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vendredi 17 avril 2026

[BD] L'été fantôme. Elizabeth Holleville (2018) / Salvatore - 1 - Transports amoureux. Nicolas de Crécy (2005)

Un été, alors qu'on était enfants, un couple de retraités et leur petite fille ont loué le pavillon voisin du nôtre pour les vacances. Il était habituellement inoccupé ; leur remue-ménage a vaguement intrigué le quartier, mais nous n'y avons pas prêté attention jusqu'à ce que la gamine, qui avait deux ans de plus que moi, débarque chez nous sans trop y mettre les formes. Coiffée d'une casquette de marin, elle s'appelait Paola et venait me chercher pour "jouer". Comme elle semblait plus disposée à s'amuser chez nous que chez elle, mes parents n'y virent pas d'inconvénient. J'étais assez perplexe, ne sachant trop que faire pour donner le change. Mais le choses se firent naturellement : Paola menait la danse, sans pour autant jouer la chef. Marine ne tarda pas à nous rejoindre, amusant la galerie avec sa sucette et ses commentaires de petit enfant. On a joué à cache-cache pendant ce qui m'a paru des heures. Il faisait agréablement chaud sous notre garage fait d'arceaux de jardin qui sentait le nylon et le plastique. J'ai tout de suite bien aimé Paola, parce qu'elle ne faisait pas de manières et ne jugeait personne. Elle se foutait que je sois craintive et maladroite, ou que ma grand-mère fasse la pute... puisque, contrairement à tous les autres gosses des alentours, elle n'en savait rien !

Ces vacances d'été, ainsi que les suivantes, ont été douces car égayées par le passage des Decaro ; en effet, un an plus tard, Paola et ses vieux sont revenus avec Mariano et Anaïs, les deux plus jeunes de la fratrie. Ils venaient de Wattrelos dans le Nord. C'était marrant, même si Paola et moi nous rendions bien compte que mes parents commençaient à être un peu saoulés de voire tout ce petit monde prendre ses aises en sautant partout. D'autant que la présence des petits venait torpiller notre amitié tranquille. Malgré tout, je garde un très bon souvenir de cette époque. 

Le joyeux bordel a duré quelques saisons. Puis est venue ce jour de juin étrange où, en rentrant de l'école, j'ai vu les volets des voisins ouverts et j'ai entendu le grand-père crier "Ulla !" C'était le nom de leur chienne (ouais, comme le Minitel des plans cul). Je me suis aussitôt dit "Ah super, Paola est revenue !" 

Paola était là en effet, mais j'avais du mal à la reconnaître ! Elle avait dû prendre 20 cm, avait les cheveux coupés carrés et lissés _ où étaient ses boucles emmêlées qui faisaient balle de foin ?, elle parlait d'une voix forte et assurée. J'ai voulu lui montrer mon nouveau vélo, encore trop grand pour moi mais trop petit pour elle. Par pure politesse, elle a fait un tour dans le jardin pour l'essayer, mais il était évident qu'elle n'en avait rien à battre. "Ahah, putain, la selle fait mal au cul !", avait-elle dit en le reposant. Cette soudaine vulgarité me déstabilisa, je crois qu'elle s'en rendit compte et trouva vite un prétexte pour s'éclipser gentiment. 

A partir de là, elle passa l'été à m'esquiver ; je voyais le rideau se tirer quand je passais devant chez elle. D'ailleurs, je ne cherchai pas à lui courir après : au contraire, je l'évitais aussi, redoutant la gêne qu'aurait causée notre rencontre. On avait compris qu'on n'aurait plus grand chose à se dire maintenant, et ce n'était ni sa faute, ni la mienne.  




L'été fantôme 

Elizabeth Holleville 

Glénat, 2018 

Comme tous les étés, Louison, sa grande sœur et leurs cousines passent les vacances chez leur grand-mère. Le soleil

du sud, la plage toute proche, une maison de campagne remplie de vieilleries et un jardin spacieux : tous

les ingrédients sont là pour passer un bon séjour, et Louison se sent d’attaque pour en profiter pleinement.

Mais cette année, elle voit bien que quelque chose a changé : sa sœur et ses cousines ont grandi.

Elles n’ont plus le temps de jouer avec elle, occupées qu’elles sont à s’épiler et à faire le mur pour aller draguer

les surfeurs.  


Aussi, Louison se retrouve-t-elle souvent seule avec son troll, sa mamie qui commence à perdre la boule et le chien

qui jappe trop fort pour le voisin. Une nuit, une fillette fantôme lui rend visite pour lui tenir compagnie : il s’agit

de Lise, la soeur de sa grand-mère, décédée dans des circonstances mystérieuses alors qu’elle était encore enfant.

Entre Louison recalée aux portes de l’adolescence et Lise condamnée à ne jamais quitter le jardin familial,

une grande complicité se noue. 

