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samedi 2 mai 2026

[UNE VIE DE CHIEN] Bêtes de somme - 1 - Mal de chiens. Evan Dorkin ; Jill Thompson (2012)

Impossible d'entrer dans une salle d'attente sans m'effondrer.
Je ne m'en aperçois que maintenant ; les larmes sont gérables presque partout ailleurs, mais pas dans les lieux médicaux. Quels qu'ils soient ils me transportent à Pellegrin ou à l'hôpital de Périgueux, ils me rappellent que les derniers moments partagés avec ma soeur sont des moments d'angoisse et de mauvaises nouvelles enrobées de sourires crispés. 
Si tout le monde avait simplement fait son travail, à son échelle, cela ne se serait pas passé ainsi. C'est dur de les voir vivre et de la savoir morte. 

Bêtes de somme - 1 - Mal de chiens 

Titre original : Beasts of burden

Evan Dorkin (scénario) Jill Thompson (dessin) 

Delcourt, 2012 


Une bande de chiens et de chats menant une vie paisible dans la banlieue de Sommers Hill est régulièrement confrontée à des phénomènes surnaturels. Aucun d'entre eux n'a de super-pouvoirs... Certains ne sont même pas aventuriers dans l'âme... Tous ont leurs petits défauts. Mais ils savent se montrer courageux face aux épreuves, et ça compense : à l'insu des humains, et au prix de grandes trouilles, ils parviennent à ramener le calme dans le voisinage. 

Leur succès est bientôt reconnu par le Sage Berger, un chien mage qu'ils invoquent lorsqu'ils sont en difficulté : il les promeut à leur tour "Sages Bergers" de leur secteur. Les voilà donc chargés d'enquêter sur l'origine du "mal" qui ronge Sommers Hill, et qui attire dans la zone tout un tas d'êtres maléfiques et d'événements paranormaux. 

En effet, il s'en passe, des choses, dans ce premier tome découpé en une succession d'histoires courtes : une niche hantée, un loup garou, une grenouille géante, des zombies... Chaque chapitre peut être lu indépendamment, mais un fil rouge relie le tout. 

Coup de coeur pour cette BD beaucoup trop méconnue ! On se croirait dans Ca de Stephen King, mais avec des chiens et des chats qui se vannent gentiment en prenant bien garde de ne pas louper l'heure de rentrer à la niche. 

Au début, j'ai pensé que Bêtes de somme s'adressait à un jeune public, trompée par les (magnifiques) portraits d'animaux de Jill Thompson et le choix de couleurs printanières pour dépeindre les alentours de la petite banlieue américaine... Mais non, car la dimension horrifique de l'oeuvre est importante. C'est d'ailleurs frustrant de se dire qu'on ne pourra pas le glisser trop tôt dans les mains des enfants, car certains passages sont bouleversants dans le bon sens du terme, et vecteurs de messages positifs... D'autant que l'humour est aussi au rendez-vous. 

Série découverte dans un épisode ancien du podcast Comicsphère (One Shots First #4) consacré aux animaux extraordinaires dans les comics. 

 

jeudi 1 janvier 2026

[BD de la Médiathèque de la Canopée] Everything is fine - 1 - Mike Birchall (2021) / Quatre couleurs. Blaise Guinin (2014)

Pour commencer l'année, un petit article sur les derniers livres empruntés à la médiathèque de la Canopée en 2025, avant que ma carte soit bloquée... pour retours tardifs (oui c'est un comble ! Mais j'ai tenu plus de 10 ans sans pénalité !) 


Everything is fine - Volume 1 

Mike Birchall 

Webtoon, 2021 



A première vue, "tout va bien" pour Maggie et Sam. Le jeune couple semble bien intégré dans une zone pavillonnaire, où ils croisent régulièrement d'autres habitants très sympathiques, et qui ont à peu près les mêmes têtes de chats kawai qu'eux ! 

Pourtant, quelque chose sonne faux dans cette ambiance toute douce : une tasse qui tombe, un voisin qui se montre réticent à répondre aux invitations à un dîner, un agent de police qui gratte au carreau... des protagonistes qui "savent" et s'encouragent à "oublier", sans jamais perdre ni leur calme ni leur sourire. 

Au fil des chapitres, la tension monte et les non-dits prennent de plus en plus de place dans les échanges, mettant forcément le lecteur sur le qui-vive et/ou mal à l'aise... Ce n'est pas pour rien que ce comics classé en "horreur" fait l'objet d'un avertissement ; pas si gore que ça visuellement, l'atmosphère qu'il dégage le rend dur à encaisser.  

Il s'est passé quelque chose dans le petit monde pastel de Sam et Maggie, mais quoi ? On s'attend à ce qu'une terrible révélation nous pète à la gueule à chaque page... mais il faudra attendre le second tome pour avoir le fin mot de l'histoire. 

Pour les amateurs de Happy Tree Friends et de Desperate Housewives... mais définitivement pas pour les enfants, ne vous arrêtez pas aux petits chats ! 

Avant de sortir dans sa version papier, Everything is fine a d'abord été publié en version numérique sur Webtoon, où il est encore consultable, sauf erreur de ma part. 


Quatre Couleurs (BD) 

Blaise Guinin

Vraoum, 2014



Qui bosse dans un collège ne peut passer devant une BD intitulée Quatre Couleurs _en référence au célèbre stylo Bic_ sans ressentir quelques palpitations ! Je n'ai jamais trop compris l'engouement pour ces stylos que les élèves adorent exhiber, chaparder et collectionner, mais le fait est qu'il perdure au fil des ans... 

Alors forcément, cet "album-OVNI" entièrement écrit et dessiné au stylo quatre-couleurs par Blaise Guinin a attiré mon attention la dernière fois que je suis passée à la bibliothèque.

L'histoire. 

Grégoire est un étudiant glandeur qui profite pleinement de son statut de fils à papa : sa vie se résume à sortir, boire, baiser, aller à la piscine... et cela lui convient. Or voilà deux fois qu'il repique sa première année de fac, et ses parents en ont marre. Il n'a plus droit à l'erreur s'il veut continuer ses études. Il pourrait se mettre à bosser, tout simplement, mais... c'est tellement plus fun de tricher ! Il décide d'échanger son identité avec son meilleur ami Pierre (sans hésiter à le mettre dans la sauce) pour avoir de meilleures notes aux examens. Au début, le procédé a des airs de blague potache et devient source de rencontres féminines prometteuses pour les deux étudiants dans leurs amphis respectifs. Jusqu'au jour où Grégoire voit débarquer dans son cours la brune Chloé, une ex pleine de rancœur. 

