mercredi 10 juin 2026

[MANGA] Détective Conan - Gosho Aoyama (1994, série en cours)

Détective Conan

Gosho Aoyama 

Kana 

Série shônen débutée en 1994, toujours en cours ! On en est au tome 105 en France (et 107 au Japon). 


Tome 1

Shinichi, 17 ans, passe son temps libre à jouer les détectives en herbe. Cela lui réussit : son sens de la déduction lui vaut déjà une certaine renommée auprès de la police locale, qui ne semble plus étonnée de le voir débarquer sur une scène de crime. Sa passion pour les enquêtes vire parfois à l'obsession, au grand agacement de son amie Ran qui a parfois l'impression de passer au second plan. 

Un jour, une affaire tourne mal, et une bande de malfaiteurs surnommés "les hommes en noir" lui font ingurgiter un poison. Shinichi ne meurt pas, mais son corps se transforme en celui d'un enfant de 6 ans. Forcément, sa vie change du tout au tout : on a beau être un excellent détective, difficile de se faire entendre lorsqu'on n'est "qu'un petit", et que personne ne vous reconnaît _même pas votre copine ! 

Aidé par le professeur Agasa, seul ami à connaître sa véritable identité, Shinichi va se faire appeler Conan et va être recueilli temporairement par Ran. Cette dernière vit avec son père, un détective raté qui se prend pour un génie : cela va lui permettre de garder un pied dans son univers de prédilection et de continuer à enquêter comme un pro. 

Parallèlement, il part en quête de l'antidote qui lui rendra son apparence d'origine. 

Avis  

J'étais passée complètement à côté de ce célèbre manga ! Il a fallu qu'une poignée d'élèves me suggère qu'on en parle en club lecture pour que je me penche dessus _à vrai dire, je trouvais leur engouement suspect et je voulais vérifier qu'il n'y ait rien de chelou dedans avant de le mettre au CDI... Mais non, pas du tout ! Son succès est tout à fait compréhensible et ce premier tome a de quoi séduire les lecteurs de tous âges, pour bien des raisons : 

- les enquêtes, courtes et bien ficelées, sont agréables à lire même si on n'est pas fan d'histoires policières  

- l'auteur représente bien la difficulté d'être écouté lorsqu'on est un enfant

- la romance impossible entre Ran et Shinichi "coincé" dans son enveloppe de Conan

- les zones d'ombres des personnages _ on devine qu'il y a un mystère autour des parents de Shinichi

- la touche d'humour _ Détective Conan est avant tout un manga drôle, avec quelques personnages à fort potentiel comique (M. Mouri, le professeur Agasa...)  

Cette série en réconciliera plus d'un avec le genre policier. 


Tome 2  (1997)



Dans ce tome 2, on suit le héros dans sa redécouverte des "joies" de l'école primaire ! Logé temporairement, et sous une fausse identité, chez M. Mouri et sa fille Ran, Conan doit faire des pieds et des mains pour tenir son rôle, que ce soit dans ses escapades avec ses nouveaux copains de classe, ou auprès du détective M. Mouri, qu'il accompagne plus ou moins discrètement dans ses enquêtes.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le travail ne manque pas dans les rues de Tokyo : une jeune fille cherche son père disparu, un homme meurt carbonisé à la fête du feu, et dans une maison fermée depuis des années, on entend de drôles de cris... Attention à ne pas s'arrêter aux apparences : les victimes et les bourreaux ne sont pas toujours ceux qu'on croit ! 

Conan met entre parenthèses sa recherche de l'antidote qui lui rendra son corps de jeune homme, car il est trop occupé à éclaircir les mystères ! Faute de mieux, le professeur Agasa fait de lui un "enfant augmenté" en l'équipant de gadgets visant à compenser les limites que lui imposent son petit gabarit : transformateur de voix, bretelles élastiques, chaussures bricolées... 

L'action est toujours aussi bien menée, de même que les intrigues ! 




dimanche 31 mai 2026

[CINEMA] The World of Love - Ga Eun Yoon (2025)

Je me suis toujours demandée comment Marine avait réussi à survivre aux maltraitances physiques de son institutrice de CP ; comment après cela elle avait réussi à sortir du repli où elle était restée un temps, et ce, sans aucune aide psychologique. Elle avait même réussi à avoir une vie presque normale, presque dans la norme. 

