Jeu de casse-tête où il faut relier des pastilles de même couleur en se frayant des chemins dans une grille.
Au début, il n’y a que deux pastilles à assembler, mais petit à petit leur nombre augmente, rendant la tâche plus compliquée. A cela s’ajoutent deux contraintes :
Le casse tête n’est résolu que si tous les points de la grille sont exploités pour l’un des tracés
Les tracés ne peuvent se croiser ou se chevaucher : un même point ne peut pas être utilisé pour deux “chemins”.
500 grilles différentes sont proposées au total ; elles sont classées par niveau de difficulté. En dessous de celles déjà réalisées, le temps de résolution s’affiche. Il est possible de refaire les différents casse-têtes, pour ceux qui voudraient améliorer leur chrono.
J’ai lu des critiques plutôt négatives de ce jeu (jugé trop simple, trop cher pour 2€), mais bizarrement je l’aime bien : il est assez distrayant, pas aussi simple que ça, chacun ses capacités ! sans être prise de tête pour autant. Seul point noir : les musiques de fond, décrites comme “relaxantes”, mais qui dépriment plus qu’autre chose.
Avez-vous déjà entendu parler de George Stinney, et de la terrible injustice dont il fut victime ?
Mars 1944, Caroline du Sud. Tous les regards sont tournés vers l'Europe et la guerre ; on espère un retour rapide et victorieux des soldats américains. George a 14 ans, il vit paisiblement avec ses parents et ses frères et soeurs dans le quartier noir de la petite ville d'Alcolu. Un après-midi, alors qu'il promène la vache familiale, George croise deux fillettes blanches qui font une balade à vélo. Ils discutent quelques instants, mais très vite, leurs chemins se séparent.
Sauf que les petites filles ne rentreront jamais chez elles et seront retrouvées mortes le lendemain. Aussitôt soupçonné du meurtre, George est arrêté, molesté, emprisonné... bien qu'il n'y ait aucune preuve contre lui. Il clame son innocence, mais les policiers sont trop contents d'avoir trouvé rapidement le coupable idéal pour se permettre de le relâcher. Au bout de quelques jours, il finissent par lui extorquer des aveux.
A l'extérieur, les avis sont partagés, comme l'est la société américaine en pleine ségrégation : beaucoup demandent une mise à mort rapide, d'autres, moins nombreux et plus téméraires, veulent que les droits de George soient respectés, et qu'une vraie enquête soit menée.
Malheureusement, à cette époque _et peut-être encore aujourd'hui..._ certaines voix comptent plus que d'autres.
Né coupable a beau être écrit pour les jeunes lecteurs _on décèle même de la mignonnerie dans les premiers chapitres_ il n'en demeure pas moins inspiré d'une histoire vraie qui finit cruellement. Comme le texte est accessible, on compte le proposer aux 6° avec dans le cadre du concours de lecture... mais le sujet traité et l'issue tragique sont peut-être un peu rudes. Le livre a fait partie de la sélection du prix des Incorruptibles, mais pour le niveau 5°/4°. N'hésitez pas à dire ce que vous en pensez en commentaire.
En finalement peu de pages (150 environ), Florence Cadier nous raconte bien plus qu'une injustice sur fond de racisme : elle dépeint les failles de toute une société, depuis l'emprise du Klu Klux Klan, jusqu'aux ravages de la peur sur les proches de la famille Stinney, qui deviennent des parias dans leur communauté et n'auront finalement que peu de soutien.
A lire, donc (mais pas un dimanche soir) ; la mise en parallèle entre la silencieuse descente aux enfers de George et la place que prend le débarquement au même moment dans l'actualité est intéressante.
CDI collège : OK, avec accompagnement pour les 6ème ; attention, c'est Talents Hauts = on ne prend pas de gants !
CDI lycée : le ton sera peut-être enfantin pour les lycéens, mais ça peut être un bon complément pour un travail de recherche sur la peine de mort ou la ségrégation. A regarder avec le documentaire Un coupable idéal de de Lestrade (2001), qui commence à dater mais qui reste efficace.
Florence Cadier. Né coupable. Talents hauts, 2020. 150p.
C'est en écoutant un épisode du podcast La Poudre que j'ai entendu parler de l'écrivaine Dali Misha Touré ; lors de son entretien avec Lauren Bastide, elle a évoqué le roman Cicatrices, publié en 2020 chez Hors d'Atteinte, une maison d'édition indépendante et féministe. Agée de seulement 25 ans, l'artiste a déjà plusieurs textes à son actif.
Cicatrices - Dali Misha Touré (2020)
Quelque part dans une banlieue proche de Paris, derrière les murs d'une cité, une jeune fille de dix-sept ans vient de se lancer dans l'écriture. Pour sa première œuvre, elle choisit de nous raconter son parcours chaotique, depuis une enfance difficile au sein d'une famille nombreuse où elle a eu du bien du mal à se faire une place, jusqu'à son présent incertain et endeuillé, mais enfin apaisé.
Dès ses premières années, la petite fille perçoit que le bien et le mal ne s'opposent pas, mais s'entremêlent un peu partout, y compris en nous-même. On peut être à la fois bon et cruel, joyeux et sombre. On peut tour à tour aimer, craindre et détester une même personne ; c'est précisément ce qu'elle ressent pour ses parents, ses frères et sœurs et ses trois belles-mères. C'est aussi ce qu'ils ressentent pour elle, vraisemblablement, du moins lorsqu'ils remarquent sa présence.
En effet, l'héroïne nous explique qu'elle a grandi dans une famille polygame et nous raconte sans jugement et sans tabou à quoi ressemblait son quotidien lorsqu'elle était petite : les jeux, les coups, le manque d'intimité, l'affection ou le rejet récoltés en fonction de l'humeur, les affinités plus ou moins prononcées entre des individus qui n'avaient jamais qu'un homme pour dénominateur commun.
