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dimanche 19 juillet 2026

[BD] Les grandes grandes vacances - Emile Bravo / Paul Leluc / Gwénaëlle Boulet (2021)

Les grandes grandes vacances - 1 - "Drôle de guerre" 

Dessins : Emile Bravo - Réalisation : Paul Leluc - Adaptation : Gwénaëlle Boulet 

Bayard Jeunesse, 2021   

Publiée dans le magazine Astrapi avant de sortir en 5 tomes dans la collection BD Kids. 

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la série animée Les grandes grandes vacances, régulièrement diffusée à la télé depuis 2015. Il est à présent disponible sur la plateforme Lumni, c'est dire si ça rigole plus, on est carrément dans de la ressource pédagogique, là !!  

Personnellement, c'est via son adaptation en BD que je la découvre. 


Eté 1939, à l'aube de la seconde Guerre Mondiale. Ernest et Colette et leurs darons viennent passer quelques semaines de vacances chez papi et mamie en Normandie, le temps que leur mère atteinte de tuberculose puisse respirer un air meilleur. Du moins, c'est la version officielle... 

Très vite, les parents repartent en les laissant aux bons soins des grands parents, l'un parce qu'il est mobilisé, l'autre parce qu'elle doit se soigner pour de vrai ; les petits Parisiens comprennent qu'ils ne sont pas près de revoir la capitale, pour le plus grand bonheur de Colette, encore insouciante, et au grand désarroi d'Ernest, qui n'aime pas trop la campagne. 

Entre incertitude, grands espaces, amitiés et chamailleries avec leurs nouveaux camarades, ils ne savent pas encore que les mois à venir vont changer leurs vies... et que le pire est à venir.  

A souligner : cette BD est apparue à plusieurs reprises dans le cahier de suggestions mis à disposition des élèves au CDI, et j'avoue que ça m'a pas mal intriguée, tellement elle détonnait au milieu des shônen et autres mémoires de Tiktokeurs !  

Ce premier album est accessible aux jeunes lecteurs à partir de 8-10 ans : le contenu demeure soft, en dépit du contexte historique sombre ; on y parle des débuts de la guerre tels qu'ils ont été vécus par la population rurale des environs de Dieppe, avec ses premières restrictions alimentaires et son hostilité envers les gens venus d'ailleurs. Malgré tout, la vie continue ; Colette, Ernest vivent leur enfance à peu près normalement, en construisant des cabanes, en allant à l'école et en partant à la découverte du village de leur mère. 

Il est beaucoup question de rejet face aux gens "d'ailleurs", toujours contrés par un message d'ouverture d'esprit transposable à n'importe quelle époque : c'est appréciable. 

Un dossier pédagogique bien documenté clôture l'album : il est assez éclairant sur les éléments historiques évoqués au fil des planches (à savoir, la déclaration de guerre, les surnoms donnés aux Allemands, la ligne Maginot, la "drôle de guerre")... 


  



  


mercredi 15 juillet 2026

[MANGA] Erio & The Electric Doll - Shimazaki Mujirushi ; Kuroimori (2022)

Après un an et trois mois, Marine est déjà remplacée.
Je ne sais même pas pourquoi je suis surprise et triste à ce point.


Erio & The Electric Doll - 1 
Scénario : Shimazaki Mujirushi
Dessin : Kuroimori 
2022 
Edition de la photo : Mangetsu, 2025 




Résumé 

Quelque part sur Terre, en 2200. La population humaine se relève difficilement d'un siècle de guerre qui l'a opposée aux androïdes tueurs pilotés par l'IA. Pour interrompre ce conflit ravageur, les hommes n'ont eu d'autre option que d'interdire l'électricité, énergie nécessaire au rechargement des robots soldats et espions. Depuis, tout le monde vit au rythme des usines, du chauffage au gaz et des machines à vapeur... 

Ange est l'une des dernières "Electric Dolls" encore en état de marche ; elle a recueilli Erio, une enfant capable de générer de l'électricité naturellement, car cela lui permet de se faire rebooster dès que sa batterie se vide. Toutes deux vivent dans un phare, à l'écart de la société. Mais Erio a quinze ans, et Ange, aussi pragmatique qu'un robot puisse l'être, considère qu'il est temps pour elle de ne plus se limiter à sa seule compagnie : elle doit rencontrer d'autres êtres humains.          

Les voilà donc parties à la découverte du vaste monde... 

Avis 

Une histoire originale, avec pour décor un univers steampunk qui sonne juste dans notre contexte actuel d'essor des intelligences artificielles ! En Perceval de la révolution industrielle, l'innocente Erio apprend (parfois à ses dépens) à décoder les relations humaines. En cela, Ange ne peut pas l'aider puisqu'elle n'est pas capable de ressentir la moindre émotion... Cependant, sa connaissance purement théorique sera parfois d'un grand secours. 

A la base, j'ai été intriguée par ce manga après l'avoir vu apparaître dans des recommandations de BD queer ; effectivement, Erio aime Ange, elle le clame haut et fort, trouve toujours un prétexte pour l'embrasser. Sauf que l'androïde n'apprécie pas, et le dit très clairement. Alors, même si c'est un running gag plus qu'autre chose, qu'un robot ne souffre pas, etc, la question du consentement se pose.  Ce point-là m'empêche de le mettre au CDI. 

C'est vraiment dommage, car il aurait été très intéressant pour les 4°-3° avec ses réflexions sur les énergies fossiles, l'industrie, la délation, la vie après la guerre, le vieillissement, le libre arbitre... 




  



vendredi 19 juin 2026

[BD] Les Nombrils - Delaf, Dubuc (2013)

Trouver et maintenir un équilibre dans une relation (quelle que soit sa nature), c'est aussi compliqué et minutieux que le réglage d'une chasse d'eau. 


Les Nombrils - 1 - Pour qui tu te prends ? 

Dubuc / Delaf 

Dupuis, 2013 


Depuis leur entrée fracassante dans le bac à BD du CDI, aux alentours de 2016, Les Nombrils ont toujours eu un grand succès au collège... Aussitôt prêté, aussitôt rapporté, et prêté de nouveau ! Si bien que je n'ai jamais pu me poser pour lire sérieusement ne serait-ce que les premiers albums. C'est chose faite pour le premier tome. Que dire, si ce n'est que cette lecture m'a rappelé que l'expérience ne doit pas faire oublier les fondamentaux et qu'il est crucial que lire (ou au moins bien bien bien feuilleter) les fucking bouquins qu'on met à disposition des gosses !! 

Un trio inséparable de filles déambule dans lycée, à l'affût des gars assez potables pour prétendre à conquérir leur coeur, à l'image de John John le beau motard. On a d'abord l'impression que les belles fringues, le maquillage soigné et les techniques de drague sont le fond de commerce des gags qui s'enchaînent au fil des planches, pour le plus grand bonheur du public cible... mais attention, en y regardant de plus près, c'est plus compliqué que ça ! 