A la fin du collège, elle avait pris goût à s'habiller court, et se faisait beaucoup insulter par rapport ses tenues _ par les enfants comme par les adultes d'ailleurs, mais elle n'avait jamais renoncé à son style. Pendant des années, elle n'a eu le soutien de personne, et certainement pas de ses pseudo-copines. Pas le mien non plus, je le reconnais : j'étais plutôt du genre à l'encourager à se comporter différemment, pour ne pas "s'attirer d'ennuis". Ce n'était pas malin. 

Plus tard, j'ai compris que pour elle, se faire agresser verbalement ou physiquement était juste devenu une situation "normale". Celles et ceux qui avaient le malheur d'être gentils avec elle ne lui inspiraient que du mépris et un besoin de se montrer violente à son tour. 

Paradoxalement, elle ne voulait surtout pas entamer de démarches pour faire, sinon condamner, au moins reconnaître les crimes de la personne responsable de tous les malheurs qui ont suivi. 


Il y a une semaine, je suis allée voir The World of Love au cinéma _quoi de mieux à faire un lundi de Pentecôte pendant la canicule ? Il s'agit d'un film coréen de Ga Eun Yoon, sorti en 2025. 


                                             

L'histoire 

Dans son lycée, Joo-in est une fille populaire, extravertie, pleine d'énergie ... au point de se montrer involontairement brutale par moments. Comme elle a plein de copines et pas vraiment la langue dans sa poche, tout se passe bien pour elle, globalement. 

Un jour, un camarade de classe lance une pétition visant à empêcher la libération et le retour dans le quartier d'un pédophile condamné pour avoir violé une fillette quelques années plutôt. Tous les élèves signent évidemment, sauf Joo-in, qui se souhaite pas apposer son nom sur la feuille, malgré plusieurs sollicitations. 

Saoulée par l'indignation que son refus soulève, elle explique sa décision : la pétition contient une phrase qui affirme, en gros, qu'une agression sexuelle cause des dommages irréversibles sur la victime, et que la vie de celle-ci est détruite à jamais. Or, elle considère que c'est faux ! La preuve, c'est qu'elle-même a vécu des violences sexuelles, et chacun peut voir qu'elle s'en est très bien remise. Pas la peine d'en faire toute une histoire. 

Comprenant que ses propos choquent ses amis sans pour autant les convaincre, elle se rétracte aussitôt et, dans un grand éclat de rire, prétend qu'elle n'a jamais rien vécu de tel et qu'elle a juste voulu faire une mauvaise blague. 

L'incident ne sera pas sans conséquences : les copines de Joo-in vont se mettre à la regarder différemment, à murmurer derrière son dos, débattant pour distinguer le vrai du faux. Des petits papiers incendiaires (et anonymes) commencent alors à arriver sur son bureau... 




Environnement contaminé

Si l'école est une jungle, la maison n'est pas un refuge pour autant : Joo-In et son petit frère, passionné de magie, vivent avec leur mère, une institutrice débordée et alcoolique. Le père semble avoir fichu le camp, tolérant les visites de son fils mais ignorant complètement les messages de sa fille. Au retour de l'école, le petit se hâte d'intercepter le courrier et de le fourrer sous son matelas avant que sa soeur ne tombe dessus. Les soirées passées en chansons ou à applaudir les spectacles improvisés de "l'apprenti magicien" dans une relative bonne ambiance ne trompe pas le spectateur : tout sonne faux dans cette famille. 

Alors Joo-in prend le parti d'avancer tout droit, en gardant la tête haute et sans regarder derrière elle, et surtout sans s'arrêter : rester constamment mobile reste le meilleur moyen de ne pas se faire alpaguer par un importun, de ne pas se faire repérer par un prédateur. Autant dire que cette pétition qui circule, la replongeant dans des traumatismes qu'elle pensait avoir surmontés jusque-là, c'est un coup d'arrêt. 

