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vendredi 23 avril 2021

[MASSE CRITIQUE - BABELIO] La part des chiens - Marcus Malte (2003)

Merci à Babelio et aux Editions Zulma pour l'envoi de La part des chiens, dans le cadre de l'opération Masse Critique. Ce roman écrit par Marcus Malte a d'abord été publié en 2003 avant d'être réédité en format poche cette année. 

L'histoire 

Zodiak et Roman dit "le polac" cherchent Sonia inlassablement, depuis de longs mois. 

Sonia, c'est la femme du premier et la sœur du second ; cette jeune funambule de talent s'est comme évaporée du camp de forains dans lequel ils vivaient tous les trois, et depuis ce jour, ils tentent de retrouver sa trace. Mais la tâche est ardue ; on comprend vite que Zodiak et Roman n'ont en leur faveur que leur solide amitié et leur amour pour la disparue. 

La part des chiens débute par leur arrivée nocturne dans une ville portuaire dont on ne connaîtra jamais le nom : ils semblent y avoir flairé une piste et s'immergent dans les ruelles les plus glauques, parce qu'ils savent bien que les clefs des lieux compromettants finissent toujours dans les bas-fonds. Les deux hommes ne paient pas de mine sous leurs allures de marginaux, mais gare à ceux qui tenteraient de les prendre de haut ! Leur détermination ne connaît ni les limites de la morale, ni les travers de la fierté, ni les codes de l'honneur. Si, pour arriver à leurs fins, ils doivent frayer avec la frange la plus malsaine de la population locale, en découdre avec des gros bras, secouer des prostituées ou encore supporter une projection de films pédopornographiques crânement présentée par le propriétaire d'un cinéma miteux sans tout de suite le dégommer... ils le feront. 


Saint Germain du Salembre
Sortie à vélo du 18 avril.
Non, ça n'a rien à voir avec le livre, et alors ? C'est mon blog !


Ambiance sombre et sublime 

Ne connaissant pas du tout l'auteur, j'ai lu quelques critiques en parcourant Internet. Il semblerait que Marcus Malte soit connu depuis longtemps pour sa capacité à mêler efficacement le glauque à la poésie dans ses textes ; c'est effectivement le cas dans La part des chiens, où les différents chapitres alternent en douche écossaise : le lecteur suit Zodiak et Roman dans leur enquête, avec toute la violence qu'elle sous-entend, puis remonte le temps au gré d'un narrateur omniscient peut-être soucieux de nous faire faire des pauses régénératives ? On vit alors le coup de foudre qui a touché Zodiak lors de sa première rencontre avec Sonia, aussi onirique que chelou _ il avait douze ans, elle huit ET elle était à poil..., on découvre le sage astrologue Aghara qui prendra le héros sous son aile, l'univers pourri de ce camp de roulottes dans lequel les protagonistes surnagent ou tirent leur épingle du jeu avec beaucoup de mérite. Toujours est-il que ces petits flashbacks nous aident à mieux comprendre l'histoire qui se déroule sous nos yeux, et notamment le contexte de la disparition de la funambule. 

Ils apportent aussi la dimension d'enquête du roman ; en effet, la quatrième de couverture qualifie l'histoire de "roman noir", et j'ai d'abord eu un peu de mal à l'identifier comme tel : oui, les personnages sont des cas sociaux et évoluent dans un univers sombre, laissant peu de place à l'espoir. Mais pas d'inspecteur à l'horizon, pas d'indices, pas le moindre élément concret susceptible de rappeler un roman policier. Au fil des pages, on comprend que Zodiak est dans une démarche d'investigation : de bouges crasseux en locaux désaffectés, il sonde, menace, dialogue pour retrouver la piste de son âme sœur. Il tire des déductions de ce qu'il arrive à faire cracher à ses interlocuteurs. Ok, va pour le roman noir... De toute façon j'y connais rien, et puis on s'en moque. La complexité des personnages me semble être un point plus important à observer.  



La brochette n'était pas végan !   

En chien fidèle, Roman se contente d'obéir aveuglément aux ordres d'un binôme qu'il adule autant qu'il le craint. Du moins lorsqu'il n'est pas en train d'essayer de calmer son appétit gargantuesque. Pourtant, les dernières phrases qu'ils prononcera dans l'un des derniers chapitres seront peut-être celles de la vérité... Le polac n'est pas plus Watson que son beau-frère est Sherlock Holmes : au fond, sous un vernis de raisonnement rationnel, Zodiak n'est jamais guidé que par ce que lui dicte son coeur, et par sa capacité à lire l'avenir dans les constellations. A chaque rencontre, il est catalogué comme le "cerveau", quand Roman se voit systématiquement coller une étiquette de brute épaisse sur le front. Certes, leur équipe est aussi complémentaire que le laissent présager les apparences, mais pas pour les raisons que l'on croit : ils se connaissent depuis l'enfance, les deux hommes se respectent mutuellement _ Zodiak ne s'énerve jamais contre les boulettes de Roman, Roman prend soin d'épargner à Zodiak son point de vue sur leur quête_, et ils aiment Sonia plus que leur propre personne. De la fameuse Sonia, on ne saura pas grand chose que ce que nous laissent entrevoir les "chapitres flash-back" : prometteuse depuis ses jeunes années, elle excelle comme funambule et semble rendre à Zodiak l'intérêt qu'il lui porte. Quelques figures secondaires ne manqueront pas de s'imprimer dans la mémoire du lecteur : Igor Pécou, l'homme haut d'un mètre quarante et délesté de l'une de ses jambes suite à une mésaventure, propriétaire d'un cinéma porno et acteur dans certains des films projetés. ou "Monsieur Victor", dit "le Prince", un fils de maçon devenu gangster, qui n'a tellement pas la tête de l'emploi qu'on se demande bien comment ça a pu marcher pour lui.      

     

Il faut que je trouve un moment pour parler de cette BD.
Il y aurait pas mal de parallèles à faire avec La part des chiens, en plus !