Avis :

J'étais partie pleine d'idées reçues en feuilletant cette BD, en pensant que ça allait être la succession des souvenirs de fac d'un gars devenu adulte (et nostalgique). En fait, pas vraiment (ou pas seulement) ; après quelques planches, l'histoire prend une tournure très sombre et elle devient captivante. On découvre un héros aux multiples facettes, qu'on trouve d'abord banal d'égoïsme, puis assez antipathique dans son rapport aux femmes, aux gens de manière générale. Fallait oser mettre en scène un gus comme celui-là...

A présenter en CDI de lycée ? pourquoi pas ? Quatre Couleurs a 10 ans déjà, mais parle bien des relations entre hommes et femmes dans la vingtaine. Pour info, il y a beaucoup de nus ! 

A découvrir, ne serait-ce que pour la forme inédite de l'ouvrage. 



vendredi 28 février 2025

[COMICS] Black Hole - Charles Burns (2005) / Sex Criminals - 1 - Matt Fraction, Chip Zdarsky (2015)

Il fait chaud pour un après-midi de février ; à l'hôpital de Périgueux, ça entre et ça sort sans discontinuer, masqué ou pas. On se croirait dans un petit village. 

L'agent d'accueil prend froidement la carte vitale de ma sœur lorsque vient son tour, aux admissions. Elle est sans doute saoulée par un tas de choses, pourtant elle se radoucit d'un coup, en voyant la nature de la consultation, et se propose même de nous guider. Mais ça va, on connaît. Cette sollicitude à laquelle on commence aussi à s'habituer fait mal : elle nous rappelle sans cesse que cette fois-ci, c'est grave. 

Le service d'oncologie est calme, apaisant, tout en vert pomme et en déco zen. Le docteur nous accompagnent jusqu'à son cabinet, où nous rejoignent une infirmière qui porte une veste à capuche par dessus sa blouse blanche et un interne. Nous voilà soudain bien nombreux. Ils sont souriants, mais personne n'est dupe. 

Il y a un peu plus de cinq ans, je commençais à découvrir l'univers des comics grâce à un collègue prof d'arts plastiques ; aujourd'hui, voici le compte-rendu de deux spécimens du genre. Je triche un peu, ce sont des publications Insta un poil revisitées.

Ne jamais sous-estimer le pouvoir des livres ! 

Black Hole - L'intégrale (Tomes 1 à 6) 

Charles Burns 

BD sortie en 2006. Publications initiales entre 1995 et 2005. 


Etats-Unis, sans doute dans les années 1970. Les jeunes d'une petite ville sont frappés d'une MST qui cause chez eux d'horribles transformations de leur corps : desquamations, apparition d'une queue de lézard, pustules diverses et naissance de bouches sur le torse... Comme si l'adolescence n'était déjà pas assez dure sans ça ! 

Autant dire que ceux qui fautent sont grillés d'office, et contraints de se regrouper dans un bois en retrait de la société, tant pour se protéger du regard des autres que de leur malveillance. 

Parmi eux, figurent des spécimens plutôt sages, comme Keith et Cathy, des rockeurs et autres artistes un peu plus dévergondés comme Eliza et Rob ou encore des geeks mal aimés comme Dave. A travers leurs portraits, Charles Burns nous fait entrer dans les foyers américains de l'époque et dans les tumultueuses années de lycée aux relents d'alcool et d'herbe, sans rien édulcorer. 

Les différents chapitres sont présentés du point de vue de Keith, un garçon rangé qui, à force de vouloir aider les autres, va se retrouver dans la sauce, ou de Cathy, une élève studieuse qui va payer le prix fort de sa première expérience sexuelle. 

Une BD à connaître ! Un peu flippante _ qui a grandi avec l'ombre du SIDA, sera content de ne pas être tombé dessus à sa sortie..., avec du surnaturel, des passages oniriques, un peu d'horreur aussi. J'ai hâte de pouvoir la relire car je pense être passée à côté d'une partie de ses richesses. 

Le trait gras et sombre de Charles Burns apporte une lourdeur supplémentaire aux décors nocturnes et foisonnants dans lesquels les personnages semblent englués. Pas une grosse ambiance, comme vous l'aurez compris, mais le désir de vivre est bien là, caché lui aussi. J'ai trouvé fascinantes le jeu de l'auteur sur les mutations des lycéens, à la fois sources de dégoût et d'excitation. 

Public : Adultes, en tous cas pas moins de 15 ans. 


Sex Criminals - 1 - Un coup tordu 

Matt Fraction, Chip Zdarsky 

Glénat Comics (2015) 

Quand ils baisent, le temps se fige pour tout le monde, mais pas pour eux : du coup, ils en profitent pour aller braquer des banques ! 

Bon, c'est un peu plus compliqué que ça. 

Afin d'éviter la fermeture de la bibliothèque dans laquelle elle travaille, Suzie se démène au quotidien et tente de lever des fonds. Suzie est jeune, motivée... mais surtout, elle possède un pouvoir incroyable : lorsqu'elle a un orgasme, ça arrête le temps pour quelques minutes. Pendant ce "gel temporel" elle peut dire et faire absolument tout ce qu'elle veut. Au fil des années, Suzie a appris à tirer profit de cette particularité assez marrante et parfois utile ; cependant elle s'est toujours sentie seule face à ce phénomène qui semble ne se produire que chez elle. 

Pendant une soirée, elle fait la connaissance d'un banquier aspirant acteur nommé Jon, couche avec, et paf, ça fait des Chocapics ! elle découvre qu'il a les mêmes facultés. 

Suzie et Jon deviennent vite inséparables, heureux de s'être enfin trouvés. De leur union va naître un projet fou : profiter du laps de temps libre dont ils disposent pour voler de l'argent où ils peuvent, et ainsi sauver la bibliothèque. 

Certes, l'idée est astucieuse, mais c'est sans compter la police du sexe, ses combis moulantes et ses indics à face de périnée, toujours prêts à faire immersion dans le "Grand Calme" qui suit le feu d'artifice. 

