Depuis que la pierre sacrée de Jovénia a été brisée à cause de Darkhell le Sorcier Noir, tous les habitants d'Alysia sont redevenus des enfants, avec tous les problèmes que ça peut poser ! Ils sont très remontés contre les Légendaires, cinq héros-justiciers qu'ils jugent responsables du désastre, bien qu'ils aient fait de leur mieux pour défendre la population.
Les Légendaires en sont réduits à faire profil bas en attendant des jours meilleurs, d'autant qu'ils ont eux aussi été frappés par la malédiction. Mais Danaël, Gryf, Shimy, Jadina et Razzia n'ont pas dit leur dernier mot : lorsqu'ils comprennent qu'ils pourront conjurer le mauvais sort en retrouvant les autres pierres sacrées, ils n'hésitent pas à reprendre du service.
Leur première mission sera de mettre la main sur la pierre de Crescia, cachée quelque part dans la dangereuse région de Klafooty. Là-bas, il font la rencontre d'Elysio, un jeune magicien amnésique en quête de ses souvenirs.
Avis
Je découvre seulement aujourd'hui cette série "classique" de la BD jeunesse ; on comprend son succès : un univers d'heroic fantasy structuré avec ses guerriers, ses elfes, ses monstres et son village médiéval... mais pas trop complexe non plus.. Des personnages attachants qui se "chamaillent" beaucoup. Des aventures rythmées, de l'humour, de belles couleurs... Pour l'instant, j'aime bien mais je ne peux pas dire que j'ai eu le méga coup de cœur escompté : ça viendra peut-être au fil des albums !
Publiée dans le magazine Astrapi avant de sortir en 5 tomes dans la collection BD Kids.
Peut-être avez-vous déjà entendu parler de la série animée Les grandes grandes vacances, régulièrement diffusée à la télé depuis 2015. Il est à présent disponible sur la plateforme Lumni, c'est dire si ça rigole plus, on est carrément dans de la ressource pédagogique, là !!
Personnellement, c'est via son adaptation en BD que je la découvre.
Eté 1939, à l'aube de la seconde Guerre Mondiale. Ernest et Colette et leurs darons viennent passer quelques semaines de vacances chez papi et mamie en Normandie, le temps que leur mère atteinte de tuberculose puisse respirer un air meilleur. Du moins, c'est la version officielle...
Très vite, les parents repartent en les laissant aux bons soins des grands parents, l'un parce qu'il est mobilisé, l'autre parce qu'elle doit se soigner pour de vrai ; les petits Parisiens comprennent qu'ils ne sont pas près de revoir la capitale, pour le plus grand bonheur de Colette, encore insouciante, et au grand désarroi d'Ernest, qui n'aime pas trop la campagne.
Entre incertitude, grands espaces, amitiés et chamailleries avec leurs nouveaux camarades, ils ne savent pas encore que les mois à venir vont changer leurs vies... et que le pire est à venir.
A souligner : cette BD est apparue à plusieurs reprises dans le cahier de suggestions mis à disposition des élèves au CDI, et j'avoue que ça m'a pas mal intriguée, tellement elle détonnait au milieu des shônen et autres mémoires de Tiktokeurs !
Ce premier album est accessible aux jeunes lecteurs à partir de 8-10 ans : le contenu demeure soft, en dépit du contexte historique sombre ; on y parle des débuts de la guerre tels qu'ils ont été vécus par la population rurale des environs de Dieppe, avec ses premières restrictions alimentaires et son hostilité envers les gens venus d'ailleurs. Malgré tout, la vie continue ; Colette, Ernest vivent leur enfance à peu près normalement, en construisant des cabanes, en allant à l'école et en partant à la découverte du village de leur mère.
Il est beaucoup question de rejet face aux gens "d'ailleurs", toujours contrés par un message d'ouverture d'esprit transposable à n'importe quelle époque : c'est appréciable.
Un dossier pédagogique bien documenté clôture l'album : il est assez éclairant sur les éléments historiques évoqués au fil des planches (à savoir, la déclaration de guerre, les surnoms donnés aux Allemands, la ligne Maginot, la "drôle de guerre")...
Après un an et trois mois, Marine est déjà remplacée.
Je ne sais même pas pourquoi je suis surprise et triste à ce point.
Erio & The Electric Doll - 1
Scénario : Shimazaki Mujirushi
Dessin : Kuroimori
2022
Edition de la photo : Mangetsu, 2025
Résumé
Quelque part sur Terre, en 2200. La population humaine se relève difficilement d'un siècle de guerre qui l'a opposée aux androïdes tueurs pilotés par l'IA. Pour interrompre ce conflit ravageur, les hommes n'ont eu d'autre option que d'interdire l'électricité, énergie nécessaire au rechargement des robots soldats et espions. Depuis, tout le monde vit au rythme des usines, du chauffage au gaz et des machines à vapeur...
Ange est l'une des dernières "Electric Dolls" encore en état de marche ; elle a recueilli Erio, une enfant capable de générer de l'électricité naturellement, car cela lui permet de se faire rebooster dès que sa batterie se vide. Toutes deux vivent dans un phare, à l'écart de la société. Mais Erio a quinze ans, et Ange, aussi pragmatique qu'un robot puisse l'être, considère qu'il est temps pour elle de ne plus se limiter à sa seule compagnie : elle doit rencontrer d'autres êtres humains.
Les voilà donc parties à la découverte du vaste monde...
Avis
Une histoire originale, avec pour décor un univers steampunk qui sonne juste dans notre contexte actuel d'essor des intelligences artificielles ! En Perceval de la révolution industrielle, l'innocente Erio apprend (parfois à ses dépens) à décoder les relations humaines. En cela, Ange ne peut pas l'aider puisqu'elle n'est pas capable de ressentir la moindre émotion... Cependant, sa connaissance purement théorique sera parfois d'un grand secours.
A la base, j'ai été intriguée par ce manga après l'avoir vu apparaître dans des recommandations de BD queer ; effectivement, Erio aime Ange, elle le clame haut et fort, trouve toujours un prétexte pour l'embrasser. Sauf que l'androïde n'apprécie pas, et le dit très clairement. Alors, même si c'est un running gag plus qu'autre chose, qu'un robot ne souffre pas, etc, la question du consentement se pose. Ce point-là m'empêche de le mettre au CDI.
