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vendredi 26 décembre 2025

[MANGAS] Les deux Van Gogh - Hozumi (2012) / Bride Stories - 1 - Kaoru Mori (2011) / Les aventures de Maria Mantegazza - 1 - Femme pilote - Seiho Takizawa (2024)

Par moments, j'ai l'impression d'être une toupie lancée à toute vitesse, incapable de s'arrêter, sans garde-fous, sans aucune prise sur rien. Bientôt neuf mois sans Marine, le choc reste insurmontable. Fuir permet de tenir le coup provisoirement. S'enfermer dans un univers où on peut se donner l'impression qu'il ne s'est rien passé... ça reste une béquille comme une autre, ni plus ni moins. Mais ça ne résout pas le problème, et un jour il faudra bien faire face, se casser les dents sur la réalité. Je refuse d'y penser pour l'instant, c'est trop dangereux. J'ai hâte que les fêtes se terminent, et en même temps cela ne me tente pas d'attaquer une nouvelle année sans ma sœur. 


Les Deux Van Gogh
Hozumi 
Glénat, 2015 

Photo : site de Glénat


On aurait tellement envie de croire à cette "biographie fictive" _ mais peut-être pas tant que ça, qui sait ?... de la vie de Théo et Vincent Van Gogh ! 

Vincent Van Gogh et son frère Théo sont aussi différents que complémentaires : le premier est un artiste talentueux, présenté ici comme rêveur et candide, le second est un marchand d'art audacieux, déterminé et fin connaisseur. Mais Théo est avant tout le premier fan de Vincent ; il s'est donné comme mission de lui permettre de développer son art, d'en vivre et de faire reconnaître son génie.

Nous voilà donc plongés dans le Paris du XIX°siècle, entre les galeries d'art, les cercles hermétiques de peintres qui se revendiquent de courants bien précis, et une population qui ne demande qu'à se sentir concernée. Théo travaille pour son oncle à la galerie Goupil et Cie, et il a grande envie de donner un coup de pied dans la fourmilière, histoire de décloisonner tout ça. L'arrivée de ce jeune premier très sûr de lui ne plaît pas à tout le monde : Toulouse-Lautrec et Gérôme ne tardent pas à lui voler dans les plumes. Tandis que Van Gogh s'impose peu à peu parmi ses pairs, un mystérieux clochard arrive à Paris... 

Hozumi prend le parti de faire de Théo Van Gogh le personnage principal de son manga. Ce point de vue a du sens : après tout, dans la réalité, il s'est avéré que Théo gérait son frère matériellement et humainement. Sans lui, rien n'aurait été possible, en fait. C'est pas dommage qu'on en parle, même de façon romancée. 

Mais Les Deux Van Gogh, c'est avant tout l'histoire de deux frères que tout opposait, et qui avaient réussi à se construire l'un par rapport à l'autre sans jamais cesser d'être unis, sans jamais se laisser corrompre par la rivalité. C'est beau à lire. Le hasard a voulu que je tombe sur ce manga seulement quelques jours avant la mort de Marine. 

Récompensé au Prix Mangawa en 2016. 

Ca passe au CDI (collège et lycée), en précisant bien qu'il s'agit d'une œuvre de fiction. 



Bride Stories - 1

Kaoru Mori 

Ki-Oon, 2011

Photo : site de la Fnac

On aborde le thème du mariage arrangé avec ce premier tome du manga Bride Stories ! 

L'histoire débute dans un petit village situé près de la mer Caspienne, en Asie Centrale, au XIX°siècle. On vient d'y célébrer le mariage d'Amir, 20 ans, et du petit Karluk, 12 ans. Le dépaysement est total pour la jeune mariée, qui a dû quitter sa famille pour une autre : même si petits et grands l'accueillent à bras ouverts, leurs coutumes sont bien différentes des siennes. Pourtant, grâce à sa bonne humeur constante _et à ses multiples talents d'archère, de brodeuse, d'artiste... Amir ne tarde pas à s'intégrer et à se faire aimer de tous ; elle arrive même à donner le change efficacement avec Karluk, forcément intimidé par cette épouse avec qui il ne peut pas partager grand chose, à première vue. 

