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vendredi 8 mai 2026

[MANGA] Bonne nuit Punpun - Inio Asano

Face aux aléas de la vie, enfants et adultes ne réagissent pas de la même manière.

Bonne nuit Punpun - 1 


Depuis les vacances d'octobre 2025, je suis en train de m'envoyer tous les épisodes du podcast BD One Eye Club dans l'ordre chronologique de leur parution _actuellement, j'en suis à 2014. Du coup, un bon nombre de titres se sont retrouvés d'un coup dans ma pile à lire, dont le tome 1 de Bonne nuit Punpun, un drôle de manga ! 

Punpun Punyama est un écolier parmi tant d'autres, à ceci prêt qu'il a un faciès de poussin démarré (ce qui n'est pas pour me déplaire) et semble incapable de parler. Cela ne l'empêche pas d'être parfaitement intégré dans sa bande de copains, avec qui il regarde des films pornos, d'avoir une amoureuse, des rêves de voyages... et de se branler sur tout ça. 

Sa vie bascule lorsque son père est arrêté pour avoir violenté sa mère au point de l'envoyer à l'hôpital. En l'absence des parents, c'est son oncle Yuuichi, un poulet plutôt ouvert et sympa, qui s'occupe de lui. Comme beaucoup d'enfants pour qui la vie n'est pas rose, Punpun s'efforce d'avancer sans réfléchir en mode "tout va bien", mentant à tous y compris à lui-même, porté par son amourette pour Aiko.  

On arrive à ce moment frustrant où on se rend compte que malgré la richesse des thèmes abordés et la beauté du dessin, tout en détail et parfois proche du réalisme, cette série ne pourra pas être mise entre toutes les mains : les représentations de la violence, les allusions au sexe et les propos crus ne correspondent pas aux plus jeunes.

Un manga intrigant, parfois malaisant, qui m'a fait un peu penser à Sunny _ je ne saurais dire pourquoi, le graphisme n'ayant rien à voir.. C'est pas pour les gamins ! 


Bonne nuit Punpun - 2 - 2012


Pourtant très convaincue par le début de l'histoire de Punpun, un enfant-poulet végétant  au milieu d'une famille instable et en périphérie d'une bande d'amis turbulents, j'avais mis en stand-by la lecture de ce manga ô combien déroutant. C'est au détour d'une sortie pédagogique avec la classe inscrite au projet Jeunes en Librairie que j'ai eu envie de m'y remettre, la libraire l'ayant présenté aux élèves comme l'une de ses séries préférées. 

Résumé : 

Punpun profite des vacances pour faire les quatre cents coups avec ses copains ; il se rapproche de plus en plus d'Aiko, qu'il aime de façon obsessionnelle. Mais la petite fille, également très attachée à lui, lui demande beaucoup et ça l'effraie : jusqu'où peut-il aller pour elle sans se mettre en danger ? Que se passera-t-il s'il ne se montre pas à la hauteur ? 

Aussi, lorsque la fine équipe se lance à l'assaut d'une usine désaffectée pour y trouver un trésor et/ou un fantôme, Punpun a hâte que les démonstrations de courage se terminent... 

En parallèle, la mère de Punpun s'apprête à sortir de l'hôpital, mais elle semble encore fragile. L'oncle Yuuichi reste vivre avec eux, le temps que tout rentre dans l'ordre.  

Avis :

Tendre, cru, dérangeant.

Cette suite immédiate du tome 1 est encore plus introspective : le dessin nous fait entrer dans le monde intérieur de Punpun, déboussolé par une situation familiale peu sécurisante. Il est de moins en moins dupe des cachotteries des adultes qui l'entourent, et il a déjà bien compris qu'il ne pouvait pas leur faire confiance, et cela le contraint à gérer seul ses drames d'enfant. Le sentiment diffus de malaise qui pèse sur le manga depuis le début ne cesse de s'amplifier et de nous intriguer ; il est accentué par le réalisme sombre des décors, les mines étranges voire grimaçantes des personnages, toujours en contraste avec la face de poussin toute simple du héros. 

Inio Asano parvient à parler efficacement de santé mentale et de sentiments dans l'enfance, période terrible où la moindre parole prend des proportions dramatiques ! 

Bonne nuit Punpun - 3 (2012)


Deux années sont passées. Punpun va au collège, il s'est mis au badminton et a changé de nom de famille : autant dire que beaucoup de choses ont changé dans sa vie ! Mais d'autres, non. Son obsession pour Aiko demeure intacte et le ronge d'autant plus qu'elle a maintenant un copain ; sa bande d'amis déglingués par leurs propres problèmes continuent d'égayer son quotidien. Et surtout, Punpun ne comprend toujours pas ce qu'il fout sur Terre !

Il partage son espace vital avec sa mère et avec son oncle Yuichi, sans se douter qu'il éprouve autant de difficultés relationnelles que ce dernier : l'un a le coeur brisé et n'arrive pas à détester son rival, l'autre se sent sale dès qu'il tente d'approcher un femme et fait tout capoter lorsqu'une opportunité se présente à lui. 

Ce troisième tome est moins insoutenable que le précédent, même si son atmosphère reste lourde et tendue. Il est très introspectif et accorde beaucoup de place au personnage de l'oncle Yuichi, l'"adulte responsable" de la famille, dont personne ne soupçonne les failles.

Les dessins sont toujours d'une finesse époustouflante, précis comme des souvenirs marquants. 

On sait que la suite va être dure, qu'on va avoir des révélations fracassantes, que non, l'éclaircie n'est pas pour demain, mais on continuera quand même parce que les personnages deviennent super attachants. 


Références des mangas évoqués : 

Bonne nuit Punpun - 1 - Inio Asano. Big Kana, 2012

Bonne nuit Punpun - 2 - Inio Asano. Big Kana, 2012

Bonne nuit Punpun - 3 - Inio Asano. Big Kana, 2012

mardi 28 avril 2026

[ROUX COOLS] Mortelle Adèle - 1 "Tout ça finira mal". Mr Tan ; Miss Prickly (2012)

La rousse la plus célèbre des cours de récréation depuis quelques années. 


Mortelle Adèle - 1 - Tout ça finira mal 

Mr Tan, Miss Prickly 

Bayard Jeunesse, 2012 


Depuis quelques années, les élèves s'arrachent les Mortelle Adèle quand ils viennent au CDI ; face à un tel phénomène, il a bien fallu s'y mettre ! 

Des couettes, un chaton dans les bras, une taille de hobbit, une jupe d'uniforme... on ne se méfie pas une seule seconde de la petite Adèle. Et pourtant, on devrait : cette enfant a toujours une idée sordide (et souvent très drôle aussi) derrière la tête !  

Adèle a des parents attentionnés qu'elle taille dès qu'elle en a l'occasion, des camarades de classe, un amoureux qu'elle adore tyranniser ; pourtant, sa vie est un enfer, puisqu'elle déteste tout et tout le monde (ou presque) ! "Tout ça finira mal" est une succession de gags qui tiennent sur une ou deux pages, au cours desquelles on apprend à connaître cette héroïne très créative dans ses diableries et surtout très lucide sur le monde qui l'entoure. Faisant fi de l'autorité, Adèle n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat pour dénoncer les failles des adultes  _sans jamais dire aucun gros mot, soit dit en passant. Fuyez, Ariol, Tchoupi et autres gentils Pyjamasques, vous n'êtes pas prêts à assister à une dissection de poupée, ou à l'expédition à la benne d'un chaton (pas du tout) mort !

D'abord un peu réticente sur l'aspect de la BD, notamment sur le choix d'un petit format et sur la typographie des bulles, j'ai vite été entraînée par le ton peu conventionnel et l'humour noir de cette héroïne. Bien pire que la Helga Pataki de Hé Arnold, pas encore aussi siphonnée que la Villannelle de Killing Eve, Adèle vous déstabilisera tout en restant attachante _comme beaucoup de vrais enfants, en fait !  

On appréciera la présence de quelques planches relayant des propos féministes, c'est toujours bon à prendre. 


Il est important de savoir que Mr Tan a inventé ce personnage lorsqu'il était enfant, pendant une période où il se faisait harceler à l'école : avant d'arriver dans nos librairies et de faire rire les gosses, Adèle a été un exutoire pour son auteur. Je trouve ça vraiment fort, comme histoire ! 