Etre un malfrat s'apprend, même s'il faut des prérequis. De même, décrire la violence sous toutes ses formes n'est pas donné à tout le monde. Marcus Malte sait le faire. D'un bout à l'autre de l'oeuvre, les scènes trash, cruelles ou simplement très réalistes s'enchaînent sans que ce soit de trop. La scène de la "projection forcée" du film (j'en dirai pas plus pour pas spoiler) a notamment été très difficile à lire tant les images données m'étaient dures à encaisser. Je crois que je n'avais pas ressenti un tel malaise depuis la lecture de Ca de Stephen King, qui reste ma référence en la matière, traitez-moi de fragile si le cœur vous en dit. L'auteur réveille tellement bien nos instincts qu'on en vient à distinguer complètement l'acte répréhensible, destructeur, criminel..  de "ce qui est mal". Je ne serai sans doute pas la seule à avoir trouvé ce drôle de duo de forains de plus en plus attachant au fur et à mesure qu'ils commettent des horreurs... 

La part des chiens est une étrange expérience de lecture que tout le monde devrait vivre au moins une fois ! 

Marcus MALTE. La part des chiens. Editions Zulma, 2021. 270 p. ISBN 9791038700031


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samedi 26 décembre 2020

Passer à côté

Hiver en Dordogne...



Passer à côté du canal, prendre des photos. 


Passer à côté de sa vie pour la regarder, comme dans un film.   


Passer à côté du piéton qui traverse la route sans entendre votre vélo arriver, éviter de justesse un accident fâcheux. 



Passer à côté de la touche envoi après avoir écrit un message sur son portable, s'en féliciter ou s'en mordre les doigts. 


Passer à côté d'une femme qui promène ses chiens au bord de l'Isle, lui dire bonjour, ne récolter d'autre réponse qu'un regard suspicieux. 


Passer à côté d'une rencontre, le savoir, le sentir, n'en être plus très sur en fait, rester empoté, se détester, se consoler en se disant que c'est beaucoup mieux ainsi, après tout, cogiter, se détester de nouveau. 


Passer à côté d'une déception ou d'une gaffe, se réjouir d'avoir su tourner sept fois sa langue dans sa bouche (en attendant de pouvoir lui proposer mieux...). Comme quoi, douter peut aussi avoir du bon !  

 
Passer à côté de ses peurs pour bien les observer, puis les doubler et les semer définitivement. 

"Passer à côté", est-ce que c'est plutôt se préserver du puits des emmerdes, ou se jeter tête la première dans une vague de regrets ?



La liste sera complétée prochainement ! 


samedi 3 novembre 2018

Dans la série : un chasseur sachant chasser sans son chien (ou pas) - L'enfant qui chassait la nuit - Wilson Rawls (1961)


Le cours de français touchait à sa fin. Si ma mémoire ne me fait pas défaut, je crois bien qu'on venait d'étudier un texte vieillot dans lequel une jeune fille présentait sa tourterelle apprivoisée à ses amies. Un camarade avait dû faire une remarque bien sentie sur le sort qu'il aurait réservé à l'oiseau en question s'il s'était aventuré dans son jardin, car M. Dodin avait interrompu sa série d'exercices pour lancer un débat sur la chasse. 

Alors, qui était pour ? Qui était contre ? Une bonne majorité des élèves de la classe étaient issus d'une famille de chasseurs et ne voyaient pas où était le problème. Une bonne majorité avaient également compris que M. Dodin était contre la tuerie réglementée, et n'avaient pas envie de se le mettre à dos pour trois palombes. Le silence devint pesant. 

"Je veux votre avis A VOUS, pas celui de vos parents. L'année prochaine, vous serez en cinquième, ça rigolera plus : il faudra argumenter à chaque fois que vous aurez à répondre à une question.




Guillaume se lança. On le surnommait Mouton parce qu'il était frisé, et on le prenait pour pour le mouton noir de la classe parce qu'il était petit, un peu plus jeune que nous, et qu'il avait cet irrationnel je-ne-sais-quoi propre aux gamins qui se font régulièrement fracasser par leurs pairs sans raison valable, et ce, où qu'ils aillent. Il faut dire qu'il n'avait plus rien à perdre, puisqu'il avait signé son arrêt de mort quelques jours plus tôt en déclarant en plein cours de SVT : "Moi je préfère une bonne ratatouille à une assiette de frites". Comme on pouvait s'y attendre, cet acte de provocation totalement assumé avait entraîné un tollé général, et la lapidation avait été évitée de justesse. 

_ Moi je suis contre ; on ne devrait pas avoir le droit de tuer des animaux qui nous ont rien fait ! 

Stéphanie leva la main ; il était rare qu'elle s'affirme ainsi ses opinions, mais enfin, Mouton essayait de nous apprendre la vie, il fallait bien que quelqu'un aille au charbon pour le remettre à sa place !  

_ La chasse, c'est important : ça nous fait manger ! 

_ Tu parles des hommes préhistoriques ? demanda M. Dodin, espérant l'amener à développer son point de vue. 

_ Non... Mon père et mon oncle, quand ils tuent des faisans, on les mange ! 

_ Ah. Je vois. Mais vous ne vous nourrissez pas que de gibier, j'imagine ; quand la chasse est fermée, vous allez faire des courses, et... 

Pendant ce temps, ma copine Anaïs me racontait sa vie avec une discrétion approximative : 

"Moi, mon père, il a tiré sur le coq à la carabine car on voulait le manger mais on savait pas comment faire. Mais il s'est loupé et il l'a juste blessé. Alors il a ramassé le coq plein de sang et il a regretté d'avoir tiré dessus. Ca l'a fait pleurer. On a dit qu'on allait plutôt le soigner et l'appeler Gustave.

_ Il est blessé où ? 

_ Au cul ! 

_ Mince, ça va être dur à soigner si les tripes ont été touchées. Fais gaffe que les vers ne s'y foutent pas... 

_ Non mais il a l'air d'aller... 

Le gros Franck, qui nous avait expliqué en détails quelques jours plus tôt les joies inégalables de la branlette, s'incrusta :  

_ Un poulet, on le saigne ou on le pend ! On le tire pas au fusil, c'est pas du gibier ! En plus, ça fout des plombs partout ! 

_ Non mais laisse. On le mange plus, finalement. 

_ Ah, tu peux aussi l'égorger avec une hache ! 

_ Non mais c'est les Arabes qui font ça ! On est en France, là ! s'insurgea Anaïs. 

_ Bah quoi, c'est pas mieux qu'au fusil ?"  

