mercredi 31 décembre 2025

Les phrases les plus dures à entendre...

... quand on vient de perdre un proche, liste non exhaustive. 

Depuis la mort de ma sœur, j'ai la chance d'être bien entourée, notamment au travail. Les collègues ont su trouver des mots réconfortants et ont eu des marques d'attention très appréciables. Malheureusement, mes parents ne sont pas aussi bien préservés : vivant dans un petit village, ils ont eu l'impression de devenir soudain des curiosités locales, mi effrayantes, mi fascinantes, d'être "les parents de cette jeune de 34 ans qui est morte, mais si, tu l'as déjà vue". Entre ceux qui manquent de discrétion et ceux qui assument leur voyeurisme, leur quotidien n'a pas été facile, ces derniers mois. Pour ma part, j'ai bien essuyé quelques formules mal senties _mais jamais mal intentionnées, et je vais les écrire ici. Je crains que la liste ne soit mise à jour au fil des mois et des années... 

Le but n'est pas d'afficher les gens, mais de permettre à ceux qui passeraient par là de savoir ce qu'il vaut mieux éviter de dire... Qui sait, ça pourra servir ? Ou pas... Le deuil est un affaire vraiment très personnelle, je m'en rends compte maintenant. Chacun a son propre rythme, sa propre façon d'assimiler le choc ; même les gens qui vivent ensemble n'évoluent pas de manière synchrone. 

Il est possible que certains propos vous fassent même rire, et c'est tant mieux : quand on a l'occasion de se marrer, il ne faut pas s'en priver. C'est pas parce que ça m'a fait grincer des dents que ça doit être pareil pour vous. 

1 - "Je comprends, moi j'ai divorcé deux fois". 

(Ah oui, pour info, toutes les citations sont véridiques.)

WTF ? Non, meuf, tu comprends pas ! Tu n'as pas perdu de frère ou de sœur, et qu'est-ce que tu loges des vieux mecs à la même enseigne qu'une jeune femme morte brutalement ? 


2 - "Je comprends. Moi aussi j'ai perdu des gens que j'aimais. Mon meilleur pote, mon grand-père, mon père et mon chat. Je sais. Et maintenant ta sœur. Je me sens comme le héros du film Highlander, condamné à voir des gens disparaître. Tu l'as vu ce film ? Il est trop bien, je crois qu'on l'a en DVD". 

Alors, en soi, tout n'est pas con dans cette tirade ; ce qui est choquant, c'est qu'elle ait été prononcée par le père de mes neveux, l'homme avec qui ma sœur a vécu 10 ans, en qui elle avait confiance ... et qui s'est curieusement détaché d'elle aux premiers signes de sa maladie. Et ceux qui penseraient "c'est peut-être le choc qui le fout à côté de la plaque, il ne réalise pas...", non non, neuf mois plus tard, je vous confirme que la page est bien tournée, que le livre est refermé et que le chat roupille dessus. 

3 - "Nous, on est croyants. On sait que si elle est partie, c'est parce que Dieu l'a voulu. Ce n'est pas nous qui décidons, c'est Lui".  

Ouais, eh beh nous on n'est pas croyants, donc niquez vous : à mes yeux votre logique n'a aucune valeur. 

4 - "C'était écrit, c'était son destin". 

Non, c'est le destin de personne de se faire tripoter par une instit, de se faire harceler par d'autres gamins puis par le patron d'une biscotterie, de porter deux gosses dans la difficulté, d'avoir un boulot chiant avec des horaires de merde, de choper une maladie chelou et de mourir d'autre chose, seule dans une chambre d'hôpital _sans doute après des erreurs de prise en charge. 


5 - "Elle a eu une belle mort. C'est mieux comme ça, elle aurait souffert de plus en plus." 

Toujours le père des enfants. Avant d'ajouter : "La chimio, ça aurait été compliqué à gérer. Elle aurait vomi tout le temps, elle aurait perdu ses cheveux... Tu ne crois pas que c'est ce qu'elle aurait préféré ?".  