C'est vraiment dommage, car il aurait été très intéressant pour les 4°-3° avec ses réflexions sur les énergies fossiles, l'industrie, la délation, la vie après la guerre, le vieillissement, le libre arbitre...
Normalement, c'est bon ! Puisque cette fois-ci on a réussi à bien se "partager" les projets prévus l'année prochaine, nous allons pouvoir proposer le Prix des Incos à une classe de CM2 et à une classe de 6ème, dans le cadre de la liaison école-collège. C'est la première bonne nouvelle.
La seconde, c'est que la sélection s'annonce (à première vue) beaucoup plus feel-good que celle de l'année dernière !
Wesh la fée ! Rachel Corenblit / Joëlle Dreidemy
Bayard Jeunesse - 2025
Résumé
Difficile d'avoir confiance en soi lorsqu'on est un petit 6ème dyslexique, qu'on a un grand frère charismatique, et qu'on se fait régulièrement tyranniser par des garçons du collège. Charlie porte sa croix au quotidien, souffrant autant de ses difficultés scolaires que du mépris d'Inès, sa brillante voisine de classe. A la maison, rien ne va plus : son père déprime depuis qu'il est au chômage, et sa mère n'a guère de temps pour lui car elle est trop occupée à tenir le foyer familial à bout de bras.
Mais c'est bien connu : lorsqu'on touche le fond, on ne peut que remonter !
Un soir, en sortant la poubelle, il découvre une fée coincée dans un container à ordures. Plus précisément une fée au bout du rouleau depuis qu'elle vient de se faire renvoyer de l'Institut de Formation des Fées à cause d'un fâcheux manque de concentration. Il semblerait que Charlie ne soit pas le seul à avoir la vie gâchée par ses particularités ! La rencontre des deux éclopés va faire des étincelles.
Avis
Le pitch de Wesh la fée ! m'a d'abord laissée sceptique et amusée : un héros harcelé qui galère en cours, une cité comme théâtre de l'action, les rats, les chats errants, le papa en dépression... Voilà qui promettait un roman jeunesse à l'atmosphère bien lourde ! Eh bien, pas du tout ! A partir de sujets sérieux qui auraient pu amener un malaise ambiant, l'autrice a réussi à créer une histoire très positive et souvent drôle.
J'ai beaucoup aimé la façon dont elle a fait évoluer la famille de Charlie, une famille qui a perdu l'habitude de se parler au fil du temps. Et puis le choix d'un personnage principal dys qui va chez l'orthophoniste, ça fait tellement de bien. Wesh la fée hyperactive est très rigolote dans son rôle de Clochette vorace, et la bande de chats apporte une touche de légèreté à l'ensemble.
Rien à dire de négatif sur ce livre, si ce n'est que la façon dont est traitée la situation de harcèlement m'a moyennement convaincue, mais bon pourquoi pas !
Envers et contre ma sœur
Nadège Margaud
Illustrations : Caroline Dhery
Didier Jeunesse, coll. "Mon Marque-Page +"
2025
Clothilde et Bérangère sont en 5ème dans le même collège. Pourtant, les deux sœurs ne sont pas jumelles : Bérangère est le "petit génie" de la famille, elle a sauté des classes et ses bulletins font la joie de leurs parents universitaires. Clothilde, l'aînée, a sans cesse l'impression de passer au second plan. Elle se sent médiocre et pleine de ressentiment envers cette enfant parfaite qui aurait été mieux inspirée de ne pas naître. Heureusement que ses meilleures copines Kenza et Candice sont là pour lui rappeler qu'elle existe ! Toutes les trois forment un groupe de chanteuses qui a toutes les chances de remporter le concours de talent du collège.
Mais une fois de plus, Bérangère lui vole la vedette, et une dispute virulente éclate entre les deux sœurs. Au matin suivant, elles se rendent compte avec stupeur que leurs corps ont été interchangés. Les voilà contraintes de s'adapter à leur nouvelle enveloppe... et aux étiquettes qui vont avec.
Clothilde, la narratrice, comprend vite que le quotidien de "bébé génie" n'est pas aussi préservé qu'elle le pensait. Quant à Bérangère, elle est ravie d'avoir enfin une vie sociale... mais réalise qu'être "la plus grande" amène son lot de responsabilités.
Un roman jeunesse sympa à lire, un peu fantastique, très juste sur les affres de la comparaison dans une fratrie et sur la jalousie entre frères et sœurs. Le positionnement des parents dans les derniers chapitres est plutôt bien amené et rappelle l'importance de la communication en famille.
J'ai un peu peur que les CM2-6ème qui vont le découvrir à la rentrée se mélangent un peu les pinceaux entre les deux protagonistes, étant donné qu'il y a tout un jeu_ très intéressant au demeurant_ sur ce que chacune "prend" à la personnalité de l'autre au fil de l'histoire. Mais ça n'arrivera peut-être pas !
Alors que tout le monde s'était enfin trouvé une place dans la salle, un projectionniste du cinéma est venu nous dire qu'un problème technique risquait de compromettre le bon déroulement de la séance. Il nous a assez vivement encouragé à aller nous faire rembourser, tout en nous assurant qu'une tentative de réparation était en cours. Le film s'est lancé quelques minutes plus tard, finalement.
Shana
Lila Pinell
2026
Shana, une jeune femme dans la vingtaine, mène une double vie : elle est partagée entre le trafic de drogue de son copain toxique, dont elle a repris les rênes depuis qu'il est incarcéré, et ses incursions plus ou moins heureuses dans sa famille juive pratiquante qui ne sait pas du tout dans quoi elle trempe.
Pourtant, elle sait rester la même en toutes circonstances : si son allure frivole, (faussement) superficielle forte en gueule et insouciante passe très bien dans sa bande d'amis, elle est plutôt mal perçue dans son cercle familial _ où elle ne s'éternise jamais. Cela ne l'empêche pas d'être très à l'écoute de sa jeune soeur angoissée par la préparation de sa bar-mitsvah.