Alors qu'elle commence à s'habituer à sa nouvelle vie, Amir se reprend en pleine face son statut de monnaie d'échange : les hommes de son clan d'origine refont surface afin de la récupérer. Ils souhaitent rompre le mariage arrangé avec Karluk afin de pouvoir l'offrir à un autre homme, plus puissant et mieux pourvu en terres. 

Mais le père de Karluk ne l'entend pas de cette oreille ; d'autant qu'Amir se plait bien dans sa nouvelle famille. 

Depuis toutes ces années à entendre parler de Bride Stories _c'est ma tutrice de stage qui a été la première à me le conseiller, autant dire que ça date_, j'ai eu le temps de me faire des représentations sur ce manga, que j'imaginais beaucoup plus triste et déprimant qu'il ne l'est en réalité. C'est assez troublant de voir que le sort d'Amir et de Karluk ne suscite aucun mouvement de contestation chez les principaux concernés, tant la tradition est ancrée dans le quotidien : c'est comme ça, on s'adapte. Mais on s'imprègne rapidement du contexte d'époque et se laisse porter par la ribambelle des petits frères et sœurs de Karluk, toujours prêts à faire des conneries (et souvent pertinents dans leurs remarques). Le dessin est d'une grande finesse, c'est de la dentelle en manga ! 

Lecture à suivre... 


Les aventures de Maria Mantegazza - 1 - Femme pilote

Seiho Takizawa 

Paquet, 2024 - "Cockpit collection"

Photo : site de la Fnac

A bord de son avion De Haviland DH.9A, Maria Mantegazza vole à travers le monde pour remplir les missions que son patron lui confie (livraisons, transports de personnes..). On est au début des années 1920 : à cette époque, l'aviation de commerce se développe doucement, et les femmes pilotes ne sont pas nombreuses. 

La Première guerre mondiale a laissé derrière elle son lot de tensions et d'intrigues ; aussi Maria se trouve-t-elle souvent mêlée à différentes histoires d'espionnage, de vols et de trafics d'armes, de chamailleries entre vrais-faux héros de guerre... 

Cependant, elle prend bien garde de toujours rester à distance, car ses motivations sont ailleurs : Maria a pour objectifs de 1) retrouver son père, un membre des services secrets britannique disparu sans laisser de trace, et 2) voler, tout simplement voler à sa guise. 

Cette position de "spectatrice", indifférente aux problèmes de son temps, m'a empêchée de vraiment adorer ce 1er tome des Aventures de Maria Mantegazza, qui est par ailleurs original et très intéressant à bien des égards : il se situe dans les années 1920, une période peu couramment évoquée en BD (me semble-t-il), aborde le domaine de l'aviation _rare aussi, et met en scène une héroïne jeune et indépendante... mais qui ne semble vivre que pour et à travers un daron mis sur un piédestal.. 

Maria n'est pas la pilote féministe-vénère que je m'étais figurée, avant de commencer la lecture ; cela dit, elle n'est pas non plus du genre à se laisser marcher sur les pieds lorsqu'elle entend une remarque misogyne. Elle réagit comme une femme pouvait le faire à l'époque, en fait. 

Autre point très positif, le dessin de l'aviatrice n'est pas hyper-sexualisé (je m'attendais au pire quand elle a commencé à se fighter à poil au bout de 15 pages, mais ça va, c'était un épisode isolé). 

1er tome d'une série de 8 (pour un manga c'est pas si pire !) que je suis curieuse de lire.  


samedi 1 mars 2025

[BD] Maudit Victor - Benoît Preteseille (2011) / Sherlock Holmes n'a peur de rien - 1 - Baker Street - Pierre Veys, Nicolas Barral (2004)

Voici le compte-rendu de lecture de deux albums de BD (européenne, cette fois-ci), découverts grâce au podcast le One Eye Club. Je suis en train de me taper tous les épisodes mis en ligne depuis une dizaine d'années, ça donne quelque chose d'assez marrant d'écouter l'actu de la bande dessinée avec une décennie de recul !