On a déjà parlé de Mr Tan, Antoine Dole de son vrai nom, dans le billet consacré à son roman intitulé Naissance des coeurs de pierre. 


mardi 3 mars 2026

[ROMANS POLICIERS] Les Disparues de la Saint-Jean. Laurent Cabrol (2004) / La tête la première. Sarah Bouzereau (2012)

Deux livres qui parlent à leur manière des drames sordides qui se jouent dans l'ombre, à l'abri des regards, derrière des portes fermées à clefs, et qui ne finissent jamais par être percés à jour, à moins que le hasard ne s'en mêle ! 

Les Disparues de la Saint-Jean 

Laurent Cabrol (çui-là de Téléshopping)

De Borée, 2004 




1960, dans le Tarn. 

En faisant le rapprochement entre trois disparitions de jeunes filles survenues le soir de la Saint-Jean, à quelques années d'intervalle, le journaliste Justin Gilles vient de jeter un pavé dans la mare. Personne dans le Sidobre, d'où étaient originaires les victimes, n'avait jamais envisagé l'hypothèse d'un tueur en série. Ni les familles, ni les enquêteurs... et c'est là que le bât blesse. C'est pour cette raison que le localier de La Montagne Noire, riche de ses archives, tente d'attirer l'attention sur ces affaires non résolues. 

Le dossier est pris en charge par le juge Fontaine, et l'enquête est relancée par le capitaine Beau, deux hommes impactés par des épreuves difficiles ; les soupçons se portent rapidement sur le jeune Christophe Solal, un berger solitaire et taciturne qui vit à l'écart du village avec sa mère Madeleine, une femme endurcie par la perte de son mari. Très vite, il passe aux aveux et se retrouve incarcéré en l'attente de son procès. 

Mais Justin Gilles n'est pas convaincu : c'est presque trop facile, tous les éléments ne "collent" pas. Et si le berger était innocent ? 

Les Disparues de la Saint-Jean est à la fois un roman policier et un roman régional ; l'enquête m'a bien plu dans le sens où on voit à quel point le parcours d'une personne peut influer sur son discernement, sur l'interprétation qu'elle donne aux faits, sur les décisions qu'elle prend... Le personnage du journaliste "lanceur d'alerte" Justin Gilles est bien réussi, toujours où il faut quand il faut, sans jamais être trop intrusif. 

Généralement, je ne suis pas très lectrice des romans de terroir, je trouve qu'ils entrent dans la vie rurale et dans les techniques agricoles avec de trop gros sabots (ahah). Mais c'est ce qui fait leur charme et leur utilité _qui en parlerait sinon ? 

Je suis tombée sur celui-là lorsque j'ai passé quelques semaines chez mes parents au mois d'avril, à la mort de ma sœur. Il traînait au milieu des affaires de mon arrière grand-mère, à qui les gens offraient systématiquement des histoires du monde paysan, lorsqu'ils venaient la voir chez nous. 

Les Disparues de la Saint-Jean a été assez prenant pour réussir à m'extraire de la dure réalité pendant quelques heures, signe qu'il mérite d'être recommandé !  


La tête la première 

Sarah Bouzereau 

Editions Thot, 2012 



Perdu en pleine campagne provençale, le Hameau des Rosiers recense un nombre particulièrement élevé de morts "accidentelles" ces derniers mois : Arnaud, un jeune avocat fraîchement installé avec sa femme Juliette.. Hector, un papy dont la veuve semble bien pressée de mettre les voiles... Gaspard, Mireille, Jacques.. tous employés au Petit Gourmand, le restaurant du coin, et tous dans la force de l'âge... 

L'ex-commissaire Alain Ratiniez _il vient de prendre sa retraite_ est fort intrigué par les événements ; il se rapproche de Juliette et de sa voisine Yvette (la veuve d'Hector), constatant qu'elles s'entendent bien, afin d'en savoir plus. Mais il doit bien reconnaître que ses entrevues avec les deux femmes endeuillées n'ont souvent ni queue ni tête ; mêmes les longueurs parcourues inlassablement à la piscine municipale, pourtant propices à la réflexion, sont d'aucun secours à ce nageur aguerri... 

Ce premier roman de Sarah Bouzereau, comédienne, nous entraîne plus dans la psychologie des habitants de petits villages que dans une véritable enquête policière _même si au final, tout s'emboîte bien ! Sec, efficace, construit autour du personnage un peu "femme fatale" de Juliette, avec des petites touches d'humour noir, il se lit vite et me paraît accessible dès la fin du collège. J'ai pas trop accroché au délire fantastique autour d'une photo ancienne qui vient s'incruster sans trop d'intérêt dans l'histoire, mais pourquoi pas ! Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis sentie dans l'ambiance de la série P'tit Quinquin de Bruno Dumont. 


vendredi 26 décembre 2025

[MANGAS] Les deux Van Gogh - Hozumi (2012) / Bride Stories - 1 - Kaoru Mori (2011) / Les aventures de Maria Mantegazza - 1 - Femme pilote - Seiho Takizawa (2024)

Par moments, j'ai l'impression d'être une toupie lancée à toute vitesse, incapable de s'arrêter, sans garde-fous, sans aucune prise sur rien. Bientôt neuf mois sans Marine, le choc reste insurmontable. Fuir permet de tenir le coup provisoirement. S'enfermer dans un univers où on peut se donner l'impression qu'il ne s'est rien passé... ça reste une béquille comme une autre, ni plus ni moins. Mais ça ne résout pas le problème, et un jour il faudra bien faire face, se casser les dents sur la réalité. Je refuse d'y penser pour l'instant, c'est trop dangereux. J'ai hâte que les fêtes se terminent, et en même temps cela ne me tente pas d'attaquer une nouvelle année sans ma sœur. 


Les Deux Van Gogh
Hozumi 
Glénat, 2015 

Photo : site de Glénat


On aurait tellement envie de croire à cette "biographie fictive" _ mais peut-être pas tant que ça, qui sait ?... de la vie de Théo et Vincent Van Gogh ! 

Vincent Van Gogh et son frère Théo sont aussi différents que complémentaires : le premier est un artiste talentueux, présenté ici comme rêveur et candide, le second est un marchand d'art audacieux, déterminé et fin connaisseur. Mais Théo est avant tout le premier fan de Vincent ; il s'est donné comme mission de lui permettre de développer son art, d'en vivre et de faire reconnaître son génie.

Nous voilà donc plongés dans le Paris du XIX°siècle, entre les galeries d'art, les cercles hermétiques de peintres qui se revendiquent de courants bien précis, et une population qui ne demande qu'à se sentir concernée. Théo travaille pour son oncle à la galerie Goupil et Cie, et il a grande envie de donner un coup de pied dans la fourmilière, histoire de décloisonner tout ça. L'arrivée de ce jeune premier très sûr de lui ne plaît pas à tout le monde : Toulouse-Lautrec et Gérôme ne tardent pas à lui voler dans les plumes. Tandis que Van Gogh s'impose peu à peu parmi ses pairs, un mystérieux clochard arrive à Paris... 

Hozumi prend le parti de faire de Théo Van Gogh le personnage principal de son manga. Ce point de vue a du sens : après tout, dans la réalité, il s'est avéré que Théo gérait son frère matériellement et humainement. Sans lui, rien n'aurait été possible, en fait. C'est pas dommage qu'on en parle, même de façon romancée. 

Mais Les Deux Van Gogh, c'est avant tout l'histoire de deux frères que tout opposait, et qui avaient réussi à se construire l'un par rapport à l'autre sans jamais cesser d'être unis, sans jamais se laisser corrompre par la rivalité. C'est beau à lire. Le hasard a voulu que je tombe sur ce manga seulement quelques jours avant la mort de Marine. 

Récompensé au Prix Mangawa en 2016. 

Ca passe au CDI (collège et lycée), en précisant bien qu'il s'agit d'une œuvre de fiction. 



Bride Stories - 1

Kaoru Mori 

Ki-Oon, 2011

Photo : site de la Fnac

On aborde le thème du mariage arrangé avec ce premier tome du manga Bride Stories ! 

L'histoire débute dans un petit village situé près de la mer Caspienne, en Asie Centrale, au XIX°siècle. On vient d'y célébrer le mariage d'Amir, 20 ans, et du petit Karluk, 12 ans. Le dépaysement est total pour la jeune mariée, qui a dû quitter sa famille pour une autre : même si petits et grands l'accueillent à bras ouverts, leurs coutumes sont bien différentes des siennes. Pourtant, grâce à sa bonne humeur constante _et à ses multiples talents d'archère, de brodeuse, d'artiste... Amir ne tarde pas à s'intégrer et à se faire aimer de tous ; elle arrive même à donner le change efficacement avec Karluk, forcément intimidé par cette épouse avec qui il ne peut pas partager grand chose, à première vue. 

