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samedi 3 novembre 2018

Dans la série : un chasseur sachant chasser sans son chien (ou pas) - L'enfant qui chassait la nuit - Wilson Rawls (1961)


Le cours de français touchait à sa fin. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, je crois bien qu'on venait d'étudier un texte vieillot dans lequel une jeune fille présentait sa tourterelle apprivoisée à ses amies. Un camarade avait dû faire une remarque bien sentie sur le sort qu'il aurait réservé à l'oiseau en question s'il s'était aventuré dans son jardin, car M. Dodin avait interrompu sa série d'exercices pour lancer un débat sur la chasse. 

Alors, qui était pour ? Qui était contre ? Une bonne majorité des élèves de la classe étaient issus d'une famille de chasseurs et ne voyaient pas où était le problème. Une bonne majorité avaient également compris que M. Dodin était contre la tuerie réglementée, et n'avaient pas envie de se le mettre à dos pour trois palombes. Le silence devint pesant. 

"Je veux votre avis A VOUS, pas celui de vos parents. L'année prochaine, vous serez en cinquième, ça rigolera plus : il faudra argumenter à chaque fois que vous aurez à répondre à une question.




Guillaume se lança. On le surnommait Mouton parce qu'il était frisé, et on le prenait pour pour le mouton noir de la classe parce qu'il était petit, un peu plus jeune que nous, et qu'il avait cet irrationnel je-ne-sais-quoi propre aux gamins qui se font régulièrement fracasser par leurs pairs sans raison valable, et ce, où qu'ils aillent. Il faut dire qu'il n'avait plus rien à perdre, puisqu'il avait signé son arrêt de mort quelques jours plus tôt en déclarant en plein cours de SVT : "Moi je préfère une bonne ratatouille à une assiette de frites". Comme on pouvait s'y attendre, cet acte de provocation totalement assumé avait entraîné un tollé général, et la lapidation avait été évitée de justesse. 

_ Moi je suis contre ; on ne devrait pas avoir le droit de tuer des animaux qui nous ont rien fait ! 

Stéphanie leva la main ; il était rare qu'elle s'affirme ainsi ses opinions, mais enfin, Mouton essayait de nous apprendre la vie, il fallait bien que quelqu'un aille au charbon pour le remettre à sa place !  

_ La chasse, c'est important : ça nous fait manger ! 

_ Tu parles des hommes préhistoriques ? demanda M. Dodin, espérant l'amener à développer son point de vue. 

_ Non... Mon père et mon oncle, quand ils tuent des faisans, on les mange ! 

_ Ah. Je vois. Mais vous ne vous nourrissez pas que de gibier, j'imagine ; quand la chasse est fermée, vous allez faire des courses, et... 

Pendant ce temps, ma copine Anaïs me racontait sa vie avec une discrétion approximative : 

"Moi, mon père, il a tiré sur le coq à la carabine car on voulait le manger mais on savait pas comment faire. Mais il s'est loupé et il l'a juste blessé. Alors il a ramassé le coq plein de sang et il a regretté d'avoir tiré dessus. Ca l'a fait pleurer. On a dit qu'on allait plutôt le soigner et l'appeler Gustave.

_ Il est blessé où ? 

_ Au cul ! 

_ Mince, ça va être dur à soigner si les tripes ont été touchées. Fais gaffe que les vers ne s'y foutent pas... 

_ Non mais il a l'air d'aller... 

Le gros Franck, qui nous avait expliqué en détails quelques jours plus tôt les joies inégalables de la branlette, s'incrusta :  

_ Un poulet, on le saigne ou on le pend ! On le tire pas au fusil, c'est pas du gibier ! En plus, ça fout des plombs partout ! 

_ Non mais laisse. On le mange plus, finalement. 

_ Ah, tu peux aussi l'égorger avec une hache ! 

_ Non mais c'est les Arabes qui font ça ! On est en France, là ! s'insurgea Anaïs. 

_ Bah quoi, c'est pas mieux qu'au fusil ?"  