Je crois que c'est en entendant "Arabes" et "on est en France" que M. Dodin a demandé le silence complet dans la classe ; après un débat houleux sur la chasse, il n'avait ni l'envie ni le temps de nous reprendre sur des propos racistes qu'on relayait à la pelle sans s'en rendre compte. 

Enseigne HMarket, spéciale dédicace à ma pote de 6ème...

Qui dit vacances scolaires dit passage obligé par la case littérature de jeunesse, parce qu'on est professionnels jusqu'au bout ! Il faut bien reconnaître que ce n'est pas la facette la plus fastidieuse du travail d'un documentaliste. Cela implique cependant de se frotter à des ouvrages et à des thématiques vers lesquels on ne se serait pas naturellement dirigés, parce qu'on ne lit pas purement pour soi mais pour pouvoir conseiller au mieux un certain nombre d'usagers. L'enfant qui chassait la nuit, publié par l'auteur américain Wilson Rawls en 1961, est un exemple de ces romans pour enfants dont je sais d'avance qu'ils vont me saouler : les histoires de chasseurs me rendent mal à l'aise autant qu'elles m'agacent. Quand on a grandi dans une zone où la chasse est un sport, voire un facteur d'intégration pour les hommes, et qu'on a enfin réussi à s'en extirper, on n'a pas envie d'y retomber ne serait-ce que pas le biais d'un livre.  


Ambiance La Petite Maison dans la Prairie. 

Billy vit avec ses parents et ses trois petites sœurs aux fins fonds d'une vallée du Missouri, aux limites de l'Oklahoma et de l'Arkansas ; là-bas, les hommes se contentent de peu et suivent le rythme de la nature : ils cultivent la terre, ils chassent le raton laveur, et de temps en temps, il vont faire des courses en ville. Les parents de Billy en ont un peu marre de la campagne et aimeraient bien que leurs quatre enfants aient accès à l'éducation et se sociabilisent. Dès qu'ils auront assez d'économies, ils s'en iront. Mais pour l'instant, le déménagement n'est pas d'actualité. Comme tous les enfants de son âge, Billy aimerait avoir un chien pour l'aider à attraper les ratons laveurs dans la forêt, d'abord parce qu'il pense qu'il est "né chasseur", mais aussi parce qu'il sait que plus on vend de peaux, plus on est respecté par la communauté. Malheureusement, des chiens de chasse coûtent cher et ses parents ne peuvent lui faire ce cadeau ; en guise de lot de consolation, ils lui offrent des pièges qui lui permettront de braconner tranquille. Billy s'en servira pour attraper ses premières bêtes, et avec l'argent récolté, il finira par se payer lui-même non pas un, mais deux chiens. C'est ainsi qu'il gagne l'admiration de son grand-père, qui tient une épicerie dans la ville la plus proche : le vieil homme blagueur et dynamique lui apportera son soutien et de conseils en matière de stratégie et de dressage canin. Ensemble, ils participeront même à un concours de chasse renommé dans la région. 

Si toi aussi, de loin, tu as cru qu'il tenait autre chose qu'une bêche...

Toutes les nuits, pendant des mois, le jeune Billy va battre la campagne accompagner de ses deux chiens Old Dan et de Little Ann pour talonner, piéger, tuer, dépecer des dizaines de ratons laveurs avec la bénédiction de tous les adultes qui participent à son éducation. Question de culture, dirons-nous... Oh, il va leur arriver quelques mésaventures où le héros se rendra compte qu'il a encore du chemin à parcourir avant d'être un chasseur sachant chasser sans ses chiens !           

Décrit sur le quatrième de couverture de l'édition du Livre de Poche Jeunesse comme "un hymne à la nature", et un peu partout comme un "classique" de la littérature de jeunesse américaine, L'enfant qui chassait la nuit appartient à une époque révolue. Je ne sais pas s'il aurait beaucoup de succès avec les jeunes lecteurs d'aujourd'hui, même en Dordogne ; bien sûr, les passages du livre retraçant les galères de Billy pour trouver de quoi financer son rêve sont touchants ; bien sûr, la relation tissée entre l'apprenti chasseur et ses chiens parlera à ceux qui considèrent les animaux comme leurs égaux. Mais il faut bien reconnaître qu'une bonne partie du roman est consacrée à des courses poursuites de deux chiens très genrés (le mâle Old Dan est "puissant", alors que la "petite" femelle Little Ann est "futée") contre une proie isolée qui, de toute façon, n'a jamais eu aucune chance de s'en sortir ! 

Attention, il s'agit d'une critique personnelle de l'oeuvre ; peut-être que vous, vous retiendrez le parcours hors normes d'un petit paysan fâché avec sa condition de "pauvre" et de "rustre" qui devient un prodige de sa discipline... 

Encore que... Si vous lisez cette histoire, lisez-la bien jusqu'au bout !      

Wilson RAWLS. L'enfant qui chassait la nuit. Le Livre de Poche Jeunesse, 1998. Coll. Mon bel oranger. 352 p. ISBN 2-01-321602-5 

Puisqu'on est dans les histoires de clebs... Corgi ou pain de mie ??

Pour l'anecdote, Anaïs s'est réconciliée avec la viande halal depuis ; elle a deux gosses, les chats égyptiens dont elle rêvait déjà lorsqu'elle avait douze ans, le corps recouvert de tatouages artistiques. Ok, elle n'était pas un modèle de tolérance et d'ouverture d'esprit il y a vingt ans. Ok, c'était même une sale gosse qui n'avait ni la langue ni les poings dans sa poche, qui n'en foutait pas une au collège, et qui traînait volontiers avec les 4° plus susceptibles de réagir à son répertoire de blagues de cul. Exactement la graine d'ortie avec qui vous ne voudriez pas que votre rejeton s'acoquine. Pourtant, elle m'a tellement aidée à grandir _même si elle ne le saura jamais ! et elle est vite devenue mon héroïne ! 

