mardi 29 septembre 2026

[MANGA] Phenomenon X - Paranormal Crime Files - Onsen Nakaya (2025)

Ce 29 septembre, je peux ranger le disque A collé sur la voiture. Quand j'ai eu le permis il y a 3 ans, je l'ai dit aux parents mais je tenais à ce que Marine ne soit pas au courant : pour elle, ce "diplôme" qu'elle avait eu facilement représentait un avantage sur moi, quelque chose qu'elle avait et que je n'avais pas.

C'était vraiment dur pour être d'être la deuxième, elle avait l'impression de n'avoir rien à elle, et de passer sur des chemins déjà foulés. 

Lorsqu'elle l'a su (très rapidement, bien sûr...), elle a simplement dit tristement : "voilà, je ne suis plus la seule". Elle était peut-être déjà malade à ce moment-là. 


Phenomenon X - Paranormal Crime Files - 1 

Onsen Nakaya 

Vega, 2025


Anan est une policière débutante et déjà pleine de désillusions ! Elle rêvait d'action et d'enquêtes sur le terrain pour faire régner l'ordre, mais son quotidien se résume à classer bien trop rapidement des dossiers sans suite.  

Le cas d'un homme mort après s'être consumé sur place va lui redonner l'envie de se battre pour la vérité. Alors que sa hiérarchie lui impose de conclure à une mort accidentelle, faute de temps et de moyens pour pousser les recherches, Kanai entre en scène. Le jeune agent de la National Police of Maghreb annonce qu'il reprend les rênes de l'enquête, débauchant au passage Anan, chez qui il a perçu un fort potentiel et une certaine ouverture d'esprit. 

De l'ouverture d'esprit, il leur en faudra, car tous les crimes ne peuvent pas s'expliquer de manière rationnelle. 

Le premier tome de ce manga mêlant policier et fantastique présente trois épisodes : une enquête autour de meurtres "par combustion", la recherche active d'un sérial-momifieur qui en a gros, et la découverte du corps d'une vieille dame pleine aux as, au milieu d'un champ de tournesol fleuri au coeur de l'hiver.  

Même si j'ai eu du mal à situer l'action, que ce soit d'un point de vue temporel ou spatial _il est question de guerre survenue 50 ans plus tôt, d'apparition d'êtres hybrides à l'image d'Anan, une femme-chatte, d'une police du Maghreb au-dessus du lot, sans qu'on se sente pour autant dans un monde post-apocalyptique... Phenomenon X m'a touchée : les intrigues développées teintées de réalisme et de paranormal sont émouvantes, et le binôme d'enquêteurs fonctionne bien. 

L'inspiration de la série X-Files est pleinement assumé par l'auteur. 

Seinen +15 / Adultes. Comporte des scènes dures (VSS, cadavres). 



samedi 26 septembre 2026

[MANGA] Goze Hotaru - Kou Tosaya (2024)

Quand l'oeil de Marine s'est figé, elle a demandé à l'ophtalmo de l'hôpital si elle pourrait rapidement en retrouver l'usage après l'opération, car elle espérait pouvoir bientôt reconduire. On lui a répondu que beaucoup de gens conduisaient avec seulement un oeil, et que ça se passait très bien. 


Goze Hotaru 

Kou Tosaya 

2024



La vie commence mal pour Hotaru : son père a disparu, sa mère est morte, et voilà qu'à présent elle perd la vue ! Pour l'instant, elle vit une enfance protégée dans la campagne japonaise de l'Ere Edo (ou avant ? on ne sait pas trop...), mais que deviendra-t-elle lorsque son grand-père ne pourra plus s'occuper d'elle ? Hotaru sent qu'elle est un source d'inquiétude pour tout le monde ; en même temps, elle prend conscience de son handicap : la déprime est totale et elle refuse bientôt de mettre un pied dehors ! 

FUN ! 

Or comme chacun sait, lorsqu'on touche le fond, on ne peut que remonter. 

Une troupe de goze arrive au village, juste au moment où Hotaru et les siens ont grand besoin de se divertir. Il faut savoir qu'à l'époque, ces goze, des chanteuses aveugles qui sillonnaient le Japon à pied afin d'ambiancer la population en disant des poèmes et des chansons sur fond de shamisen, étaient connues de tous et très respectées. Visiblement, leur activité est apparue à l'époque médiévale et a perduré jusqu'au XXe siècle. 

Lorsque Hotaru, traînée au spectacle par son grand-père, les entend amuser la galerie, elle perçoit leur joie de vivre. Elle comprend alors qu'un avenir sympa est possible, même pour une fille orpheline et malvoyante. Pourquoi pas devenir l'une d'elles ? La patronne de la troupe n'est pas contre, à condition qu'elle travaille d'arrache-pied ! 

Encore une belle trouvaille au Relay de la gare de Limoges (le meilleur !) que ce manga original très instructif sur les goze, dont je n'avais jamais entendu parler jusque-là. Goze Hotaru diffuse un message plein d'espoir, laissant entendre que chacun a sa place quelque part _même si c'est pas gagné d'avance. La façon de dessiner les yeux des aveugles et les faces abîmées désarçonne un peu, mais elle me semble réussie. 

Là, c'était le premier de trois tomes, j'ai hâte de lire la suite ; tous publics, il semble très approprié au collège. 




vendredi 18 septembre 2026

Prix des Collégiens Gallimard Jeunesse 2026-2027

[ARTICLE EN CONSTRUCTION]


Les téléphonistes anonymes 

Agnès Desarthe 

Gallimard Jeunesse, 2024 


L'histoire

Prudence s'attend à passer une année de cinquième semblable à celle de sixième : studieuse et tristement solitaire. Si elle doit se contenter d'assister en spectatrice aux histoires qui pimentent le quotidien de ses camarades de classe, c'est, entre autres, parce qu'elle n'a pas encore de téléphone portable. Elle ne cherche pas vraiment à en avoir un, d'ailleurs : son meilleur ami habite à deux pas de chez elle et ses parents lui laissent une liberté de mouvement comparable à celle qu'on pouvait avoir dans les années 1990. On sent quand même que cet isolement lui pèse. 

C'est vers elle que se tourne Georges, la star de la classe, lorsqu'il se voit confisquer son smartphone : après quelques heures passées sans la 4G à portée de main, il commence déjà à tourner de l'œil ! Puisque Prudence n'en a pas, elle ne peut être que de bon conseil pour l'aider à surmonter le manque et l'angoisse de se retrouver seul à son tour : Sacha, Tamar, Noah, Ruben et les autres élèves "populaires" de la classe continuent à scroller sans lui, et il finira par tomber dans l'oubli. 

Une idée naît bientôt de leurs échanges improbables ; elle consiste à convaincre toute la bande d'éteindre les portables et de se lancer dans un "sevrage" d'écrans. Evidemment, tous ceux qui veulent plaire à Georges vont s'empresser d'adhérer pour former le groupe des "téléphonistes anonymes". 