Le seul pied-à-terre à peu près safe dont dispose Joo-in est le dojo du club de taekwondo ; là encore, elle ne fait que suivre les traces de son aînée et meilleure amie Han-Mi-Do, elle aussi victime d'agressions sexuelles, qui venait s'y cacher à une époque où elle n'était pas en sécurité chez elle.  



C'était mieux quand on ne savait pas

Le binôme formé par Joo-in et Han-Mi-Do montre que face à des situations comparables, chaque personne a des réactions uniques, construit sa propre manière de faire face. Il en est de même pour l'entourage : certaines copines de classe de Joo-In optent pour le déni : "si ça s'était vraiment passé, elle n'aurait pas l'air aussi bien dans sa peau, elle n'aurait pas autant de petits copains", d'autres n'arrivent plus à la regarder en face ou à lui adresser la parole... pas parce qu'il la rejettent, mais parce qu'ils se sentent mal par rapport à elle. Petit à petit, on comprend que le père de l'héroïne a fui la maison pour ne pas affronter une réalité sordide, tandis que la mère noie sa culpabilité dans la boisson : elle qui s'occupe des enfants des autres à longueur de journée n'a pas su protéger sa fille. On pourrait aussi gloser un moment sur le petit Hae-in qui, en bon magicien, passe son temps à essayer de faire disparaître des trucs, à tromper la réalité d'une manière ou d'une autre. Quant aux institutions, inutile de les prendre en compte : la léthargie de la prof de Joo-in et la scène lunaire du procès qui oppose Han-Mi-Do à son père font froid dans le dos. 

Quel que soit le parti pris des personnages, tous sont d'accord sur un point : le silence est préférable. Ouvrir sa bouche revient à éclabousser tout le monde avec sa souffrance, et c'est souvent perçu comme une agression qui aurait pu être évitée. Joo-in ne pouvait-elle pas juste signer la pétition comme tout le monde, et continuer de faire semblant d'être heureuse ? En demandant la modification du texte original rédigé par un garçon de sa classe, elle est devenue "un problème" et elle en est consciente. C'est sans doute aussi ce mécanisme de non-dit (protecteur en apparence) qui la pousse à s'agacer lorsque la pétition lui est remise régulièrement sous le nez, et lorsque les images du fait divers lui sont imposées par les élèves du club journal.  



The World of Love est un film à voir ; je pense qu'il est accessible dès la fin du collège, dans le sens où, même s'il raconte une histoire sordide et malheureusement trop banale, il ne montre pas d'images choquantes et se concentre sur le point de vue d'une héroïne-victime qui a eu assez de force pour suivre la voie de la résilience. 

samedi 16 mai 2026

Etre un magicien dans une société magicophobe 2 : Elsbeth et la malédiction du Beau Silence - Tristan Roulot ; Sarah Conradsen (2025)

Chaque jour, j'apporte une nouvelle pièce à l'édifice.

Venger Marine est mon nouvel objectif de vie. 

Ceux qui me connaissent savent que ce n'est pas "juste une phase". Je ne lâche pas l'affaire comme ça.


Elsbeth et la malédiction du Beau Silence 

Tristan Roulot / Sarah Conradsen 

Le Lombard, 2025 

Un petit bijou de douceur pour finir la semaine ! 

Imaginez une cité lumineuse régie par les sorcières, où les hommes n'ont littéralement plus leur mot à dire depuis qu'ils ont été touchés par la malédiction du Beau Silence. Un havre de paix nommé "Refuge" à juste titre, où des êtres surnaturels venus des quatre coins du monde peuvent enfin exercer leurs pouvoirs sans craindre les persécutions. Un royaume où coexistent magiciens et humains ordinaires... avec quelques tensions cependant : en effet, lorsque les Groolz, de petits rongeurs magiques, ravagent les champs des paysans à la tombée de la nuit, les sorcières ne semblent écouter leurs doléances que d'une oreille, les abandonnant à leur sentiment d'injustice.  

Etudiante à l'université de Refuge, Elsbeth est une apprentie-sorcière prometteuse : elle s'apprête à faire son mémoire sur la Malédiction du Beau Silence, dans l'espoir d'y mettre fin. Si les hommes retrouvaient la parole, ils pourraient eux aussi pratiquer la magie ; et surtout, son copain Jahine pourrait enfin lui dire des mots d'amour ! 