L'amitié qui lie les trois filles est extrêmement déséquilibrée ! Jenny et Vicky, les deux filles populaires "stylées", passent leur temps à pourrir la vie à la sage et gentille Karine : cette dernière, complexée par sa grande taille et fréquemment qualifiée de "moche", est ni plus ni moins le bouc émissaire des deux autres. Beaucoup de blagues se font sur son dos, mais les deux pestes se mangent aussi quelques retours de karma de temps en temps ! 

Lorsque Jenny et Vicky apprennent que Karine a un ticket avec Dan, un mec forcément trop bien pour elle, elles ne traînent pas à saboter leur idylle naissante... 

Personnellement, ce tome 1 des Nombrils ne m'a pas du tout fait rire ! Cependant, je l'ai trouvé intéressant et réaliste dans sa manière de présenter les dynamiques de groupes, pas toujours saines, les amitiés toxiques, le diktat des apparences chez les jeunes (même si les personnages sont parfois très stéréotypés)... Désormais cette BD figurera dans la sélection "Non au Harcèlement", car pour moi c'est LA grosse thématique de l'album. 

Je compte continuer cette découverte de la série car beaucoup de critiques lues ça et là affirment qu'elle gagne en profondeur et en intérêt au fil des tomes. Pour l'instant, elle me fait juste remonter la bile de mes années de lycée !  


samedi 2 mai 2026

[UNE VIE DE CHIEN] Bêtes de somme - 1 - Mal de chiens. Evan Dorkin ; Jill Thompson (2012)

Impossible d'entrer dans une salle d'attente sans m'effondrer.
Je ne m'en aperçois que maintenant ; les larmes sont gérables presque partout ailleurs, mais pas dans les lieux médicaux. Quels qu'ils soient ils me transportent à Pellegrin ou à l'hôpital de Périgueux, ils me rappellent que les derniers moments partagés avec ma soeur sont des moments d'angoisse et de mauvaises nouvelles enrobées de sourires crispés. 
Si tout le monde avait simplement fait son travail, à son échelle, cela ne se serait pas passé ainsi. C'est dur de les voir vivre et de la savoir morte. 

Bêtes de somme - 1 - Mal de chiens 

Titre original : Beasts of burden

Evan Dorkin (scénario) Jill Thompson (dessin) 

Delcourt, 2012 


Une bande de chiens et de chats menant une vie paisible dans la banlieue de Sommers Hill est régulièrement confrontée à des phénomènes surnaturels. Aucun d'entre eux n'a de super-pouvoirs... Certains ne sont même pas aventuriers dans l'âme... Tous ont leurs petits défauts. Mais ils savent se montrer courageux face aux épreuves, et ça compense : à l'insu des humains, et au prix de grandes trouilles, ils parviennent à ramener le calme dans le voisinage. 

Leur succès est bientôt reconnu par le Sage Berger, un chien mage qu'ils invoquent lorsqu'ils sont en difficulté : il les promeut à leur tour "Sages Bergers" de leur secteur. Les voilà donc chargés d'enquêter sur l'origine du "mal" qui ronge Sommers Hill, et qui attire dans la zone tout un tas d'êtres maléfiques et d'événements paranormaux. 

En effet, il s'en passe, des choses, dans ce premier tome découpé en une succession d'histoires courtes : une niche hantée, un loup garou, une grenouille géante, des zombies... Chaque chapitre peut être lu indépendamment, mais un fil rouge relie le tout. 

Coup de coeur pour cette BD beaucoup trop méconnue ! On se croirait dans Ca de Stephen King, mais avec des chiens et des chats qui se vannent gentiment en prenant bien garde de ne pas louper l'heure de rentrer à la niche. 

Au début, j'ai pensé que Bêtes de somme s'adressait à un jeune public, trompée par les (magnifiques) portraits d'animaux de Jill Thompson et le choix de couleurs printanières pour dépeindre les alentours de la petite banlieue américaine... Mais non, car la dimension horrifique de l'oeuvre est importante. C'est d'ailleurs frustrant de se dire qu'on ne pourra pas le glisser trop tôt dans les mains des enfants, car certains passages sont bouleversants dans le bon sens du terme, et vecteurs de messages positifs... D'autant que l'humour est aussi au rendez-vous. 

Série découverte dans un épisode ancien du podcast Comicsphère (One Shots First #4) consacré aux animaux extraordinaires dans les comics. 

 

mardi 28 avril 2026

[ROUX COOLS] Mortelle Adèle - 1 "Tout ça finira mal". Mr Tan ; Miss Prickly (2012)

La rousse la plus célèbre des cours de récréation depuis quelques années. 


Mortelle Adèle - 1 - Tout ça finira mal 

Mr Tan, Miss Prickly 

Bayard Jeunesse, 2012 


Depuis quelques années, les élèves s'arrachent les Mortelle Adèle quand ils viennent au CDI ; face à un tel phénomène, il a bien fallu s'y mettre ! 

Des couettes, un chaton dans les bras, une taille de hobbit, une jupe d'uniforme... on ne se méfie pas une seule seconde de la petite Adèle. Et pourtant, on devrait : cette enfant a toujours une idée sordide (et souvent très drôle aussi) derrière la tête !  

Adèle a des parents attentionnés qu'elle taille dès qu'elle en a l'occasion, des camarades de classe, un amoureux qu'elle adore tyranniser ; pourtant, sa vie est un enfer, puisqu'elle déteste tout et tout le monde (ou presque) ! "Tout ça finira mal" est une succession de gags qui tiennent sur une ou deux pages, au cours desquelles on apprend à connaître cette héroïne très créative dans ses diableries et surtout très lucide sur le monde qui l'entoure. Faisant fi de l'autorité, Adèle n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat pour dénoncer les failles des adultes  _sans jamais dire aucun gros mot, soit dit en passant. Fuyez, Ariol, Tchoupi et autres gentils Pyjamasques, vous n'êtes pas prêts à assister à une dissection de poupée, ou à l'expédition à la benne d'un chaton (pas du tout) mort !

D'abord un peu réticente sur l'aspect de la BD, notamment sur le choix d'un petit format et sur la typographie des bulles, j'ai vite été entraînée par le ton peu conventionnel et l'humour noir de cette héroïne. Bien pire que la Helga Pataki de Hé Arnold, pas encore aussi siphonnée que la Villannelle de Killing Eve, Adèle vous déstabilisera tout en restant attachante _comme beaucoup de vrais enfants, en fait !  

On appréciera la présence de quelques planches relayant des propos féministes, c'est toujours bon à prendre. 


Il est important de savoir que Mr Tan a inventé ce personnage lorsqu'il était enfant, pendant une période où il se faisait harceler à l'école : avant d'arriver dans nos librairies et de faire rire les gosses, Adèle a été un exutoire pour son auteur. Je trouve ça vraiment fort, comme histoire ! 

On a déjà parlé de Mr Tan, Antoine Dole de son vrai nom, dans le billet consacré à son roman intitulé Naissance des coeurs de pierre. 


dimanche 26 avril 2026

[BD] Les forêts d'Opale - 1 - Le bracelet de Cohars. Arleston ; Pellet (2004)

Un peu d'heroic fantasy, parc que ça faisait longtemps !


Les forêts d'Opale - 1 - Le bracelet de Cohars 

Arleston ; Pellet 

Soleil, 2004 

46p. 