Pour un lecteur qui n'a que des monogames dans son entourage, il est très intéressant de lire un texte qui parle d'une famille polygame librement et surtout sans le mépris qui va parfois avec. Attention, comme Dali Misha Touré le dit dans le podcast de Lauren Bastide, il est question ici d'une façon de vivre parmi tant d'autres. De même qu'il n'y a pas un schéma type de familles monogames, les familles polygames ne sont pas toutes identiques. Bref, ce n'est là qu'une facette du livre sur laquelle j'avais envie de revenir ; elle ne représente pas à elle-seule tout l'intérêt des Cicatrices.
Attention, je vais spoiler un événement majeur
qui se produit à la fin du livre.
Arrêtez-vous là si vous voulez découvrir Cicatrices par vous-même.
L'omniprésence de toutes les formes de violence dans le quotidien marque autant que sa banalisation ; si la petite fille la perçoit et en fait les frais, elle apprend à vivre avec, déjà parce qu'elle voit bien que tout le monde en prend pour son grade, enfants comme adultes, et parce qu'elle a la certitude diffuse que ça pourrait être encore pire.
"Surtout, j'entendais toujours la voix de ma mère. Elle aimait me crier dessus et m'insulter. Je ne disais rien, mais ça me faisait mal".
Comme beaucoup de personnes _j'imagine..._ qui ont toujours vécu dans les coups et les brimades, l'héroïne (bordel ça saoule un peu qu'elle n'ait pas de nom quand même, je commence déjà à galérer pour la désigner) cherche des excuses à ses bourreaux et s'attache à voir le mon côté des choses : elle mange à sa faim, a un toit et des vêtements, va a l'école. De quoi se plaindrait-elle ? Le cercle vicieux des mauvais traitements l'amène même à sublimer en moments inoubliables, le recul des années et la nostalgie aidant, les quelques rares instants à peu près sympas partagés avec ses parents : une fête, une embrassade à l'hôpital, une conversation téléphonique où on dit du bien d'elle.
Dali Misha Touré nous montre fort bien comment l'environnement participe à la construction d'une personne, comment elle peut, combinée avec d'autres facteurs, bien sûr, façonner une personnalité. Ce n'est pas pour rien que le livre s'intitule Cicatrices, faisant directement références aux marques physiques et surtout psychologiques que peuvent laisser nos semblables lorsqu'ils sont dépourvus de bon sens et/ou d'empathie. Parce qu'on ne la remarque pas toujours, la jeune fille va tenter de se distinguer en foutant le bordel au collège ; parce qu'on l'a empêchée de sortir de la maison jusqu'à son adolescence, elle désertera la maison dès qu'elle pourra le faire, et goûtera à tous les interdits. Parce qu'elle n'aura eu aucune "chambre à elle", au sens propre comme au figuré, dans toute sa jeunesse, elle s'attachera à lire et à écrire pour se créer un univers connu d'elle seule.
Liberté !
Vu à proximité du port de Honfleur.
D'ailleurs, sa mère ne s'y trompe pas : elle voit rouge dès qu'elle la chope en train d'écrire, et pour cause : n'ayant pas bénéficié d'instruction et ne connaissant que peu le français, elle comprend qu'elle peut perdre le contrôle de cette enfant qui l'embarrasse mais qui ne doit en aucun cas lui faire honte. Elle va le perdre malgré tout, ce contrôle, puisque la jeune fille n'aura bientôt plus aucun scrupule à jouer sur les points faibles de ses parents pour servir ses propres intérêts : c'est de bonne guerre, après tout. Elle encaisse les coups, mais apprend petit à petit à les rendre, à sa manière. Jamais la narratrice ne se présentera comme une fille modèle. Jamais elle ne manifestera une quelconque culpabilité.
Peut-être l'autrice choquera-t-elle une partie de son lectorat en peignant une héroïne qui verbalise le souvenir ambivalent qu'elle garde de son père après sa mort : celui, d'un homme classe et beau à sa manière, droit, respectable, mais au comportement exécrable, voire sadique, avec ses femmes et ses enfants. La faucheuse ne fait pas tout : un con mort reste un con.
"J'étais très triste à l'idée que je ne reverrais plus jamais mon père, mais je repensais aussi à tout le mal qu'il m'avait fait. Je ne pouvais pas l'oublier, il était ancré en moi. Une profonde cicatrice que je n'oublierais jamais.
Sa personne me manque, mais ses cris ne me manquent pas, ni la ceinture avec laquelle il nous frappait. J'aurais tellement voulu raconter à mes parents, plus tard, que j'avais eu un père merveilleux. [...] Tout le monde ne peut pas avoir des parents gentils."
Le roman Cicatrices, ne contient aucune indication précise de lieux, aucune date, très peu de noms... sans doute parce que l'histoire de l'héroïne est universelle à bien des égards. Sachez juste que la narratrice, qui retrace ici sa vie à la première personne, est un personnage fictif, bien distinct de l'autrice Dali Misha Touré. Il me semble que c'est important de le signaler afin de pouvoir mesurer le talent de cette jeune écrivaine aulnaysienne, capable d'habiter son personnage principal au point de nous donner l'impression qu'on lit un récit autobiographique.
Bien entendu, le décor et les protagonistes sont teintés de réel, de situations vues ou vécues : les dialogues mêlant soninké et français, l'allusion à Matilda, le roman de Roald Dahl souvent lu au collège, la "vie de la cité", les sorties à la Gare du Nord et à Châtelet. Mais en aucun cas elle ne raconte sa vie. C'est fascinant d'arriver à parler aussi clairement de situations traumatisantes, lorsqu'on ne les a pas vécues ; il doit falloir, en plus d'un don nature, une dose d'empathie considérable.
Merci à Sybella de m'avoir fait connaître cette émission!
