Je me suis souvent demandé si on aurait eu des parcours différents, ma sœur et moi, si on avait grandi ailleurs que dans le village où vit et "travaillait" il n'y a pas si longtemps encore notre grand-mère paternelle, prostituée de son état.
Ce paramètre n'a sans doute pas été déterminant, mais pour ma part je l'ai traîné comme un caillou dans une chaussure dès que j'ai été en âge de saisir les sous-entendus liés à sa condition, qu'elle n'a absolument jamais chercher à dissimuler ! Elle a toujours été fière d'exploiter son corps au maximum, avec ou sans paiement, tout au long de ces dernières décennies. Il faut quand même lui reconnaître cette force de caractère.
Voici deux histoires de familles "peu conventionnelles", lues il y a quelques temps et déjà mises sur Instagram. Désolée pour ceux qui suivent, du coup, c'est du réchauffé ! Comme vous vous en doutez, le sujet m'intéresse.
Teen spirit - Virginie Despentes (2004)
Paris, 2001. Agoraphobe, Bruno vit reclus au crochet de sa copine et passe ses journées à fumer en regardant la télé dans leur appartement de Barbès. Ce trentenaire au chômage trouve cependant la force de sortir de chez lui lorsqu'Alice, une vieille partenaire de sport en chambre, refait surface depuis le fin fond de leurs années de lycée. Il semblerait qu'elle ait une nouvelle à lui annoncer.
Bruno ne sera pas déçu du voyage, puisqu'il va apprendre qu'il est le père de Nancy, née treize ans plus tôt d'une ultime partie de jambes en l'air. Treize ans, un âge où on donne du fil à retordre à sa mère, surtout quand on vient de comprendre que son père inconnu n'est pas aussi mort qu'on le lui avait assuré.
Pour le héros, ce n'est pas vraiment ce qu'on peut appeler une "bonne nouvelle". Comment être père si on a déjà du mal à se comporter soi-même en adulte ? et surtout, si on n'a jamais songé à l'être...
Une tuile entraînant l'autre, Catherine décide de rompre et le somme de vider les lieux. Il trouve refuge chez son amie Sandra, une journaliste qui écrit pour la presse musicale. Elle va lui être d'un précieux soutien dans la gestion de sa parentalité toute neuve. Car enfin, si Bruno est un glandeur qui tourne à la fumette, mais ce n'est pas un mauvais type : bien sûr qu'il va lui donner de son temps, à cette Nancy.
A travers une histoire plutôt marrante, Virginie Despentes aborde plusieurs sujets de réflexion : les rapports entre parents et adolescents, entre hommes et femmes, entre marginaux et bourgeois, l'idée de réussite _variable d'un milieu à un autre... La musique et la culture populaire restent à portée de main du cendrier et de la bouteille qui vont bien.
Sans doute ma lecture la plus sympa de ces derniers mois, en partie grâce au texte qui résonne d'argot et de mots bien crus ! Déjà, ça ne l'empêche pas d'être beau, et puis il me semble que la littérature gagne à se faire un peu bouger ainsi, de temps en temps !
Les grand-mères - Doris Lessing (2003)
Un petit groupe d'estivants se sont installés à la terrasse d'un restaurant en bord de mer. Ils sont six : Lil et Roz, deux grand-mères très bien conservées, leurs fils respectifs Ian et Tom, la quarantaine, et leurs petites-filles, Alice et Shirley. Où sont les mères des enfants ? Se demande une jeune serveuse, fascinée par le bonheur évident qu'ils exsudent.
A vrai dire, Mary et Hannah ont pris l'habitude de se tenir suffisamment loin de leurs maris et de leurs belles-mères pour ne pas perturber la complicité qui les unit tous les quatre.
Alors, lorsque l'une d'elles fait irruption à la table avec un mystérieux paquet de lettres dans les mains et une colère froide sur le cœur, on se dit : aïe, on va avoir droit à des querelles de couple à base de tromperies, avec des belles-mères vicelardes qui remuent la merde au second plan !
Eh bien, pas du tout !