Alors qu'elle commence à s'habituer à sa nouvelle vie, Amir se reprend en pleine face son statut de monnaie d'échange : les hommes de son clan d'origine refont surface afin de la récupérer. Ils souhaitent rompre le mariage arrangé avec Karluk afin de pouvoir l'offrir à un autre homme, plus puissant et mieux pourvu en terres. 

Mais le père de Karluk ne l'entend pas de cette oreille ; d'autant qu'Amir se plait bien dans sa nouvelle famille. 

Depuis toutes ces années à entendre parler de Bride Stories _c'est ma tutrice de stage qui a été la première à me le conseiller, autant dire que ça date_, j'ai eu le temps de me faire des représentations sur ce manga, que j'imaginais beaucoup plus triste et déprimant qu'il ne l'est en réalité. C'est assez troublant de voir que le sort d'Amir et de Karluk ne suscite aucun mouvement de contestation chez les principaux concernés, tant la tradition est ancrée dans le quotidien : c'est comme ça, on s'adapte. Mais on s'imprègne rapidement du contexte d'époque et se laisse porter par la ribambelle des petits frères et sœurs de Karluk, toujours prêts à faire des conneries (et souvent pertinents dans leurs remarques). Le dessin est d'une grande finesse, c'est de la dentelle en manga ! 

Lecture à suivre... 


Les aventures de Maria Mantegazza - 1 - Femme pilote

Seiho Takizawa 

Paquet, 2024 - "Cockpit collection"

Photo : site de la Fnac

A bord de son avion De Haviland DH.9A, Maria Mantegazza vole à travers le monde pour remplir les missions que son patron lui confie (livraisons, transports de personnes..). On est au début des années 1920 : à cette époque, l'aviation de commerce se développe doucement, et les femmes pilotes ne sont pas nombreuses. 

La Première guerre mondiale a laissé derrière elle son lot de tensions et d'intrigues ; aussi Maria se trouve-t-elle souvent mêlée à différentes histoires d'espionnage, de vols et de trafics d'armes, de chamailleries entre vrais-faux héros de guerre... 

Cependant, elle prend bien garde de toujours rester à distance, car ses motivations sont ailleurs : Maria a pour objectifs de 1) retrouver son père, un membre des services secrets britannique disparu sans laisser de trace, et 2) voler, tout simplement voler à sa guise. 

Cette position de "spectatrice", indifférente aux problèmes de son temps, m'a empêchée de vraiment adorer ce 1er tome des Aventures de Maria Mantegazza, qui est par ailleurs original et très intéressant à bien des égards : il se situe dans les années 1920, une période peu couramment évoquée en BD (me semble-t-il), aborde le domaine de l'aviation _rare aussi, et met en scène une héroïne jeune et indépendante... mais qui ne semble vivre que pour et à travers un daron mis sur un piédestal.. 

Maria n'est pas la pilote féministe-vénère que je m'étais figurée, avant de commencer la lecture ; cela dit, elle n'est pas non plus du genre à se laisser marcher sur les pieds lorsqu'elle entend une remarque misogyne. Elle réagit comme une femme pouvait le faire à l'époque, en fait. 

Autre point très positif, le dessin de l'aviatrice n'est pas hyper-sexualisé (je m'attendais au pire quand elle a commencé à se fighter à poil au bout de 15 pages, mais ça va, c'était un épisode isolé). 

1er tome d'une série de 8 (pour un manga c'est pas si pire !) que je suis curieuse de lire.  


vendredi 15 août 2025

[BD Jeunesse] Klaw - 1 - Jurion / Ozanam (2017) // Espions de famille - 1 - Gaudin / Ronzeau (2012)

Parce qu'il va bientôt falloir se remettre au boulot... 

Parce que je ne suis pas fâchée que cet été difficile tire vers sa fin, tranquillement... 



Voici deux présentations de BD pour la jeunesse.  

Klaw 1 - Eveil 

Jurion / Ozanam 

Le Lombard, 2017


Ange Tomassini a beau être le fils du patron d'une grande entreprise de poisson surgelés (du moins c'est ce qu'il croit), et rentrer du collège avec un garde du corps, cela ne s'empêche pas de se faire tyranniser par d'autres élèves. Et bien qu'il ait le pouvoir de se transformer en tigre sous le coup du stress ou de la colère, cela ne lui sert pas à grand chose car il n'a aucun contrôle sur ses mutations. 

Une altercation à la piscine a priori anodine entre lui et le copain de la fille qu'il aime va avoir des conséquences tragiques : il devient vital pour lui d'en savoir plus sur son identité et d'éclaircir les zones d'ombres de la famille Tomassini. Heureusement, il peut compter sur l'aide de Dan, son garde du corps et ami, pour apprivoiser l'esprit du tigre qui s'est logé en lui. 

"Eveil" constitue la base d'une série de 15 albums, et utilise l'action pour nous faire découvrir un univers bien énigmatique ; on va de révélation en révélation avec le héros... même si parfois, les ficelles son un peu visibles. L'inspiration des histoires de super-héros est assumée, et c'est mieux ainsi. 


Espions de famille - 1 - Bon baisers de papy 

Thierry Gaudin, Romain Ronzeau

BDkids, 2012



Amédée Caillebotis, alias B707, a été espion au service de l'Etat dans les années 60. Même s'il est à présent un peu rouillé et qu'il a rangé depuis longtemps les fléchettes hypodermiques qui ont fait sa renommée, il aimerait bien que son petit fils Alex le voie autrement que comme le papy décrépit qu'on aime bien mais qu'on trouve aussi un peu gênant. 

Alors, certes, Amédée n'aurait pas dû s'inviter à la fête d'anniversaire où Alex était sur le point d'aborder la jolie Leïla. Certes, il n'aurait pas dû l'appeler "biquet" devant ses copains. Certes, il n'aurait pas dû péter en huit sa console de jeux. Certes, il n'aurait pas dû faire  tout ça dans la même journée... 

Mais tout de même, il n'y a pas de quoi faire la tronche indéfiniment ! 

B707 va faire appel à ses anciens acolytes des Anges de Charles, et simuler sa disparition. Leur petite mise en scène va impressionner Alex, et surtout Leïla ! Mais elle va aussi arriver aux oreilles de Mordicus, l'ennemi juré de B707, qui fomente sa vengeance depuis des décennies. Lorsque les parents et la soeur d'Alex disparaissent, Papy comprend tout de suite que cette fois-ci, ce n'est pas une blague...

Une BD jeunesse qui reprend avec humour les codes de James Bond, sans trop en faire. Le message anti-âgiste est appréciable (ça m'a rappelé vite fait Octofight, en beaucoup plus soft ahah), et les portraits d'ados sont bien réussis. Lors d'un événement Babelio, le scénariste Thierry Gaudin nous avait expliqué qu'il avait été CPE et que son expérience transparaissait sans doute dans ses histoires. Il avait aussi parlé de son attachement à traiter les liens intergénérationnels, notamment l'éloignement des jeunes et de leurs grands parents à l'adolescence. 

Les dessins sont de Romain Ronzeau, tout en finesse, la valeur sûre. 


dimanche 16 mars 2025

[LITTERATURE JEUNESSE] Le petit peintre de Florence - Pilar Molina Llorente (1989) / Victoria rêve - Timothée de Fombelle (2012)

Pourquoi elle ?

Pourquoi elle, qui ne fume pas, qui ne boit pas, qui n'a aucune conduite à risque, qui n'a jamais emmerdé personne ? 

Est-ce qu'elle a toujours eu cette saloperie en elle ? Est-ce que ça vient du stress au travail, des produits qu'elle inhale dans l'entreprise de nettoyage où elle bosse...? Après tout, deux autres de ses collègues ont aussi un cancer ? 

Est-ce qu'il y a eu des signes qu'on n'a pas su voir plus tôt ? On s'est tellement concentrés sur les petits qu'on l'a oubliée, elle, une fois de plus. On n'a jamais trop prêté attention à ma sœur, dans la famille : elle n'a jamais été que "la deuxième"... Il a fallu qu'elle soit gravement malade pour qu'on se soucie de son sort. 

