Affichage des articles dont le libellé est 2025. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 2025. Afficher tous les articles

lundi 13 juillet 2026

[PRIX DES INCORRUPTIBLES] La sélection CM2/6ème 2026 - 2027

[ARTICLE EN CONSTRUCTION]

Normalement, c'est bon ! Puisque cette fois-ci on a réussi à bien se "partager" les projets prévus l'année prochaine, nous allons pouvoir proposer le Prix des Incos à une classe de CM2 et à une classe de 6ème, dans le cadre de la liaison école-collège. C'est la première bonne nouvelle. 

La seconde, c'est que la sélection s'annonce (à première vue) beaucoup plus feel-good que celle de l'année dernière ! 


Wesh la fée ! Rachel Corenblit / Joëlle Dreidemy
Bayard Jeunesse - 2025 




Résumé 

Difficile d'avoir confiance en soi lorsqu'on est un petit 6ème dyslexique, qu'on a un grand frère charismatique, et qu'on se fait régulièrement tyranniser par des garçons du collège. Charlie porte sa croix au quotidien, souffrant autant de ses difficultés scolaires que du mépris d'Inès, sa brillante voisine de classe. A la maison, rien ne va plus : son père déprime depuis qu'il est au chômage, et sa mère n'a guère de temps pour lui car elle est trop occupée à tenir le foyer familial à bout de bras. 

Mais c'est bien connu : lorsqu'on touche le fond, on ne peut que remonter ! 

Un soir, en sortant la poubelle, il découvre une fée coincée dans un container à ordures. Plus précisément une fée au bout du rouleau depuis qu'elle vient de se faire renvoyer de l'Institut de Formation des Fées à cause d'un fâcheux manque de concentration. Il semblerait que Charlie ne soit pas le seul à avoir la vie gâchée par ses particularités ! La rencontre des deux éclopés va faire des étincelles. 

Avis 

Le pitch de Wesh la fée ! m'a d'abord laissée sceptique et amusée : un héros harcelé qui galère en cours, une cité comme théâtre de l'action, les rats, les chats errants, le papa en dépression... Voilà qui promettait un roman jeunesse à l'atmosphère bien lourde ! Eh bien, pas du tout ! A partir de sujets sérieux qui auraient pu amener un malaise ambiant, l'autrice a réussi à créer une histoire très positive et souvent drôle. 

J'ai beaucoup aimé la façon dont elle a fait évoluer la famille de Charlie, une famille qui a perdu l'habitude de se parler au fil du temps. Et puis le choix d'un personnage principal dys qui va chez l'orthophoniste, ça fait tellement de bien. Wesh la fée hyperactive est très rigolote dans son rôle de Clochette vorace, et la bande de chats apporte une touche de légèreté à l'ensemble.  

Rien à dire de négatif sur ce livre, si ce n'est que la façon dont est traitée la situation de harcèlement m'a moyennement convaincue, mais bon pourquoi pas ! 





Envers et contre ma sœur

Nadège Margaud 

Illustrations : Caroline Dhery

Didier Jeunesse, coll. "Mon Marque-Page +"

2025


Clothilde et Bérangère sont en 5ème dans le même collège. Pourtant, les deux sœurs ne sont pas jumelles : Bérangère est le "petit génie" de la famille, elle a sauté des classes et ses bulletins font la joie de leurs parents universitaires. Clothilde, l'aînée, a sans cesse l'impression de passer au second plan. Elle se sent médiocre et pleine de ressentiment envers cette enfant parfaite qui aurait été mieux inspirée de ne pas naître. Heureusement que ses meilleures copines Kenza et Candice sont là pour lui rappeler qu'elle existe ! Toutes les trois forment un groupe de chanteuses qui a toutes les chances de remporter le concours de talent du collège

Mais une fois de plus, Bérangère lui vole la vedette, et une dispute virulente éclate entre les deux sœurs. Au matin suivant, elles se rendent compte avec stupeur que leurs corps ont été interchangés. Les voilà contraintes de s'adapter à leur nouvelle enveloppe... et aux étiquettes qui vont avec. 

