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vendredi 25 avril 2025

Le démon de Mehdi - Jean-Hugues Oppel (2016)


Le démon de Mehdi
Jean-Hugues Oppel 
Syros, 2016 



A l'approche de Noël, Sandra et Simon passent un petit dimanche après-midi tranquille : leurs enfants sont sortis. La petite Leïla est avec ses grands-parents et Mehdi, le plus grand, est au cinéma avec ses copains. 

Soudain, Sandra a un flash : sur le sapin, il manque les traditionnelles pommes de pin au chocolat. Elle décide de sortir en acheter. Mais dans le porte-monnaie, il manque un billet de dix. Qui a bien pu le dérober ? Ses soupçons se portent aussitôt sur Mehdi. 

Sandra se rend donc au cinéma pour l'intercepter après le film et régler ses comptes avec lui : elle n'est pas au bout de ses surprises. 

Une belle histoire découverte à la librairie Marbot de Périgueux, où, à l'occasion du mois du polar, une sélection de romans policiers pour la jeunesse a été mise en place (avec bien d'autres livres sur fonds d'enquêtes et d'énigmes). 

Cette collection Mini Syros Polar est très appropriée au cycle 3, mais certains titres comme Le démon de Mehdi aborde des thématiques qui parleront aux plus grands. 36 pages, donc parfait pour des petits lecteurs, rallyes lecture, actions de lecture à voix haute, etc.. 




Je savais que ce moment viendrait, mais pas si tôt, pas comme ça. 

Ma sœur est partie le 4 avril dernier, au petit matin, bien seule dans une chambre d'hôpital où on l'avait installée la veille en raison d'une infection pulmonaire. 

Elle n'avait que 34 ans, et elle était bien décidée à occuper le temps qui lui restait à vivre, en dépit du cancer du sein qu'on venait juste de lui détecter. Elle voulait se battre, elle se battait. Douze heures avant son départ, elle était diminuée mais pressée de se rétablir pour rentrer chez elle au plus vite et retrouver ses enfants. 

Je l'ai quittée à 17h30, inquiète bien sûr, mais sans plus. La fièvre était tombée, son état paraissait stabilisé.  "Mais oui, ça va aller" m'avait dit l'infirmière alors que je m'apprêtais à quitter le service de pneumologie. Ca irait... Le soir, nous avons échangé quelques SMS anodins sur la télé, le bruit de l'oxygène qui l'empêchait de dormir.

Six heures plus tard, une embolie sortie de nulle part la terrassait. Personne n'a pu expliquer cela... 

Depuis, le monde est bien le même, cruellement fidèle à ce qu'il est ; seulement tout semble repeint d'une autre couleur. 

Nous nous en relèverons, mais nous ne savons pas quand, ni comment. 

La vie est tellement injuste. Je veillerai à ce qu'on ne songe même pas à essayer de l'oublier. Ceux qui doivent payer paieront _je ne parle pas des médecins, des hôpitaux, mais de tout ce qui a pu se passer bien avant la maladie ! 

jeudi 25 juillet 2024

[SERIE JEUNESSE] Les filles au chocolat (tomes 1 à 5 3/4) - Cathy Cassidy

Qu'est-ce qui m'a donné envie de lire la série de romans jeunesse Les filles au chocolat ?

L'enthousiasme de la gamine de 5ème ultra fan de l'adaptation en BD, lorsqu'elle a entrepris de me résumer le début ? Ou la façon dont le collègue avec qui j'étais à ce moment-là a toisé son album lu, relu et corné ? Sans doute les deux... La condescendance est l'une des nombreuses plaies purulentes de la nature humaine (et de l'Education Nationale, au passage). 

Bref, nous voilà partis pour une série moins girly qu'on ne pourrait le croire en regardant la couverture des livres (mais ça l'est un peu quand même), et aussi addictive qu'un sac de bonbons : on sait que ça ne va pas nous apporter grand chose d'un point de vue nutritionnel, mais on y revient toujours,  irrésistiblement. 

L'histoire 

Cathy Cassidy nous raconte le quotidien d'une famille recomposée originale à tous points de vue : Charlotte et Paddy sont deux artistes qui ont fait leur vie de leur côté avant de se retrouver pour gérer une sorte de gîte à Kitnor, un petit village anglais situé en bord de mer. La situation a poussé les quatre filles de Charlotte à accueillir une "5ème soeur" en la personne de Cherry, la fille de Paddy. Depuis que ce dernier s'est lancé dans la fabrication de chocolats artisanaux, le bed and breakfast a gagné en notoriété et les enfants _qui n'en seront bientôt plus_ doivent s'acclimater au succès naissant ; toutes mettent la main à la pâte dans la joie et la bonne humeur, mais chacune a ses propres tourments, plus ou moins bien cachés. Il pleut aussi dans le monde des Bisounours ! 

La série compte pour l'instant 9 tomes, mais elle n'est pas terminée ; chaque livre est bien la suite du précédent, mais sa narratrice ou son narrateur change. L'histoire est racontée soit par une fille de la famille Tanberry, soit par un de leurs proches. Cela permet d'avoir différents points de vue et cela nous fait prendre conscience de la différence qu'il peut y avoir entre ce qu'on laisse paraître et ce qu'on pense vraiment. 

Les filles au chocolat - 1 - Coeur Cerise (2010)

Une nouvelle vie commence pour Cherry, 13 ans : au revoir l'Écosse où elle vivait modestement avec Paddy, son père, et cap sur Kitnor, un petit village anglais situé en bord de mer. 