Le village de Drummor est en effervescence : ce n'est pas souvent qu'un barde s'arrête dans cette bourgade nichée au cœur de la forêt d'Opale ! L'événement est d'autant plus étrange qu'au même moment, un voyageur venu d'une contrée lointaine à dos de waphan (une chauve-souris géante) atterrit sur le seuil de l'unique auberge. 

Ce dernier est chasseur et n'a d'autre but que de se rendre chez Melkior le verrier : lui seul peut lui fabriquer les lunettes qui lui permettront de ne plus manquer ses proies ! Son expédition va nous permettre de rencontrer le personnage principal de la BD : Darko, le fils de Melkior. 

Le jeune Darko est loin d'imaginer que dans quelques heures, sa vie va être bouleversée par une cascade de révélations : il va apprendre que le barde Urfold est en fait son oncle, qu'il est venu là pour l'emmener loin du village, car il est l'héritier d'une lignée de puissants magiciens ; en cela, il devient une menace, et donc un homme à abattre pour les Prêtres de Lumière, une sorte de clergé qui règne d'une main de fer sur les peuples de la forêt. 

Mais les inquisiteurs ont redoublé d'efficacité ; ils sont déjà aux portes de Drummor lorsque Darko s'apprête à partir après avoir reçu quelques instructions. Aura-t-il le temps de fuir en évitant un bain de sang ? 


Ce premier tome arrive à bien nous motiver pour la suite, en situant bien l'univers (que les habitués du genre trouveront peut-être classique) sans nous perdre pour autant.

L'histoire est bien rythmée, les aventures s'enchaînent juste assez vite pour qu'on ne s'entende pas respirer, mais sans que ça fasse catalogue. 

Les amateurs de Lanfeust, de créatures hybrides WTF, de fantasy non dénuée d'humour apprécieront particulièrement ! A suivre ! 







vendredi 17 avril 2026

[BD] L'été fantôme. Elizabeth Holleville (2018) / Salvatore - 1 - Transports amoureux. Nicolas de Crécy (2005)

Un été, alors qu'on était enfants, un couple de retraités et leur petite fille ont loué le pavillon voisin du nôtre pour les vacances. Il était habituellement inoccupé ; leur remue-ménage a vaguement intrigué le quartier, mais nous n'y avons pas prêté attention jusqu'à ce que la gamine, qui avait deux ans de plus que moi, débarque chez nous sans trop y mettre les formes. Coiffée d'une casquette de marin, elle s'appelait Paola et venait me chercher pour "jouer". Comme elle semblait plus disposée à s'amuser chez nous que chez elle, mes parents n'y virent pas d'inconvénient. J'étais assez perplexe, ne sachant trop que faire pour donner le change. Mais le choses se firent naturellement : Paola menait la danse, sans pour autant jouer la chef. Marine ne tarda pas à nous rejoindre, amusant la galerie avec sa sucette et ses commentaires de petit enfant. On a joué à cache-cache pendant ce qui m'a paru des heures. Il faisait agréablement chaud sous notre garage fait d'arceaux de jardin qui sentait le nylon et le plastique. J'ai tout de suite bien aimé Paola, parce qu'elle ne faisait pas de manières et ne jugeait personne. Elle se foutait que je sois craintive et maladroite, ou que ma grand-mère fasse la pute... puisque, contrairement à tous les autres gosses des alentours, elle n'en savait rien !

Ces vacances d'été, ainsi que les suivantes, ont été douces car égayées par le passage des Decaro ; en effet, un an plus tard, Paola et ses vieux sont revenus avec Mariano et Anaïs, les deux plus jeunes de la fratrie. Ils venaient de Wattrelos dans le Nord. C'était marrant, même si Paola et moi nous rendions bien compte que mes parents commençaient à être un peu saoulés de voire tout ce petit monde prendre ses aises en sautant partout. D'autant que la présence des petits venait torpiller notre amitié tranquille. Malgré tout, je garde un très bon souvenir de cette époque. 

Le joyeux bordel a duré quelques saisons. Puis est venue ce jour de juin étrange où, en rentrant de l'école, j'ai vu les volets des voisins ouverts et j'ai entendu le grand-père crier "Ulla !" C'était le nom de leur chienne (ouais, comme le Minitel des plans cul). Je me suis aussitôt dit "Ah super, Paola est revenue !" 

Paola était là en effet, mais j'avais du mal à la reconnaître ! Elle avait dû prendre 20 cm, avait les cheveux coupés carrés et lissés _ où étaient ses boucles emmêlées qui faisaient balle de foin ?, elle parlait d'une voix forte et assurée. J'ai voulu lui montrer mon nouveau vélo, encore trop grand pour moi mais trop petit pour elle. Par pure politesse, elle a fait un tour dans le jardin pour l'essayer, mais il était évident qu'elle n'en avait rien à battre. "Ahah, putain, la selle fait mal au cul !", avait-elle dit en le reposant. Cette soudaine vulgarité me déstabilisa, je crois qu'elle s'en rendit compte et trouva vite un prétexte pour s'éclipser gentiment. 

A partir de là, elle passa l'été à m'esquiver ; je voyais le rideau se tirer quand je passais devant chez elle. D'ailleurs, je ne cherchai pas à lui courir après : au contraire, je l'évitais aussi, redoutant la gêne qu'aurait causée notre rencontre. On avait compris qu'on n'aurait plus grand chose à se dire maintenant, et ce n'était ni sa faute, ni la mienne.  




L'été fantôme 

Elizabeth Holleville 

Glénat, 2018 

Comme tous les étés, Louison, sa grande sœur et leurs cousines passent les vacances chez leur grand-mère. Le soleil

du sud, la plage toute proche, une maison de campagne remplie de vieilleries et un jardin spacieux : tous

les ingrédients sont là pour passer un bon séjour, et Louison se sent d’attaque pour en profiter pleinement.

Mais cette année, elle voit bien que quelque chose a changé : sa sœur et ses cousines ont grandi.

Elles n’ont plus le temps de jouer avec elle, occupées qu’elles sont à s’épiler et à faire le mur pour aller draguer

les surfeurs.  


Aussi, Louison se retrouve-t-elle souvent seule avec son troll, sa mamie qui commence à perdre la boule et le chien

qui jappe trop fort pour le voisin. Une nuit, une fillette fantôme lui rend visite pour lui tenir compagnie : il s’agit

de Lise, la soeur de sa grand-mère, décédée dans des circonstances mystérieuses alors qu’elle était encore enfant.

Entre Louison recalée aux portes de l’adolescence et Lise condamnée à ne jamais quitter le jardin familial,

une grande complicité se noue. 

Au-delà d’une camaraderie fantastique _mais pas toujours saine ! entre Louison et le fantôme de sa grand-tante,

L’été fantôme est une oeuvre forte par ce qu’elle suggère par l’image sans dire par les mots : cela va de la mamie qui ne

répond rien lorsqu’on lui fait remarquer ses trous de mémoires, au silence qui s’installe lorsqu’on tombe sur une

photo de Lise accrochée au mur, jusqu’à l’absence d’enthousiasme de la cousine Sophie face aux baigneurs qui

roulent des mécaniques. On y comprend que grandir ne va pas de soi et peut effrayer, et que certains passages ne

se font pas sans douleur. 