Est-ce que je suis trop stressante ? Je m'impose aux rendez-vous d'oncologie, parce que je sais que personne ne l'accompagnera, sinon ; à chaque fois, on nous annonce une nouvelle complication. Ca me paraît mieux qu'elle ne soit pas seule dans ces moments-là, mais est-ce que ma présence ne l'oppresse pas, est-ce qu'elle ne le vit pas comme une entrave à sa liberté ? Elle ne dit rien de tel quand je le lui demande, mais je sais que ma façon de pester contre les médecins, contre les délais de résultats de biopsies, d'IRM, contre toute cette cortisone pour rien !! l'agace : souvent, elle me coupe sèchement en me disant qu'elle n'est pas la seule dans ce cas, il faut que je fasse confiance au corps médical, et à elle aussi. Je ne sais plus si son énervement est réellement le sien, ou si c'est un effet secondaire du traitement.. ?

Pourquoi est-ce qu'elle vit sa meilleure vie, elle, cette truie qui l'a cassée en huit ? "On ne la voit plus trop, elle est peut-être bien partie", me dit ma mère, sans doute pour que j'arrête de la torturer avec "cette histoire". Elle devrait se détendre. Si j'avais les couilles de flinguer une vieille criminelle, ça se saurait... et ce serait déjà fait.

Trop de questions nous parasitent jour et nuit. On sait très bien qu'on n'aura pas la réponse pour la plupart d'entre elles.. quelle peut bien être l'origine d'un cancer du sein ?.. mais on ne peut jamais s'en débarrasser complètement. Sans doute servent-elles aussi à nous détacher de l'écrasante réalité : nous ne vieillirons pas ensemble. 

Pour l'instant, on est perdus au milieu d'un tunnel dont on ne voit pas le bout. Je dois bien reconnaître que ces temps-ci, les livres me sont d'un grand secours. Je n'y avais jamais vraiment cru, et pourtant, ils peuvent faire brillamment figure d'échappatoire !

Voici deux petits romans qui me semblent parfaits pour des collégiens petits lecteurs : 


Le petit peintre de Florence 

Pilar Molina Llorente

1989. 

Photo : édition Livre de Poche, 2002



On pourrait se dire que le petit Arduino a bien de la chance de grandir à Florence au XVème siècle, alors que la ville est considérée un peu partout dans le monde comme la capitale des arts et du raffinement. Pourtant, sa vie n'est pas si simple : né dans une famille de tailleurs et habitué depuis toujours à jongler entre les étoffes, il n'a aucune appétence pour la couture et n'aspire qu'à devenir peintre. 

Son père accepte à contrecœur de le confier comme apprenti à Maître Cosimo, un artiste reconnu ; ainsi, il pourra voir si ses chances dans ce métier son réelles. D'abord fou de joie, Arduino est rapidement déçu : Cosimo est peut-être un grand peintre, mais il n'est pas très pédagogue (et pas très aimable non plus). Les autres apprentis ne sont guère accueillants, et avoir pour seule mission de balayer l'atelier, ça va bien deux minutes.

Mais contrairement à ses petits camarades, Arduino est curieux et observateur : il a compris qu'il se tramait quelque chose d'étrange, dans le grenier du Maître. Un nuit, il prend son courage à deux mains et va voir ce qui se passe là-haut. Il découvre Donato, un ancien apprenti emprisonné sous les combes depuis des années. Son crime ? Etre trop talentueux pour Cosimo, qui a toujours craint que le jeune homme ne lui fasse de l'ombre...

Un roman jeunesse très court, idéal pour des élèves de cycle 3 ou des collégiens petits lecteurs ; il se lit vite et facilement, mais fait réfléchir sur des sujets importants : la liberté, le dilemme entre intérêt général et intérêts personnels, la condition des femmes pendant la Renaissance, les rivalités..




Victoria rêve 

Timothée de Fombelle 

Gallimard Jeunesse "Folio Junior" 

Avant de sortir tout récemment en format poche, ce roman court de Timothée de Fombelle a d'abord été publié dans le numéro 339 de Je Bouquine (2012).

Victoria mène une existence ordinaire, à son grand désespoir, entre des parents gentils mais sérieux, et une soeur aînée qui joue les grandes. Leur petite maison n'est ni mieux ni moins bien que toutes celles qui peuplent la ville (beaucoup trop) calme de Chaise-sur-le-Pont. Pour combler son manque de fantaisie, Victoria lit beaucoup et s'invente des aventures, dans lesquelles ses camarades de classe se gardent bien de s'embarquer.

Pourtant, depuis quelques jours, il se passe des choses étranges autour d'elle, et pour une fois, elle ne rêve pas : ses livres disparaissent petit à petit, la grande horloge de la maison s'est volatilisée dans d'indifférence générale ; elle vient de surprendre son père habillé en cow-boy _ce qu'il ne fait jamais, et, pour couronner le tout, son pote le petit Jo est persuadé qu'elle seule sait où sont cachés "les trois Cheyennes" (alors que non, elle n'en sait rien). 

D'autres fillettes se seraient inquiétées de tant de phénomènes incongrus et inexplicables, mais au contraire Victoria s'en réjouit : voilà enfin la vie d'aventures dont elle rêvait. 

J'ai gobé les 80 pages d'une traite, dans le bus ! Voilà une lecture très accessible et pas trop enfantine qui présente la lecture et les mondes imaginaires comme des façons de survivre à la dure réalité. 

Difficile de dire pourquoi, mais l'héroïne m'a fait un peu penser à celle de I kill giants, un comics dont on a parlé ici (même si les deux histoires n'ont rien de comparable !!) 

jeudi 25 juillet 2024

[SERIE JEUNESSE] Les filles au chocolat (tomes 1 à 5 3/4) - Cathy Cassidy

Qu'est-ce qui m'a donné envie de lire la série de romans jeunesse Les filles au chocolat ?

L'enthousiasme de la gamine de 5ème ultra fan de l'adaptation en BD, lorsqu'elle a entrepris de me résumer le début ? Ou la façon dont le collègue avec qui j'étais à ce moment-là a toisé son album lu, relu et corné ? Sans doute les deux... La condescendance est l'une des nombreuses plaies purulentes de la nature humaine (et de l'Education Nationale, au passage). 

Bref, nous voilà partis pour une série moins girly qu'on ne pourrait le croire en regardant la couverture des livres (mais ça l'est un peu quand même), et aussi addictive qu'un sac de bonbons : on sait que ça ne va pas nous apporter grand chose d'un point de vue nutritionnel, mais on y revient toujours,  irrésistiblement. 

L'histoire 

Cathy Cassidy nous raconte le quotidien d'une famille recomposée originale à tous points de vue : Charlotte et Paddy sont deux artistes qui ont fait leur vie de leur côté avant de se retrouver pour gérer une sorte de gîte à Kitnor, un petit village anglais situé en bord de mer. La situation a poussé les quatre filles de Charlotte à accueillir une "5ème soeur" en la personne de Cherry, la fille de Paddy. Depuis que ce dernier s'est lancé dans la fabrication de chocolats artisanaux, le bed and breakfast a gagné en notoriété et les enfants _qui n'en seront bientôt plus_ doivent s'acclimater au succès naissant ; toutes mettent la main à la pâte dans la joie et la bonne humeur, mais chacune a ses propres tourments, plus ou moins bien cachés. Il pleut aussi dans le monde des Bisounours ! 

La série compte pour l'instant 9 tomes, mais elle n'est pas terminée ; chaque livre est bien la suite du précédent, mais sa narratrice ou son narrateur change. L'histoire est racontée soit par une fille de la famille Tanberry, soit par un de leurs proches. Cela permet d'avoir différents points de vue et cela nous fait prendre conscience de la différence qu'il peut y avoir entre ce qu'on laisse paraître et ce qu'on pense vraiment. 

Les filles au chocolat - 1 - Coeur Cerise (2010)

Une nouvelle vie commence pour Cherry, 13 ans : au revoir l'Écosse où elle vivait modestement avec Paddy, son père, et cap sur Kitnor, un petit village anglais situé en bord de mer. 

Tous deux vont s'installer chez la nouvelle copine de Paddy : elle s'appelle Charlotte, elle tient un bed and breakfast toujours blindé de touristes, elle est très sympa MAIS elle a déjà quatre filles à peu près de l'âge de Cherry. Alors forcément, cette dernière stresse un peu et craint de ne pas trouver sa place dans cette nouvelle famille aux allures parfaites. D'autant plus que ses complexes et son envie de plaire aux autres l'amènent à mythonner comme pas deux, au point de se fourrer dans ses situations délicates ! 

