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lundi 20 octobre 2025

[Prix Bouk1 des collégiens] La sélection 5° pour 2025 / 2026

Cette année, on s'intéresse à la sélection 5° du Prix Bouk1 proposé par Babelio. 

Je vous laisse vous référer au site Internet de Babelio pour savoir à quoi correspondent exactement les phases 1 et 2 de ce prix littéraire pour les jeunes. 


L'étoile du soir 

Siècle Vaëlban 

Albin Michel Jeunesse, 2023 




Kinjal est une fillette pleine de vie, curieuse et intelligente, mais elle souffre de son statut de cadette dans la famille. Vivre dans l'ombre d'une sœur aînée parfaite n'est pas toujours simple : il n'y a que dans la montagne, son terrain de jeu préféré, qu'elle se sent vraiment à sa place. Elle s'y sent protégée par les esprits de la nature. 

Ses préoccupations d'enfant vont être bientôt balayées par la dégradation soudaine de l'état de santé de sa grande sœur : atteinte de la "maladie des fleurs de chair", Chadna va mourir. Kinjal est alors traversée de mille émotions diverses, entre la conscience de son amour pour elle, la culpabilité de l'avoir jalousée, la crainte de ne pas être à la hauteur, aux yeux de ses parents... 

L'école se termine pour elle _on est en Inde, sa famille a peu de moyens, et il faut "remplacer" Chadna qui ne peut plus travailler. Kinjal s'enfuit dans la montagne dès qu'elle peut. Elle y découvre deux bébés panthère orphelins, et entreprend de les sauver à coup de lait de chèvre... Elle va également s'y faire un nouvel ami.  

L'étoile du soir est un roman jeunesse plein de douceur en dépit de la gravité des sujets traités ; Siècle Vaëlan arrive très bien à parler de deuil, de maladie, d'amitié et d'avenir à hauteur d'enfant. Il y est aussi question des sens multiples des mots et des prénoms. 

Le saviez-vous ? La maladie des fleurs de chair existe vraiment, ça s'appelle la fasciite nécrosante et c'est bien dégueulasse. N'allez pas chercher sur Google Images. 

Coup de coeur pour les illustrations de Pauliina Hannuniemi, elles sont incroyables. 



A la belle étoile 

Brigitte Somers 

Zone J, 2023


Résumé

C'est une année scolaire comme les autres qui débute pour Emma et ses copines : elles sont dans la même classe, leurs profs s'annoncent plus ou moins sadiques, et l'insupportable Mélissa est bien décidée à mener la vie dure aux élèves impopulaires... 

L'apparition de Jeannette apporte un vent de nouveauté au collège : cette étrange jeune fille a toute la panoplie pour se faire taper à la récré : un accoutrement ancien, une façon de s'exprimer digne de la plus vieille de vos mamies, une vague odeur de poiscaille et des réactions incongrues face aux objets modernes. 

Forcément, la bande de copines est très intriguée par cette élève, qui, par le plus grand des hasards, habite tout près de chez Emma. Au cours d'une intrusion dans la maison de Jeannette (qu'elles supposaient déserte), Emma, Alice et Charlotte vont découvrir le secret de leur camarade ; soucieuses de l'aider, elles vont organiser un périple dans les Cévennes pour y trouver des pierres de lune. 

Avis 

Bon, pour une fois qu'on parle d'un roman jeunesse qui ne fait pas chialer, on va pas cracher dans la soupe ! 

Mon regard d'adulte s'est figé sur les stéréotypes qui touchent plusieurs personnages du roman (la fille populaire et méprisante qui ne pense qu'à se peindre les ongles, la prof d'EPS spectatrice des tours de piste qu'elle impose, le petit frère chiant...), et sur quelques péripéties un peu trop capillotractées. Mais un jeune lecteur y trouvera certainement son compte en termes de divertissement et de rythme. La (légère) dimension historique est également intéressante. 

A la belle étoile, c'est : des loups, des ours, des lynx, un épisode cévenol, des Visiteurs revisités, du hareng au goûter, quelques stories à l'orthographe douteuse et beaucoup de chantage... 

Le + : on y apprend la différence entre hiverner et hiberner. C'est important. 



#ToutlemondeDétesteLouise 

Annelise Heurtier 

Casterman, 2023 



Résumé

Louise se sent enfin "comme tout le monde" : pour son anniversaire, ses parents lui ont offert un smartphone. Ils n'étaient pas trop pour... Mais, conscients que lorsqu'on est en 5°, ne pas en avoir devient une entrave à la socialisation, ils ont fini par céder. 

Au début, tout se passe bien : Louise fait des photos avec ses copines Nour et Romy, discute avec elles, partage sa passion des chevaux, brave même l'interdit en s'inscrivant sur le réseau social LikeMe. Elle commence à devenir populaire au point de taper dans l'oeil du beau Jonas, tant convoité par Romy. Lorsque cette dernière s'en rend compte, elle déverse son seum sur Louise en postant plusieurs photos et messages diffamatoires dans le groupe des 5°. Elle l'accuse notamment d'avoir embrassé Jonas, ce qui est faux. Très vite, les réactions des autres élèves pleuvent : la jeune fille se fait rapidement traiter de traîtresse, d'allumeuse, de salope... 

En quelques semaines seulement, le piège du cyberharcèlement se referme sur Louise : elle voit bien que réagir semble mettre de l'huile sur le feu, mais garder le silence, c'est donner raison à ses détracteurs... Alors que faire ? 

Avis : 

Annelise Heurtier m'avait déjà convaincue avec Sweet Sixteen, donc je me doutais que #ToutlemondeDétesteLouise serait une réussite. Ici, on vit le harcèlement scolaire et ses problématiques de l'intérieur : l'effet de groupe, la rumeur qui part de rien du tout et qui devient une histoire WTF, les photos mises en scène, la honte de la victime et son sentiment d'"être le problème", le piratage informatique, l'incitation au suicide... Et surtout, on décortique les multiples raisons pour lesquelles un enfant aimé et entouré de ses parents peut choisir de ne pas en parler. L'autrice n'en fait pas des caisses, et ça sonne juste. 

A lire et à faire lire au collège _même CM2 : ce roman jeunesse est documenté, accessible, et peut servir de point de départ à un débat autour des réseaux, des smartphones, ou du harcèlement. 



Enterrer la lune 

Andrée Poulin (autrice) 

Sonali Zohra (illustratrice) 

'Alice Editions, 2022.  Coll. Deuzio


Résumé

A Padaram, en Inde, la vie n'est pas simple : il faut aller jusqu'à la rivière pour avoir de l'eau potable, et aucune installation sanitaire n'a jamais été construite à proximité du village. Les femmes souffrent particulièrement de ces manques : pour faire "ce qu'elles ont à faire", elles doivent attendre la nuit et se rendre en cachette au "Champ de la Honte". Cette absence de toilettes a bien sûr des conséquence désastreuses sur l'hygiène et la santé des gens d'une part, et sur l'accès à l'éducation des filles d'autre part : puisqu'elles n'y trouvent pas de latrines à leur disposition, on considère qu'elles n'ont plus leur place à l'école lorsque leurs règles apparaissent. 

Latika nous raconte ce quotidien injuste et frustrant pour les filles, qui ne peuvent qu'envier la liberté des garçons. Elle n'est peut-être pas une rebelle dans l'âme, mais sa colère monte quand même lorsqu'elle voit à quel point ses proches sont impactés par leurs conditions de vie. Il se pourrait bien qu'elle finisse par ouvrir sa bouche, malgré la terreur que lui inspire le sarpanch (= le chef du village). 

L'arrivée à Padaram de Monsieur Samir, un ingénieur envoyé par le gouvernement, va donner de l'espoir à Latika : si elle arrive à lui parler, peut-être acceptera t-il de construire des toilettes ? Sa place d'enfant et de fille complique pas mal les choses, mais elle est prête à prendre le risque. 

Avis

Enterrer la lune est un beau roman illustré _je me dis qu'il aurait très bien pu paraître sous forme d'album... qui aborde sans détour et avec élégance un sujet important mais difficile à traiter en littérature (surtout jeunesse). Je mets au défi les 5ème qui vont le lire d'arriver à faire des blagues scato avec cette histoire. 

Le texte est composé de courts chapitres qui sont autant de poèmes en vers libres... C'est un peu déstabilisant au début, mais on se prend au jeu. 

Prix Bouk1 des collégiens, sélection 5° ; c'est le lauréat de la phase 1, me semble-t-il ? Dites-moi si je me trompe. 

La journée internationales des toilettes aura lieu le 19 novembre prochain ! 