Maudit Victor
Benoît Preteseille
Editions Cornelius, 2011



Tout commence par une lettre ancienne, trouvée dans un tiroir par quelqu'un qui fait du tri : elle nous raconte, bribes par bribes, le parcours étrange et tragicomique de Victor G., un jeune homme qui aurait été artiste peintre au XIX° siècle. 

Fasciné par l'oeil de verre prétendument magique de son oncle, le petit Victor se rend volontairement borgne, lui aussi. De cet acte irréfléchi vont découler des rencontres improbables et un destin complètement WTF. D'aventure en aventure, il va devenir peintre malgré son handicap, conforté dans ses aspirations par une artiste qui a elle-même un trou dans le ventre, avant qu'une nouvelle malédiction ne l'empêche de dessiner autre chose que des chevaux, ce qui est pas mal réducteur. Il arrivera tout de même à se faire une place parmi le gratin parisien cultivé, soutenu par une gentille comtesse... qui n'a peut-être pas misé sur le bon cheval. 

Maudit Victor est BD en petit format marrante, avec de belles planches... mais tellement expéditive (150 p.) que je reste sur ma faim. Le côté décousu de l'histoire, qu'on sent pleinement assumé, aurait pu avoir son charme si l'histoire de Victor s'était développée sur deux ou trois volumes, le temps qu'on en sache un peu plus sur le héros, et sur tous ces personnages secondaires intrigants qu'on croise une fois et qu'on ne revoit plus jamais ! 


Un OVNI a regarder passer, même s'il va beaucoup trop vite !

Sherlock Holmes n'a peur de rien - 1 - Baker Street 

Pierre Veys, Nicolas Barral

Delcourt, 2004



Tant pis si je l'ai déjà exprimé un tas de fois : Sherlock Holmes et son univers m'ont toujours laissée de marbre. Bizarrement je me dis encore que, peut-être, un jour, ça va changer, et je continue de m'accrocher à ses réécritures sans trop savoir pourquoi. Bien sûr, j'ai su admirer Dans la tête de Sherlock Holmes, l'incroyable diptyque en BD, et me laisser prendre par l'adaptation en série (celle avec Benedict Cumberbatch), mais ça ne va pas plus loin : l'atmosphère est trop sombre, trop glauque, trop sérieuse à mon goût. 

Du coup, je me suis quand même laissée tenter par le premier tome de la série BD Sherlock Holmes n'a peur de rien parce qu'à la différence des autres versions déjà rencontrées, elle est humoristique _et ne se prend pas au sérieux. 

On retrouve bien notre binôme traditionnel (Holmes la star de l'enquête, Watson l'éternel second), les lieux-clefs (Baker Street, les clubs..) et autres têtes emblématiques du folklore comme l'inspecteur Lestrade et Mre Hudson.. mais agrémentés d'un grain de folie fort appréciable. 

Qui a poussé Lord Beverege par dessus bord alors qu'il naviguait tranquillement sur la Tamise ? Pourquoi le colonel Norton est-il mort subitement ? Watson piqué par une méduse est-il toujours Watson ? L'album propose plusieurs histoires farfelues dans lesquels le célèbre Holmes a réponse à tout, se distinguant autant par son imagination débordante que par son sens de la déduction. 

Le mythe est bien revisité ! Avis plus que positif, il n'est pas exclu que je me m'attarde sur la suite !  

Même au CDI, ça passe ! 



jeudi 25 juillet 2024

[SERIE JEUNESSE] Les filles au chocolat (tomes 1 à 5 3/4) - Cathy Cassidy

Qu'est-ce qui m'a donné envie de lire la série de romans jeunesse Les filles au chocolat ?

L'enthousiasme de la gamine de 5ème ultra fan de l'adaptation en BD, lorsqu'elle a entrepris de me résumer le début ? Ou la façon dont le collègue avec qui j'étais à ce moment-là a toisé son album lu, relu et corné ? Sans doute les deux... La condescendance est l'une des nombreuses plaies purulentes de la nature humaine (et de l'Education Nationale, au passage). 

