Affichage des articles dont le libellé est Première Guerre Mondiale. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Première Guerre Mondiale. Afficher tous les articles

vendredi 24 avril 2026

[ROMAN] Frère d'âme. David Diop (2018)

Je n'avais pas encore réussi à consulter la copie du "dossier médical intégral" de Marine, celle qui ne pouvait être obtenue que via le médecin traitant, soi-disant. 

Le courage me manquait.

Je profite de quelques jours de congés pour m'y plonger.

C'est une blague... 

Il ne contient que des lettres déjà envoyées au médecin, suivant la procédure habituelle : quand on consulte un spécialiste, ou quand on est hospitalisé, une lettre est envoyée d'office au généraliste. 

Ces lettres,  j'y ai déjà accès : Marine les avait reçues aussi, et rangées soigneusement de son vivant.

J'en déduis que le doc n'a rien demandé à l'hôpital, et qu'il a juste imprimé ou photocopié ce qu'il avait déjà dans son dossier, et qui concernait ma sœur, de près ou de loin. Zéro résultat de prise de sang. Rien sur le suivi d'oncologie. Rien sur les passages par le SAMU.

Il se fout vraiment de notre gueule.


Frère d'âme 

David Diop 

Seuil, 2018 


Première guerre mondiale, en France. Alfa et Mademba sont deux tirailleurs sénégalais perdus dans l'horreur des tranchées ; ils viennent du même village, se connaissent depuis toujours, et se disent "plus que frères". Aussi, quand Mademba est mortellement blessé par l'attaque sournoise d'un ennemi, Alfa sombre doucement mais sûrement dans la folie : il vengera son ami, faute d'avoir eu le cran de l'achever lorsqu'il le lui a demandé. 

Inquiet et effrayé de le voir régulièrement revenir du combat avec la main tranchée d'un allemand en guise de trophée, le capitaine Armand préfère renvoyer Alfa "à l'Arrière", le temps qu'il "se repose" _et qu'il se fasse soigner. Loin du champ de bataille, le Dr François va l'amener à raconter sa vie d'avant la guerre, avec son lot de bons moments et de peines. 

Ici, la guerre est vue de l'intérieur ; elle est racontée par un jeune homme qui découvre le vaste monde de la pire des manières. Le vocabulaire est simple, souvent cru, toujours très imagé... Les phrases se répètent, au rythme du traumatisme qui tourne en boucle dans la tête d'Alfa, et au fil de ses questions existentielles : qu'y a-t-il derrière les sourires et les yeux des autres ? Serait-il vraiment le "sorcier", le "dévoreur d'âmes" qu'on le soupçonne d'être ? 

Un roman troublant, surtout dans les derniers chapitres qui peuvent être interprétés différemment d'un lecteur à l'autre _et causer un certain malaise. Il montre que la guerre peut tuer de bien des façons.  

Prix Goncourt des lycéens 2018. 

A partir de 16 ans, mais il me paraît accessible pour des 3ème (d'autant que ça correspond à leur programme d'histoire)


samedi 25 juillet 2009

L'adieu aux armes - Hemingway (1929)

Pendant la Première Guerre Mondiale, Henry, jeune médecin américain, s'engage volontairement dans le secteur médical de l'armée italienne. Il devient officier à Gorizia.



L'histoire commence pendant une période plutôt « calme » mais indécise d'une guerre que personne ne craint vraiment, qui n'en est encore qu'à ses débuts et qui paraît si lointaine qu'on pense qu'elle va finir avant même d'avoir commencé... A moins qu'elle s'éternise et que les armées végètent pendant des années. Toujours est-il qu'Henry et les infirmiers sous ses ordres sont tenus à l'écart du danger, confinés dans leur caserne, ne sortant que pour de menues responsabilités, leur temps libre réparti entre vin et nuits passées auprès des prostituées.

Accompagné d'un ami, Henry rencontre Catherine, une infirmière anglaise avec laquelle il sympathise. C'est un personnage assez étrange, contradictoire, à la fois responsable et folle, mettant tout en oeuvre accrocher le regard du médecin américain, le repoussant aussitôt lorsqu'elle y parvient, voulant lui signifier par là qu'elle accepte ses avances, manifestant à chaque réplique un irrépressible besoin d'amour, quitte à paraître un peu collante ou nunuche. Un peu la Nadja de Breton, mais en moins pire quand même ^^. Cela semble lui convenir tout à fait, à Henry ; du reste, on n'en sait rien. Il me semble qu'une des particularités des personnages d'Hemingway est de paraître un peu amorphes, indifférents à tout, pas vraiment héroïques, pas mauvais non plus, juste « humains » par leur imperfection, voire un peu débiles quand il leur prend l'envie de répéter plusieurs fois la même chose. Henry fera tout pour Catherine, il se jure de se mettre en quatre pour elle une fois qu'elle sera à ses côtés, d'accord, mais ce sera à condition qu'il sauve sa propre tête. Pendant les combats, c'est bel et bien à lui qu'il pense, pas la peine de se voiler la face avec du faux sentimentalisme à la gomme. Ni du patriotisme. Chaque chose en son temps, et chacun pour soi.

Evidemment, l'histoire pourrait finir comme ça, ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants, mais ce serait oublier que l'Adieu aux armes est quand même un roman de guerre. Les combats commencent, et au cours d'un déplacement apparemment sans danger, Henry est assez gravement blessé au genou. Il est transféré à l'hôpital de Milan où, surprise, comme de par hasard, Catherine s'est arrangée pour être infirmière et tient absolument à prendre en charge le service de nuit ^^ . Evidemment, leur relation ne passe pas inaperçue et est assez mal vue des autres infirmières, en particulier de la directrice, à qui l'on attribuera la palme de meilleure rombière acariâtre du récit, et qui poussera le vice jusqu'à accuser le médecin blesser de «simuler» quelque peu sa blessure pour échapper au combat; le tout en étant consciente que les blessures volontaires aboutissent souvent à une condamnation à mort. 

C'est encore convalescent et la mort dans l'âme que Henry reprend ses fonctions, ayant à peine le temps de promettre un futur mariage à Catherine, qui lui annonce qu'elle est enceinte. Il n'aura plus qu'une idée en tête, déserter dès que possible, récupérer sa fiancée et passer en Suisse pour commencer une nouvelle vie.

C'était plutôt osé de construire un roman à la fois avec des récits de combats et une histoire sentimentale, sans que l'un prédomine sur l'autre. Les deux intrigues se tiennent très bien et s'entremêlent sans tomber dans la description de cadavres sanglants permanente, ou dans l'épopée fleur bleue. De toute façon ni l'un ni l'autre n'intéressait l'auteur, pour qui l'homme est un animal comme un autre, avec ses éclairs de génie et ses faiblesses, sa stupidité.

Edition utilisée : 
HEMINGWAY, Ernest. L'adieu aux armes. Folio, 2008.