La fantastique famille Poulet - 1 - Maison hantée et gallinacés 

Yann Rambaud

Gulf Stream éditeur, 2023



Résumé

Grâce au pactole que l'odieuse grand-mère Aglaé a laissé en héritage, Victorin Poulet et sa famille vont enfin pouvoir quitter leur appartement étriqué : quand on a beaucoup de bazar et de grands projets à réaliser, on a besoin d'espace ! 

Les Poulet déménagent donc dans une grande et belle maison aux tuiles bleues, au milieu des champs et des vaches.. au grand désespoir d'une bande de fantômes installés ici depuis bien longtemps, et pas vraiment favorables à la colocation. Les maîtres des lieux enchaînent les mauvais tours et les phénomènes étranges plus ou moins flippants, histoire de faire fuir les nouveaux arrivants en un temps record. Sans succès. 

En effet, les Poulet sont tous tellement barrés qu'ils en deviennent encore plus insaisissables que des ectoplasmes : Victorin, toujours de bonne humeur, cumule des passions passagères.. Domino, la mère, comprend le langage des animaux entre deux bugs transitoires.. Paul, le fils, "voit" les âmes défuntes, et Mirabelle, la fille, est une mini Brigitte Bardot capable de "sentir" les émotions des gens. Autant dire qu'ils n'en sont plus à une bizarrerie près : tout cela leur passe au-dessus. Une chose est sûre, rien ni personne ne les fera partir ! 

Entre vivants et morts, qui lâchera l'affaire en premier ? Et si la guerre pouvait être évitée ? C'est dans ces moments-là qu'on apprécie d'avoir un (apprenti) medium dans la famille... 

Avis : 

Un roman drôle et original, avec plein de fraîcheur et plein de codes cassés ! L'auteur arrive à faire du motif ultra rebattu de "la famille qui débarque dans une maison hantée", une histoire à rebondissements WTF, sensible, imprévisible.. Avec les touches d'humour noir et mignonnerie qui vont toujours bien tant qu'elle restent bien dosées (comme ici). Entre le chat malchanceux qui se prend des plats et les concerts improvisés, j'ai parfois eu l'impression de regarder un cartoon (ceux avec les enclumes et les pianos qui tombent, et tout), et c'était cool.  

Ce premier tome de la Fantastique Famille Poulet a été composé par Yann Rambaud dans le cadre du Feuilleton des Incorruptibles, une animation sur quelques semaines où des jeunes (ici des collégiens) échangent avec un auteur autour du livre qu'il écrit "en temps réel" et qu'il leur envoie chapitres par chapitres _sous forme de feuilleton. Tout ça pour dire que c'est plus ou moins une œuvre de commande, écrite en temps limité. Donc chapeau quand même, ça tient bien la route. 

Petit bémol : y a un peu trop de jeux de mots à base de volaille... et pourtant j'aime ça ! 

Nombre de morts : 7 (j'ai compté les fantômes) + une poule  

Les superbes illustrations de Clémentine Paoli pourront détendre un jeune lecteur effrayé par l'épaisseur de ce roman (de 250 p). 


jeudi 25 juillet 2024

[SERIE JEUNESSE] Les filles au chocolat (tomes 1 à 5 3/4) - Cathy Cassidy

Qu'est-ce qui m'a donné envie de lire la série de romans jeunesse Les filles au chocolat ?

L'enthousiasme de la gamine de 5ème ultra fan de l'adaptation en BD, lorsqu'elle a entrepris de me résumer le début ? Ou la façon dont le collègue avec qui j'étais à ce moment-là a toisé son album lu, relu et corné ? Sans doute les deux... La condescendance est l'une des nombreuses plaies purulentes de la nature humaine (et de l'Education Nationale, au passage). 

Bref, nous voilà partis pour une série moins girly qu'on ne pourrait le croire en regardant la couverture des livres (mais ça l'est un peu quand même), et aussi addictive qu'un sac de bonbons : on sait que ça ne va pas nous apporter grand chose d'un point de vue nutritionnel, mais on y revient toujours,  irrésistiblement. 

L'histoire 

Cathy Cassidy nous raconte le quotidien d'une famille recomposée originale à tous points de vue : Charlotte et Paddy sont deux artistes qui ont fait leur vie de leur côté avant de se retrouver pour gérer une sorte de gîte à Kitnor, un petit village anglais situé en bord de mer. La situation a poussé les quatre filles de Charlotte à accueillir une "5ème soeur" en la personne de Cherry, la fille de Paddy. Depuis que ce dernier s'est lancé dans la fabrication de chocolats artisanaux, le bed and breakfast a gagné en notoriété et les enfants _qui n'en seront bientôt plus_ doivent s'acclimater au succès naissant ; toutes mettent la main à la pâte dans la joie et la bonne humeur, mais chacune a ses propres tourments, plus ou moins bien cachés. Il pleut aussi dans le monde des Bisounours ! 

La série compte pour l'instant 9 tomes, mais elle n'est pas terminée ; chaque livre est bien la suite du précédent, mais sa narratrice ou son narrateur change. L'histoire est racontée soit par une fille de la famille Tanberry, soit par un de leurs proches. Cela permet d'avoir différents points de vue et cela nous fait prendre conscience de la différence qu'il peut y avoir entre ce qu'on laisse paraître et ce qu'on pense vraiment. 

Les filles au chocolat - 1 - Coeur Cerise (2010)

Une nouvelle vie commence pour Cherry, 13 ans : au revoir l'Écosse où elle vivait modestement avec Paddy, son père, et cap sur Kitnor, un petit village anglais situé en bord de mer. 

Tous deux vont s'installer chez la nouvelle copine de Paddy : elle s'appelle Charlotte, elle tient un bed and breakfast toujours blindé de touristes, elle est très sympa MAIS elle a déjà quatre filles à peu près de l'âge de Cherry. Alors forcément, cette dernière stresse un peu et craint de ne pas trouver sa place dans cette nouvelle famille aux allures parfaites. D'autant plus que ses complexes et son envie de plaire aux autres l'amènent à mythonner comme pas deux, au point de se fourrer dans ses situations délicates ! 

Si les petites Coco, Skye et Summer font un bon accueil à Cherry, Honey est bien décidée à lui mettre la misère. En effet, l'aînée ne digère pas le divorce de ses parents et aimerait bien voir les deux pièces rapportées rentrer dans leurs pénates. Les vacances d'été s'annoncent agitées !  

Ajoutez à cela une caravane de gitans, un beau gosse avec une guitare, des projets de chocolaterie artisanale, des adultes en mode bisounours et du crêpage de chignon (soft)... et vous avez les bases d'une série jeunesse dont on comprend le succès. 

Les filles au chocolat - 2 - Coeur Guimauve

Skye Tanberry prend le relais de l'histoire, qui débute sur la soirée d'Halloween, soit quelques semaines après les dernières événements de Coeur Cerise. Skye est l'une des deux jumelles. Plus discrète, moins "parfaite" que Summer, la danseuse qui illumine son monde, elle peine parfois à imposer son point de vue dans cette grande famille et préfère se réfugier dans ses rêves. Jusqu'à présent, cela ne lui posait pas de problème, mais maintenant qu'elle grandit, elle commence à l'admettre : Summer lui fait de l'ombre. Pour elle, c'est une souffrance de voir ses meilleurs amis la délaisser pour sa jumelle plus populaire. 

Mais voilà encore autre chose : Charlotte et Paddy ont retrouvé dans le grenier du gîte une malle contenant les effets personnels de Clara, une ancêtre de la famille disparue tragiquement. Skye est friande de vieilleries et de mystères, et elle récupère des vieilles robes et un paquet de lettres. Peu après, elle est prise de visions étranges et se demande si elle ne serait pas un peu possédée par l'esprit de Clara. 

L'histoire est racontée par une fille de douze ans, le ton du livre est donc inévitablement plus enfantin que le précédent. Du coup, j'ai un peu moins accroché, mais il reste très agréable à lire. Il est notamment intéressant parce qu'il parle de l'évolution de la relation de deux sœurs jumelles qui se ressemblent de moins en moins, et qui ont l'impression de ne plus vraiment se connaître. Le petit côté fantastique est très bien dosé ! 

Les filles au chocolat - 3 - Coeur Mandarine

C'est bientôt l'été à Kitnor, et les vacances s'annoncent bien remplies pour toute la famille : Charlotte et Paddy partent en voyage de noces au Pérou, laissant le bed and breakfast et l'atelier entre les mains de la gentille Mamie Kate ; au même moment, une équipe de tournage investit les lieux et commence à réaliser un documentaire sur la chocolaterie artisanale de Paddy. Les filles se réjouissent de l'animation que tout cela suscite, sauf Summer. En effet, la jumelle de Skye doit bientôt passer une audition pour intégrer une prestigieuse école de danse, et elle se met beaucoup de pression pour réaliser son rêve. Même si son talent n'est plus à démontrer, elle n'est jamais satisfaite de ses prestations, et s'agace de ne pas pouvoir contrôler tous les paramètres.. à commencer par l'évolution de son corps.