Tous deux vont s'installer chez la nouvelle copine de Paddy : elle s'appelle Charlotte, elle tient un bed and breakfast toujours blindé de touristes, elle est très sympa MAIS elle a déjà quatre filles à peu près de l'âge de Cherry. Alors forcément, cette dernière stresse un peu et craint de ne pas trouver sa place dans cette nouvelle famille aux allures parfaites. D'autant plus que ses complexes et son envie de plaire aux autres l'amènent à mythonner comme pas deux, au point de se fourrer dans ses situations délicates ! 

Si les petites Coco, Skye et Summer font un bon accueil à Cherry, Honey est bien décidée à lui mettre la misère. En effet, l'aînée ne digère pas le divorce de ses parents et aimerait bien voir les deux pièces rapportées rentrer dans leurs pénates. Les vacances d'été s'annoncent agitées !  

Ajoutez à cela une caravane de gitans, un beau gosse avec une guitare, des projets de chocolaterie artisanale, des adultes en mode bisounours et du crêpage de chignon (soft)... et vous avez les bases d'une série jeunesse dont on comprend le succès. 

Les filles au chocolat - 2 - Coeur Guimauve

Skye Tanberry prend le relais de l'histoire, qui débute sur la soirée d'Halloween, soit quelques semaines après les dernières événements de Coeur Cerise. Skye est l'une des deux jumelles. Plus discrète, moins "parfaite" que Summer, la danseuse qui illumine son monde, elle peine parfois à imposer son point de vue dans cette grande famille et préfère se réfugier dans ses rêves. Jusqu'à présent, cela ne lui posait pas de problème, mais maintenant qu'elle grandit, elle commence à l'admettre : Summer lui fait de l'ombre. Pour elle, c'est une souffrance de voir ses meilleurs amis la délaisser pour sa jumelle plus populaire. 

Mais voilà encore autre chose : Charlotte et Paddy ont retrouvé dans le grenier du gîte une malle contenant les effets personnels de Clara, une ancêtre de la famille disparue tragiquement. Skye est friande de vieilleries et de mystères, et elle récupère des vieilles robes et un paquet de lettres. Peu après, elle est prise de visions étranges et se demande si elle ne serait pas un peu possédée par l'esprit de Clara. 

L'histoire est racontée par une fille de douze ans, le ton du livre est donc inévitablement plus enfantin que le précédent. Du coup, j'ai un peu moins accroché, mais il reste très agréable à lire. Il est notamment intéressant parce qu'il parle de l'évolution de la relation de deux sœurs jumelles qui se ressemblent de moins en moins, et qui ont l'impression de ne plus vraiment se connaître. Le petit côté fantastique est très bien dosé ! 

Les filles au chocolat - 3 - Coeur Mandarine

C'est bientôt l'été à Kitnor, et les vacances s'annoncent bien remplies pour toute la famille : Charlotte et Paddy partent en voyage de noces au Pérou, laissant le bed and breakfast et l'atelier entre les mains de la gentille Mamie Kate ; au même moment, une équipe de tournage investit les lieux et commence à réaliser un documentaire sur la chocolaterie artisanale de Paddy. Les filles se réjouissent de l'animation que tout cela suscite, sauf Summer. En effet, la jumelle de Skye doit bientôt passer une audition pour intégrer une prestigieuse école de danse, et elle se met beaucoup de pression pour réaliser son rêve. Même si son talent n'est plus à démontrer, elle n'est jamais satisfaite de ses prestations, et s'agace de ne pas pouvoir contrôler tous les paramètres.. à commencer par l'évolution de son corps.

Ce troisième tome est un poil anxiogène _normal, puisque c'est la stressée de la famille qui raconte, mais il a l'intérêt de décrire l'installation progressive d'un trouble alimentaire chez un jeune, vue de l'intérieur. 


Les filles au chocolat - 3 1/2 - Coeur salé

Enchaînons avec Coeur Salé. Cette fois-ci, le jeune Shay Fletcher qui nous raconte sa vie trépidante de lycéen moyen, gêné dans ses moindres mouvements par un père oppressant. 

On peut dire que Shay fait presque partie de la famille Tanberry : il est quand même sorti avec deux des cinq sœurs, ce qui crée des liens. Et ça vaut bien un tome à soi - qui n'est d'ailleurs pas le numéro 4, mais bien le "3 1/2 : peut-être est-ce une sorte de spin-off que Cathy Cassidy n'avait pas prévu de sortir, à la base ? 



En ce moment, le musicien en herbe est dans la tourmente : il a été approché par une maison de disques mais son père a refusé en bloc le contrat alléchant qui lui était proposé. Il ne peut guère compter sur le soutien de son frère, chouchou des parents et voué à prendre la direction du centre aquatique familial, un jour. Sa copine Cherry Costello était son rayon de soleil, jusqu'à ce que Honey, l'aînée des Tanberry, non contente d'avoir manqué de cramer la grange familiale en découvrant les joies de la clopes quelques mois plus tôt, ne vienne semer la discorde entre eux. 

En gros, rien ne va plus. Mais pas de panique : dans Les Filles au chocolat, tout finit toujours par s'arranger. 

Coeur Salé nous éclaire sur un personnage secondaire qu'on avait un peu oublié depuis le premier volet ; ce chapitre, plus expéditif _et donc forcément moins profond que les précédents_ traite des tensions entre parents et enfants lorsque ces derniers veulent prendre le contrôle de leur vie. 

Bon, j'ai apprécié beaucoup plus que je ne m'y attendais la lecture destinée à un public jeune mais beaucoup moins niais qu'on pourrait le croire. Cathy Cassidy traite bien de l'acclimatation à un nouvel environnement, de l'ajustement relationnel qui s'impose lorsqu'on intègre un groupe _l'élève fan est en famille d'accueil, elle a dû s'y retrouver_, de gérer l'hostilité viscérale qui se dégage d'une personne. 