Au-delà d’une camaraderie fantastique _mais pas toujours saine ! entre Louison et le fantôme de sa grand-tante,

L’été fantôme est une oeuvre forte par ce qu’elle suggère par l’image sans dire par les mots : cela va de la mamie qui ne

répond rien lorsqu’on lui fait remarquer ses trous de mémoires, au silence qui s’installe lorsqu’on tombe sur une

photo de Lise accrochée au mur, jusqu’à l’absence d’enthousiasme de la cousine Sophie face aux baigneurs qui

roulent des mécaniques. On y comprend que grandir ne va pas de soi et peut effrayer, et que certains passages ne

se font pas sans douleur. 

Cette BD remue positivement ! Sans le podcast la Voix des Bulles (One Eye Club), je serais sans doute passée à côté… 


Salvatore - 1 - Transports amoureux 

Nicolas de Crécy 

Dupuis, 2005 




Le chien Salvatore est un mécano virtuose tellement bourru et solitaire qu'il a planté son garage en haut d'une montagne, de façon à ce qu'on ne vienne pas le déranger trop souvent. Son excellente réputation lui vaut néanmoins la visite d'Amandine, une gentille truie myope sur le point d'accoucher de douze porcelets, bien décidée à faire réparer sa voiture au péril de sa vie !  

Salvatore s'exécute, et Amandine repart. Elle ne sait pas que le garagiste a "volé" un pièce de sa voiture, une pièce dont il a besoin pour construire le bolide qui lui permettra de réaliser le rêve de toute une vie : partir sillonner l'Amérique du Sud afin de retrouver Julie, son amour de jeunesse. 

A présent, il n'est plus qu'à un bête adaptateur de Bentley d'étrenner la "JulieMobile"... mais cette dernière pièce ne fait que lui filer entre les doigts ! Va-t-il arriver à la dégotter, finalement ? Amandine réussira-t-elle à mettre bas sans encombre ? 

Une bande dessinée jeunesse (j'aurais pas dit, à la lecture des premières planches) complètement déjantée, poétique à sa manière et teintée d'humour noir. Elle a été réalisée par Nicolas de Crécy, alors si vous aimez les (belles) bagnoles, les détails (mécanique), les couleurs et les paysages montagnards ou urbains, vous serez servis. 

Hâte de lire le tome 2, j'avoue avoir été assez séduite !



mardi 24 décembre 2024

[CONCOURS LECTURE 3°, oui je sais, ça a changé] La magnifique - Anne Laure Bondoux (2005)

La mise en place inéluctable de ce fameux Choc des Savoirs, contre lequel nous avons tant lutté l'année dernière, nous casse déjà les noix ! La répartition des profs de lettres du collège a changé pour les nécessités de l'alignement des classes ouvertes aux groupes de besoins, et les collègues avec qui nous devions mettre en place un concours de lecture en 6ème... n'ont plus de 6ème, ce qui gêne un peu le bon déroulement du projet, ahah ! 

Du coup, on a essayé de faire plancher les 3ème là-dessus, en changeant la liste d'œuvres évidemment _exit Miss Crampon et l'histoire du furet qui pue) en dirigeant les objectifs sur une restitution en format podcast des lectures, et en ouvrant la possibilité de présenter leur travail à l'oral du DNB. 

Petit zoom sur l'un des titres figurant dans notre "sélection 3ème". 

La Magnifique (Pépites) - Anne-Laure Bondoux (2005)

C'est l'histoire d'une rousse à gros seins, d'un manchot et d'un cul-de-jatte qui traversent l'Amérique dans une cariole... 

Bella Rossa, 20 ans, enchaîne les déconvenues depuis sa naissance : sa mère a fui leur foyer familial de Maussad-Vallée, une contrée reculée de l'ouest américain qui porte bien son nom ; sa poitrine énorme lui vaut d'être reluquée et harcelée constamment par les mecs du coin. Cerise sur le gâteau, elle doit subvenir aux besoins d'un père paralysé et alcoolique qui la battrait encore si ses jambes pouvaient le porter... 

On l'imagine, Bella Rossa n'a pas eu d'autre choix que de faire preuve de caractère pour s'imposer et survivre. 

Lorsque la guerre éclate et que les balles commencent à siffler trop près de la ferme, la jeune femme saute sur l'occasion pour changer de vie. Sans lui laisser le temps de s'opposer, elle charge son père dans la charrette et se lance à la poursuite de son rêve d'enfant : devenir colporteuse. Les calamités ne font que commencer, les rencontres plus ou moins heureuses vont s'enchaîner... 

Avis de lecture

La magnifique est un road-trip sur fond de chercheurs d'or, de batailles et d'essor de la modernité. Mais c'est surtout l'histoire d'une femme parmi tant d'autres, qui doit lutter constamment pour être respectée, dont l'amour propre sera brisé à plusieurs reprises par l'homme qu'elle aime. Qui verra le cœur sous les seins, sous la carapace de brute épaisse ? 