Je crois que c'est en entendant "Arabes" et "on est en France" que M. Dodin a demandé le silence complet dans la classe ; après un débat houleux sur la chasse, il n'avait ni l'envie ni le temps de nous reprendre sur des propos racistes qu'on relayait à la pelle sans s'en rendre compte. 

Enseigne HMarket, spéciale dédicace à ma pote de 6ème...

Qui dit vacances scolaires dit passage obligé par la case littérature de jeunesse, parce qu'on est professionnels jusqu'au bout ! Il faut bien reconnaître que ce n'est pas la facette la plus fastidieuse du travail d'un documentaliste. Cela implique cependant de se frotter à des ouvrages et à des thématiques vers lesquels on ne se serait pas naturellement dirigés, parce qu'on ne lit pas purement pour soi mais pour pouvoir conseiller au mieux un certain nombre d'usagers. L'enfant qui chassait la nuit, publié par l'auteur américain Wilson Rawls en 1961, est un exemple de ces romans pour enfants dont je sais d'avance qu'ils vont me saouler : les histoires de chasseurs me rendent mal à l'aise autant qu'elles m'agacent. Quand on a grandi dans une zone où la chasse est un sport, voire un facteur d'intégration pour les hommes, et qu'on a enfin réussi à s'en extirper, on n'a pas envie d'y retomber ne serait-ce que pas le biais d'un livre.  


Ambiance La Petite Maison dans la Prairie. 

Billy vit avec ses parents et ses trois petites sœurs aux fins fonds d'une vallée du Missouri, aux limites de l'Oklahoma et de l'Arkansas ; là-bas, les hommes se contentent de peu et suivent le rythme de la nature : ils cultivent la terre, ils chassent le raton laveur, et de temps en temps, il vont faire des courses en ville. Les parents de Billy en ont un peu marre de la campagne et aimeraient bien que leurs quatre enfants aient accès à l'éducation et se sociabilisent. Dès qu'ils auront assez d'économies, ils s'en iront. Mais pour l'instant, le déménagement n'est pas d'actualité. Comme tous les enfants de son âge, Billy aimerait avoir un chien pour l'aider à attraper les ratons laveurs dans la forêt, d'abord parce qu'il pense qu'il est "né chasseur", mais aussi parce qu'il sait que plus on vend de peaux, plus on est respecté par la communauté. Malheureusement, des chiens de chasse coûtent cher et ses parents ne peuvent lui faire ce cadeau ; en guise de lot de consolation, ils lui offrent des pièges qui lui permettront de braconner tranquille. Billy s'en servira pour attraper ses premières bêtes, et avec l'argent récolté, il finira par se payer lui-même non pas un, mais deux chiens. C'est ainsi qu'il gagne l'admiration de son grand-père, qui tient une épicerie dans la ville la plus proche : le vieil homme blagueur et dynamique lui apportera son soutien et de conseils en matière de stratégie et de dressage canin. Ensemble, ils participeront même à un concours de chasse renommé dans la région. 

Si toi aussi, de loin, tu as cru qu'il tenait autre chose qu'une bêche...

Toutes les nuits, pendant des mois, le jeune Billy va battre la campagne accompagner de ses deux chiens Old Dan et de Little Ann pour talonner, piéger, tuer, dépecer des dizaines de ratons laveurs avec la bénédiction de tous les adultes qui participent à son éducation. Question de culture, dirons-nous... Oh, il va leur arriver quelques mésaventures où le héros se rendra compte qu'il a encore du chemin à parcourir avant d'être un chasseur sachant chasser sans ses chiens !           

