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lundi 20 avril 2026

[CINEMA] Romeria. Carla Simon (2025)

Qu'est-ce que je vais dire à mes neveux, dans quelques années, quand ils me demanderont de quoi leur mère est morte ? 

A l'heure qu'il est, on n'a aucune réponse claire à leur apporter. 


Romeria 

Réalisation : Carla Simon 

2025 

Distribution Ad Vitam 

Eté 2004, en Espagne. 

Marina a été adoptée car ses parents sont morts quand elle était petite. A présent, elle voudrait faire des études de cinéma, mais sa demande de bourse bloque car elle doit fournir un document d'état civil faisant mention de Fon, son père biologique qu'elle n'a jamais connu. 

La voilà donc partie en Galice, un sac sur le dos et un caméscope dans la main, à la rencontre de la famille de Fon. Officiellement pour voir si ses grands-parents peuvent l'aider à résoudre son souci administratif. Officieusement, pour en savoir plus sur ses origines. Ces quelques jours au bord de l'Atlantique ont beau avoir des airs de vacances, Marina est surtout là pour tenter de comprendre ce qui s'est passé dans la vie de ses parents, quelques mois avant sa naissance. Bien sûr, elle sait déjà pas mal de choses _et sans doute plus qu'elle ne devrait_ grâce au journal intime légué par sa mère. Mais il manque encore beaucoup de pièces dans le puzzle. 

Elle se rend vite compte que la famille de Fon est tentaculaire, complexe, et qu'elle n'y est pas forcément la bienvenue ; derrière les sourires et les embrassades, Marina perçoit _et nous aussi_ les tensions, les contradictions, les messes basses. Les grands-parents tiennent les ficelles de la maisonnée en patriarches, veillant au grain et protégeant les leurs des indiscrets. 

Une même question amenant des réponses différentes, la jeune étudiante en cinéma a du mal à démêler le vrai du faux ; parfois, se fier à ses intuitions et à son imagination nous rapproche de la vérité plus que prévu. Ou au moins de s'en créer une satisfaisante. 

Romeria est une quête d'identité qui s'inspire largement de la vie de la réalisatrice Carla Simon, d'après ce que j'ai compris ; certaines scènes sonnent juste, comme les immersions dans les regroupements de familles, où on ne sait plus vraiment qui est le cousin de qui, et où les gosses sautent partout dans un vacarme qui ne comble pas les non-dits pour autant ! Ou encore les moments passés en mer, sur le bateau de l'oncle Lois, où seul un Nokia 3310 devait pouvoir arriver à capter, à l'époque ! Bizarrement, ces moments-là m'ont eu peu perdue... 

Cependant _c'est pas spoiler de le dire, on l'apprend assez vite, ce film a l'avantage de parler de drogue et de VIH ouvertement, sans juger. Marina le revendique, sinon fièrement, au moins avec une certaine assurance : oui, ses parents étaient accros à l'héroïne et sont morts du Sida, il n'est plus temps de le cacher ou d'en avoir honte. 

Belle découverte qui m'encourage à aller voir les deux autres films de la réalisatrice ; j'ai juste été dérangée par le regard que Marina porte sur l'un de ses cousins. Nul doute que ça ait voulu dire quelque chose de psychanalytique, mais j'ai pas compris quoi et du coup ça m'a parasitée plus qu'autre chose. 

   


vendredi 17 avril 2026

[BD] L'été fantôme. Elizabeth Holleville (2018) / Salvatore - 1 - Transports amoureux. Nicolas de Crécy (2005)

Un été, alors qu'on était enfants, un couple de retraités et leur petite fille ont loué le pavillon voisin du nôtre pour les vacances. Il était habituellement inoccupé ; leur remue-ménage a vaguement intrigué le quartier, mais nous n'y avons pas prêté attention jusqu'à ce que la gamine, qui avait deux ans de plus que moi, débarque chez nous sans trop y mettre les formes. Coiffée d'une casquette de marin, elle s'appelait Paola et venait me chercher pour "jouer". Comme elle semblait plus disposée à s'amuser chez nous que chez elle, mes parents n'y virent pas d'inconvénient. J'étais assez perplexe, ne sachant trop que faire pour donner le change. Mais le choses se firent naturellement : Paola menait la danse, sans pour autant jouer la chef. Marine ne tarda pas à nous rejoindre, amusant la galerie avec sa sucette et ses commentaires de petit enfant. On a joué à cache-cache pendant ce qui m'a paru des heures. Il faisait agréablement chaud sous notre garage fait d'arceaux de jardin qui sentait le nylon et le plastique. J'ai tout de suite bien aimé Paola, parce qu'elle ne faisait pas de manières et ne jugeait personne. Elle se foutait que je sois craintive et maladroite, ou que ma grand-mère fasse la pute... puisque, contrairement à tous les autres gosses des alentours, elle n'en savait rien !

Ces vacances d'été, ainsi que les suivantes, ont été douces car égayées par le passage des Decaro ; en effet, un an plus tard, Paola et ses vieux sont revenus avec Mariano et Anaïs, les deux plus jeunes de la fratrie. Ils venaient de Wattrelos dans le Nord. C'était marrant, même si Paola et moi nous rendions bien compte que mes parents commençaient à être un peu saoulés de voire tout ce petit monde prendre ses aises en sautant partout. D'autant que la présence des petits venait torpiller notre amitié tranquille. Malgré tout, je garde un très bon souvenir de cette époque. 