A la surprise générale, elle m'avait prise sous son aile dès le début de l'année, alors que j'étais aux antipodes de ses autres fréquentations. Pourquoi ? Tout le monde se l'est demandé, moi la première, et personne ne l'a jamais vraiment su. Les surveillantes trouvaient notre association particulièrement suspecte et, de temps en temps, un prof me prenait à part et me demandait sans aucun tact si elle ne me forçait pas à faire ses devoirs à sa place. Oh, mon pauvre, mais pour ça il aurait fallu qu'Anaïs se soucie un minimum de ses résultats scolaires ! Or, elle avait bien d'autres préoccupations : son cours de boxe française (parce que la boxe anglaise, "c'est pour les bourrins"), récupérer son album d'Aqua qu'elle prêtait à tout le monde, vérifier que les araignées qu'elle conservait dans son casier ne manquaient de rien, réussir à se glisser en tête de file pendant la vente de chocolatines de 10h, histoire de ne pas se faire sucrer toute récréation... Chacun son sens des priorités ! En outre, elle était prévoyante et organisée pour ce qu'elle voulait : elle avait toujours un stock de pièces pour la machine à boissons ou pour la cabine téléphonique, et devait sans cesse se soustraire aux charognards qui voulaient lui raquer quelques francs _où qui voulaient régler leurs comptes avec elle, car Anaïs avait une tendance à semer la discorde sur son passage, il faut bien le reconnaître. C'est ainsi que nous avons commencé à fréquenter assidûment le CDI, ce temple du silence où personne n'aurais songé à la traquer ! 


mardi 21 août 2018

Les folles aventures télévisées des vacances : La ch'tite famille - Dany Boon (2018)


Je nageais dans une rivière calme en traînant un tronc d'arbre étrangement léger. Des clapotis m'ont fait comprendre qu'un autre nageur arrivait derrière moi, alors j'ai garé mon fardeau le long de la rive pour le laisser passer. Il était vêtu d'un combinaison de cyclisme, casque compris. Puis je me suis remise en route car, même si cette tâche ne me déplaisait pas particulièrement, j'avais un horaire de livraison à respecter.

A un moment, la rivière a dû se jeter dans la mer, puisque je me suis retrouvée sur une plage à tirer le tronc d'arbre au sec. Il était maintenant jauni par une panure de sable. Je l'ai laissé en plan pour entrer dans une gare dont le hall donnait sur cette plage ; une femme blonde et un homme aux cheveux gris m'y attendaient, ou plutôt attendaient le colis. Ils m'ont remerciée pour la forme d'avoir effectué la besogne mais j'avais l'impression qu'ils n'en avaient strictement rien à foutre et que ma présence les incommodait plus qu'autre chose. D'ailleurs ils se sont rapidement éclipsés pour poursuivre une conversation qui ne me regardait pas. Peu m'importait, j'étais contente d'avoir fait mon boulot.

Le malaise, c'est que je ne savais pas où j'étais, en fait. Ni la ville, ni la région. Sur un panneau en papier, il était inscrit qu'un train partirait pour Paris à 7h et quelques, mais cela ne me disait pas si j'étais loin ou pas de la capitale. Tout était gris, métallique, froid dans cette gare, jusqu'au vieux téléphone à cadran posé dans un coin. J'ai préféré sortir sur la plage ; le vent du matin était un peu frais mais ciel bleu refilait le moral. Je me suis agenouillée pour voir de plus près de petites palourdes indigos et translucides fichées dans un rocher. Je n'avais jamais vu de tels spécimens mais ils m'ont rendue hyper zen.

Puis je me suis réveillée sans avoir eu le fin mot de l'histoire. C'est con les rêves.



Beaucoup se foutent de mon attachement à ma famille ; contrairement à la plupart des personnes de ma tranche d'âge, je voyage peu. Pas du tout, même. Je sais. Je devrais, "maintenant que je peux le faire", je sais bien "qu'après il sera trop tard". Mais c'est ainsi, faut pas juger.

Cet été, en famille et avec ma mère surtout, on a regardé des comédies plus ou moins célèbres. Puis j'ai pris le temps de me lancer dans le visionnage de quelques séries de mon côté, en nocturne : dans l'idéal il faudrait que ma banque de sujets de conversation soit pleine pour la rentrée de septembre, histoire de pouvoir échanger avec les collègues sans avoir à me casser la tête. Eh oui, se montrer sociable fait pleinement partie du boulot !

Voici la première étape de ces "folles aventures télévisées des vacances" :

La Ch'tite famille (2018) 

Honnêtement, l'idée de regarder cette nouvelle comédie de Dany Boon ne m'emballait pas tant que ça. Ma mère a acheté le DVD en pensant, je crois, qu'il s'agissait d'une suite de Bienvenue chez les Ch'tis, ce fameux film qui a dépoussiéré toutes les salles de ciné en 2008. Nous n'allons pratiquement jamais au cinéma mais je me souviens que lorsque'il était à l'affiche, nous avions bloqué un dimanche après-midi pour faire partie de ceux qui "l'avaient vu", cet antidote à la tristesse.

Or, quand on se fait des films avant de voir le film, on tombe souvent de haut.

Oh, on s'était bien marrés quand même, faut pas pousser ! mais je suis sortie en me demandant pourquoi cette comédie-là avait si bien marché par rapport à d'autres. Comme elles avaient beaucoup aimé Bienvenue chez les Ch'tis, c'est tout naturellement que ma mère a prêté La Ch'tite famille à ma soeur, l'autre jour. Laquelle le lui a rendu peu après en disant qu'elle et son mec n'avaient pas réussi à le regarder jusqu'au bout "parce qu'ils s'étaient endormis devant" ; eh ben, ça promettait de l'action ! Un après-midi où il faisait très chaud, puisqu'on était de toute façon coincées au frais, on l'a quand même tenté, tant pis.    