Si les petites Coco, Skye et Summer font un bon accueil à Cherry, Honey est bien décidée à lui mettre la misère. En effet, l'aînée ne digère pas le divorce de ses parents et aimerait bien voir les deux pièces rapportées rentrer dans leurs pénates. Les vacances d'été s'annoncent agitées !  

Ajoutez à cela une caravane de gitans, un beau gosse avec une guitare, des projets de chocolaterie artisanale, des adultes en mode bisounours et du crêpage de chignon (soft)... et vous avez les bases d'une série jeunesse dont on comprend le succès. 

Les filles au chocolat - 2 - Coeur Guimauve

Skye Tanberry prend le relais de l'histoire, qui débute sur la soirée d'Halloween, soit quelques semaines après les dernières événements de Coeur Cerise. Skye est l'une des deux jumelles. Plus discrète, moins "parfaite" que Summer, la danseuse qui illumine son monde, elle peine parfois à imposer son point de vue dans cette grande famille et préfère se réfugier dans ses rêves. Jusqu'à présent, cela ne lui posait pas de problème, mais maintenant qu'elle grandit, elle commence à l'admettre : Summer lui fait de l'ombre. Pour elle, c'est une souffrance de voir ses meilleurs amis la délaisser pour sa jumelle plus populaire. 

Mais voilà encore autre chose : Charlotte et Paddy ont retrouvé dans le grenier du gîte une malle contenant les effets personnels de Clara, une ancêtre de la famille disparue tragiquement. Skye est friande de vieilleries et de mystères, et elle récupère des vieilles robes et un paquet de lettres. Peu après, elle est prise de visions étranges et se demande si elle ne serait pas un peu possédée par l'esprit de Clara. 

L'histoire est racontée par une fille de douze ans, le ton du livre est donc inévitablement plus enfantin que le précédent. Du coup, j'ai un peu moins accroché, mais il reste très agréable à lire. Il est notamment intéressant parce qu'il parle de l'évolution de la relation de deux sœurs jumelles qui se ressemblent de moins en moins, et qui ont l'impression de ne plus vraiment se connaître. Le petit côté fantastique est très bien dosé ! 

Les filles au chocolat - 3 - Coeur Mandarine

C'est bientôt l'été à Kitnor, et les vacances s'annoncent bien remplies pour toute la famille : Charlotte et Paddy partent en voyage de noces au Pérou, laissant le bed and breakfast et l'atelier entre les mains de la gentille Mamie Kate ; au même moment, une équipe de tournage investit les lieux et commence à réaliser un documentaire sur la chocolaterie artisanale de Paddy. Les filles se réjouissent de l'animation que tout cela suscite, sauf Summer. En effet, la jumelle de Skye doit bientôt passer une audition pour intégrer une prestigieuse école de danse, et elle se met beaucoup de pression pour réaliser son rêve. Même si son talent n'est plus à démontrer, elle n'est jamais satisfaite de ses prestations, et s'agace de ne pas pouvoir contrôler tous les paramètres.. à commencer par l'évolution de son corps.

Ce troisième tome est un poil anxiogène _normal, puisque c'est la stressée de la famille qui raconte, mais il a l'intérêt de décrire l'installation progressive d'un trouble alimentaire chez un jeune, vue de l'intérieur. 


Les filles au chocolat - 3 1/2 - Coeur salé

Enchaînons avec Coeur Salé. Cette fois-ci, le jeune Shay Fletcher qui nous raconte sa vie trépidante de lycéen moyen, gêné dans ses moindres mouvements par un père oppressant. 

On peut dire que Shay fait presque partie de la famille Tanberry : il est quand même sorti avec deux des cinq sœurs, ce qui crée des liens. Et ça vaut bien un tome à soi - qui n'est d'ailleurs pas le numéro 4, mais bien le "3 1/2 : peut-être est-ce une sorte de spin-off que Cathy Cassidy n'avait pas prévu de sortir, à la base ? 



En ce moment, le musicien en herbe est dans la tourmente : il a été approché par une maison de disques mais son père a refusé en bloc le contrat alléchant qui lui était proposé. Il ne peut guère compter sur le soutien de son frère, chouchou des parents et voué à prendre la direction du centre aquatique familial, un jour. Sa copine Cherry Costello était son rayon de soleil, jusqu'à ce que Honey, l'aînée des Tanberry, non contente d'avoir manqué de cramer la grange familiale en découvrant les joies de la clopes quelques mois plus tôt, ne vienne semer la discorde entre eux. 

En gros, rien ne va plus. Mais pas de panique : dans Les Filles au chocolat, tout finit toujours par s'arranger. 

Coeur Salé nous éclaire sur un personnage secondaire qu'on avait un peu oublié depuis le premier volet ; ce chapitre, plus expéditif _et donc forcément moins profond que les précédents_ traite des tensions entre parents et enfants lorsque ces derniers veulent prendre le contrôle de leur vie. 

Bon, j'ai apprécié beaucoup plus que je ne m'y attendais la lecture destinée à un public jeune mais beaucoup moins niais qu'on pourrait le croire. Cathy Cassidy traite bien de l'acclimatation à un nouvel environnement, de l'ajustement relationnel qui s'impose lorsqu'on intègre un groupe _l'élève fan est en famille d'accueil, elle a dû s'y retrouver_, de gérer l'hostilité viscérale qui se dégage d'une personne. 

On a quand même un peu l'impression d'être dans les Sims par moments : les parents sont d'accord pour tout _et ne gueulent même pas vraiment lorsqu'une gamine de 11 ans loue une pelleteuse pour faire un bassin au poisson rouge. Vas-y que ça bouffe du chocolat et des pancakes H24. Ces excès vont d'ailleurs exaspérer Summer, lorsqu'elle va tomber dans l'anorexie. Le copain de Honey vit quasiment chez eux et c'est lui qu'on appelle lorsqu'il faut gérer ses colères... Tout ça n'est pas très réaliste, certes, mais, par les temps qui courent, une histoire dégoulinante de sucre est toujours bonne à prendre.     


 Les Filles au chocolat - 4 - Coeur Coco 

4ème tome des aventures de la famille Tanberry, ou celui dans lequel la petite Coco chourave des poneys et fait du vélo dans la nuit avec un jeune homme peu recommandable ! 

Evidemment, c'est plus compliqué que ça. 


Coco, la petite dernière de la fratrie, vient de commencer un nouveau chapitre de sa vie : elle s'est mise au poney. Les ventes de gâteaux pour sauver les pandas sont passées au second plan depuis que son nouvel objectif est de monter Coconut, la ponette la plus caractérielle du centre équestre. Les moniteurs ne le lui permettent pas pour l'instant : leur élève a beau être douée avec les animaux, elle est encore débutante, c'est bien trop risqué. Mais à douze ans, on n'a pas le temps d'attendre. Son impatience et son agacement face aux remarques déplaisantes du jeune Stevie, un camarade de classe qui cure les box sur son temps libre, vont mettre à mal son sens de l'obéissance. 

Le tour de manège a dos de Coconut va mal se terminer et la ponette, jugée dangereuse, va être vendue pour rejoindre l'écurie du détestable Seddon, un riche propriétaire connu pour maltraiter ses animaux. 

Bon gré mal gré, Coco et Stevie vont s'associer pour sauver les poneys retenus par Seddon, afin de les mettre en lieu sûr. Pour ce faire, ils vont devoir ruser, agir de nuit et balader leurs familles respectives. 

Les états d'âme de Coco parleront à tous les "petits" de la famille qu'on ne prend jamais au sérieux et dont on ne se soucie pas tant qu'ils ne font pas de vagues. Les Filles au chocolat sont toujours aussi bien ancrées dans le monde des Bisounours, même si les parents se montrent absents, car submergés de travail et blasés par les conneries incessantes de Honey, la grande soeur en pleine crise. Par rapport aux livres précédents, j'ai trouvé que Cathy Cassidy allait un peu trop loin dans le happy end, même si elle a sans doute ressenti le besoin de contrebalancer le coup de théâtre violent des derniers chapitres. 