Clothilde, la narratrice, comprend vite que le quotidien de "bébé génie" n'est pas aussi préservé qu'elle le pensait. Quant à Bérangère, elle est ravie d'avoir enfin une vie sociale... mais réalise qu'être "la plus grande" amène son lot de responsabilités. 

Un roman jeunesse sympa à lire, un peu fantastique, très juste sur les affres de la comparaison dans une fratrie et sur la jalousie entre frères et sœurs. Le positionnement des parents dans les derniers chapitres est plutôt bien amené et rappelle l'importance de la communication en famille. 

J'ai un peu peur que les CM2-6ème qui vont le découvrir à la rentrée se mélangent un peu les pinceaux entre les deux protagonistes, étant donné qu'il y a tout un jeu_ très intéressant au demeurant_ sur ce que chacune "prend" à la personnalité de l'autre au fil de l'histoire. Mais ça n'arrivera peut-être pas ! 


Les exploits de Connie Mara 

Jean-Philippe Arrou-Vignod 

Gallimard Jeunesse, 2024



Chez les Grant, l'écriture est une histoire de famille ! Alicia a beau être l'autrice principale des Exploits de Connie Mara, une série de livres pour la jeunesse, elle sollicite souvent Tom, Violette et Emma, ses enfants, pour l'aider à envoyer ses manuscrits dans les délais. Il faut dire que la maison d'édition Mordicus ne lui fait pas de cadeau et lui impose un rythme d'écriture très soutenu. 

Par chance, les enfants se font un plaisir d'aider leur mère qui les élève seule, et qui peine à joindre les deux bouts ! D'autant que l'écriture et la mise en page des aventures de Connie, leur héroïne intrépide, est le meilleur antidote possible contre l'ennui depuis qu'ils mènent une vie retirée au fin fond de la campagne irlandaise, sans réseau et sans copains à proximité. 

Lasse de trimer pour pas grand chose, Alicia décide un jour de se rendre à Londres afin de négocier son contrat auprès de ses éditeurs, les frères Mordicus : ce sera aussi l'occasion de leur remettre en mains propres son dernier opus, composé, relu et corrigé en famille. Elle part seule, Tom et Violette étant assez grands pour pour s'occuper d'Emma. 

Son absence est censée être de courte durée, mais les jours passent et Alicia ne revient pas... Les enfants commencent à s'inquiéter. Que faire ? Ils n'ont personne vers qui se tourner. 

Quelque chose d'incroyable se produit alors : Connie Mara, leur personnage-vedette, débarque chez eux accompagnée de son fidèle chien Spike. Elle est bien déterminée à mener l'enquête.

Décidément, le fantastique est bien ancré dans cette sélection CM2-6ème du Prix des Incorruptibles ! Tom et Violette sont perplexes, mais ils admettent rapidement l'incursion de "leur personnage" dans "leur réalité" : à partir de là, les péripéties s'enchaînent et le texte gagne en dynamisme. Espérons que les jeunes lecteurs ne se perdront pas trop dans ce "roman dans le roman". 

Point non négligeable : les aléas du métier d'écrivain et des liens (parfois tendus) entre auteurs et éditeurs sont évoqués avec beaucoup de clarté. 

Jean-Philippe Arrou-Vignod, valeur sûre de la littérature jeunesse, est toujours aussi efficace (et drôle). 


dimanche 31 mai 2026

[CINEMA] The World of Love - Ga Eun Yoon (2025)

Je me suis toujours demandée comment Marine avait réussi à survivre aux maltraitances physiques de son institutrice de CP ; comment après cela elle avait réussi à sortir du repli où elle était restée un temps, et ce, sans aucune aide psychologique. Elle avait même réussi à avoir une vie presque normale, presque dans la norme. 

A la fin du collège, elle avait pris goût à s'habiller court, et se faisait beaucoup insulter par rapport ses tenues _ par les enfants comme par les adultes d'ailleurs, mais elle n'avait jamais renoncé à son style. Pendant des années, elle n'a eu le soutien de personne, et certainement pas de ses pseudo-copines. Pas le mien non plus, je le reconnais : j'étais plutôt du genre à l'encourager à se comporter différemment, pour ne pas "s'attirer d'ennuis". Ce n'était pas malin. 