Premier tome d'une série de 6, "Un coup tordu" est un BD très colorée qui vide bien la tête par son côté fun et WTF, mais qui met aussi en évidence les tabous autour de la sexualité, aux Etats-Unis comme ailleurs, encore aujourd'hui. Les planches grouillent de petits détails marrants et de dialogues improbables _notamment dans les scènes qui ont pour décor LE sex-shop de l'histoire. Si l'album se destine bien à un public adulte (aucun doute permis là-dessus) il arrive à parler de sexe de façon décomplexée sans être malaisant. 

C'est exactement le comic vif et divertissant dont j'avais besoin pour mettre le quotidien entre parenthèses l'espace d'une petite heure. Vivement que je chope la suite ! 

mercredi 1 novembre 2023

[COMICS] Batwoman - 1 - Hydrologie - J.H. Williams III / W. Haden Blackman (2012)

J'étais contente de trouver le tome 1 de Batwoman dans le rayon comics de la médiathèque, aux Halles. C'était sans me souvenir que les séries de ce type commencent parfois par un numéro 0 !


Batman, Catwoman, Batwoman, Batgirl... pas facile de savoir à qui on a affaire lorsqu'on tombe sur l'un de ces hyperactifs masqués, au détour d'une ruelle de Gotham City, après le coucher du soleil. On peut dire tout ce qu'on veut du Joker : au moins, lui, il est facilement identifiable. 

Dans la famille chauve-souris, je demande... 

Comme je ne connais rien à l'univers de DC, et que l'écoute assidue de ComicsDiscovery ne peut pas combler toutes les lacunes, j'ai fait quelques recherches pour savoir qui est qui dans cet imbroglio de capes : 

- Batman : bon, on en parlera mieux dans peu de temps. C'est ce fameux héros au costume de chauve-souris qui rend la justice à Gotham. Ses accessoires, ses capacités physiques et son intelligence compensent parfaitement les pouvoirs incroyables qu'il n'a pas. En effet, dans la vie, il n'est autre qu'un orphelin blindé nommé Bruce Wayne. 

- Catwoman est celle qui porte des oreilles de chats, une combi en latex et un fouet. Une sorte de Fantômette devenue adepte des boîtes échangistes en grandissant. Rusée et aussi leste qu'un chat de gouttière, elle fait partie des ennemis de Batman, mais n'est pas 100 % méchante non plus. D'ailleurs, les deux oiseaux de nuit aiment bien se tourner autour.    

- A ne pas confondre avec la précédente, Batwoman n'est pas non plus la femme de Batman. Selon les versions, elle est soit l'une de ses alliées, soit sa remplaçante à Gotham lorsqu'il s'en éloigne, soit sa cousine gouine. Ses couleurs : le rouge et le noir. Comme les deux personnages dont on a parlé plus haut, elle mène une double vie et n'a pas de capacités surnaturelles. Kate Kane, alias Batwoman, est forte parce qu'elle a suivi des entraînements militaires et parce que des épreuves personnelles lui ont laissé la rage de vaincre.  

- La figure de Batgirl semble faire référence à deux personnages distincts : d'une part, Bette Kane, la cousine de Batwoman. Mais elle est aussi appelée Flamegirl... C'est d'ailleurs le cas dans la BD dont nous allons parler aujourd'hui. D'autre part, Barbara Gordon, la fille du chef de la police de Gotham, James Gordon. On la connaît aussi sous le nom d'Oracle. Quel foutoir ! 

Heureusement, dans le tome 1 de la série Batwoman, sorti en 2012 des crayons de J.H Williams III et W. Haden Blackman, on n'a pas besoin de maîtriser tous les secrets de famille de l'univers DC pour y trouver son compte. 

L'histoire 

Qui se cache derrière le masque et la tignasse rouge de Batwoman ? Batman soupçonne à raison Kate Kane. une jeune femme d'apparence ordinaire mais dont les habitudes de vie trahissent des nuits anormalement mouvementées. Et pour cause : dès qu'elle le peut, elle ratisse Gotham pour nettoyer la ville de ses malfaiteurs. 

Au moment où commence Hydrologie, elle a fort à faire, puisqu'elle enquête sur les meurtres de six enfants et la disparition de douze autres qui ont, semble-t-il, été "capturés" par la Llorona, un esprit vengeur dont la spécialité est de noyer des gosses. Elle n'est pas la seule sur le coup : la détective Sawyer basée à Gotham, et l'agent Cameron Chase venue de New-York entendent bien prendre l'affaire à leur compte, chacune dans son coin. Trois enquêtrices sur une même affaire, c'est un coup à se marcher dessus ! A moins que Chase ne se soit pas déplacée (que) pour ça...

En parallèle, Kate vit en coloc avec sa cousine Bette alias Flamegirl, et s'apprête à la former au combat. Mais la jeune recrue estime avoir déjà un bon palmarès et n'a pas envie de repartir de zéro. L'autorité de Batwoman est mise à mal par cette cousine un peu insouciante et prompte à mettre les pieds dans le plat _en demandant, par exemple, pourquoi Kate refuse de parler à son père _sujet sensible s'il en est.

Heureusement, la justicière masquée sait se ménager des moments de détente en entretenant une idylle mal barrée mais marrante avec la détective Sawyer. Cette dernière compte identifier Batwoman afin de la balancer à l'Agent Chase, convaincue qu'elle va la gêner dans son boulot. C'est la séquence Signé Cat's Eyes de la BD.  


Ce moment où tu te demandes toujours comment se démerde Quentin Chapuis (déjà lol) pour ne pas reconnaître Tam Chamade sous sa pauvre combi vert canard de Cat's Eyes, la nuit d'avant.


"Batwoman ? Mince alors, elle existe !"

Hydrologie marque le début d'une série qui promet de partir dans tous les sens, et où l'action risque fort d'être influencée pour le meilleur et pour le pire par l'"humanité" de tous ces personnages : besoin de reconnaissance et de liberté des uns, fierté et carriérisme des autres... tout cela ne nous dit pas où sont passés les enfants ! 