Cette BD remue positivement ! Sans le podcast la Voix des Bulles (One Eye Club), je serais sans doute passée à côté… 


Salvatore - 1 - Transports amoureux 

Nicolas de Crécy 

Dupuis, 2005 




Le chien Salvatore est un mécano virtuose tellement bourru et solitaire qu'il a planté son garage en haut d'une montagne, de façon à ce qu'on ne vienne pas le déranger trop souvent. Son excellente réputation lui vaut néanmoins la visite d'Amandine, une gentille truie myope sur le point d'accoucher de douze porcelets, bien décidée à faire réparer sa voiture au péril de sa vie !  

Salvatore s'exécute, et Amandine repart. Elle ne sait pas que le garagiste a "volé" un pièce de sa voiture, une pièce dont il a besoin pour construire le bolide qui lui permettra de réaliser le rêve de toute une vie : partir sillonner l'Amérique du Sud afin de retrouver Julie, son amour de jeunesse. 

A présent, il n'est plus qu'à un bête adaptateur de Bentley d'étrenner la "JulieMobile"... mais cette dernière pièce ne fait que lui filer entre les doigts ! Va-t-il arriver à la dégotter, finalement ? Amandine réussira-t-elle à mettre bas sans encombre ? 

Une bande dessinée jeunesse (j'aurais pas dit, à la lecture des premières planches) complètement déjantée, poétique à sa manière et teintée d'humour noir. Elle a été réalisée par Nicolas de Crécy, alors si vous aimez les (belles) bagnoles, les détails (mécanique), les couleurs et les paysages montagnards ou urbains, vous serez servis. 

Hâte de lire le tome 2, j'avoue avoir été assez séduite !



jeudi 1 janvier 2026

[BD de la Médiathèque de la Canopée] Everything is fine - 1 - Mike Birchall (2021) / Quatre couleurs. Blaise Guinin (2014)

Pour commencer l'année, un petit article sur les derniers livres empruntés à la médiathèque de la Canopée en 2025, avant que ma carte soit bloquée... pour retours tardifs (oui c'est un comble ! Mais j'ai tenu plus de 10 ans sans pénalité !) 


Everything is fine - Volume 1 

Mike Birchall 

Webtoon, 2021 



A première vue, "tout va bien" pour Maggie et Sam. Le jeune couple semble bien intégré dans une zone pavillonnaire, où ils croisent régulièrement d'autres habitants très sympathiques, et qui ont à peu près les mêmes têtes de chats kawai qu'eux ! 

Pourtant, quelque chose sonne faux dans cette ambiance toute douce : une tasse qui tombe, un voisin qui se montre réticent à répondre aux invitations à un dîner, un agent de police qui gratte au carreau... des protagonistes qui "savent" et s'encouragent à "oublier", sans jamais perdre ni leur calme ni leur sourire. 

Au fil des chapitres, la tension monte et les non-dits prennent de plus en plus de place dans les échanges, mettant forcément le lecteur sur le qui-vive et/ou mal à l'aise... Ce n'est pas pour rien que ce comics classé en "horreur" fait l'objet d'un avertissement ; pas si gore que ça visuellement, l'atmosphère qu'il dégage le rend dur à encaisser.  

Il s'est passé quelque chose dans le petit monde pastel de Sam et Maggie, mais quoi ? On s'attend à ce qu'une terrible révélation nous pète à la gueule à chaque page... mais il faudra attendre le second tome pour avoir le fin mot de l'histoire. 

Pour les amateurs de Happy Tree Friends et de Desperate Housewives... mais définitivement pas pour les enfants, ne vous arrêtez pas aux petits chats ! 

Avant de sortir dans sa version papier, Everything is fine a d'abord été publié en version numérique sur Webtoon, où il est encore consultable, sauf erreur de ma part. 


Quatre Couleurs (BD) 

Blaise Guinin

Vraoum, 2014



Qui bosse dans un collège ne peut passer devant une BD intitulée Quatre Couleurs _en référence au célèbre stylo Bic_ sans ressentir quelques palpitations ! Je n'ai jamais trop compris l'engouement pour ces stylos que les élèves adorent exhiber, chaparder et collectionner, mais le fait est qu'il perdure au fil des ans... 

Alors forcément, cet "album-OVNI" entièrement écrit et dessiné au stylo quatre-couleurs par Blaise Guinin a attiré mon attention la dernière fois que je suis passée à la bibliothèque.

L'histoire. 

Grégoire est un étudiant glandeur qui profite pleinement de son statut de fils à papa : sa vie se résume à sortir, boire, baiser, aller à la piscine... et cela lui convient. Or voilà deux fois qu'il repique sa première année de fac, et ses parents en ont marre. Il n'a plus droit à l'erreur s'il veut continuer ses études. Il pourrait se mettre à bosser, tout simplement, mais... c'est tellement plus fun de tricher ! Il décide d'échanger son identité avec son meilleur ami Pierre (sans hésiter à le mettre dans la sauce) pour avoir de meilleures notes aux examens. Au début, le procédé a des airs de blague potache et devient source de rencontres féminines prometteuses pour les deux étudiants dans leurs amphis respectifs. Jusqu'au jour où Grégoire voit débarquer dans son cours la brune Chloé, une ex pleine de rancœur. 

Avis :

J'étais partie pleine d'idées reçues en feuilletant cette BD, en pensant que ça allait être la succession des souvenirs de fac d'un gars devenu adulte (et nostalgique). En fait, pas vraiment (ou pas seulement) ; après quelques planches, l'histoire prend une tournure très sombre et elle devient captivante. On découvre un héros aux multiples facettes, qu'on trouve d'abord banal d'égoïsme, puis assez antipathique dans son rapport aux femmes, aux gens de manière générale. Fallait oser mettre en scène un gus comme celui-là...

A présenter en CDI de lycée ? pourquoi pas ? Quatre Couleurs a 10 ans déjà, mais parle bien des relations entre hommes et femmes dans la vingtaine. Pour info, il y a beaucoup de nus ! 

A découvrir, ne serait-ce que pour la forme inédite de l'ouvrage. 



dimanche 23 novembre 2025

[MASSE CRITIQUE] ThrillerVille - Lerenard / Puvilland (2025)

Heureusement qu'il reste des livres à lire, des pieds pour courir et des cartons à faire... La vie serait impossible autrement. 


TranquilleVille est un patelin à première vue semblable à bien d'autres au Québec : situé au cœur d'une forêt dense et perforé par un lac aux attractions surprenantes, ses habitants se croisent ou se retrouvent entre la supérette, le bar, le poste de police plus ou moins animé, le fast-food et la station de radio locale ... 

Mais en y regardant le plus près, il semblerait que la ville porte assez mal son nom. En effet, d'étranges événements s'y produisent depuis des décennies : certains évoquent un sasquatch mangeur d'hommes, d'autres un monstre du lac... et tous frissonnent au souvenir de La Machine, un tueur en série aux allures de colosse, qui a heureusement été arrêté. 