Suite à l'esclandre, la narration fait un bond en arrière et revient sur l'enfance de Lil et Roz. On apprend que les deux fillettes sont devenues inséparables à l'école et le sont restées toute leur vie, au point de mettre sur la touche _bien souvent sans le vouloir_ quiconque tentait de s'immiscer dans leur duo. Malgré tout, elles ont toujours respecté les convenances en se mariant et en fondant leur famille, sans se douter que leur amitié fusionnelle allait les rattraper d'une bien curieuse manière.
Ce court roman a de quoi surprendre ; Doris Lessing a l'art de raconter des situations étranges avec détachement, comme si tout allait de soi ! Même si le côté vieux-jeu de Mochepoule est un peu mal à l'aise avec la tournure que prennent les événements, sa face délurée trouve que Roz et Lil sont de bons spécimens de femmes libres et ouvertes d'esprit.
Les grand-mères pointe aussi du doigt un drôle de phénomène : lorsqu'on est vraiment très bien avec une ou plusieurs personnes, on prend le risque de se fermer au monde extérieur. Ici, c'est poussé à l'extrême, mais on a tous plus ou moins connu ça, cette impression d'autosuffisance, ce sentiment trompeur qu'on n'a plus envie / besoin de créer de nouvelles relations.
J'avais emporté ce livre en vacances parce qu'il ne prend pas de place (95 p.) et parce que je n'avais jamais rien lu de Doris Lessing. C'est un des derniers qu'elle ait écrits, apparemment. Il se lit très facilement, et il est plus profond qu'il en a l'air.
Une adaptation cinématographique est sortie en 2013 sous le titre de Perfect mothers (je ne l'ai pas vu !)
Eh beh, des vieilles encore plus chaudes que ma grand-mère, qui l'eût cru ?!
Bibliographie
Virginie DESPENTES. Teen spirit. J'ai Lu, 2004. 158 p. ISBN 978-2-290-32987-0
Doris LESSING. Les grand-mères. J'ai Lu, 2013. 95 p. ISBN 978-2-290-05977-7
Les deux romans ont été empruntés à la médiathèque des Halles à Paris (La Canopée) !
Le Mystère du temple disparu, écrit par Caroline Lawrence et publié en 2020, fait partie de la sélection 4°/3° du Prix de Littérature Jeunesse et Antiquité.
L'histoire
Alexandre Papas est un collégien anglais tout à fait ordinaire. Enfin non, justement, pas tout à fait : trop petit pour ses treize ans, il a un goût assumé pour la mythologie en général et les cours de latin en particulier. Depuis la mort de ses parents, sa seule famille est une grand-mère grecque, hippie et pauvre, et sa vie sociale n'est pas beaucoup plus fournie puisqu'elle se résume aux assauts du terrible Dinu, toujours prompt à lui racketter ses chips au vinaigre à la sortie des cours. A première vue, tous les ingrédients nécessaires à la concoction d'une belle gélule de Prozac sont réunis... mais non, rassurez-vous : Le mystère du temple disparu n'a rien d'un roman jeunesse larmoyant !
Quand Alex est convoqué dans le bureau de la principale un beau matin, en plein milieu d'un cours, il est surpris mais pas inquiet outre-mesure : bien qu'il soit vif d'esprit et débrouillard, il n'est pas du genre à se faire remarquer par ses conneries. La cheffe d'établissement reste évasive sur les raisons de leur entrevue, et se contente de lui demander des renseignements WTF sur sa vie, du style : "est-ce que tu vas toujours au club de latin ?" avant de lui fourguer les coordonnées d'un homme d'affaires tout en lui assurant qu'une "occasion extraordinaire" l'attend à son adresse. Autant dire qu'Alex repart avec plus de questions que de réponses, mais ce n'est pas pour lui déplaire, au fond : moins on a d'infos, plus on peut rêver. Il s'imagine déjà sur le tournage d'un peplum.