L'équilibre fragile de Shana se voit menacé par une succession d'événements : sa grand-mère meurt et elle hérite d'une bague censée la protéger du mauvais oeil ; l'"amour de sa vie" sort de prison plus tôt que prévu : comment va-t-il réagir s'il s'aperçoit que les comptes ne sont plus ce qu'ils étaient ?
Ce film ne raconte pas une histoire avec un début et une fin, mais il présente un segment de la vie chaotique d'une fille qui avance coûte que coûte, avec ses armes et ses casseroles. D'ailleurs, le parcours de Shana fait explicitement écho aux "Dix Malheurs d'Egypte" envoyés par le dieu des Hébreux sur les Egyptiens, dans l'Ancien Testament.
Je l'ai bien aimé ce long métrage plutôt rapide (1h24) parce qu'il rend bien à l'écran le mécanisme du couple destructeur, où l'héroïne n'arrive plus à distinguer les violences des preuves d'amour. Comme le dit l'un des personnages : "tant qu'on est dedans, on ne s'en rend pas compte". L'héroïne déjoue le cliché de la fille idiote et bling bling, en se montrant responsable et de bon conseil à plusieurs reprises. J'ai eu l'impression de voir ma soeur à 18 ans : mêmes intonations, mêmes éclats de voix, mêmes délires, sauf la drogue, même goût pour les motifs léopard et les gros bijoux, même coiffure. La ressemblance était presque physique, c'était déroutant.
Si vous êtes phobiques comme moi : TW gros serpent au milieu du film, soyez prêts !
Aller à l'Eglise de la Madeleine à Paris pour visiter "La Caverne de Sax" est une manière efficace de supporter la canicule !
Depuis le 18 juin et jusqu'au 28, l'artiste Sax (Henry Blache de son vrai nom) expose 50 de ses dernières oeuvres : on peut y voir notamment plein de toiles représentant des têtes d'animaux très colorées, aux regards très expressifs, dans un style street-art. Aux tableaux s'ajoutent des tuiles de toit peintes, et des vieilles partitions musicales tenant lieu de support à de superbes oiseaux peints à la gouache. Comme vous vous en doutez, j'ai particulièrement apprécié cet hommage à la volaille.
Sax a grandi près de la grotte Chauvet et l'art rupestre a beaucoup influencé son art ; il explique sur son site que sa "Caverne" est le résultat d'un travail d'introspection, et qu'elle dit beaucoup de son rapport à la nature.
Même si cette exposition ne compte "que" ses travaux les plus récents, elle nous apprend que Sax s'est aussi illustré dans le land-art tout récemment et nous donne un petit aperçu de ses compétences, via quelques photos. On retrouve bien cette nécessité de mêler les éléments naturels à la peinture sur les tableaux, dont les reliefs sont parfois assurés par des aiguilles de pin, du sable, des morceaux de bois..
C'est gratuit ; certes, on en fait assez vite le tour, cette petite balade en forêt donne bien envie de découvrir l'univers du street-artiste.
Trouver et maintenir un équilibre dans une relation (quelle que soit sa nature), c'est aussi compliqué et minutieux que le réglage d'une chasse d'eau.
Les Nombrils - 1 - Pour qui tu te prends ?
Dubuc / Delaf
Dupuis, 2013
Depuis leur entrée fracassante dans le bac à BD du CDI, aux alentours de 2016, Les Nombrils ont toujours eu un grand succès au collège... Aussitôt prêté, aussitôt rapporté, et prêté de nouveau ! Si bien que je n'ai jamais pu me poser pour lire sérieusement ne serait-ce que les premiers albums. C'est chose faite pour le premier tome. Que dire, si ce n'est que cette lecture m'a rappelé que l'expérience ne doit pas faire oublier les fondamentaux et qu'il est crucial que lire (ou au moins bien bien bien feuilleter) les fucking bouquins qu'on met à disposition des gosses !!
Un trio inséparable de filles déambule dans lycée, à l'affût des gars assez potables pour prétendre à conquérir leur coeur, à l'image de John John le beau motard. On a d'abord l'impression que les belles fringues, le maquillage soigné et les techniques de drague sont le fond de commerce des gags qui s'enchaînent au fil des planches, pour le plus grand bonheur du public cible... mais attention, en y regardant de plus près, c'est plus compliqué que ça !
L'amitié qui lie les trois filles est extrêmement déséquilibrée ! Jenny et Vicky, les deux filles populaires "stylées", passent leur temps à pourrir la vie à la sage et gentille Karine : cette dernière, complexée par sa grande taille et fréquemment qualifiée de "moche", est ni plus ni moins le bouc émissaire des deux autres. Beaucoup de blagues se font sur son dos, mais les deux pestes se mangent aussi quelques retours de karma de temps en temps !
Lorsque Jenny et Vicky apprennent que Karine a un ticket avec Dan, un mec forcément trop bien pour elle, elles ne traînent pas à saboter leur idylle naissante...
Personnellement, ce tome 1 des Nombrils ne m'a pas du tout fait rire ! Cependant, je l'ai trouvé intéressant et réaliste dans sa manière de présenter les dynamiques de groupes, pas toujours saines, les amitiés toxiques, le diktat des apparences chez les jeunes (même si les personnages sont parfois très stéréotypés)... Désormais cette BD figurera dans la sélection "Non au Harcèlement", car pour moi c'est LA grosse thématique de l'album.
Je compte continuer cette découverte de la série car beaucoup de critiques lues ça et là affirment qu'elle gagne en profondeur et en intérêt au fil des tomes. Pour l'instant, elle me fait juste remonter la bile de mes années de lycée !
Série shônen débutée en 1994, toujours en cours ! On en est au tome 105 en France (et 107 au Japon).
Tome 1
Shinichi, 17 ans, passe son temps libre à jouer les détectives en herbe. Cela lui réussit : son sens de la déduction lui vaut déjà une certaine renommée auprès de la police locale, qui ne semble plus étonnée de le voir débarquer sur une scène de crime. Sa passion pour les enquêtes vire parfois à l'obsession, au grand agacement de son amie Ran qui a parfois l'impression de passer au second plan.
Un jour, une affaire tourne mal, et une bande de malfaiteurs surnommés "les hommes en noir" lui font ingurgiter un poison. Shinichi ne meurt pas, mais son corps se transforme en celui d'un enfant de 6 ans. Forcément, sa vie change du tout au tout : on a beau être un excellent détective, difficile de se faire entendre lorsqu'on n'est "qu'un petit", et que personne ne vous reconnaît _même pas votre copine !