Plus tard, j'ai compris que pour elle, se faire agresser verbalement ou physiquement était juste devenu une situation "normale". Celles et ceux qui avaient le malheur d'être gentils avec elle ne lui inspiraient que du mépris et un besoin de se montrer violente à son tour. 

Paradoxalement, elle ne voulait surtout pas entamer de démarches pour faire, sinon condamner, au moins reconnaître les crimes de la personne responsable de tous les malheurs qui ont suivi. 


Il y a une semaine, je suis allée voir The World of Love au cinéma _quoi de mieux à faire un lundi de Pentecôte pendant la canicule ? Il s'agit d'un film coréen de Ga Eun Yoon, sorti en 2025. 


                                             

L'histoire 

Dans son lycée, Joo-in est une fille populaire, extravertie, pleine d'énergie ... au point de se montrer involontairement brutale par moments. Comme elle a plein de copines et pas vraiment la langue dans sa poche, tout se passe bien pour elle, globalement. 

Un jour, un camarade de classe lance une pétition visant à empêcher la libération et le retour dans le quartier d'un pédophile condamné pour avoir violé une fillette quelques années plutôt. Tous les élèves signent évidemment, sauf Joo-in, qui se souhaite pas apposer son nom sur la feuille, malgré plusieurs sollicitations. 

Saoulée par l'indignation que son refus soulève, elle explique sa décision : la pétition contient une phrase qui affirme, en gros, qu'une agression sexuelle cause des dommages irréversibles sur la victime, et que la vie de celle-ci est détruite à jamais. Or, elle considère que c'est faux ! La preuve, c'est qu'elle-même a vécu des violences sexuelles, et chacun peut voir qu'elle s'en est très bien remise. Pas la peine d'en faire toute une histoire. 

Comprenant que ses propos choquent ses amis sans pour autant les convaincre, elle se rétracte aussitôt et, dans un grand éclat de rire, prétend qu'elle n'a jamais rien vécu de tel et qu'elle a juste voulu faire une mauvaise blague. 

L'incident ne sera pas sans conséquences : les copines de Joo-in vont se mettre à la regarder différemment, à murmurer derrière son dos, débattant pour distinguer le vrai du faux. Des petits papiers incendiaires (et anonymes) commencent alors à arriver sur son bureau... 




Environnement contaminé

Si l'école est une jungle, la maison n'est pas un refuge pour autant : Joo-In et son petit frère, passionné de magie, vivent avec leur mère, une institutrice débordée et alcoolique. Le père semble avoir fichu le camp, tolérant les visites de son fils mais ignorant complètement les messages de sa fille. Au retour de l'école, le petit se hâte d'intercepter le courrier et de le fourrer sous son matelas avant que sa soeur ne tombe dessus. Les soirées passées en chansons ou à applaudir les spectacles improvisés de "l'apprenti magicien" dans une relative bonne ambiance ne trompe pas le spectateur : tout sonne faux dans cette famille. 

Alors Joo-in prend le parti d'avancer tout droit, en gardant la tête haute et sans regarder derrière elle, et surtout sans s'arrêter : rester constamment mobile reste le meilleur moyen de ne pas se faire alpaguer par un importun, de ne pas se faire repérer par un prédateur. Autant dire que cette pétition qui circule, la replongeant dans des traumatismes qu'elle pensait avoir surmontés jusque-là, c'est un coup d'arrêt. 

Le seul pied-à-terre à peu près safe dont dispose Joo-in est le dojo du club de taekwondo ; là encore, elle ne fait que suivre les traces de son aînée et meilleure amie Han-Mi-Do, elle aussi victime d'agressions sexuelles, qui venait s'y cacher à une époque où elle n'était pas en sécurité chez elle.  