Batwoman vue par Batman 

Afin que les novices ne se sentent pas trop perdus, W. Haden Blackman a écrit un chapitre introductif dans lequel il met en scène Batman en mode stalker, occupé à observer Kate Kane dans son quotidien. Il nous partage tout ce qu'il note scrupuleusement dans un petit carnet. Ce procédé narratif nous permet d'avoir un portrait assez complet de l'héroïne sous ses "deux identités", et de connaître son passé de militaire. On apprend également qu'elle a perdu sa mère et sa sœur jumelle tragiquement, et l'hostilité qu'elle affiche envers son père le colonel Kane est en lien avec ce drame familial. 

Ces éléments sont suffisants pour accepter l'idée que la fille soit perchée au point de revêtir un masque, un costume rouge et noir, de poser des rajouts ondulés à son carré auburn habituel... avant de s'élancer incognito dans les rues de Gotham pour protéger le peuple des rageux. 

Bonus Rainbow


Dans l'univers DC, Batwoman est l'une des principales représentantes de la communauté LGBTQIA+%*#@. Je serais pour dire qu'on s'en fout un peu, mais le fait est que dans Hydrologie, son orientation sexuelle joue un rôle puisque son histoire avec l'inspecteur Sawyer interfère avec ses missions secrètes. On se doute qu'elle va devoir faire preuve de vivacité d'esprit dans les prochains tomes si elle veut ménager la chèvre et le chou. De plus, elle a été virée de l'armée pour homosexualité, donc c'est un détail important qui ne peut être passé sous silence. Les lecteurs apprécieront qu'on n'épilogue pas plus que ça sur ce qu'elle fait de son cul. Le dessinateur est resté assez classe dans sa façon de traiter le sujet, on n'a jamais l'impression que les planches vont virer au film porno _ une fois n'est pas coutume.  

Représenter une minorité ne fait pas de Batwoman une super-héroïne préservée de tout défaut : on remarquera que la fille a quand même des tendances control-freak, avec sa cousine notamment qu'elle prend un peu pour son trouffion. Même si Bette fait parfois les frais d'une certaine frivolité, on comprend tout à fait qu'elle décide de claquer la porte, à moment donné. Si j'avais été à sa place, je crois que j'aurais pété un câble à la page 28, au moment où Kate annonce très détendue qu'elle a brûlé le costume de Flamegirl. Le respect des aînés, ça va bien deux minutes ; mais la "bleue" a quand même fait partie des Jeunes Titans, l'air de rien. 

                                     

Le rouge et le noir 

Je n'ai pas une grande mémoire des noms pour les scénaristes, dessinateurs et coloristes de BD ; mais je ne pense oublier ni J.H. Williams, ni Dave Stewart. Le dessinateur et le coloriste de cet album ont su rendre séduisant un début de série qui, forcément, et riche en infos sur les personnages et un peu moins en action. Si Batwoman était un puzzle, on pourrait dire qu'on en est à la phase de tri des pièces ; nul doute que tout s'éclaircira bientôt, mais en attendant, on reste un peu perplexe face à cette histoire de fantôme marin kidnappeur d'enfants. Mais l'alliage de couleurs pimpantes_ avec une dominante de rouge et de noir, à l'obscurité de Gotham est vraiment réussi. Le découpage irrégulier des vignettes est à l'image du bordel ambiant, et laisse la part belle aux scènes d'action, de combat, au déploiement de l'esprit vengeur, qui émerge par moments comme une sorte de poulpe translucide. Aujourd'hui, c'est la forme du comics qui m'a poussée à le lire, le terminer et à avoir envie de continuer la série ; cela m'arrive assez rarement. Après, à vous de vous faire votre propre avis ! 













CDI Collège : pourquoi pas en 4°/3°, mais pas en libre accès. Un peu de violence et de scènes de drague pas trop adaptées (je précise qu'il n'y a rien d'homophobe là-dedans, j'aurais dit la même chose si Batwoman avait chopé des mecs).  

CDI Lycée : OK 


J.H WILLIAMS ; W HADEN BLACKMAN. Batwoman - 1 - Hydrologie. Urban Comics, 2012. Collection "DC Renaissance". 144 p. ISBN 978-2-3657-7062-0 


dimanche 20 août 2023

[COMICS] Black Panther - 1 - Ennemi d'État. Christopher Priest / Mark Texeira / Joe Jusko / Mark Bright (2018)

Au club lecture, ma pote Nathalie la prof de lettres et moi-même avons essayé de déterminer un "fil rouge" afin de fidéliser les élèves, toujours volontaires au lancement mais parfois surpris d'avoir un minimum d'investissement à fournir, ou juste déçus de constater qu'à un moment, bah il faut bien lire un peu, quand même. A l'inverse, d'autres quittent le navire car ce sont de bons lecteurs qui ont déjà quelques longueurs d'avance sur le fonds du CDI. Je n'ai jamais réussi à trouver le bon équilibre, mais j'y travaillerai autant qu'il le faudra.  

Remember l'ancien collège ! 
Vous trouvez que c'était assez mignon, finalement, sous cet angle-là, hein ?
Eh bien ça n'existe plus !!!

Cette année, on a donc expérimenté un thème général "héroïnes et héros" de la littérature ou de la bande dessinée. De mon côté, ce rendez-vous hebdomadaire me donnait l'occasion de réinvestir le travail autour des super-héros fourni lors de ce fameux "atelier comics" amorcé en 2020 et tué dans l'œuf par le Covid. Le recoupement avec le programme de français en 5ème nous assurait d'avoir de la matière sous le coude en cas de pépin dans la préparation des rendez-vous.  

Après avoir consacré des séances à Miss Marvel, à Percy Jackson, au Journal d'un dégonflé, on a sondé les enfants pour savoir s'ils avaient envie qu'on parle d'un personnage en particulier, et ils ont été nombreux à proposer Black Panther. Peut-être parce que le film Wakanda forever sortait à ce moment-là au cinéma. On ne connaissait rien ni l'une ni l'autre sur ce personnage, mais on leur a promis de faire acquisition d'une BD centrée sur ce héros Marvel afin d'en parler avec eux.  

Ne sachant pas trop comment entrer dans l'univers, j'ai opté pour le tome 1 de la série Black Panther paru chez Panini en 2018, dans la collection "Marvel Select". Il s'agit d'une réédition des douze premiers chapitres d'une série qui en compte 72 au total ; elle est née de la plume de Christopher Priest et de Mark Texeira vingt ans plus tôt. 