L'histoire 
Valentin (Dany Boon) et Constance (Laurence Arné) sont des designers renommés à Paris : leurs fameuses chaises à trois pieds et bien d'autres meubles de leur invention sont très tendance chez les mondains de la capitale, bien qu'ils soient souvent peu fonctionnels... Tout roule pour le jeune couple, mais, quand au détour d'interviews, on interroge Valentin sur ses origines, son visage se ferme : l'homme se dit orphelin ; il n'a jamais eu de famille et ne souhaite pas confier à la presse un pan si douloureux de sa vie ! Pourtant, la réalité est tout autre : 20 ans plus tôt, cet artiste à complètement tourné le dos à ses parents et à son frère vivant dans le Nord de la France pour mener à bien son projet de carrière. Un jour, alors que le vernissage de son exposition au Palais de Tokyo bat son plein, Valentin voit débarquer dans le fracas sa mère (Line Renaud), son frère (Guy Lecluyse), sa belle-soeur (Valérie Bonneton) et sa nièce (Juliane Lepoureau). Cette visite surprise est un vrai cauchemar pour le designer et pour les siens, qui comprennent bien vite que leur présence est indésirable. Ils s'apprêtent d'ailleurs à rentrer à la maison quand le père de Constance (François Berléand) percute Valentin avec sa voiture, le plongeant dans le coma. A son réveil, le pseudo sans famille a perdu une partie de sa mémoire, mais a récupéré son accent et ses 17 ans. Inutile de lui parler affaires, chaises design et réunions de travail : il ne se souvient même plus de Constance, avec qui il partage sa vie depuis des années. Pour lui, la vie se résume à sa mère, à des balades à mobylette, et à sa copine de l'époque... qui depuis, est devenue la femme de son frère.. Ambiance. 

   

"Alors, il est bien ?"
J'en ai toujours autant ma claque du traitement de l'accent du nord dans les films, et à mon avis, ceux qui vivent pour de vrai dans cette région doivent rager de se voir autant caricaturés. A part ce léger désagrément, cela dit, on a pas mal rigolé et on ne s'est pas ennuyées une seconde, ma mère et moi ; on se demande même toujours comment ma soeur et son mec ont bien pu faire pour piquer du nez devant car, qu'on aime ou qu'on n'aime pas, il faut reconnaître que l'enchaînement des scènes est assez dynamique pour qu'on se prenne au jeu. Si La ch'tite famille n'est pas une comédie qui restera dans les annales, je l'ai mieux appréciée que Bienvenue chez les Ch'tis, car l'intrigue me semble moins tirée par les cheveux et les personnages sont plus subtils. Précisons à nouveau que ce film de 2018 n'est en rien une suite du blockbuster maintenant vieux de dix ans. Mais puisqu'ils s'inscrivent dans la même veine, à savoir, la rencontre entre deux mondes _le Nord et le reste de l'hexagone, entre deux langues distinctes _le français et l'un de ses multiples patois... rien ne nous empêche de les comparer.


Pour Dany Boon, il fallait oser se mettre en scène dans le rôle du petit con qui a renié sa famille lorsque le succès lui a souri ; bien joué, car il parvient à nous faire comprendre que certaines couches de la société sont tellement "élitistes" qu'il peut être handicapant d'annoncer ses origines lorsqu'on veut s'y intégrer. Parfois, ce critère peut à lui seul fermer des portes. On le sent bien dans le film ; quand son entourage professionnel "découvre" la famille de Valentin, appartenant plutôt à la classe ouvrière, ou quand le héros se remet à parler ch'ti, sa crédibilité en prend un coup. N'est-ce pas à partir de ce moment qu'on va essayer de l'entuber de toutes parts ? La perte de mémoire a bon dos. Ok, le "mauvais fils" n'aurait pas dû gommer sa famille, il aurait mieux fait de leur rendre visite pendant ses vacances et d'en parler autour de lui. Il se serait collé une belle étiquette de péquenot par la même occasion.




Evidemment, Valentin D. va se racheter grâce à son traumatisme crânien salvateur. Mais peut-on lui reprocher d'avoir voulu faire son trou dans un domaine dans lequel il s'illustre ? Aurait-il percé s'il avait gardé son accent ?

Pour vivre au quotidien le cas de figure contraire, je dirais que non. En effet, mon boulot m'a fait passer du monde ouvrier - paysan à la sphère des profs ; je vis donc au milieu des gens cultivés et tirés à quatre épingles, qui ont voyagé et qui sont souvent partis en vacances, et qui ont, pour la plupart, au moins un parent fonctionnaire, enseignant, cadre... On bosse bien ensemble. On n'est pas des bêtes. Malgré tout, je garde et je garderai toujours sur ma gueule et dans mon allure les caractères de la paysanne _ attention, ça me va très bien !

Eh bien vous me croirez ou pas, mais ça conditionne drôlement vos relations avec les collègues. Oh, tout le monde est très gentil avec vous, très courtois ! On ne vous lance pas des pièces, on ne vous traite pas de manant, on vous salue. Mais la manière dont on s'adresse à vous diffère légèrement, et les taches qu'on vous confie peuvent varier. Ce ressenti est assez dur à expliquer, mais je suis à peu près certaine que tout ne se passe pas dans ma tête. Parlez d'un festival, d'un bouquin, d'un film, on sera bien surpris que "vous connaissiez ça, vous", et on se demandera par quel char à bœufs c'est arrivé jusqu'à vos champs. Allez ok, j'exagère un peu... D'ailleurs, personne n'oublie jamais de vous demander des nouvelles de votre "pays" avec un air apitoyé, vous posant la main sur l'épaule, comme pour vous dire : "bientôt, bientôt tu pourras te rouler dans le foin à nouveau. Sois forte en attendant".

Je ne me plains pas, je constate simplement...   

Bref, voilà le débat que Dany Boon soulève, en fait : les classes sociales n'existent-elles pas encore, plus que jamais, et ne sont-elles pas de moins en moins perméables ? Coucher ne suffit pas toujours pour se réaliser professionnellement ; parfois, renier ses parents est une garantie plus sûre.
    
Palais de Tokyo

Enfin, ce film a le mérite de faire connaître le Palais de Tokyo, centre d'art contemporain parisien que j'avais complètement zappé, à supposer que j'en aie entendu parler un jour !

La Ch'tite famille 
Comédie, 1h47 
Pathé Productions 
Dany Boon 
2018 
Le DVD est dispo pour 10 balles environ. 

vendredi 27 avril 2018

Panne de courant : Gibier de potence - Michèle Simonsen (2012)


La fouine a décimé le poulailler pendant les vacances ; si je tenais la bête en question, il me semble que je pourrais la tuer sans trop me mettre ma bonne conscience à dos. Mais cela n'arrivera pas, car il s'agit en fait d'un animal apprivoisé que des voisins malveillants viennent glisser dans les granges à la tombée de la nuit, et qu'ils récupèrent ensuite. Ces gens me dégoûtent. On le sait, mais on n'arrive jamais à les choper. Tout le monde sait, personne ne voit.  