Malgré tout, la vie suit son cours : les jeunes font du motocross dans les bois, Madame Marquette va aux champignons malgré les interdits du garde forestier, tandis que Bérubé lance des bâtons de dynamite dans le lac. Le soir, tout ce petit monde part boire des coups à la Barbière... fameux bar à bières où le sergent McKenzie va apprendre que La Machine s'est évadé de prison. 

Tranquille Ville est à deux doigts de redevenir Thriller Ville... mais personne ne s'en doute. 

Cette bande dessinée m'a été envoyée dans le cadre de l'opération Masse Critique "Mauvais genres" : merci donc à Babelio et à Daniel Maghen Editions pour cette belle découverte. 

Accrochez-vous ! Les premières planches vous paraîtront déstabilisantes voire difficiles à comprendre, car les nombreux personnages sont présentés pêle-mêle, dans des situations un peu WTF qu'on a bien du mal à cerner. 

Mais au fur et à mesure, un fil rouge se dégage ; les liens entre les protagonistes s'éclaircissent grâce à des flashbacks improbables que les auteurs nous dévoilent, et tous deviennent terriblement attachants en dépit des actes horribles qu'ils commettent ! Pas de gentils, pas de méchants, juste des humains siphonnés à des degrés différents, ou simplement dépassés par leur bienveillance... 

A noter la présence de plusieurs figures féminines fortes : Lio la journaliste qui met les pieds dans le plat, Nelly la garagiste championne de bras de fer, Bernadette la patronne du burger.. 

La construction de l'histoire vraiment astucieuse ; il y aurait matière à faire une série horrifique de tout ça ! Horrifique, car, il faut bien le reconnaître, on tranche dans le vif à ThrillerVille : poules égorgées (sacrilège !), corps poignardés, membre arrachés... Si on ne nous épargne rien visuellement, les vignettes gore sont cependant toujours contrebalancées par une bulle marrante ou une scène décalée : rien de trop stressant au final _ même si forcément, ce n'est pas un BD qui risque de finir au CDI, ahah !

Une BD parfaite pour les amateurs d'humour noir, d'action, de bizarreries et de décors canadiens. Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé !  

ThrillerVille 

Lerenard / Puvilland 

DM Editions, 2025


tous les livres sur Babelio.com

vendredi 15 août 2025

[BD Jeunesse] Klaw - 1 - Jurion / Ozanam (2017) // Espions de famille - 1 - Gaudin / Ronzeau (2012)

Parce qu'il va bientôt falloir se remettre au boulot... 

Parce que je ne suis pas fâchée que cet été difficile tire vers sa fin, tranquillement... 



Voici deux présentations de BD pour la jeunesse.  

Klaw 1 - Eveil 

Jurion / Ozanam 

Le Lombard, 2017


Ange Tomassini a beau être le fils du patron d'une grande entreprise de poisson surgelés (du moins c'est ce qu'il croit), et rentrer du collège avec un garde du corps, cela ne s'empêche pas de se faire tyranniser par d'autres élèves. Et bien qu'il ait le pouvoir de se transformer en tigre sous le coup du stress ou de la colère, cela ne lui sert pas à grand chose car il n'a aucun contrôle sur ses mutations. 

Une altercation à la piscine a priori anodine entre lui et le copain de la fille qu'il aime va avoir des conséquences tragiques : il devient vital pour lui d'en savoir plus sur son identité et d'éclaircir les zones d'ombres de la famille Tomassini. Heureusement, il peut compter sur l'aide de Dan, son garde du corps et ami, pour apprivoiser l'esprit du tigre qui s'est logé en lui. 

"Eveil" constitue la base d'une série de 15 albums, et utilise l'action pour nous faire découvrir un univers bien énigmatique ; on va de révélation en révélation avec le héros... même si parfois, les ficelles son un peu visibles. L'inspiration des histoires de super-héros est assumée, et c'est mieux ainsi. 


Espions de famille - 1 - Bon baisers de papy 

Thierry Gaudin, Romain Ronzeau

BDkids, 2012



Amédée Caillebotis, alias B707, a été espion au service de l'Etat dans les années 60. Même s'il est à présent un peu rouillé et qu'il a rangé depuis longtemps les fléchettes hypodermiques qui ont fait sa renommée, il aimerait bien que son petit fils Alex le voie autrement que comme le papy décrépit qu'on aime bien mais qu'on trouve aussi un peu gênant. 

Alors, certes, Amédée n'aurait pas dû s'inviter à la fête d'anniversaire où Alex était sur le point d'aborder la jolie Leïla. Certes, il n'aurait pas dû l'appeler "biquet" devant ses copains. Certes, il n'aurait pas dû péter en huit sa console de jeux. Certes, il n'aurait pas dû faire  tout ça dans la même journée... 

Mais tout de même, il n'y a pas de quoi faire la tronche indéfiniment ! 

B707 va faire appel à ses anciens acolytes des Anges de Charles, et simuler sa disparition. Leur petite mise en scène va impressionner Alex, et surtout Leïla ! Mais elle va aussi arriver aux oreilles de Mordicus, l'ennemi juré de B707, qui fomente sa vengeance depuis des décennies. Lorsque les parents et la soeur d'Alex disparaissent, Papy comprend tout de suite que cette fois-ci, ce n'est pas une blague...

Une BD jeunesse qui reprend avec humour les codes de James Bond, sans trop en faire. Le message anti-âgiste est appréciable (ça m'a rappelé vite fait Octofight, en beaucoup plus soft ahah), et les portraits d'ados sont bien réussis. Lors d'un événement Babelio, le scénariste Thierry Gaudin nous avait expliqué qu'il avait été CPE et que son expérience transparaissait sans doute dans ses histoires. Il avait aussi parlé de son attachement à traiter les liens intergénérationnels, notamment l'éloignement des jeunes et de leurs grands parents à l'adolescence. 

Les dessins sont de Romain Ronzeau, tout en finesse, la valeur sûre. 


samedi 1 mars 2025

[BD] Maudit Victor - Benoît Preteseille (2011) / Sherlock Holmes n'a peur de rien - 1 - Baker Street - Pierre Veys, Nicolas Barral (2004)

Voici le compte-rendu de lecture de deux albums de BD (européenne, cette fois-ci), découverts grâce au podcast le One Eye Club. Je suis en train de me taper tous les épisodes mis en ligne depuis une dizaine d'années, ça donne quelque chose d'assez marrant d'écouter l'actu de la bande dessinée avec une décennie de recul !

Maudit Victor
Benoît Preteseille
Editions Cornelius, 2011



Tout commence par une lettre ancienne, trouvée dans un tiroir par quelqu'un qui fait du tri : elle nous raconte, bribes par bribes, le parcours étrange et tragicomique de Victor G., un jeune homme qui aurait été artiste peintre au XIX° siècle. 

Fasciné par l'oeil de verre prétendument magique de son oncle, le petit Victor se rend volontairement borgne, lui aussi. De cet acte irréfléchi vont découler des rencontres improbables et un destin complètement WTF. D'aventure en aventure, il va devenir peintre malgré son handicap, conforté dans ses aspirations par une artiste qui a elle-même un trou dans le ventre, avant qu'une nouvelle malédiction ne l'empêche de dessiner autre chose que des chevaux, ce qui est pas mal réducteur. Il arrivera tout de même à se faire une place parmi le gratin parisien cultivé, soutenu par une gentille comtesse... qui n'a peut-être pas misé sur le bon cheval. 