On a quand même un peu l'impression d'être dans les Sims par moments : les parents sont d'accord pour tout _et ne gueulent même pas vraiment lorsqu'une gamine de 11 ans loue une pelleteuse pour faire un bassin au poisson rouge. Vas-y que ça bouffe du chocolat et des pancakes H24. Ces excès vont d'ailleurs exaspérer Summer, lorsqu'elle va tomber dans l'anorexie. Le copain de Honey vit quasiment chez eux et c'est lui qu'on appelle lorsqu'il faut gérer ses colères... Tout ça n'est pas très réaliste, certes, mais, par les temps qui courent, une histoire dégoulinante de sucre est toujours bonne à prendre.     


 Les Filles au chocolat - 4 - Coeur Coco 

4ème tome des aventures de la famille Tanberry, ou celui dans lequel la petite Coco chourave des poneys et fait du vélo dans la nuit avec un jeune homme peu recommandable ! 

Evidemment, c'est plus compliqué que ça. 


Coco, la petite dernière de la fratrie, vient de commencer un nouveau chapitre de sa vie : elle s'est mise au poney. Les ventes de gâteaux pour sauver les pandas sont passées au second plan depuis que son nouvel objectif est de monter Coconut, la ponette la plus caractérielle du centre équestre. Les moniteurs ne le lui permettent pas pour l'instant : leur élève a beau être douée avec les animaux, elle est encore débutante, c'est bien trop risqué. Mais à douze ans, on n'a pas le temps d'attendre. Son impatience et son agacement face aux remarques déplaisantes du jeune Stevie, un camarade de classe qui cure les box sur son temps libre, vont mettre à mal son sens de l'obéissance. 

Le tour de manège a dos de Coconut va mal se terminer et la ponette, jugée dangereuse, va être vendue pour rejoindre l'écurie du détestable Seddon, un riche propriétaire connu pour maltraiter ses animaux. 

Bon gré mal gré, Coco et Stevie vont s'associer pour sauver les poneys retenus par Seddon, afin de les mettre en lieu sûr. Pour ce faire, ils vont devoir ruser, agir de nuit et balader leurs familles respectives. 

Les états d'âme de Coco parleront à tous les "petits" de la famille qu'on ne prend jamais au sérieux et dont on ne se soucie pas tant qu'ils ne font pas de vagues. Les Filles au chocolat sont toujours aussi bien ancrées dans le monde des Bisounours, même si les parents se montrent absents, car submergés de travail et blasés par les conneries incessantes de Honey, la grande soeur en pleine crise. Par rapport aux livres précédents, j'ai trouvé que Cathy Cassidy allait un peu trop loin dans le happy end, même si elle a sans doute ressenti le besoin de contrebalancer le coup de théâtre violent des derniers chapitres. 


Les filles au chocolat - 5 - Cœur Vanille 

Pour la première fois de la vie, les soeurs de la famille Tanberry sont séparées. En effet, après avoir bien cassé les burnes à tout le monde avec ses frasques et sa mauvaise humeur constante, Honey s'exile en Australie afin de prendre un nouveau départ. L'aînée de la fratrie va ainsi pouvoir renouer avec son père, qui travaille sur place, et qui s'est chargé de l'inscrire dans un lycée huppé où elle ne pourra que réussir (selon lui).  


Les premiers jours à Sydney sonnent comme un rêve pour la petite anglaise aux allures de diva : une grande ville pleine de boutiques à proximité, une maison de bourges avec piscine, un père qui en fait des tonnes pour bien l'accueillir, une belle-mère stylée, la plage, les surfeurs... Honey serait-elle arrivée au paradis ?

Spoiler : non, elle va très vite déchanter ! 

Le père se charge de la ramener à la réalité : Honey comprend vite qu'elle n'ira pas dans l'établissement prévu, qu'elle n'aura ni le droit de faire la fête, ni de voir de mecs. Et puis là-bas, les jeunes ne semblent pas avoir les mêmes codes et ne sont pas sensibles à son aura : elle a, comme qui dirait "perdu son mojo". 

Cela ne l'empêchera pas de faire quelques belles rencontres amicales à l'école et en dehors. 

Prise par le mal du pays et frustrée de ne plus pouvoir séduire, Honey décide de se réfugier dans les mondes virtuels et s'inscrit sur un réseau social pour rester en contact permanent avec ses soeurs. Un mystérieux Surfie16 lui envoie bientôt une demande d'ami qui la rend fort jouasse... jusqu'à ce qu'elle devienne la cible d'un cyberharceleur aussi vénère qu'insaisissable. 

Honey se sent rapidement seule et démunie : son père ne mesure absolument pas la gravité de la situation, et le reste de la famille est à l'autre bout du monde, inutile de les inquiéter. 

Vu qu'on met enfin les projecteurs sur la lutte contre le harcèlement à l'école ces derniers temps, cette lecture tombe à pic.. et en parle plutôt bien.

Si vous lisez jusqu'au bout, vous verrez que coup de théâtre ! La famille s'agrandit (non, rassurez-vous, c'est pas Honey qui tombe en cloque à 15 ans : on est dans les Filles au Chocolat quand même !)

Cette série pour les gamins est définitivement mon petit malabar permanent (j'ai même pas honte). 


Les Filles au chocolat - 5 1/2 Coeur Sucré

Un tome qui aurait pu s'intituler "Vis ma vie de pote de Summer" ! 