Il n'en sera rien. L'homme en question s'appelle Solomon Dahlia. On ne sait pas trop ce qu'il fait de ses dix doigts, mais il est manifestement riche et confie à Alex une mission aussi périlleuse qu'insolite : se téléporter au III° siècle de notre ère et arpenter les rues de Londinium, nom de la "Londres antique", afin d'y retrouver une jeune fille vivant à cette époque.
Signes particuliers de la demoiselle en question ? Des yeux bleus, un couteau en ivoire accroché à la ceinture, et... c'est tout. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin _en supposant que tout cela ne soit pas une vaste plaisanterie. Le collégien est sceptique, mais Dahlia a l'air sérieux. Lorsqu'il l'amène à proximité du portail temporel censé le faire atterrir dans un temple consacré au dieu Mithras, Alex commence à croire à cette folle histoire, et à paniquer. Va-t-il accepter ?
Oui, car c'est très bien payé !
Bientôt, Alexandre Papas traverse le portail à la Stargate dans les règles de l'art _à savoir : à poil et à jeun depuis deux jours_ et se retrouve, comme prévu, en l'an 260 à Londinium.
La jeune fille aux yeux bleus et à l'haleine pestilentielle
On pouvait s'y attendre : Caroline Lawrence a voulu faire en sorte que la découverte de la vie quotidienne dans les terres conquises par les Romains soit parsemée de désillusions pour le jeune Alex. Pas le temps pour le héros de déambuler en toge sous le soleil, une grappe de raisin à la main : il lui faut d'abord trouver de quoi se vêtir de façon à ne pas être assimilé à un pouilleux qu'on chasse sans ménagement, des chaussures pour ne pas patauger dans la merde H24 (puisqu'il n'y a pas d'égouts), un endroit pour dormir... Le moins qu'on puisse dire, c'est que les braves citoyens de Londinium ne font ni dans le social, ni dans la tolérance et méprisent ouvertement ceux qui n'ont pas leur statut, qu'ils soient esclaves ou juste pauvres.
Les personnages principaux sont bien ancrés dans ce système que Lollia défend vivement. Lollia, c'est la fameuse fille aux yeux bleus, dont le squelette retrouvé dans des fouilles archéologiques fascine tant Solomon Dahlia. Eh bien, derrière sa prestance et ses cheveux blonds qui vont faire tourner la tête des deux collégiens du futur, la demoiselle est une sacrée peau de vache. Non seulement elle se la pète, mais en plus de cela, elle évacue ses frustrations d'adolescente du troisième siècle sur Plecta, sa petite esclave. Pour couronner le tout, la belle pue de la gueule _mais ça, bien sûr, faut pas en parler ! et tourne à l'huile de girofle pour atténuer la douleur et cacher la misère. Bref, l'autrice a voulu faire d'elle un personnage détestable bien loin du fantasme de Dahlia, et c'est tout à fait réussi.
Bien entendu, ce n'est pas spoiler que dire qu'Alex va localiser assez rapidement la jeune fille introuvable ; seulement, je ne préciserai pas comment. Car ça, ce serait spoiler.
Malgré ses airs de princesse sûre de ses atouts, Lollia est le jouet du destin et des prétentions familiales, comme toutes les filles de son époque ; et lorsqu'elle essaiera de s'en affranchir, ce sera épique, haletant... et dangereux pour tout le monde. La sage et aimable Plecta de Pergame_ a-t-elle bien d'autre choix que celui d'être agréable ? vient contrebalancer les humeurs de sa maîtresse. Bientôt, Alex verra en elle des qualités que l'exubérance de Lollia avait tendance à masquer, et il trouvera en elle une alliée fiable.
Ainsi, un quatuor équilibré en tous points se dessine : Alex le leader, Lollia la star, Plecta la réfléchie, et Dinu le musclé pas très vif d'esprit. Cela m'amène à réexaminer l'illustration de la couverture, qui dans un premiers temps m'avait plutôt séduite...
Bordel de queue ! Nom de Zeus ! Mais où est Plecta ? Vous n'avez tout de même pas squeezé l'esclave ?!