Maudit Victor est BD en petit format marrante, avec de belles planches... mais tellement expéditive (150 p.) que je reste sur ma faim. Le côté décousu de l'histoire, qu'on sent pleinement assumé, aurait pu avoir son charme si l'histoire de Victor s'était développée sur deux ou trois volumes, le temps qu'on en sache un peu plus sur le héros, et sur tous ces personnages secondaires intrigants qu'on croise une fois et qu'on ne revoit plus jamais ! 


Un OVNI a regarder passer, même s'il va beaucoup trop vite !

Sherlock Holmes n'a peur de rien - 1 - Baker Street 

Pierre Veys, Nicolas Barral

Delcourt, 2004



Tant pis si je l'ai déjà exprimé un tas de fois : Sherlock Holmes et son univers m'ont toujours laissée de marbre. Bizarrement je me dis encore que, peut-être, un jour, ça va changer, et je continue de m'accrocher à ses réécritures sans trop savoir pourquoi. Bien sûr, j'ai su admirer Dans la tête de Sherlock Holmes, l'incroyable diptyque en BD, et me laisser prendre par l'adaptation en série (celle avec Benedict Cumberbatch), mais ça ne va pas plus loin : l'atmosphère est trop sombre, trop glauque, trop sérieuse à mon goût. 

Du coup, je me suis quand même laissée tenter par le premier tome de la série BD Sherlock Holmes n'a peur de rien parce qu'à la différence des autres versions déjà rencontrées, elle est humoristique _et ne se prend pas au sérieux. 

On retrouve bien notre binôme traditionnel (Holmes la star de l'enquête, Watson l'éternel second), les lieux-clefs (Baker Street, les clubs..) et autres têtes emblématiques du folklore comme l'inspecteur Lestrade et Mre Hudson.. mais agrémentés d'un grain de folie fort appréciable. 

Qui a poussé Lord Beverege par dessus bord alors qu'il naviguait tranquillement sur la Tamise ? Pourquoi le colonel Norton est-il mort subitement ? Watson piqué par une méduse est-il toujours Watson ? L'album propose plusieurs histoires farfelues dans lesquels le célèbre Holmes a réponse à tout, se distinguant autant par son imagination débordante que par son sens de la déduction. 

Le mythe est bien revisité ! Avis plus que positif, il n'est pas exclu que je me m'attarde sur la suite !  

Même au CDI, ça passe ! 



dimanche 11 février 2024

[BD] Deux romans jeunesse adaptés en bande dessinée : Momo petit prince des Bleuets (2023) et Babyface (2022)

Hasard des lectures, je suis récemment tombée sur deux BD jeunesse à la fois pleines de points communs et très différentes l'une de l'autre : Momo petit prince des Bleuets et Babyface. Dans les deux cas, on a affaire à une adaptation d'un roman écrit par deux autrices incontournables des CDI de collège et des sections jeunes des bibliothèques : Yaël Hassan, pour le premier ouvrage, et Marie Desplechin pour le second. Les personnages évoluent dans des décors urbains faits d'immeubles et de tags ; ils gravitent autour de lieux publics de socialisation : la bibliothèque, la supérette, la maison de quartier, l'école... Tous expriment un ennui ou un frustration de ne pas pouvoir aller ailleurs... pour l'instant. 

Pourtant, les jeunes héros (Momo et Nejma) ne risquent pas de se marcher dessus : ils ont le même âge _ils vont entrer au collège, mais n'ont pas du tout les mêmes occupations. Ils semblent avoir des caractères diamétralement opposés. Leurs destins jusque-là insignifiants vont être extraits de leur torpeur par la rencontre de quelqu'un qui va poser un regard bienveillant et valorisant sur eux.   


Momo petit prince des Bleuets 

Marc Lizano ; d'après le roman de Yaël Hassan 

Nathan, 2023. 96 p. ISBN 9782095003302

Résumé : 

C'est l'été à la cité des Bleuets. Pour Momo, les dernières grandes vacances avant l'entrée au collège s'égrènent le plus tranquillement du monde, jusqu'au jour où la directrice de l'école lui rend visite pour lui offrir une liste de livres à emprunter à la bibliothèque. Le garçon ne se le fait pas dire deux fois et saute à pieds joints dans l'univers de la lecture. 

Ses découvertes littéraires vont l'amener à croiser le chemin de Monsieur Edouard, un instituteur à la retraite qui saura l'encourager et qui le baptisera "Petit prince des Bleuets". Exploration de la capitale, fresques murales et découverte des classiques de la littérature : la rencontre sur fond d'amitié intergénérationnelle sera déterminante et l'été restera inoubliable pour Momo. 

Une chouette adaptation par Marc Lizano du roman de Yaël Hassan. La BD en photo ici m'a été prêtée par une collègue prof de français, qui m'en a dit le plus grand bien. J'ai beaucoup aimé aussi, les traits tout doux des personnages _il nous en faut bien de la douceur_, leurs "gros crânes" _comme disent les élèves, les couleurs vives qui mettent bien en valeur les décors urbains. L'histoire de Momo date un peu, mais elle ne se démode pas : elle nous rappelle que, si on a fini par prendre le pli de se méfier des mauvaises fréquentations, on en est venus à oublier qu'il peut y en avoir des bonnes, propres à nous tirer vers le haut.   

Les + : l'album se termine sur un petit dossier qui raconte l'élaboration de la bande dessinée par l'auteur, et notamment de la façon dont il s'est imprégné, puis détaché de l'œuvre d'origine. On peut y lire une interview de Marc Lizano par Momo, c'est marrant.  


Babyface 

Olivier Balez, d'après un roman de Marie Desplechin : Babyfaces (2010) 

Rue de Sèvres, 2022. 120 p. ISBN 9782810200290

Résumé : 

J'ai découvert un extrait deBabyface en feuilletant le petit magazine des éditions Rue de Sèvres, gentiment gratté au SLPJ de Montreuil, fin 2022. Ma première impression a été mitigée : d'un côté, le dessin et les couleurs m'en mettaient plein la vue _et ça m'a décidée à pousser plus loin la lecture ; d'un autre, le résumé ne me donnait pas trop envie car il avait l'air d'être un de ces bons scénarios bien déprimants dont la littérature pour la jeunesse à le secret. Je craignais que le tout ne soit généreusement imbibé de clichés sur la vie dans les "quartiers difficiles".

Finalement non, pas du tout. Enfin pas tant que ça,même si on commence fort : méchante, moche, grosse, pauvre, Nejma n'est pas gâtée par la vie. Son père est parti, sa mère travaille tard le soir, et elle se retrouve souvent seule après l'école, livrée à elle-même, à errer à la supérette du coin. Elle entretient une amitié toxique avec le petit Freddy, qui est aussi le narrateur, puisqu'elle lui rackette son goûter en même temps qu'elle le protège de la violence des autres gosses.