Bref, nous voilà partis pour une série moins girly qu'on ne pourrait le croire en regardant la couverture des livres (mais ça l'est un peu quand même), et aussi addictive qu'un sac de bonbons : on sait que ça ne va pas nous apporter grand chose d'un point de vue nutritionnel, mais on y revient toujours,  irrésistiblement. 

L'histoire 

Cathy Cassidy nous raconte le quotidien d'une famille recomposée originale à tous points de vue : Charlotte et Paddy sont deux artistes qui ont fait leur vie de leur côté avant de se retrouver pour gérer une sorte de gîte à Kitnor, un petit village anglais situé en bord de mer. La situation a poussé les quatre filles de Charlotte à accueillir une "5ème soeur" en la personne de Cherry, la fille de Paddy. Depuis que ce dernier s'est lancé dans la fabrication de chocolats artisanaux, le bed and breakfast a gagné en notoriété et les enfants _qui n'en seront bientôt plus_ doivent s'acclimater au succès naissant ; toutes mettent la main à la pâte dans la joie et la bonne humeur, mais chacune a ses propres tourments, plus ou moins bien cachés. Il pleut aussi dans le monde des Bisounours ! 

La série compte pour l'instant 9 tomes, mais elle n'est pas terminée ; chaque livre est bien la suite du précédent, mais sa narratrice ou son narrateur change. L'histoire est racontée soit par une fille de la famille Tanberry, soit par un de leurs proches. Cela permet d'avoir différents points de vue et cela nous fait prendre conscience de la différence qu'il peut y avoir entre ce qu'on laisse paraître et ce qu'on pense vraiment. 

Les filles au chocolat - 1 - Coeur Cerise (2010)

Une nouvelle vie commence pour Cherry, 13 ans : au revoir l'Écosse où elle vivait modestement avec Paddy, son père, et cap sur Kitnor, un petit village anglais situé en bord de mer. 

Tous deux vont s'installer chez la nouvelle copine de Paddy : elle s'appelle Charlotte, elle tient un bed and breakfast toujours blindé de touristes, elle est très sympa MAIS elle a déjà quatre filles à peu près de l'âge de Cherry. Alors forcément, cette dernière stresse un peu et craint de ne pas trouver sa place dans cette nouvelle famille aux allures parfaites. D'autant plus que ses complexes et son envie de plaire aux autres l'amènent à mythonner comme pas deux, au point de se fourrer dans ses situations délicates ! 

Si les petites Coco, Skye et Summer font un bon accueil à Cherry, Honey est bien décidée à lui mettre la misère. En effet, l'aînée ne digère pas le divorce de ses parents et aimerait bien voir les deux pièces rapportées rentrer dans leurs pénates. Les vacances d'été s'annoncent agitées !  

Ajoutez à cela une caravane de gitans, un beau gosse avec une guitare, des projets de chocolaterie artisanale, des adultes en mode bisounours et du crêpage de chignon (soft)... et vous avez les bases d'une série jeunesse dont on comprend le succès. 

Les filles au chocolat - 2 - Coeur Guimauve

Skye Tanberry prend le relais de l'histoire, qui débute sur la soirée d'Halloween, soit quelques semaines après les dernières événements de Coeur Cerise. Skye est l'une des deux jumelles. Plus discrète, moins "parfaite" que Summer, la danseuse qui illumine son monde, elle peine parfois à imposer son point de vue dans cette grande famille et préfère se réfugier dans ses rêves. Jusqu'à présent, cela ne lui posait pas de problème, mais maintenant qu'elle grandit, elle commence à l'admettre : Summer lui fait de l'ombre. Pour elle, c'est une souffrance de voir ses meilleurs amis la délaisser pour sa jumelle plus populaire. 

Mais voilà encore autre chose : Charlotte et Paddy ont retrouvé dans le grenier du gîte une malle contenant les effets personnels de Clara, une ancêtre de la famille disparue tragiquement. Skye est friande de vieilleries et de mystères, et elle récupère des vieilles robes et un paquet de lettres. Peu après, elle est prise de visions étranges et se demande si elle ne serait pas un peu possédée par l'esprit de Clara. 