L'important, c'est de communiquer
Laissons de côté cette observation sur la couverture, qui est du reste très réussie ; mais je reconnais que ce choix éditorial me chiffonne.
Un élément de l'histoire, un seul, ne me semble pas réussi dans Le mystère du temple disparu : la relation harceleur / harcelé qu'entretiennent Alex et Dinu n'évolue pas de façon crédible, à mon sens. Bien qu'elle soit, à la base, assez caricaturale _le colosse un peu bête qui pique le casse-croûte du petit futé_ elle avait au moins le mérite de servir de catalyseur à l'action, puisque c'est après avoir subi "le vol de trop" qu'Alex décide de relever le défi lancé par Solomon Dahlia. L'aventure amène les deux garçons à collaborer, bien sûr, et petit à petit le rapport de force s'inverse car en terme de culture antique et de pratique du "latin courant", la victime a plusieurs longueurs d'avance sur son bourreau. Ok, c'était prévisible, mais ça se tient !
Par contre, lorsque vient le moment où Alex reproche à son compagnon de fortune de ne cesser de le spolier au quotidien, la réponse de Dinu sonne faux : niant tout racket ou vol, il prétexte une mauvaise interprétation de l'attitude du latiniste, et joue la carte de la faim.
"Nous ne sommes pas amis. Tu es un voleur. Tu me voles mes chips.
Du coin de l'oeil, je le vis secouer la tête.
_Non. Tu me les apportes parce que tu es gentil.
_Tu plaisantes ? Je les apporte pour moi. Je te les donne seulement pour que tu ne me tapes pas dessus !
_ Te taper dessus ? Tu m'as déjà vu taper quelqu'un ?
J'y réfléchis.
_ Non, dus-je admettre. Mais tu viens me voir, alors que tu fais une tête de plus que moi et le double de mon poids, et tu me dis : "Donne-moi tes chips"...
_Et toi, tu me les donnes parce que tu sais que ma mère ne peut pas me payer un petit déjeuner, non ?"
Dinu est-il sincère ? N'assume-t-il plus ses actes et son passé de brute, une fois en terre hostile ? Libre à nous de nous faire une idée à ce sujet. En tous cas, cette mise au point m'a déroutée.
Adultes en carton
Comme c'est fréquemment le cas dans les romans écrit pour les jeunes, les adultes du Mystère du temple disparu ont rarement valeur d'exemple. Hormis la grand-mère d'Alex, qu'il nous présente comme carrée mais bienveillante, les majeurs et vaccinés sont tous soit à l'ouest, soit violents, soit réacs, soit toxiques... et ce, aussi bien en 2020 qu'en 260. Mme Okonmah, la principale, autrement dit la responsable de centaines de gamins, ne voit pas d'inconvénients à jeter un des ses élèves dans les griffes d'un milliardaire random aux projets insensés.
Une fois à Londinium, la vie d'Alex sera sans cesse menacée par des hommes et des femmes disposés à le chasser, à l'insulter, à lui voler ses maigres effets. Dinu n'est pas en reste, puisqu'il est tout de suite repéré et enrôlé comme gladiateur, sans avoir vraiment pu exprimer son avis. Le père de Lollia veut la marier de force à un brasseur qu'on devine beaucoup plus âgé qu'elle, et Plecta a été vendue à un marchand d'esclaves par son cousin, après que sa famille a été décimée par la peste.
Et encore, on ne jugera point les rituels particuliers des bonhommes qui vénèrent le dieu Mithras.
Le culte de Mithras
Le portail temporel qui permet de passer d'une époque à une autre à certaines conditions se situe dans un mithraeum, c'est à dire une sorte de temple dédié au dieu Mithras, aussi appelé Mithra. Pour ma part, je n'avais jamais entendu parler de cette figure mythologique, et il m'a fallu faire quelques recherches sur lui.
Il s'agit donc d'une divinité des Perses (les ancêtres des Iraniens) vénérée depuis 500 avant JC. Représentant de la justice, de l'ordre des choses, son culte s'est exporté partout où les vagues pouvaient l'amener, bizarrement : dans les villes portuaires de l'Empire romain, près du Danube et du Rhin.