L'histoire 

Une sordide affaire secoue le Fonds Tomorrow, un organisme d'aide à l'enfance implanté à Brooklyn et soutenu par T'Challa, roi du Wakanda, plus connu sous le nom de Black Panther. On y a récemment assassiné une fillette de sang froid, avant de détourner de l'argent. La totale. Lorsqu'il apprend la nouvelle, le roi T'Challa déserte le trône en urgence et file aux États-Unis pour régler leur compte aux malfrats.

Il laisse derrière lui un pays en proie à de nombreux affrontements entre les Wakandais "citadins", les "Tribus des Marais", et les réfugiés _accueillis à bras ouverts par le roi mais clairement rejetés par les citoyens. C'est tout sauf le moment de partir, mais il n'a pas le choix. 



Au même moment, l'agent Everett K. Ross se voit confier la mission d'accueillir le roi du Wakanda et d'assurer sa sécurité pour la durée de son séjour à New-York. Bien qu'il soit de bonne volonté, il est vite dépassé par la situation se fait rapidement balader par le super-héros qu'il escorte. Peut-on lui reprocher de ne pas arriver à gérer un Avenger ? 

   
Black Panther mène son enquête et découvre qu'un certain Achebe est à l'origine de la mort de la fillette du Fonds Tomorrow. Il comprend par la même occasion qu'il s'est fait manipuler par ce type qui n'avait qu'un seul but : pousser T'challa à s'éloigner le plus possible du Wakanda, et tenter de prendre le contrôle du pays en son absence.     

Achebe s'avère n'être pas plus qu'un fou relativement limité, incapable de manigancer des projets de grande envergure ; le "vrai méchant" se cache derrière lui, tapi dans l'ombre, agissant de façon sournoise, pénétrant les consciences pour arriver à ses fins. 

Le roi T'Challa va lui-même faire les frais de son pouvoir invisible, et revivre des souvenirs difficiles enclins à lui mettre le doute. Pourra-t-il s'en relever avant que son pays ne parte en vrille ? 

Attention, la suite du billet dévoile des infos que vous gagnerez à découvrir par vous-même si vous comptez lire la bande-dessinée !


Les défauts de ses qualités 

Après coup, je ne pense pas qu'Ennemi d'état puisse servir d'entrée principale dans le petit monde de Black Panther ; cependant, ça reste une porte dérobée tout à fait efficace, puisqu'on a de nombreux flashbacks sur les origines du héros, sur sa jeunesse, ses rapports en demi-teinte avec son père le roi T'Chaka, sa prise de pouvoir à la mort de ce dernier.

La comparaison au patriarche charismatique reviendra à de nombreuses reprises dans l'album, et elle sera rarement à l'avantage de T'Challa. Il faut dire que Black Panther n'a pas du tout la même façon de gouverner que son père : les Wakandais lui reprochent de ne pas avoir la poigne de son prédécesseur, d'être idéaliste et pas assez "stratège". 


Cela se vérifie au fil des chapitres : on se rend compte que T'Challa se retrouve souvent dans de sales draps parce qu'il a trop vite fait confiance à tel ou tel pèlerin douteux. On a l'impression que le roi du Wakanda se fait assez facilement berner parce qu'en tant que "gentil", il n'anticipe pas la fourberie des autres. C'est ce qui fait de lui un héros assez attachant en dépit de ses crises de colère et de sa frustration bien perceptible de ne pas pouvoir faire tomber de têtes sur le territoire US. Vers la fin, on comprendra qu'il y a une part de bluff dans tout ça _ T'Challa ne tue en aucun cas, mais on dirait bien qu'il ne veut pas que ça se sache. 

Quant aux micro-retournements de situation dans les derniers chapitres, sur fond de "non mais j'ai fait semblant de tomber dans les pièges, j'avais tout compris depuis le début", ils sont un peu difficiles à avaler, je trouve.      

Everett K. Ross, le roi de la digression

Pourtant, j'ai pris le temps de relire deux fois ce titre afin d'en juger. C'était nécessaire pour deux raisons. 

Premièrement, parce que je ne suis toujours pas familière des comics et des figures emblématiques de l'univers Marvel. Or, les super-héros sont nos chevaliers de la Table Ronde à nous : il vaut mieux avoir une culture des personnages, de leur caractère, de leur parcours pour bien comprendre les réactions, les associations des uns avec les autres, le chemin que prend l'histoire. 


Ensuite, la lecture est rendue difficile à cause du choix narratif de faire raconter les événements par le brave Everett K. Ross, pas plus doué pour les comptes-rendus que pour le reste ! De digression en flashbacks en passant par les erreurs de parcours et les "ah, au fait, j'ai oublié qu'avant il s'est passé tel truc", c'est un vrai casse-tête pour le lecteur. Mais lorsqu'on est entré dans le délire, ça devient marrant de se laisser porter et de revenir quelques pages en arrière si besoin. 

Du coup, je m'interroge sur la pertinence de mettre ce titre entre les mains des 4°-3° : s'il est loin d'être "trash", beaucoup risquent de se décourager entre les pages titrées on ne sait trop pourquoi, l'absence de numérotation des pages, l'enchaînement non linéaire de l'action, les dessinateurs qui se succèdent... 
   
Bien sûr, il ne faut pas oublier que les différentes chapitres qui composent Black Panther - 1 - Ennemi d'état ont été publiés séparément à la base, vraisemblablement en format kiosque. Les numéros étant espacés dans le temps, les auteurs ont pris la peine, à juste titre, de faire régulièrement des rappels de  ce qui s'est passé dans les épisodes précédents ; sauf que lorsqu'on lit tout d'une traite, les allusions nous semblent redondantes, forcément. Mais ça reste quand même tout à fait lisible, et on devine que ce travail de tri des épisodes et d'agencement est tout sauf facile.      

Des méchants de pacotille à Méphisto 

Même si l'action semble partir dans tous les sens, une progression se dessine quand même, au bout d'un moment, jalonnée de "méchants" plus ou moins sérieux à combattre. Le premier à apparaître est Achebe, un paysan schizo qui aurait vendu son âme au diable et qui se balade avec une marionnette qu'il fait parler. 