L'histoire est racontée par une fille de douze ans, le ton du livre est donc inévitablement plus enfantin que le précédent. Du coup, j'ai un peu moins accroché, mais il reste très agréable à lire. Il est notamment intéressant parce qu'il parle de l'évolution de la relation de deux sœurs jumelles qui se ressemblent de moins en moins, et qui ont l'impression de ne plus vraiment se connaître. Le petit côté fantastique est très bien dosé ! 

Les filles au chocolat - 3 - Coeur Mandarine

C'est bientôt l'été à Kitnor, et les vacances s'annoncent bien remplies pour toute la famille : Charlotte et Paddy partent en voyage de noces au Pérou, laissant le bed and breakfast et l'atelier entre les mains de la gentille Mamie Kate ; au même moment, une équipe de tournage investit les lieux et commence à réaliser un documentaire sur la chocolaterie artisanale de Paddy. Les filles se réjouissent de l'animation que tout cela suscite, sauf Summer. En effet, la jumelle de Skye doit bientôt passer une audition pour intégrer une prestigieuse école de danse, et elle se met beaucoup de pression pour réaliser son rêve. Même si son talent n'est plus à démontrer, elle n'est jamais satisfaite de ses prestations, et s'agace de ne pas pouvoir contrôler tous les paramètres.. à commencer par l'évolution de son corps.

Ce troisième tome est un poil anxiogène _normal, puisque c'est la stressée de la famille qui raconte, mais il a l'intérêt de décrire l'installation progressive d'un trouble alimentaire chez un jeune, vue de l'intérieur. 


Les filles au chocolat - 3 1/2 - Coeur salé

Enchaînons avec Coeur Salé. Cette fois-ci, le jeune Shay Fletcher qui nous raconte sa vie trépidante de lycéen moyen, gêné dans ses moindres mouvements par un père oppressant. 

On peut dire que Shay fait presque partie de la famille Tanberry : il est quand même sorti avec deux des cinq sœurs, ce qui crée des liens. Et ça vaut bien un tome à soi - qui n'est d'ailleurs pas le numéro 4, mais bien le "3 1/2 : peut-être est-ce une sorte de spin-off que Cathy Cassidy n'avait pas prévu de sortir, à la base ? 



En ce moment, le musicien en herbe est dans la tourmente : il a été approché par une maison de disques mais son père a refusé en bloc le contrat alléchant qui lui était proposé. Il ne peut guère compter sur le soutien de son frère, chouchou des parents et voué à prendre la direction du centre aquatique familial, un jour. Sa copine Cherry Costello était son rayon de soleil, jusqu'à ce que Honey, l'aînée des Tanberry, non contente d'avoir manqué de cramer la grange familiale en découvrant les joies de la clopes quelques mois plus tôt, ne vienne semer la discorde entre eux. 

En gros, rien ne va plus. Mais pas de panique : dans Les Filles au chocolat, tout finit toujours par s'arranger. 

Coeur Salé nous éclaire sur un personnage secondaire qu'on avait un peu oublié depuis le premier volet ; ce chapitre, plus expéditif _et donc forcément moins profond que les précédents_ traite des tensions entre parents et enfants lorsque ces derniers veulent prendre le contrôle de leur vie. 

Bon, j'ai apprécié beaucoup plus que je ne m'y attendais la lecture destinée à un public jeune mais beaucoup moins niais qu'on pourrait le croire. Cathy Cassidy traite bien de l'acclimatation à un nouvel environnement, de l'ajustement relationnel qui s'impose lorsqu'on intègre un groupe _l'élève fan est en famille d'accueil, elle a dû s'y retrouver_, de gérer l'hostilité viscérale qui se dégage d'une personne. 

On a quand même un peu l'impression d'être dans les Sims par moments : les parents sont d'accord pour tout _et ne gueulent même pas vraiment lorsqu'une gamine de 11 ans loue une pelleteuse pour faire un bassin au poisson rouge. Vas-y que ça bouffe du chocolat et des pancakes H24. Ces excès vont d'ailleurs exaspérer Summer, lorsqu'elle va tomber dans l'anorexie. Le copain de Honey vit quasiment chez eux et c'est lui qu'on appelle lorsqu'il faut gérer ses colères... Tout ça n'est pas très réaliste, certes, mais, par les temps qui courent, une histoire dégoulinante de sucre est toujours bonne à prendre.     