Cicatrices est un livre aussi facile à lire qu'il est dur à encaisser ; peut-être y a-t-il des passages qui vous feront tiquer, tels que le traitement un peu rapide de la phase de "crise d'adolescence" que la narratrice semble regretter amèrement, alors qu'elle marque un détachement casse-gueule mais nécessaire avec une famille toxique, que seuls la mort du père et le vieillissement des belles-mères pourront assainir. Ou encore le portrait de Camille, la meilleure amie de l'héroïne, qui est un bon cliché de la petite babtou menant une vie de princesse dans son pavillon aseptisé, auprès de parents pleins aux as qui s'aiment comme au premier jour. Même si on sait que Dali Misha Touré ne fait qu'écrire ici la vision idéalisée et imparfaite que la petite fille a de sa copine, certains trouveront matière à dire que "non, c'est pas ça" !
Vous le constaterez en le lisant, ce roman choc se termine sur une note d'espoir et de changement, incarnée par le personnage de la mère qui semble renaître à la mort du père. Peut-être pressent-elle que sa fille n'est plus un petit être braillard, mais le futur pilier de ses vieux jours ? Veut-elle vraiment racheter ses erreurs passées ? Chacun interprètera à sa guise. Toujours est-il qu'en devenant soudain attentive, encourageante, aimante... tout ce qu'elle n'avait jamais été jusque-là, sans doute parce qu'elle était trop tourmentée par la douleur de ses propres plaies, sa fille se sent pousser des ailes. Et ose enfin écrire.
Cette découverte ne m'a pas laissée indifférente et le compte-rendu que j'en fais n'est sans doute pas neutre ; j'ai compris les propos tenus et le style d'écriture avec mes clés de lecture, et je l'ai lu avec les yeux de quelqu'un qui a eu la chance d'échapper aux déboires connus par l'héroïne. Lisez-le à l'occasion, vous y verrez sans doute des choses qui ont dû m'échapper ! Pour les Parisiens, il est à la médiathèque de la Canopée (enfin quand je l'aurai ramené, ahah).
Public visé : jeunes adultes / adultes. Accessible dès la fin du collège ; ce n'est pas tant le niveau de lecture que la sensibilité de l'enfant qui déterminera l'âge adéquat.
Si jamais quelque chose vous froisse dans ce billet, faites-le moi savoir en commentaire !
Le Mystère du temple disparu, écrit par Caroline Lawrence et publié en 2020, fait partie de la sélection 4°/3° du Prix de Littérature Jeunesse et Antiquité.
L'histoire
Alexandre Papas est un collégien anglais tout à fait ordinaire. Enfin non, justement, pas tout à fait : trop petit pour ses treize ans, il a un goût assumé pour la mythologie en général et les cours de latin en particulier. Depuis la mort de ses parents, sa seule famille est une grand-mère grecque, hippie et pauvre, et sa vie sociale n'est pas beaucoup plus fournie puisqu'elle se résume aux assauts du terrible Dinu, toujours prompt à lui racketter ses chips au vinaigre à la sortie des cours. A première vue, tous les ingrédients nécessaires à la concoction d'une belle gélule de Prozac sont réunis... mais non, rassurez-vous : Le mystère du temple disparu n'a rien d'un roman jeunesse larmoyant !
Quand Alex est convoqué dans le bureau de la principale un beau matin, en plein milieu d'un cours, il est surpris mais pas inquiet outre-mesure : bien qu'il soit vif d'esprit et débrouillard, il n'est pas du genre à se faire remarquer par ses conneries. La cheffe d'établissement reste évasive sur les raisons de leur entrevue, et se contente de lui demander des renseignements WTF sur sa vie, du style : "est-ce que tu vas toujours au club de latin ?" avant de lui fourguer les coordonnées d'un homme d'affaires tout en lui assurant qu'une "occasion extraordinaire" l'attend à son adresse. Autant dire qu'Alex repart avec plus de questions que de réponses, mais ce n'est pas pour lui déplaire, au fond : moins on a d'infos, plus on peut rêver. Il s'imagine déjà sur le tournage d'un peplum.
Il n'en sera rien. L'homme en question s'appelle Solomon Dahlia. On ne sait pas trop ce qu'il fait de ses dix doigts, mais il est manifestement riche et confie à Alex une mission aussi périlleuse qu'insolite : se téléporter au III° siècle de notre ère et arpenter les rues de Londinium, nom de la "Londres antique", afin d'y retrouver une jeune fille vivant à cette époque.
Signes particuliers de la demoiselle en question ? Des yeux bleus, un couteau en ivoire accroché à la ceinture, et... c'est tout. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin _en supposant que tout cela ne soit pas une vaste plaisanterie. Le collégien est sceptique, mais Dahlia a l'air sérieux. Lorsqu'il l'amène à proximité du portail temporel censé le faire atterrir dans un temple consacré au dieu Mithras, Alex commence à croire à cette folle histoire, et à paniquer. Va-t-il accepter ?
Oui, car c'est très bien payé !
Bientôt, Alexandre Papas traverse le portail à la Stargate dans les règles de l'art _à savoir : à poil et à jeun depuis deux jours_ et se retrouve, comme prévu, en l'an 260 à Londinium.
La jeune fille aux yeux bleus et à l'haleine pestilentielle
On pouvait s'y attendre : Caroline Lawrence a voulu faire en sorte que la découverte de la vie quotidienne dans les terres conquises par les Romains soit parsemée de désillusions pour le jeune Alex. Pas le temps pour le héros de déambuler en toge sous le soleil, une grappe de raisin à la main : il lui faut d'abord trouver de quoi se vêtir de façon à ne pas être assimilé à un pouilleux qu'on chasse sans ménagement, des chaussures pour ne pas patauger dans la merde H24 (puisqu'il n'y a pas d'égouts), un endroit pour dormir... Le moins qu'on puisse dire, c'est que les braves citoyens de Londinium ne font ni dans le social, ni dans la tolérance et méprisent ouvertement ceux qui n'ont pas leur statut, qu'ils soient esclaves ou juste pauvres.