Objectivement, je suppose que l'argument tient la route. Une collègue m'a dit sensiblement la même chose _mais en y mettant beaucoup plus les formes_ quelques temps plus tard, et cela ne m'a pas du tout dérangée : ce n'était pas quelqu'un de l'entourage, c'était compréhensible qu'elle soit pragmatique. 

Cependant, je suis sûre qu'elle aurait aimé pouvoir jouer toutes ses cartes. J'étais à côté de Marine lors de son rendez-vous chez l'oncologue, et je l'ai entendue dire : "Je vais me battre" avec beaucoup de détermination. Elle avait compris que ce serait difficile, mais elle en avait vu d'autres, elle y serait peut-être bien arrivée. Certains gagnent leur combat contre la maladie, d'autres perdent, or ils ont au moins eu l'opportunité de se battre. Même cette faveur-là lui aura été refusée. Parfois le sort s'acharne...


6 - "Tu as l'air fatiguée, tu as mal dormi ? Oui moi c'est pareil, depuis qu'on m'a volé mon portable j'ai des insomnies" 

Euh non, je t'assure que c'est pas du tout la même douleur... Cela dit, pas la peine de faire des comparaisons et des classements sur l'échelle de la souffrance. Chaque problème a son importance. 


7 - "Mais elle est morte de quoi ?" 

Bien sûr, c'est la première question qu'on se pose quand quelqu'un de jeune perd la vie, et c'est tout à fait humain. Mais bordel, n'allez pas coincer une maman dans le rayon lessive d'Intermarché pour assouvir votre curiosité. Un peu de respect ... 


A suivre... 


Plus tard, j'essaierai de faire un article beaucoup mieux construit sur tous ces mots ou toutes ces attentions qui m'ont, au contraire de ceux-là ^^, permis de garder la tête hors de l'eau.

Je ne perds pas de vue que les maladresses ne sont pas condamnables : chacun fait ce qu'il peut, et c'est très bien ainsi. Ce qui m'importe à présent, c'est de ne pas jeter sur ceux qui m'entourent le poids de ma colère et de ma tristesse : ils n'ont aucune responsabilité dans le cataclysme qui me broie. Ils ont le droit d'avoir leurs préoccupations, leurs traumatismes, leurs angoisses, ils ont le droit d'être écoutés eux aussi. Je mets un point d'honneur à ne pas être aigrie en public depuis le mois d'avril, il faut que ça dure...  




mardi 30 décembre 2025

[MASSE CRITIQUE] A la recherche du damier à galons. L'histoire secrète du FC Lorient. Ornella Centineo ; Martin Le Blévec ; Tim Cadic (Studio Makma) ; Hugo James (2025)

Le foot ne m'intéressait pas, avant que j'arrive au lycée. C'est en entrant en seconde que j'ai remarqué que le parcours de l'équipe de France, la D1 et les coupes d'Europe tenaient lieu de facteurs d'intégration. Tout le monde avait l'air de suivre une équipe, même de loin, et les gens se vannaient à coups de blagues de supporters que je ne comprenais pas. Notre prof d'histoire-géo arborait régulièrement des fringues FCGB : est-ce qu'il espérait attirer notre sympathie de cette manière ? on se le demandait parfois ; malgré tous ses efforts pour nous faire avancer dans le programme, on a mis une misère pas possible à ce jeune stagiaire affublé de lunettes fines, d'un gros épi sur le front, et bourré de tics nerveux. Après coup, j'ai compris que c'était juste un vrai supporter, passionné de son club. 

Il fallait que je range d'un côté ou d'un autre pour par être trop larguée, alors j'ai commencé à suivre les matchs des Girondins de Bordeaux, comme la majorité des Périgourdins. 