Aidé par le professeur Agasa, seul ami à connaître sa véritable identité, Shinichi va se faire appeler Conan et va être recueilli temporairement par Ran. Cette dernière vit avec son père, un détective raté qui se prend pour un génie : cela va lui permettre de garder un pied dans son univers de prédilection et de continuer à enquêter comme un pro.
Parallèlement, il part en quête de l'antidote qui lui rendra son apparence d'origine.
Avis
J'étais passée complètement à côté de ce célèbre manga ! Il a fallu qu'une poignée d'élèves me suggère qu'on en parle en club lecture pour que je me penche dessus _à vrai dire, je trouvais leur engouement suspect et je voulais vérifier qu'il n'y ait rien de chelou dedans avant de le mettre au CDI... Mais non, pas du tout ! Son succès est tout à fait compréhensible et ce premier tome a de quoi séduire les lecteurs de tous âges, pour bien des raisons :
- les enquêtes, courtes et bien ficelées, sont agréables à lire même si on n'est pas fan d'histoires policières
- l'auteur représente bien la difficulté d'être écouté lorsqu'on est un enfant
- la romance impossible entre Ran et Shinichi "coincé" dans son enveloppe de Conan
- les zones d'ombres des personnages _ on devine qu'il y a un mystère autour des parents de Shinichi
- la touche d'humour _ Détective Conan est avant tout un manga drôle, avec quelques personnages à fort potentiel comique (M. Mouri, le professeur Agasa...)
Cette série en réconciliera plus d'un avec le genre policier.
Tome 2 (1997)
Dans ce tome 2, on suit le héros dans sa redécouverte des "joies" de l'école primaire ! Logé temporairement, et sous une fausse identité, chez M. Mouri et sa fille Ran, Conan doit faire des pieds et des mains pour tenir son rôle, que ce soit dans ses escapades avec ses nouveaux copains de classe, ou auprès du détective M. Mouri, qu'il accompagne plus ou moins discrètement dans ses enquêtes.
Le moins qu'on puisse dire, c'est que le travail ne manque pas dans les rues de Tokyo : une jeune fille cherche son père disparu, un homme meurt carbonisé à la fête du feu, et dans une maison fermée depuis des années, on entend de drôles de cris... Attention à ne pas s'arrêter aux apparences : les victimes et les bourreaux ne sont pas toujours ceux qu'on croit !
Conan met entre parenthèses sa recherche de l'antidote qui lui rendra son corps de jeune homme, car il est trop occupé à éclaircir les mystères ! Faute de mieux, le professeur Agasa fait de lui un "enfant augmenté" en l'équipant de gadgets visant à compenser les limites que lui imposent son petit gabarit : transformateur de voix, bretelles élastiques, chaussures bricolées...
L'action est toujours aussi bien menée, de même que les intrigues !
Je me suis toujours demandée comment Marine avait réussi à survivre aux maltraitances physiques de son institutrice de CP ; comment après cela elle avait réussi à sortir du repli où elle était restée un temps, et ce, sans aucune aide psychologique. Elle avait même réussi à avoir une vie presque normale, presque dans la norme.
A la fin du collège, elle avait pris goût à s'habiller court, et se faisait beaucoup insulter par rapport ses tenues _ par les enfants comme par les adultes d'ailleurs, mais elle n'avait jamais renoncé à son style. Pendant des années, elle n'a eu le soutien de personne, et certainement pas de ses pseudo-copines. Pas le mien non plus, je le reconnais : j'étais plutôt du genre à l'encourager à se comporter différemment, pour ne pas "s'attirer d'ennuis". Ce n'était pas malin.
Plus tard, j'ai compris que pour elle, se faire agresser verbalement ou physiquement était juste devenu une situation "normale". Celles et ceux qui avaient le malheur d'être gentils avec elle ne lui inspiraient que du mépris et un besoin de se montrer violente à son tour.
Paradoxalement, elle ne voulait surtout pas entamer de démarches pour faire, sinon condamner, au moins reconnaître les crimes de la personne responsable de tous les malheurs qui ont suivi.
Il y a une semaine, je suis allée voirThe World of Loveau cinéma _quoi de mieux à faire un lundi de Pentecôte pendant la canicule ? Il s'agit d'un film coréen de Ga Eun Yoon, sorti en 2025.
L'histoire
Dans son lycée, Joo-in est une fille populaire, extravertie, pleine d'énergie ... au point de se montrer involontairement brutale par moments. Comme elle a plein de copines et pas vraiment la langue dans sa poche, tout se passe bien pour elle, globalement.
Un jour, un camarade de classe lance une pétition visant à empêcher la libération et le retour dans le quartier d'un pédophile condamné pour avoir violé une fillette quelques années plutôt. Tous les élèves signent évidemment, sauf Joo-in, qui se souhaite pas apposer son nom sur la feuille, malgré plusieurs sollicitations.
Saoulée par l'indignation que son refus soulève, elle explique sa décision : la pétition contient une phrase qui affirme, en gros, qu'une agression sexuelle cause des dommages irréversibles sur la victime, et que la vie de celle-ci est détruite à jamais. Or, elle considère que c'est faux ! La preuve, c'est qu'elle-même a vécu des violences sexuelles, et chacun peut voir qu'elle s'en est très bien remise. Pas la peine d'en faire toute une histoire.
Comprenant que ses propos choquent ses amis sans pour autant les convaincre, elle se rétracte aussitôt et, dans un grand éclat de rire, prétend qu'elle n'a jamais rien vécu de tel et qu'elle a juste voulu faire une mauvaise blague.
L'incident ne sera pas sans conséquences : les copines de Joo-in vont se mettre à la regarder différemment, à murmurer derrière son dos, débattant pour distinguer le vrai du faux. Des petits papiers incendiaires (et anonymes) commencent alors à arriver sur son bureau...