Les personnages principaux sont bien ancrés dans ce système que Lollia défend vivement. Lollia, c'est la fameuse fille aux yeux bleus, dont le squelette retrouvé dans des fouilles archéologiques fascine tant Solomon Dahlia. Eh bien, derrière sa prestance et ses cheveux blonds qui vont faire tourner la tête des deux collégiens du futur, la demoiselle est une sacrée peau de vache. Non seulement elle se la pète, mais en plus de cela, elle évacue ses frustrations d'adolescente du troisième siècle sur Plecta, sa petite esclave. Pour couronner le tout, la belle pue de la gueule _mais ça, bien sûr, faut pas en parler ! et tourne à l'huile de girofle pour atténuer la douleur et cacher la misère. Bref, l'autrice a voulu faire d'elle un personnage détestable bien loin du fantasme de Dahlia, et c'est tout à fait réussi.
Bien entendu, ce n'est pas spoiler que dire qu'Alex va localiser assez rapidement la jeune fille introuvable ; seulement, je ne préciserai pas comment. Car ça, ce serait spoiler.
Malgré ses airs de princesse sûre de ses atouts, Lollia est le jouet du destin et des prétentions familiales, comme toutes les filles de son époque ; et lorsqu'elle essaiera de s'en affranchir, ce sera épique, haletant... et dangereux pour tout le monde. La sage et aimable Plecta de Pergame_ a-t-elle bien d'autre choix que celui d'être agréable ? vient contrebalancer les humeurs de sa maîtresse. Bientôt, Alex verra en elle des qualités que l'exubérance de Lollia avait tendance à masquer, et il trouvera en elle une alliée fiable.
Ainsi, un quatuor équilibré en tous points se dessine : Alex le leader, Lollia la star, Plecta la réfléchie, et Dinu le musclé pas très vif d'esprit. Cela m'amène à réexaminer l'illustration de la couverture, qui dans un premiers temps m'avait plutôt séduite...
Bordel de queue ! Nom de Zeus ! Mais où est Plecta ? Vous n'avez tout de même pas squeezé l'esclave ?!
L'important, c'est de communiquer
Laissons de côté cette observation sur la couverture, qui est du reste très réussie ; mais je reconnais que ce choix éditorial me chiffonne.
Un élément de l'histoire, un seul, ne me semble pas réussi dans Le mystère du temple disparu : la relation harceleur / harcelé qu'entretiennent Alex et Dinu n'évolue pas de façon crédible, à mon sens. Bien qu'elle soit, à la base, assez caricaturale _le colosse un peu bête qui pique le casse-croûte du petit futé_ elle avait au moins le mérite de servir de catalyseur à l'action, puisque c'est après avoir subi "le vol de trop" qu'Alex décide de relever le défi lancé par Solomon Dahlia. L'aventure amène les deux garçons à collaborer, bien sûr, et petit à petit le rapport de force s'inverse car en terme de culture antique et de pratique du "latin courant", la victime a plusieurs longueurs d'avance sur son bourreau. Ok, c'était prévisible, mais ça se tient !
Par contre, lorsque vient le moment où Alex reproche à son compagnon de fortune de ne cesser de le spolier au quotidien, la réponse de Dinu sonne faux : niant tout racket ou vol, il prétexte une mauvaise interprétation de l'attitude du latiniste, et joue la carte de la faim.
"Nous ne sommes pas amis. Tu es un voleur. Tu me voles mes chips.
Du coin de l'oeil, je le vis secouer la tête.
_Non. Tu me les apportes parce que tu es gentil.
_Tu plaisantes ? Je les apporte pour moi. Je te les donne seulement pour que tu ne me tapes pas dessus !
_ Te taper dessus ? Tu m'as déjà vu taper quelqu'un ?
J'y réfléchis.
_ Non, dus-je admettre. Mais tu viens me voir, alors que tu fais une tête de plus que moi et le double de mon poids, et tu me dis : "Donne-moi tes chips"...
_Et toi, tu me les donnes parce que tu sais que ma mère ne peut pas me payer un petit déjeuner, non ?"
Dinu est-il sincère ? N'assume-t-il plus ses actes et son passé de brute, une fois en terre hostile ? Libre à nous de nous faire une idée à ce sujet. En tous cas, cette mise au point m'a déroutée.
Adultes en carton
Comme c'est fréquemment le cas dans les romans écrit pour les jeunes, les adultes du Mystère du temple disparu ont rarement valeur d'exemple. Hormis la grand-mère d'Alex, qu'il nous présente comme carrée mais bienveillante, les majeurs et vaccinés sont tous soit à l'ouest, soit violents, soit réacs, soit toxiques... et ce, aussi bien en 2020 qu'en 260. Mme Okonmah, la principale, autrement dit la responsable de centaines de gamins, ne voit pas d'inconvénients à jeter un des ses élèves dans les griffes d'un milliardaire random aux projets insensés.
Une fois à Londinium, la vie d'Alex sera sans cesse menacée par des hommes et des femmes disposés à le chasser, à l'insulter, à lui voler ses maigres effets. Dinu n'est pas en reste, puisqu'il est tout de suite repéré et enrôlé comme gladiateur, sans avoir vraiment pu exprimer son avis. Le père de Lollia veut la marier de force à un brasseur qu'on devine beaucoup plus âgé qu'elle, et Plecta a été vendue à un marchand d'esclaves par son cousin, après que sa famille a été décimée par la peste.
Et encore, on ne jugera point les rituels particuliers des bonhommes qui vénèrent le dieu Mithras.
Le culte de Mithras
Le portail temporel qui permet de passer d'une époque à une autre à certaines conditions se situe dans un mithraeum, c'est à dire une sorte de temple dédié au dieu Mithras, aussi appelé Mithra. Pour ma part, je n'avais jamais entendu parler de cette figure mythologique, et il m'a fallu faire quelques recherches sur lui.