Avis

On l'aura compris, ce roman aborde les ravages de l'addiction aux écrans... mais pas que : Agnès Desarthe traite de façon juste, sans gros sabots et sans dramatiser, des codes de socialisation des jeunes en général, des effets de mode et des effets de groupe, de l'impact des casseroles des parents sur leurs enfants, des amitiés qui évoluent... Nul doute qu'il plaise aux collégiens, dès la 6ème ! 

Ce fut une lecture agréable pour ma part, avec une réelle envie de connaître le dénouement et les révélations finales. Je me suis peut-être trop chauffée, d'ailleurs, car il m'a semblé que certains pans de l'histoire se terminaient un peu en queue de poisson. C'était quand même cool et bien écrit _ la preuve, c'est que j'ai pu le lire intégralement dans l'Intercités sans jamais avoir la gerbe ! Gage de qualité !   

     

Hier, je suis devenu grand 

Azouz Begag 

Folio Junior, 2026 


Paru une première fois en 2007 sous le titre La leçon de francisse

Dans Hier je suis devenu grand, Azouz Begag se remet dans la peau de l'enfant qu'il était en 1967, et nous fait revivre sa première incursion au marché aux puces, en compagnie de son père. 

A ses yeux, la découverte du marché n'est pas une simple sortie : elle prend des airs de rite initiatique, marquant son entrée tant attendue dans le monde des hommes et dans le petit univers de son père, un habitué du rendez-vous dominical. 

Si le marché déborde de curiosités et de merveilles, il est aussi le théâtre des filouteries diverses et du racisme plus ou moins affirmé des vendeurs. Heureusement, les piliers du bar PMU sont là pour gommer le perpétuel jugement dans le regard de l'autre ! 

A travers ce texte de 70 pages, Azouz Begag rend un très bel hommage à son père, immigré algérien pauvre mais courageux, arrivé en France à la fin des années 1940 avec la ferme intention de travailler dur pour pouvoir offrir aux siens une vie meilleure. Il fait aussi revivre de belle manière l'enfant partagé entre les aspirations de ses parents et la volonté de s'intégrer dans un pays dont il ne perçoit pas encore tous les codes. C'est une très bonne idée d'avoir choisi de conserver tout du long les accents des personnages. 


dimanche 6 septembre 2026

[MANGA] Ysquare - Judith Park (2005)

La joie du père de mes neveux m'est insupportable. Je ne peux pas m'en réjouir, même si elle a indéniablement un impact positif sur les enfants ; c'est au-dessus de mes forces. Qu'il ait oublié Marine, cela ne me choque pas : il ne l'aimait plus, avant même qu'elle ne faiblisse. 

Ce qui me dérange, c'est d'être l'une des seules à savoir que la perte de ma sœur a été une porte de sortie inespérée pour lui, le libérant d'une personne qu'il ne considérait plus (mais sur le dos de qui il vivait) tout en lui permettant de garder la face...  

Je suis intimement convaincue que cette mort a été précipitée. Je sais que l'état de santé de Marine n'était pas bon, on me le répète assez lorsque j'essaie de comprendre ce qui a pu se passer ("ne cherchez pas plus loin, elle aurais succombé tôt ou tard..."), mais il n'était pas encore critique. 

Il y a eu des erreurs, des négligences. A l'hôpital ? Peut-être. A la maison ? C'est certain. Marine était devenue gênante, pas "pratique". Elle était un poids. Elle n'était plus assez réactive, plus assez fonctionnelle pour ses "trois enfants". Pour la première fois, Christopher devait prendre soin d'elle, faire des choses à sa place, et il rechignait à s'y mettre : cette situation ne l'arrangeait pas du tout ! Marine le sentait, elle s'excusait tout le temps de causer du souci. J'ai déjà retranscrit ici le contenu de leur dernière conversation téléphonique. 

Elle était ce mouchoir sale sur le bord de la table, que tout le monde voit, mais que personne n'ose jeter. 

Jusqu'à ce que quelqu'un se décide à se salir les mains pour le mettre à la poubelle, discrètement.

Un crime a été commis ; le coupable a eu chaud mais il s'en est tiré sans encombre. Sa conscience ne le rattrapera jamais, puisqu'il n'en a pas.

Les petits récitent la vérité qu'on leur a apprise : "le cancer a tué maman". Comment leur dire que non, c'est beaucoup plus compliqué que ça ? Comment leur dire que leur père est parti de la maison en sachant pertinemment que leur mère était au plus mal ? Comment leur dire qu'il a soupiré lorsque nous l'avons informé par téléphone que Marine nous avait appelés à l'aide, et que nous allions chez eux ? Comment leur dire que les plants de cannabis qui poussaient au pied du lit conjugal, chauffés par une soufflerie poussiéreuse et bruyante, n'avaient rien à faire près d'une malade ? Comment leur dire que leur père a pesté quelques jours après les obsèques en constatant qu'il y avait un peu de vomi (ou de merde) sur leur couette ? 

Dix ans de vie commune, deux enfants, une vie sacrifiée. Dix-sept mois plus tard, il faudrait faire table rase, "avancer", au nom du bien-être des gosses, accepter cet homme comme un nouveau "frère", l'écouter raconter son histoire de cœur, et être content pour lui... 

J'en suis incapable ! Marine a trouvé la paix, aujourd'hui elle m'engage à ne pas cogiter là-dessus et à me focaliser sur ce qui compte vraiment. 

Pas la force de l'écouter pour l'instant. 

Je veux juste la faire connaître au monde entier, lui rendre hommage de toutes les façons possibles, et surtout respecter sa mémoire. 


Ysquare

Judith Park 

2005

Pika Editions, 2007


A 18 ans, Yoshitaka n'a toujours pas de copine et vraiment, ça lui pèse : il se met tellement de pression à ce sujet qu'il foire toutes ses tentatives d'approche. Si seulement il avait le succès de Yagate, un camarade de classe qu'il voit toujours en charmante compagnie... 

Tous deux sympathisent. Yagate accepte de coacher Yoshitaka, et l'accompagne à la salle des fêtes de la ville, où se déroule un concours de beauté ce jour-là, justement (ça tombe bien) : ce sera l'occasion de voir comment il se débrouille. Mais la maladresse de Yoshitaka va entraîner la chute éliminatoire de Ju-Jin, la mannequin qui lui avait tapé dans l'oeil, pour le plus grand bonheur de Hyun-Na, sa rivale. Le voilà piégé entre la colère de Ju-Jin, les coups bas de Hyun-Na la peste, et une amitié plus troublante que prévue avec Yagate ! 

J'étais en quête d'une lecture légère, j'en ai eu pour mon compte, c'est très bien comme ça ! Ce manga sentimental sans prise de tête, qui m'a semblé creux au début, a su gagner en profondeur au fil des chapitres : on y parle plutôt bien de confiance, de manipulation, de respect... Le petit flashback de fin, la façon de dessiner les regards et la mentalité de Yagate m'ont (presque) émue. Ce n'est pas si mal, quand on sait que Judith Park avait seulement 21 ans lorsqu'elle a publié Ysquare ; même si, certes, ce titre ne me laissera pas un souvenir impérissable. 