La Dordogne est un coin superbe, mais sa population compte un bon nombre de bâtards à la mentalité douteuse. Mais je balancerai pas plus que ça sur ma région d'origine, parce que je m'y suis attachée comme on s'attache à sa famille : inconditionnellement, sans trop savoir pourquoi.      

Avec tout ça, j'ai complètement oublié de rapporter mes livres de bibliothèque avant de partir en vacances à la campagne. C'est un comble pour une documentaliste, un peu ! Surtout que j'en ai lu deux sur trois au final ! 


Panne de courant : Gibier de potence - Michèle Simonsen


En lisant le titre puis le résumé au dos, après avoir jeté un oeil aux pendus dessinés sur la couverture, je me suis dit : "tiens, une histoire qui va sûrement parler de la peine de mort, voyons comment ça se présente !".   

Le début du livre commence aux premières minutes d'un film d'épouvante : Martin profite de l'absence de ses parents le temps d'une soirée pour inviter ses deux meilleurs amis à regarder des DVD chez lui. Alors qu'ils ont choisi le film et sorti les bonbons, une panne de courant plonge la ville dans le noir. Ils n'ont plus qu'à se raconter des histoires. 

Martin commence ; sans préciser s'il fabule ou s'il dit vrai, il se lance dans la narration d'une drôle d'aventure qui lui est arrivée un jour qu'il jouait avec des copains sur la colline de Montgibet. D'ailleurs, il se souvient qu'il était tout près de gagner cet après-midi-là, jusqu'à ce qu'il trébuche sur une mandragore et la déterre involontairement : le voilà maudit, d'après les dires de la racine parlante ! Il devrait le savoir : personne n'a le droit d'arracher de terre ces plantes magiques qui poussent sous les potences de Montgibet, arrosées par les dernières larmes des pendus ! Martin ne comprend rien à ses plaintes : au Danemark, on ne condamne pas à mort, et il n'y a pas de potence à Montgibet. Alors il appelle ses amis, mais ils semblent avoir disparu ; il finit par comprendre que son méfait l'a projeté trois siècles plus tôt, à une époque où on ne rigolait pas avec la magie, où les apothicaires détenaient le pouvoir, et où on pendait les gens comme on pèle les patates !    



Au fil des (mauvaises) rencontres et des quiproquos, toujours talonné par sa mandragore collante et malveillante, Martin se retrouve vite condamné à mort... Va-t-il s'en sortir ? 

Spoiler : oui 

Ce roman pour enfants (tout à fait compatible avec les 6°-5°) se lit d'une traite ; même si le dénouement est assez prévisible, Michèle Simonsen parvient à maintenir une atmosphère un peu stressante en coinçant son héros dans une spirale de poisse et d'absurdité à la Kafka. Les chapitres s'enchaînent logiquement sans casser la dynamique du livre, on n'abuse pas des flashbacks et autres allers-retours temporels, tout en abordant plusieurs sujets : la peine de mort, mais aussi le respect des animaux et la justice. Court et efficace ! De plus, je n'avais pas lu d'histoire de mandragores depuis Harry Potter, et c'est toujours appréciable : y a tellement de choses à broder autour des vertus légendaires de cette plante, et de sa racine en particulier !    


Gibier de potence est le premier tome de la série Panne de courant ; je suppose que les prochains volumes mettront à l'honneur les expériences de Jon et Sofia, les deux invités de Martin, mais pour l'instant je ne les ai pas lus. Vous aurez plus d'infos sur le blog de l'éditeur Oslo Editions, que je découvre aussi... peut-être trop tard, vu que les dernières publications datent de 2015. 

L'oeuvre de Michèle Simonsen m'est également étrangère, mais elle a visiblement réalisé plusieurs albums pour les jeunes enfants, dont un remake du Petit Chaperon Rouge qui s'intitule Le Chat Ventru. Intrigant au possible !  
   
Michèle SIMONSEN. Panne de courant : Gibier de potence. Oslo Editions, 2012. Coll. Oslo Poche. 72 p. ISBN 978-2-3575-4075-0

dimanche 19 juin 2016

Mes Pénélopes - Carol Vanni ; Véronique Decoster (2015)

Opération Masse Critique


En apprenant que j'avais gagné le livre Mes Pénélopes de Carol Vanni et Véronique Decoster, quelques jours après avoir participé à l'opération Masse Critique de Babelio, j'ai forcément pensé à la célèbre compagne d'Ulysse, caractérisée dans L'Odyssée d'Homère par une fidélité à toute épreuve _en particulier celle du temps, et représentée de multiples manières depuis que l'histoire du héros n'en finit plus de faire le tour du monde... A chacun sa manière de percevoir Pénélope ; dans mes premières années, elle avait l'apparence de la belle blonde qu'on voit si peu dans Ulysse 31.  


Avoue tu kiffes mes boucles d'oreilles !

Plus tard, elle a égayé ma trépidante année de sixième, qui n'aurait pas été la même sans l'incontournable lecture d'une adaptation de l'Odyssée d'Homère ; les retrouvailles du héros et de sa femme n'étaient pas seulement le symbole de la sérénité et de l'équilibre retrouvés, ou d'un quelconque autre éloge de la monogamie : elles indiquaient surtout fin du livre ! 



Plus tard, je me suis demandée si cette fille pour qui j'avais tant d'admiration _ environ vingt ans d'abstinence, tout de même, entre la guerre de Troie et le retour du mec à la maison ! n'avait pas quelque peu perdu son temps... Ulysse valait-il la peine de transformer sa vie de reine en salle d'attente, et de supporter le harcèlement sexuel de ses prétendants sans péter un câble ? 

            


Mes Pénélopes est un curieux objet littéraire qui en ravira plus d'un. Il se présente sous la forme d'une succession de textes courts, allant de quelques lignes à trois pages, commençant presque tous par "Je m'appelle Pénélope". A chaque fois, un "Je" différent prend la parole : il est tantôt une petite fille, tantôt une femme âgée, ou encore un nourrisson. Plus surprenant encore, il peut être un homme, une souris, un objet.. Dans tous les cas, une attente interminable est venue coller l'étiquette "Pénélope" sur lui. 