Accompagnée de ses deux meilleures amies, elle commence ses recherches dans les archives de la fac ; leurs découvertes vont les laisser perplexes... 

Vraiment très bien ficelé, cet univers matriarcal où les mecs sont réduits à communiquer avec de petits écriteaux rudimentaires, et assignés à des rôles subalternes ! Perso j'aurais touché à rien si j'avais été sorcière là-bas, mais bon. Les personnages sont attachants et travaillés. Graphiquement envoûtante, cette BD est un mix de Harry Potter (vite fait) et de Elle(s). 

Ce sont des élèves de la classe inscrite au dispositif #Jeunesenlibrairie qui m'ont suggéré de la prendre pour le CDI lors de la sortie du mois dernier : on voit les connaisseurs ! Hâte de lire la suite. 


jeudi 14 mai 2026

[MANGA] S7VEN OF SEV7N - 1 - Yasuhiro Imagawa / Azusa Kunihiro (2002)

Dans quel sens diriger cette rage qui monte petit à petit ? Je ne voudrais surtout pas laisser perdre une source d'énergie aussi exceptionnelle.

Seven of Seven - 1/3

Yasuhiro Imagawa / Azusa Kunihiro

Taïfu Comics
Shonen



Nana est une collégienne un peu frivole qui n'a d'yeux que pour le beau Kamichika. Sa meilleure amie Hitomi s'efforce en vain de lui faire garder la tête froide à l'approche des examens de fin d'année

Un soir, au retour d'un voyage, son père lui offre un magnifique cristal, en lui précisant trop tard qu'il est magique et qu'il ne faut pas l'exposer aux rayons de la lune... ce qu'elle va s'empresser de faire avant de se coucher.

Le lendemain matin, Nana se réveille entourée de 6 "clones" uniquement différenciables par leurs caractères : en effet, il y a une Nana "intello", une Nana "chialeuse", une Nana "déterminée", une Nana "insouciante"... Elle va devoir composer avec ces nouvelles soeurs ingérables et toutes folles du brave Kamichika.

Nous voilà partis pour une cascade de quiproquos plus ou moins cocasses ! La magie du manga fait que ce phénomène étrange va être très naturellement accepté, par les camarades de classe, comme par les parents (le papa semble ravi de passer de un à 7 gosses). Wtf, mais en même temps c'est ce qu'on aime.

Les Nanas vont se rendre compte que le quotidien de leur "version originale" est parasité par une bande de pestes qui ne demandent qu'à être remises à leur place...

L'autre jour, un élève m'a demandé si on pouvait commander les trois tomes pour le CDI, car l'animé lui avait plu. N'ayant jamais entendu parler de ce titre, je lui ai dit qu'on allait d'abord le lire pour s'assurer qu'il soit bien adapté au niveau collège.

Verdict : ce n'est pas le cas !

L'histoire de Nana et de ses six "clones" a beau être marrante, barrée, un peu fantastique... les délires sur fond de gamines à poil et/ou dans des postures suggestives ne sont que trop nombreux... et bien plus gênants que drôles.

Dans les dernières pages, l'auteur assume et explique : le manga papier doit être lu comme "une version plus noire du petit monde de Seven of Seven" que les amateurs de l'animé connaissent.

Donc non, pas au CDI !

Sur ce, je pars en forêt chercher un peu de tact afin d'expliquer ça bien à mon petit 5° lundi prochain !


 

 

vendredi 8 mai 2026

[MANGA] Bonne nuit Punpun - Inio Asano

Face aux aléas de la vie, enfants et adultes ne réagissent pas de la même manière.

Bonne nuit Punpun - 1 


Depuis les vacances d'octobre 2025, je suis en train de m'envoyer tous les épisodes du podcast BD One Eye Club dans l'ordre chronologique de leur parution _actuellement, j'en suis à 2014. Du coup, un bon nombre de titres se sont retrouvés d'un coup dans ma pile à lire, dont le tome 1 de Bonne nuit Punpun, un drôle de manga ! 