Coeur Sucré est un petit volume organisé en deux parties : "L'étoile de la Saint Valentin" et "Pas de deux". La première est racontée par Tommy, le petit ami de Summer, et la seconde par Jodie, sa meilleure amie. 


Pour rappel, Summer Tanberry est la ballerine de la fratrie : promise à un bel avenir de danseuse, elle a dû faire une croix sur sa passion à cause de son anorexie. Depuis, elle lutte pour se refaire une santé, mais le moral ne suit pas toujours. 

Tommy est là pour la soutenir, mais il sait qu'il peut se montrer maladroit. Autant dire le challenge d'organiser un événement qui sera à la fois un cadeau d'anniversaire et un cadeau se Saint Valentin pour Summer n'est pas simple. L'appui de quelques amis et de Skye, la jumelle de Summer, vont le convaincre de tenter de mettre en œuvre le plan qu'il a en tête... 

Dans "Pas de Deux", on quitte Kitnor pour la Rochelle Academy, l'école de danse que Jodie a pu intégrer après le désistement de Summer. Prise entre son excitation, ses complexes physiques et le syndrome de l'imposteur qu'on imagine, la danseuse arrive à rester altruiste en toutes circonstances. Mais qui est là pour la soutenir, elle ? Les lettres qu'elle envoie à Summer restent sans réponse... 

Chronologiquement, ces deux histoires se situent en parallèle de Coeur Vanille (t.5) ; elles ont l'avantage de nous faire connaître deux personnages secondaires assez attachants et de parler de la difficulté d'accompagner un proche qui souffre. Bien sûr, on reste dans un tonalité bisounours propre à la série, on aime ou on n'aime pas, mais c'est toujours intéressant de tomber sur un roman jeunesse qui parle des TCA.  Autre point positif, Coeur Sucré peut être sympa pour des "petits lecteurs" qui ne connaissent pas l'univers des Filles au chocolat : les deux histoires restent compréhensibles, même si on n'a pas lu les volumes précédents. 

Les Filles au Chocolat - 5 3/4 - "Coeur Poivré" (2016) 

On continue avec les aventures des amis des Filles au Chocolat. Cette fois-ci, le focus est fait sur Jamie et Stevie, à travers deux histoires distinctes : "Loin des yeux" et "Près du coeur". 

Dans "Loin des yeux", Jamie et sa mère, productrice de télé, se rendent dans le gîte des Tanberry pour y tourner une émission de télé-réalité. Le jeune Londonien devrait s'en réjouir : pour lui, c'est l'occasion rêvée de revoir enfin Skye, sa copine dont il a de moins en moins de nouvelles. Mais le fait est qu'il n'est pas aussi enthousiasme qu'il aimerait l'être : son humeur maussade ne risque-t-elle pas de gâcher la soirée d'Halloween ?


  

"Près du coeur" se déroule quelques mois plus tard, à l'occasion du Nouvel An. Le stress monte pour Stevie, ce garçon à la vie compliquée avec qui Coco avait kidnappé des poneys dans le tome 4. Il a été invité à réveillonner avec sa mère et sa soeur chez les Filles au Chocolat, mais craint qu'elles ne l'aient oublié. D'autant que Coco l'avait éconduit lors de leur dernière entrevue...

Attention, rien ne va plus ! C'est pas spoiler que de le dire : y a de la tromperie ! 

Plus sérieusement, ce petit intermède de 100 pages parle de façon délicate, et sans dramatiser, de rupture et de sentiments réciproques (ou pas) chez les jeunes. On y retrouve tout ce qu'on aime dans l'univers de la série : les animaux (et le véto gratos), le sucre, la plage, la voyante chelou... 

Je ne sais plus si j'en ai déjà parlé, mais chaque tome se termine par deux ou trois recettes associées à l'un des personnages ; elles sont globalement faciles à faire. Aussi, comme c'est dimanche, que le temps et pourri et que finalement les Girondins de Bordeaux ne montent pas en Ligue 3, j'ai tenté le gâteau moelleux de Stevie. J'estime que je le mérite. Franchement il est pas si mal !

Références des livres : 

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 1 - Coeur Cerise. Nathan, 2011

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 2 - Coeur Guimauve. Nathan, 2012

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 3 - Coeur Mandarine. Nathan, 2012

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 3 1/2 - Coeur Salé. Nathan, 2013

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 4 - Coeur Coco. Nathan, 2013

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 5 - Coeur Vanille. Nathan, 2014

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 5 1/2 - Coeur Sucré. Nathan, 2016

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 5 3/4 - Coeur Poivré. Nathan, 2016


  


dimanche 23 août 2020

Histoires de porcelaine - Que cent fleurs s'épanouissent - Feng Ji Cai (1990) / Tour de France du poulet : étape à Chantilly


Allez allez ! On se motive et on pond son petit billet ! 



L'histoire 

Lorsqu'on prend un train de nuit seul, on croise les doigts pour ne pas avoir à partager le compartiment, ou du moins pour voir débarquer le moins de voisins possibles au cours du voyage. Mais il arrive pourtant qu'un passager vienne occuper une couchette de la nôtre, et qu'il exacerbe même notre pointe de déception en faisant un bordel pas possible. Voilà précisément ce qui arrive au narrateur du roman Que cent fleurs s'épanouissent, un écrivain renommé qui ne sait pas trop s'il doit se vanter de son art, ou le dissimuler : en effet, l'action débute en Chine, au début des années 1970, pas longtemps après la tumultueuse Révolution Culturelle. 

A première vue, son compagnon de route ne lui dit rien qui vaille, d'autant plus qu'il trimbale une caisse en carton qu'il manipule avec précaution, comme si quelqu'un se cachait à l'intérieur ; l'homme est-il fou et/ou dangereux ? 