Il s'agit donc d'une divinité des Perses (les ancêtres des Iraniens) vénérée depuis 500 avant JC. Représentant de la justice, de l'ordre des choses, son culte s'est exporté partout où les vagues pouvaient l'amener, bizarrement : dans les villes portuaires de l'Empire romain, près du Danube et du Rhin.
Les prêtres de Mithra participaient à des cérémonies censées les rendre immortels et rejouaient la scène clé du sacrifice d'un taureau par le dieu. Les rituels ne se déroulaient jamais à la vue des autres hommes, tout doit rester secret ; dans Le mystère du temple disparu, on ressent bien le mystère, justement, qui entoure les faits et gestes des religieux.
Mithras en train de vacciner le taureau ET de lui faire un test PCR en même temps.
Le dieu indo-iranien a tellement bien fait sa place dans l'univers des Grecs et des Romains qu'on a fini par l'"assimiler" à l'Hélios.
Sources : Encyclopédie Larousse, article "Mithra" et Odysseum, article Mithra à Rome. Et un peu Wikipédia, aussi, cela va de soi.
Caroline à Londres
L'attachement de l'autrice à cette ville qu'elle connaît bien est perceptible : Caroline Lawrence ne perd jamais une occasion de faire le lien entre Londinium et Londres, en parlant de ce qui a perduré, comme la Tamise, et de ce qui a évolué, comme la Walbrook, une rivière qui s'est asséchée avec le temps. D'autres lieux-clés de la ville sont évoqués, comme la Tate Modern et le théâtre du Globe.
On pourrait croire ces allers-retours fastidieux, mais ce serait oublier que l'écrivaine pour enfants connaît toutes les combines pour faire un page-turner sympa : des personnages attachants mais pas trop parfaits, auxquels on peut s'identifier, une action qui ne ralentit jamais, des chapitres courts qui permettent de segmenter la lecture facilement _pour ceux qui en auraient besoin.
Le mystère du temple disparu est une belle surprise et occupe une place de choix dans la sélection du PLJA, à mon avis. Il nous amène dans une contrée relativement peu exploitée en littérature, en comparaison de Rome ou d'Athènes, par exemple. Ce roman nous apporte pas mal de références culturelles, et il a l'avantage de ne pas être plombant. Les collégiens apprécieront les phrases de "latin courant" parfois balancées au détour de dialogues plus ou moins houleux.
Accessible à partir de 12 ans, selon moi, mais tout est relatif !
Caroline LAWRENCE. Le mystère du temple disparu. Gallimard Jeunesse, 2020. 310 p. ISBN 978-2-07-514151-2
Cette année, nous avons eu l'honneur d'accueillir trois jeunes effectuant leur "Service Civique". Ils étaient en mission avec Unis-Cité ; autant dire que quand j'ai eu vent de leur arrivée, de vieilles rancœurs me sont revenues en pleine tête. Mais cela n'a pas duré : l'eau a passé sous le pont depuis que je me suis fait refouler à l'issue de cette parodie d'opération de recrutement sur fond de décor en carton pâte dans un local miteux du quartier St Christoly.
Les deux premiers membres du trinôme se sont présentés un mercredi matin, avec leurs polos orange vif caractéristiques de l'association, enthousiastes, dynamiques, des idées plein la tête. Franchement, ça faisait plaisir ; comme leur action devait être axée sur la thématique "Sport et handicap", on a fait une réunion avec la collègue instit de la classe ULIS, en attendant qu'ils puissent rencontrer les profs d'EPS.
"_ Il vaudrait mieux qu'on réfléchisse en terme de "différences" plus que de "handicap", a posé la référente de la classe, à juste titre.
_ On aimerait aussi faire en sorte que les élèves de la classe ULIS ne soient pas les seuls à porter les actions. L'idée est de sensibiliser tout le monde."
Plusieurs pistes de travail ont été proposées : atelier avec des élèves volontaires, réalisation d'un abécédaire, action avec une classe de 6ème, partenariat avec un autre collège... Ma seule crainte, à l'issue de leur première journée, était de ne pas être capable de suivre leur rythme effréné et de devoir canaliser leur fougue. La semaine suivante, ils sont revenus et se sont intégrés à une classe, toujours à deux. Le troisième mousquetaire ne viendrait jamais, finalement. Puis ils se sont isolés pour faire une brainstorming et sont rentrés chez eux sans qu'on n'ait pu discuter des actions à mettre en place.
Huit jours plus tard, les revoilà, enjoués mais les traits tirés, en quête d'un Velleda pour poser leurs projets sur tableau blanc. Je ne sais pas ce qu'ils font à Unis-Cité pendant leurs jours de "débrief", mais ça a l'air usant. "Les jeunes, vous aurez deux minutes pour qu'on voie à propos du groupe de volontaires entre midi et deux ? _ Oui oui, il faut juste qu'on finisse de rédiger notre projet !" m'a répondu l'un deux avant de disparaître définitivement.
Le jeudi suivant, alors que tout le monde les avait presque oubliés, ils sont réapparus pour m'informer que l'annonce du confinement leur avait mis un "coup derrière la tête", et qu'ils se voyaient obligés de mettre notre collaboration en stand-by.
Au mois de mai, on a appris que l'un des deux avait plus ou moins mis fin à sa mission. Sa collègue rongeait son frein, en attendant que son "nouveau" binôme soit recruté. La jeune fille était manifestement dégoûtée de ne pas pouvoir passer à l'action, et on redoutait que sa motivation s'émousse ; ce qui n'a pas manqué de se produire. Après avoir erré de service en service, prenant des notes, posant beaucoup de questions, attendant en vain sa collaboratrice, elle a fini par sortir du circuit à son tour.