Ce troisième tome est un poil anxiogène _normal, puisque c'est la stressée de la famille qui raconte, mais il a l'intérêt de décrire l'installation progressive d'un trouble alimentaire chez un jeune, vue de l'intérieur. 


Les filles au chocolat - 3 1/2 - Coeur salé

Enchaînons avec Coeur Salé. Cette fois-ci, le jeune Shay Fletcher qui nous raconte sa vie trépidante de lycéen moyen, gêné dans ses moindres mouvements par un père oppressant. 

On peut dire que Shay fait presque partie de la famille Tanberry : il est quand même sorti avec deux des cinq sœurs, ce qui crée des liens. Et ça vaut bien un tome à soi - qui n'est d'ailleurs pas le numéro 4, mais bien le "3 1/2 : peut-être est-ce une sorte de spin-off que Cathy Cassidy n'avait pas prévu de sortir, à la base ? 



En ce moment, le musicien en herbe est dans la tourmente : il a été approché par une maison de disques mais son père a refusé en bloc le contrat alléchant qui lui était proposé. Il ne peut guère compter sur le soutien de son frère, chouchou des parents et voué à prendre la direction du centre aquatique familial, un jour. Sa copine Cherry Costello était son rayon de soleil, jusqu'à ce que Honey, l'aînée des Tanberry, non contente d'avoir manqué de cramer la grange familiale en découvrant les joies de la clopes quelques mois plus tôt, ne vienne semer la discorde entre eux. 

En gros, rien ne va plus. Mais pas de panique : dans Les Filles au chocolat, tout finit toujours par s'arranger. 

Coeur Salé nous éclaire sur un personnage secondaire qu'on avait un peu oublié depuis le premier volet ; ce chapitre, plus expéditif _et donc forcément moins profond que les précédents_ traite des tensions entre parents et enfants lorsque ces derniers veulent prendre le contrôle de leur vie. 

Bon, j'ai apprécié beaucoup plus que je ne m'y attendais la lecture destinée à un public jeune mais beaucoup moins niais qu'on pourrait le croire. Cathy Cassidy traite bien de l'acclimatation à un nouvel environnement, de l'ajustement relationnel qui s'impose lorsqu'on intègre un groupe _l'élève fan est en famille d'accueil, elle a dû s'y retrouver_, de gérer l'hostilité viscérale qui se dégage d'une personne. 

On a quand même un peu l'impression d'être dans les Sims par moments : les parents sont d'accord pour tout _et ne gueulent même pas vraiment lorsqu'une gamine de 11 ans loue une pelleteuse pour faire un bassin au poisson rouge. Vas-y que ça bouffe du chocolat et des pancakes H24. Ces excès vont d'ailleurs exaspérer Summer, lorsqu'elle va tomber dans l'anorexie. Le copain de Honey vit quasiment chez eux et c'est lui qu'on appelle lorsqu'il faut gérer ses colères... Tout ça n'est pas très réaliste, certes, mais, par les temps qui courent, une histoire dégoulinante de sucre est toujours bonne à prendre.     


 Les Filles au chocolat - 4 - Coeur Coco 

4ème tome des aventures de la famille Tanberry, ou celui dans lequel la petite Coco chourave des poneys et fait du vélo dans la nuit avec un jeune homme peu recommandable ! 

Evidemment, c'est plus compliqué que ça. 


Coco, la petite dernière de la fratrie, vient de commencer un nouveau chapitre de sa vie : elle s'est mise au poney. Les ventes de gâteaux pour sauver les pandas sont passées au second plan depuis que son nouvel objectif est de monter Coconut, la ponette la plus caractérielle du centre équestre. Les moniteurs ne le lui permettent pas pour l'instant : leur élève a beau être douée avec les animaux, elle est encore débutante, c'est bien trop risqué. Mais à douze ans, on n'a pas le temps d'attendre. Son impatience et son agacement face aux remarques déplaisantes du jeune Stevie, un camarade de classe qui cure les box sur son temps libre, vont mettre à mal son sens de l'obéissance. 

Le tour de manège a dos de Coconut va mal se terminer et la ponette, jugée dangereuse, va être vendue pour rejoindre l'écurie du détestable Seddon, un riche propriétaire connu pour maltraiter ses animaux. 

Bon gré mal gré, Coco et Stevie vont s'associer pour sauver les poneys retenus par Seddon, afin de les mettre en lieu sûr. Pour ce faire, ils vont devoir ruser, agir de nuit et balader leurs familles respectives. 

Les états d'âme de Coco parleront à tous les "petits" de la famille qu'on ne prend jamais au sérieux et dont on ne se soucie pas tant qu'ils ne font pas de vagues. Les Filles au chocolat sont toujours aussi bien ancrées dans le monde des Bisounours, même si les parents se montrent absents, car submergés de travail et blasés par les conneries incessantes de Honey, la grande soeur en pleine crise. Par rapport aux livres précédents, j'ai trouvé que Cathy Cassidy allait un peu trop loin dans le happy end, même si elle a sans doute ressenti le besoin de contrebalancer le coup de théâtre violent des derniers chapitres. 


Les filles au chocolat - 5 - Cœur Vanille 

Pour la première fois de la vie, les soeurs de la famille Tanberry sont séparées. En effet, après avoir bien cassé les burnes à tout le monde avec ses frasques et sa mauvaise humeur constante, Honey s'exile en Australie afin de prendre un nouveau départ. L'aînée de la fratrie va ainsi pouvoir renouer avec son père, qui travaille sur place, et qui s'est chargé de l'inscrire dans un lycée huppé où elle ne pourra que réussir (selon lui).  


Les premiers jours à Sydney sonnent comme un rêve pour la petite anglaise aux allures de diva : une grande ville pleine de boutiques à proximité, une maison de bourges avec piscine, un père qui en fait des tonnes pour bien l'accueillir, une belle-mère stylée, la plage, les surfeurs... Honey serait-elle arrivée au paradis ?

Spoiler : non, elle va très vite déchanter ! 

Le père se charge de la ramener à la réalité : Honey comprend vite qu'elle n'ira pas dans l'établissement prévu, qu'elle n'aura ni le droit de faire la fête, ni de voir de mecs. Et puis là-bas, les jeunes ne semblent pas avoir les mêmes codes et ne sont pas sensibles à son aura : elle a, comme qui dirait "perdu son mojo". 

Cela ne l'empêchera pas de faire quelques belles rencontres amicales à l'école et en dehors. 

Prise par le mal du pays et frustrée de ne plus pouvoir séduire, Honey décide de se réfugier dans les mondes virtuels et s'inscrit sur un réseau social pour rester en contact permanent avec ses soeurs. Un mystérieux Surfie16 lui envoie bientôt une demande d'ami qui la rend fort jouasse... jusqu'à ce qu'elle devienne la cible d'un cyberharceleur aussi vénère qu'insaisissable. 

Honey se sent rapidement seule et démunie : son père ne mesure absolument pas la gravité de la situation, et le reste de la famille est à l'autre bout du monde, inutile de les inquiéter. 

Vu qu'on met enfin les projecteurs sur la lutte contre le harcèlement à l'école ces derniers temps, cette lecture tombe à pic.. et en parle plutôt bien.

Si vous lisez jusqu'au bout, vous verrez que coup de théâtre ! La famille s'agrandit (non, rassurez-vous, c'est pas Honey qui tombe en cloque à 15 ans : on est dans les Filles au Chocolat quand même !)

Cette série pour les gamins est définitivement mon petit malabar permanent (j'ai même pas honte). 


Les Filles au chocolat - 5 1/2 Coeur Sucré

Un tome qui aurait pu s'intituler "Vis ma vie de pote de Summer" ! 

Coeur Sucré est un petit volume organisé en deux parties : "L'étoile de la Saint Valentin" et "Pas de deux". La première est racontée par Tommy, le petit ami de Summer, et la seconde par Jodie, sa meilleure amie. 


Pour rappel, Summer Tanberry est la ballerine de la fratrie : promise à un bel avenir de danseuse, elle a dû faire une croix sur sa passion à cause de son anorexie. Depuis, elle lutte pour se refaire une santé, mais le moral ne suit pas toujours. 