 Les Filles au chocolat - 4 - Coeur Coco 

4ème tome des aventures de la famille Tanberry, ou celui dans lequel la petite Coco chourave des poneys et fait du vélo dans la nuit avec un jeune homme peu recommandable ! 

Evidemment, c'est plus compliqué que ça. 


Coco, la petite dernière de la fratrie, vient de commencer un nouveau chapitre de sa vie : elle s'est mise au poney. Les ventes de gâteaux pour sauver les pandas sont passées au second plan depuis que son nouvel objectif est de monter Coconut, la ponette la plus caractérielle du centre équestre. Les moniteurs ne le lui permettent pas pour l'instant : leur élève a beau être douée avec les animaux, elle est encore débutante, c'est bien trop risqué. Mais à douze ans, on n'a pas le temps d'attendre. Son impatience et son agacement face aux remarques déplaisantes du jeune Stevie, un camarade de classe qui cure les box sur son temps libre, vont mettre à mal son sens de l'obéissance. 

Le tour de manège a dos de Coconut va mal se terminer et la ponette, jugée dangereuse, va être vendue pour rejoindre l'écurie du détestable Seddon, un riche propriétaire connu pour maltraiter ses animaux. 

Bon gré mal gré, Coco et Stevie vont s'associer pour sauver les poneys retenus par Seddon, afin de les mettre en lieu sûr. Pour ce faire, ils vont devoir ruser, agir de nuit et balader leurs familles respectives. 

Les états d'âme de Coco parleront à tous les "petits" de la famille qu'on ne prend jamais au sérieux et dont on ne se soucie pas tant qu'ils ne font pas de vagues. Les Filles au chocolat sont toujours aussi bien ancrées dans le monde des Bisounours, même si les parents se montrent absents, car submergés de travail et blasés par les conneries incessantes de Honey, la grande soeur en pleine crise. Par rapport aux livres précédents, j'ai trouvé que Cathy Cassidy allait un peu trop loin dans le happy end, même si elle a sans doute ressenti le besoin de contrebalancer le coup de théâtre violent des derniers chapitres. 


Les filles au chocolat - 5 - Cœur Vanille 

Pour la première fois de la vie, les soeurs de la famille Tanberry sont séparées. En effet, après avoir bien cassé les burnes à tout le monde avec ses frasques et sa mauvaise humeur constante, Honey s'exile en Australie afin de prendre un nouveau départ. L'aînée de la fratrie va ainsi pouvoir renouer avec son père, qui travaille sur place, et qui s'est chargé de l'inscrire dans un lycée huppé où elle ne pourra que réussir (selon lui).  


Les premiers jours à Sydney sonnent comme un rêve pour la petite anglaise aux allures de diva : une grande ville pleine de boutiques à proximité, une maison de bourges avec piscine, un père qui en fait des tonnes pour bien l'accueillir, une belle-mère stylée, la plage, les surfeurs... Honey serait-elle arrivée au paradis ?

Spoiler : non, elle va très vite déchanter ! 

Le père se charge de la ramener à la réalité : Honey comprend vite qu'elle n'ira pas dans l'établissement prévu, qu'elle n'aura ni le droit de faire la fête, ni de voir de mecs. Et puis là-bas, les jeunes ne semblent pas avoir les mêmes codes et ne sont pas sensibles à son aura : elle a, comme qui dirait "perdu son mojo". 

Cela ne l'empêchera pas de faire quelques belles rencontres amicales à l'école et en dehors. 

Prise par le mal du pays et frustrée de ne plus pouvoir séduire, Honey décide de se réfugier dans les mondes virtuels et s'inscrit sur un réseau social pour rester en contact permanent avec ses soeurs. Un mystérieux Surfie16 lui envoie bientôt une demande d'ami qui la rend fort jouasse... jusqu'à ce qu'elle devienne la cible d'un cyberharceleur aussi vénère qu'insaisissable. 