Lorsque les frères Fiores décident de dispenser des "cours de catch" aux enfants du quartier, l'excitation est à son comble : tous les petits veulent reproduire les exploits de Babyface, et des autres, comme à la télé.

L'engouement est tel qu'un accident se produit bientôt dans l'enceinte de l'école. Nejma, témoin et réactive, est désignée coupable d'agression sur l'enfant blessé. Même si elle se sait innocente, elle sait très bien que contre la parole des adultes qui l'accusent, elle ne peut pas grand chose. Comment ne pas partir en vrille, dans ces conditions ?

Une histoire bien plus surprenante que prévu, où on lève un tabou : les personnels de l'Éducation Nationale ne sont ni infaillibles, ni irréprochables _je me mets dans le lot bien volontiers. Je n'ai pas lu le roman donc pas de point de comparaison, mais cette bd est une belle découverte artistique et littéraire. Bravo à l'auteur d'avoir su peindre les décors urbains sans les rendre glauques.




Enfin. Deux jours complets de solitude, loin de toute interaction sociale. J'arrive déjà à me ménager des moments neutres et calmes au quotidien _j'ai cette chance inouïe de pouvoir le faire. Mais ça ne me suffit jamais. Je ne sais pas pourquoi, toute présence humaine à proximité devient fatalement insupportable, à plus ou moins long terme. Sans doute parce que je n'ai jamais eu à subir un "vrai" isolement bien pesant, sans perspective de retrouver de la compagnie un jour ou l'autre.  

  


mardi 26 décembre 2023

[BD] Zaï Zaï Zaï Zaï - Fabcaro (2016)

 "La vie est une chienne borgne sous un ciel d'octobre" (Fabcaro)

Voilà des années que je passais devant la couverture épurée de Zaï Zaï Zaï Zaï en me disant qu'il faudrait bien que je l'ouvre un jour : prix Bulle de Cristal*, Prix SNCF du Polar, Prix des libraires de BD, et bien d'autres, courant 2015 et 2016... Même si un succès critique ne signifie rien en lui-même, une bande dessinée aussi primée intrigue forcément. Finalement, je l'ai empruntée à la médiathèque de la Canopée dernièrement. 


Effectivement, elle est vraiment chouette !  

Au moment de payer ses courses, Fabrice, un auteur de bande dessinée, veut présenter la carte de fidélité du magasin, mais il se rend compte qu'il l'a oubliée dans la poche de son autre pantalon. La caissière est perplexe, le vigile arrive aussitôt. Fabrice clame d'abord sa bonne foi, mais il comprend vite qu'on ne le croira pas. Deux options se présentent à lui : se rendre ou disparaître. Qu'à cela ne tienne, l'artiste n'est pas un bandit, seulement un innocent qu'on refuse d'écouter : il prend la fuite après avoir menacé le personnel du magasin avec un poireau, et part se terrer dans un lieu quasi vierge de toute civilisation : la Lozère.   



Quelque part sur la figure des personnages aux traits approximatifs, on devine les regards plus qu'on ne les perçoit. Libre à nous d'imaginer leur perplexité face aux situations plus ou moins comiques qui parsèment le "road trip" de l'artiste en cavale. On peut d'ailleurs facilement s'identifier à ces silhouettes d'hommes et de femmes ordinaires qu'on croise furtivement, l'espace de quelques vignettes. Quant au personnage de Fabrice, on devine facilement _ à l'aide de son prénom, de son métier et de sa description physique_ qu'il s'inspire largement de l'auteur. 

Sur chaque planche flotte un air vaguement absurde, refluant une critique intéressante de la société française, telle qu'elle était il y a une dizaine d'années. Médias, monde politique, des bobos, policiers, idées reçues qui pourrissent nos rapports aux autres... tout le monde en prend pour son grade.  

Les couleurs ocre - jaune - marron qui font l'identité de la BD ne vous donneront peut-être pas envie de vous lancer dans cette lecture, de même que le dessin de Fabcaro _que j'apprécie pour ma part, mais qui peut ne pas plaire. Faites pas gaffe et foncez ! Vous ne le regretterez pas. 

#CDIlycée OK.

#CDIcollège, j'aimerais bien tenter ; y a deux-trois gros mots et une scène de cul (on voit rien), mais je pense qu'en 4° ou 3° ça passe. Si quelqu'un a un avis, je suis preneuse. 

Choisir des planches à vous partager ici s'est avéré difficile, tant les gags et les bons mots sont nombreux. 

Sinon, spéciale dédicace à une collègue qui a la phobie des karaokés ! 

J'ai pas encore vu l'adaptation en film ! Elle est bien ? 

*Bulles de Cristal est un prix littéraire centré sur la bande dessinée, et à destination des 9-25 ans. 

FABCARO. Zaï zaï zaï zaï. Un road movie de Fabcaro. 6 pieds sous terre, 2016. ISBN 978-2-35212-116-9

mercredi 1 novembre 2023

[COMICS] Batwoman - 1 - Hydrologie - J.H. Williams III / W. Haden Blackman (2012)

J'étais contente de trouver le tome 1 de Batwoman dans le rayon comics de la médiathèque, aux Halles. C'était sans me souvenir que les séries de ce type commencent parfois par un numéro 0 !


Batman, Catwoman, Batwoman, Batgirl... pas facile de savoir à qui on a affaire lorsqu'on tombe sur l'un de ces hyperactifs masqués, au détour d'une ruelle de Gotham City, après le coucher du soleil. On peut dire tout ce qu'on veut du Joker : au moins, lui, il est facilement identifiable. 

Dans la famille chauve-souris, je demande... 

Comme je ne connais rien à l'univers de DC, et que l'écoute assidue de ComicsDiscovery ne peut pas combler toutes les lacunes, j'ai fait quelques recherches pour savoir qui est qui dans cet imbroglio de capes : 

- Batman : bon, on en parlera mieux dans peu de temps. C'est ce fameux héros au costume de chauve-souris qui rend la justice à Gotham. Ses accessoires, ses capacités physiques et son intelligence compensent parfaitement les pouvoirs incroyables qu'il n'a pas. En effet, dans la vie, il n'est autre qu'un orphelin blindé nommé Bruce Wayne. 

- Catwoman est celle qui porte des oreilles de chats, une combi en latex et un fouet. Une sorte de Fantômette devenue adepte des boîtes échangistes en grandissant. Rusée et aussi leste qu'un chat de gouttière, elle fait partie des ennemis de Batman, mais n'est pas 100 % méchante non plus. D'ailleurs, les deux oiseaux de nuit aiment bien se tourner autour.    

- A ne pas confondre avec la précédente, Batwoman n'est pas non plus la femme de Batman. Selon les versions, elle est soit l'une de ses alliées, soit sa remplaçante à Gotham lorsqu'il s'en éloigne, soit sa cousine gouine. Ses couleurs : le rouge et le noir. Comme les deux personnages dont on a parlé plus haut, elle mène une double vie et n'a pas de capacités surnaturelles. Kate Kane, alias Batwoman, est forte parce qu'elle a suivi des entraînements militaires et parce que des épreuves personnelles lui ont laissé la rage de vaincre.  