Tommy est là pour la soutenir, mais il sait qu'il peut se montrer maladroit. Autant dire le challenge d'organiser un événement qui sera à la fois un cadeau d'anniversaire et un cadeau se Saint Valentin pour Summer n'est pas simple. L'appui de quelques amis et de Skye, la jumelle de Summer, vont le convaincre de tenter de mettre en œuvre le plan qu'il a en tête... 

Dans "Pas de Deux", on quitte Kitnor pour la Rochelle Academy, l'école de danse que Jodie a pu intégrer après le désistement de Summer. Prise entre son excitation, ses complexes physiques et le syndrome de l'imposteur qu'on imagine, la danseuse arrive à rester altruiste en toutes circonstances. Mais qui est là pour la soutenir, elle ? Les lettres qu'elle envoie à Summer restent sans réponse... 

Chronologiquement, ces deux histoires se situent en parallèle de Coeur Vanille (t.5) ; elles ont l'avantage de nous faire connaître deux personnages secondaires assez attachants et de parler de la difficulté d'accompagner un proche qui souffre. Bien sûr, on reste dans un tonalité bisounours propre à la série, on aime ou on n'aime pas, mais c'est toujours intéressant de tomber sur un roman jeunesse qui parle des TCA.  Autre point positif, Coeur Sucré peut être sympa pour des "petits lecteurs" qui ne connaissent pas l'univers des Filles au chocolat : les deux histoires restent compréhensibles, même si on n'a pas lu les volumes précédents. 

Les Filles au Chocolat - 5 3/4 - "Coeur Poivré" (2016) 

On continue avec les aventures des amis des Filles au Chocolat. Cette fois-ci, le focus est fait sur Jamie et Stevie, à travers deux histoires distinctes : "Loin des yeux" et "Près du coeur". 

Dans "Loin des yeux", Jamie et sa mère, productrice de télé, se rendent dans le gîte des Tanberry pour y tourner une émission de télé-réalité. Le jeune Londonien devrait s'en réjouir : pour lui, c'est l'occasion rêvée de revoir enfin Skye, sa copine dont il a de moins en moins de nouvelles. Mais le fait est qu'il n'est pas aussi enthousiasme qu'il aimerait l'être : son humeur maussade ne risque-t-elle pas de gâcher la soirée d'Halloween ?


  

"Près du coeur" se déroule quelques mois plus tard, à l'occasion du Nouvel An. Le stress monte pour Stevie, ce garçon à la vie compliquée avec qui Coco avait kidnappé des poneys dans le tome 4. Il a été invité à réveillonner avec sa mère et sa soeur chez les Filles au Chocolat, mais craint qu'elles ne l'aient oublié. D'autant que Coco l'avait éconduit lors de leur dernière entrevue...

Attention, rien ne va plus ! C'est pas spoiler que de le dire : y a de la tromperie ! 

Plus sérieusement, ce petit intermède de 100 pages parle de façon délicate, et sans dramatiser, de rupture et de sentiments réciproques (ou pas) chez les jeunes. On y retrouve tout ce qu'on aime dans l'univers de la série : les animaux (et le véto gratos), le sucre, la plage, la voyante chelou... 

Je ne sais plus si j'en ai déjà parlé, mais chaque tome se termine par deux ou trois recettes associées à l'un des personnages ; elles sont globalement faciles à faire. Aussi, comme c'est dimanche, que le temps et pourri et que finalement les Girondins de Bordeaux ne montent pas en Ligue 3, j'ai tenté le gâteau moelleux de Stevie. J'estime que je le mérite. Franchement il est pas si mal !

Références des livres : 

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 1 - Coeur Cerise. Nathan, 2011

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 2 - Coeur Guimauve. Nathan, 2012

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 3 - Coeur Mandarine. Nathan, 2012

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 3 1/2 - Coeur Salé. Nathan, 2013

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 4 - Coeur Coco. Nathan, 2013

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 5 - Coeur Vanille. Nathan, 2014

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 5 1/2 - Coeur Sucré. Nathan, 2016

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 5 3/4 - Coeur Poivré. Nathan, 2016


  


mardi 16 juillet 2024

[Concours lecture 6ème] Mouche et le manicou - Elisa Vix / Elisa Laget (2015)

Mouche et le manicou

Elisa Vix  (texte), Elisa Laget (illustrations) - 2015 

Oskar éditeur, Coll. Ottokar


Des parents divorcés + des vacances en Martinique + un furet qui pue (et qui fait plein de conneries) = une belle histoire de Noël ! 

Noémie et Max vont passer les vacances de Noël chez leur père, récemment installé en Martinique. Sur place, ils font la connaissance de Josiane sa nouvelle copine, et de son fils Michel. 

Les problèmes commencent lorsque les adultes constatent que Mouche fait aussi partie du voyage : Mouche, c'est le furet apprivoisé de Noémie. Il a beau être sociable et très intelligent, on a tendance à surtout retenir de lui qu'il sent la mort et chaparde la bouffe. 

Aussi, quand au petit matin la famille constate que le frigo a été mis sens dessus dessous durant la nuit, Mouche devient le suspect numéro 1, et le père menace de l'enfermer dans une cage. Hors de question qu'on en arrive là pour Noémie, qui est par ailleurs convaincue de l'innocence de son furet sur ce coup-là. Avec l'aide de Michel, elle part en quête du vrai coupable. Leurs investigations vont les mener dans l'antre l'Alphonsine, la sorcière vaudou. 

Une histoire pleine de mignonnerie, avec moins d'aventure qu'on ne pourrait s'y attendre au vu de la couverture, mais qui arrive en 50 p. à nous peindre un décor martiniquais et une intrigue cohérente. Ma foi, c'est honnête ! 

CDI Collège : OK, plutôt pour les 6ème : Mouche et le manicou reste quand même un livre destiné aux enfants

Un titre à proposer dans le cadre de projets (avec des CM2, des UPE2A, ou encore des élèves dys), car la police de caractères et les illustrations, toujours judicieusement insérées, permettront aux lecteurs de rester bien accrochés à l'histoire, quel que soit leur niveau. D'ailleurs, on l'a mis dans la sélection du concours lecture 6°/5° de l'année prochaine. 

Thèmes : amitié / famille recomposée / animal de compagnie / Martinique 

Petit exercice, pour ceux qui voudraient l'étudier en classe (niveau fin de primaire / 6ème)

mardi 1 août 2023

[FAMILLES DE FOUS] Teen Spirit - Virginie Despentes (2004) / Les grand-mères - Doris Lessing (2003)

Je me suis souvent demandé si on aurait eu des parcours différents, ma sœur et moi, si on avait grandi ailleurs que dans le village où vit et "travaillait" il n'y a pas si longtemps encore notre grand-mère paternelle, prostituée de son état. 
Ce paramètre n'a sans doute pas été déterminant, mais pour ma part je l'ai traîné comme un caillou dans une chaussure dès que j'ai été en âge de saisir les sous-entendus liés à sa condition, qu'elle n'a absolument jamais chercher à dissimuler ! Elle a toujours été fière d'exploiter son corps au maximum, avec ou sans paiement, tout au long de ces dernières décennies. Il faut quand même lui reconnaître cette force de caractère. 

Voici deux histoires de familles "peu conventionnelles", lues il y a quelques temps et déjà mises sur Instagram. Désolée pour ceux qui suivent, du coup, c'est du réchauffé ! Comme vous vous en doutez, le sujet m'intéresse. 


Teen spirit - Virginie Despentes (2004)

Paris, 2001. Agoraphobe, Bruno vit reclus au crochet de sa copine et passe ses journées à fumer en regardant la télé dans leur appartement de Barbès. Ce trentenaire au chômage trouve cependant la force de sortir de chez lui lorsqu'Alice, une vieille partenaire de sport en chambre, refait surface depuis le fin fond de leurs années de lycée. Il semblerait qu'elle ait une nouvelle à lui annoncer. 

Bruno ne sera pas déçu du voyage, puisqu'il va apprendre qu'il est le père de Nancy, née treize ans plus tôt d'une ultime partie de jambes en l'air. Treize ans, un âge où on donne du fil à retordre à sa mère, surtout quand on vient de comprendre que son père inconnu n'est pas aussi mort qu'on le lui avait assuré. 

Pour le héros, ce n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler une "bonne nouvelle". Comment être père si on a déjà du mal à se comporter soi-même en adulte ? et surtout, si on n'a jamais songé à l'être... 
    
Une tuile entraînant l'autre, Catherine décide de rompre et le somme de vider les lieux. Il trouve refuge chez son amie Sandra, une journaliste qui écrit pour la presse musicale. Elle va lui être d'un précieux soutien dans la gestion de sa parentalité toute neuve. Car enfin, si Bruno est un glandeur qui tourne à la fumette, mais ce n'est pas un mauvais type : bien sûr qu'il va lui donner de son temps, à cette Nancy.   