Si le voyage d'Ulysse se conclut idéalement sur un retour au pays et si l'obstination de sa femme est récompensée, les Pénélopes de Carol Vanni ne sont pas toujours si bien loties. Parfois, bien sûr, leur attente se résume simplement à l'impatience d'un enfant pressé d'arriver au bout du voyage, ou au désir d'avoir une réponse à la question "qui voudra bien garder mon hamster pendant les vacances ? ". Mais le plus souvent, Pénélope marche à reculons _ou pas ! vers la mort en passant par des couloirs d'angoisse : une veuve dont le pacemaker ne veut pas s'user, une souris prise au piège.. Elle accepte la fatalité mais peste contre la lenteur avec laquelle le destin se réalise : quand cela va-t-il finir ? La femme d'Ulysse avait au moins l'espoir de son côté, elle ! La chape de plomb qui s'écrase sur les personnages nés de l'imagination de Carol Vanni n'épargne pas ceux de Véronique Decoster, dont les peintures font échos à toutes ces Pénélopes qu'on a prises en photo à un intant "T" de leur vie. 


Ne croyez pas cependant que Mes Pénélopes soit seulement un recueil de textes déprimants à vous faire une belle tête de cafard ; au contraire, vous aurez une joie enfantine à déceler derrière le pseudonyme de Pénélope une figure populaire, un lieu, un objet, et à lire les échos que se renvoient les personnages au fil des pages... Vous découvrirez dans un rire jaune, vers la fin de cet astucieux tissage humain, une réécriture fort originale des années de solitude vécues par la "vraie" Pénélope (_enfin celle d'Ulysse, quoi)... 

Mes Pénélopes vaut le détour si vous aimez les livres qui se lisent aussi vite qu'on mange une crêpe, et si ça ne vous déprime pas de cogiter sur l'absurdité de la vie... 

Merci à Babelio et aux éditions Esperluète pour l'envoi de ce livre, accompagné d'une petite lettre sympa, c'est cool !! 

tous les livres sur Babelio.com

VANNI, Carol ; DECOSTER, Véronique. Mes Pénélopes. Espèrluete Editions, 2015. 104 p. ISBN 978-2-35984-062-9

Ma vision de Pénélope (aujourd'hui) 

mercredi 18 février 2015

Mickey a testé pour vous...

... foirer son plan à trois. 



dimanche 30 novembre 2014

On n'a jamais vu des gitans...


... se battre pour une maison :




Ceux qui en veulent les clés n'ont pas l'air de savoir à quel point elles sont inutiles ! 

Bienvenue chez mémé ! 
C'est elle qui restera la maîtresse éternelle des lieux, quoiqu'il arrive ! 


mercredi 25 juin 2014

Au revoir ! (1)


Je vous entends déjà : "ah ça y est, elle va enfin arrêter de nous casser les burnes avec son blog, celle-là !"

Ben non ! Pas du tout !
Aujourd'hui, les enfants, on va parler des gens qui se disent au revoir, parce qu'ils sont polis, eux !!





On ne peut pas passer toute sa vie aux côtés des mêmes personnes, sinon on s’entre-tuerait et/ou on perdrait l'envie d'aller vers les autres, ainsi que la curiosité de connaître de nouvelles personnes. Chacun a ses projets, ses contraintes, sa route à suivre, etc, bref : je vous apprends rien. Mais quitter les personnes avec qui on a passé un peu de son temps de vie reste difficile quoi qu'on en pense. Bien que ce soit plus saaiin et souhaitaaable et bla bla bla. Donc, si vous avez des méthodes pour gérer les séparations, je prends, j'achète, je récupère ; car même à force de vivre et revivre des situations quasi-similaires années après années, je n'ai jamais réussi à appréhender les départs autrement qu'en étant amère avec les personnes concernées.


Bubulle, pas d'affolation ! Je ne parle pas de rupture, juste de séparation en général (des amis, des gens que tu vois au quotidien, des lieux aussi !)   


Faute de mieux, je vais essayer de faire la liste de toutes les fois où, mes compagnons de galère et moi avons dû sortir les mouchoirs pour cause de delta du Rhône imminent. Qui sait, à force je verrai peut-être ce qui cloche. J'ai beau mettre de la distance pour ne pas trop m'attacher aux gens, le constat est le suivant : à la fin, c'est toujours un carnage !

Ne nous plaignons pas, cela dit.

J'en connais pour qui c'est pire, en ce moment-même, et c'est un peu à eux que je pense en vous racontant ma vie comme si j'étais sur un vieux Skyblog. Comment ça, ça fait pitié ? Je m'en branle ! C'est mon blog, j'y mets ce que je veux, bande de suceurs !  

A part ça : qui veut un café ?


Merci les collègues ! 

Août 1992. Après avoir passé l'été chez ses grands-parents, locataires saisonniers de la maison près de chez moi, et accessoirement cons comme des balais, ma pote Paola repart à Wattrelos, près de Roubaix. Son arrivée a d'abord été synonyme d'intrusion dans mon univers _vu qu'il n'y avait jamais personne dans cette baraque, je m'étais approprié le jardin, en toute logique. Mais on a vite trouvé des terrains d'entente.

Paola avait deux ans de plus que moi et une grande expérience de la vie, puisqu'elle avait été opérée de l'appendicite. De surcroît, elle se promenait toujours avec un baladeur cassettes multicolore ; un soir, on a écouté l'histoire de Barbe Bleue. Je n'ai pas gardé un grand souvenir de ce conte car elle m'avait filé l'écouteur qui ne marchait pas.

Mais c'était bien.

Et un jour mes cousins ils sont allés dormir chez ma grand mère, alors j'ai dormi dans la chambre du bas car j'avais prêté mon pull. 

(Non, ça c'est dans la Cité de la peur.)




Autant dire que les adieux ont été difficiles, et pleins larmes, surtout pour ma mère que je n'avais pas l'habitude de voir pleurer en août (elle se déshydrate régulièrement entre janvier et avril, mais pratiquement jamais entre mai et décembre). Paola pleurait, les vieux s'agaçaient en chargeant la Renault 25, ma mère avait les yeux rouges. Ma soeur ne captait rien, la bienheureuse. Mon père était à l'usine, et de toute façon il n'aurait pas été trop affecté par l'au revoir puisqu'il avait passé l'été à me demander, non sans un certain agacement : "Mais c'est qui, Paula, en fait ?" alors que la fille venait regarder Intervilles chez nous pratiquement chaque semaine.