Le joyeux bordel a duré quelques saisons. Puis est venue ce jour de juin étrange où, en rentrant de l'école, j'ai vu les volets des voisins ouverts et j'ai entendu le grand-père crier "Ulla !" C'était le nom de leur chienne (ouais, comme le Minitel des plans cul). Je me suis aussitôt dit "Ah super, Paola est revenue !" 

Paola était là en effet, mais j'avais du mal à la reconnaître ! Elle avait dû prendre 20 cm, avait les cheveux coupés carrés et lissés _ où étaient ses boucles emmêlées qui faisaient balle de foin ?, elle parlait d'une voix forte et assurée. J'ai voulu lui montrer mon nouveau vélo, encore trop grand pour moi mais trop petit pour elle. Par pure politesse, elle a fait un tour dans le jardin pour l'essayer, mais il était évident qu'elle n'en avait rien à battre. "Ahah, putain, la selle fait mal au cul !", avait-elle dit en le reposant. Cette soudaine vulgarité me déstabilisa, je crois qu'elle s'en rendit compte et trouva vite un prétexte pour s'éclipser gentiment. 

A partir de là, elle passa l'été à m'esquiver ; je voyais le rideau se tirer quand je passais devant chez elle. D'ailleurs, je ne cherchai pas à lui courir après : au contraire, je l'évitais aussi, redoutant la gêne qu'aurait causée notre rencontre. On avait compris qu'on n'aurait plus grand chose à se dire maintenant, et ce n'était ni sa faute, ni la mienne.  




L'été fantôme 

Elizabeth Holleville 

Glénat, 2018 

Comme tous les étés, Louison, sa grande sœur et leurs cousines passent les vacances chez leur grand-mère. Le soleil

du sud, la plage toute proche, une maison de campagne remplie de vieilleries et un jardin spacieux : tous

les ingrédients sont là pour passer un bon séjour, et Louison se sent d’attaque pour en profiter pleinement.

Mais cette année, elle voit bien que quelque chose a changé : sa sœur et ses cousines ont grandi.

Elles n’ont plus le temps de jouer avec elle, occupées qu’elles sont à s’épiler et à faire le mur pour aller draguer

les surfeurs.  


Aussi, Louison se retrouve-t-elle souvent seule avec son troll, sa mamie qui commence à perdre la boule et le chien

qui jappe trop fort pour le voisin. Une nuit, une fillette fantôme lui rend visite pour lui tenir compagnie : il s’agit

de Lise, la soeur de sa grand-mère, décédée dans des circonstances mystérieuses alors qu’elle était encore enfant.

Entre Louison recalée aux portes de l’adolescence et Lise condamnée à ne jamais quitter le jardin familial,

une grande complicité se noue. 

Au-delà d’une camaraderie fantastique _mais pas toujours saine ! entre Louison et le fantôme de sa grand-tante,

L’été fantôme est une oeuvre forte par ce qu’elle suggère par l’image sans dire par les mots : cela va de la mamie qui ne

répond rien lorsqu’on lui fait remarquer ses trous de mémoires, au silence qui s’installe lorsqu’on tombe sur une

photo de Lise accrochée au mur, jusqu’à l’absence d’enthousiasme de la cousine Sophie face aux baigneurs qui

roulent des mécaniques. On y comprend que grandir ne va pas de soi et peut effrayer, et que certains passages ne

se font pas sans douleur. 

Cette BD remue positivement ! Sans le podcast la Voix des Bulles (One Eye Club), je serais sans doute passée à côté… 


Salvatore - 1 - Transports amoureux 

Nicolas de Crécy 

Dupuis, 2005 




Le chien Salvatore est un mécano virtuose tellement bourru et solitaire qu'il a planté son garage en haut d'une montagne, de façon à ce qu'on ne vienne pas le déranger trop souvent. Son excellente réputation lui vaut néanmoins la visite d'Amandine, une gentille truie myope sur le point d'accoucher de douze porcelets, bien décidée à faire réparer sa voiture au péril de sa vie !  

Salvatore s'exécute, et Amandine repart. Elle ne sait pas que le garagiste a "volé" un pièce de sa voiture, une pièce dont il a besoin pour construire le bolide qui lui permettra de réaliser le rêve de toute une vie : partir sillonner l'Amérique du Sud afin de retrouver Julie, son amour de jeunesse. 

A présent, il n'est plus qu'à un bête adaptateur de Bentley d'étrenner la "JulieMobile"... mais cette dernière pièce ne fait que lui filer entre les doigts ! Va-t-il arriver à la dégotter, finalement ? Amandine réussira-t-elle à mettre bas sans encombre ? 

Une bande dessinée jeunesse (j'aurais pas dit, à la lecture des premières planches) complètement déjantée, poétique à sa manière et teintée d'humour noir. Elle a été réalisée par Nicolas de Crécy, alors si vous aimez les (belles) bagnoles, les détails (mécanique), les couleurs et les paysages montagnards ou urbains, vous serez servis. 

Hâte de lire le tome 2, j'avoue avoir été assez séduite !