Encore et toujours du gâchis. Année après année, le schéma se répète dans les écoles : on a les idées, la volonté, la bienveillance, mais une avalanche d'obstacles administratifs, humains, parfois financiers, sans parler des imprévus, du manque de temps.. viennent souvent retarder, empêcher la concrétisation des projets, ou tout simplement pomper une énergie qu'on pourrait mettre ailleurs. Pas étonnant que certains d'entre nous se découragent, à la longue.
L'Anguille de Valentine Goby m'a rappelé ce début de réflexion que nous avons eu avec les volontaires d'Unis-Cité ; en effet, ce roman destiné aux collégiens _ voire aux élèves de fin de primaire traite des différences, du handicap, de ce qui fait ou non notre identité, et de comment on peut faire pour interagir sereinement en fonction de nos particularités, sans blesser et sans mettre mal à l'aise.
L'histoire
De nos jours, a priori à Paris, ou pas loin. Camille vient de déménager en plein milieu de l'année scolaire. Comme si tout n'était déjà pas assez compliqué comme ça pour elle, bientôt il faudra qu'elle intègre sa nouvelle classe de sixième, dans un collège où personne ne la connaît, où personne ne sait qu'elle est née sans bras.
Halis s'est tellement fait tellement traiter de gros que lui-même ne voit plus en lui que son obésité ; enfin non, ce n'est pas tout à fait ça. Il sait qui il est "à l'intérieur" de son "corps moche", mais il s'est résigné à l'idée que personne n'essaiera jamais d'aller voir au-delà de son enveloppe imposante. Pour lui, c'est devenu normal _et presque justifié_ de se faire harceler par Zac, l'antipathique rebelle de la classe.
Aussi, il ressent un vrai soulagement à l'arrivée de Camille dans l'espace collectif, où chacun porte une étiquette plus ou moins flatteuse : la particularité de la nouvelle élève va sans doute attirer tous les regards, ce qui veut dire qu'il va enfin avoir la paix.
Mais tout ne se passe pas comme prévu : déjà, Camille est sympa et pas moche. Il se prend aussitôt d'empathie pour elle, et, oubliant ses intérêts personnels, il n'aspire désormais qu'à faciliter son quotidien. Un tel dévouement n'est d'ailleurs pas toujours nécessaire, car elle se débrouille très bien toute seule pour plein de choses : sa capacité à se servir de ses pieds à la place de ses mains surprend ou fascine, en fonction des situations.
Comme elle-même craint beaucoup les "grappes d'yeux" des collégiens qui la suivent constamment, elle comprend mieux que personne la situation de Halis. Rapidement, ils vont devenir amis et s'allier pour mieux affronter les vacheries de leurs camarades.
Le jeu des stéréotypes
Des livres sur la prise en compte du handicap, des différences, des stéréotypes, il y en a maintenant beaucoup et c'est très bien ! Mais L'Anguille se distingue dans sa manière d'aborder ces thématiques. En effet, Valentine Goby use de différents stratagèmes pour parler de nombreuses idées reçues qui nous envahissent au quotidien et auxquels ni les héros, ni les lecteurs n'échappent :
être handicapé veut forcément dire qu'on est en fauteuil roulant. Ce n'est pas spoiler, je pense, que de dire que Camille est une fille sans bras, puisque l'information apparaît clairement sur la quatrième de couverture du livre (Editions Thierry Magnier). Mais le jeune lecteur gagnerait à lire le premier chapitre sans avoir plus de renseignements sur l'histoire, car l'autrice prend soin de présenter son personnage sans jamais faire allusion à la nature de sa "différence" ; en effet, la première image qu'il se fera de l'héroïne sera celle d'une jeune fille lambda, complètement libérée de tout ce qu'il associe au mot "handicap"... et qui se résume souvent, en effet, à la représentation d'une personne en fauteuil. La stupeur des enfants qui, lors de la visite du musée du Louvre, remarquent que leur nouvelle camarade se déplace sur ses deux jambes est criante ; leur réaction en réalisant que le "problème" se situe au niveau du haut du corps l'est aussi.
On est gros parce qu'on mange trop.Qui s'est dit "ah ben voilà, aussi !" lorsqu'il a vu Halis ouvrir une poche de Haribo pendant le cours de sport, afin de partager quelques bonbons avec Camille, ou même lorsqu'ils se préparent des tartines beurrées recouvertes de chocolat en poudre ? Je suis sûre qu'il y en a. Pourtant, si vous y regardez de plus près, vous verrez que les deux enfants bouffent exactement la même chose, et que seul Halis est en surpoids, a priori. Donc inutile de culpabiliser ou de faire culpabiliser : l'obésité, c'est plus compliqué que ça.
La couture est une activité de filles.La mise en scène de l'écriture de la lettre au correspondant marseillais est un procédé particulièrement intéressant : elle nous permet de voir tout ce que Halis censure. Durant cet exercice noté auquel toute la classe est soumise, le héros va prendre soin d'omettre certains détails de son apparence et de ne pas trop en dire sur ses goûts, afin de "sauver" l'image de lui qu'il envoie à son camarade inconnu. Or, Halis a des parents couturiers, un accès illimité à la machine à coudre et aux tissus en tous genre, et il adore ça. Il est même plutôt doué, mais en tant que garçon, il est bien obligé de cacher cette passion : la question ne se pose même pas. On remarquera, plutôt vers la fin du livre, que son père non plus ne semble pas chaud pour qu'il prenne la relève. Bien sûr, son talent sera reconnu au final, mais non sans générer un certain malaise. Valentine Goby ne nous présente pas le monde des Bisounours : l'acceptation des différences prend du temps, quand elle se fait, ce qui n'est pas toujours le cas. Une belle histoire ne suffit pas à faire disparaître toutes les frictions.