Le Diable, justement, parlons-en. J'ignorais complètement que dans l'univers Marvel, l'un des méchants notables s'appelle Méphisto et qu'il s'inspire du diable de la légende de Faust. Cet album aura eu l'intérêt de me le faire connaître car j'étais complètement passée à côté. Du coup, j'ai mis un peu de temps à comprendre ce que Satan venait foutre dans Black Panther. Depuis, ça a pris du sens évidemment. 


Si Achebe est le plus débile et Méphisto le plus vicelard, le plus stylé des super-vilains de cette BD est sans aucun doute Kraven le Chasseur _qui va faire l'objet d'un film l'année prochaine justement, tiens ! Je n'ai pas bien compris ce qu'il apportait à l'histoire en l'occurrence, mais ce personnage est une expérience à part entière, visuellement ! 



Clichés démontés 

Le premier feuilletage/lecture en diagonale de l'album m'a laissée dubitative : un méchant Russe, un réfugié arborant une ceinture d'explosifs, un héros débarquant d'Afrique avec toute "sa smala" (c'est traduit comme ça) sous le regard surpris des Américains, escorté de deux "épouses" _ les Dora Milaje. Je me suis dit que ça allait être riche en idées reçues ; et encore, je n'avais repéré ni les dealers mexicains, ni le patron vénère du resto chinois. 

Heureusement, la plupart de ces clichés sont dessinés dans le but d'être (plus ou moins subtilement) détournés : Black Panther considère les Dora Milaje comme des sœurs, des associées. Le massif Zuri, ami de T'Chaka et conseiller - garde du corps de T'Challa, n'est pas seulement une brute épaisse. Le Loup Blanc, frère pâlichon du royaume, a atteint de hautes fonctions militaires sans qu'on l'embête trop avec ses origines extérieures. Les propriétés du vibranium, les perles kimoyo et autres spécialités du Wakanda, pays d'Afrique mais aussi pays high-tech, sont pas mal exploitées et ont un impact significatif sur l'action. 



Le bémol, s'il faut en trouver un, concerne les personnages féminins, bien présents mais relégués à l'arrière plan. Certes, Ross a une patronne, Nikki, mais elle ne prend pas part à l'action. Les Dora Milaje sont des femmes fortes et indispensables à la réussite de T'Challa, mais l'une d'elles va faire les frais de la manipulation de Black Panther par Méphisto. Monica, la fiancée du héros, se retrouve bâillonnée et coincée dans un exosquelette, forcée de flinguer des gens. La belle-mère de Black Panther peine à assurer l'intérim à la tête du Wakanda, en l'absence du roi. Enfin, l'événement déclencheur de cette aventure de la Panthère Noire est le meurtre d'une fillette.    

En conclusion, Black Panther - 1 - Ennemi d'État est un album riche en action et en personnages fouillés, à découvrir si vous aimez les histoires de super-héros _ les Avengers débarquent sur la fin, d'ailleurs. Par contre, accrochez-vous, ce n'est pas une lecture facile !  

Il y aurait bien d'autres choses à dire sur le travail des trois dessinateurs, qui ont vraiment des styles différentes, mais à ce niveau-là je laisse faire les pros ! 

Christopher PRIEST. Mark TEXEIRA. Joe JUSKO. Mark BRIGHT. Black Panther - 1 - Ennemi d'État. Panini Comics, 2018. Coll. Marvel Select. 280 p. ISBN 9782809468373 

mercredi 1 mars 2023

Trashed - Derf Backderf (2015)

Tout juste revenu d'un stage catastrophique où il avait poussé tout le monde à bout, aussi rapidement et sûrement qu'au collège, Julien s'était exclamé : "Je m'en fous, je vais faire éboueur. Personne ne veut l'être, et pourtant c'est une bonne place. Ok, tu pues, mais tu es fonctionnaire et tu gagnes une brique par mois. Et pas besoin des maths et de la chimie !

_ Tu sais qu'il faut être pistonné par la mairie pour avoir sa place ! Donc ne te fais pas trop remarquer d'ici tes dix-huit ans..!", avait répliqué le prof de physique-chimie plus ou moins blasé. "Eh non, tu n'es pas le seul à connaître la combine !" 

Les deux étaient dans leur rôle, puisque l'un provoquait en espérant que l'autre lui clouerait le bec, et les deux avaient tort. Éboueur est un métier indispensable mais usant et ingrat à bien des niveaux ; il n'a jamais été une "planque" que pour les cons qui estiment que ceux qui n'ont jamais pu s'insérer dans système scolaire ne devraient pas être autorisés à avoir une vie professionnelle décente. 


Derf Backderf est un journaliste et dessinateur de presse américain qui consacre maintenant son activité à l'écriture de bandes dessinées ; il est notamment connu pour avoir publié Mon ami Dahmer, un album primé au FIBD d'Angoulème en 2014, dans lequel il parlait de la jeunesse du tristement célèbre Jeffrey Dahmer, qu'il a eu l'occasion de croiser lorsqu'ils étaient au lycée. 

Un peu plus tard, en 2015, Trashed fait son apparition en librairie. Encore une fois, l'auteur s'inspire d'une expérience personnelle pour nous raconter le quotidien d'un jeune éboueur intérimaire dans le service d'entretien d'une petite ville des États-Unis, depuis son recrutement en automne jusqu'à la refonte de l'équipe à l'été suivant.

L'album s'ouvre sur une introduction de l'auteur, dans laquelle il explique que cet album est une version actualisée, enrichie et plus fictive d'une précédente publication datée de 2002 : Trashed, true tales from the back of the garbage. Puis les premières planches abordent rapidement l'histoire du traitement des déchets, de l'Antiquité à nos jours, avant de nous faire entrer dans le vif du sujet : les tribulations cocasses ou cruelles de J.B, le personnage principal, structurées en quatre grands chapitres représentant chacun une saison. 

J.B a laissé tomber la fac et ne semble pas pressé de trouver un travail. Un jour, sa mère lui met sous le nez une annonce de la mairie : on cherche un employé pour compléter l'équipe d'entretien. J.B tente sa chance, pensant qu'il va s'occuper des espaces verts de la ville ; le lendemain, il se retrouve à sa grande surprise à l'arrière d'un camion-poubelle et fait l'expérience des aspects les moins ragoûtants du métier. 