C'était mieux quand on ne savait pas

Le binôme formé par Joo-in et Han-Mi-Do montre que face à des situations comparables, chaque personne a des réactions uniques, construit sa propre manière de faire face. Il en est de même pour l'entourage : certaines copines de classe de Joo-In optent pour le déni : "si ça s'était vraiment passé, elle n'aurait pas l'air aussi bien dans sa peau, elle n'aurait pas autant de petits copains", d'autres n'arrivent plus à la regarder en face ou à lui adresser la parole... pas parce qu'il la rejettent, mais parce qu'ils se sentent mal par rapport à elle. Petit à petit, on comprend que le père de l'héroïne a fui la maison pour ne pas affronter une réalité sordide, tandis que la mère noie sa culpabilité dans la boisson : elle qui s'occupe des enfants des autres à longueur de journée n'a pas su protéger sa fille. On pourrait aussi gloser un moment sur le petit Hae-in qui, en bon magicien, passe son temps à essayer de faire disparaître des trucs, à tromper la réalité d'une manière ou d'une autre. Quant aux institutions, inutile de les prendre en compte : la léthargie de la prof de Joo-in et la scène lunaire du procès qui oppose Han-Mi-Do à son père font froid dans le dos. 

Quel que soit le parti pris des personnages, tous sont d'accord sur un point : le silence est préférable. Ouvrir sa bouche revient à éclabousser tout le monde avec sa souffrance, et c'est souvent perçu comme une agression qui aurait pu être évitée. Joo-in ne pouvait-elle pas juste signer la pétition comme tout le monde, et continuer de faire semblant d'être heureuse ? En demandant la modification du texte original rédigé par un garçon de sa classe, elle est devenue "un problème" et elle en est consciente. C'est sans doute aussi ce mécanisme de non-dit (protecteur en apparence) qui la pousse à s'agacer lorsque la pétition lui est remise régulièrement sous le nez, et lorsque les images du fait divers lui sont imposées par les élèves du club journal.  



The World of Love est un film à voir ; je pense qu'il est accessible dès la fin du collège, dans le sens où, même s'il raconte une histoire sordide et malheureusement trop banale, il ne montre pas d'images choquantes et se concentre sur le point de vue d'une héroïne-victime qui a eu assez de force pour suivre la voie de la résilience. 

samedi 16 mai 2026

Etre un magicien dans une société magicophobe 2 : Elsbeth et la malédiction du Beau Silence - Tristan Roulot ; Sarah Conradsen (2025)

Chaque jour, j'apporte une nouvelle pièce à l'édifice.

Venger Marine est mon nouvel objectif de vie. 

Ceux qui me connaissent savent que ce n'est pas "juste une phase". Je ne lâche pas l'affaire comme ça.


Elsbeth et la malédiction du Beau Silence 

Tristan Roulot / Sarah Conradsen 

Le Lombard, 2025 

Un petit bijou de douceur pour finir la semaine ! 

Imaginez une cité lumineuse régie par les sorcières, où les hommes n'ont littéralement plus leur mot à dire depuis qu'ils ont été touchés par la malédiction du Beau Silence. Un havre de paix nommé "Refuge" à juste titre, où des êtres surnaturels venus des quatre coins du monde peuvent enfin exercer leurs pouvoirs sans craindre les persécutions. Un royaume où coexistent magiciens et humains ordinaires... avec quelques tensions cependant : en effet, lorsque les Groolz, de petits rongeurs magiques, ravagent les champs des paysans à la tombée de la nuit, les sorcières ne semblent écouter leurs doléances que d'une oreille, les abandonnant à leur sentiment d'injustice.  

Etudiante à l'université de Refuge, Elsbeth est une apprentie-sorcière prometteuse : elle s'apprête à faire son mémoire sur la Malédiction du Beau Silence, dans l'espoir d'y mettre fin. Si les hommes retrouvaient la parole, ils pourraient eux aussi pratiquer la magie ; et surtout, son copain Jahine pourrait enfin lui dire des mots d'amour ! 

Accompagnée de ses deux meilleures amies, elle commence ses recherches dans les archives de la fac ; leurs découvertes vont les laisser perplexes... 

Vraiment très bien ficelé, cet univers matriarcal où les mecs sont réduits à communiquer avec de petits écriteaux rudimentaires, et assignés à des rôles subalternes ! Perso j'aurais touché à rien si j'avais été sorcière là-bas, mais bon. Les personnages sont attachants et travaillés. Graphiquement envoûtante, cette BD est un mix de Harry Potter (vite fait) et de Elle(s). 