Décrit sur le quatrième de couverture de l'édition du Livre de Poche Jeunesse comme "un hymne à la nature", et un peu partout comme un "classique" de la littérature de jeunesse américaine, L'enfant qui chassait la nuit appartient à une époque révolue. Je ne sais pas s'il aurait beaucoup de succès avec les jeunes lecteurs d'aujourd'hui, même en Dordogne ; bien sûr, les passages du livre retraçant les galères de Billy pour trouver de quoi financer son rêve sont touchants ; bien sûr, la relation tissée entre l'apprenti chasseur et ses chiens parlera à ceux qui considèrent les animaux comme leurs égaux. Mais il faut bien reconnaître qu'une bonne partie du roman est consacrée à des courses poursuites de deux chiens très genrés (le mâle Old Dan est "puissant", alors que la "petite" femelle Little Ann est "futée") contre une proie isolée qui, de toute façon, n'a jamais eu aucune chance de s'en sortir ! 

Attention, il s'agit d'une critique personnelle de l'oeuvre ; peut-être que vous, vous retiendrez le parcours hors normes d'un petit paysan fâché avec sa condition de "pauvre" et de "rustre" qui devient un prodige de sa discipline... 

Encore que... Si vous lisez cette histoire, lisez-la bien jusqu'au bout !      

Wilson RAWLS. L'enfant qui chassait la nuit. Le Livre de Poche Jeunesse, 1998. Coll. Mon bel oranger. 352 p. ISBN 2-01-321602-5 

Puisqu'on est dans les histoires de clebs... Corgi ou pain de mie ??

Pour l'anecdote, Anaïs s'est réconciliée avec la viande halal depuis ; elle a deux gosses, les chats égyptiens dont elle rêvait déjà lorsqu'elle avait douze ans, le corps recouvert de tatouages artistiques. Ok, elle n'était pas un modèle de tolérance et d'ouverture d'esprit il y a vingt ans. Ok, c'était même une sale gosse qui n'avait ni la langue ni les poings dans sa poche, qui n'en foutait pas une au collège, et qui traînait volontiers avec les 4° plus susceptibles de réagir à son répertoire de blagues de cul. Exactement la graine d'ortie avec qui vous ne voudriez pas que votre rejeton s'acoquine. Pourtant, elle m'a tellement aidée à grandir _même si elle ne le saura jamais ! et elle est vite devenue mon héroïne ! 

A la surprise générale, elle m'avait prise sous son aile dès le début de l'année, alors que j'étais aux antipodes de ses autres fréquentations. Pourquoi ? Tout le monde se l'est demandé, moi la première, et personne ne l'a jamais vraiment su. Les surveillantes trouvaient notre association particulièrement suspecte et, de temps en temps, un prof me prenait à part et me demandait sans aucun tact si elle ne me forçait pas à faire ses devoirs à sa place. Oh, mon pauvre, mais pour ça il aurait fallu qu'Anaïs se soucie un minimum de ses résultats scolaires ! Or, elle avait bien d'autres préoccupations : son cours de boxe française (parce que la boxe anglaise, "c'est pour les bourrins"), récupérer son album d'Aqua qu'elle prêtait à tout le monde, vérifier que les araignées qu'elle conservait dans son casier ne manquaient de rien, réussir à se glisser en tête de file pendant la vente de chocolatines de 10h, histoire de ne pas se faire sucrer toute récréation... Chacun son sens des priorités ! En outre, elle était prévoyante et organisée pour ce qu'elle voulait : elle avait toujours un stock de pièces pour la machine à boissons ou pour la cabine téléphonique, et devait sans cesse se soustraire aux charognards qui voulaient lui raquer quelques francs _où qui voulaient régler leurs comptes avec elle, car Anaïs avait une tendance à semer la discorde sur son passage, il faut bien le reconnaître. C'est ainsi que nous avons commencé à fréquenter assidûment le CDI, ce temple du silence où personne n'aurais songé à la traquer ! 


dimanche 20 août 2017

Sur le tapis : P.P. Cul-Vert et le mystère du Loch Ness - Jean-Philippe Arrou-Vignod (1998)

Ceux qui me connaissent savent que j'ai installé dans ma chambre un petit tapis de course mécanique sur lequel je ne fais que marcher, mais qui m'est néanmoins d'une grande utilité lorsque je rentre du collège. Histoire de rentabiliser le temps passé dessus et de ne pas rester trop focalisée sur ma douleur _ça tire sur les mollets, l'air de rien, ce truc !, j'ai pris l'habitude de coincer un livre entre le "guidon" et le compteur de calories à l'aide d'une chaussette. A mon sens, c'est l'idéal pour concilier le goût de la lecture au besoin de se défouler. En outre, le guidon peut faire une excellente penderie. Après, chacun sa technique, hein ! 