Environnement contaminé
Si l'école est une jungle, la maison n'est pas un refuge pour autant : Joo-In et son petit frère, passionné de magie, vivent avec leur mère, une institutrice débordée et alcoolique. Le père semble avoir fichu le camp, tolérant les visites de son fils mais ignorant complètement les messages de sa fille. Au retour de l'école, le petit se hâte d'intercepter le courrier et de le fourrer sous son matelas avant que sa soeur ne tombe dessus. Les soirées passées en chansons ou à applaudir les spectacles improvisés de "l'apprenti magicien" dans une relative bonne ambiance ne trompe pas le spectateur : tout sonne faux dans cette famille.
Alors Joo-in prend le parti d'avancer tout droit, en gardant la tête haute et sans regarder derrière elle, et surtout sans s'arrêter : rester constamment mobile reste le meilleur moyen de ne pas se faire alpaguer par un importun, de ne pas se faire repérer par un prédateur. Autant dire que cette pétition qui circule, la replongeant dans des traumatismes qu'elle pensait avoir surmontés jusque-là, c'est un coup d'arrêt.
Le seul pied-à-terre à peu près safe dont dispose Joo-in est le dojo du club de taekwondo ; là encore, elle ne fait que suivre les traces de son aînée et meilleure amie Han-Mi-Do, elle aussi victime d'agressions sexuelles, qui venait s'y cacher à une époque où elle n'était pas en sécurité chez elle.
C'était mieux quand on ne savait pas
Le binôme formé par Joo-in et Han-Mi-Do montre que face à des situations comparables, chaque personne a des réactions uniques, construit sa propre manière de faire face. Il en est de même pour l'entourage : certaines copines de classe de Joo-In optent pour le déni : "si ça s'était vraiment passé, elle n'aurait pas l'air aussi bien dans sa peau, elle n'aurait pas autant de petits copains", d'autres n'arrivent plus à la regarder en face ou à lui adresser la parole... pas parce qu'il la rejettent, mais parce qu'ils se sentent mal par rapport à elle. Petit à petit, on comprend que le père de l'héroïne a fui la maison pour ne pas affronter une réalité sordide, tandis que la mère noie sa culpabilité dans la boisson : elle qui s'occupe des enfants des autres à longueur de journée n'a pas su protéger sa fille. On pourrait aussi gloser un moment sur le petit Hae-in qui, en bon magicien, passe son temps à essayer de faire disparaître des trucs, à tromper la réalité d'une manière ou d'une autre. Quant aux institutions, inutile de les prendre en compte : la léthargie de la prof de Joo-in et la scène lunaire du procès qui oppose Han-Mi-Do à son père font froid dans le dos.
Quel que soit le parti pris des personnages, tous sont d'accord sur un point : le silence est préférable. Ouvrir sa bouche revient à éclabousser tout le monde avec sa souffrance, et c'est souvent perçu comme une agression qui aurait pu être évitée. Joo-in ne pouvait-elle pas juste signer la pétition comme tout le monde, et continuer de faire semblant d'être heureuse ? En demandant la modification du texte original rédigé par un garçon de sa classe, elle est devenue "un problème" et elle en est consciente. C'est sans doute aussi ce mécanisme de non-dit (protecteur en apparence) qui la pousse à s'agacer lorsque la pétition lui est remise régulièrement sous le nez, et lorsque les images du fait divers lui sont imposées par les élèves du club journal.
The World of Love est un film à voir ; je pense qu'il est accessible dès la fin du collège, dans le sens où, même s'il raconte une histoire sordide et malheureusement trop banale, il ne montre pas d'images choquantes et se concentre sur le point de vue d'une héroïne-victime qui a eu assez de force pour suivre la voie de la résilience.
Chaque jour, j'apporte une nouvelle pièce à l'édifice.
Venger Marine est mon nouvel objectif de vie.
Ceux qui me connaissent savent que ce n'est pas "juste une phase". Je ne lâche pas l'affaire comme ça.
Elsbeth et la malédiction du Beau Silence
Tristan Roulot / Sarah Conradsen
Le Lombard, 2025
Un petit bijou de douceur pour finir la semaine !
Imaginez une cité lumineuse régie par les sorcières, où les hommes n'ont littéralement plus leur mot à dire depuis qu'ils ont été touchés par la malédiction du Beau Silence. Un havre de paix nommé "Refuge" à juste titre, où des êtres surnaturels venus des quatre coins du monde peuvent enfin exercer leurs pouvoirs sans craindre les persécutions. Un royaume où coexistent magiciens et humains ordinaires... avec quelques tensions cependant : en effet, lorsque les Groolz, de petits rongeurs magiques, ravagent les champs des paysans à la tombée de la nuit, les sorcières ne semblent écouter leurs doléances que d'une oreille, les abandonnant à leur sentiment d'injustice.
Etudiante à l'université de Refuge, Elsbeth est une apprentie-sorcière prometteuse : elle s'apprête à faire son mémoire sur la Malédiction du Beau Silence, dans l'espoir d'y mettre fin. Si les hommes retrouvaient la parole, ils pourraient eux aussi pratiquer la magie ; et surtout, son copain Jahine pourrait enfin lui dire des mots d'amour !
Accompagnée de ses deux meilleures amies, elle commence ses recherches dans les archives de la fac ; leurs découvertes vont les laisser perplexes...
Vraiment très bien ficelé, cet univers matriarcal où les mecs sont réduits à communiquer avec de petits écriteaux rudimentaires, et assignés à des rôles subalternes ! Perso j'aurais touché à rien si j'avais été sorcière là-bas, mais bon. Les personnages sont attachants et travaillés. Graphiquement envoûtante, cette BD est un mix de Harry Potter (vite fait) et de Elle(s).
Ce sont des élèves de la classe inscrite au dispositif #Jeunesenlibrairie qui m'ont suggéré de la prendre pour le CDI lors de la sortie du mois dernier : on voit les connaisseurs ! Hâte de lire la suite.
Dans quel sens diriger cette rage qui monte petit à petit ? Je ne voudrais surtout pas laisser perdre une source d'énergie aussi exceptionnelle.