Les filles au chocolat - 5 - Cœur Vanille 

Pour la première fois de la vie, les soeurs de la famille Tanberry sont séparées. En effet, après avoir bien cassé les burnes à tout le monde avec ses frasques et sa mauvaise humeur constante, Honey s'exile en Australie afin de prendre un nouveau départ. L'aînée de la fratrie va ainsi pouvoir renouer avec son père, qui travaille sur place, et qui s'est chargé de l'inscrire dans un lycée huppé où elle ne pourra que réussir (selon lui).  


Les premiers jours à Sydney sonnent comme un rêve pour la petite anglaise aux allures de diva : une grande ville pleine de boutiques à proximité, une maison de bourges avec piscine, un père qui en fait des tonnes pour bien l'accueillir, une belle-mère stylée, la plage, les surfeurs... Honey serait-elle arrivée au paradis ?

Spoiler : non, elle va très vite déchanter ! 

Le père se charge de la ramener à la réalité : Honey comprend vite qu'elle n'ira pas dans l'établissement prévu, qu'elle n'aura ni le droit de faire la fête, ni de voir de mecs. Et puis là-bas, les jeunes ne semblent pas avoir les mêmes codes et ne sont pas sensibles à son aura : elle a, comme qui dirait "perdu son mojo". 

Cela ne l'empêchera pas de faire quelques belles rencontres amicales à l'école et en dehors. 

Prise par le mal du pays et frustrée de ne plus pouvoir séduire, Honey décide de se réfugier dans les mondes virtuels et s'inscrit sur un réseau social pour rester en contact permanent avec ses soeurs. Un mystérieux Surfie16 lui envoie bientôt une demande d'ami qui la rend fort jouasse... jusqu'à ce qu'elle devienne la cible d'un cyberharceleur aussi vénère qu'insaisissable. 

Honey se sent rapidement seule et démunie : son père ne mesure absolument pas la gravité de la situation, et le reste de la famille est à l'autre bout du monde, inutile de les inquiéter. 

Vu qu'on met enfin les projecteurs sur la lutte contre le harcèlement à l'école ces derniers temps, cette lecture tombe à pic.. et en parle plutôt bien.

Si vous lisez jusqu'au bout, vous verrez que coup de théâtre ! La famille s'agrandit (non, rassurez-vous, c'est pas Honey qui tombe en cloque à 15 ans : on est dans les Filles au Chocolat quand même !)

Cette série pour les gamins est définitivement mon petit malabar permanent (j'ai même pas honte). 


Les Filles au chocolat - 5 1/2 Coeur Sucré

Un tome qui aurait pu s'intituler "Vis ma vie de pote de Summer" ! 

Coeur Sucré est un petit volume organisé en deux parties : "L'étoile de la Saint Valentin" et "Pas de deux". La première est racontée par Tommy, le petit ami de Summer, et la seconde par Jodie, sa meilleure amie. 


Pour rappel, Summer Tanberry est la ballerine de la fratrie : promise à un bel avenir de danseuse, elle a dû faire une croix sur sa passion à cause de son anorexie. Depuis, elle lutte pour se refaire une santé, mais le moral ne suit pas toujours. 

Tommy est là pour la soutenir, mais il sait qu'il peut se montrer maladroit. Autant dire le challenge d'organiser un événement qui sera à la fois un cadeau d'anniversaire et un cadeau se Saint Valentin pour Summer n'est pas simple. L'appui de quelques amis et de Skye, la jumelle de Summer, vont le convaincre de tenter de mettre en œuvre le plan qu'il a en tête... 

Dans "Pas de Deux", on quitte Kitnor pour la Rochelle Academy, l'école de danse que Jodie a pu intégrer après le désistement de Summer. Prise entre son excitation, ses complexes physiques et le syndrome de l'imposteur qu'on imagine, la danseuse arrive à rester altruiste en toutes circonstances. Mais qui est là pour la soutenir, elle ? Les lettres qu'elle envoie à Summer restent sans réponse... 

Chronologiquement, ces deux histoires se situent en parallèle de Coeur Vanille (t.5) ; elles ont l'avantage de nous faire connaître deux personnages secondaires assez attachants et de parler de la difficulté d'accompagner un proche qui souffre. Bien sûr, on reste dans un tonalité bisounours propre à la série, on aime ou on n'aime pas, mais c'est toujours intéressant de tomber sur un roman jeunesse qui parle des TCA.  Autre point positif, Coeur Sucré peut être sympa pour des "petits lecteurs" qui ne connaissent pas l'univers des Filles au chocolat : les deux histoires restent compréhensibles, même si on n'a pas lu les volumes précédents. 

Les Filles au Chocolat - 5 3/4 - "Coeur Poivré" (2016) 

On continue avec les aventures des amis des Filles au Chocolat. Cette fois-ci, le focus est fait sur Jamie et Stevie, à travers deux histoires distinctes : "Loin des yeux" et "Près du coeur". 

Dans "Loin des yeux", Jamie et sa mère, productrice de télé, se rendent dans le gîte des Tanberry pour y tourner une émission de télé-réalité. Le jeune Londonien devrait s'en réjouir : pour lui, c'est l'occasion rêvée de revoir enfin Skye, sa copine dont il a de moins en moins de nouvelles. Mais le fait est qu'il n'est pas aussi enthousiasme qu'il aimerait l'être : son humeur maussade ne risque-t-elle pas de gâcher la soirée d'Halloween ?


  

"Près du coeur" se déroule quelques mois plus tard, à l'occasion du Nouvel An. Le stress monte pour Stevie, ce garçon à la vie compliquée avec qui Coco avait kidnappé des poneys dans le tome 4. Il a été invité à réveillonner avec sa mère et sa soeur chez les Filles au Chocolat, mais craint qu'elles ne l'aient oublié. D'autant que Coco l'avait éconduit lors de leur dernière entrevue...

Attention, rien ne va plus ! C'est pas spoiler que de le dire : y a de la tromperie ! 

Plus sérieusement, ce petit intermède de 100 pages parle de façon délicate, et sans dramatiser, de rupture et de sentiments réciproques (ou pas) chez les jeunes. On y retrouve tout ce qu'on aime dans l'univers de la série : les animaux (et le véto gratos), le sucre, la plage, la voyante chelou... 

Je ne sais plus si j'en ai déjà parlé, mais chaque tome se termine par deux ou trois recettes associées à l'un des personnages ; elles sont globalement faciles à faire. Aussi, comme c'est dimanche, que le temps et pourri et que finalement les Girondins de Bordeaux ne montent pas en Ligue 3, j'ai tenté le gâteau moelleux de Stevie. J'estime que je le mérite. Franchement il est pas si mal !

Références des livres : 

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 1 - Coeur Cerise. Nathan, 2011

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 2 - Coeur Guimauve. Nathan, 2012

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 3 - Coeur Mandarine. Nathan, 2012

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 3 1/2 - Coeur Salé. Nathan, 2013

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 4 - Coeur Coco. Nathan, 2013

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 5 - Coeur Vanille. Nathan, 2014

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 5 1/2 - Coeur Sucré. Nathan, 2016

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 5 3/4 - Coeur Poivré. Nathan, 2016


  


mercredi 1 novembre 2023

[COMICS] Batwoman - 1 - Hydrologie - J.H. Williams III / W. Haden Blackman (2012)

J'étais contente de trouver le tome 1 de Batwoman dans le rayon comics de la médiathèque, aux Halles. C'était sans me souvenir que les séries de ce type commencent parfois par un numéro 0 !


Batman, Catwoman, Batwoman, Batgirl... pas facile de savoir à qui on a affaire lorsqu'on tombe sur l'un de ces hyperactifs masqués, au détour d'une ruelle de Gotham City, après le coucher du soleil. On peut dire tout ce qu'on veut du Joker : au moins, lui, il est facilement identifiable. 

Dans la famille chauve-souris, je demande... 

Comme je ne connais rien à l'univers de DC, et que l'écoute assidue de ComicsDiscovery ne peut pas combler toutes les lacunes, j'ai fait quelques recherches pour savoir qui est qui dans cet imbroglio de capes : 

- Batman : bon, on en parlera mieux dans peu de temps. C'est ce fameux héros au costume de chauve-souris qui rend la justice à Gotham. Ses accessoires, ses capacités physiques et son intelligence compensent parfaitement les pouvoirs incroyables qu'il n'a pas. En effet, dans la vie, il n'est autre qu'un orphelin blindé nommé Bruce Wayne. 

- Catwoman est celle qui porte des oreilles de chats, une combi en latex et un fouet. Une sorte de Fantômette devenue adepte des boîtes échangistes en grandissant. Rusée et aussi leste qu'un chat de gouttière, elle fait partie des ennemis de Batman, mais n'est pas 100 % méchante non plus. D'ailleurs, les deux oiseaux de nuit aiment bien se tourner autour.    