A travers une histoire plutôt marrante, Virginie Despentes aborde plusieurs sujets de réflexion : les rapports entre parents et adolescents, entre hommes et femmes, entre marginaux et bourgeois, l'idée de réussite _variable d'un milieu à un autre... La musique et la culture populaire restent à portée de main du cendrier et de la bouteille qui vont bien. 

Sans doute ma lecture la plus sympa de ces derniers mois, en partie grâce au texte qui résonne d'argot et de mots bien crus ! Déjà, ça ne l'empêche pas d'être beau, et puis il me semble que la littérature gagne à se faire un peu bouger ainsi, de temps en temps !  



Les grand-mères - Doris Lessing (2003)

Un petit groupe d'estivants se sont installés à la terrasse d'un restaurant en bord de mer. Ils sont six : Lil et Roz, deux grand-mères très bien conservées, leurs fils respectifs Ian et Tom, la quarantaine, et leurs petites-filles, Alice et Shirley. Où sont les mères des enfants ? Se demande une jeune serveuse, fascinée par le bonheur évident qu'ils exsudent. 

A vrai dire, Mary et Hannah ont pris l'habitude de se tenir suffisamment loin de leurs maris et de leurs belles-mères pour ne pas perturber la complicité qui les unit tous les quatre. 

Alors, lorsque l'une d'elles fait irruption à la table avec un mystérieux paquet de lettres dans les mains et une colère froide sur le cœur, on se dit : aïe, on va avoir droit à des querelles de couple à base de tromperies, avec des belles-mères vicelardes qui remuent la merde au second plan ! 

Eh bien, pas du tout ! 

Suite à l'esclandre, la narration fait un bond en arrière et revient sur l'enfance de Lil et Roz. On apprend que les deux fillettes sont devenues inséparables à l'école et le sont restées toute leur vie, au point de mettre sur la touche _bien souvent sans le vouloir_ quiconque tentait de s'immiscer dans leur duo. Malgré tout, elles ont toujours respecté les convenances en se mariant et en fondant leur famille, sans se douter que leur amitié fusionnelle allait les rattraper d'une bien curieuse manière.   

Ce court roman a de quoi surprendre ; Doris Lessing a l'art de raconter des situations étranges avec détachement, comme si tout allait de soi ! Même si le côté vieux-jeu de Mochepoule est un peu mal à l'aise avec la tournure que prennent les événements, sa face délurée trouve que Roz et Lil sont de bons spécimens de femmes libres et ouvertes d'esprit.

Les grand-mères pointe aussi du doigt un drôle de phénomène : lorsqu'on est vraiment très bien avec une ou plusieurs personnes, on prend le risque de se fermer au monde extérieur. Ici, c'est poussé à l'extrême, mais on a tous plus ou moins connu ça, cette impression d'autosuffisance, ce sentiment trompeur qu'on n'a plus envie / besoin de créer de nouvelles relations.  

J'avais emporté ce livre en vacances parce qu'il ne prend pas de place (95 p.) et parce que je n'avais jamais rien lu de Doris Lessing. C'est un des derniers qu'elle ait écrits, apparemment. Il se lit très facilement, et il est plus profond qu'il en a l'air. 

Une adaptation cinématographique est sortie en 2013 sous le titre de Perfect mothers (je ne l'ai pas vu !) 

Eh beh, des vieilles encore plus chaudes que ma grand-mère, qui l'eût cru ?!

Bibliographie 

Virginie DESPENTES. Teen spirit. J'ai Lu, 2004. 158 p. ISBN 978-2-290-32987-0

Doris LESSING. Les grand-mères. J'ai Lu, 2013. 95 p. ISBN 978-2-290-05977-7

Les deux romans ont été empruntés à la médiathèque des Halles à Paris (La Canopée) ! 

mercredi 7 août 2019

Lecture de vacances : L'étoile d'Indigo - Hilary Mac Kay (2004)


Cadmium, Safran, Indigo, Rose... Dans la famille Casson, les quatre enfants portent le nom d'une couleur : encore une idée saugrenue de leurs parents artistes peintres, très gentils mais complètement inutiles en matière d'éducation ! Bill, le père, a récemment levé l'ancre et s'est installé à Londres pour y travailler plus à son aise. Quant à Ève, la mère, si elle est physiquement restée à la maison, sa tête est toujours dans les nuages. Personne ne semble souffrir de cette existence dans la campagne anglaise où rien n'est jamais grave, un peu en retrait de la société : au contraire, Caddy et les plus jeunes ont appris à faire face aux problèmes sans l'aide des adultes, ce qui les a soudés et rendus autonomes. 

Les aventures des Casson font l'objet d'une série de six romans pour la jeunesse, écrits par Hilary Mac Kay entre 2001 et 2011. Sauf erreur de ma part, seuls deux titres de The Cassons Family Books sont disponibles en français ; il s'agit des deux premiers : Saffy et l'Ange de pierre / Saffy's angel (2001) et celui dont il est question aujourd'hui : L'étoile d'Indigo / Indigo's star (2004). Dommage, leur sort aurait pu intéresser pas mal de jeunes lecteurs. 


Bon, apparemment tout le monde n'est pas d'accord sur l'orthographe du nom de l'auteur...
    
L'histoire 

Ce deuxième volet de la série _évidemment, j'ai pas lu le premier ! est consacré à Indigo. Indigo a treize ans et c'est le seul garçon de la portée ; il est sur le point de retourner en cours après avoir été éloigné sur collège pendant un trimestre à cause d'une méchante "mononucléose infectieuse". Enfin ça, c'est la raison officielle. Derrière elle se cache le vrai problème, à savoir une situation de harcèlement qu'il subit :  que ce soit en classe ou dans la cour, Tony le rouquin et sa bande de "suivistes" lui mènent la vie dure. En cette fin d'année scolaire, Indigo est partagé entre l'envie de renouer contact avec le monde extérieur, et la hantise de devoir supporter cette bande de têtes de nœud pendant encore de longues semaines.

Heureusement, les sœurs veillent au grain. Si "Caddy" (Cadmium) est partie à la fac et ne fait que des passages épisodiques à la maison, accompagnée parfois d'un nouveau copain qui finit par prendre peur devant cette famille de fous, "Saffy" (Safran) et sa meilleure copine Sarah vont aussi au collège et font des rondes plus ou moins discrètes dans les couloirs. Rose, la dernière de la fratrie, tente d'insuffler à Indigo la force de caractère qui lui manque tant. Elle n'a que huit ans, mais son esprit critique et sa grande répartie surprennent les adultes ou les jeunes en excès de confiance ! Beaucoup lui demandent son avis avant de prendre une décision importante...


"Lis la question suivante ! ordonna Safran.
_ Que diriez-vous à Toutankhamon si vous tombiez sur lui dans la rue ?
_ "Pardon" ! riposta aussitôt Sarah. Mets ça ! 
_ Il faut répondre avec des phrases entières. 
_ Pardon, mais c'était votre faute ! Vous marchiez en biais !" Caddy, je peux avoir une banane, moi aussi ?"


La garde rapprochée rend bien service mais ne suffit pas toujours ! D'ailleurs, quand on a treize ans, est-ce qu'on ne préfère pas se faire enfoncer la tête dans les chiottes par la petite frappe du coin qu'être défendu par sa grande sœur ?

L'arrivée de Tom, un nouvel élève venu des États-Unis, va changer la donne et chambouler cette classe de 4ème. Avec un père astronaute, une mère scientifique spécialiste des ours, un caractère de cochon et une étonnante facilité à se mettre à dos profs et élèves, Tom a tout du punching-ball idéal. Il en est conscient, et contrairement à Indigo, il vit plutôt bien son statut de victime car il n'a pas peur de se défendre. Même lorsqu'il sait qu' à dix contre un, le combat est perdu d'avance. Bientôt, le binôme  Tom / Indigo se forme inévitablement : quand on a les pieds dans le même bourbier, autant se serrer les coudes et faire face ensemble. De là à parler d'amitié...

"... Je ne savais pas que tu étais ami avec Tom. 
Indigo s'apprêtait à dire que lui non plus n'était pas au courant, mais il se ravisa. Ils pouvaient devenir amis. Ils étaient du même côté. Pourquoi ne pas être amis ?
_ Pourquoi on serait pas amis ? dit-il tout fort à Saffy."


