Hier, le retour à Aulnay a été plus long que prévu ; une panne électrique a bloqué notre train en gare de Châteauroux pendant presque six heures. J'ai eu le temps de réfléchir au sens que pourrait bien avoir cette immobilisation imprévue. Est-ce qu'une tuile me serait tombée dessus si j'étais arrivée plus tôt à Paris ? Est-ce qu'il fallait absolument que j'attende là pour pouvoir croiser le chemin de quelqu'un ?
Toujours est-il que dans la ligne 5 du métro, alors que la nuit tombait, une femme est entrée dans une rame avec sa gamine en poussette. Pas sauvage, la petite commence à parler à deux passagères, sous l'oeil attendri de la mère, heureuse qu'on prête attention à sa progéniture. Elle parle d'abord de sa coiffure "faite par maman", de ses fringues commence à parler de son école. Elle est en petite section de maternelle, et raconte que "la corde lui a fait mal aux mains". Voyant que les passagères, perplexes, ne savent pas trop quoi répondre, la mère prend le relais et nous explique que l'instit de sa fille l'a attachée avec une corde pour la punir, qu'il y a eu plusieurs actes de ce genre jusqu'à ce qu'elle ne se décide à foutre un coup de pression à la maîtresse. En la plaquant au mur, notamment.
La mère pense qu'elle a été malmenée parce que la petite était la seule black de sa classe. Ce n'est malheureusement pas impossible. Bien qu'elle ait été réactive, le mal est fait : le traumatisme est tel que la petite a directement associé l'école aux maltraitances d'une instit, qui au final a été déplacée dans l'école voisine.
Avant de descendre à Gare de l'Est, la femme nous confie : "Je suis aide-soignante. Je pourrais faire du mal aux gens qui ne sont pas de ma couleur, moi aussi. Vous savez, c'est très facile de tuer quelqu'un discrètement, à l'hôpital. Il n'y a aucune traçabilité. Ca arrive tout le temps, des gens qui entrent à l'hôpital et qui n'en ressortent pas."
Son vécu a doublement résonné en moi, forcément. Les agressions subies par Marine enfant, l'impunité totale de l'instit, puis sa mort brutale à l'hôpital, un 4 avril au petit matin.
Cette nuit, j'ai rêvé que j'étais dans un rêve, et que je pouvais faire ce que je voulais. Bizarrement, l'idée de faire revenir ma soeur ne m'est pas venue.. peut-être parce que je suis convaincue qu'elle est toujours là, mais sous une autre forme. Alors j'ai décrété que je voulais choper la Le Guen, et elle est apparue effectivement. Je l'ai poussée, traitée de sale pédophile et de pute (ça marche dans toutes les situations), comme j'aimerais tant le faire en réalité. Elle a juste explosé de rire, avant de tracer sa route, complètement sereine. Je me souviens avoir hurlé "elle en a vraiment rien à battre, en fait" avant de me réveiller.
Holly
Stephen King
2023
Sur le campus de Bell College, des jeunes gens s'évaporent dans l'indifférence la plus totale : il s'agit d'étudiants, d'artistes ou de personnes travaillant près de la fac. Ils s'appellent Jorge, Ellen, Bonnie, Peter, Cary. Ils n'ont pas grand-chose en commun si ce n'est la tranche d'âge à laquelle ils appartiennent et un mode de vie assez libre (ou marginal) pour que leur absence n'alarme personne.
La détective Holly Gibney est contactée par la mère de l'une des disparues : certaine que sa fille n'a pas fugué, comme le lui a laissé entendre la police après une enquête pour le moins superficielle, elle n'a pas envie que l'histoire s'arrête là !
Aidée de Jérôme et Barbara, ses petits acolytes à la plume brillante, Holly va dégager le lien ténu qui rassemble ces cinq jeunes afin de remonter jusqu'à la source du problème. L'agresseur, si crime il y a eu, connaissait forcément ses victimes et vivait à proximité du campus. Alors qui pourrait avoir fait le coup ? Le coin est peuplé de vieux universitaires de la fac de lettres tout à fait charmants... tant qu'on ne leur rappelle pas leur grand âge.
Holly est le troisième volet d'une série de romans centrés sur le personnage de Holly Gibney, une brillante détective en manque de confiance. Il s'agit d'un roman policier _c'est du moins comme ça que je l'ai lu_ qui se déploie en plein réveil post-covid et sans une once de fantastique, une fois n'est pas coutume.
J'ai dévoré les presque 700 pages de la version poche dans le train (les 6h de retard sont rentabilisées ahah). Certes, on peut trouver des défauts à cette œuvre : la lourdeur des nombreuses allusions au covid (mais n'ayons pas la mémoire courte, notre quotidien était tout aussi pesant à l'époque), le caractère dispensable de certaines scènes gores et des moments "psychologie de comptoir" entre Holly et sa mère toxique... Mais ce serait pinailler : peu nombreux sont ceux qui racontent aussi bien les histoires glauques et l'Amérique d'aujourd'hui que Stephen King.