Ce sont des élèves de la classe inscrite au dispositif #Jeunesenlibrairie qui m'ont suggéré de la prendre pour le CDI lors de la sortie du mois dernier : on voit les connaisseurs ! Hâte de lire la suite. 


mardi 30 décembre 2025

[MASSE CRITIQUE] A la recherche du damier à galons. L'histoire secrète du FC Lorient. Ornella Centineo ; Martin Le Blévec ; Tim Cadic (Studio Makma) ; Hugo James (2025)

Le foot ne m'intéressait pas, avant que j'arrive au lycée. C'est en entrant en seconde que j'ai remarqué que le parcours de l'équipe de France, la D1 et les coupes d'Europe tenaient lieu de facteurs d'intégration. Tout le monde avait l'air de suivre une équipe, même de loin, et les gens se vannaient à coups de blagues de supporters que je ne comprenais pas. Notre prof d'histoire-géo arborait régulièrement des fringues FCGB : est-ce qu'il espérait attirer notre sympathie de cette manière ? on se le demandait parfois ; malgré tous ses efforts pour nous faire avancer dans le programme, on a mis une misère pas possible à ce jeune stagiaire affublé de lunettes fines, d'un gros épi sur le front, et bourré de tics nerveux. Après coup, j'ai compris que c'était juste un vrai supporter, passionné de son club. 

Il fallait que je range d'un côté ou d'un autre pour par être trop larguée, alors j'ai commencé à suivre les matchs des Girondins de Bordeaux, comme la majorité des Périgourdins. 

On était fin 2001 ; un dimanche d'octobre, c'est venu comme ça. J'ai branché sur WitFM mon petit radiocassette tellement stylé et j'ai écouté ce qui se passait. Un devoir à faire parmi tant d'autres. C'était Bordeaux-Metz, au stade Chaban Delmas. Il ne se passait pas grand chose, mais la voix du commentateur (Alain Bauderon ? pas sûre...) rendait la moindre passe spectaculaire. Aux silences du journaliste répondaient les chants des supporters du Virage Sud. Dugarry commençait à s'agacer. Le suspense était insoutenable ; il l'a été encore plus lorsque Pauleta a ouvert le score à la 85ème minute, car cela voulait dire qu'il en restait encore 5, "sans compter le temps additionnel" pour "tenir" le score et empocher les 3 points. Ce qui s'est finalement bien produit. 

A la fin de la retransmission, j'ai noté consciencieusement la date et l'heure du prochain match : la machine était lancée, j'avais hâte de suivre à nouveau "mon" équipe de guerriers. Il ne s'agissait même plus d'avoir la satisfaction de comprendre de quoi parleraient les autres le lendemain ; l'intérêt était véritable. 

Il ne s'est jamais vraiment éteint, depuis. Bien sûr, la phase groupie est derrière moi, et ça fait longtemps que je ne découpe plus les unes de Sud-Ouest Dimanche et le cahier sport du lundi pour tapisser les murs de ma chambre. Mais dès que j'en ai l'occasion, je regarde les matchs de N2 des Girondins, ou j'écoute Julien Bée les commenter à la radio, avec la certitude qu'un jour l'équipe bordelaise retrouverai l'élite ! 


Merci à Babelio et aux Editions Ouest France pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération Masse Critique.  


A la recherche du damier à galons. L'histoire secrète du FC Lorient. 

Studio Makma - Ornella Centineo 

Editions Ouest France, 2025 




Connaissez-vous le stade du Moustoir ? Savez-vous qui sont les Merlus ? Est-ce que vous vous souvenez du dernier match de Baki ? Etiez-vous dans les tribunes ou devant la télé lors de la finale de la Coupe de France de foot, en mai 2002 ? 

Si vous répondez par la négative à toutes ces questions, ce n'est pas grave : il vous suffira d'ouvrir la bande dessinée A la recherche du damier à galons et de suivre Victor, le héros, dans ses aventures spatio-temporelles pour tout comprendre. Et si, au contraire, vous avez tout de suite vu où je voulais en venir : bravo, ça veut dire que vous en savez déjà beaucoup sur le FC Lorient, que vous y êtes sans doute assez attaché..  Cette même BD va vous rendre incollable sur l'histoire du club _mais aussi nostalgique, probablement.