Les personnes en surpoids ne font pas de sport. Halis semble être tout à fait content que le prof d'EPS le "laisse tranquille" en ne le forçant pas à participer aux cours, notamment aux séances d'escalade. Pourtant, les parties de ping-pong dans lesquelles il va se lancer avec sa pote d'infortune montrent qu'il est capable de se mouvoir, et qu'il a le droit de le faire. De là à plonger dans la piscine, il n'y a plus que quelques pas.
Pas de bras, pas de piscine. Allez, vous non plus vous ne l'aviez pas vu venir ! Vous ne pensiez pas que la jeune Camille allait participer au cours de natation, et encore moins qu'elle allait y briller. Et pourtant !
Tout pied pue des pieds. C'est en cours, notamment, puis à la cantine, que les enfants réalisent que Camille a appris à compenser la plupart des gestes quotidiens nécessitant les mais avec ses pieds, devenus exceptionnellement adroits. Si beaucoup restent scotchés d'admiration, quelques autres froncent le nez : généralement, un pied n'est pas visible. C'est une partie du corps qui reste au sol, couverte, et qu'on associe souvent à la saleté et à la puanteur. On voit bien qu'un pied posé à proximité des assiettes en incommode plus d'un, au début. Même une chaussette.
Si toi aussi tu es sur Instagram et que tu te prends à buguer pendant cinq minutes par jour facile sur Marine Leleu en train de faire des pompes, puis du vélo, puis monter les escaliers, puis présenter sa collection de nouvelles chaussettes, puis soulever des haltères, puis refaire du vélo, puis..
J'en ai sûrement oublié. Dites-moi en commentaire s'il y a des ajouts à faire, ou s'il y a des choses que je surinterprète aussi.
Art-thérapie
L'Anguille est un roman bourré de références aux arts et à différentes formes de cultures ; et ce n'est ni juste pour faire joli, ni pour présenter les héros comme des jeunes gens qui se distingueraient des autres enfants par leurs connaissances. Ici, les œuvres d'art, les lieux de culture, les lectures _dont les mangas, le sport, le cinéma... sont autant de leviers vers une vie meilleure pour Camille, Halis, et tous ceux de leur entourage qui en ont gros.
Tout commence par une visite pédagogique du musée du Louvre un mercredi matin pas tout à fait comme un autre, puisqu'il correspond au premier jour de cours de "l'Anguille" dans sa nouvelle classe. Entre la curiosité non dissimulée des enfants et la maladresse des adultes, Camille a assez vite l'impression d'être une œuvre d'art parmi tant d'autres ; d'autant plus que chacun prend conscience de son physique particulier au moment de la présentation de la Vénus de Milo.
La Vénus de Milo
D'un côté il y a la statue qu'on admire, d'un autre la fille qu'on dévisage avec un peu de crainte, et pourtant les deux se "ressemblent" ; comme quoi, le regard qu'on pose sur quelqu'un ou sur quelque chose dépend de pas mal de paramètres. Très logiquement, Camille choisira de faire son exposé sur cette Vénus de Milo, et suggèrera à Halis de s'intéresser à l'art de Fernando Botero _ "celui qui peint des gros", pour caricaturer, donc et des personnages qui font écho à son physique. Halis n'est pas très chaud au début, mais ce travail de recherche vont les aider à porter un autre regard sur eux-même.
La Joconde de Botero
Camille et Halis vont réussir à se faire une place dans leur environnement grâce à leur participation à un concours organisé par un auteur de mangas qu'ils adulent l'un et l'autre : ils doivent en effet réaliser une vidéo tenant compte de l'univers du Règne des dragons, sa série-phare. Evidemment, ils ont tout à apprendre, tout à faire de A à Z, y compris les décors et les costumes. Pour Halis, ça va être l'occasion de mettre en valeur des prédispositions pour la couture sans être (trop) jugé : on ne rejette pas quelqu'un d'indispensable... Comme les vidéastes auront besoin de plusieurs acteurs et figurants, ils doivent monter leur équipe, s'organiser, définir des rôles, encadres, faire des concessions : autant de tâches nouvelles qui vont leur faire oublier leurs différences, au moins pour quelques temps.
L'Anguille est vraiment la bonne surprise du mois de juillet (avec Harley Quinn Rebirth, mais bon, c'est pas vraiment la même catégorie) : juste mais pas déprimant, et surtout : pas culpabilisant. Ce roman est à mettre dans tous les CDI de collège, il me semble accessible dès la 6ème sans pour autant faire trop "gamin". Comme toujours, à vous de vous faire votre propre avis, car je ne suis pas neutre : l'autrice m'a eue la bonne avec sa description de tartines au Super Poulain, qui était le goûter typique quand j'étais avec mon arrière-grand-mère. Mais j'ai pas pleuré hamdoullah.
Du coup j'en ai fait sur des biscottes car on n'avait presque plus de pain.
Valentine GOBY. L'Anguille. Editions Thierry Magnier, 2020. 143 p. ISBN 979-10-352-0345-0
Passer à côté de sa vie pour la regarder, comme dans un film.
Passer à côté du piéton qui traverse la route sans entendre votre vélo arriver, éviter de justesse un accident fâcheux.
Passer à côté de la touche envoi après avoir écrit un message sur son portable, s'en féliciter ou s'en mordre les doigts.
Passer à côté d'une femme qui promène ses chiens au bord de l'Isle, lui dire bonjour, ne récolter d'autre réponse qu'un regard suspicieux.
Passer à côtéd'une rencontre, le savoir, le sentir, n'en être plus très sur en fait, rester empoté, se détester, se consoler en se disant que c'est beaucoup mieux ainsi, après tout, cogiter, se détester de nouveau.
Passer à côté d'une déception ou d'une gaffe, se réjouir d'avoir su tourner sept fois sa langue dans sa bouche (en attendant de pouvoir lui proposer mieux...). Comme quoi, douter peut aussi avoir du bon !
Passer à côté de ses peurs pour bien les observer, puis les doubler et les semer définitivement.