Seven of Seven - 1/3
Yasuhiro Imagawa / Azusa Kunihiro
Taïfu Comics Shonen
Nana est une collégienne un peu frivole qui n'a d'yeux que pour le beau Kamichika. Sa meilleure amie Hitomi s'efforce en vain de lui faire garder la tête froide à l'approche des examens de fin d'année
Un soir, au retour d'un voyage, son père lui offre un magnifique cristal, en lui précisant trop tard qu'il est magique et qu'il ne faut pas l'exposer aux rayons de la lune... ce qu'elle va s'empresser de faire avant de se coucher.
Le lendemain matin, Nana se réveille entourée de 6 "clones" uniquement différenciables par leurs caractères : en effet, il y a une Nana "intello", une Nana "chialeuse", une Nana "déterminée", une Nana "insouciante"... Elle va devoir composer avec ces nouvelles soeurs ingérables et toutes folles du brave Kamichika.
Nous voilà partis pour une cascade de quiproquos plus ou moins cocasses ! La magie du manga fait que ce phénomène étrange va être très naturellement accepté, par les camarades de classe, comme par les parents (le papa semble ravi de passer de un à 7 gosses). Wtf, mais en même temps c'est ce qu'on aime.
Les Nanas vont se rendre compte que le quotidien de leur "version originale" est parasité par une bande de pestes qui ne demandent qu'à être remises à leur place...
L'autre jour, un élève m'a demandé si on pouvait commander les trois tomes pour le CDI, car l'animé lui avait plu. N'ayant jamais entendu parler de ce titre, je lui ai dit qu'on allait d'abord le lire pour s'assurer qu'il soit bien adapté au niveau collège.
Verdict : ce n'est pas le cas !
L'histoire de Nana et de ses six "clones" a beau être marrante, barrée, un peu fantastique... les délires sur fond de gamines à poil et/ou dans des postures suggestives ne sont que trop nombreux... et bien plus gênants que drôles.
Dans les dernières pages, l'auteur assume et explique : le manga papier doit être lu comme "une version plus noire du petit monde de Seven of Seven" que les amateurs de l'animé connaissent.
Donc non, pas au CDI !
Sur ce, je pars en forêt chercher un peu de tact afin d'expliquer ça bien à mon petit 5° lundi prochain !
Face aux aléas de la vie, enfants et adultes ne réagissent pas de la même manière.
Bonne nuit Punpun - 1
Depuis les vacances d'octobre 2025, je suis en train de m'envoyer tous les épisodes du podcast BD One Eye Club dans l'ordre chronologique de leur parution _actuellement, j'en suis à 2014. Du coup, un bon nombre de titres se sont retrouvés d'un coup dans ma pile à lire, dont le tome 1 de Bonne nuit Punpun, un drôle de manga !
Punpun Punyama est un écolier parmi tant d'autres, à ceci prêt qu'il a un faciès de poussin démarré (ce qui n'est pas pour me déplaire) et semble incapable de parler. Cela ne l'empêche pas d'être parfaitement intégré dans sa bande de copains, avec qui il regarde des films pornos, d'avoir une amoureuse, des rêves de voyages... et de se branler sur tout ça.
Sa vie bascule lorsque son père est arrêté pour avoir violenté sa mère au point de l'envoyer à l'hôpital. En l'absence des parents, c'est son oncle Yuuichi, un poulet plutôt ouvert et sympa, qui s'occupe de lui. Comme beaucoup d'enfants pour qui la vie n'est pas rose, Punpun s'efforce d'avancer sans réfléchir en mode "tout va bien", mentant à tous y compris à lui-même, porté par son amourette pour Aiko.
On arrive à ce moment frustrant où on se rend compte que malgré la richesse des thèmes abordés et la beauté du dessin, tout en détail et parfois proche du réalisme, cette série ne pourra pas être mise entre toutes les mains : les représentations de la violence, les allusions au sexe et les propos crus ne correspondent pas aux plus jeunes.
Un manga intrigant, parfois malaisant, qui m'a fait un peu penser à Sunny _ je ne saurais dire pourquoi, le graphisme n'ayant rien à voir.. C'est pas pour les gamins !
Bonne nuit Punpun - 2 - 2012
Pourtant très convaincue par le début de l'histoire de Punpun, un enfant-poulet végétant au milieu d'une famille instable et en périphérie d'une bande d'amis turbulents, j'avais mis en stand-by la lecture de ce manga ô combien déroutant. C'est au détour d'une sortie pédagogique avec la classe inscrite au projet Jeunes en Librairie que j'ai eu envie de m'y remettre, la libraire l'ayant présenté aux élèves comme l'une de ses séries préférées.
Résumé :
Punpun profite des vacances pour faire les quatre cents coups avec ses copains ; il se rapproche de plus en plus d'Aiko, qu'il aime de façon obsessionnelle. Mais la petite fille, également très attachée à lui, lui demande beaucoup et ça l'effraie : jusqu'où peut-il aller pour elle sans se mettre en danger ? Que se passera-t-il s'il ne se montre pas à la hauteur ?
Aussi, lorsque la fine équipe se lance à l'assaut d'une usine désaffectée pour y trouver un trésor et/ou un fantôme, Punpun a hâte que les démonstrations de courage se terminent...
En parallèle, la mère de Punpun s'apprête à sortir de l'hôpital, mais elle semble encore fragile. L'oncle Yuuichi reste vivre avec eux, le temps que tout rentre dans l'ordre.
Avis :
Tendre, cru, dérangeant.
Cette suite immédiate du tome 1 est encore plus introspective : le dessin nous fait entrer dans le monde intérieur de Punpun, déboussolé par une situation familiale peu sécurisante. Il est de moins en moins dupe des cachotteries des adultes qui l'entourent, et il a déjà bien compris qu'il ne pouvait pas leur faire confiance, et cela le contraint à gérer seul ses drames d'enfant. Le sentiment diffus de malaise qui pèse sur le manga depuis le début ne cesse de s'amplifier et de nous intriguer ; il est accentué par le réalisme sombre des décors, les mines étranges voire grimaçantes des personnages, toujours en contraste avec la face de poussin toute simple du héros.
Inio Asano parvient à parler efficacement de santé mentale et de sentiments dans l'enfance, période terrible où la moindre parole prend des proportions dramatiques !