En 2026, le Football Club de Lorient célèbrera ses cent ans. A cette occasion, le studio Makma et la dessinatrice Ornella Centineo viennent de sortir un roman graphique pour rendre hommage aux figures emblématiques du club et à des lieux incontournables de la ville de Lorient _dont l'histoire s'entremêle avec celle des Merlus. 

Le défi était de taille : rendre compte de tout un siècle riche en rebondissements, faire la part belle aux fondateurs de l'équipe bretonne comme à ses piliers actuels, sous forme de BD one shot, pour tous publics, novices comme fans absolus... pas simple ! Mais les scénaristes ont vraiment bien mené leur barque. 

Les premières planches nous présentent donc Victor, un jeune supporter des Merlus venu encourager son équipe pour le premier match de cette saison 2025/2026. L'ambiance est bonne, mais il se sent triste : on comprend qu'il vient de perdre sa grand-mère, elle-même fervente supportrice. 

Dans un coffre que Mamie Suzanne lui a légué en guise de trésor familial, il découvre des documents d'archives qui lui laissent entendre que le légendaire "damier à galons", tout premier maillot de l'équipe lorientaise, existerait bel et bien, et qu'il serait caché quelque part dans la ville... 

Soudainement obsédé par le tricot collector, Victor décide de mener l'enquête, d'abord dans les locaux du FCL, puis dans l'immeuble où était situé le siège du club, autrefois.. Là-bas, il va mettre les pieds dans un étrange ascenseur capable de lui faire remonter le temps. Successivement, le jeune supporter va revivre les premiers matchs en D1, l'annonce officielle de la naissance du club par Caroline Cuissard, la "mère" de la Marée Sportive puis du FCL, le nouveau départ en DRH, le rôle de certains joueurs pendant la Seconde guerre mondiale.. et bien d'autres temps forts.

Bien sûr, chaque étape est blindée de clins d'œil qui raviront les fans des Merlus ; pour les autres, pas de panique : un petit dossier documentaire en fin d'ouvrage vous explique tout, point par point. 

A la recherche du damier à galons touche la corde sensible de tous les supporters, pas seulement ceux du FC Lorient, pas seulement les amateurs de football : après tout, chaque club sportif a son lot d'histoires de famille, d'anecdotes, d'évènements marquants... La "transmission" de l'engagement pour une équipe à travers les générations est vraiment bien décrite ; elle nous rappelle que derrière les vitrines, les joueurs professionnels et les sponsors, ce sont aussi les anonymes _spectateurs ou personnalités oubliées_ qui tiennent la barraque. 

On notera qu'on apprend beaucoup de choses sur la ville, son évolution, sa reconstruction, indépendamment des questions footballistiques ; on sent que cette BD est bien documentée. 

Une bien belle découverte, donc ! J'avoue avoir été parfois dépassée _surtout au début, par la touche fantastique et par tous ces voyages dans le temps qui s'enchaînent... mais on se prend vite au jeu. 



dimanche 24 août 2025

[MANGA] Nikuko du port de pêche - 1 - Kanako Nishi ; Sugisaku (2025) / Sakamoto Days - 1 - Yuto Suzuki (2022)

Ca me dégoûte de voir le père de mes neveux leur gueuler dessus en disant "c'est pas à moi de tout faire, maintenant je suis seul à m'occuper de vous, donc vous devez vous occuper de moi aussi", alors qu'ils ont 7 et 9 ans, et qu'il en a presque 50.  

Ma sœur n'aimerait pas que les choses se passent de cette manière. 

Je sais bien qu'il ne vit pas une situation facile ; certes, il n'est pas sincèrement attristé par la mort de Marine, et quelque part, tant mieux pour lui et pour les enfants : cela lui laisse assez d'énergie pour se consacrer à leur bien être. La difficulté d'élever deux gosses est bien réelle, dans tous les cas, et je serais moi-même bien incapable de m'en sortir. Mais elle serait sans doute moindre s'il s'était un peu plus intéressé au quotidien de ses gosses avant qu'il ne réussisse à user ma soeur jusqu'à la corde, et avant que le pire n'arrive. 