Ce roman jeunesse est indiqué 13 ans et +, ce qui me paraît approprié, mais reste tout à fait intéressant pour des 3ème. Il est surtout surprenant dans sa tonalité : Anne-Laure Bondoux, que je découvre après en avoir entendu le plus grand bien, a l'art de raconter les drames avec légèreté. On hésite entre rire et pleurer devant le fatalisme de l'héroïne face aux mésaventures cruelles et cyniques qui lui tombent dessus... Il  y a décidément un côté féministe dans ce livre, même si la quatrième de couverture n'y fait pas allusion.

On ne voit pas passer les 350 pages réparties en chapitres très courts. 


vendredi 24 septembre 2021

[MANWHA] La Bicyclette Rouge - 1 - "Yahwari". Kim Dong Hwa (2005)

Le vent me soufflait dans la figure, mais ce n'était pas désagréable en soi. On était au mois de mai, la route était sèche. Tout allait bien, mais j'étais tétanisée de peur en descendant le boulevard à vélo, les mains tellement serrées sur le guidon et sur les freins que c'était un coup à se faire des cloques. Serrée sur la file de droite, je sentais les voitures me frôler jusqu'à remettre en cause mon équilibre, et j'appréhendais le rond point que j'allais devoir prendre cent mètres plus bas. David était un habitué, et, bien que parti plus tard du collège, il m'avait rattrapée car il avait l'art de se glisser entre les voitures avec assurance. 

"J'ai trop peur, je comprends rien à ce qui se passe ! C'est rare que je vienne à vélo." C'est tout ce que j'avais trouvé à lui dire mais bon, c'était mieux que rien. 

"C'est simple ! Si le feu est rouge tu t'arrêtes, et si c'est vert, tu avances !" Avait-il dit en rigolant, et il m'avait proposé qu'on prenne le même chemin pour rentrer, vu qu'on habitait dans le même secteur. Il suffisait qu'il sorte une connerie de ce style pour qu'on soit aussitôt convaincus que tout allait bien se passer. 

J'avais quand même décliné la proposition, par peur de me casser la gueule à côté de lui. La fierté m'avait poussée sur l'itinéraire bis, comme toujours. Il ne s'en était pas offusqué car il était du genre à prendre les gens comme ils étaient et les choses comme elles venaient. Son vélo rouge et argenté s'était faufilé dans les embouteillages avant de disparaître. 



C'est la première fois que je lis un manwha, un "manga coréen" ; à vrai dire, je n'avais pas spécialement l'intention de commencer, mais en passant en revue le rayon manga de la bibliothèque Marguerite Duras, je suis tombée sur le tome 1 de La Bicyclette Rouge, de Kim Dong-Hwa. Sa couverture blanc cassé, sur laquelle est seulement dessiné un jeune cycliste au visage serein levé vers le ciel était fort parlante. Quelques jours plus tôt, je ne l'aurais peut-être même pas remarqué. Mais là, je l'ai emprunté et j'ai commencé à le lire dans le RER. 

L'histoire,... 

... ou plutôt les nombreuses petites histoires qui composent cette BD racontent la tournée quotidienne d'un facteur sillonnant le village coréen de Yahwari avec son vélo rouge. Au fil de son parcours somme toute routinier, le jeune homme ne s'ennuie jamais : il fait parfois des rencontres insolites, aime discuter avec les habitants _qui sont souvent des personnes âgées isolées, s'accorde quelques pauses sur le chemin du retour pour s'extasier devant la beauté du paysage rural. 

Ses pérégrinations nous donnent un aperçu de ce à quoi peut ressembler la vie à la campagne, en Corée, j'imagine, mais je n'ai pas suffisamment de connaissances sur ce pays pour l'assurer. De toute façon, les frontières s'effacent devant les micro-drames qui ponctuent la vie de Yahwari : d'où qu'on vienne, on reconnaîtra bien une vieille voisine ou un copain derrière certains villageois.   



Avec son enchaînement de portraits qui tiennent sur deux planches, parfois un peu plus, cette BD ressemble à un recueil de poèmes organisé en grands chapitres thématiques dont le titre commence presque toujours par "histoires de" _ "histoires de mères", "histoires de fleurs", "histoires des gens de là-haut". Mais la poésie ne se ressent pas que dans la forme du livre : elle est présente partout : dans les boîtes aux lettres des plus créatifs, dans les paysages doux et colorés, autour des bancs des habitants les plus âgés, sur le visage (presque) toujours souriant du facteur qui sert de fil rouge à l'ensemble... 

Jeunes, vieux, riches, pauvres, munis d'un téléphone portable (la BD est sortie en 2005 en France, remember les premiers portables à clapet !) ou complètement déconnectés... Tous attendent le messager, tiraillés entre l'impatience de le voir venir et la crainte de ne rien avoir. La lettre qui arrive rappelle qu'on existe pour quelqu'un et fait immanquablement chaud au coeur ; au contraire, la boîte aux lettres vide nous renvoie cruellement notre solitude en pleine tête.  

J'avais le Motorola V220 ; il a tenu sept ans, le bougre ! 