Les prêtres de Mithra participaient à des cérémonies censées les rendre immortels et rejouaient la scène clé du sacrifice d'un taureau par le dieu. Les rituels ne se déroulaient jamais à la vue des autres hommes, tout doit rester secret ; dans Le mystère du temple disparu, on ressent bien le mystère, justement, qui entoure les faits et gestes des religieux.
Mithras en train de vacciner le taureau ET de lui faire un test PCR en même temps.
Le dieu indo-iranien a tellement bien fait sa place dans l'univers des Grecs et des Romains qu'on a fini par l'"assimiler" à l'Hélios.
Sources : Encyclopédie Larousse, article "Mithra" et Odysseum, article Mithra à Rome. Et un peu Wikipédia, aussi, cela va de soi.
Caroline à Londres
L'attachement de l'autrice à cette ville qu'elle connaît bien est perceptible : Caroline Lawrence ne perd jamais une occasion de faire le lien entre Londinium et Londres, en parlant de ce qui a perduré, comme la Tamise, et de ce qui a évolué, comme la Walbrook, une rivière qui s'est asséchée avec le temps. D'autres lieux-clés de la ville sont évoqués, comme la Tate Modern et le théâtre du Globe.
On pourrait croire ces allers-retours fastidieux, mais ce serait oublier que l'écrivaine pour enfants connaît toutes les combines pour faire un page-turner sympa : des personnages attachants mais pas trop parfaits, auxquels on peut s'identifier, une action qui ne ralentit jamais, des chapitres courts qui permettent de segmenter la lecture facilement _pour ceux qui en auraient besoin.
Le mystère du temple disparu est une belle surprise et occupe une place de choix dans la sélection du PLJA, à mon avis. Il nous amène dans une contrée relativement peu exploitée en littérature, en comparaison de Rome ou d'Athènes, par exemple. Ce roman nous apporte pas mal de références culturelles, et il a l'avantage de ne pas être plombant. Les collégiens apprécieront les phrases de "latin courant" parfois balancées au détour de dialogues plus ou moins houleux.
Accessible à partir de 12 ans, selon moi, mais tout est relatif !
Caroline LAWRENCE. Le mystère du temple disparu. Gallimard Jeunesse, 2020. 310 p. ISBN 978-2-07-514151-2
Merci à Babelio et aux Editions LC pour l'envoi de Jour de neige, tome 1 des P'tites histoires d'Éric Coudert, dans le cadre de l'opération Masse Critique.
L'histoire
Il neige. Qu'à cela ne tienne, Tutu et Booster comptent bien braver les flocons pour rendre visite à leurs grands parents, qui habitent dans la forêt. Équipés de leur luge, les enfants vont de découverte en découverte, émerveillés, jusqu'à qu'un obstacle se dresse sur leur chemin : brisée par le poids de la neige, une énorme branche d'arbre est tombée au sol, barrant le passage. Voilà qui risque de compromettre les retrouvailles avec "Opa" et "Nonna"... Comment les enfants vont-ils se sortir de cette galère ?
Sous la houlette des grands-parents
Voilà une intrigue qui a ses limites, me direz-vous ! Attention à ne pas oublier que les ouvrages des la Collection Taille Crayon sont destinés aux enfants âgés de 3 à 6 ans. Donc oui, on voit clairement la maison des grands parents se dresser derrière la branche cassée, et oui, il suffirait de la contourner de quelques mètres pour résoudre le problème. Mais cela ne doit pas nous empêcher de ménager le suspense auprès des plus jeunes lecteurs. Jour de neige est avant tout une histoire qui traite du lien privilégié que des enfants entretiennent avec leurs grands-parents (du moins quand l'atmosphère familiale est apaisée...) et par les temps qui courent, elle est forcément la bienvenue.