- La figure de Batgirl semble faire référence à deux personnages distincts : d'une part, Bette Kane, la cousine de Batwoman. Mais elle est aussi appelée Flamegirl... C'est d'ailleurs le cas dans la BD dont nous allons parler aujourd'hui. D'autre part, Barbara Gordon, la fille du chef de la police de Gotham, James Gordon. On la connaît aussi sous le nom d'Oracle. Quel foutoir ! 

Heureusement, dans le tome 1 de la série Batwoman, sorti en 2012 des crayons de J.H Williams III et W. Haden Blackman, on n'a pas besoin de maîtriser tous les secrets de famille de l'univers DC pour y trouver son compte. 

L'histoire 

Qui se cache derrière le masque et la tignasse rouge de Batwoman ? Batman soupçonne à raison Kate Kane. une jeune femme d'apparence ordinaire mais dont les habitudes de vie trahissent des nuits anormalement mouvementées. Et pour cause : dès qu'elle le peut, elle ratisse Gotham pour nettoyer la ville de ses malfaiteurs. 

Au moment où commence Hydrologie, elle a fort à faire, puisqu'elle enquête sur les meurtres de six enfants et la disparition de douze autres qui ont, semble-t-il, été "capturés" par la Llorona, un esprit vengeur dont la spécialité est de noyer des gosses. Elle n'est pas la seule sur le coup : la détective Sawyer basée à Gotham, et l'agent Cameron Chase venue de New-York entendent bien prendre l'affaire à leur compte, chacune dans son coin. Trois enquêtrices sur une même affaire, c'est un coup à se marcher dessus ! A moins que Chase ne se soit pas déplacée (que) pour ça...

En parallèle, Kate vit en coloc avec sa cousine Bette alias Flamegirl, et s'apprête à la former au combat. Mais la jeune recrue estime avoir déjà un bon palmarès et n'a pas envie de repartir de zéro. L'autorité de Batwoman est mise à mal par cette cousine un peu insouciante et prompte à mettre les pieds dans le plat _en demandant, par exemple, pourquoi Kate refuse de parler à son père _sujet sensible s'il en est.

Heureusement, la justicière masquée sait se ménager des moments de détente en entretenant une idylle mal barrée mais marrante avec la détective Sawyer. Cette dernière compte identifier Batwoman afin de la balancer à l'Agent Chase, convaincue qu'elle va la gêner dans son boulot. C'est la séquence Signé Cat's Eyes de la BD.  


Ce moment où tu te demandes toujours comment se démerde Quentin Chapuis (déjà lol) pour ne pas reconnaître Tam Chamade sous sa pauvre combi vert canard de Cat's Eyes, la nuit d'avant.


"Batwoman ? Mince alors, elle existe !"

Hydrologie marque le début d'une série qui promet de partir dans tous les sens, et où l'action risque fort d'être influencée pour le meilleur et pour le pire par l'"humanité" de tous ces personnages : besoin de reconnaissance et de liberté des uns, fierté et carriérisme des autres... tout cela ne nous dit pas où sont passés les enfants ! 

Batwoman vue par Batman 

Afin que les novices ne se sentent pas trop perdus, W. Haden Blackman a écrit un chapitre introductif dans lequel il met en scène Batman en mode stalker, occupé à observer Kate Kane dans son quotidien. Il nous partage tout ce qu'il note scrupuleusement dans un petit carnet. Ce procédé narratif nous permet d'avoir un portrait assez complet de l'héroïne sous ses "deux identités", et de connaître son passé de militaire. On apprend également qu'elle a perdu sa mère et sa sœur jumelle tragiquement, et l'hostilité qu'elle affiche envers son père le colonel Kane est en lien avec ce drame familial. 

Ces éléments sont suffisants pour accepter l'idée que la fille soit perchée au point de revêtir un masque, un costume rouge et noir, de poser des rajouts ondulés à son carré auburn habituel... avant de s'élancer incognito dans les rues de Gotham pour protéger le peuple des rageux. 

Bonus Rainbow


Dans l'univers DC, Batwoman est l'une des principales représentantes de la communauté LGBTQIA+%*#@. Je serais pour dire qu'on s'en fout un peu, mais le fait est que dans Hydrologie, son orientation sexuelle joue un rôle puisque son histoire avec l'inspecteur Sawyer interfère avec ses missions secrètes. On se doute qu'elle va devoir faire preuve de vivacité d'esprit dans les prochains tomes si elle veut ménager la chèvre et le chou. De plus, elle a été virée de l'armée pour homosexualité, donc c'est un détail important qui ne peut être passé sous silence. Les lecteurs apprécieront qu'on n'épilogue pas plus que ça sur ce qu'elle fait de son cul. Le dessinateur est resté assez classe dans sa façon de traiter le sujet, on n'a jamais l'impression que les planches vont virer au film porno _ une fois n'est pas coutume.  

Représenter une minorité ne fait pas de Batwoman une super-héroïne préservée de tout défaut : on remarquera que la fille a quand même des tendances control-freak, avec sa cousine notamment qu'elle prend un peu pour son trouffion. Même si Bette fait parfois les frais d'une certaine frivolité, on comprend tout à fait qu'elle décide de claquer la porte, à moment donné. Si j'avais été à sa place, je crois que j'aurais pété un câble à la page 28, au moment où Kate annonce très détendue qu'elle a brûlé le costume de Flamegirl. Le respect des aînés, ça va bien deux minutes ; mais la "bleue" a quand même fait partie des Jeunes Titans, l'air de rien. 

                                     

Le rouge et le noir 

Je n'ai pas une grande mémoire des noms pour les scénaristes, dessinateurs et coloristes de BD ; mais je ne pense oublier ni J.H. Williams, ni Dave Stewart. Le dessinateur et le coloriste de cet album ont su rendre séduisant un début de série qui, forcément, et riche en infos sur les personnages et un peu moins en action. Si Batwoman était un puzzle, on pourrait dire qu'on en est à la phase de tri des pièces ; nul doute que tout s'éclaircira bientôt, mais en attendant, on reste un peu perplexe face à cette histoire de fantôme marin kidnappeur d'enfants. Mais l'alliage de couleurs pimpantes_ avec une dominante de rouge et de noir, à l'obscurité de Gotham est vraiment réussi. Le découpage irrégulier des vignettes est à l'image du bordel ambiant, et laisse la part belle aux scènes d'action, de combat, au déploiement de l'esprit vengeur, qui émerge par moments comme une sorte de poulpe translucide. Aujourd'hui, c'est la forme du comics qui m'a poussée à le lire, le terminer et à avoir envie de continuer la série ; cela m'arrive assez rarement. Après, à vous de vous faire votre propre avis ! 













CDI Collège : pourquoi pas en 4°/3°, mais pas en libre accès. Un peu de violence et de scènes de drague pas trop adaptées (je précise qu'il n'y a rien d'homophobe là-dedans, j'aurais dit la même chose si Batwoman avait chopé des mecs).  

CDI Lycée : OK 


J.H WILLIAMS ; W HADEN BLACKMAN. Batwoman - 1 - Hydrologie. Urban Comics, 2012. Collection "DC Renaissance". 144 p. ISBN 978-2-3657-7062-0