Bref, tout ça pour dire que tous les comptes-rendus de lecture publiés ici-même ces deux dernières années sont, à quelques exceptions près, le fruit d'une lecture "sur tapis". Pourquoi ne pas ouvrir une catégorie dédiée ? Le premier de la liste sera l'une des aventures de P.P, un personnage incontournable de la littérature jeunesse : P.P. Cul-Vert et le mystère du Loch Ness. 


L'histoire 

Il était dit que rien ne séparerait Mathilde, Rémi et Pierre-Paul, le trio infernal du collège Chateaubriand, pas même les grandes vacances ! Alors que ses deux acolytes coulent des jours paisibles auprès de leurs familles respectives, Pierre-Paul Culbert, alias P.P Cul-Vert, les somme de le rejoindre en Ecosse le plus vite possible. Pour quelle raison ? Bonne question ! Si seulement P.P. pouvait arrêter de semer le mystère partout où il passe ! 

Pourtant, Mathilde et Rémi sautent dans le premier train et prennent la direction de Keays Castle, à deux pas du Loch Ness. Ils ne savent pas encore que le château de l'oncle Archibald de Culbert où P.P passe l'été leur réserve bien des surprises et des frissons. D'angoisse et de froid.




Après quelques embûches et pas mal d'incertitudes, ils arrivent à la gare ; mais sur le quai, pas de trace de P.P ! D'accord, il pleut à torrents et la nuit est tombée, mais il aurait quand même pu se bouger et les accueillir... Rémi et Mathilde sont pris en charge par Cornélia, une gouvernante colossale et mutique qui ne les rassure pas vraiment.

Leur agacement fait place à une franche inquiétude lorsque ils passent leur première nuit sans avoir vu ni entendu leur ami. Lui serait-il arrivé malheur ? Son absence a-t-elle un lien avec les rugissements d'un lion qu'on peut entendre depuis les chambres des "invités" ?

Le lendemain, un Pierre-Paul en kilt et au top de sa forme leur souhaite enfin la bienvenue. Il est prêt à présenter à ses amis sa nouvelle invention géniale : un appareil photo à déclenchement automatique et opérationnel de nuit ! En faisant _enfin ! visiter le domaine à Mathilde et à Rémi, il leur apprend que l'oncle Archibald n'est pas un simple milliardaire excentrique : c'est aussi un naturaliste détenteur d'un parc botanique et animalier impressionnant. D'où la présence de zèbres, de kangourous et de chimpanzés aux abords du château...


Tête de lion rugissant - Delacroix

Cancre aux manettes et amitié vache

Si je vous dis : un binoclard, une petite fille modèle et un bon copain un peu dans l'ombre ? vous me répondrez "Harry Potter" et vous n'aurez pas tort, sauf que la description correspond aussi aux trois personnages principaux de la série Enquête au collège dont P.P. Cul-Vert et le mystère du Loch Ness forme le cinquième épisode.


Imaginez maintenant que ce soit Ron, le "bon copain" (roux), qui vous raconte les aventures de Harry à travers ses yeux de second couteau plein de bonne volonté...

Voilà, vous avez un aperçu de la manière dont peuvent être racontées les aventures de nos apprentis enquêteurs. Rémi prend les rênes de la narration et, usant de la première personne, il devient le "héros" auquel le jeune lecteur s'identifie... avec facilité ! En effet, le personnage est beaucoup plus complexe et crédible qu'il n'y paraît : Rémi se définit comme un "cancre notoire" et ne semble pas avoir une très bonne opinion de lui-même.