Le livre laisse la part belle à l'illustration, épurée et colorée, à mi-chemin entre le collage et le spectacle de marionnettes : on a parfois l'impression que les personnages et les éléments du décor ont été fixés sur des doubles pages qui sont autant de "tableaux", et qu'ils se déplacent et se superposent, en fonction de leur ordre d'importance dans la scène qui se joue. La figure du grand-père est très représentative de ce procédé _dont je ne suis pas extrêmement fan, mais qui est original et qui mérite vraiment qu'on s'y intéresse. En effet, vous remarquerez, à l'issue de votre lecture, que ce cher Opa fait toujours la même tête :
Opa dans la forêt
Opa à table
Opa chaud pour aller faire de la luge
Opa prend la pose
Même si notre première réaction peut être "WTF, ce personnage n'a donc qu'une expression ??", ce choix artistique est cohérent. Opa et Nonna sont des symboles de constance, de stabilité : ils interviennent au moment-même où leurs petits enfants sont en train de perdre espoir, agissent (en dégageant la branche, désolée pour le spoiler), rassurent en ramenant les enfants à l'abri, réconfortent par le jeu, par le partage du repas. Opa est dans son rôle protecteur, c'est de cette tête-là que Tutu et Booster se souviendront lorsqu'ils se remémoreront l'aventure.
Un livre à lire et à écouter
Les p'tites histoires sont aussi à écouter, en suivant l'album, ou indépendamment, à la manière d'un livre audio... même si à mon sens, ça fonctionne moins bien puisqu'un livre illustré ne s'appelle pas comme ça pour rien, généralement. Vous pourrez les trouver facilement sur le site de l'auteur Eric Coudert.
Je ne connaissais pas du tout cet auteur pour la jeunesse, qui a pourtant plusieurs livres et spectacles à son actif et qui anime Que faire des mômes, un podcast d'actualité culturelle axé jeune public, clairement présenté comme un "guide" pour les familles... et forcément appréciable en des périodes de confinements qui peuvent vite tourner à l'ennui pour les plus jeunes !
Moralité
La neige c'est froid.
Quand une branche tombe sur la route, on ne peut plus passer. Cf. la Dordogne juste après la tempête, en décembre 1999.
Là, OK, on peut vraiment dire que la branche bloque le passage ! (Photo France Bleu)
On est bien contents que les vioques répondent présents lorsqu'il s'agit d'occuper des gosses survoltés durant les longs week-ends d'hiver. On découvre les parents de Tutu et Booster à la toute dernière page, soit après la bataille. Cet item est temporairement désactié, pour cause de pandémie.
=> Notez que le père ne porte ni bonnet, ni gants, NI chaussettes alors qu'il y a au moins 10cm de neige au sol. Bravo, bel exemple ! Heureusement la mère est irréprochable, elle.
Note pour les auteurs et pour l'éditeur,s'ils passent par là (oui oui, ça arrive parfois !)
J'ai bien vu que la reproduction partielle ou totale de l'oeuvre était interdite ; je ne pense pas entraver la diffusion du livre en postant ces quelques photos, bien au contraire, mais si cela vous gêne, n'hésitez pas à me demander de les retirer.
Une poule sur un mur est un blog qui a le rire facile ; certaines remarques se veulent humoristiques mais ne vous amuseront pas forcément. Créer un livre pour enfants est un travail à plein temps, qu'il peut être douloureux de voir tourner en dérision. Vous pouvez également me faire savoir en commentaire ce qui vous semble dérangeant.
Pour répondre un peu mieux à la mission confiée par Babelio, qui est de publier la critique d'un ouvrage afin de le faire connaître, sinon de le conseiller, je dirai simplement que ce tome 1 des P'tites histoires aborde des thématiques de saison et d'actualité (l'hiver, la famille, la place qu'y occupent les grands-parents), mais qu'il est à découvrir quelle que soit la météo !
Avant de partir, je vous présente le sapin familial, décoré par ma mère en cette fin d'année...
J
... et nous n'en sommes pas peu fiers, à la maison !
De rien.
Eric COUDERT, Claire HASSENFORDER. Les p'tites histoires. Tome 1 : Jour de neige. Editions LC, 2020. Collection Taille Crayon. ISBN 9782376961239