Se lit comme un one shot ; une suite intitulée Ysquare Plus serait sortie en 2010, apparemment... 

samedi 29 août 2026

Toutes les époques sont dégueulasses - Ré(écrire), sensibiliser, contextualiser. Laure Murat (2025)

La première fois qu'un collègue est venu au CDI me demander si on avait Ils étaient dix, je n'ai pas compris de quoi il me parlait.

Toutes les époques sont dégueulasses - Ré(écrire), sensibiliser, contextualiser

Laure Murat 

Verdier, 2025 Coll. "Les arts de lire" 



Quel est le point commun entre Tintin, Miss Marple, James Bond et Matilda ? Tous ont vu leurs aventures partiellement récrites parce qu'elles contenaient des propos qui pouvaient "passer" au moment de leur publication, mais qui nous hérisseraient aujourd'hui. 

La question qui se pose est alors la suivante : faut-il modifier une œuvre à succès lorsque les paroles ou les comportements de ses personnages deviennent condamnables ? 

Au nom de la morale et de la protection des enfants, pas mal de procédés ont déjà été tentés, avec plus ou moins de succès : suppression de certains mots, utilisation de "synonymes", traductions approximatives... Ces "récritures" qui peuvent dénaturer un texte... d'autant qu'elles ne seraient pas seulement dictées par la morale, mais sans doute aussi par des enjeux économiques. 

Les préfaces et les contextualisations ne sont pas dénuées d'effets pervers, même si leur présence peut  être très instructive. Mais qui se souviendra de l'état des mentalités au début du 20ème siècle si on "gomme" tout ce qui n'est plus recevable aujourd'hui ? 

Cet essai d'une soixantaine de pages est super clair et donne à réfléchir... 

Glané au dernier festival du livre de poche de Créteil (oui, lui aussi). 

vendredi 28 août 2026

[VOUS AVEZ DES TRUCS QUI FONT PEUR ?] Quelques fictions fantastiques ou horrifiques pour les mouflets !

Au CDI, les enfants viennent souvent me demander des livres "d'horreur" ; cela m'étonne toujours un peu. Mais au fil du temps, je me rends compte que c'est une façon, pour ceux qui n'assument pas de s'intéresser à la lecture _activité ô combien mal vue à leur âge_ de se donner un genre : lire, d'accord, mais pas des histoires de fragiles ! 

Du coup, je vais essayer de construire une petite sélection de romans et de BD plus ou moins terrifiantes, au fil de l'eau. 


Les élèves de l'ombre 

Anaïs Vachez

Casterman, coll. Hanté

2020 


Jade entre en cinquième sans entrain. Bien qu'elle soit une bonne élève, la vie au collège n'a rien de plaisant pour elle, et se réduit à tenter de se faire des copines, tout en esquivant les attaques de Romane la peste, sa bande de pouffettes... et en restant le plus loin possible des garçons ! En effet, sa mère lui serre la vis au maximum et lui interdit fermement de traîner avec eux. FUN ! 

La rentrée s'annonce d'autant plus compliquée que son professeur principal est aussi étrange qu'effrayant : les heures de colles pleuvent sur ses camarades au moindre écart de conduite, et lorsqu'ils en reviennent, ils sont vidés de leur âme et se déplacent comme des robots. 

Heureusement, pour la première fois de sa vie, Jade n'est pas seule : Adry le redoublant, son nouveau voisin de classe, l'écoute et la comprend. Certes, il se fout des cours et de l'autorité, mais n'a rien d'une mauvaise fréquentation. 

Jade et Adry décident de mener l'enquête. Qui est M.Erbenet ? Que fait-il aux élèves ? Ceux qui reviennent sont-ils encore vivants ? Trouveront-ils des réponses dans les livres du CDI ? et surtout, avant de se faire coller à leur tour ? 

Un roman jeunesse dynamique, agréable à lire, qui plaira aux amateurs de Chair de Poule, et qui n'est pas trop effrayant non plus ! J'ai eu peur qu'on s'enfonce dans certains clichés _l'intello, le redoublant, la dame du CDI à lunettes, le prof sadique, la harceleuse populaire... mais finalement non, ça reste léger grâce à l'enchaînement des péripéties. 

Découverte positive d'une autrice et de la collection Hanté, qui semble prometteuse. 


Traqueurs d'âmes - 1 - "Premier contact"

Niko Tackian (scénario) Soann (dessin et couleurs)

Jungle, 2023. Coll. "Frissons"


Tout quitter pour reprendre un magasin d'antiquités dans une petite ville sans réseau, où flotte une étrange brume : voilà le défi que la famille Minsky a choisi de relever. 

Ce changement de vie fait l'effet d'une douche froide à Solal et Lino, les deux enfants : si l'une est franchement blasée d'avoir quitté la capitale et ses commodités, l'autre est plus enjoué... jusqu'à ce que de terribles visions viennent le parasiter jusque dans son sommeil. Il semblerait que le fantôme d'un enfant rôde encore entre les murs de leur nouvelle maison, et que Lino soit le seul capable de faire quelque chose pour lui. 

Au collège, Lino rencontre un jeune vêtu à l'ancienne et prénommé Erasmus : rapidement, il s'en fait un pote et comprend qu'il va pouvoir lui parler de ce qu'il vit sans craindre de passer pour un fou... 

Quelque part entre la Fantastique Famille Poulet, Locke and Key (vite fait) et la Brigade des Cauchemars, Traqueurs d'âmes relate une aventure fantastique émouvante et rythmée. J'aime beaucoup la façon dont les personnages sont dessinés, ils ont quelque chose de très naturel. Comme quoi on peut être tout à fait convaincant sans en faire des caisses et sans tomber dans le gore. 

Petit coup de cœur pour cette BD trouvée au festival du livre de poche de Créteil en juin dernier (bien que ce ne soit pas un livre de poche ahah), qui aura tout à fait sa place dans un CDI de collège. En revanche, je m'inquiète un peu qu'il n'y ait toujours pas de suite depuis 2023 ; j'espère que ça viendra un jour car ce "tome 1" donne envie d'en savoir plus sur quelques-uns des personnages secondaires. 


N'hésitez pas à me proposer des titres à inclure dans cette sélection ! 


mercredi 26 août 2026

[LE COLLEGE DE LA PEUR !!!] Terminus : Grand large. Hélène Montardre (2003)

Terminus : Grand Large 

Hélène Montardre 

Pocket Jeunesse, 2003 



Flora et Aurélie sont voisines et meilleures copines depuis toujours : elles ont toujours plein de choses à se raconter, surtout qu'elles sont entrées en sixième et que, pour la première fois, elles ne sont pas dans la même classe. 

Le collège, la rue en bas de l'immeuble et le bus 56 qu'elles prennent quotidiennement sont autant de terrains de jeux où se déroulent leurs aventures et leurs spéculations fumeuses : qui est cet homme qui attend tous les soirs devant leur bâtiment ? A qui appartient le médaillon que Flora a trouvé dans la rue ? Qui est la femme sur la photo ? Et si tout était lié ? 