Il retrouve bientôt son pote Mike ; tous deux vont former un binôme à la fois drôle et critique sur cette ville qu'ils connaissent depuis toujours. Ils comprennent que le contenu des poubelles et la façon dont elles sont mises à disposition disent bien des choses sur les habitants et sur la considération qu'ils ont pour les éboueurs. 


On devine que le jeune Derf Backderf a pris conscience des rouages du monde professionnel à travers ce boulot temporaire : l'importance de la ponctualité _pour certains plus que pour d'autres_, le flicage du chefaillon qui n'a pas le bras aussi long qu'il le voudrait, les collègues bizarres mais sympas, les imprévus humains ou techniques...  



Au-delà d'un retour en BD sur une expérience de vie _dont il dit avoir voulu se détacher, l'auteur fait ici la lumière sur un secteur d'activité méconnu et assez rarement abordé en dessin : le traitement des ordures ménagères, de la poubelle à la décharge.    


C'est aussi l'occasion pour lui de parler de la société de son temps : en effet, à travers les poubelles des uns et des autres, parfois de ceux qu'il a toujours connus, J.B tire plein de déductions sur le civisme en général, sur la façon de consommer et de jeter. Même si les tournées ne dépassent pas les frontières de cette petite ville de l'Ohio, ses observations parleront à beaucoup d'habitants des pays développés.     

Trashed ne propose pas une intrigue, avec son début, son milieu et sa fin ; c'est une œuvre fictive mais qui a quand même vocation à informer _l'auteur n'est pas dessinateur de presse pour rien. L'idée d'avoir créé des personnages tous plus étranges les uns que les autres, et de les avoir mis en scène dans des situations déjantées est bonne car elle donne un rythme à l'ensemble ; un reportage dessiné sur le quotidien des éboueurs aurait bien sûr permis de faire passer le message, mais ç'aurait été ennuyeux. L'aspect documentaire se ressent déjà assez dans les répliques, et casse un peu le naturel des dialogues.  Mais ce n'est pas trop lourdingue non plus ; on peut aussi saluer le travail du traducteur Philippe Touboul, qui n'y est pas pour rien. 

Les amateurs de Derf Backderf, reconnaitront le style bien particulier de ses bonhommes et bonnes femmes aux grosses têtes expressives, tellement éloignés des canons de beauté habituels. Comme dans Mon ami Dahmer, ses décors ont des airs de gravure, mais cette fois-ci, l'artiste a opté pour une couleur en nuances de bleu-vert sûrement mieux appropriée au petit monde des poubelles. 



Si vous vous intéressez aux comics, et pas seulement à ceux qui parlent de super-héros, voici un titre à connaître : Trashed est cru, marrant et surtout très instructif _ même 10 ans après sa sortie ! J'ai particulièrement aimé l'ambiance du "trou perdu" où tout le monde se connaît, pour le meilleur et pour le pire : il me parle bien !    

Public : adultes - accessible 16 ans et plus, à cause des gros mots et des blagues de cul. Sinon ça passe dès la fin du collège. 

Est-ce utile que j'ai eu connaissance de ce titre grâce aux Mystérieux Étonnants (épisode 522)
   
Derf Backderf. TRASHED. Ca et là, 2015. Trad Philippe Touboul. 238 p. ISBN 978-2-36990-216-4









 



samedi 19 novembre 2022

Lectures du mois de novembre (Chimichanga - 1 / Mon mari dort dans le congélateur - 1) suivi d'une pause vampire (Vampire Diaries S1E03)


On tient de beaux discours, on fait des actions, des marches plus ou moins silencieuses, des projets autour du harcèlement et des violences. L'institution nous abreuve de ressources, tant pour les enfants que pour les adultes. Des collègues se motivent pour nous rappeler nos droits régulièrement. Mais lorsque ça nous tombe dessus, il est bien difficile de s'organiser. On arrive encore à ne pas être d'accord à propos de faits cruellement simples. Courriers et signalements se perdent dans la nature. On entend, on comprend, mais il ne se passe rien. Faut-il en arriver à se faire justice soi-même ?


Voici la critique rapide de deux BD, un comic et un manga, découvertes au cours des dernières semaines. 

Chimichanga - 1 - Eric Powell
Delcourt, 2013

Après avoir échangé quelques-uns de ses poils de barbe magiques contre un œuf bizarre, la petite Lula regagne le cirque en perdition du père La Ridule, où elle travaille.


Mais l'œuf éclot en chemin, donnant vie à un monstre aussi moche que gentil. Lula l'adopte aussitôt, le baptise Chimichanga et entreprend de le dresser pour en faire une nouvelle attraction .

Très protecteur, il tient à distance tous ceux qui en veulent à la barbe de la petite fille. Il faut dire que les vertus "anti-flatulences" de sa pilosité intéresse beaucoup de monde, et en particulier un laboratoire pharmaceutique véreux.



De son côté, la future femme à barbe déploie toute sa force de caractère pour faire accepter Chimichanga dans le cirque, car beaucoup craignent que son apparence extraordinaire ne leur fasse de l'ombre !

Des personnages attendrissants aux faces rondes, un décor décalé et un peu glauque, des couleurs vives.. Cette bd vient saupoudrer d'insouciance la dure réalité, et ça ne fait pas de mal !



#Touspublics
#CDICollège : pas mal de gros mots mais ça passe. Intéressant pour aborder la figure du monstre.
#CDILycée OK mais l'abondance de blagues #wtf ou scato fait que beaucoup n'assumeront jamais qu'ils ont aimé !

#comics #monstre #bookstagram #bd #médiathèquemargueriteduras #ericpowell #mieuxquunpokemon #femmeàbarbe #cirque #sorcière #oeuf #chimichanga


Mon mari dort dans le congélateur - 1
Misaki Yazuki (scénario) / Hyaku Takara (dessin)
Éditions Akata, 2022


Après cinq ans de violences physiques et psychologiques subies quotidiennement, Nana a enfin réussi à se débarrasser de Ryô, son mari, en l'assassinant. Faute de mieux, elle a caché son cadavre dans son congélateur.

La voilà prête à redécouvrir les joies d'une vie libre et sans pression !



Pourtant, le lendemain matin, Ryô débarque dans la cuisine comme à son habitude et réclame son petit déjeuner. Comment est-ce possible ? Nana a bien du mal à dissimuler son trouble et se pose un tas de questions : qui a-t-elle tué ? est-elle en train d'halluciner ? a-t-elle raté son coup ? Apparemment non, puisqu'après vérification, elle constate que le corps est toujours à sa place, bien au frais...