Bon gré mal gré, une discussion s'engage. L'étrange passager commence à raconter ses déboires de jeunesse au narrateur _et au lecteur, par la même occasion. Hua Xiayu, puisque c'est ainsi qu'il se nomme, venait alors de terminer de brillantes études d'art et attendait d'être affecté dans un service administratif ou pédagogique de son école. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il apprit qu'une place d'ouvrier dans une usine de céramique l'attendait en province ! 

Croyant d'abord à une erreur, il finit par répondre à la convocation et à quitter Pékin et ses promesses. On est alors au début des années 1960, il n'est pas question de contester le système d'attribution des postes ! Peut-être quelqu'un nourrissait-il de la rancœur ou de la jalousie envers lui, et a utilisé ses contacts pour broyer ses rêves ? Il n'aura guère le temps de chercher d'où est partie la balle, car une fois arrivé à Qianxi, les tuiles s'enchaînent... 


Tuiles...
Usine de céramique... 
Ahah 
Bref.


Au travail, le malaise est palpable : entre les collègues qui ne lui adressent pas la parole, les voisins qui semblent se méfier de lui, les petits chefs qui l'accusent _à tort_ d'être un "révolutionnaire" ou un "anti-communiste", il ne se sent vraiment pas à sa place, et perd rapidement toute envie de s'intégrer. Heureusement, les visites d'un chien errant nommé Le Noir et de Dune, sa future femme, lui permettent de le trouver goût à la vie. Au travail, il se rend compte qu'il est capable de se distinguer des autres ouvriers en créant des poteries et des porcelaines d'une rare finesse : son âme d'artiste est engourdie mais pas morte ! Hua Xiayu est naïf et montre un peu trop sa bonne humeur, surtout quand il s'agit de parler de son mariage. Il ne sait pas encore que les hommes n'aiment pas voir leurs semblables heureux. 

Bientôt, des dazibaos, sorte de tracts diffamatoires qu'il était de bon ton de plaquer sur les murs à l'époque, fleurissent aux environs de sa cabane ; ils dénoncent le supposé passé de dangereux fauteur de trouble du jeune céramiste, qui est pourtant certain de n'avoir rien à se reprocher... D'où viennent-ils ? Sans doute de ..., un petit chef de son usine qu'il soupçonne d'être amoureux de Dune, mais il n'a pas de preuves et sait bien que la parole d'un étudiant citadin ne compte pas. Comme il ne réagit pas et ne semble pas pris de remords _comment le pourrait-il ? le ton monte. Les brimades et ragots laissent place aux franches agressions. Les collègues les moins méprisants se détournent de lui, sans doute pour se protéger, tandis que Dune subit des pressions et ne sait plus qui croire. Comble de l'horreur pour un artiste, on le force à casser à coup de masse toutes ses porcelaines. A ce stade de l'histoire, on se croit perdu au milieu d'un roman de Kafka, on a autant le bourdon que le jeune peintre... et il se pourrait bien que le livre tombe des mains des lecteurs les moins motivés. 



Ce serait une erreur : à partir du moment où la guerre est clairement déclarée, où Hua Xiayu se fait bien tabasser, où il avoue des délits qu'il n'a pas commis pour que sa femme échappe aux coups, où il se fait envoyer en "camp de rééducation" encore plus retiré du monde, le roman prend un nouveau tournant. Le jeune homme a touché le fond, il ne peut que rebondir. Sa peine va devenir une renaissance artistique, grâce à la rencontre de deux paysans, artistes à leurs heures perdues. L'un fait des poteries, l'autre s'illustre dans le découpage de papier. Tous deux sont des artistes qui s'ignorent ; leurs manières ne sont pas raffinées, mais leur oeuvre est vivante, vraie, déconnectée de la politique. Née d'une simple envie de créer, elle certainement pas monnayable ! L'étudiant va beaucoup apprendre au contact de ces formes d'arts dont il ignorait l'existence. 

La femme s'en va, le chien reste 

Ce sous-titre peut vous interpeller, j'en suis consciente ; laissez-moi juste développer. Dans ce résumé bien trop long, j'ai très peu parlé du chien nommé Le Noir qui se donne au peintre et qui va devenir son seul véritable ami. Il a pourtant un rôle déterminant dans le parcours du héros : dès les premiers chapitres, il fait immersion dans son environnement, suscitant d'abord sa peur avant de devenir un véritable ami. 

Les hommes sont de vraies girouettes face aux événements : les ouvriers passent du mépris à l'admiration devant le talent de Hua Xiayu ; l'un d'eux se laisse emporter par la jalousie ; un autre compense ses frustrations par la violence et la cruauté. L'amour de Dune s'étiole bien vite sous l'effet de la méfiance. Pire encore, ils ne se contentent pas de le fuir ou de le sanctionner : ils veulent l'anéantir, lui faire mal en le forçant à détruire lui-même le fruit de son travail, son seul motif de fierté dans sa vie pleine de désillusions.



Le Noir est le seul gage de stabilité dans la vie d'un personnage ballotté par les vents contraires : cela dit, vous vous rendrez compte, si vous lisez ce livre, que si quelqu'un a des raisons de lui en vouloir, c'est bien lui ! Même pendant leur séparation forcée _on ne les laissera partir ensemble au camp de Qingshishan_ la bête jouera son rôle de guide : n'est-ce pas une statuette de chien, censée compenser l'absence du Noir, qui va mettre en relation Hua Xiayu et le colporteur local, par le biais d'un gamin ? Je n'ai pas les références nécessaires pour bien comprendre toute la symbolique dont Feng Ji Cai a voulu charger Le Noir, mais si l'on s'en tient simplement à notre image commune de cet animal, le message est clair : le chien est le meilleur ami de l'homme et il se distingue par sa fidélité.   