L'énigme sous la casquette 

Que sait-on de l'homme au vélo à l'issue des 140 premières pages de la série ? Pas grand chose. Où vit-il exactement ? Comment s'appelle-t-il ? Ce n'est pas dans ce premier opus qu'on aura la réponse, en tous cas. Il est ici résumé à sa fonction ; d'ailleurs, le titre-même de la série _ La Bicyclette rouge_ ne lui laisse aucune place. Pourtant, il n'est pas non plus complètement transparent : il s'adresse au lecteur, aux habitants, il n'a aucun mal à exprimer ses émotions, ses goûts, à parler de ses centres d'intérêt et à faire preuve d'empathie. Il semble avoir une vie solitaire et sans souci, comme hors du temps ; mais en fait, on n'en sait rien. On en apprend beaucoup plus sur la vie des gens qu'il visite que sur lui-même. 

  

 
Peut-être faut-il voir dans ce jeune facteur à couette une incarnation du temps présent ; il est là, on le regarde passer sans s'en rendre compte, car on est trop préoccupé par ce qu'il va vous apporter pour en profiter. D'ailleurs, seuls les vieux, les philosophes et les poètes parviennent à l'apprécier pour lui-même. 

Vous l'aurez compris, on n'est pas du tout dans Bienvenue chez les Ch'tis, mais plutôt dans "bienvenue au pays des gens qui soufflent sur les fleurs de pissenlits et qui trouvent leur envol fascinant". Vive la quiétude, les tons pastels, les couchers de soleil à la campagne, la nostalgie des vieilles mères qui attendent en vain des nouvelles de leur descendance overbookée, les frères et sœurs qui sollicitent le facteur pour s'envoyer des citrouilles parce que "c'est sur son chemin". 



Un peu de douceur ne fait pas de mal, et j'ai vraiment beaucoup apprécié cette lecture ; elle est tombée à point nommé, et je compte bien poursuivre la série. C'est du bonbon pour les yeux et pour l'esprit. Mais tout le monde n'aimera pas, c'est certain.  

Kim Dong Hwa. La Bicyclette Rouge - 1 - "Yahwari". Paquet, 2005. 140 p. ISBN 2-88890-022-X


vendredi 8 mai 2020

[COMICS] Superman : identité secrète - 1 - Kurt Busiek ; Stuart Immonen (2005)


Je vous ai sûrement déjà parlé de Mélanie, ma copine de lycée qui était fan numéro 1 de Harry Potter, de Garou ET de Roch Voisine. C'est avec elle que je suis allée voir Charlie et la chocolaterie au cinéma de Saint-Astier, plus pour lui faire plaisir qu'autre chose. J'aurais bien du mal à mettre des mots sur notre amitié qui a été sincère mais pleine de heurts ; je crois qu'on s'appréciait autant qu'on s'agaçait l'une l'autre. Au téléphone, elle était tout simplement intarissable, et je maudissais les jours où elle m'envoyait un SMS du type : "eh, ce soir Orange Mobicarte offre une soirée appels et SMS illimités de 21h à minuit ! On se dit à tout à l'heure, 21h01 !". De son côté, elle se désespérait de devoir tenir la conversation à bouts de bras, parce qu'à cette époque je communiquais exclusivement par grognements (et aujourd'hui aussi, d'ailleurs). Mais le fait est que je ne loupais aucun de nos rendez-vous téléphoniques ; parfois, je regrette cette camaraderie innocente, sans prise de tête ait fini par se laisser corrompre _à moins que ce soit moi qui n'ait pas su l'entretenir ? En tous cas, elle aura résisté longtemps, et c'est ce qu'on retiendra ! 

Mon premier portable, avec la petite souris qui court sur l'écran, au démarrage !

Mélanie avait un autre vice culturel, et pas des moindres : elle affectionnait Smallville, une série retraçant la jeunesse de Clark Kent avant qu'il prenne conscience de ses pouvoirs et qu'il devienne Superman _je crois, j'ai jamais regardé. Elle avait écrit plusieurs  fanfictions et crossovers sur son PC. Lorsqu'elle les imprimait sous formes de livrets dont elle agrafait les pages, les dialogues semblaient aussi longs qu'une conversation MSN mal gérée. Je soupirais en les lisant, mais j'aurais tiré la gueule plusieurs jours si j'avais appris qu'elle les avait fait lire à quelqu'un d'autre avant moi. Au fond, j'aimais bien ses petites histoires même si je sujet ne me passionnait pas, parce que c'était marrant de la retrouver un peu partout dans ses personnages.

Pour ceux qui n'auraient jamais entendu parler de Smallville, sachez juste que cette série était déjà classée kitch au moment de sa diffusion, et que le héros avait un faux air de poupée gonflable.  



Avec l'ouverture de l'"Atelier Comics" au collège, qui n'aura décidément pas pu aller bien loin cette année, les éléments étant contre nous... je me suis dit qu'il fallait que je renoue avec la figure incontournable de Superman. Allez savoir pourquoi, elle m'a toujours laissée profondément indifférente...

