samedi 19 juin 2010

90 minutes pour souffler


En cette période de coupe du monde de football, et face à la diffusion intensive des matchs à la télévision, le grand Robert a constaté plusieurs types de comportements chez ses congénères. Ceux qui subissent en frôlant l'overdose, ceux qui arrivent tant bien que mal à y échapper, ceux qui ont succombé au matraquage et qui décident subitement de s'intéresser à l'actualité footballistique. Enfin il y a ceux qui hument sur l'écran vert pomme la bouffée d'air pur qui leur manquait tellement.

Robert est de ces derniers. Pour lui, le football, c'est bien plus que 22 éternels gamins qui se disputent une balle. Bien plus que des comédiens spécialistes du ratage de la marche d'escalier invisible dans la surface de réparation.
C'est presque un médicament pour oublier sa vie et le temps qui passe, qu'il prend sous forme de divertissement.

Attention, le grand Robert ne joue pas. Trop physique pour lui, ce sport implique de plus qu'il sache ce que ses coéquipiers ont dans la tête pour se déplacer là où il doit, et non là où il veut. Tout va trop vite pour lui. Il préfère laisser faire les pros et les observer de haut, depuis son écran, ou depuis la tribune.

Il est de ceux que l'on appelle communément « footballeur de canapé ». Mais sans la bière et sans la pizza : on n'est pas là pour rigoler, ni pour se gratter les couilles. Et surtout sans le maillot de l'équipe de France. On n'est VRAIMENT pas là pour rigoler.

Là, il regarde Ghana – Australie. Il est très concentré.

Lorsque le coup d'envoi est donné, il arrive enfin à oublier que la fille qu'il aime se fait passer dessus par quelqu'un d'autre, peut-être en ce moment-même, d'ailleurs! En temps normal, il se demanderait pourquoi ça lui bouffe les tripes à ce point, pourquoi cette idée lui est aussi insupportable, alors qu'elle est moche et a un caractère détestable. Un caractère de fille, tout simplement.
En temps normal, oui, mais pas maintenant.

Parce que maintenant, un corner est accordé au Ghana. Les Australiens, qui ont l'avantage de ne pas partir favoris, ont pris à la gorge l'équipe d'Essien sans Essien dans les premières secondes. Mais le jeu s'est équilibré.

Il oublie que dans quelques minutes, sa sœur va faire irruption dans la salle à manger, deux chats dans les bras, après une après-midi toorride avec son cher Patriiiiick. Elle va le regarder, lui qui est assis sur le canapé, droit, tendu au moins autant que les deux gardiens, elle va lui dire qu'il pue, bien qu'il se soit douché le matin-même sans lésiner sur son gel douche Axe Lendemains Difficiles...

But pour l'Australie. Il n'a rien vu venir. Ca lui apprendra à rêvasser!

... Elle va aussi lui dire qu'il faut qu'il pousse ses grandes pattes poilues de là. Elle va rouler des yeux et les lever au ciel, comme la mère, dans la pub pour la lessive, celle où les gosses rentrent de l'école tout crados : « oh mais cooment je vais faire pour rattraper ces tâches »? Elle va soupirer et le foutre plus bas que terre, comme ça, gratuitement. Mais peu importe, les mots ne tuent pas; ils ne sont rien d'autre que de l'air brassé, même s'ils sont parfois puissants...

Pas aussi puissants que la main de l'Australien Kewell dans la surface de réparation sur une frappe ghanéenne ... Carton rouge et pénalty. Personne ne proteste vraiment. Après tout, on n'est qu'au début du match! But pour le Ghana, marqué par leur attaquant Gyan.

...Tout de même, ça perturbe de se faire attaquer de la sorte. Bien sûr qu'il n'est pas beau, pas spécialement génial, ennuyeux à mourir dans une conversation, pas très bavard. Mais comme on lui rappelle toujours ces défauts de personnalité à coup de blagues vaseuses ou de regards exaspérés, il n'a pas envie de changer. Au contraire, il se fond dans sa caricature, pour emmerder son monde. Chacun sa tactique, la sienne fonctionne bien.

Mieux que celle des Ghanéens!
Ils ne jouent pas mal, pourtant ce sont les Australiens qui ont les meilleures occasions. Heureusement, la circulation de balle de l'équipe africaine est tout à fait fluide, ce qui leur permet de partir en contre et de remonter très vite la balle vers le but adverse. Seulement, quand ils ont fait le plus dur, qu'ils se retrouvent tout près des cages, ils frappent au-dessus. Donc forcément, ils perdent confiance malgré leur supériorité numérique.

Trop de stress tue le stress. Faute ghanéenne inutile à 25 mètres de leurs buts. Du gâchis. L'Australien Emerton se trompe de jeu et frappe une pénalité au lieu d'un coup franc. Double gâchis.

Score final : 1-1.
Le grand Robert se dit que le football est un peu le reflet de sa vie : beaucoup d'occasions qui se présentent, peu qui aboutissent, un goutte de chance et beaucoup de déchets.

1 commentaire:

Audrey a dit…

"J'aime"...!^^