Honey se sent rapidement seule et démunie : son père ne mesure absolument pas la gravité de la situation, et le reste de la famille est à l'autre bout du monde, inutile de les inquiéter. 

Vu qu'on met enfin les projecteurs sur la lutte contre le harcèlement à l'école ces derniers temps, cette lecture tombe à pic.. et en parle plutôt bien.

Si vous lisez jusqu'au bout, vous verrez que coup de théâtre ! La famille s'agrandit (non, rassurez-vous, c'est pas Honey qui tombe en cloque à 15 ans : on est dans les Filles au Chocolat quand même !)

Cette série pour les gamins est définitivement mon petit malabar permanent (j'ai même pas honte). 


Les Filles au chocolat - 5 1/2 Coeur Sucré

Un tome qui aurait pu s'intituler "Vis ma vie de pote de Summer" ! 

Coeur Sucré est un petit volume organisé en deux parties : "L'étoile de la Saint Valentin" et "Pas de deux". La première est racontée par Tommy, le petit ami de Summer, et la seconde par Jodie, sa meilleure amie. 


Pour rappel, Summer Tanberry est la ballerine de la fratrie : promise à un bel avenir de danseuse, elle a dû faire une croix sur sa passion à cause de son anorexie. Depuis, elle lutte pour se refaire une santé, mais le moral ne suit pas toujours. 

Tommy est là pour la soutenir, mais il sait qu'il peut se montrer maladroit. Autant dire le challenge d'organiser un événement qui sera à la fois un cadeau d'anniversaire et un cadeau se Saint Valentin pour Summer n'est pas simple. L'appui de quelques amis et de Skye, la jumelle de Summer, vont le convaincre de tenter de mettre en œuvre le plan qu'il a en tête... 

Dans "Pas de Deux", on quitte Kitnor pour la Rochelle Academy, l'école de danse que Jodie a pu intégrer après le désistement de Summer. Prise entre son excitation, ses complexes physiques et le syndrome de l'imposteur qu'on imagine, la danseuse arrive à rester altruiste en toutes circonstances. Mais qui est là pour la soutenir, elle ? Les lettres qu'elle envoie à Summer restent sans réponse... 

Chronologiquement, ces deux histoires se situent en parallèle de Coeur Vanille (t.5) ; elles ont l'avantage de nous faire connaître deux personnages secondaires assez attachants et de parler de la difficulté d'accompagner un proche qui souffre. Bien sûr, on reste dans un tonalité bisounours propre à la série, on aime ou on n'aime pas, mais c'est toujours intéressant de tomber sur un roman jeunesse qui parle des TCA.  Autre point positif, Coeur Sucré peut être sympa pour des "petits lecteurs" qui ne connaissent pas l'univers des Filles au chocolat : les deux histoires restent compréhensibles, même si on n'a pas lu les volumes précédents. 

Les Filles au Chocolat - 5 3/4 - "Coeur Poivré" (2016) 

On continue avec les aventures des amis des Filles au Chocolat. Cette fois-ci, le focus est fait sur Jamie et Stevie, à travers deux histoires distinctes : "Loin des yeux" et "Près du coeur". 

Dans "Loin des yeux", Jamie et sa mère, productrice de télé, se rendent dans le gîte des Tanberry pour y tourner une émission de télé-réalité. Le jeune Londonien devrait s'en réjouir : pour lui, c'est l'occasion rêvée de revoir enfin Skye, sa copine dont il a de moins en moins de nouvelles. Mais le fait est qu'il n'est pas aussi enthousiasme qu'il aimerait l'être : son humeur maussade ne risque-t-elle pas de gâcher la soirée d'Halloween ?


  

"Près du coeur" se déroule quelques mois plus tard, à l'occasion du Nouvel An. Le stress monte pour Stevie, ce garçon à la vie compliquée avec qui Coco avait kidnappé des poneys dans le tome 4. Il a été invité à réveillonner avec sa mère et sa soeur chez les Filles au Chocolat, mais craint qu'elles ne l'aient oublié. D'autant que Coco l'avait éconduit lors de leur dernière entrevue...