A la médiathèque de la Canopée, j'ai trouvé ceci en rayon : 

Superman - Identité secrète 1 - Kurt Busiek, Stuart Immonen (2005) 



Contrairement à ce que laisse entendre le titre, cette BD ne parle pas de Superman, mais d'un jeune qui s'appelle Clark Kent et qui trouve son nom un peu lourd à porter. Depuis toujours, sa famille pense lui faire plaisir en lui offrant des comics, des produits dérivés à l'effigie du célèbre super-héros. Au lycée, ses camarades s'obstinent à lui présenter des filles prénommées Lois et Lana... parce que c'est tellement drôle que ça ne peut que marcher ! Il en a gros, mais il s'efforce de ne pas montrer son agacement car il est poli.

Non mais le gâteau c'est trop...
Pour compenser ses sombres journées de cours, entre isolement et crainte de se faire bolosser à chaque bout de couloir, Clark se ménage des temps de solitude bien voulue pendant son temps libre ; il aime le Kansas, la randonnée, dormir à la belle étoile, et taper ses états d'âme à la machine à écrire _on est alors en 1990. Il ne lui manque que ces deux ou trois personnes de confiance que le "vrai" Superman a la chance d'avoir ; voilà ce qu'il lui envie, bien plus que sa force et sa faculté de voler.

Une nuit pourtant, il découvre qu'il peut voguer dans les airs, lui aussi ! C'est le pied total, même s'il n'a rien demandé. Qui cracherait sur le privilège de survoler la plaine tout en s'approchant de la lune ? Pour la première fois, le lecteur découvre un personnage expressif et franchement souriant.        




La magie va même s'opérer à tous les niveaux : petit à petit, Clark Kent se découvre très rapide, très fort, doté d'une ouïe surdéveloppée et de la fameuse thermovision _tout pareil que le Superboy, à qui il n'a plus rien à envier, si ce n'est sa force de caractère. Ces nouvelles compétences vont bien sûr lui permettre de réaliser quelques sauvetages périlleux, mais il sait d'instinct qu'il doit absolument garder son "identité secrète" aux yeux de tous, y compris de sa famille. Il aimerait beaucoup savoir d'où viennent ses pouvoirs _certainement pas de ses parents, en tous cas..., mais il n'a personne pour le guider dans ses recherches. Son extrême méfiance n'est pas forcément mal placée : les journalistes sont prêts à tout pour tenir leur scoop, et en toile de fond, des hommes en noir le serrent de près.


On passe au second chapitre de la BD. Après toutes ces émotions _et surtout après une ellipse de quelques années_ on retrouve un Clark Kent bien installé à Manhattan, plus sûr de lui. Sa vie ressemble de plus en plus à celle de Superman : il est journaliste le jour, et sauve le monde la nuit.



Clark aime son travail et il commence à se faire une place dans la rédaction du New Yorker. Malgré son épanouissement manifeste, il n'est pas tout à fait débarrassé de ses casseroles : sa boss lui reproche de ne pas assez se livrer dans ses articles et l'encourage à sortir voir du pays. On peut d'ailleurs lire leur entretien comme un écho à une conversation opposant Clark à son père, quelques planches plus tôt : David Kent lui conseillait alors à "sortir de sa coquille", de se faire plus d'amis. Si le passage à l'âge adulte n'a pas suffi à faire dévier sa ligne de conduite, ses collègues ne sont pas en reste : un soir, ils lui tendent un piège et lui organisent un rendez-vous avec une énième Lois. Cette dernière prend la mouche en comprenant la blague, et fuit la soirée, sur les nerfs. Clark la rattrape, d'abord pour s'excuser de la connerie de ses potes, mais il s'avère que le contact passe bien entre eux finalement. Le destin du jeune journaliste serait-il de marcher dans les pas de ce héros qu'il ne croyait pas être ! Toujours est-il que son secret devient particulièrement lourd à porter lorsqu'il est avec Lois.




En se réappropriant le "mythe" de Superman, Kurt Busiek et Stuart Immonen n'ont pas tant voulu mettre en valeur la force extraordinaire du super-héros que présenter ses dilemmes, ses sentiments, tout ce qui se cache sous ses muscles, en fait ! Comme tout le monde, le jeune Clark Kent cherche à savoir qui il est, se demande d'où vient sa force, ce qu'il doit en faire. L'idée d'avoir été adopté l'effleure aussi ; on comprend que le titre Superman : identité secrète (Secret identity dans la version originale) fait référence à l'attachement du héros à "cacher" sa vraie nature, mais renvoie aussi à sa quête d'identité.

Histoire qu'on y croie encore plus facilement, les auteurs ont placé leur personnage principal en position de narrateur ; à travers les morceaux de pages jaunies de son journal intime dactylographié, on avance avec lui dans son drôle de parcours. Chacun se fera son avis, mais l'idée m'a paru vraiment bonne ; Stuart Immonen traduit bien l'ambiance rurale, parfois énigmatique, toujours empreinte de méfiance en dessinant des décors aux traits légèrement brouillés, des visages qui baignent dans l'ombre _ce qui rend le regard difficile à capter.