Les deux copines vont mener l'enquête, au prix de quelques frayeurs ! Il en faut, du courage, pour aller à l'autre bout de la ville lorsqu'on a 12 ans ! 

Un petit roman (110 pages) qui parle très bien des premiers temps au collège, à une époque où les smartphones n'étaient pas encore au goût du jour !  Le choix de croiser différents points de vue (souvent celui de Flora, parfois celui du chauffeur de bus ou d'une voisine...) en fait une sorte "d'instantané" de ce quartier semblable à tant d'autres. C'est assez doux et réconfortant comme lecture _et pas dénué de suspense pour autant ! 

Je ne saurais pas trop dire pourquoi, mais l'ambiance m'a fait penser à la BD Les Carnets de Cerise.   


jeudi 20 août 2026

[TEMA LA BIBLIOTHEQUE] Eliott et la bibliothèque fabuleuse - Pascaline Nolot (2026)

Eliott et la bibliothèque fabuleuse 

Pascaline Nolot 

Rageot, 2026 


Résumé 

Après l'école, Eliott est régulièrement contraint d'aller se planquer à la bibliothèque municipale pour échapper à la méchante Charlie et à ses sbires, les jumeaux Illio et Nico. Heureusement, il aime l'ambiance du lieu. Ce lecteur assidu des Aventures de Georges Padenon a même familiarisé avec Caleb, le bibliothécaire. 

Un soir, après avoir réussi non sans mal à semer sa harceleuse, Eliott s'endort au milieu des livres et des coussins. Lorsqu'il se réveille, la bibliothèque est fermée depuis longtemps. Mais elle n'est pas déserte pour autant, elle laisse place aux activités de la Brigade des Rats de Bibliothèque, une organisation secrète chargée de régler les affaires littéraires. Elle est composée entre autres d'un chat noir qui parle,  d'une armée de rats mécaniques très affairés, et elle est dirigée par Caleb. 

Eliott n'est pas censé être là, et comme il voit des choses qu'il ne devrait pas voir, tout le monde est bien embêté... Alors on l'accuse d'espionnage, on lui organise un procès vite fait et on le "condamne" à remplir des missions d'intérêt général pour la BRB. Comme s'il n'avait déjà pas assez d'ennuis ! 

Au programme : rangement contre la montre, sauvetage de héros perdus et autruche dévoreuse de mots rares..

Ici on casse du cliché !  

Un roman très original à plusieurs niveaux : dans cette bibliothèque à la fois refuge et champ de bataille, zone grise entre le monde réel et le monde merveilleux, les livres et les mots deviennent des armes pour de bon. Si les jeunes lecteurs apprécieront la fraîcheur des aventures, les plus plus anciens auront la nostalgie de quelques épisodes de Buffy, (RIP Giles) ou auront envie de redécouvrir Ben dans Ca de Stephen King. 

La situation de harcèlement traitée sort aussi des sentiers battus, avec un garçon victime des attaques pernicieuse d'une "petite fille modèle" au dessus de tout soupçon. 

Y aura-t-il une suite ? On l'espère ! 

[billet pas fini]

 




dimanche 9 août 2026

[BD] Les Légendaires - Patrick Sobral

Tome 1 - La pierre de Jovénia

Delcourt, 2004 


Résumé

Depuis que la pierre sacrée de Jovénia a été brisée à cause de Darkhell le Sorcier Noir, tous les habitants d'Alysia sont redevenus des enfants, avec tous les problèmes que ça peut poser ! Ils sont très remontés contre les Légendaires, cinq héros-justiciers qu'ils jugent responsables du désastre, bien qu'ils aient fait de leur mieux pour défendre la population.  

Les Légendaires en sont réduits à faire profil bas en attendant des jours meilleurs, d'autant qu'ils ont eux aussi été frappés par la malédiction. Mais Danaël, Gryf, Shimy, Jadina et Razzia n'ont pas dit leur dernier mot : lorsqu'ils comprennent qu'ils pourront conjurer le mauvais sort en retrouvant les autres pierres sacrées, ils n'hésitent pas à reprendre du service. 

Leur première mission sera de mettre la main sur la pierre de Crescia, cachée quelque part dans la dangereuse région de Klafooty. Là-bas, il font la rencontre d'Elysio, un jeune magicien amnésique en quête de ses souvenirs. 

Avis 

Je découvre seulement aujourd'hui cette série "classique" de la BD jeunesse ; on comprend son succès : un univers d'heroic fantasy structuré avec ses guerriers, ses elfes, ses monstres et son village médiéval... mais pas trop complexe non plus.. Des personnages attachants qui se "chamaillent" beaucoup. Des aventures rythmées, de l'humour, de belles couleurs... Pour l'instant, j'aime bien mais je ne peux pas dire que j'ai eu le méga coup de cœur escompté : ça viendra peut-être au fil des albums ! 



dimanche 19 juillet 2026

[BD] Les grandes grandes vacances - Emile Bravo / Paul Leluc / Gwénaëlle Boulet (2021)

Les grandes grandes vacances - 1 - "Drôle de guerre" 

Dessins : Emile Bravo - Réalisation : Paul Leluc - Adaptation : Gwénaëlle Boulet 

Bayard Jeunesse, 2021   

Publiée dans le magazine Astrapi avant de sortir en 5 tomes dans la collection BD Kids. 

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la série animée Les grandes grandes vacances, régulièrement diffusée à la télé depuis 2015. Il est à présent disponible sur la plateforme Lumni, c'est dire si ça rigole plus, on est carrément dans de la ressource pédagogique, là !!  

Personnellement, c'est via son adaptation en BD que je la découvre. 


Eté 1939, à l'aube de la seconde Guerre Mondiale. Ernest et Colette et leurs darons viennent passer quelques semaines de vacances chez papi et mamie en Normandie, le temps que leur mère atteinte de tuberculose puisse respirer un air meilleur. Du moins, c'est la version officielle... 

Très vite, les parents repartent en les laissant aux bons soins des grands parents, l'un parce qu'il est mobilisé, l'autre parce qu'elle doit se soigner pour de vrai ; les petits Parisiens comprennent qu'ils ne sont pas près de revoir la capitale, pour le plus grand bonheur de Colette, encore insouciante, et au grand désarroi d'Ernest, qui n'aime pas trop la campagne. 

Entre incertitude, grands espaces, amitiés et chamailleries avec leurs nouveaux camarades, ils ne savent pas encore que les mois à venir vont changer leurs vies... et que le pire est à venir.  

A souligner : cette BD est apparue à plusieurs reprises dans le cahier de suggestions mis à disposition des élèves au CDI, et j'avoue que ça m'a pas mal intriguée, tellement elle détonnait au milieu des shônen et autres mémoires de Tiktokeurs !  

Ce premier album est accessible aux jeunes lecteurs à partir de 8-10 ans : le contenu demeure soft, en dépit du contexte historique sombre ; on y parle des débuts de la guerre tels qu'ils ont été vécus par la population rurale des environs de Dieppe, avec ses premières restrictions alimentaires et son hostilité envers les gens venus d'ailleurs. Malgré tout, la vie continue ; Colette, Ernest vivent leur enfance à peu près normalement, en construisant des cabanes, en allant à l'école et en partant à la découverte du village de leur mère. 