C'est lui l'adulte, il ne doit pas l'oublier ; d'ailleurs, il sait le rappeler lorsque ça l'arrange. 

Rien ne me soulagera de la perte de Marine. Mais voir sa crapule de copain rétamé me donnerait l'illusion d'une forme de justice. 


Deux mangas très bien pour les collégiens ! 


Nikuko du port de pêche - 1 

Kanako Nishi / Sugisaku 

2025

Rue de Sèvres, Coll. Le Renard Doré 



Dans un village portuaire japonais où les gens vivent tous "comme il faut", l'arrivée d'une famille monoparentale est déjà un petit événement ! Alors forcément, le binôme formé par l'exubérante Nikuko, 38 ans, et la (trop) raisonnable Kikurin, sa fille de 11 ans, a de quoi intriguer. Pourtant, toutes deux trouvent tant bien que mal leurs marques dans ce microcosme, grâce à leur volonté et à leur optimisme. 

C'est la petite Kikurin qui raconte l'histoire, portant un regard plein d'amour mais empreint de perplexité sur une mère au parcours chaotique, très gentille, travailleuse mais un peu immature, toujours prompte à faire la fête après son service au restaurant... au risque de tomber entre les griffes d'hommes mal intentionnés. Consciente de la candeur de Nikuko, l'enfant a dû faire un croix sur son insouciance si bien qu'on se demande parfois qui est l'adulte, et qui s'occupe de qui. 

De son côté, Kikurin doit aussi gérer seule ses problèmes d'enfant _choisir (ou pas) son clan de copines, absorber les regards des garçons et les remarques faites sur sa mère... tout en se ménageant des moments de solitude, qu'elle réserve à la lecture. 

Un manga "vis ma vie à la campagne", ni trop dur, ni trop doux _comme le dessin de Sugisaku, qui aurait pu être chiant mais qui ne l'est pas, bien au contraire.


Sakamoto Days - 1 

Yuto Suzuki 

Glénat, 2022



Tout plaquer et partir ouvrir une épicerie dans la banlieue de Tokyo ! 

C'est ni plus ni moins ce qu'à fait Sakamoto, un ancien tueur à gages virtuose de la gâchette qui, un beau jour, a fait le choix de se ranger pour se marier, fonder une famille, et devenir gérant de supérette.

Les mafieux du secteur s'émeuvent de sa décision, et ne comprennent pas pourquoi cet '"Assassin légendaire" longtemps admiré et redouté a troqué le pistolet contre la scanette. Quelles que soient ses raisons, il doit à présent être éliminé : c'est la règle, on ne peut quitter le milieu que les pieds devants. 

Mais Sakamoto n'a pas l'intention de se laisser abattre : l'arsenal est à portée de main sous le comptoir, et, s'il a pris quelques kilos ces derniers temps, il a gardé tous ses réflexes. La bagarre n'est plus son délire, mais s'il doit se défendre, il le fera ! Comme vous le savez, les gens ne viennent jamais tant vous chercher des noises que lorsque vous aspirez à la quiétude... 

Au fil des chapitres, deux personnages rejoignent le cocon de Sakamoto, sa femme et sa fille : Shin, un jeune assassin télépathe au grand cœur, Shao, une orpheline survoltée. Tous deux vont se retrouver embauchés à l'épicerie... 

Ce shônen a l'avantage de démarrer au quart de tour, sans passer trop de temps sur la présentation du décor et des personnages. Souvent, les premiers tomes de séries sont assez descriptifs, mais ici ce n'est pas le cas : on sait juste ce qu'on doit savoir pour comprendre l'action à venir, et c'est appréciable.. C'est léger, dynamique, sans prise de tête. La castagne est forcément au rendez-vous mais sans être aussi dure à regarder que je ne le redoutais. 

Le personnage de Sakamoto est assez intriguant. Flegmatique, peu loquace, le regard littéralement masqué par les lunettes au verres épais, son visage peut vous évoquer aussi bien Dahmer que Hollande. C'est certain, ce type-là ne nous a pas tout dit !  

L'anime va sortir sur Netflix (si ce n'est déjà fait).