Le premier chapitre m'a d'abord fait penser à Ms Marvel 1 : dans les deux oeuvres, on a affaire à une lycéenne / un lycéenn pas très populaire, perplexe devant ses nouvelles capacités ; tous deux ne tiennent pas à exhiber leur force mais se décident à le faire pour porter assistance à une personne en danger. Mais la ressemblance s'arrête là, finalement. Alors que Kamala galérait surtout à contrôler des poings extensibles qu'elle avait plus ou moins souhaité avoir, Clark oscille entre la curiosité et le besoin de se protéger. Kurt Busiek a choisi d'axer l'histoire sur la psychologie d'un Superman prêt à tout, même à se ridiculiser, pour préserver sa tranquillité, pour ne pas devenir une "bête traquée" par les flashs des photographes.




Avis aux amateurs d'action : si vous espérez voir des scènes de baston et des courses poursuites d'avions VS des mecs en collants, il est possible que vous ne soyez pas pleinement satisfaits après avoir refermé l'album ! C'est vraiment pas le propos...

Superman : identité secrète 1 est le premier tome d'un diptyque (je ne sais pas si c'est le terme juste pour parler d'une BD en 2 volumes) consacré au Clark Kent de Picketsville _ à ne pas confondre avec Smallville ! Il contient deux histoires bien distinctes, correspondant à deux grandes étapes de la jeunesse du héros, espacées de quelques années.


Un numéro "spécial Superman" de l'excellent podcast Comicsphère (12 juin 2017) aborde succintement cette mini-série, que les chroniqueurs considèrent comme remarquable.

Kurt BUSIEK ; Stuart IMMONEN. Superman : identité secrète 1 - SEMIC Books, 2005. ISBN 2848571187 


lundi 1 mai 2017

BASTON !! Le félin, agent secret médiéval : le monstre des Carpates - Arthur Ténor (2005)


Puisque Alise est occupée à soupirer, un gobelet de tisane à la main, en pensant à Leftrin parti faire quelques courses dans le Désert des Pluies, profitons-en pour parler castagne et coups de pute à l'orée du bois. 

Au programme aujourd'hui : 

Le félin, agent secret médiéval - Le monstre des Carpates 

Ce roman pour la jeunesse partiellement illustré et épais d'un peu moins de 200 pages m'est apparu à la veille des vacances dernières, au fond d'une caisse de livres donnés au collège avant mon arrivée. Autant dire que ça date. S'il me restait une once de conscience professionnelle, je ne vous dirais pas que j'avais complètement zappé de cataloguer ces quelques ouvrages ; et pourtant, c'était bien le cas. 

Le guerrier armé bien décidé à sortir de la couverture m'a fait rire, tant il représente à lui seul l'idée qu'on se fait des aventures chevaleresques, de même que le titre quelque peu anachronique d'"agent secret médiéval" dont il est affublé _allez, pas la peine de chipoter en disant que le type sur l'image n'est peut-être pas le "félin", qu'il faut lire les premières pages, etc : le héros, c'est forcément lui ! 





Le prince Vlad, surnommé le Monstre des Carpates par ses ennemis comme par ses alliés, en référence à ses violentes colères, n'est pas content du tout. Au réveil d'une soirée arrosée, il s'aperçoit qu'un marchand de passage l'a dépouillé de son précieux talisman. L'homme en question se nomme Corso ; il venait d'un village d'Auvergne et a du y retourner sans demander son reste peu après son méfait. Vlad se laisse aussitôt conduire en France par sa rage, avec pour seul garde-fou le conseiller Hourlov.

Alors que le prince et ses hommes débarquent avec la ferme intention de déclencher les hostilités et d'embrocher quiconque refusera d'apporter son aide à la recherche du talisman, le chevalier Yvain de Bréa et Dame Isabeau font le tour des échoppes clermontoises en toute quiétude. A travers le regard du jeune écuyer hyperactif Gilles, on apprend qu'Isabeau est la fille du seigneur Hughes de Montbrisac, que son maître _Yvain, dit "le félin" ! n'ose pas trop sauter le pas en la demandant en mariage. Pourtant, cela se fera sûrement et à ce moment-là il espère bien bénéficier d'un droit de cuissage. Non, je vous rassure, ce n'est pas ce qui est dit : il s'agit d'un livre pour enfants, je le répète. Mais Gilles aime Isabeau, et pour lui prouver son dévouement, il part en quête d'un cadeau original à lui offrir. Sur un étal, il dégote un bijou que le marchand lui présente comme étant le "talisman des Carpates". Ah ah, comme de par hasard ! Il l'achète... et se le fait aussitôt dérober par un mendigot ! Le garçon revient vers Yvain et Isabeau les mains vides mais alourdi de sacrées boules ! Il se garde bien de narrer l'intégralité de sa déconvenue, mais comme vous vous en doutez, l'événement n'a rien d'anecdotique ! 
"Qui est partant pour l'aventure ???"

A quelque temps de la petite embrouille, un émissaire du prince Vlad se présente aux portes du château de Montbrisac, sous les regards surpris et inquiets du Seigneur Hughes et de son fidèle Félin : le souverain a traversé le Saint Empire Germanique pour retrouver un certain Corso...  