On était fin 2001 ; un dimanche d'octobre, c'est venu comme ça. J'ai branché sur WitFM mon petit radiocassette tellement stylé et j'ai écouté ce qui se passait. Un devoir à faire parmi tant d'autres. C'était Bordeaux-Metz, au stade Chaban Delmas. Il ne se passait pas grand chose, mais la voix du commentateur (Alain Bauderon ? pas sûre...) rendait la moindre passe spectaculaire. Aux silences du journaliste répondaient les chants des supporters du Virage Sud. Dugarry commençait à s'agacer. Le suspense était insoutenable ; il l'a été encore plus lorsque Pauleta a ouvert le score à la 85ème minute, car cela voulait dire qu'il en restait encore 5, "sans compter le temps additionnel" pour "tenir" le score et empocher les 3 points. Ce qui s'est finalement bien produit. 

A la fin de la retransmission, j'ai noté consciencieusement la date et l'heure du prochain match : la machine était lancée, j'avais hâte de suivre à nouveau "mon" équipe de guerriers. Il ne s'agissait même plus d'avoir la satisfaction de comprendre de quoi parleraient les autres le lendemain ; l'intérêt était véritable. 

Il ne s'est jamais vraiment éteint, depuis. Bien sûr, la phase groupie est derrière moi, et ça fait longtemps que je ne découpe plus les unes de Sud-Ouest Dimanche et le cahier sport du lundi pour tapisser les murs de ma chambre. Mais dès que j'en ai l'occasion, je regarde les matchs de N2 des Girondins, ou j'écoute Julien Bée les commenter à la radio, avec la certitude qu'un jour l'équipe bordelaise retrouverai l'élite ! 


Merci à Babelio et aux Editions Ouest France pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération Masse Critique.  


A la recherche du damier à galons. L'histoire secrète du FC Lorient. 

Studio Makma - Ornella Centineo 

Editions Ouest France, 2025 




Connaissez-vous le stade du Moustoir ? Savez-vous qui sont les Merlus ? Est-ce que vous vous souvenez du dernier match de Baki ? Etiez-vous dans les tribunes ou devant la télé lors de la finale de la Coupe de France de foot, en mai 2002 ? 

Si vous répondez par la négative à toutes ces questions, ce n'est pas grave : il vous suffira d'ouvrir la bande dessinée A la recherche du damier à galons et de suivre Victor, le héros, dans ses aventures spatio-temporelles pour tout comprendre. Et si, au contraire, vous avez tout de suite vu où je voulais en venir : bravo, ça veut dire que vous en savez déjà beaucoup sur le FC Lorient, que vous y êtes sans doute assez attaché..  Cette même BD va vous rendre incollable sur l'histoire du club _mais aussi nostalgique, probablement.

En 2026, le Football Club de Lorient célèbrera ses cent ans. A cette occasion, le studio Makma et la dessinatrice Ornella Centineo viennent de sortir un roman graphique pour rendre hommage aux figures emblématiques du club et à des lieux incontournables de la ville de Lorient _dont l'histoire s'entremêle avec celle des Merlus. 

Le défi était de taille : rendre compte de tout un siècle riche en rebondissements, faire la part belle aux fondateurs de l'équipe bretonne comme à ses piliers actuels, sous forme de BD one shot, pour tous publics, novices comme fans absolus... pas simple ! Mais les scénaristes ont vraiment bien mené leur barque. 

Les premières planches nous présentent donc Victor, un jeune supporter des Merlus venu encourager son équipe pour le premier match de cette saison 2025/2026. L'ambiance est bonne, mais il se sent triste : on comprend qu'il vient de perdre sa grand-mère, elle-même fervente supportrice. 

Dans un coffre que Mamie Suzanne lui a légué en guise de trésor familial, il découvre des documents d'archives qui lui laissent entendre que le légendaire "damier à galons", tout premier maillot de l'équipe lorientaise, existerait bel et bien, et qu'il serait caché quelque part dans la ville... 

Soudainement obsédé par le tricot collector, Victor décide de mener l'enquête, d'abord dans les locaux du FCL, puis dans l'immeuble où était situé le siège du club, autrefois.. Là-bas, il va mettre les pieds dans un étrange ascenseur capable de lui faire remonter le temps. Successivement, le jeune supporter va revivre les premiers matchs en D1, l'annonce officielle de la naissance du club par Caroline Cuissard, la "mère" de la Marée Sportive puis du FCL, le nouveau départ en DRH, le rôle de certains joueurs pendant la Seconde guerre mondiale.. et bien d'autres temps forts.