La minute coincidence culturelle 

Que cent fleurs s'épanouissent est un roman relativement court, dont le titre fait référence à une fameuse phrase de Mao Tsé Tung : à la base, ces propos encourageaient les intellectuels à s'exprimer librement, mais ils se sont transformés en traquenard pour ceux qui ont eu l'imprudence d'y croire. J'ai  compris la référence à la toute fin de l'histoire... et surtout à l'aide du dossier pédagogique situé à la fin de mon édition Folio Junior qui a un peu vieilli, mais qui reste très instructive !   

L'histoire est facile à suivre, mais une bonne connaissance du contexte politique en Chine à cette époque reste nécessaire, selon moi, pour bien comprendre et pour en apprécier la profondeur. Que cent fleurs s'épanouissent est aussi une réflexion sur l'art et sur la figure de l'artiste. C'est pourquoi je fixerai l'âge de première lecture aux niveaux 4°-3°, d'autant plus que les scènes de violence et les moments contemplatifs pourraient désarçonner les plus jeunes. Dans tous les cas, il ne faut surtout pas se priver de cette belle transcription des émotions que les œuvres d'art et le processus de création peuvent susciter. 

Croyez-moi ou non, j'ai découvert ce livre juste avant d'aller me promener à Chantilly, pays de la "porcelaine tendre", c'est à dire fabriquée sans argile blanche, depuis le XVIII° siècle. Quelques très beaux services, vases et autres objets du quotidien, sont exposés au château. Beaucoup d'entre eux représentent des motifs faisant référence à la Chine _car on était en plein dans la phase "chinoiseries". 


J'ai seulement photographié les petits bijoux représentant des poules ou des oiseaux, dans le cadre de mon Tour de France du Poulet*, mais si vous allez visiter le Musée Condé, vous pourrez en admirer plein d'autres. Une exposition autour de la porcelaine de Meissen et de Chantilly, intitulée "La fabrique de l'extravagance", est actuellement en cours de montage. 



Plus d'informations sur cette facette sur patrimoine sur la brochure dédiée, éditée par la ville de Chantilly. Valeur sûre, donc !
   
Bon à savoir : 
  • Si vous souhaitez visiter le Domaine de Chantilly et que vous vous y rendez en TER, vous pouvez vous faire faire un billet spécial qui comprend le transport et la visite pour un tarif intéressant, me semble-t-il. Conditions à vérifier sur le site du Domaine et sur celui de la SNCF.  
  • Le billet Domaine donne accès au Château (et au Musée, aux expos), aux Grandes Ecuries, au parc _qui est vraiment très agréable, MAIS PAS au Potager des Princes, comme j'ai pu le lire quelque part. Cela ne vous empêche pas d'y aller faire un tour quand même, car il y a un méga trombinoscope des différences races de poules à l'entrée, et un jardin qui vous filera plein d'idées et vous remettra de vieux proverbes en tête. Sinon, la dame de la billetterie est un peu sèche, mais grâce au système de parcours fléché anti-COVID, hamdoullah vous ne la verrez pas à la sortie.
"Arrêtez de me chier dessus, bordel !"



*Où que j'aille en France, je me lance de défi de dégoter quelque chose qui ressemble de près ou de loin à une poule, et de le photographier. Quand j'aurais assez de photos, je les alignerai toutes : c'est alors que la vérité sur l'existence de l'univers apparaîtra !   

Feng Ji Cai. Que cent fleurs s'épanouissent. Folio Junior Edition Spéciale, 1995. 160p., ill. ISBN 2-07-058834-3

lundi 8 mai 2017

Les Cités des Anciens 6 - Les pillards - Robin Hobb (2012)


Je dois vous dire que j'ai pris le temps de penser à ma gueule dernièrement... 

Les Chevaliers du Zodiaque, la série abrégée - 1
Allez jeter un oeil !

...d'où le petit craquage livresque suivant : 

Les Cités des Anciens 6 - 7 -  8

... talonné de près par l'acquisition bien trop impulsive pour être honnête d'une BD de l'auteure féministe Liv Strömquist : Les Sentiments du Prince Charles.  

Artiste découverte lors du PULP festival, qui s'est tenu fin avril à La Ferme du Buisson (Noisiel)

Bref, laissons ces jolis cygnes se faire de doux gros yeux sous un ciel d'orage pour retrouver les nouveaux habitants de la Cité Ancienne de Kelsingra, le vaisseau Mataf, et quelques personnages qu'on avait bien failli oublier ! 

Illustration couverture : Sébastien Hayez

L'histoire 

Les craintes d'Alise étaient bien fondées : en apprenant que Leftrin et son équipage ont réussi à mener à bien leur expédition, découvrant au passage la Cité Ancienne de Kelsingra, les Marchands du Désert des Pluies se sentent pousser des ailes. Pourtant, le marin s'est volontairement montré peu explicite : s'il est rentré au pays, c'est seulement pour toucher sa paie et rapporter celle des jeunes gardiens de dragons restés sur place. Pas question de montrer le chemin à qui que ce soit : chacun porte sa croix, et personne ne lui a filé aucun tuyau, à lui. Le Conseil des Marchands refuse toutefois de lui payer son dû, faute de preuves et d'informations détaillées qu'il ne donnera pas : non mais c'est quoi ce chantage ? Il en ressort outré par si peu de confiance à son égard, mais les Anciens Malta et Reyn Khupprus sauront lui apporter la reconnaissance qu'il mérite.