Bonne nuit Punpun - 3 (2012)
Deux années sont passées. Punpun va au collège, il s'est mis au badminton et a changé de nom de famille : autant dire que beaucoup de choses ont changé dans sa vie ! Mais d'autres, non. Son obsession pour Aiko demeure intacte et le ronge d'autant plus qu'elle a maintenant un copain ; sa bande d'amis déglingués par leurs propres problèmes continuent d'égayer son quotidien. Et surtout, Punpun ne comprend toujours pas ce qu'il fout sur Terre !
Il partage son espace vital avec sa mère et avec son oncle Yuichi, sans se douter qu'il éprouve autant de difficultés relationnelles que ce dernier : l'un a le coeur brisé et n'arrive pas à détester son rival, l'autre se sent sale dès qu'il tente d'approcher un femme et fait tout capoter lorsqu'une opportunité se présente à lui.
Ce troisième tome est moins insoutenable que le précédent, même si son atmosphère reste lourde et tendue. Il est très introspectif et accorde beaucoup de place au personnage de l'oncle Yuichi, l'"adulte responsable" de la famille, dont personne ne soupçonne les failles.
Les dessins sont toujours d'une finesse époustouflante, précis comme des souvenirs marquants.
On sait que la suite va être dure, qu'on va avoir des révélations fracassantes, que non, l'éclaircie n'est pas pour demain, mais on continuera quand même parce que les personnages deviennent super attachants.
Intéressons nous aujourd'hui au premier tome de Cats, un manhwa qui raconte la vie quotidienne d'un chat "jaune tigré" (détail important) et de son humain, un jeune dessinateur un peu casanier. Au fil d'une cascade de gags sur fond de flatulences et de songes poissonneux, Kang Huyn-Jun met l'accent sur la complicité pleine de vacheries qui unit les deux protagonistes.
C'est plutôt marrant, même si j'avoue avoir eu un peu de mal à me mettre dans l'ambiance (voire carrément à comprendre quelques uns des 21 chapitres... mais je suis peut-être juste teubé, hein!). Non pas que l'humour scato me dérange, y a pas de mal à ça, simplement je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages. C'est bête, mais ça m'a bloquée que les humains de la BD soient désignés par des initiales _et pas par des prénoms...
Cependant, Cats sera forcément du bonbon pour les yeux pour les amis des chats et/ou pour ceux qui kiffent les dessins d'animaux en train de faire caca. Or il est possible que les amateurs de Chi, une vie de chat, de Simon's Cat ou encorede Street Fighting Cat se laissent un peu moins facilement séduire que les autres.
Impossible d'entrer dans une salle d'attente sans m'effondrer.
Je ne m'en aperçois que maintenant ; les larmes sont gérables presque partout ailleurs, mais pas dans les lieux médicaux. Quels qu'ils soient ils me transportent à Pellegrin ou à l'hôpital de Périgueux, ils me rappellent que les derniers moments partagés avec ma soeur sont des moments d'angoisse et de mauvaises nouvelles enrobées de sourires crispés.
Si tout le monde avait simplement fait son travail, à son échelle, cela ne se serait pas passé ainsi. C'est dur de les voir vivre et de la savoir morte.
Bêtes de somme - 1 - Mal de chiens
Titre original : Beasts of burden
Evan Dorkin (scénario) Jill Thompson (dessin)
Delcourt, 2012
Une bande de chiens et de chats menant une vie paisible dans la banlieue de Sommers Hill est régulièrement confrontée à des phénomènes surnaturels. Aucun d'entre eux n'a de super-pouvoirs... Certains ne sont même pas aventuriers dans l'âme... Tous ont leurs petits défauts. Mais ils savent se montrer courageux face aux épreuves, et ça compense : à l'insu des humains, et au prix de grandes trouilles, ils parviennent à ramener le calme dans le voisinage.
Leur succès est bientôt reconnu par le Sage Berger, un chien mage qu'ils invoquent lorsqu'ils sont en difficulté : il les promeut à leur tour "Sages Bergers" de leur secteur. Les voilà donc chargés d'enquêter sur l'origine du "mal" qui ronge Sommers Hill, et qui attire dans la zone tout un tas d'êtres maléfiques et d'événements paranormaux.
En effet, il s'en passe, des choses, dans ce premier tome découpé en une succession d'histoires courtes : une niche hantée, un loup garou, une grenouille géante, des zombies... Chaque chapitre peut être lu indépendamment, mais un fil rouge relie le tout.
Coup de coeur pour cette BD beaucoup trop méconnue ! On se croirait dans Ca de Stephen King, mais avec des chiens et des chats qui se vannent gentiment en prenant bien garde de ne pas louper l'heure de rentrer à la niche.
Au début, j'ai pensé que Bêtes de somme s'adressait à un jeune public, trompée par les (magnifiques) portraits d'animaux de Jill Thompson et le choix de couleurs printanières pour dépeindre les alentours de la petite banlieue américaine... Mais non, car la dimension horrifique de l'oeuvre est importante. C'est d'ailleurs frustrant de se dire qu'on ne pourra pas le glisser trop tôt dans les mains des enfants, car certains passages sont bouleversants dans le bon sens du terme, et vecteurs de messages positifs... D'autant que l'humour est aussi au rendez-vous.
Série découverte dans un épisode ancien du podcast Comicsphère (One Shots First #4) consacré aux animaux extraordinaires dans les comics.
La rousse la plus célèbre des cours de récréation depuis quelques années.
Mortelle Adèle - 1 - Tout ça finira mal
Mr Tan, Miss Prickly
Bayard Jeunesse, 2012
Depuis quelques années, les élèves s'arrachent les Mortelle Adèle quand ils viennent au CDI ; face à un tel phénomène, il a bien fallu s'y mettre !
Des couettes, un chaton dans les bras, une taille de hobbit, une jupe d'uniforme... on ne se méfie pas une seule seconde de la petite Adèle. Et pourtant, on devrait : cette enfant a toujours une idée sordide (et souvent très drôle aussi) derrière la tête !