- A ne pas confondre avec la précédente, Batwoman n'est pas non plus la femme de Batman. Selon les versions, elle est soit l'une de ses alliées, soit sa remplaçante à Gotham lorsqu'il s'en éloigne, soit sa cousine gouine. Ses couleurs : le rouge et le noir. Comme les deux personnages dont on a parlé plus haut, elle mène une double vie et n'a pas de capacités surnaturelles. Kate Kane, alias Batwoman, est forte parce qu'elle a suivi des entraînements militaires et parce que des épreuves personnelles lui ont laissé la rage de vaincre.  

- La figure de Batgirl semble faire référence à deux personnages distincts : d'une part, Bette Kane, la cousine de Batwoman. Mais elle est aussi appelée Flamegirl... C'est d'ailleurs le cas dans la BD dont nous allons parler aujourd'hui. D'autre part, Barbara Gordon, la fille du chef de la police de Gotham, James Gordon. On la connaît aussi sous le nom d'Oracle. Quel foutoir ! 

Heureusement, dans le tome 1 de la série Batwoman, sorti en 2012 des crayons de J.H Williams III et W. Haden Blackman, on n'a pas besoin de maîtriser tous les secrets de famille de l'univers DC pour y trouver son compte. 

L'histoire 

Qui se cache derrière le masque et la tignasse rouge de Batwoman ? Batman soupçonne à raison Kate Kane. une jeune femme d'apparence ordinaire mais dont les habitudes de vie trahissent des nuits anormalement mouvementées. Et pour cause : dès qu'elle le peut, elle ratisse Gotham pour nettoyer la ville de ses malfaiteurs. 

Au moment où commence Hydrologie, elle a fort à faire, puisqu'elle enquête sur les meurtres de six enfants et la disparition de douze autres qui ont, semble-t-il, été "capturés" par la Llorona, un esprit vengeur dont la spécialité est de noyer des gosses. Elle n'est pas la seule sur le coup : la détective Sawyer basée à Gotham, et l'agent Cameron Chase venue de New-York entendent bien prendre l'affaire à leur compte, chacune dans son coin. Trois enquêtrices sur une même affaire, c'est un coup à se marcher dessus ! A moins que Chase ne se soit pas déplacée (que) pour ça...

En parallèle, Kate vit en coloc avec sa cousine Bette alias Flamegirl, et s'apprête à la former au combat. Mais la jeune recrue estime avoir déjà un bon palmarès et n'a pas envie de repartir de zéro. L'autorité de Batwoman est mise à mal par cette cousine un peu insouciante et prompte à mettre les pieds dans le plat _en demandant, par exemple, pourquoi Kate refuse de parler à son père _sujet sensible s'il en est.

Heureusement, la justicière masquée sait se ménager des moments de détente en entretenant une idylle mal barrée mais marrante avec la détective Sawyer. Cette dernière compte identifier Batwoman afin de la balancer à l'Agent Chase, convaincue qu'elle va la gêner dans son boulot. C'est la séquence Signé Cat's Eyes de la BD.  


Ce moment où tu te demandes toujours comment se démerde Quentin Chapuis (déjà lol) pour ne pas reconnaître Tam Chamade sous sa pauvre combi vert canard de Cat's Eyes, la nuit d'avant.


"Batwoman ? Mince alors, elle existe !"

Hydrologie marque le début d'une série qui promet de partir dans tous les sens, et où l'action risque fort d'être influencée pour le meilleur et pour le pire par l'"humanité" de tous ces personnages : besoin de reconnaissance et de liberté des uns, fierté et carriérisme des autres... tout cela ne nous dit pas où sont passés les enfants ! 

Batwoman vue par Batman 

Afin que les novices ne se sentent pas trop perdus, W. Haden Blackman a écrit un chapitre introductif dans lequel il met en scène Batman en mode stalker, occupé à observer Kate Kane dans son quotidien. Il nous partage tout ce qu'il note scrupuleusement dans un petit carnet. Ce procédé narratif nous permet d'avoir un portrait assez complet de l'héroïne sous ses "deux identités", et de connaître son passé de militaire. On apprend également qu'elle a perdu sa mère et sa sœur jumelle tragiquement, et l'hostilité qu'elle affiche envers son père le colonel Kane est en lien avec ce drame familial. 

Ces éléments sont suffisants pour accepter l'idée que la fille soit perchée au point de revêtir un masque, un costume rouge et noir, de poser des rajouts ondulés à son carré auburn habituel... avant de s'élancer incognito dans les rues de Gotham pour protéger le peuple des rageux. 

Bonus Rainbow


Dans l'univers DC, Batwoman est l'une des principales représentantes de la communauté LGBTQIA+%*#@. Je serais pour dire qu'on s'en fout un peu, mais le fait est que dans Hydrologie, son orientation sexuelle joue un rôle puisque son histoire avec l'inspecteur Sawyer interfère avec ses missions secrètes. On se doute qu'elle va devoir faire preuve de vivacité d'esprit dans les prochains tomes si elle veut ménager la chèvre et le chou. De plus, elle a été virée de l'armée pour homosexualité, donc c'est un détail important qui ne peut être passé sous silence. Les lecteurs apprécieront qu'on n'épilogue pas plus que ça sur ce qu'elle fait de son cul. Le dessinateur est resté assez classe dans sa façon de traiter le sujet, on n'a jamais l'impression que les planches vont virer au film porno _ une fois n'est pas coutume.  

Représenter une minorité ne fait pas de Batwoman une super-héroïne préservée de tout défaut : on remarquera que la fille a quand même des tendances control-freak, avec sa cousine notamment qu'elle prend un peu pour son trouffion. Même si Bette fait parfois les frais d'une certaine frivolité, on comprend tout à fait qu'elle décide de claquer la porte, à moment donné. Si j'avais été à sa place, je crois que j'aurais pété un câble à la page 28, au moment où Kate annonce très détendue qu'elle a brûlé le costume de Flamegirl. Le respect des aînés, ça va bien deux minutes ; mais la "bleue" a quand même fait partie des Jeunes Titans, l'air de rien. 

                                     

Le rouge et le noir 

Je n'ai pas une grande mémoire des noms pour les scénaristes, dessinateurs et coloristes de BD ; mais je ne pense oublier ni J.H. Williams, ni Dave Stewart. Le dessinateur et le coloriste de cet album ont su rendre séduisant un début de série qui, forcément, et riche en infos sur les personnages et un peu moins en action. Si Batwoman était un puzzle, on pourrait dire qu'on en est à la phase de tri des pièces ; nul doute que tout s'éclaircira bientôt, mais en attendant, on reste un peu perplexe face à cette histoire de fantôme marin kidnappeur d'enfants. Mais l'alliage de couleurs pimpantes_ avec une dominante de rouge et de noir, à l'obscurité de Gotham est vraiment réussi. Le découpage irrégulier des vignettes est à l'image du bordel ambiant, et laisse la part belle aux scènes d'action, de combat, au déploiement de l'esprit vengeur, qui émerge par moments comme une sorte de poulpe translucide. Aujourd'hui, c'est la forme du comics qui m'a poussée à le lire, le terminer et à avoir envie de continuer la série ; cela m'arrive assez rarement. Après, à vous de vous faire votre propre avis ! 













CDI Collège : pourquoi pas en 4°/3°, mais pas en libre accès. Un peu de violence et de scènes de drague pas trop adaptées (je précise qu'il n'y a rien d'homophobe là-dedans, j'aurais dit la même chose si Batwoman avait chopé des mecs).  

CDI Lycée : OK 


J.H WILLIAMS ; W HADEN BLACKMAN. Batwoman - 1 - Hydrologie. Urban Comics, 2012. Collection "DC Renaissance". 144 p. ISBN 978-2-3657-7062-0 


vendredi 23 décembre 2022

[ROUX COOLS] Marie La Rousse dans French Kiss 1986 (2012)

Tiens, ça faisait longtemps qu'on n'avait pas parlé de Roux Cools par ici ! 

French Kiss 1986

BD One Shot parue en 2012 chez Glénat


L'histoire

A l'issue d'un dîner en famille animé, Etienne commence à raconter à ses enfants comment il a rencontré leur mère. Il lui faut remonter le temps jusqu'à l'été 1986 ; autant le dire, une toute autre époque, où flottaient pêle-mêle des airs de Tchernobyl, de Michael Jackson et de navette spatiale explosée.  