Une situation de harcèlement 

L'Etoile d'Indigo ne porte pas exclusivement sur des déboires d'Indigo au collège ; disons que c'est un fil rouge qui nous permet de suivre l'évolution de la famille Casson et de Tom ... qui en deviendra vite une pièce rapportée. Je fais le choix d'insister lourdement sur ce point parce qu'ici la question du harcèlement à l'école est traitée dans sa complexité, et cela m'a paru intéressant d'insister là-dessus. En effet, Hilary Mac Kay montre que :
  • Tous les élèves qui se font emmerder n'ont pas forcément le même profil. Exit la figure du binoclard aux cheveux gras qui heureusement apparaît de moins en moins souvent dans les œuvres de fiction. On ne sait pas grand chose du physique d'Indigo, si ce n'est qu'il a grandi de quinze centimètres pendant sa convalescence ; concernant sa personnalité, il nous est présenté comme sensible, juste, altruiste, un poil trouillard et peu combatif. Tom est très différent de lui : il cherche les embrouilles, les trouve, encaisse les coups et recommence. Il est ébahi et agacé de voir Indigo se laisser marcher sur la tronche à longueur de journée. Oscillant entre l'envie de l'achever et l'instinct de lui filer les billes nécessaires à sa survie, il va lui être d'un grand secours... mais n'aura rien d'un ange gardien. Leur amitié va se construire progressivement, par l'intermédiaire de Rose la bavarde, Rose la fouineuse toujours pleine de bonnes intentions : elle va conquérir Tom, ce drôle d'Américain un peu méfiant qui lance des balles en caoutchouc sur les gens pour se détendre et qui aime jouer de la guitare sur les toits. 

"T'as un problème, Indigo ?" 

  • Le harceleur ne ressemble pas forcément un méchant de dessin animé. Tony Albinoni est roux, ce qui aurait bien pu le faire passer dans le camp des victimes. On sait bien que de tous temps, les rouquins ont été associé au diable et à la puanteur. Pourtant, personne ne lui cherche de noises au collège. Il a même son petit gang de "suivistes" débiles et plus costauds que lui dont il a besoin plus qu'autre chose. Tom l'atteint à plusieurs reprises au cours de l'histoire, mais lui non plus ne se démonte pas. Saffy et Sarah lui arrachent des touffes de cheveux, mais il s'obstine et garde la face. Il tient à son statut de casse-couilles en chef comme à la prunelle de ses yeux. 
  • On parle beaucoup des suiveurs et des passifs, qui voient, savent, subissent parfois les coups de pression et les dommages collatéraux, mais ne disent rien. Il y a aussi les "intouchables", ceux à qui on ne s'attaque jamais, c'est comme ça, allez savoir pourquoi. Indigo a du mal à gérer les situations où il voit le rouquin et ses comparses s'en prendre à un autre gosse, signale, et voit la victime se retourner contre lui. C'est trop pour lui, même si dans la réalité, on sait bien que ce schéma se reproduit hyper souvent. 


Il n'y a point de vérité générale dans le harcèlement scolaire, même si on peut s'accrocher à certains signes récurrents, je dis pas le contraire ; c'est en partie pour cela qu'il est si difficile à repérer. Dans L'étoile d'Indigo, les adultes brillent par leur inefficacité, y compris ceux qui font preuve de bonne volonté. Certes, Bill et Eve Casson sont tellement à l'ouest qu'ils ne se doutent pas une seconde du calvaire que vit Indigo, et on a l'impression qu'ils n'en prendraient pas la mesure même si ça se passait sous leur nez. Pourtant, ils sont tellement sympas qu'on n'arrive pas à leur en vouloir, alors qu'on sait très bien que dans la vraie vie, on aurait placé leurs gosses en famille d'accueil depuis bien longtemps ! Même le principal du collège ne flaire la puanteur du dossier qu'à la toute fin du roman, bien qu'il semble soucieux du bien être de ses élèves : il bataille pour que Tom arrive à s'intégrer dans l'établissement, mais passe à côté des plus gros dysfonctionnements. Cette fiction ne propose pas de solution clé en main à cette question épineuse, mais invite les enfants à relever la tête, à découvrir quelles sont leurs meilleures armes, et à les utiliser à bon escient. 




Une belle surprise que ce roman pour enfants (classé 10 ans et +), que je supposais léger, mais qui ne l'est pas tant que ça. Les Casson et leurs amis accommodent la réalité pour la rendre plus sympa, ce qui ne veut pas dire qu'on est au pays des Bisounours. Disons que beaucoup de passages à forte tension dramatique sont "rendus" drôles par la justesse des personnages ; d'où l'édition de L'étoile d'Indigo dans la collection "Humour" du Livre de Poche Jeunesse.

J'aurais presque pu écrire un Téma la bibliothèque autour du deuxième opus des aventures de la famille Casson, car un chapitre est consacré à une escapade de Tom et d'Indigo sur le toit de la bibliothèque municipale : ce moment où "Indy" passe du côté de la clandestinité, en dépit de ses peurs, sonne comme la consécration de leur amitié.

Je comprends qu'on puisse ne pas considérer ce roman comme le chef d'oeuvre jeunesse des quinze dernières années, mais j'ai eu un petit coup de cœur dessus.

"Papa chéri
C'est Rose. 
La cabane a besoin de nouveaux fils électriques maintenant que tout a sauté.
Caddy ramène à la maison des petits amis qui touchent le fond pour voir s'ils conviendraient pas à maman. Pour te remplacer. 
Bisous, Rose." 

Hilary Mac Kay. L'étoile d'Indigo. Le Livre de Poche Jeunesse, 2004. Coll. "Humour". 253 p. ISBN 2-01-322273-4


mardi 23 octobre 2018

Le septième geste - Tsvetanka Elenkova (2018)


Bien bien. Il me semble que j'ai passé presque deux mois sans écrire sur ce blog, ce qui est une première depuis sa création. Autant dire qu'il est difficile de s'y remettre ! Je vais donc essayer de faire un compte-rendu clair et concis d'un recueil de poèmes en prose qui m'a été envoyé par Tertium Editions, dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babelio ; il s'intitule Le septième geste, a été composé cette année-même par l'auteure bulgare Tsvetanka Elenkova et a été traduit par Krassimir Kavaldjiev. 

Voilà la bête !
On a une bonne et une mauvaise nouvelle ! La mauvaise, c'est que je n'ai pas compris ce choix du titre Le septième geste pour ce recueil ; la bonne, c'est que j'ai globalement saisi tout le reste, et ce, bien qu'on ait affaire à de la poésie, bien je ne sois pas une flèche, bien que je ne connaisse rien à la littérature bulgare... De la poésie en prose, qui plus est : pour rappel, cela signifie que vous pouvez dire au revoir à l'espoir de décrypter le message du poète en vous accrochant aux strophes et aux vers. Malgré cela, n'hésitez pas à vous lancer dans la lecture du Septième geste, qui sera tout sauf lunaire et/ou rébarbative. 

D'ailleurs non, ne vous lancez pas. Allez-y plutôt sur la pointe des pieds, car à travers son poème initial ("La traîne de la poésie"), Tsvetanka Elenkova nous propose une entrée fracassante où les images à caractère phallique s’emboîtent à la chaîne se superposent, laissant craindre (ou espérer, tout dépend des attentes du lecteur) une orgie en 90 tableaux... Mais finalement, il n'en sera rien ; même si l'érotisme plane toujours entre deux souvenirs de l'artiste, il reste subtil et tout à fait contournable pour qui n'est pas d'humeur à faire des blagues.   

Le septième geste raconte plutôt quelques moments d'anecdotiques vécus par une famille qui évolue au fil du temps, sur plusieurs générations ; d'une page à l'autre _et donc d'un poème à l'autre, puisque chaque pièce du puzzle n'excède jamais une demi-page, l'auteure évoque sa mère, son frère, puis sa propre maternité. On notera qu'elle cite régulièrement les maximes de sa mère, utilisant l'italique et l'élevant au rang de philosophe ; je ne sais pas s'il sagit de propos rapportés authentiquement, mais il s'avère qu'ils marquent particulièrement le lecteur : 

"Personne ne mérite les larmes d'une fille"
"Tout est bien qui finit bien"
"Après la soixantaine, le temps s'envole"

Un peu comme dans Le parti pris des choses de Francis Ponge, la force des poèmes du Septième geste provient des situations quotidiennes les plus banales. Si quelques thématiques abordées tout au long du recueil, telles que le temps, qui passe, le cheminement de la vie vers la mort, les liens humains... sont récurrentes en poésie, il est plus rare qu'on les aborde par le biais d'objets de la vie courante (les vêtements, la voiture), ou de petits événements empreints de trivialité (la coupure d'un compteur d'eau, l'avancement d'un chantier...). Cela n'empêche d'ailleurs pas Elenkova de parsemer ses scènes (utilement, à mon avis) de références à des lieux et à des personnages issus de la mythologie grecque. N'étant pas spécialiste de la question, je préfère ne pas proposer d'analyse de cette dimension "antique" du recueil, mais je vous invite à le faire, si vous le sentez : à n'en pas douter, la matière n'attend que d'être creusée. 