L'accouchement de Malta est mouvementé ; elle perd les eaux au retour du Conseil, avant même d'avoir regagné sa chambre. Etendue entre deux passerelles de lianes suspendues, elle hurle à la mort jusqu'à l'arrivée d'un inconnu chalcédien... qui ne lui vient pas du tout en aide et semble plus intéressé par sa couronne d'écailles que par son état. L'homme la transporte à l'intérieur d'un bordel et la boucle dans une cellule miteuse, où elle accouche pour de bon avant de s'échapper grâce à son audace et à quelques coups de poignard heureux. 

L'enfant, déjà très écailleux, est d'une faiblesse inquiétante... même si Malta se réjouit qu'il soit toujours vivant. Si seulement Reyn était auprès d'elle ! Or, son mari est monté à bord du Mataf, où l'on discute déjà d'un départ anticipé... 

Leftrin reconnaîtra-t-il ses compagnons de route lorsqu'il reverra la Cité des Anciens ? Rien n'est moins sûr, tant les dragons et leurs gardiens évoluent rapidement dans les airs et les eaux magiques de Kelsingra. Sintara parvient à prendre son envol et à rejoindre l'antre de ses aïeux ; les quelques heures qu'elle y passe suffisent à la transformer et à la renforcer. Thymara et Kanaï passent la nuit la cité et prennent conscience de leur statut d'Ancien, au fur et à mesure que leurs écailles se teintent de couleurs vives. Oui oui, Thymara couche avec Kanaï dans une chambre bien douillette tandis que Tatou crève de jalousie de l'autre côté du ravin, joie totale ! Pourquoi sa copine a-t-elle cédé aux ardeurs ce type perché, alors qu'elle s'est toujours refusée à lui ? Il se le demande, nous aussi, et ... elle aussi, d'ailleurs !! 

Bref, c'est son choix, et c'est...



Le retour de l'ex maléfique ! 

Le dépit du jeune gardien tatoué l'amène à demander des conseils aux gays à Sédric et à Carson, eux qui semblent avoir une vie amoureuse épanouie. Si Carson sait trouver les mots qu'il faut, justes et francs bien que désagréables à entendre pour Tatou, Sédric se rembrunit l'espace de quelques minutes. La jalousie est un sentiment qu'il connaît bien ! Ah, pour ça, il peut remercier ce connard de Hest Finbok et sa tendance à fourrer sa queue partout ! Mais à quoi bon se prendre la tête, l'amant qui l'employait comme secrétaire ne fait plus partie de sa vie, et c'est tant mieux. 

Or, seules les montagnes ne se rencontrent jamais. Hest a eu vent du retour de Leftrin, et, poussé par son père tout aussi calculateur et ambitieux que lui, il compte bien embarquer pour prendre d'assaut ces contrées oubliées. Après tout, si Alise fait partie des découvreurs potentiellement bénéficiaires des richesses de la Cité, il peut faire jouer son statut de mari pour racler quelques morceaux de choix ! Entre sa femme qui a noué une relation digne de ce nom avec le capitaine Leftrin et son amant qui roucoule tranquillement entre les bras costauds d'un bear, Finbok risque fort d'être surpris par le bonheur de ses anciens larbins. Les retrouvailles s'annoncent explosives ! Une traversée du fleuve, ça vous change une épouse soumise et un ami docile... 

BEAR POWER !

Des écailles aux écus 

Hest ne vient pas juste pour régler ses comptes et s'en foutre plein les poches. Il est aussi à la botte d'un Chalcédien qui l'a chargé de récupérer des écailles de dragons afin de soigner le Duc malade... d'être vieux, ni plus ni moins. Comme nous l'avions déjà compris dans le tome précédent, les majestueux reptiles sont devenus, au regard des hommes, des bêtes parmi d'autres. Leur chair, leurs organes et leur robe sont consommables et monnayables. Or, pour la nouvelle génération d'Anciens, et pour ceux qui ont gardé la mémoire des traditions, le dragon est le "seigneur des trois règnes" et ne peut faire le beurre des hommes. On comprend donc qu'un combat va s'engager entre ceux qui pensent écus et ceux qui brossent les écailles. A noter que l'illustration de couverture de la version poche que j'utilise (J'ai Lu) me paraît coller parfaitement à l'ambiance, puisqu'elle représente une pièce de monnaie frappée d'une tête de dragon, me semble-t-il. Au passage, Selden est toujours aussi mal traité par ses ravisseurs, tandis que sa grande dragonne Tintaglia n'est pas non plus au meilleur de sa forme...  


CDZ, la série abrégée, toujours l'épisode 1 !

Le tome "Les pillards" est un tremplin vers un feu d'artifice imminent de nouvelles aventures pour les nombreux héros des Cités des Anciens. Comme dans Les Aventuriers de la Mer, on sent que tous les personnages sont en route pour converger en un même point... qui sera sans doute un point de non retour pour certains d'entre eux. A suivre, donc !

Robin HOBB. Les Cités des Anciens 6 - Les pillards. 2013, J'ai Lu. Coll. Fantasy. 288 p. ISBN 978-2-290-07037-6     


lundi 4 juin 2012

Les Aigles Décapitées - Tome 6 - Alix. Jean-Charles Kraehn, Michel Pierret. 1992



Où est-ce qu'on en était ? 

Trois années se sont écoulées depuis les aventures bretonnes du seigneur Hughes de Crozenc et de son fidèle compagnon Sigwald Tranchecol. Ils goûtent enfin à la tranquillité, sans savoir que leur vie de châtelain n'est rien d'autre qu'une accalmie avant la tempête !          