Bien sûr, chaque étape est blindée de clins d'œil qui raviront les fans des Merlus ; pour les autres, pas de panique : un petit dossier documentaire en fin d'ouvrage vous explique tout, point par point. 

A la recherche du damier à galons touche la corde sensible de tous les supporters, pas seulement ceux du FC Lorient, pas seulement les amateurs de football : après tout, chaque club sportif a son lot d'histoires de famille, d'anecdotes, d'évènements marquants... La "transmission" de l'engagement pour une équipe à travers les générations est vraiment bien décrite ; elle nous rappelle que derrière les vitrines, les joueurs professionnels et les sponsors, ce sont aussi les anonymes _spectateurs ou personnalités oubliées_ qui tiennent la barraque. 

On notera qu'on apprend beaucoup de choses sur la ville, son évolution, sa reconstruction, indépendamment des questions footballistiques ; on sent que cette BD est bien documentée. 

Une bien belle découverte, donc ! J'avoue avoir été parfois dépassée _surtout au début, par la touche fantastique et par tous ces voyages dans le temps qui s'enchaînent... mais on se prend vite au jeu. 



vendredi 26 décembre 2025

[MANGAS] Les deux Van Gogh - Hozumi (2012) / Bride Stories - 1 - Kaoru Mori (2011) / Les aventures de Maria Mantegazza - 1 - Femme pilote - Seiho Takizawa (2024)

Par moments, j'ai l'impression d'être une toupie lancée à toute vitesse, incapable de s'arrêter, sans garde-fous, sans aucune prise sur rien. Bientôt neuf mois sans Marine, le choc reste insurmontable. Fuir permet de tenir le coup provisoirement. S'enfermer dans un univers où on peut se donner l'impression qu'il ne s'est rien passé... ça reste une béquille comme une autre, ni plus ni moins. Mais ça ne résout pas le problème, et un jour il faudra bien faire face, se casser les dents sur la réalité. Je refuse d'y penser pour l'instant, c'est trop dangereux. J'ai hâte que les fêtes se terminent, et en même temps cela ne me tente pas d'attaquer une nouvelle année sans ma sœur. 


Les Deux Van Gogh
Hozumi 
Glénat, 2015 

Photo : site de Glénat


On aurait tellement envie de croire à cette "biographie fictive" _ mais peut-être pas tant que ça, qui sait ?... de la vie de Théo et Vincent Van Gogh ! 

Vincent Van Gogh et son frère Théo sont aussi différents que complémentaires : le premier est un artiste talentueux, présenté ici comme rêveur et candide, le second est un marchand d'art audacieux, déterminé et fin connaisseur. Mais Théo est avant tout le premier fan de Vincent ; il s'est donné comme mission de lui permettre de développer son art, d'en vivre et de faire reconnaître son génie.

Nous voilà donc plongés dans le Paris du XIX°siècle, entre les galeries d'art, les cercles hermétiques de peintres qui se revendiquent de courants bien précis, et une population qui ne demande qu'à se sentir concernée. Théo travaille pour son oncle à la galerie Goupil et Cie, et il a grande envie de donner un coup de pied dans la fourmilière, histoire de décloisonner tout ça. L'arrivée de ce jeune premier très sûr de lui ne plaît pas à tout le monde : Toulouse-Lautrec et Gérôme ne tardent pas à lui voler dans les plumes. Tandis que Van Gogh s'impose peu à peu parmi ses pairs, un mystérieux clochard arrive à Paris... 

Hozumi prend le parti de faire de Théo Van Gogh le personnage principal de son manga. Ce point de vue a du sens : après tout, dans la réalité, il s'est avéré que Théo gérait son frère matériellement et humainement. Sans lui, rien n'aurait été possible, en fait. C'est pas dommage qu'on en parle, même de façon romancée. 