Il est beaucoup question de rejet face aux gens "d'ailleurs", toujours contrés par un message d'ouverture d'esprit transposable à n'importe quelle époque : c'est appréciable. 

Un dossier pédagogique bien documenté clôture l'album : il est assez éclairant sur les éléments historiques évoqués au fil des planches (à savoir, la déclaration de guerre, les surnoms donnés aux Allemands, la ligne Maginot, la "drôle de guerre")... 


  



  


mercredi 15 juillet 2026

[MANGA] Erio & The Electric Doll - Shimazaki Mujirushi ; Kuroimori (2022)

Après un an et trois mois, Marine est déjà remplacée.
Je ne sais même pas pourquoi je suis surprise et triste à ce point.


Erio & The Electric Doll - 1 
Scénario : Shimazaki Mujirushi
Dessin : Kuroimori 
2022 
Edition de la photo : Mangetsu, 2025 




Résumé 

Quelque part sur Terre, en 2200. La population humaine se relève difficilement d'un siècle de guerre qui l'a opposée aux androïdes tueurs pilotés par l'IA. Pour interrompre ce conflit ravageur, les hommes n'ont eu d'autre option que d'interdire l'électricité, énergie nécessaire au rechargement des robots soldats et espions. Depuis, tout le monde vit au rythme des usines, du chauffage au gaz et des machines à vapeur... 

Ange est l'une des dernières "Electric Dolls" encore en état de marche ; elle a recueilli Erio, une enfant capable de générer de l'électricité naturellement, car cela lui permet de se faire rebooster dès que sa batterie se vide. Toutes deux vivent dans un phare, à l'écart de la société. Mais Erio a quinze ans, et Ange, aussi pragmatique qu'un robot puisse l'être, considère qu'il est temps pour elle de ne plus se limiter à sa seule compagnie : elle doit rencontrer d'autres êtres humains.          

Les voilà donc parties à la découverte du vaste monde... 

Avis 

Une histoire originale, avec pour décor un univers steampunk qui sonne juste dans notre contexte actuel d'essor des intelligences artificielles ! En Perceval de la révolution industrielle, l'innocente Erio apprend (parfois à ses dépens) à décoder les relations humaines. En cela, Ange ne peut pas l'aider puisqu'elle n'est pas capable de ressentir la moindre émotion... Cependant, sa connaissance purement théorique sera parfois d'un grand secours. 

A la base, j'ai été intriguée par ce manga après l'avoir vu apparaître dans des recommandations de BD queer ; effectivement, Erio aime Ange, elle le clame haut et fort, trouve toujours un prétexte pour l'embrasser. Sauf que l'androïde n'apprécie pas, et le dit très clairement. Alors, même si c'est un running gag plus qu'autre chose, qu'un robot ne souffre pas, etc, la question du consentement se pose.  Ce point-là m'empêche de le mettre au CDI. 

C'est vraiment dommage, car il aurait été très intéressant pour les 4°-3° avec ses réflexions sur les énergies fossiles, l'industrie, la délation, la vie après la guerre, le vieillissement, le libre arbitre... 




  



lundi 13 juillet 2026

[PRIX DES INCORRUPTIBLES] La sélection CM2/6ème 2026 - 2027

[ARTICLE EN CONSTRUCTION]

Normalement, c'est bon ! Puisque cette fois-ci on a réussi à bien se "partager" les projets prévus l'année prochaine, nous allons pouvoir proposer le Prix des Incos à une classe de CM2 et à une classe de 6ème, dans le cadre de la liaison école-collège. C'est la première bonne nouvelle. 

La seconde, c'est que la sélection s'annonce (à première vue) beaucoup plus feel-good que celle de l'année dernière ! 


Wesh la fée ! Rachel Corenblit / Joëlle Dreidemy
Bayard Jeunesse - 2025 




Résumé 

Difficile d'avoir confiance en soi lorsqu'on est un petit 6ème dyslexique, qu'on a un grand frère charismatique, et qu'on se fait régulièrement tyranniser par des garçons du collège. Charlie porte sa croix au quotidien, souffrant autant de ses difficultés scolaires que du mépris d'Inès, sa brillante voisine de classe. A la maison, rien ne va plus : son père déprime depuis qu'il est au chômage, et sa mère n'a guère de temps pour lui car elle est trop occupée à tenir le foyer familial à bout de bras. 

Mais c'est bien connu : lorsqu'on touche le fond, on ne peut que remonter ! 

Un soir, en sortant la poubelle, il découvre une fée coincée dans un container à ordures. Plus précisément une fée au bout du rouleau depuis qu'elle vient de se faire renvoyer de l'Institut de Formation des Fées à cause d'un fâcheux manque de concentration. Il semblerait que Charlie ne soit pas le seul à avoir la vie gâchée par ses particularités ! La rencontre des deux éclopés va faire des étincelles. 

Avis 

Le pitch de Wesh la fée ! m'a d'abord laissée sceptique et amusée : un héros harcelé qui galère en cours, une cité comme théâtre de l'action, les rats, les chats errants, le papa en dépression... Voilà qui promettait un roman jeunesse à l'atmosphère bien lourde ! Eh bien, pas du tout ! A partir de sujets sérieux qui auraient pu amener un malaise ambiant, l'autrice a réussi à créer une histoire très positive et souvent drôle. 

J'ai beaucoup aimé la façon dont elle a fait évoluer la famille de Charlie, une famille qui a perdu l'habitude de se parler au fil du temps. Et puis le choix d'un personnage principal dys qui va chez l'orthophoniste, ça fait tellement de bien. Wesh la fée hyperactive est très rigolote dans son rôle de Clochette vorace, et la bande de chats apporte une touche de légèreté à l'ensemble.  

Rien à dire de négatif sur ce livre, si ce n'est que la façon dont est traitée la situation de harcèlement m'a moyennement convaincue, mais bon pourquoi pas ! 





Envers et contre ma sœur

Nadège Margaud 

Illustrations : Caroline Dhery

Didier Jeunesse, coll. "Mon Marque-Page +"

2025


Clothilde et Bérangère sont en 5ème dans le même collège. Pourtant, les deux sœurs ne sont pas jumelles : Bérangère est le "petit génie" de la famille, elle a sauté des classes et ses bulletins font la joie de leurs parents universitaires. Clothilde, l'aînée, a sans cesse l'impression de passer au second plan. Elle se sent médiocre et pleine de ressentiment envers cette enfant parfaite qui aurait été mieux inspirée de ne pas naître. Heureusement que ses meilleures copines Kenza et Candice sont là pour lui rappeler qu'elle existe ! Toutes les trois forment un groupe de chanteuses qui a toutes les chances de remporter le concours de talent du collège. 

Mais une fois de plus, Bérangère lui vole la vedette, et une dispute virulente éclate entre les deux sœurs. Au matin suivant, elles se rendent compte avec stupeur que leurs corps ont été interchangés. Les voilà contraintes de s'adapter à leur nouvelle enveloppe... et aux étiquettes qui vont avec. 