Aux confins des questions existentielles, des souvenirs de famille et de la singularité des paysages méditerranéens, Le septième geste laisse entendre que la clé du mystère de la vie est tombée quelque part dans notre quotidien.     

Merci à Tertium Editions et à Babelio pour l'envoi de ce livre, qui est une belle découverte.

Désolée pour ce billet tout pourri, mais la reprise du gribouillage après une trop longue pause est toujours compliquée.

Tsvetanka Elenkova. Le septième geste. Tertium Editions, 2018. 95p. ISBN 978-2-490429-02-8


tous les livres sur Babelio.com


mardi 21 août 2018

Les folles aventures télévisées des vacances : La ch'tite famille - Dany Boon (2018)


Je nageais dans une rivière calme en traînant un tronc d'arbre étrangement léger. Des clapotis m'ont fait comprendre qu'un autre nageur arrivait derrière moi, alors j'ai garé mon fardeau le long de la rive pour le laisser passer. Il était vêtu d'un combinaison de cyclisme, casque compris. Puis je me suis remise en route car, même si cette tâche ne me déplaisait pas particulièrement, j'avais un horaire de livraison à respecter.

A un moment, la rivière a dû se jeter dans la mer, puisque je me suis retrouvée sur une plage à tirer le tronc d'arbre au sec. Il était maintenant jauni par une panure de sable. Je l'ai laissé en plan pour entrer dans une gare dont le hall donnait sur cette plage ; une femme blonde et un homme aux cheveux gris m'y attendaient, ou plutôt attendaient le colis. Ils m'ont remerciée pour la forme d'avoir effectué la besogne mais j'avais l'impression qu'ils n'en avaient strictement rien à foutre et que ma présence les incommodait plus qu'autre chose. D'ailleurs ils se sont rapidement éclipsés pour poursuivre une conversation qui ne me regardait pas. Peu m'importait, j'étais contente d'avoir fait mon boulot.

Le malaise, c'est que je ne savais pas où j'étais, en fait. Ni la ville, ni la région. Sur un panneau en papier, il était inscrit qu'un train partirait pour Paris à 7h et quelques, mais cela ne me disait pas si j'étais loin ou pas de la capitale. Tout était gris, métallique, froid dans cette gare, jusqu'au vieux téléphone à cadran posé dans un coin. J'ai préféré sortir sur la plage ; le vent du matin était un peu frais mais ciel bleu refilait le moral. Je me suis agenouillée pour voir de plus près de petites palourdes indigos et translucides fichées dans un rocher. Je n'avais jamais vu de tels spécimens mais ils m'ont rendue hyper zen.

Puis je me suis réveillée sans avoir eu le fin mot de l'histoire. C'est con les rêves.



Beaucoup se foutent de mon attachement à ma famille ; contrairement à la plupart des personnes de ma tranche d'âge, je voyage peu. Pas du tout, même. Je sais. Je devrais, "maintenant que je peux le faire", je sais bien "qu'après il sera trop tard". Mais c'est ainsi, faut pas juger.

Cet été, en famille et avec ma mère surtout, on a regardé des comédies plus ou moins célèbres. Puis j'ai pris le temps de me lancer dans le visionnage de quelques séries de mon côté, en nocturne : dans l'idéal il faudrait que ma banque de sujets de conversation soit pleine pour la rentrée de septembre, histoire de pouvoir échanger avec les collègues sans avoir à me casser la tête. Eh oui, se montrer sociable fait pleinement partie du boulot !

Voici la première étape de ces "folles aventures télévisées des vacances" :

La Ch'tite famille (2018) 

Honnêtement, l'idée de regarder cette nouvelle comédie de Dany Boon ne m'emballait pas tant que ça. Ma mère a acheté le DVD en pensant, je crois, qu'il s'agissait d'une suite de Bienvenue chez les Ch'tis, ce fameux film qui a dépoussiéré toutes les salles de ciné en 2008. Nous n'allons pratiquement jamais au cinéma mais je me souviens que lorsque'il était à l'affiche, nous avions bloqué un dimanche après-midi pour faire partie de ceux qui "l'avaient vu", cet antidote à la tristesse.

Or, quand on se fait des films avant de voir le film, on tombe souvent de haut.

Oh, on s'était bien marrés quand même, faut pas pousser ! mais je suis sortie en me demandant pourquoi cette comédie-là avait si bien marché par rapport à d'autres. Comme elles avaient beaucoup aimé Bienvenue chez les Ch'tis, c'est tout naturellement que ma mère a prêté La Ch'tite famille à ma soeur, l'autre jour. Laquelle le lui a rendu peu après en disant qu'elle et son mec n'avaient pas réussi à le regarder jusqu'au bout "parce qu'ils s'étaient endormis devant" ; eh ben, ça promettait de l'action ! Un après-midi où il faisait très chaud, puisqu'on était de toute façon coincées au frais, on l'a quand même tenté, tant pis.    


L'histoire 
Valentin (Dany Boon) et Constance (Laurence Arné) sont des designers renommés à Paris : leurs fameuses chaises à trois pieds et bien d'autres meubles de leur invention sont très tendance chez les mondains de la capitale, bien qu'ils soient souvent peu fonctionnels... Tout roule pour le jeune couple, mais, quand au détour d'interviews, on interroge Valentin sur ses origines, son visage se ferme : l'homme se dit orphelin ; il n'a jamais eu de famille et ne souhaite pas confier à la presse un pan si douloureux de sa vie ! Pourtant, la réalité est tout autre : 20 ans plus tôt, cet artiste à complètement tourné le dos à ses parents et à son frère vivant dans le Nord de la France pour mener à bien son projet de carrière. Un jour, alors que le vernissage de son exposition au Palais de Tokyo bat son plein, Valentin voit débarquer dans le fracas sa mère (Line Renaud), son frère (Guy Lecluyse), sa belle-soeur (Valérie Bonneton) et sa nièce (Juliane Lepoureau). Cette visite surprise est un vrai cauchemar pour le designer et pour les siens, qui comprennent bien vite que leur présence est indésirable. Ils s'apprêtent d'ailleurs à rentrer à la maison quand le père de Constance (François Berléand) percute Valentin avec sa voiture, le plongeant dans le coma. A son réveil, le pseudo sans famille a perdu une partie de sa mémoire, mais a récupéré son accent et ses 17 ans. Inutile de lui parler affaires, chaises design et réunions de travail : il ne se souvient même plus de Constance, avec qui il partage sa vie depuis des années. Pour lui, la vie se résume à sa mère, à des balades à mobylette, et à sa copine de l'époque... qui depuis, est devenue la femme de son frère.. Ambiance. 

   

"Alors, il est bien ?"
J'en ai toujours autant ma claque du traitement de l'accent du nord dans les films, et à mon avis, ceux qui vivent pour de vrai dans cette région doivent rager de se voir autant caricaturés. A part ce léger désagrément, cela dit, on a pas mal rigolé et on ne s'est pas ennuyées une seconde, ma mère et moi ; on se demande même toujours comment ma soeur et son mec ont bien pu faire pour piquer du nez devant car, qu'on aime ou qu'on n'aime pas, il faut reconnaître que l'enchaînement des scènes est assez dynamique pour qu'on se prenne au jeu. Si La ch'tite famille n'est pas une comédie qui restera dans les annales, je l'ai mieux appréciée que Bienvenue chez les Ch'tis, car l'intrigue me semble moins tirée par les cheveux et les personnages sont plus subtils. Précisons à nouveau que ce film de 2018 n'est en rien une suite du blockbuster maintenant vieux de dix ans. Mais puisqu'ils s'inscrivent dans la même veine, à savoir, la rencontre entre deux mondes _le Nord et le reste de l'hexagone, entre deux langues distinctes _le français et l'un de ses multiples patois... rien ne nous empêche de les comparer.