"Passer à côté", est-ce que c'est plutôt se préserver du puits des emmerdes, ou se jeter tête la première dans une vague de regrets ?
Merci à Babelio et aux Editions LC pour l'envoi de Jour de neige, tome 1 des P'tites histoires d'Éric Coudert, dans le cadre de l'opération Masse Critique.
L'histoire
Il neige. Qu'à cela ne tienne, Tutu et Booster comptent bien braver les flocons pour rendre visite à leurs grands parents, qui habitent dans la forêt. Équipés de leur luge, les enfants vont de découverte en découverte, émerveillés, jusqu'à qu'un obstacle se dresse sur leur chemin : brisée par le poids de la neige, une énorme branche d'arbre est tombée au sol, barrant le passage. Voilà qui risque de compromettre les retrouvailles avec "Opa" et "Nonna"... Comment les enfants vont-ils se sortir de cette galère ?
Sous la houlette des grands-parents
Voilà une intrigue qui a ses limites, me direz-vous ! Attention à ne pas oublier que les ouvrages des la Collection Taille Crayon sont destinés aux enfants âgés de 3 à 6 ans. Donc oui, on voit clairement la maison des grands parents se dresser derrière la branche cassée, et oui, il suffirait de la contourner de quelques mètres pour résoudre le problème. Mais cela ne doit pas nous empêcher de ménager le suspense auprès des plus jeunes lecteurs. Jour de neige est avant tout une histoire qui traite du lien privilégié que des enfants entretiennent avec leurs grands-parents (du moins quand l'atmosphère familiale est apaisée...) et par les temps qui courent, elle est forcément la bienvenue.
Le livre laisse la part belle à l'illustration, épurée et colorée, à mi-chemin entre le collage et le spectacle de marionnettes : on a parfois l'impression que les personnages et les éléments du décor ont été fixés sur des doubles pages qui sont autant de "tableaux", et qu'ils se déplacent et se superposent, en fonction de leur ordre d'importance dans la scène qui se joue. La figure du grand-père est très représentative de ce procédé _dont je ne suis pas extrêmement fan, mais qui est original et qui mérite vraiment qu'on s'y intéresse. En effet, vous remarquerez, à l'issue de votre lecture, que ce cher Opa fait toujours la même tête :
Opa dans la forêt
Opa à table
Opa chaud pour aller faire de la luge
Opa prend la pose
Même si notre première réaction peut être "WTF, ce personnage n'a donc qu'une expression ??", ce choix artistique est cohérent. Opa et Nonna sont des symboles de constance, de stabilité : ils interviennent au moment-même où leurs petits enfants sont en train de perdre espoir, agissent (en dégageant la branche, désolée pour le spoiler), rassurent en ramenant les enfants à l'abri, réconfortent par le jeu, par le partage du repas. Opa est dans son rôle protecteur, c'est de cette tête-là que Tutu et Booster se souviendront lorsqu'ils se remémoreront l'aventure.
Un livre à lire et à écouter
Les p'tites histoires sont aussi à écouter, en suivant l'album, ou indépendamment, à la manière d'un livre audio... même si à mon sens, ça fonctionne moins bien puisqu'un livre illustré ne s'appelle pas comme ça pour rien, généralement. Vous pourrez les trouver facilement sur le site de l'auteur Eric Coudert.
Je ne connaissais pas du tout cet auteur pour la jeunesse, qui a pourtant plusieurs livres et spectacles à son actif et qui anime Que faire des mômes, un podcast d'actualité culturelle axé jeune public, clairement présenté comme un "guide" pour les familles... et forcément appréciable en des périodes de confinements qui peuvent vite tourner à l'ennui pour les plus jeunes !
Moralité
La neige c'est froid.
Quand une branche tombe sur la route, on ne peut plus passer. Cf. la Dordogne juste après la tempête, en décembre 1999.
Là, OK, on peut vraiment dire que la branche bloque le passage ! (Photo France Bleu)
On est bien contents que les vioques répondent présents lorsqu'il s'agit d'occuper des gosses survoltés durant les longs week-ends d'hiver. On découvre les parents de Tutu et Booster à la toute dernière page, soit après la bataille. Cet item est temporairement désactié, pour cause de pandémie.
=> Notez que le père ne porte ni bonnet, ni gants, NI chaussettes alors qu'il y a au moins 10cm de neige au sol. Bravo, bel exemple ! Heureusement la mère est irréprochable, elle.
Note pour les auteurs et pour l'éditeur,s'ils passent par là (oui oui, ça arrive parfois !)
J'ai bien vu que la reproduction partielle ou totale de l'oeuvre était interdite ; je ne pense pas entraver la diffusion du livre en postant ces quelques photos, bien au contraire, mais si cela vous gêne, n'hésitez pas à me demander de les retirer.
Une poule sur un mur est un blog qui a le rire facile ; certaines remarques se veulent humoristiques mais ne vous amuseront pas forcément. Créer un livre pour enfants est un travail à plein temps, qu'il peut être douloureux de voir tourner en dérision. Vous pouvez également me faire savoir en commentaire ce qui vous semble dérangeant.
Pour répondre un peu mieux à la mission confiée par Babelio, qui est de publier la critique d'un ouvrage afin de le faire connaître, sinon de le conseiller, je dirai simplement que ce tome 1 des P'tites histoires aborde des thématiques de saison et d'actualité (l'hiver, la famille, la place qu'y occupent les grands-parents), mais qu'il est à découvrir quelle que soit la météo !
Avant de partir, je vous présente le sapin familial, décoré par ma mère en cette fin d'année...
J
... et nous n'en sommes pas peu fiers, à la maison !
De rien.
Eric COUDERT, Claire HASSENFORDER. Les p'tites histoires. Tome 1 : Jour de neige. Editions LC, 2020. Collection Taille Crayon. ISBN 9782376961239