Le Monstre des Carpates est l'une des nombreuses aventures qui composent la série Le félin : agent secret médiéval. Pas sûre qu'elle soit connue et reconnue à sa juste valeur, de même que son auteur publié sous le nom d'Arthur Ténor, et ma foi, c'est dommage. La professeure documentaliste a peu adhéré à une histoire certes riche en rebondissements, mais dont l'intrigue est vraiment trop tirée par les cheveux à mon goût ; la collégienne aurait peut-être bien aimé, mais se serait perdue en route ! 
Bref, les élèves feront leur choix. 

ahah désolée mais ce slogan est tellement chelou !

Cependant, les personnages de cette série apportent incontestablement un vent de fraîcheur sur le monde des chevaliers occupés à se taper dessus sous les yeux attendris d'une Dame haut perchée dans sa tourelle : bien sûr, les scènes de combat sont présentes _sinon j'aurais pas mis ce billet dans la catégorie BASTON !!, ah !, le sang coule et on ramasse du cadavre, y compris du côté des gentils. Bien sûr, on retrouve les codes du genre : le preux, le noble daron et sa fille bonne à prendre, le beau château, les manants incultes mais pas si cons, l'ennemi bourrin... sans doute pour mieux les casser ! 

  • Ici, les hommes de l'Est sont plus stratèges qu'ils en ont l'air et donnent même une bonne leçon d'humilité aux Auvergnats en les enfumant comme de gros harengs, lors de leur première confrontation. 
  • L'histoire ne dit pas si Isabeau donne dans la couture, mais on constate par contre qu'elle ne fuit pas devant le combat, au contraire ; et ce malgré les gémissements de son mec et de son père. 
  • Yvain, le héros, le malin, _bon ok, il est perspicace et stratège... mais j'ai pas trop vu en quoi il pouvait être qualifié d'"agent secret" ; peut-être ai-je mal lu ? Yvain donc, commet une erreur, se trouve naze et à abandonner ! Le cas est assez rare pour être souligné. Il lui faudra les encouragements de ses proches pour lui remettre le pied à l'étrier. 
  • Le Félin n'est pas le seul guerrier faillible dans cette aventure : Vlag, le "prince teuton", le "monstre des Carpates" n'est devenu hargneux qu'à la suite d'une peine de coeur _je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler.. 

En conclusion, et parce qu'il ne faut jamais se fier aux apparences, ce petit roman aux chapitres ponctués des belles illustrations de Matthieu Blanchin mérite qu'on s'y attarde.

Pour un résumé plus neutre et mieux écrit que le mien, rendez-vous ici

TENOR, Arthur. Le félin, agent secret médiéval - Le monstre des Carpates. Editions Lito, 2005. 176 p. ill. ISBN 2-244-44251-9



AH ET SINON, à part ça.... 

C'est gratuit... 

... et ça le restera toujours !

dimanche 18 septembre 2016

L'assassin royal - 12 - L'homme noir - Robin Hobb (2005)


On se dirige tout doucement vers la fin de la série avec L'homme noir, douzième chapitre de L'Assassin Royal... et pourtant, bien des énigmes nous résistent encore ! 



Où est-ce qu'on en était ? 

Après un voyage plus que harassant, Devoir, Elliania et leurs accompagnants respectifs atteignent enfin Aslevjal... où le Fou les attend de pied ferme. Malheureusement, le convoi hétéroclite composé du clan d'Art du prince, du clan de Vif et des "proches" de la narcheska, se divise avant d'avoir fait trois pas sur l'île aux glaçons : tandis que les uns sont bien décidés à mener à bien leur mission et à tuer Glasfeu, le dernier dragon mâle resté prisonnier des glaces, les autres se demandent s'il ne vaudrait pas mieux le libérer, tout simplement. A ce trouble général s'ajoute la mystérieuse apparition du Fou et la menace de l'insaisissable "Homme Noir", qu'on devine plus qu'on ne voit... Une chose est sûre : que ce soit pour favoriser son envol ou pour lui trancher le cou, il faut trouver Glasfeu : alors autant faire bonne figure et jouer la carte de la solidarité ! Fitz continue de peser le pour et le contre, repoussant autant qu'il le peut ce moment où il devra choisir son camp ; mais ne l'a-t-il pas déjà fait, au fond de lui ? 