Clothilde, la narratrice, comprend vite que le quotidien de "bébé génie" n'est pas aussi préservé qu'elle le pensait. Quant à Bérangère, elle est ravie d'avoir enfin une vie sociale... mais réalise qu'être "la plus grande" amène son lot de responsabilités. 

Un roman jeunesse sympa à lire, un peu fantastique, très juste sur les affres de la comparaison dans une fratrie et sur la jalousie entre frères et sœurs. Le positionnement des parents dans les derniers chapitres est plutôt bien amené et rappelle l'importance de la communication en famille. 

J'ai un peu peur que les CM2-6ème qui vont le découvrir à la rentrée se mélangent un peu les pinceaux entre les deux protagonistes, étant donné qu'il y a tout un jeu_ très intéressant au demeurant_ sur ce que chacune "prend" à la personnalité de l'autre au fil de l'histoire. Mais ça n'arrivera peut-être pas ! 


Les exploits de Connie Mara 

Jean-Philippe Arrou-Vignod 

Gallimard Jeunesse, 2024



Chez les Grant, l'écriture est une histoire de famille ! Alicia a beau être l'autrice principale des Exploits de Connie Mara, une série de livres pour la jeunesse, elle sollicite souvent Tom, Violette et Emma, ses enfants, pour l'aider à envoyer ses manuscrits dans les délais. Il faut dire que la maison d'édition Mordicus ne lui fait pas de cadeau et lui impose un rythme d'écriture très soutenu. 

Par chance, les enfants se font un plaisir d'aider leur mère qui les élève seule, et qui peine à joindre les deux bouts ! D'autant que l'écriture et la mise en page des aventures de Connie, leur héroïne intrépide, est le meilleur antidote possible contre l'ennui depuis qu'ils mènent une vie retirée au fin fond de la campagne irlandaise, sans réseau et sans copains à proximité. 

Lasse de trimer pour pas grand chose, Alicia décide un jour de se rendre à Londres afin de négocier son contrat auprès de ses éditeurs, les frères Mordicus : ce sera aussi l'occasion de leur remettre en mains propres son dernier opus, composé, relu et corrigé en famille. Elle part seule, Tom et Violette étant assez grands pour pour s'occuper d'Emma. 

Son absence est censée être de courte durée, mais les jours passent et Alicia ne revient pas... Les enfants commencent à s'inquiéter. Que faire ? Ils n'ont personne vers qui se tourner. 

Quelque chose d'incroyable se produit alors : Connie Mara, leur personnage-vedette, débarque chez eux accompagnée de son fidèle chien Spike. Elle est bien déterminée à mener l'enquête.

Décidément, le fantastique est bien ancré dans cette sélection CM2-6ème du Prix des Incorruptibles ! Tom et Violette sont perplexes, mais ils admettent rapidement l'incursion de "leur personnage" dans "leur réalité" : à partir de là, les péripéties s'enchaînent et le texte gagne en dynamisme. Espérons que les jeunes lecteurs ne se perdront pas trop dans ce "roman dans le roman". 

Point non négligeable : les aléas du métier d'écrivain et des liens (parfois tendus) entre auteurs et éditeurs sont évoqués avec beaucoup de clarté. 

Jean-Philippe Arrou-Vignod, valeur sûre de la littérature jeunesse, est toujours aussi efficace (et drôle). 


samedi 27 juin 2026

[CINEMA] Shana - Lila Pinell (2026)

Shana est un film que j'ai failli ne pas voir !

Alors que tout le monde s'était enfin trouvé une place dans la salle, un projectionniste du cinéma est venu nous dire qu'un problème technique risquait de compromettre le bon déroulement de la séance. Il nous a assez vivement encouragé à aller nous faire rembourser, tout en nous assurant qu'une tentative de réparation était en cours. Le film s'est lancé quelques minutes plus tard, finalement. 



Shana 

Lila Pinell 

2026

Shana, une jeune femme dans la vingtaine, mène une double vie : elle est partagée entre le trafic de drogue de son copain toxique, dont elle a repris les rênes depuis qu'il est incarcéré, et ses incursions plus ou moins heureuses dans sa famille juive pratiquante qui ne sait pas du tout dans quoi elle trempe. 

Pourtant, elle sait rester la même en toutes circonstances : si son allure frivole, (faussement) superficielle forte en gueule et insouciante passe très bien dans sa bande d'amis, elle est plutôt mal perçue dans son cercle familial _ où elle ne s'éternise jamais. Cela ne l'empêche pas d'être très à l'écoute de sa jeune soeur angoissée par la préparation de sa bar-mitsvah. 

L'équilibre fragile de Shana se voit menacé par une succession d'événements : sa grand-mère meurt et elle hérite d'une bague censée la protéger du mauvais oeil ; l'"amour de sa vie" sort de prison plus tôt que prévu : comment va-t-il réagir s'il s'aperçoit que les comptes ne sont plus ce qu'ils étaient ?  

Ce film ne raconte pas une histoire avec un début et une fin, mais il présente un segment de la vie chaotique d'une fille qui avance coûte que coûte, avec ses armes et ses casseroles. D'ailleurs, le parcours de Shana fait explicitement écho aux "Dix Malheurs d'Egypte" envoyés par le dieu des Hébreux sur les Egyptiens, dans l'Ancien Testament. 

Je l'ai bien aimé ce long métrage plutôt rapide (1h24) parce qu'il rend bien à l'écran le mécanisme du couple destructeur, où l'héroïne n'arrive plus à distinguer les violences des preuves d'amour. Comme le dit l'un des personnages : "tant qu'on est dedans, on ne s'en rend pas compte". L'héroïne déjoue le cliché de la fille idiote et bling bling, en se montrant responsable et de bon conseil à plusieurs reprises. J'ai eu l'impression de voir ma soeur à 18 ans : mêmes intonations, mêmes éclats de voix, mêmes délires, sauf la drogue, même goût pour les motifs léopard et les gros bijoux, même coiffure. La ressemblance était presque physique, c'était déroutant.  

Si vous êtes phobiques comme moi : TW gros serpent au milieu du film, soyez prêts ! 

dimanche 21 juin 2026

[EXPOSITION] La Caverne de Sax - Eglise de la Madeleine à Paris (2026)

Aller à l'Eglise de la Madeleine à Paris pour visiter "La Caverne de Sax" est une manière efficace de supporter la canicule ! 

Depuis le 18 juin et jusqu'au 28, l'artiste Sax (Henry Blache de son vrai nom) expose 50 de ses dernières oeuvres : on peut y voir notamment plein de toiles représentant des têtes d'animaux très colorées, aux regards très expressifs, dans un style street-art. Aux tableaux s'ajoutent des tuiles de toit peintes, et des vieilles partitions musicales tenant lieu de support à de superbes oiseaux peints à la gouache. Comme vous vous en doutez, j'ai particulièrement apprécié cet hommage à la volaille. 

Sax a grandi près de la grotte Chauvet et l'art rupestre a beaucoup influencé son art ; il explique sur son site que sa "Caverne" est le résultat d'un travail d'introspection, et qu'elle dit beaucoup de son rapport à la nature. 

