leftrin, Thymara reste la dernière des Mohicans féministes des Cités des Anciens. Les secrets bien gardés se mettent à prendre l'eau eux aussi ! Sédric n'en peut plus de sa conscience ; il se résout à informer Alise la nature de sa relation avec Hest ; la nouvelle cogne en plein dans sa fierté de marchande et la patience de son nouveau compagnon ne sera pas de trop pour lui redonner le sourire. Bien que douloureuse, cette révélation était nécessaire car, comme le dit Carson, "on ne peut rien commencer de nouveau tant qu'on n'a pas achevé l'ancien".
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| La blague de beauf du vendredi soir |
Les deux pieds dans le marais
Petit à petit, l'image de Hest s'efface des pensées de Sédric. Le petit secrétaire précieux est d'autant plus motivé pour céder aux avances de Carson qu'il réalise que son ancienne relation relevait plus de la maltraitance que de l'idylle. On pardonnera à Robin Hobb sa tendance à tomber dans les clichés du couple gay _le doux Sédric souffrant sans oser le dire d'être toujours LE passif alors que Hest, le viril, le marié, le patron.. a l'exclusivité du maniement de pinceau. Enfin, passons. Retenons seulement que La Décrue aurait pu avoir pour titre Le Marais tant la communauté y est bien représentée: Hest, Sédric, Carson, Davvie et même le gardien Lecter (qui se tape Davvie, logique). Bientôt un dragon dans la fanfare ?
La gabare Mataf semble se plaire dans cet environnement marécageux _ça tombe bien, où ses gros pieds ne s'empêtrent pas spécialement. Oui, j'ai bien dit ses pieds. A moins que ce détail m'ait échappé dans les tomes précédents, cette fraction de l'histoire fait état, à plusieurs reprises, de cette "spécificité" de l'embarcation. Quand l'envie lui prend d'accélérer un peu la cadence et que l'eau du fleuve n'est pas trop profonde, il sort ses pattes et hop hop hop, tu me vois tu me vois plus ! Fantastique ce Mataf... Si vous aussi la chanson "Maman les p'tits bateaux qui vont sur l'eau ont-ils des jambes" vous a agacé au plus haut point sans que vous n'ayez jamais osé pointer du doigt sa débilité, sachez qu'on est deux. Robin Hobb a du fumer un peu sur ce coup là...
Le livre du changement
Si ça se trouve, c'est en posant des pattes sur Mataf qu'elle a du se dire que ce serait marrant de faire pousser des ailes à Thymara, et de transformer Kanaï en Ancien. Eh oui, on s'en doutait un peu : Kanaï et Gringalette ne sont pas morts, ils ont simplement été emportés plus loin que les autres ; cela leur a fourni l'occasion de découvrir... Kelsingra ! C'est en annonciateur, coloré à l'image de sa dragonne, que le jeune gardien frivole réintègre le groupe. Les autres parias ne sont pas en reste : plus ou moins consciemment, chaque dragon a "déteint" physiquement sur son protecteur en lui donnant de sa couleur ou de ses écailles ; très attaché à Relpda, Sédric a aussi bénéficié de cette évolution, bien que les origines de leur lien soient plus que douteuses. Les créatures rejetées par leurs pairs, quelle qu'en soit la raison, sont en passe de devenir des monstres sacrés qu'on croyait légendaires, aussi bien à Terrilville que dans le Désert des Pluies.
Kelsingra ! Kelsingra !
Si vous n'aimez pas trop lire des scènes de cul, et encore moins les histoires de couples qui se font et se défont sur les lames de ton plafond, faites l'impasse sur ce volume. En quatre mots : Thymara est toujours vierge malgré l'insistance de Tatou, Graffe meurt, rejeté par son dragon, Kanaï revient pour les guider aux portes de la cité. Voilà. Ah, et Mataf a des grosses pattes ; ouais, ça m'a marquée...Vous pouvez donc passer au cinquième volume, qui paraît plus prometteur niveau action puisqu'on s'apprête à visiter la cité légendaire, Alise et son calepin en tête ! Sinon, eh bien vous vous éclaterez à voir les gens s'entre-essorer le cerveau pour savoir qui aime qui, et est-ce bien sage, d'abord ?
A suivre !
HOBB, Robin. Les Cités Des Anciens - La Décrue. Editions France Loisir. Vol. 4, 2011. 400 p. ISBN 978-2-298-05733-1
Si vous n'aimez pas trop lire des scènes de cul, et encore moins les histoires de couples qui se font et se défont sur les lames de ton plafond, faites l'impasse sur ce volume. En quatre mots : Thymara est toujours vierge malgré l'insistance de Tatou, Graffe meurt, rejeté par son dragon, Kanaï revient pour les guider aux portes de la cité. Voilà. Ah, et Mataf a des grosses pattes ; ouais, ça m'a marquée...Vous pouvez donc passer au cinquième volume, qui paraît plus prometteur niveau action puisqu'on s'apprête à visiter la cité légendaire, Alise et son calepin en tête ! Sinon, eh bien vous vous éclaterez à voir les gens s'entre-essorer le cerveau pour savoir qui aime qui, et est-ce bien sage, d'abord ?
A suivre !
HOBB, Robin. Les Cités Des Anciens - La Décrue. Editions France Loisir. Vol. 4, 2011. 400 p. ISBN 978-2-298-05733-1
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