"Je ne suis pas jaloux, mais je me sentais aussi insignifiant, au bout de cette table, qu'une crotte de souris"

On soupçonne un léger complexe d'infériorité que ses amis taquins confortent dès qu'ils en ont l'occasion, et sans aucune pitié. Pourtant, il est une sorte d'emblème pour les enfants "du ventre mou" du système scolaire _ car l'oeuvre de Jean-Philippe Arrou-Vignod peut être lue par les nouvelles cohortes de collégiens : ne pas "réussir à l'école" ne veut pas dire qu'on est con et que sa vie est ratée d'avance. Certes, sans Mathilde, la scolaire, la maligne, celle qui regarde les garçons de haut, Rémi aurait sans doute manqué son train pour Keays Castle : là où Harry et Ron traversent allègrement les murs pour rejoindre le quai 9 3/4 qui les conduira à l'école Poudlard, Rémi se plante de voie, se vautre dans les escaliers et renverse les bagages des gens. Mais sans lui, sans sa volonté, son esprit pratique et son sens de l'observation, Mathilde et P.P seraient passés à côté de bien des indices...

Ah, les amis, parlons-en ! Je n'ai pas lu la série, mais dans ce roman, l'auteur transcrit fort bien les rapports qu'entretenaient les préadolescents à la fin des années 1990, et je ne crois pas que les choses aient beaucoup changé depuis, quoiqu'on en dise. Ciao ! les binômes fusionnels à la vie à la mort trop beaux pour être honnêtes !

Ciao - Lucio Dalla


Frodon et Sam peuvent aller se coucher dans leur trou de Hobbits (ne cherchez pas de sens caché dans ces propos), Oksa Pollock n'a plus qu'à "volticaler" où elle veut, Gus Bellanger juché sur ses épaules ! Dans P.P. Cul-Vert et le mystère du Loch Ness, ça vanne toutes les deux minutes bien que ça se dise meilleurs potes... Tout le monde en prend pour son grade : Mathilde, "la fille", se fait régulièrement remballer par ses comparses un poil macho pour son côté précieux et chiant ; P.P, se prend pour un génie, mais aux yeux des deux autres, il est et restera "le gros" à lunettes ; quant à Rémi, on l'aura compris, il a une grosse étiquette de type sans cerveau collée sur son front. Néanmoins, quand les péripéties tournent au vinaigre, les trois enfants savent s'allier et prendre soin les uns des autres. Exactement comme les "vrais enfants" : plus ils se sentent bien ensemble, plus ils se frappent, s'insultent, s'engueulent... J'ai jamais trop compris ce mode de fonctionnement, mais c'est ainsi...


Oksa Pollock 1 - L'inespérée - Anne Plichota ; Cendrine Wolf


En conclusion 

J'appartiens à l'une des premières générations de lecteurs d'Enquête au collège, me semble-t-il, bien que je n'en aie jamais ouvert le moindre tome jusqu'alors. Eh bien, il me semble que ce livre a très bien traversé les époques et que, même si les traits d'humour des personnages sont quand même devenus un poil vieillots, et que leur candeur prête à sourire autant que leurs blagues, il reste intéressant pour les collégiens. Je ne désespère pas d'arriver à le prêter cette année... même s'il sort extraordinairement peu pour un roman qui porte le mot "cul" dans son titre ! A voir...

On appréciera les illustrations de Serge Bloch qui parsèment l'ouvrage pour notre plus grande joie et pour celle des admirateurs de Max et Lili ! Avouez que c'est un peu comme ça que vous imaginiez P.P, vous aussi !


Une lecture rafraîchissante comme on les aime en ce mois d'août, et par tous les temps à l'issue d'une session tapis !


ARROU-VIGNOD, Jean-Philippe. P.P. et le mystère du Loch Ness. Gallimard, 1998. 137 p. ISBN 2-07-051849-3



dimanche 19 juin 2016

Mes Pénélopes - Carol Vanni ; Véronique Decoster (2015)

Opération Masse Critique


En apprenant que j'avais gagné le livre Mes Pénélopes de Carol Vanni et Véronique Decoster, quelques jours après avoir participé à l'opération Masse Critique de Babelio, j'ai forcément pensé à la célèbre compagne d'Ulysse, caractérisée dans L'Odyssée d'Homère par une fidélité à toute épreuve _en particulier celle du temps, et représentée de multiples manières depuis que l'histoire du héros n'en finit plus de faire le tour du monde... A chacun sa manière de percevoir Pénélope ; dans mes premières années, elle avait l'apparence de la belle blonde qu'on voit si peu dans Ulysse 31.  