Punpun Punyama est un écolier parmi tant d'autres, à ceci prêt qu'il a un faciès de poussin démarré (ce qui n'est pas pour me déplaire) et semble incapable de parler. Cela ne l'empêche pas d'être parfaitement intégré dans sa bande de copains, avec qui il regarde des films pornos, d'avoir une amoureuse, des rêves de voyages... et de se branler sur tout ça. 

Sa vie bascule lorsque son père est arrêté pour avoir violenté sa mère au point de l'envoyer à l'hôpital. En l'absence des parents, c'est son oncle Yuuichi, un poulet plutôt ouvert et sympa, qui s'occupe de lui. Comme beaucoup d'enfants pour qui la vie n'est pas rose, Punpun s'efforce d'avancer sans réfléchir en mode "tout va bien", mentant à tous y compris à lui-même, porté par son amourette pour Aiko.  

On arrive à ce moment frustrant où on se rend compte que malgré la richesse des thèmes abordés et la beauté du dessin, tout en détail et parfois proche du réalisme, cette série ne pourra pas être mise entre toutes les mains : les représentations de la violence, les allusions au sexe et les propos crus ne correspondent pas aux plus jeunes.

Un manga intrigant, parfois malaisant, qui m'a fait un peu penser à Sunny _ je ne saurais dire pourquoi, le graphisme n'ayant rien à voir.. C'est pas pour les gamins ! 


Bonne nuit Punpun - 2 - 2012


Pourtant très convaincue par le début de l'histoire de Punpun, un enfant-poulet végétant  au milieu d'une famille instable et en périphérie d'une bande d'amis turbulents, j'avais mis en stand-by la lecture de ce manga ô combien déroutant. C'est au détour d'une sortie pédagogique avec la classe inscrite au projet Jeunes en Librairie que j'ai eu envie de m'y remettre, la libraire l'ayant présenté aux élèves comme l'une de ses séries préférées. 

Résumé : 

Punpun profite des vacances pour faire les quatre cents coups avec ses copains ; il se rapproche de plus en plus d'Aiko, qu'il aime de façon obsessionnelle. Mais la petite fille, également très attachée à lui, lui demande beaucoup et ça l'effraie : jusqu'où peut-il aller pour elle sans se mettre en danger ? Que se passera-t-il s'il ne se montre pas à la hauteur ? 

Aussi, lorsque la fine équipe se lance à l'assaut d'une usine désaffectée pour y trouver un trésor et/ou un fantôme, Punpun a hâte que les démonstrations de courage se terminent... 

En parallèle, la mère de Punpun s'apprête à sortir de l'hôpital, mais elle semble encore fragile. L'oncle Yuuichi reste vivre avec eux, le temps que tout rentre dans l'ordre.  

Avis :

Tendre, cru, dérangeant.

Cette suite immédiate du tome 1 est encore plus introspective : le dessin nous fait entrer dans le monde intérieur de Punpun, déboussolé par une situation familiale peu sécurisante. Il est de moins en moins dupe des cachotteries des adultes qui l'entourent, et il a déjà bien compris qu'il ne pouvait pas leur faire confiance, et cela le contraint à gérer seul ses drames d'enfant. Le sentiment diffus de malaise qui pèse sur le manga depuis le début ne cesse de s'amplifier et de nous intriguer ; il est accentué par le réalisme sombre des décors, les mines étranges voire grimaçantes des personnages, toujours en contraste avec la face de poussin toute simple du héros. 

Inio Asano parvient à parler efficacement de santé mentale et de sentiments dans l'enfance, période terrible où la moindre parole prend des proportions dramatiques ! 


Références des mangas évoqués : 

Bonne nuit Punpun - 1 - Inio Asano. Big Kana, 2012

Bonne nuit Punpun - 2 - Inio Asano. Big Kana, 2012

lundi 4 mai 2026

[MANHWA] Cats - 1 - Kang Hyun-Jun (2007)

Cats 

Kang Hyun-Jun

Dragons - Milan (2007)


Intéressons nous aujourd'hui au premier tome de Cats, un manhwa qui raconte la vie quotidienne d'un chat "jaune tigré" (détail important) et de son humain, un jeune dessinateur un peu casanier. Au fil d'une cascade de gags sur fond de flatulences et de songes poissonneux, Kang Huyn-Jun met l'accent sur la complicité pleine de vacheries qui unit les deux protagonistes. 