Mais pour Etienne, qui avait neuf ans à ce moment-là, les vacances d'été furent surtout marquées par une grandiose et terrible "guerre de pirates" dont il fut l'instigateur et qui opposa deux bandes d'enfants dans la petite ville du Québec qu'ils habitaient alors, lui et sa future femme. 

French Kiss 1986 est le récit intense à tous points de vue des aventures mémorables vécues par le Clan de l'Oeil Noir d'Etienne et par celui des Rouges-Gorges de sa rivale "La Rousse", entre la rue Beaulieu et la rue Perron. C'est pas spoiler que de dire que Leïa et Lucas ne vont pas être déçus par les frasques de leurs parents !   

Marie La Rousse 

Si, en tant que narrateur, Etienne semble s'imposer à nous comme "héros de l'histoire", il partage en fait le leadership avec une jeune fille rousse, plus grande, plus âgée et plus costaud que lui, mais surtout dotée d'un fort caractère. Marie la Rousse intrigue et fait peur ; ses origines sont floues, perdues dans un nuage de rumeurs et de mystère : on dit que sa mère est une sorcière. D'où vient la légende ? De la couleur de ses cheveux ?  De sa tendance à faire bande à part et à ne faire confiance à personne, même à son propre clan ? De sa maison qu'on situe mais qu'on n'approche pas ? On n'en saura pas beaucoup plus, mais pour les gosses des alentours, on a pile ce qu'il faut pour en faire une bonne pestiférée. 

Forcément, la présence de cette voisine imposante et consciente de son pouvoir agace Etienne et sa horde de copains majoritairement masculine : la Rousse a beau être une sorcière, elle n'en est pas moins une fille, et il est hors de question de perdre la face devant elle. 

Pas de doute, c'est une Rousse Cool

Etienne la hait sans trop savoir pourquoi, mais adore l'affronter, et avoir la possibilité de se mesurer à elle ; c'est autant pour cette raison que pour son désir d'aventures qu'il se lance dans une bataille de pirates à grande échelle, avec repaire, drapeau et trésor. Un vrai trésor, parce qu'à neuf ans, on n'est plus des bébés. Ses copains sont dans le même état d'esprit et ne demandent qu'à le suivre. 

Dans cette guerre, tous les coups sont permis, y compris les remarques désobligeantes sur le physique de La Rousse, sa supposée mauvaise odeur et son ascendance douteuse. Même s'il en faut plus que ça pour museler une adversaire qu'on sent déjà prête à passer dans la cour des grands, on comprendra au fil des chapitres que les attaques les plus basses auront atteint leur cible. 

En attendant, la chef des Rouges Gorges (pas les mignons petits oiseaux, hein !) fait partie des personnages féminins inspirants qui commencent à poindre un peu partout en BD mais qui étaient encore rares il y a dix ans. Surtout dans celles mettant en scène des grappes de drôles. 


"Ce qu'il y a de bon en nous" 

En effet, si vous lisez French Kiss 1986, beaucoup d'histoires risquent de vous revenir en tête, en fonction de vos références. Bien sûr, le modèle des Goonies est évident, et même revendiqué par Etienne, qui ne demande rien de plus que "revivre" ce film tout juste sorti, à l'époque. D'autres le suivent de près : l'énergie de Tom Sawyer flotte dans l'air, la cruauté prétextée par la stratégie militaire de La guerre des boutons est là aussi (vite fait), la solidité du Club des Râtés de Ca n'est pas loin non plus (en moins angoissant tout de même). Toutes ces œuvres ont pour dénominateur commun l'ambivalence de nos premières années de vie, dont on a plus ou moins vite la nostalgie, dont on occulte plus ou moins facilement les déboires. 

J'ai eu l'impression qu'Axelle Lenoir essayait de nous dire, au fil de sa BD, qu'il vaut mieux rester sur les bons souvenirs des jeux d'enfants et éviter de trop gratter la dernière couche de peinture. A trop creuser, on risque de réactiver tous ces états d'âme moins cool directement liés à la condition d'enfant, et qu'on avait réussi à mettre en veille prolongée. Si ça se trouve, j'interprète mal et c'est pas ça du tout.

Toujours est-il que les premiers chapitres laissent entrevoir une joyeuse épopée ponctuée de coups d'épée en bois et de trésors à base de bonbons, jusqu'à ce que les événements prennent une tournure plus dark et mélancolique, où trahisons, sauvagerie, virilité exacerbée, amours secrètes et/ou déçues viennent renverser le plateau de jeu. 

Non, être un enfant dans les années 1980, c'était peut-être fun, mais ce n'était pas le monde des Bisounours non plus. Comme aujourd'hui en fait ; les figures en miroir des enfants d'Etienne, le montrent bien : Lucas doit avoir à peu près l'âge de son père durant l'été 86 et n'a pas trop la pêche. Visiblement préoccupé, il tente de s'ouvrir mais l'explosivité heureuse de sa petite soeur Leïa, encore préservée des soucis des plus grands, l'écrase perceptiblement. 

A neuf ou dix ans, tout le monde n'en est pas au même point ; certains ont déjà conscience que "les mots peuvent faire plus mal que les coups", d'autres trouvent l'idée improbable. S'il convient de se comporter en rustre avec ceux de l'autre genre, le code de l'honneur et la notion des limites à ne pas dépasser est encore trouble. Etienne en fera les frais. Moins épris de pouvoir que de la petite fille du camp ennemi qu'il veut impressionner, il va perdre le contrôle de ses troupes. Le jeu ira trop loin, et son objectif de montrer "ce qu'il y a de bon" en lui à travers la piraterie s'éloignera d'autant.     

Quant à la cruelle Marie, elle n'est bien entendu pas le monstre dont elle se donne l'apparence ; on s'en rend compte lorsque Bébé Lafleur, le cadet rigolo du clan de l'Oeil Noir, se rend chez elle avec l'insouciance de son jeune âge sous le regard catastrophé des plus grands. Elle se contentera de lui proposer de regarder les Cités d'Or avec elle, tranquillement. D'ailleurs, les vignettes qui retracent l'épisode en question sont super marrantes.  

Diffusez-moi tout ça ! 

Cela vient peut-être juste du fait que je n'aie pas été au bon endroit au bon moment ces dernières années, mais j'ai l'impression qu'on connaît extrêmement peu French Kiss 1986 en France, bien que la BD ait été publiée chez Glénat et que le titre en question soit devenu le Coup de Coeur du Jury à Angoulême en 2013 (en plus, j'y étais, cette année-là...). Pourtant, ce one shot d'environ 140 pages, pas forcément axé jeunesse mais accessible dès le collège, je pense, en vaut d'autres de sa génération. 

Le français québécois peut gêner, direz-vous, et je vous répondrai que les expressions locales ne nuisent pas la compréhension. Au contraire, ça ne nous fait pas de mal de les connaître, car elles sont souvent poétiques. 

Ok pas toutes ! 

Ou alors, les nombreuses références aux années 1980 (les Goonies, Star Wars, Alf, les Cités d'Or, les premières consoles de jeux et bien d'autres que je n'ai pas perçues vu que bah moi 1986 c'est tout juste mon année de naissance ahah) pourraient faire croire que la BD se destine exclusivement à ceux qui ont vécu cette douce période, mais même pas. Y a qu'à voir le succès de Stranger Things. Les questionnements existentiels (et relationnels) des enfants ne changent pas tant que ça d'une décennie à l'autre. Comme dans Le domaine Grisloire et dans Luck, la façon dont ils sont traités tape juste. Par contre, les dessins sont très différents des oeuvres sus-citées, peut-être parce que French Kiss est en noir et blanc ? Il me semble que les traits des personnages, les bulles des petits pirates lorsqu'ils crient, et même les décors sont plus enfantins, comme tirés d'un cahier d'écolier. Cela m'a surprise mais j'ai bien aimé. D'autant qu'on retrouve quand même les yeux hyper-expressifs des protagonistes.

Est-ce bien la peine de le préciser ? J'ai entendu parler pour la première fois de cette bande dessinée dans l'épisode 298 des Mystérieux étonnants ; vous pourrez entendre l'analyse dans les 20 dernières minutes de l'émission. 

Axelle Lenoir. French Kiss 1986. Glénat Québec, 2012. 144 p. EAN 9782923621333