En effet, au château de Peyrepertuse, niché au coeur du Pays d'Oc, le comte Roger de Castelnau nourrit de sombres desseins. Sa nièce, Alix, lui donne du fil à retordre en refusant d'épouser son fils cadet, le jeune Guilhem. Or il n'entend pas la laisser libre de son choix et décide de forcer le mariage en éliminant celui qu'elle aime toujours en secret. 

L'homme à abattre est bien évidemment Hughes, puisqu'il est à la fois un amant gênant et le responsable de la mort du père d'Alix, Enguerran. Roger de Castelnau tente donc de l'attirer hors de sa forteresse de Crozenc pour l'occire de ses mains en Pays d'Oc. Appâté par la perspective de retrouver sa dame vivante et toujours éprise de lui, Hughes saute à pieds joints dans le piège et part aussitôt vers le sud. Peu lui chaut l'avis de Nolwenn, qui voit pourtant d'un mauvais oeil le dévouement de son mari pour cette femme qu'elle jalouse sans la connaître. Elle ordonne au "turbulent" lieutenant  Ravenaud de s'arranger pour que le projet échoue... en tuant Alix, par exemple !

Une fois de plus, Hughes est seul contre le déchaînement des vents contraires qui soufflent dans l'ancienne terre des Cathares. L'opération s'annonce d'autant plus périlleuse que Sigwald, estropié, ne peut plus l'accompagner dans ses mésaventures.   
    

Le coeur a ses raisons ! 

C'est la première fois, depuis le début de la série, que l'action est poussée essentiellement par une histoire de coeur _ certes bien cachée derrière le prétexte chevaleresque.
  • Les premières vignettes de la BD plantent le décor d'une citadelle égayée par le soleil du sud : Peyrepertuse. Pourtant, entre les murs de ce château soumis au Royaume de France depuis peu, le Seigneur Roger de Castelnau et son fils Guilhem font grise mine à cause du mariage avorté. Ils comprennent peu à peu que si Alix refuse cette noble alliance avec son cousin, c'est parce qu'elle réserve son coeur à Hughes. Le moyen le plus sûr de lui faire entendre raison est donc d'assassiner le chevalier et de tuer, par la même occasion, les espoirs de la demoiselle qui l'aime. La première machine à détruire le couple de blondinets est ainsi mise en route.
  •  Le château de Crozenc compte son lot de psychodrames : entre Nolwenn et Hughes, on ne peut pas parler de mariage heureux. D'ailleurs, comment le pourrait-on, étant donné les conditions de la noce (voir tomes 4 et 5) ? Toujours est-il que Madame déplore le peu d'assiduité de Monsieur "à fréquenter sa couche". Lorsqu'il reçoit des nouvelles d'Alix en même temps que son appel à l'aide, il n'hésite que peu de temps à quitter femme et affaires politiques pour voler à son secours. Nolwenn se laisse submerger par la jalousie et charge l'ambitieux lieutenant Ravenaud, qui apprécie peu son suzerain, d'assassiner Alix, ou au moins, de faire capoter le voyage. 

 Ménélik - Bye bye -
  • Elle ne se doute pas que Ravenaud n'est pas tant motivé par la responsabilité que Nolwenn lui a confié, que par ses projets personnelles : éliminer Hughes pour récupérer son domaine, son statut et surtout sa femme. En effet, voyant le désintérêt de son Seigneur pour son épouse, l'ancien serviteur d'Enguerran est de moins en moins discret dans ses façons de courtiser Dame Nolwenn. Après s'être disputés Alix dans le Cycle de l'Imposteur, Hughes et Ravenaud se partagent à présent la châtelaine parvenue.     
Ces trois courses au bonheur sentimental, individuelles et indépendantes les unes des autres, vont catapulter dans l'autre monde bien des vies innocentes et inconscientes d'enjeux finalement futiles !                


Mobilisons nos connaissances 

Vous avez intérêt à avoir un bon souvenir du Cycle de l'Imposteur (tomes 1 à 3), car le retour l'Alix dans le champ de vision du héros nous ramène aux début de ses aventures. Les auteurs y font référence à plusieurs reprises dans leurs vignettes pour nous remettre en mémoire les événements et le passé plus ou moins lourd de personnages perdus de vue dans les albums n°4 et 5, tels que Ravenaud et, bien entendu, Alix. Le contexte de conquêtes de régions et de territoires indépendants par le Royaume de France, déjà prégnant dans les tomes 1, 2 et 3, est encore présent. Les traces laissées par les épisodes houleux d'expansion du territoire et de chasse aux Cathares expliquent l'une des embûches rencontrées par le Seigneur de Crozenc : l'attaque des villageois sur la petite troupe qui accompagne Hughes. Confondant les Poitevins avec des bandits passés dans leur contrée quelques heures plus tôt, les paysans vont mener la vie dure à tous ceux qui se sont trouvés là au mauvais endroit, au mauvais moment.    

Les auteurs du tome 6 des Aigles Décapitées ont parfaitement trouvé la force de donner un nouvel élan aux aventures de Hughes, Sigwald et les autres. On pourra noter l'utilisation fort sympathique de couleurs vives utilisées pour cette bande dessinée. Elles donnent à cette série, jusque là plutôt sombre, une nouvelle atmosphère : tout brûle, les têtes tombent et les amoureux pleurent de frustration, mais l'espoir demeure et la vie continue !


KRAEHN, Jean-Charles ; PIERRET, Michel. Les Aigles Décapitées. Tome 6 : "Alix". Glénat. 1992. Coll. "Vécu". 48 p.