Le tome de toutes les souffrances 

Vous savez quoi ? Marcher dans la neige et creuser la glace ne sont pas des tâches particulièrement plaisantes ! Surprenant, non ? Mais les mauvaises surprises ne se limitent pas aux contraintes climatiques. Si Leste est l'archer de la bande _il en fera une belle démonstration à la fin du livre, Fitz devient peu à peu le saint Sébastien transpercé de flèches de l'île d'Aslevjal. Sur cette terre propre au calvaire, rien ne lui sera épargné. Ni les misères physiques, ni les tiraillements moraux : déjà, il soupçonne une vague rancoeur du fou à son égard, bien qu'il soit heureux de sa présence. Ensuite, Lourd est aussi lourd à traîner dans la poudreuse qu'à maintenir à bord d'un bateau : ben oui, la glace c'est froid, ça mouille les vêtements, les crevasses présentent un danger à prendre en considération, et la bouffe des Outrîliens est dégueulasse. Quand elle n'est pas empoisonnée ! Après avoir avalé de la pâte de poiscaille imbibée d'écorce elfique, Fitz se voit dépouillé de sa magie d'Art. Il ne manquait plus que ça. Aussi, lorsque Umbre le somme de se lancer à la recherche de Crible et Heste, ses espions mystérieusement disparus, il a l'impression de marcher à l'aveuglette, guidé par la seule force de son Vif... et par Le Fou.

ATTENTION SPOILER à partir d'ici ! 



Le Changeur et le Prophète Blanc tombent bientôt dans les profondeurs insaisissables d'un trou de glace... pour débarquer au coeur du royaume souterrain de la sadique Femme Pâle. En effet, ils découvrent que ce curieux pendant féminin du Fou chapeaute un monstrueux dragon de pierre et un peuple d'Outrîliens partiellement forgisés et assez bien formatés pour répondre à ses moindres désirs... Il semblerait que le tragique destin du Fou n'ait jamais été si près se réaliser...    


"Putains de moustiques !"
Le martyre de Saint Sébastien - Mantegna (1490)


Trahisons et réconciliations 

Fitz n'esquivera pas les violents retours de manivelle cruellement prévisibles que lui renvoient ses choix du passé ! Son ami le Fou fait la tronche, isolé du reste du groupe dans sa tente jamaillienne. Son identité de Bâtard au Vif est révélée à tout le clan porteur de la magie des bêtes. Ortie en apprend un peu plus sur lui, et Burrich débarque comme un cheveu sur la soupe après un long périple solitaire ; ce qui représente une belle performance pour le vieux boiteux presque aveugle qu'il est devenu ! Tout ce petit monde est bien décidé à lui poser les questions qui fâchent, pour son plus grand bonheur... ou pas !

En son absence, les piocheurs de glace se déchirent de plus belle : fidèles au principe que toute vie, animale ou humaine, méritent d'être défendue, les vifiers retournent leur veste lorsqu'ils obtiennent la confirmation que Glasfeu est bien vivant, et s'opposent aux desseins de Devoir. Les Outîliens refusent toujours de se salir les mains en tuant la bête endormie et le clan du prince et de sa narcheska se retrouvent bien seuls. Mais si l'on devine l'acharnement des Loinvoyant à poursuivre leur quête coûte que coûte, quelles sont les vraies motivations d'Elliania et de son oncle Peottre ? On en saura plus dans ce douzième tome.


Mon prochain puzzle, peut-être :-D

Dragon de chair, dragon de pierre 

Malgré les importantes révélations qu'il contient, L'homme noir nous exaspère autant qu'il nous passionne : ce décor neigeux, morne et désertique nous donne envie d'arriver au plus vite à la fin de l'histoire. Si Robin Hobb a voulu nous transmettre l'humeur de ses personnages à travers son écriture, elle y est parvenue sans problème ! Qu'on fasse un sort à ce dragon, et qu'on en finisse ! 
Allez, souvenez-vous que le vieil Umbre a emporté avec lui quelques uns de ces barillets de poudre dont il a le secret, nous laissant entrevoir quelques retournements de situation explosifs, et nous rappelant combien il est important de lire une histoire jusqu'au bout...

Alors qu'on s'apprêtait à perdre espoir, la magie a soudain repris ses droits : Glasfeu sort de la glace, faible mais bien vivant, suivi de près par le dragon de pierre de la Femme Pâle. Ils engagent un combat époustouflant tandis que Tintaglia vient à la rencontre du dernier mâle de son espèce pour s'accoupler avec lui. Même si l'action ne laisse guère de place au suspense, les violentes scènes de baston entre dragons, suivies d'une phase d'accouplement non moins âpre _la narcheska en sera toute retournée_ nous sèment des étoiles argentées plein les yeux !

Même si L'Assassin Royal 12 - L'homme noir se déroule de bout en bout dans un décor plus blanc que blanc, FitzChevalerie Loinvoyant en voit de toutes les couleurs ! Tout le monde y va de sa petite larme ou de son claquement de dents, causée tant par le froid que par la peur... Tiens, j'aurais presque pu mettre ce livre dans la Sélection Déprime de la rentrée, au CDI !



Presque, car on ne s'inquiète pas trop pour notre héros : on se doute que l'ultime volet de la série nous ramènera l'optimisme ; et on sait surtout que la suite des aventures du Bâtard au Vif nous attend !
  
Edition utilisée ici : 
ROBIN HOBB. L'Assassin Royal 12 - "L'homme noir". Trad. A. Moustier-Lompré. Editions J'ai Lu, 2007. 328 p. ISBN 978-2-290-35307-3

Illustration couverture : Vincent Madras