Pour Dany Boon, il fallait oser se mettre en scène dans le rôle du petit con qui a renié sa famille lorsque le succès lui a souri ; bien joué, car il parvient à nous faire comprendre que certaines couches de la société sont tellement "élitistes" qu'il peut être handicapant d'annoncer ses origines lorsqu'on veut s'y intégrer. Parfois, ce critère peut à lui seul fermer des portes. On le sent bien dans le film ; quand son entourage professionnel "découvre" la famille de Valentin, appartenant plutôt à la classe ouvrière, ou quand le héros se remet à parler ch'ti, sa crédibilité en prend un coup. N'est-ce pas à partir de ce moment qu'on va essayer de l'entuber de toutes parts ? La perte de mémoire a bon dos. Ok, le "mauvais fils" n'aurait pas dû gommer sa famille, il aurait mieux fait de leur rendre visite pendant ses vacances et d'en parler autour de lui. Il se serait collé une belle étiquette de péquenot par la même occasion.




Evidemment, Valentin D. va se racheter grâce à son traumatisme crânien salvateur. Mais peut-on lui reprocher d'avoir voulu faire son trou dans un domaine dans lequel il s'illustre ? Aurait-il percé s'il avait gardé son accent ?

Pour vivre au quotidien le cas de figure contraire, je dirais que non. En effet, mon boulot m'a fait passer du monde ouvrier - paysan à la sphère des profs ; je vis donc au milieu des gens cultivés et tirés à quatre épingles, qui ont voyagé et qui sont souvent partis en vacances, et qui ont, pour la plupart, au moins un parent fonctionnaire, enseignant, cadre... On bosse bien ensemble. On n'est pas des bêtes. Malgré tout, je garde et je garderai toujours sur ma gueule et dans mon allure les caractères de la paysanne _ attention, ça me va très bien !

Eh bien vous me croirez ou pas, mais ça conditionne drôlement vos relations avec les collègues. Oh, tout le monde est très gentil avec vous, très courtois ! On ne vous lance pas des pièces, on ne vous traite pas de manant, on vous salue. Mais la manière dont on s'adresse à vous diffère légèrement, et les taches qu'on vous confie peuvent varier. Ce ressenti est assez dur à expliquer, mais je suis à peu près certaine que tout ne se passe pas dans ma tête. Parlez d'un festival, d'un bouquin, d'un film, on sera bien surpris que "vous connaissiez ça, vous", et on se demandera par quel char à bœufs c'est arrivé jusqu'à vos champs. Allez ok, j'exagère un peu... D'ailleurs, personne n'oublie jamais de vous demander des nouvelles de votre "pays" avec un air apitoyé, vous posant la main sur l'épaule, comme pour vous dire : "bientôt, bientôt tu pourras te rouler dans le foin à nouveau. Sois forte en attendant".

Je ne me plains pas, je constate simplement...   

Bref, voilà le débat que Dany Boon soulève, en fait : les classes sociales n'existent-elles pas encore, plus que jamais, et ne sont-elles pas de moins en moins perméables ? Coucher ne suffit pas toujours pour se réaliser professionnellement ; parfois, renier ses parents est une garantie plus sûre.
    
Palais de Tokyo

Enfin, ce film a le mérite de faire connaître le Palais de Tokyo, centre d'art contemporain parisien que j'avais complètement zappé, à supposer que j'en aie entendu parler un jour !

La Ch'tite famille 
Comédie, 1h47 
Pathé Productions 
Dany Boon 
2018 
Le DVD est dispo pour 10 balles environ. 

jeudi 20 juillet 2017

Les Cités des Anciens 7 - Le vol des dragons - Robin Hobb (2014)


Une incursion tardive dans l'univers de Harry Potter _eh oui, comme vous le savez déjà, j'avais toujours pris soin d'éviter ce monstre littéraire jusqu'à ces derniers mois_ a retardé ma traversée des Cités des Anciens de Robin Hobb. Il est temps de s'y remettre ! 




Où est-ce qu'on en était ? 

Au moment où tous les personnages principaux sans exception reçoivent quelques tuiles sur le coin du nez ! 

A Kelsingra, les Anciens et les dragons ont presque atteint l'apogée de leur évolution : les ailes, les écailles et les regards perçants des premiers flamboient, tandis que les seconds s'élèvent dans les cieux pour mieux fondre sur leurs proies. Tous se préparent à passer une belle et une très longue vie en ces lieux magiques qu'ils découvrent jour après jour, mais leur bonheur est bientôt terni par un constat : pour rester beaux et puissants, ils doivent régulièrement tirer d'un puits un peu d'argent liquide qu'il leur faut ingurgiter. Or, ce "puits d'argent" est introuvable : il deviendra vite la nouvelle quête des anciens parias du Désert des Pluies. 


"Jack, je vole ! Et aussi bien que les dragons estropiés !"


Le capitaine Leftrin est maintenant tout proche de la cité des Anciens ; il transporte non seulement une sacrée cargaison de vivres et de produits de première nécessité, mais aussi Malta et Reyn Khuprus. Ces derniers comptent sur le pouvoir des dragons pour donner de la force à leur petit Phron, qui en manque cruellement.  


La vivenef est suivie de près par des navires vraisemblablement résistants aux eaux acides du Fleuve ; si personne ne saurait dire qui ils sont et quelles sont leurs intentions, l'équipage du Mataf n'a aucun doute sur leur détermination. A aucun moment, Leftrin et sa bande n'auront réussi à les semer. On devine qu'au fond d'une cale chalcédienne inconnue, Hest se terre en attendant des jours meilleurs ; difficile de ne pas faire le lien entre sa cachette et le bateau warrior qui étonne les matelots. 

"Jack, je vole plus !"

A terre, Selden "l'homme dragon" a été livré en pâture au vieux duc de Chalcède afin de le soigner en lui sacrifiant sang et écailles. Mais le noble comprend que le médicament et plus malade que lui et le confie aux bons soins de sa fille Chassim : pas question qu'il s'intoxique en avalant sa morve de reptile défraîchi ! Il le coupera en morceaux quand Selden Vestrit se sera retapé ! Une connivence s'instaure très vite entre la jeune femme en manque de reconnaissance et l'Ancien déchu...   

Les colosses aux pieds d'argile 

Tome 7, tome des chutes plus ou moins douloureuses... Qu'elles soient sentimentales _ le triangle amoureux formé par Thymara, Tatou et Kanaï est maintenant reconnu par tous comme stérile_, techniques _ les vivenefs n'ont plus le monopole du fleuve_, ou personnelles _Anciens et dragons prennent conscience de leurs limites, elles tombent sur les personnages comme autant de couperets..

La dragonne Tintaglia illustre parfaitement le phénomène, puisque sa blessure pourrissante l'amène à ravaler son dédain pour les hommes ; c'est en battant de l'aile qu'elle tentera de rejoindre ses admirateurs de toujours : les Khuprus. Au fond, on se dit que ça ne lui fait pas de mal, à cette grande prétentieuse, mais celui qu'on est vraiment heureux de voir galérer, c'est Hest ! Le petit marchand freluquet en a rabattu depuis qu'il a vu le sang couler, au point d'accepter de jouer les soubrettes pour des Chalcédiens sans foi ni loi. Robin Hobb a parfaitement réussi à nous faire détester son méchant, encore faut-il qu'elle ne pousse pas le happy end jusqu'à lui sortir la tête de l'eau ! 




Les feux d'artifice : t'en as vu un, tu les as tous vus ! 

Car cette issue "bouquet final" où tous les gentils retomberont sur leurs pattes dans la joie et la bonne humeur, au terme d'une confrontation explosive à proximité de Kelsingra, le lecteur la sent venir. Est-ce parce que j'ai encore en tête la conclusion des Aventuriers de la Mer ? Est-ce parce que j'ai fait le tour de l'oeuvre de Robin Hobb et que le charme commence à s'estomper ? Sans doute ne suis-je plus la lectrice qui a plongé dans L'Assassin Royal pour fuir la détresse du quotidien dans laquelle elle se noyait ? Non pas que je gère beaucoup mieux maintenant, mais c'est différent ^^. Toujours est-il que la fin des Cités des Anciens me semble quelque peu prévisible. Si je me trompe, je ferai la rectification dans le prochain biller, soyez-en sûrs. 

Mais pour l'instant, la curiosité avide et le suspense qui m'ont conduite à dévorer les précédentes séries est limitée ; j'ai toujours l'impression de ne pas m'attacher aux personnages et l'envie de leur coller des baignes se fait parfois sentir. Enfin, si je n'y suis pas totalement indifférente, cela veut dire que Robin Hobb a bien fait son boulot, remarquez ! Bref, je lirai la dernière partie de la saga très bientôt, avec grand plaisir, et avec l'assurance de ne pas voir les minutes s'égrener sur le compteur de mon tapis de marche, mais sans que le coeur s'emballe pour autant. 

A vous de voir ! 

HOBB, Robin. Les Cités des Anciens 7 - Le vol des dragons. J'ai Lu, 2014. ISBN 2290085979