Adèle a des parents attentionnés qu'elle taille dès qu'elle en a l'occasion, des camarades de classe, un amoureux qu'elle adore tyranniser ; pourtant, sa vie est un enfer, puisqu'elle déteste tout et tout le monde (ou presque) ! "Tout ça finira mal" est une succession de gags qui tiennent sur une ou deux pages, au cours desquelles on apprend à connaître cette héroïne très créative dans ses diableries et surtout très lucide sur le monde qui l'entoure. Faisant fi de l'autorité, Adèle n'hésite pas à mettre les pieds dans le plat pour dénoncer les failles des adultes _sans jamais dire aucun gros mot, soit dit en passant. Fuyez, Ariol, Tchoupi et autres gentils Pyjamasques, vous n'êtes pas prêts à assister à une dissection de poupée, ou à l'expédition à la benne d'un chaton (pas du tout) mort !
D'abord un peu réticente sur l'aspect de la BD, notamment sur le choix d'un petit format et sur la typographie des bulles, j'ai vite été entraînée par le ton peu conventionnel et l'humour noir de cette héroïne. Bien pire que la Helga Pataki de Hé Arnold, pas encore aussi siphonnée que la Villannelle de Killing Eve, Adèle vous déstabilisera tout en restant attachante _comme beaucoup de vrais enfants, en fait !
On appréciera la présence de quelques planches relayant des propos féministes, c'est toujours bon à prendre.
Il est important de savoir que Mr Tan a inventé ce personnage lorsqu'il était enfant, pendant une période où il se faisait harceler à l'école : avant d'arriver dans nos librairies et de faire rire les gosses, Adèle a été un exutoire pour son auteur. Je trouve ça vraiment fort, comme histoire !
On a déjà parlé de Mr Tan, Antoine Dole de son vrai nom, dans le billet consacré à son roman intitulé Naissance des coeurs de pierre.
Un peu d'heroic fantasy, parc que ça faisait longtemps !
Les forêts d'Opale - 1 - Le bracelet de Cohars
Arleston ; Pellet
Soleil, 2004
46p.
Le village de Drummor est en effervescence : ce n'est pas souvent qu'un barde s'arrête dans cette bourgade nichée au cœur de la forêt d'Opale ! L'événement est d'autant plus étrange qu'au même moment, un voyageur venu d'une contrée lointaine à dos de waphan (une chauve-souris géante) atterrit sur le seuil de l'unique auberge.
Ce dernier est chasseur et n'a d'autre but que de se rendre chez Melkior le verrier : lui seul peut lui fabriquer les lunettes qui lui permettront de ne plus manquer ses proies ! Son expédition va nous permettre de rencontrer le personnage principal de la BD : Darko, le fils de Melkior.
Le jeune Darko est loin d'imaginer que dans quelques heures, sa vie va être bouleversée par une cascade de révélations : il va apprendre que le barde Urfold est en fait son oncle, qu'il est venu là pour l'emmener loin du village, car il est l'héritier d'une lignée de puissants magiciens ; en cela, il devient une menace, et donc un homme à abattre pour les Prêtres de Lumière, une sorte de clergé qui règne d'une main de fer sur les peuples de la forêt.
Mais les inquisiteurs ont redoublé d'efficacité ; ils sont déjà aux portes de Drummor lorsque Darko s'apprête à partir après avoir reçu quelques instructions. Aura-t-il le temps de fuir en évitant un bain de sang ?
Ce premier tome arrive à bien nous motiver pour la suite, en situant bien l'univers (que les habitués du genre trouveront peut-être classique) sans nous perdre pour autant.
L'histoire est bien rythmée, les aventures s'enchaînent juste assez vite pour qu'on ne s'entende pas respirer, mais sans que ça fasse catalogue.
Les amateurs de Lanfeust, de créatures hybrides WTF, de fantasy non dénuée d'humour apprécieront particulièrement ! A suivre !
Je n'avais pas encore réussi à consulter la copie du "dossier médical intégral" de Marine, celle qui ne pouvait être obtenue que via le médecin traitant, soi-disant.
Le courage me manquait.
Je profite de quelques jours de congés pour m'y plonger.
C'est une blague...
Il ne contient que des lettres déjà envoyées au médecin, suivant la procédure habituelle : quand on consulte un spécialiste, ou quand on est hospitalisé, une lettre est envoyée d'office au généraliste.
Ces lettres, j'y ai déjà accès : Marine les avait reçues aussi, et rangées soigneusement de son vivant.
J'en déduis que le doc n'a rien demandé à l'hôpital, et qu'il a juste imprimé ou photocopié ce qu'il avait déjà dans son dossier, et qui concernait ma sœur, de près ou de loin. Zéro résultat de prise de sang. Rien sur le suivi d'oncologie. Rien sur les passages par le SAMU.
Il se fout vraiment de notre gueule.
Frère d'âme
David Diop
Seuil, 2018
Première guerre mondiale, en France. Alfa et Mademba sont deux tirailleurs sénégalais perdus dans l'horreur des tranchées ; ils viennent du même village, se connaissent depuis toujours, et se disent "plus que frères". Aussi, quand Mademba est mortellement blessé par l'attaque sournoise d'un ennemi, Alfa sombre doucement mais sûrement dans la folie : il vengera son ami, faute d'avoir eu le cran de l'achever lorsqu'il le lui a demandé.
Inquiet et effrayé de le voir régulièrement revenir du combat avec la main tranchée d'un allemand en guise de trophée, le capitaine Armand préfère renvoyer Alfa "à l'Arrière", le temps qu'il "se repose" _et qu'il se fasse soigner. Loin du champ de bataille, le Dr François va l'amener à raconter sa vie d'avant la guerre, avec son lot de bons moments et de peines.
Ici, la guerre est vue de l'intérieur ; elle est racontée par un jeune homme qui découvre le vaste monde de la pire des manières. Le vocabulaire est simple, souvent cru, toujours très imagé... Les phrases se répètent, au rythme du traumatisme qui tourne en boucle dans la tête d'Alfa, et au fil de ses questions existentielles : qu'y a-t-il derrière les sourires et les yeux des autres ? Serait-il vraiment le "sorcier", le "dévoreur d'âmes" qu'on le soupçonne d'être ?
Un roman troublant, surtout dans les derniers chapitres qui peuvent être interprétés différemment d'un lecteur à l'autre _et causer un certain malaise. Il montre que la guerre peut tuer de bien des façons.
Prix Goncourt des lycéens 2018.
A partir de 16 ans, mais il me paraît accessible pour des 3ème (d'autant que ça correspond à leur programme d'histoire)