Mais Les Deux Van Gogh, c'est avant tout l'histoire de deux frères que tout opposait, et qui avaient réussi à se construire l'un par rapport à l'autre sans jamais cesser d'être unis, sans jamais se laisser corrompre par la rivalité. C'est beau à lire. Le hasard a voulu que je tombe sur ce manga seulement quelques jours avant la mort de Marine. 

Récompensé au Prix Mangawa en 2016. 

Ca passe au CDI (collège et lycée), en précisant bien qu'il s'agit d'une œuvre de fiction. 



Bride Stories - 1

Kaoru Mori 

Ki-Oon, 2011

Photo : site de la Fnac

On aborde le thème du mariage arrangé avec ce premier tome du manga Bride Stories ! 

L'histoire débute dans un petit village situé près de la mer Caspienne, en Asie Centrale, au XIX°siècle. On vient d'y célébrer le mariage d'Amir, 20 ans, et du petit Karluk, 12 ans. Le dépaysement est total pour la jeune mariée, qui a dû quitter sa famille pour une autre : même si petits et grands l'accueillent à bras ouverts, leurs coutumes sont bien différentes des siennes. Pourtant, grâce à sa bonne humeur constante _et à ses multiples talents d'archère, de brodeuse, d'artiste... Amir ne tarde pas à s'intégrer et à se faire aimer de tous ; elle arrive même à donner le change efficacement avec Karluk, forcément intimidé par cette épouse avec qui il ne peut pas partager grand chose, à première vue. 

Alors qu'elle commence à s'habituer à sa nouvelle vie, Amir se reprend en pleine face son statut de monnaie d'échange : les hommes de son clan d'origine refont surface afin de la récupérer. Ils souhaitent rompre le mariage arrangé avec Karluk afin de pouvoir l'offrir à un autre homme, plus puissant et mieux pourvu en terres. 

Mais le père de Karluk ne l'entend pas de cette oreille ; d'autant qu'Amir se plait bien dans sa nouvelle famille. 

Depuis toutes ces années à entendre parler de Bride Stories _c'est ma tutrice de stage qui a été la première à me le conseiller, autant dire que ça date_, j'ai eu le temps de me faire des représentations sur ce manga, que j'imaginais beaucoup plus triste et déprimant qu'il ne l'est en réalité. C'est assez troublant de voir que le sort d'Amir et de Karluk ne suscite aucun mouvement de contestation chez les principaux concernés, tant la tradition est ancrée dans le quotidien : c'est comme ça, on s'adapte. Mais on s'imprègne rapidement du contexte d'époque et se laisse porter par la ribambelle des petits frères et sœurs de Karluk, toujours prêts à faire des conneries (et souvent pertinents dans leurs remarques). Le dessin est d'une grande finesse, c'est de la dentelle en manga ! 

Lecture à suivre... 


Les aventures de Maria Mantegazza - 1 - Femme pilote

Seiho Takizawa 

Paquet, 2024 - "Cockpit collection"

Photo : site de la Fnac

A bord de son avion De Haviland DH.9A, Maria Mantegazza vole à travers le monde pour remplir les missions que son patron lui confie (livraisons, transports de personnes..). On est au début des années 1920 : à cette époque, l'aviation de commerce se développe doucement, et les femmes pilotes ne sont pas nombreuses. 

La Première guerre mondiale a laissé derrière elle son lot de tensions et d'intrigues ; aussi Maria se trouve-t-elle souvent mêlée à différentes histoires d'espionnage, de vols et de trafics d'armes, de chamailleries entre vrais-faux héros de guerre... 

Cependant, elle prend bien garde de toujours rester à distance, car ses motivations sont ailleurs : Maria a pour objectifs de 1) retrouver son père, un membre des services secrets britannique disparu sans laisser de trace, et 2) voler, tout simplement voler à sa guise. 

Cette position de "spectatrice", indifférente aux problèmes de son temps, m'a empêchée de vraiment adorer ce 1er tome des Aventures de Maria Mantegazza, qui est par ailleurs original et très intéressant à bien des égards : il se situe dans les années 1920, une période peu couramment évoquée en BD (me semble-t-il), aborde le domaine de l'aviation _rare aussi, et met en scène une héroïne jeune et indépendante... mais qui ne semble vivre que pour et à travers un daron mis sur un piédestal.. 