Avoue tu kiffes mes boucles d'oreilles !

Plus tard, elle a égayé ma trépidante année de sixième, qui n'aurait pas été la même sans l'incontournable lecture d'une adaptation de l'Odyssée d'Homère ; les retrouvailles du héros et de sa femme n'étaient pas seulement le symbole de la sérénité et de l'équilibre retrouvés, ou d'un quelconque autre éloge de la monogamie : elles indiquaient surtout fin du livre ! 



Plus tard, je me suis demandée si cette fille pour qui j'avais tant d'admiration _ environ vingt ans d'abstinence, tout de même, entre la guerre de Troie et le retour du mec à la maison ! n'avait pas quelque peu perdu son temps... Ulysse valait-il la peine de transformer sa vie de reine en salle d'attente, et de supporter le harcèlement sexuel de ses prétendants sans péter un câble ? 

            


Mes Pénélopes est un curieux objet littéraire qui en ravira plus d'un. Il se présente sous la forme d'une succession de textes courts, allant de quelques lignes à trois pages, commençant presque tous par "Je m'appelle Pénélope". A chaque fois, un "Je" différent prend la parole : il est tantôt une petite fille, tantôt une femme âgée, ou encore un nourrisson. Plus surprenant encore, il peut être un homme, une souris, un objet.. Dans tous les cas, une attente interminable est venue coller l'étiquette "Pénélope" sur lui. 

Si le voyage d'Ulysse se conclut idéalement sur un retour au pays et si l'obstination de sa femme est récompensée, les Pénélopes de Carol Vanni ne sont pas toujours si bien loties. Parfois, bien sûr, leur attente se résume simplement à l'impatience d'un enfant pressé d'arriver au bout du voyage, ou au désir d'avoir une réponse à la question "qui voudra bien garder mon hamster pendant les vacances ? ". Mais le plus souvent, Pénélope marche à reculons _ou pas ! vers la mort en passant par des couloirs d'angoisse : une veuve dont le pacemaker ne veut pas s'user, une souris prise au piège.. Elle accepte la fatalité mais peste contre la lenteur avec laquelle le destin se réalise : quand cela va-t-il finir ? La femme d'Ulysse avait au moins l'espoir de son côté, elle ! La chape de plomb qui s'écrase sur les personnages nés de l'imagination de Carol Vanni n'épargne pas ceux de Véronique Decoster, dont les peintures font échos à toutes ces Pénélopes qu'on a prises en photo à un intant "T" de leur vie. 


Ne croyez pas cependant que Mes Pénélopes soit seulement un recueil de textes déprimants à vous faire une belle tête de cafard ; au contraire, vous aurez une joie enfantine à déceler derrière le pseudonyme de Pénélope une figure populaire, un lieu, un objet, et à lire les échos que se renvoient les personnages au fil des pages... Vous découvrirez dans un rire jaune, vers la fin de cet astucieux tissage humain, une réécriture fort originale des années de solitude vécues par la "vraie" Pénélope (_enfin celle d'Ulysse, quoi)... 

Mes Pénélopes vaut le détour si vous aimez les livres qui se lisent aussi vite qu'on mange une crêpe, et si ça ne vous déprime pas de cogiter sur l'absurdité de la vie... 

Merci à Babelio et aux éditions Esperluète pour l'envoi de ce livre, accompagné d'une petite lettre sympa, c'est cool !! 

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VANNI, Carol ; DECOSTER, Véronique. Mes Pénélopes. Espèrluete Editions, 2015. 104 p. ISBN 978-2-35984-062-9

Ma vision de Pénélope (aujourd'hui)