C'est plutôt marrant, même si j'avoue avoir eu un peu de mal à me mettre dans l'ambiance (voire carrément à comprendre quelques uns des 21 chapitres... mais je suis peut-être juste teubé, hein!). Non pas que l'humour scato me dérange, y a pas de mal à ça, simplement je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages. C'est bête, mais ça m'a bloquée que les humains de la BD soient désignés par des initiales _et pas par des prénoms... 

Cependant, Cats sera forcément du bonbon pour les yeux pour les amis des chats et/ou pour ceux qui kiffent les dessins d'animaux en train de faire caca. Or il est possible que les amateurs de Chi, une vie de chat, de Simon's Cat ou encore de Street Fighting Cat se laissent un peu moins facilement séduire que les autres.  

Il s'agit d'une série en 5 tomes.

samedi 2 mai 2026

[UNE VIE DE CHIEN] Bêtes de somme - 1 - Mal de chiens. Evan Dorkin ; Jill Thompson (2012)

Impossible d'entrer dans une salle d'attente sans m'effondrer.
Je ne m'en aperçois que maintenant ; les larmes sont gérables presque partout ailleurs, mais pas dans les lieux médicaux. Quels qu'ils soient ils me transportent à Pellegrin ou à l'hôpital de Périgueux, ils me rappellent que les derniers moments partagés avec ma soeur sont des moments d'angoisse et de mauvaises nouvelles enrobées de sourires crispés. 
Si tout le monde avait simplement fait son travail, à son échelle, cela ne se serait pas passé ainsi. C'est dur de les voir vivre et de la savoir morte. 

Bêtes de somme - 1 - Mal de chiens 

Titre original : Beasts of burden

Evan Dorkin (scénario) Jill Thompson (dessin) 

Delcourt, 2012 


Une bande de chiens et de chats menant une vie paisible dans la banlieue de Sommers Hill est régulièrement confrontée à des phénomènes surnaturels. Aucun d'entre eux n'a de super-pouvoirs... Certains ne sont même pas aventuriers dans l'âme... Tous ont leurs petits défauts. Mais ils savent se montrer courageux face aux épreuves, et ça compense : à l'insu des humains, et au prix de grandes trouilles, ils parviennent à ramener le calme dans le voisinage. 

Leur succès est bientôt reconnu par le Sage Berger, un chien mage qu'ils invoquent lorsqu'ils sont en difficulté : il les promeut à leur tour "Sages Bergers" de leur secteur. Les voilà donc chargés d'enquêter sur l'origine du "mal" qui ronge Sommers Hill, et qui attire dans la zone tout un tas d'êtres maléfiques et d'événements paranormaux. 

En effet, il s'en passe, des choses, dans ce premier tome découpé en une succession d'histoires courtes : une niche hantée, un loup garou, une grenouille géante, des zombies... Chaque chapitre peut être lu indépendamment, mais un fil rouge relie le tout. 

Coup de coeur pour cette BD beaucoup trop méconnue ! On se croirait dans Ca de Stephen King, mais avec des chiens et des chats qui se vannent gentiment en prenant bien garde de ne pas louper l'heure de rentrer à la niche. 

Au début, j'ai pensé que Bêtes de somme s'adressait à un jeune public, trompée par les (magnifiques) portraits d'animaux de Jill Thompson et le choix de couleurs printanières pour dépeindre les alentours de la petite banlieue américaine... Mais non, car la dimension horrifique de l'oeuvre est importante. C'est d'ailleurs frustrant de se dire qu'on ne pourra pas le glisser trop tôt dans les mains des enfants, car certains passages sont bouleversants dans le bon sens du terme, et vecteurs de messages positifs... D'autant que l'humour est aussi au rendez-vous. 

Série découverte dans un épisode ancien du podcast Comicsphère (One Shots First #4) consacré aux animaux extraordinaires dans les comics.