Pas le temps de se poser de cogiter, Nana ne veut plus revivre son calvaire : alors elle tuera son mari deux fois, si une ne suffit pas ! Mais un paramètre rend la tâche plus compliquée : le "nouveau" Ryô est un mari exemplaire, attentionné et plus du tout violent.

J'ai hâte de connaître la suite (et la fin) de cette BD publiée en deux tomes et présentée comme un "polar psychologique" _je n'ai pas encore vu en quoi c'est un polar mais c'est pas grave car l'histoire est captivante. Sans que ce soit voyeuriste, on pousse la porte d'une maison parmi tant d'autres et on assiste à la naissance d'une de ces relations délétères dont beaucoup ne s'extirpent jamais.



A ce stade de l'histoire, impossible de savoir si on a basculé dans le fantastique, si Nana est folle et si l'arrivée de Kamata _ un gentil gars avec qui elle n'avait pas voulu sortir_ n'est qu'une hallucination de plus...

En bref, je suis agréablement surprise par ce manga dont le titre me semblait trop racoleur pour être sérieux !
A savoir : il s'agit d'une adaptation d'une nouvelle du même nom.

Pas avant 16 ans (car je suis un peu #chochotte) : scènes de violence, de sexe, et un soupçon de cannibalisme ! 💯🎉

#bookstagram #violencesconjugales #manga #couteauélectrique #congélateur #perversnarcissique #akata #monmaridortdanslecongelateur

Après cet indécent copier-coller des publications de mon compte Instagram, voici une authentique Pause Vampire.

... ce qui ne nous empêche pas de continuer à regarder ! 

Ah, Vampire Diaries ! Quel bonheur de retomber dessus au matin d'un radieux 11 novembre, après avoir zappé jusqu'à NRJ 12 ! Cela m'a rappelé l'époque où je m'étais lancée dans un projet d'articles "Pause vampire" qui n'était jamais allée plus loin que l'épisode 2 de la série. Je vous propose donc de m'y remettre et de reprendre là où on s'était arrêtés : le début de l'épisode 3. 
 
L'année scolaire est lancée, à Mystic Falls, et la saison de foot est sur le point de reprendre. Les Timberwolves _ l'équipe de foot du lycée, entraînée par ce prof d'histoire qui adore afficher les élèves pour rien_ et sa horde de pom-pom girls reprennent du service ; on comprend qu'il y a encore du boulot de part et d'autre. 

Allez voir cette captation d'anthologie à 5'38 !

Tyler et Matt sont assez agacés de voir Elena se balader au bras du mystérieux Stefan. Mais elle s'en fout, trop contente d'avoir retrouvé un semblant de gaieté depuis l'accident tragique de ses parents. Quant au vampire, il se lamente d'être détesté par l'ex de sa copine ET par Bonnie, la meilleure amie de cette dernière. Face au problème, Elena fait preuve de tout le génie dont elle est capable, puisqu'elle propose à Stefan d'une part, d'organiser une bouffe à trois avec Bonnie (gênance assurée) et d'autre part, d'intégrer l'équipe de foot pour se faire des copains. Elle n'imagine pas une seconde que Matt, qu'elle se targue de connaître depuis l'enfance, pourrait bien réagir ainsi : 

C'était pourtant assez prévisible.

Heureusement, Stefan a des centaines d'années d'expérience des humains et parvient à tirer son épingle du jeu en se faisant bien voir de Tanner, le prof d'histoire-foot qu'il a humilié pendant un battle de dates, juste avant l'entraînement. 

Bonnie est de plus en plus convaincue d'avoir des dons de voyance, mais comme elle prédit à chaque fois des trucs pétés, du genre "les cuillères sont dont le tiroir de gauche", personne ne la prend au sérieux. Seul Stefan semble disposé à l'écouter et à la questionner lorsqu'Elena pose sur la table son ascendance mystique, avant de lui dire que les sorcières de Salem étaient des femmes fortes, des vraies. Il ne lui en faudra pas plus pour se mettre la meilleure pote dans la poche. 

Ambiance folle

Pendant ce temps, Damon séduit Caroline afin qu'elle devienne son distributeur de sang personnel. La jeune fille blonde que tout le monde prend pour une cruche intrigue bientôt par son comportement ; mais comme personne ne se soucie d'elle au-delà de quatre secondes, ça passe. 

L'air de rien, la vampire maléfique se rapproche d'Elena car il a toujours l'idée de casser le coup de son frère. On a appris dans l'épisode précédent que la petite orpheline ressemble comme deux gouttes d'eau à Catherine, leur ex commune décédée tragiquement "dans un incendie" (on verra plus tard que c'est vraiment très vite résumé). Ses sombres desseins l'amènent à s'incruster sans prévenir au dîner à trois chez Elena, comme si l'événement n'était pas suffisamment malaisant en lui-même... 


Les Nuls (Nous Quatre, le roman photo)

Ce troisième épisode marque l'entrée en scène d'un acteur-clef de la série : la verveine ! Si on connaît surtout cette plante pour ses propriétés médicinales (et circulatoires), on en sait beaucoup moins sur ses vertus de répulsif anti-vampires. Damon en fait les frais lorsqu'il essaie d'embrouiller les esprits d'Elena pour la goûter, sans savoir qu'elle est protégée par le bijou - planque à verveine que lui a offert Stefan (après trois jours de relation). 


Euh... SI !!

Dommage que Jeremy, le petit frère d'Elena, n'en n'ai pas de similaire pour cacher son shit ! Tout le monde l'a grillé, même Jenna, sa tante un peu débordée qui pense pouvoir le gérer en lui disant qu'elle aussi, elle a fumé dans sa jeunesse. 

Quand on a vu la première saison en entier, on sait que ce chapitre est l'un des derniers à refléter l'ambiance typique des films et séries pour les jeunes, entre cours ennuyeux, matchs de foot et soirées alcoolisées interminables. Alors on profite du semblant de légèreté que le décor dégage, parce que ça ne va pas durer ! 



Sur ce, faisons-nous une tisane en attendant la suite !
Pour les amateurs, Vampire Diaries est disponible sur la plateforme Prime Vidéo. 
Tirez-en les conclusions que vous voulez !