vendredi 17 avril 2026

[BD] L'été fantôme. Elizabeth Holleville (2018) / Salvatore - 1 - Transports amoureux. Nicolas de Crécy (2005)

Un été, alors qu'on était enfants, un couple de retraités et leur petite fille ont loué le pavillon voisin du nôtre pour les vacances. Il était habituellement inoccupé ; leur remue-ménage a vaguement intrigué le quartier, mais nous n'y avons pas prêté attention jusqu'à ce que la gamine, qui avait deux ans de plus que moi, débarque chez nous sans trop y mettre les formes. Coiffée d'une casquette de marin, elle s'appelait Paola et venait me chercher pour "jouer". Comme elle semblait plus disposée à s'amuser chez nous que chez elle, mes parents n'y virent pas d'inconvénient. J'étais assez perplexe, ne sachant trop que faire pour donner le change. Mais le choses se firent naturellement : Paola menait la danse, sans pour autant jouer la chef. Marine ne tarda pas à nous rejoindre, amusant la galerie avec sa sucette et ses commentaires de petit enfant. On a joué à cache-cache pendant ce qui m'a paru des heures. Il faisait agréablement chaud sous notre garage fait d'arceaux de jardin qui sentait le nylon et le plastique. J'ai tout de suite bien aimé Paola, parce qu'elle ne faisait pas de manières et ne jugeait personne. Elle se foutait que je sois craintive et maladroite, ou que ma grand-mère fasse la pute... puisque, contrairement à tous les autres gosses des alentours, elle n'en savait rien !

Ces vacances d'été, ainsi que les suivantes, ont été douces car égayées par le passage des Decaro ; en effet, un an plus tard, Paola et ses vieux sont revenus avec Mariano et Anaïs, les deux plus jeunes de la fratrie. Ils venaient de Wattrelos dans le Nord. C'était marrant, même si Paola et moi nous rendions bien compte que mes parents commençaient à être un peu saoulés de voire tout ce petit monde prendre ses aises en sautant partout. D'autant que la présence des petits venait torpiller notre amitié tranquille. Malgré tout, je garde un très bon souvenir de cette époque. 

Le joyeux bordel a duré quelques saisons. Puis est venue ce jour de juin étrange où, en rentrant de l'école, j'ai vu les volets des voisins ouverts et j'ai entendu le grand-père crier "Ulla !" C'était le nom de leur chienne (ouais, comme le Minitel des plans cul). Je me suis aussitôt dit "Ah super, Paola est revenue !" 

Paola était là en effet, mais j'avais du mal à la reconnaître ! Elle avait dû prendre 20 cm, avait les cheveux coupés carrés et lissés _ où étaient ses boucles emmêlées qui faisaient balle de foin ?, elle parlait d'une voix forte et assurée. J'ai voulu lui montrer mon nouveau vélo, encore trop grand pour moi mais trop petit pour elle. Par pure politesse, elle a fait un tour dans le jardin pour l'essayer, mais il était évident qu'elle n'en avait rien à battre. "Ahah, putain, la selle fait mal au cul !", avait-elle dit en le reposant. Cette soudaine vulgarité me déstabilisa, je crois qu'elle s'en rendit compte et trouva vite un prétexte pour s'éclipser gentiment. 

A partir de là, elle passa l'été à m'esquiver ; je voyais le rideau se tirer quand je passais devant chez elle. D'ailleurs, je ne cherchai pas à lui courir après : au contraire, je l'évitais aussi, redoutant la gêne qu'aurait causée notre rencontre. On avait compris qu'on n'aurait plus grand chose à se dire maintenant, et ce n'était ni sa faute, ni la mienne.  




L'été fantôme 

Elizabeth Holleville 

Glénat, 2018 

Comme tous les étés, Louison, sa grande sœur et leurs cousines passent les vacances chez leur grand-mère. Le soleil

du sud, la plage toute proche, une maison de campagne remplie de vieilleries et un jardin spacieux : tous

les ingrédients sont là pour passer un bon séjour, et Louison se sent d’attaque pour en profiter pleinement.

Mais cette année, elle voit bien que quelque chose a changé : sa sœur et ses cousines ont grandi.

Elles n’ont plus le temps de jouer avec elle, occupées qu’elles sont à s’épiler et à faire le mur pour aller draguer

les surfeurs.  


Aussi, Louison se retrouve-t-elle souvent seule avec son troll, sa mamie qui commence à perdre la boule et le chien

qui jappe trop fort pour le voisin. Une nuit, une fillette fantôme lui rend visite pour lui tenir compagnie : il s’agit

de Lise, la soeur de sa grand-mère, décédée dans des circonstances mystérieuses alors qu’elle était encore enfant.

Entre Louison recalée aux portes de l’adolescence et Lise condamnée à ne jamais quitter le jardin familial,

une grande complicité se noue. 

Au-delà d’une camaraderie fantastique _mais pas toujours saine ! entre Louison et le fantôme de sa grand-tante,

L’été fantôme est une oeuvre forte par ce qu’elle suggère par l’image sans dire par les mots : cela va de la mamie qui ne

répond rien lorsqu’on lui fait remarquer ses trous de mémoires, au silence qui s’installe lorsqu’on tombe sur une

photo de Lise accrochée au mur, jusqu’à l’absence d’enthousiasme de la cousine Sophie face aux baigneurs qui

roulent des mécaniques. On y comprend que grandir ne va pas de soi et peut effrayer, et que certains passages ne

se font pas sans douleur. 

Cette BD remue positivement ! Sans le podcast la Voix des Bulles (One Eye Club), je serais sans doute passée à côté… 


Salvatore - 1 - Transports amoureux 

Nicolas de Crécy 

Dupuis, 2005 




Le chien Salvatore est un mécano virtuose tellement bourru et solitaire qu'il a planté son garage en haut d'une montagne, de façon à ce qu'on ne vienne pas le déranger trop souvent. Son excellente réputation lui vaut néanmoins la visite d'Amandine, une gentille truie myope sur le point d'accoucher de douze porcelets, bien décidée à faire réparer sa voiture au péril de sa vie !  

Salvatore s'exécute, et Amandine repart. Elle ne sait pas que le garagiste a "volé" un pièce de sa voiture, une pièce dont il a besoin pour construire le bolide qui lui permettra de réaliser le rêve de toute une vie : partir sillonner l'Amérique du Sud afin de retrouver Julie, son amour de jeunesse. 

A présent, il n'est plus qu'à un bête adaptateur de Bentley d'étrenner la "JulieMobile"... mais cette dernière pièce ne fait que lui filer entre les doigts ! Va-t-il arriver à la dégotter, finalement ? Amandine réussira-t-elle à mettre bas sans encombre ? 

Une bande dessinée jeunesse (j'aurais pas dit, à la lecture des premières planches) complètement déjantée, poétique à sa manière et teintée d'humour noir. Elle a été réalisée par Nicolas de Crécy, alors si vous aimez les (belles) bagnoles, les détails (mécanique), les couleurs et les paysages montagnards ou urbains, vous serez servis. 

Hâte de lire le tome 2, j'avoue avoir été assez séduite !



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