Maria n'est pas la pilote féministe-vénère que je m'étais figurée, avant de commencer la lecture ; cela dit, elle n'est pas non plus du genre à se laisser marcher sur les pieds lorsqu'elle entend une remarque misogyne. Elle réagit comme une femme pouvait le faire à l'époque, en fait. 

Autre point très positif, le dessin de l'aviatrice n'est pas hyper-sexualisé (je m'attendais au pire quand elle a commencé à se fighter à poil au bout de 15 pages, mais ça va, c'était un épisode isolé). 

1er tome d'une série de 8 (pour un manga c'est pas si pire !) que je suis curieuse de lire.  


samedi 20 décembre 2025

[HAUT LES COEURS, BORDEL !] La sélection CM2 - 6ème du Prix des Incorruptibles 2025 - 2026

{ARTICLE EN CONSTRUCTION}

Après le franc succès de l'année passée, tant pour les écoliers que pour les collégiens, nous allons reconduire notre participation au Prix des Incorruptibles. L'avantage de la sélection CM2/6ème, c'est qu'on peut s'en servir pour organiser un projet de lecture dans le cadre de la liaison école - collège. Encore faut-il que les équipes ne bougent pas trop de part et d'autre, que les collègues arrivent à se mettre d'accord entre eux et qu'il n'y ait pas de principale adjointe qui approuve toutes les demandes de participation avant de commander un nombre largement insuffisant d'exemplaires... dans le dos de la gestionnaire... 

Nous voilà donc repartis -ou presque... à la découverte de six oeuvres de littérature jeunesse aux univers éclectiques ; cette année, nos élèves auront à faire à deux albums et six romans. Attention, l'heure n'est pas à la rigolade : on va parler deuil, histoires de famille, Shoah, handicap... Seul l'un des six titres, estampillé humour, viendra alléger l'atmosphère. 


On ne dit pas sayonara (2023)

Antonio Carmona 


Lorsque la mère d'Elise est morte, son père a mis en place tout un tas de règles visant à ne laisser aucune place au souvenir de la défunte : ne pas poser de questions sur elle, éradiquer du quotidien tout ce qui est lié de près ou de loin au Japon _son pays d'origine, et surtout ne pas entrer dans "la chambre au piano". Voilà quatre ans que ça dure : Elise n'a jamais osé enfreindre ces règles, craignant de voir son père en proie à la colère, comme à chaque fois que la tristesse le submerge. Mais aujourd'hui, elle a douze ans et elle perçoit qu'il lui faut sortir de ce carcan ; son ras-le-bol sourd et son sentiment d'incomplétude vont se téléscoper à deux temps forts de sa vie : la rencontre de Stella, une amie aussi fiable qu'excentrique, et la visite imprévue de Sonoka, la grand-mère maternelle d'Elise. 

Plus qu'un roman "sur le deuil" _ce qu'on pourrait croire au premier abord, On ne dit pas Sayonara est une quête d'identité sur fond de puzzles aux pièces manquantes, une ode à l'amitié entre deux épisodes de Naruto, une histoire d'émancipation _sans crise et sans fracas, tout en douceur.

Une collègue prof de français m'avait gentiment proposé de me prêter ce livre, mais j'avais décliné, de peur de m'y plonger vu le résumé... Maintenant, je comprends mieux pourquoi elle me l'a conseillé ! Il est vraiment chouette, et pas dénué de passages drôles. Le choix de la narration à la première personne et d'un enchainement de chapitres courts donnent à ce roman un côté "journal" très crédible. 


Vis ma vie de chien 

Lenia Major

Poulpe Fictions, 2023 


King Kardachien est un jeune bull-terrier choyé par ses maîtres, les riches et célèbres Bigmoney. Il a tout pour être heureux : une grande maison, un jardin et une piscine pour terrains de jeux, un staff d'humains dévoués à son bien-être, un cuisinier personnel... Mais la solitude et le besoin de liberté lui pèsent : saura-t-il un jour à quoi ressemble la "vraie vie", là-bas, derrière la clôture sécurisée et des caméras de vidéosurveillance ? Rien n'est moins sûr, car il est quasi impossible de s'échapper de chez les Bigmoney. 