Même si cette exposition ne compte "que" ses travaux les plus récents, elle nous apprend que Sax s'est aussi illustré dans le land-art tout récemment et nous donne un petit aperçu de ses compétences, via quelques photos. On retrouve bien cette nécessité de mêler les éléments naturels à la peinture sur les tableaux, dont les reliefs sont parfois assurés par des aiguilles de pin, du sable, des morceaux de bois..  

C'est gratuit ; certes, on en fait assez vite le tour, cette petite balade en forêt donne bien envie de découvrir l'univers du street-artiste. 


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vendredi 19 juin 2026

[BD] Les Nombrils - Delaf, Dubuc (2013)

Trouver et maintenir un équilibre dans une relation (quelle que soit sa nature), c'est aussi compliqué et minutieux que le réglage d'une chasse d'eau. 


Les Nombrils - 1 - Pour qui tu te prends ? 

Dubuc / Delaf 

Dupuis, 2013 


Depuis leur entrée fracassante dans le bac à BD du CDI, aux alentours de 2016, Les Nombrils ont toujours eu un grand succès au collège... Aussitôt prêté, aussitôt rapporté, et prêté de nouveau ! Si bien que je n'ai jamais pu me poser pour lire sérieusement ne serait-ce que les premiers albums. C'est chose faite pour le premier tome. Que dire, si ce n'est que cette lecture m'a rappelé que l'expérience ne doit pas faire oublier les fondamentaux et qu'il est crucial que lire (ou au moins bien bien bien feuilleter) les fucking bouquins qu'on met à disposition des gosses !! 

Un trio inséparable de filles déambule dans lycée, à l'affût des gars assez potables pour prétendre à conquérir leur coeur, à l'image de John John le beau motard. On a d'abord l'impression que les belles fringues, le maquillage soigné et les techniques de drague sont le fond de commerce des gags qui s'enchaînent au fil des planches, pour le plus grand bonheur du public cible... mais attention, en y regardant de plus près, c'est plus compliqué que ça ! 

L'amitié qui lie les trois filles est extrêmement déséquilibrée ! Jenny et Vicky, les deux filles populaires "stylées", passent leur temps à pourrir la vie à la sage et gentille Karine : cette dernière, complexée par sa grande taille et fréquemment qualifiée de "moche", est ni plus ni moins le bouc émissaire des deux autres. Beaucoup de blagues se font sur son dos, mais les deux pestes se mangent aussi quelques retours de karma de temps en temps ! 

Lorsque Jenny et Vicky apprennent que Karine a un ticket avec Dan, un mec forcément trop bien pour elle, elles ne traînent pas à saboter leur idylle naissante... 

Personnellement, ce tome 1 des Nombrils ne m'a pas du tout fait rire ! Cependant, je l'ai trouvé intéressant et réaliste dans sa manière de présenter les dynamiques de groupes, pas toujours saines, les amitiés toxiques, le diktat des apparences chez les jeunes (même si les personnages sont parfois très stéréotypés)... Désormais cette BD figurera dans la sélection "Non au Harcèlement", car pour moi c'est LA grosse thématique de l'album. 

Je compte continuer cette découverte de la série car beaucoup de critiques lues ça et là affirment qu'elle gagne en profondeur et en intérêt au fil des tomes. Pour l'instant, elle me fait juste remonter la bile de mes années de lycée !  


mercredi 10 juin 2026

[MANGA] Détective Conan - Gosho Aoyama (1994, série en cours)

Détective Conan

Gosho Aoyama 

Kana 

Série shônen débutée en 1994, toujours en cours ! On en est au tome 105 en France (et 107 au Japon). 


Tome 1

Shinichi, 17 ans, passe son temps libre à jouer les détectives en herbe. Cela lui réussit : son sens de la déduction lui vaut déjà une certaine renommée auprès de la police locale, qui ne semble plus étonnée de le voir débarquer sur une scène de crime. Sa passion pour les enquêtes vire parfois à l'obsession, au grand agacement de son amie Ran qui a parfois l'impression de passer au second plan. 

Un jour, une affaire tourne mal, et une bande de malfaiteurs surnommés "les hommes en noir" lui font ingurgiter un poison. Shinichi ne meurt pas, mais son corps se transforme en celui d'un enfant de 6 ans. Forcément, sa vie change du tout au tout : on a beau être un excellent détective, difficile de se faire entendre lorsqu'on n'est "qu'un petit", et que personne ne vous reconnaît _même pas votre copine ! 

Aidé par le professeur Agasa, seul ami à connaître sa véritable identité, Shinichi va se faire appeler Conan et va être recueilli temporairement par Ran. Cette dernière vit avec son père, un détective raté qui se prend pour un génie : cela va lui permettre de garder un pied dans son univers de prédilection et de continuer à enquêter comme un pro. 

Parallèlement, il part en quête de l'antidote qui lui rendra son apparence d'origine. 

Avis  

J'étais passée complètement à côté de ce célèbre manga ! Il a fallu qu'une poignée d'élèves me suggère qu'on en parle en club lecture pour que je me penche dessus _à vrai dire, je trouvais leur engouement suspect et je voulais vérifier qu'il n'y ait rien de chelou dedans avant de le mettre au CDI... Mais non, pas du tout ! Son succès est tout à fait compréhensible et ce premier tome a de quoi séduire les lecteurs de tous âges, pour bien des raisons : 

- les enquêtes, courtes et bien ficelées, sont agréables à lire même si on n'est pas fan d'histoires policières  

- l'auteur représente bien la difficulté d'être écouté lorsqu'on est un enfant

- la romance impossible entre Ran et Shinichi "coincé" dans son enveloppe de Conan

- les zones d'ombres des personnages _ on devine qu'il y a un mystère autour des parents de Shinichi

- la touche d'humour _ Détective Conan est avant tout un manga drôle, avec quelques personnages à fort potentiel comique (M. Mouri, le professeur Agasa...)  

Cette série en réconciliera plus d'un avec le genre policier. 


Tome 2  (1997)



Dans ce tome 2, on suit le héros dans sa redécouverte des "joies" de l'école primaire ! Logé temporairement, et sous une fausse identité, chez M. Mouri et sa fille Ran, Conan doit faire des pieds et des mains pour tenir son rôle, que ce soit dans ses escapades avec ses nouveaux copains de classe, ou auprès du détective M. Mouri, qu'il accompagne plus ou moins discrètement dans ses enquêtes.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le travail ne manque pas dans les rues de Tokyo : une jeune fille cherche son père disparu, un homme meurt carbonisé à la fête du feu, et dans une maison fermée depuis des années, on entend de drôles de cris... Attention à ne pas s'arrêter aux apparences : les victimes et les bourreaux ne sont pas toujours ceux qu'on croit ! 

Conan met entre parenthèses sa recherche de l'antidote qui lui rendra son corps de jeune homme, car il est trop occupé à éclaircir les mystères ! Faute de mieux, le professeur Agasa fait de lui un "enfant augmenté" en l'équipant de gadgets visant à compenser les limites que lui imposent son petit gabarit : transformateur de voix, bretelles élastiques, chaussures bricolées... 