De l'autre côté de la haie, mes grands parents essayaient d'attirer l'attention en avançant de quelques heures leur engueulade quotidienne.

Puis la voiture est partie dans le brouillard, en crachant un nuage de fumée ; Paola nous a fait au revoir avec sa main à travers la vitre, comme dans les films _ rigolez pas, c'est vrai ! La génitrice de mon père s'est ramassé un coquard qu'elle a pu exhiber dans le village pendant une semaine, et la vie a repris son cours.

L'année suivante et une carte postale plus tard, Paola est revenue avec ses deux gros chiards de frère et soeur de merde (Mariano et Anaïs), ce qui a considérablement mis à mal ces gros délires qu'on était bien les seules à comprendre : ils nous suivaient partout, les boulets ! Alors que, notez, ma soeur à moi nous foutait relativement la paix.

Eh ouais, ma première pote était une ch'ti. Cela explique peut-être le désir de solitude qui guida par vie par la suite. Toujours est-il que quand elle partait, j'étais effrayée à l'idée de ne plus jamais la revoir.

Et en effet, je l'ai rapidement plus jamais revue !  




mercredi 30 avril 2014

Je m'appelle Nako - Guia Risari, Magali Dulain (2014)

L'opération Masse Critique... Babelio... Plus la peine de vous expliquer le principe, à force?



Quelques jours après avoir réceptionné Blood Song d'Anthony Ryan, l'album Je m'appelle Nako est arrivé dans mon courrier. Réalisé par Guia Risari et Magali Dulain, il est paru cette année aux éditions Le baron perché. 

Que se passe-t-il dans la tête d'un petit gitan qui se frotte tous les jours à des gosses dont le mode de vie est très différent du sien ? Bien des choses ! A travers la plume de Guia Risari et le crayon de couleur de Magali Dulain, Nako se présente, évoque successivement son quotidien en famille, à l'école, ses peurs pour l'avenir et ses rêves. 

Cet album met l'accent sur le constant effort d'adaptation que doivent fournir les gens du voyage pour se fondre dans l'environnement de leur lieu de passage. Nako ne s'appelle ni "Tchukurka" ni "Pepindorio", mais "Nako", c'est parce que ses parents ont préféré lui donner un nom passe-partout pour favoriser son intégration : "Déjà la vie n'est pas facile, on ne va pas rajouter des complications." Sa famille a appris à éviter les endroits où les campements de gitans ne sont pas autorisés, sans batailler outre-mesure, à l'exemple du grand-père qui affirme "Là où c'est interdit, c'est pas la peine." Aussi Nako donne-t-il l'image d'un petit garçon fataliste, pas du tout vindicatif, ni fier ni honteux de sa culture, mais déjà terriblement résigné à subir la discrimination. 

Comment ne pas l'être ? comment ne pas s'habituer aux injures lorsqu'on s'en prend plein la gueule tous les jours ? Les paroles sont du vent : au début, elles vous mordent le visage ; puis, après quelques minutes passées à affronter la tempête, elles ne vous atteignent plus à mesure que votre peau se durcit. Jusqu'à ce que vous ne les sentiez plus et que vous n'arriviez plus à les distinguer des mots neutres, voire bienveillants de ceux qui vous entourent. Vous ne les relevez plus parce que tout simplement vous ne les entendez plus. Ce n'est pas de l'acceptation, c'est pire : c'est la banalisation. Le danger est là : comment lutter contre quelque chose qu'on ne remarque même plus ? 

" Si nous sommes trop nombreux, les policiers viennent nous rendre visite et nous déplacent. C'est triste, mais c'est ainsi." 

Je m'appelle Nako facilitera sans aucun doute la prise de conscience des plus jeunes, très tôt auteurs de propos racistes et/ou victimes de l'intolérance _parce que l'un n'empêche pas l'autre, ne l'oublions pas : y a bien des homos qui votent FN ! Mais cet album est surtout une introduction à une culture très mal connue ; et dans ce petit ouvrage destiné aux 4 ans et plus, j'ai pas honte de dire que j'ai appris des choses : des noms de peuples (les Sintis, par exemple), le nom de la langue (le romani), le drapeau, l'hymne... Pourtant, côté famille, on peut considérer que j'ai le cul entre deux fauteuils en osier, et je ne saurais dire au juste si ma grand-mère paternelle a plus souvent été traitée de "baracotte" que de "pute", ou inversement. Cela dit, étant donnée la qualité de la personne, "pute" est tout à fait convenable.  

Le dessin de Magali Dulain est agréable à regarder, empreint qu'il est de tonalités ni chaudes, ni froides... si semblables à la vie de Nako, pris entre joies et peines. Elle nous propose une succession de scènes dessinées au crayon de couleur qui ne sont pas sans rappeler les productions d'un enfant, un peu comme si le héros avait lui-même représenté graphiquement sa vie quotidienne. Souvent placé à l'écart, à contresens des autres, ou dos tourné à eux, l'isolement de Nako par rapport aux autres écoliers est tellement sensible qu'on a quand même envie de dire : non mais non !! C'est pas si pire, quand même !! Si les vannes dégueu affluent incontestablement, il leur arrive QUAND MEME de sourire, aux petits Roms : l'intégration reste possible. Il ne faut rien laisser passer en terme de violence verbale ou physique, certes, mais tomber dans le pessimisme ne se justifie pas non plus.  



A l'heure où Kendji crève l'écran dans The Voice, les collégiens de mon bahut donnent du "sale gitan" à intervalles réguliers... Par conséquent, l'album va tourner dans le CDI à partir de demain 8h15 _ faut que je le catalogue un peu, quand même, à moins que je me fasse aplatir en traversant la rue, d'ici-là ! 


         Kendji Girac - Bella revisitée

RISARI, Guia ; DULAIN, Magali. Je m'appelle Nako. Le baron perché. 2014. 35 p. ISBN 978-2-36080-099-5.  

Merci Le baron perché et Babelio

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