Heureusement, son amie la perruche Gigi a plus d'un tour dans son sac. Elle sait que dans le quartier, King a un sosie : le bull-terrier de combat Tyson. Il suffirait d'intervertir les deux chiens le temps d'une journée pour que l'un puisse satisfaire sa curiosité pendant que l'autre fait illusion _et passe un peu de bon temps, par la même occasion. 

Une fois le transfert effectué, Gigi et sa comparse Fabiola _une autre perruche_ vont rapidement perdre le contrôle de la situation, King et Tyson n'ayant en commun que leur apparence physique ! King n'a aucun code et aucune conscience du danger ; par un malheureux concours de circonstances, il va découvrir l'univers impitoyable de la fourrière et des combats de chiens.   

Avis : 

De ce que j'en ai vu jusqu'à présent Vis ma vie de chien est LE roman détente / humoristique de la sélection CM2-6° du Prix des Incorruptibles _qui est de grande qualité cette année encore, mais qui n'est pas très rigolote, on va pas se mentir. 

Je ne peux dire que du bien d'un livre où les volailles tiennent les ficelles ! Les deux bull-terriers sont attachants à leur manière et font tous deux réfléchir aux différentes formes de maltraitance animale _ou au contraire, aux attitudes qui peuvent influer positivement sur le comportement d'une bête. Les illustrations d'Olivier Pelletier collent parfaitement au texte et seront des points d'appui importants pour les jeunes lecteurs de ce roman. 

Assez facile d'accès (dès 8-9 ans, je dirais), l'histoire qui donnera envie aux plus anciens de relire Le Prince et le Pauvre,ou de voir le film ! 


La tête dans le guidon 

Pascal Ruter - Illustrations de Sébastien Pelon

(2024)

Didier Jeunesse, "Mon marque-page +" (tiens c'est marrant comme nom de collection !)




C'est le début de l'été et des vacances pour Lino, 10 ans ; ses parents ne savent pas quoi en faire, trop occupés par leur travail à la mercerie. Comme la perspective des habituels deux mois au centre aéré semble particulièrement lui déplaire, la décision est prise de l'envoyer séjourner quelques temps chez Ulysse, son grand-père.  

Bien sûr, Ulysse est ravi d'accueillir Lino, qu'il n'a pas vu depuis des années ; mais le vieux passionné de cyclisme est bien surpris d'apprendre que son petit fils ne sait pas encore faire de vélo. Il décide de lui apprendre les bases. Les débuts sont difficiles pour l'enfant, maladroit et pas très sportif. Mais il s'accroche et se prend au jeu. D'autant qu'Ulysse est bien entouré de ses amis, Fatou et M. Mouakassa. 

Ces vacances vont être déterminantes pour Lino, qui va enfin pouvoir se libérer de ses craintes et des questions qu'il se pose sur sa famille, mais aussi pour Ulysse, qui aimerait parfois remonter le temps. 

Avis 

Un roman jeunesse facile à lire et plein de bons sentiments ; l'idée d'avoir mis en scène des personnages au parcours personnel compliqué (ce sont des migrants, en l'occurrence) permet de relativiser les problèmes du héros, de le sensibiliser à la dure réalité, et le pousse à se dépasser. Il est aussi question de communication intra-familiale : c'est toujours bon à prendre. 

Petit bémol : passer de "j'apprends à tenir sur un vélo sans tomber" à "je grimpe le Mont Ventoux à l'aise grâce à mon énorme détermination, tandis que les cyclistes chevronnés tombent comme des mouches" en l'espace de quelques jours, c'est quand même très capillotracté  _ même les jeunes lecteurs ne s'y tromperont pas.

Mais en vrai, c'est un livre très sympa ; et qui parle de vélo, ce qui est plutôt rare. Au CDI, on n'en a pas d'autres, à part Un sprint pour Marie qui a un peu vieilli...