L'action est toujours aussi bien menée, de même que les intrigues ! 




dimanche 31 mai 2026

[CINEMA] The World of Love - Ga Eun Yoon (2025)

Je me suis toujours demandée comment Marine avait réussi à survivre aux maltraitances physiques de son institutrice de CP ; comment après cela elle avait réussi à sortir du repli où elle était restée un temps, et ce, sans aucune aide psychologique. Elle avait même réussi à avoir une vie presque normale, presque dans la norme. 

A la fin du collège, elle avait pris goût à s'habiller court, et se faisait beaucoup insulter par rapport ses tenues _ par les enfants comme par les adultes d'ailleurs, mais elle n'avait jamais renoncé à son style. Pendant des années, elle n'a eu le soutien de personne, et certainement pas de ses pseudo-copines. Pas le mien non plus, je le reconnais : j'étais plutôt du genre à l'encourager à se comporter différemment, pour ne pas "s'attirer d'ennuis". Ce n'était pas malin. 

Plus tard, j'ai compris que pour elle, se faire agresser verbalement ou physiquement était juste devenu une situation "normale". Celles et ceux qui avaient le malheur d'être gentils avec elle ne lui inspiraient que du mépris et un besoin de se montrer violente à son tour. 

Paradoxalement, elle ne voulait surtout pas entamer de démarches pour faire, sinon condamner, au moins reconnaître les crimes de la personne responsable de tous les malheurs qui ont suivi. 


Il y a une semaine, je suis allée voir The World of Love au cinéma _quoi de mieux à faire un lundi de Pentecôte pendant la canicule ? Il s'agit d'un film coréen de Ga Eun Yoon, sorti en 2025. 


                                             

L'histoire 

Dans son lycée, Joo-in est une fille populaire, extravertie, pleine d'énergie ... au point de se montrer involontairement brutale par moments. Comme elle a plein de copines et pas vraiment la langue dans sa poche, tout se passe bien pour elle, globalement. 

Un jour, un camarade de classe lance une pétition visant à empêcher la libération et le retour dans le quartier d'un pédophile condamné pour avoir violé une fillette quelques années plutôt. Tous les élèves signent évidemment, sauf Joo-in, qui se souhaite pas apposer son nom sur la feuille, malgré plusieurs sollicitations. 

Saoulée par l'indignation que son refus soulève, elle explique sa décision : la pétition contient une phrase qui affirme, en gros, qu'une agression sexuelle cause des dommages irréversibles sur la victime, et que la vie de celle-ci est détruite à jamais. Or, elle considère que c'est faux ! La preuve, c'est qu'elle-même a vécu des violences sexuelles, et chacun peut voir qu'elle s'en est très bien remise. Pas la peine d'en faire toute une histoire. 

Comprenant que ses propos choquent ses amis sans pour autant les convaincre, elle se rétracte aussitôt et, dans un grand éclat de rire, prétend qu'elle n'a jamais rien vécu de tel et qu'elle a juste voulu faire une mauvaise blague. 

L'incident ne sera pas sans conséquences : les copines de Joo-in vont se mettre à la regarder différemment, à murmurer derrière son dos, débattant pour distinguer le vrai du faux. Des petits papiers incendiaires (et anonymes) commencent alors à arriver sur son bureau... 




Environnement contaminé

Si l'école est une jungle, la maison n'est pas un refuge pour autant : Joo-In et son petit frère, passionné de magie, vivent avec leur mère, une institutrice débordée et alcoolique. Le père semble avoir fichu le camp, tolérant les visites de son fils mais ignorant complètement les messages de sa fille. Au retour de l'école, le petit se hâte d'intercepter le courrier et de le fourrer sous son matelas avant que sa soeur ne tombe dessus. Les soirées passées en chansons ou à applaudir les spectacles improvisés de "l'apprenti magicien" dans une relative bonne ambiance ne trompe pas le spectateur : tout sonne faux dans cette famille. 

Alors Joo-in prend le parti d'avancer tout droit, en gardant la tête haute et sans regarder derrière elle, et surtout sans s'arrêter : rester constamment mobile reste le meilleur moyen de ne pas se faire alpaguer par un importun, de ne pas se faire repérer par un prédateur. Autant dire que cette pétition qui circule, la replongeant dans des traumatismes qu'elle pensait avoir surmontés jusque-là, c'est un coup d'arrêt. 

Le seul pied-à-terre à peu près safe dont dispose Joo-in est le dojo du club de taekwondo ; là encore, elle ne fait que suivre les traces de son aînée et meilleure amie Han-Mi-Do, elle aussi victime d'agressions sexuelles, qui venait s'y cacher à une époque où elle n'était pas en sécurité chez elle.  



C'était mieux quand on ne savait pas

Le binôme formé par Joo-in et Han-Mi-Do montre que face à des situations comparables, chaque personne a des réactions uniques, construit sa propre manière de faire face. Il en est de même pour l'entourage : certaines copines de classe de Joo-In optent pour le déni : "si ça s'était vraiment passé, elle n'aurait pas l'air aussi bien dans sa peau, elle n'aurait pas autant de petits copains", d'autres n'arrivent plus à la regarder en face ou à lui adresser la parole... pas parce qu'il la rejettent, mais parce qu'ils se sentent mal par rapport à elle. Petit à petit, on comprend que le père de l'héroïne a fui la maison pour ne pas affronter une réalité sordide, tandis que la mère noie sa culpabilité dans la boisson : elle qui s'occupe des enfants des autres à longueur de journée n'a pas su protéger sa fille. On pourrait aussi gloser un moment sur le petit Hae-in qui, en bon magicien, passe son temps à essayer de faire disparaître des trucs, à tromper la réalité d'une manière ou d'une autre. Quant aux institutions, inutile de les prendre en compte : la léthargie de la prof de Joo-in et la scène lunaire du procès qui oppose Han-Mi-Do à son père font froid dans le dos. 

Quel que soit le parti pris des personnages, tous sont d'accord sur un point : le silence est préférable. Ouvrir sa bouche revient à éclabousser tout le monde avec sa souffrance, et c'est souvent perçu comme une agression qui aurait pu être évitée. Joo-in ne pouvait-elle pas juste signer la pétition comme tout le monde, et continuer de faire semblant d'être heureuse ? En demandant la modification du texte original rédigé par un garçon de sa classe, elle est devenue "un problème" et elle en est consciente. C'est sans doute aussi ce mécanisme de non-dit (protecteur en apparence) qui la pousse à s'agacer lorsque la pétition lui est remise régulièrement sous le nez, et lorsque les images du fait divers lui sont imposées par les élèves du club journal.  



The World of Love est un film à voir ; je pense qu'il est accessible dès la fin du collège, dans le sens où, même s'il raconte une histoire sordide et malheureusement trop banale, il ne montre pas d'images choquantes et se concentre sur le point de vue d'une héroïne-victime qui a eu assez de force pour suivre la voie de la résilience.