Attention, rien ne va plus ! C'est pas spoiler que de le dire : y a de la tromperie ! 

Plus sérieusement, ce petit intermède de 100 pages parle de façon délicate, et sans dramatiser, de rupture et de sentiments réciproques (ou pas) chez les jeunes. On y retrouve tout ce qu'on aime dans l'univers de la série : les animaux (et le véto gratos), le sucre, la plage, la voyante chelou... 

Je ne sais plus si j'en ai déjà parlé, mais chaque tome se termine par deux ou trois recettes associées à l'un des personnages ; elles sont globalement faciles à faire. Aussi, comme c'est dimanche, que le temps et pourri et que finalement les Girondins de Bordeaux ne montent pas en Ligue 3, j'ai tenté le gâteau moelleux de Stevie. J'estime que je le mérite. Franchement il est pas si mal !

Références des livres : 

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 1 - Coeur Cerise. Nathan, 2011

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 2 - Coeur Guimauve. Nathan, 2012

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 3 - Coeur Mandarine. Nathan, 2012

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 3 1/2 - Coeur Salé. Nathan, 2013

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 4 - Coeur Coco. Nathan, 2013

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 5 - Coeur Vanille. Nathan, 2014

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 5 1/2 - Coeur Sucré. Nathan, 2016

Cathy CASSIDY. Les filles au chocolat - 5 3/4 - Coeur Poivré. Nathan, 2016


  


dimanche 22 août 2021

[MANGA] Amanchu ! - 1 - Kozue Amano (2011)

A moins que je ne me trompe, c'est en écoutant le podcast Mangadiscovery _le cousin de ComicsDiscovery qui ne dépareille pas la famille_ que j'ai entendu parler d'Amanchu !. J'avais alors noté le titre sur une feuille volante sans plus d'indications, en vue d'un prochain passage à la bibliothèque. Du coup, mercredi dernier, en faisant le tour des structures nécessitant le pass sanitaire afin de rentabiliser au max mon dernier viol de nez, j'ai emprunté ce manga alors disponible dans la section jeunesse de la médiathèque, sans plus trop savoir de quoi il était question.  

Je crois que je cherchais surtout une lecture légère après pas mal de découvertes superbes mais plus tristes les unes que les autres.  


L'histoire 

Hikari a 15 ans, elle vit avec sa grand-mère qui tient une boutique de matériel de plage au bord de la mer. Nous sommes au début du printemps, ce qui veut dire qu'au Japon c'est la fin des vacances et le début d'une nouvelle année scolaire. Afin de ne pas trop stresser pour sa rentrée au lycée Yumegaoka qui a lieu le lendemain, Hikari veut passer son dernier jour de tranquillité à faire de la plongée, car c'est sa passion ultime. 

Alors qu'elle arpente des fonds marins qu'elle semble déjà connaître par cœur, une jeune fille de son âge nommée Futaba stoppe son scooter devant la boutique de la grand-mère, avec qui elle échange quelques mots. On y apprend qu'elle vient d'arriver dans la région et qu'elle va aller dans le même lycée que Hikari (heureuse coïncidence). 

Les deux filles vont seulement se croiser ce jour-là, mais elles auront l'occasion de se parler dès le lendemain puisqu'elles seront, contre toute attente ! dans la même classe. 


Le feu et la glace 

Allez, si on commençait l'année par une intrusion dans la piscine du lycée ? C'est sans doute ce qu'a pensé Kozue Amano lorsqu'elle a voulu dessiner la naissance de l'amitié unissant "Pikari", surnom issu de "Hikari" et de "Pika", qui veut dire "lumineux" _ ahah, je viens de faire le lien avec Pikatchu, et "Teko", rebaptisée ainsi car elle a un front haut. 

J'étais sûr que Futaba allait mal prendre ce blase trouvé en trente secondes par la petite Hikari, souvent dessinée sous des traits d'enfant de 8 ans, pour souligner sa candeur et son explosivité ? mais pas du tout ! Elle semble l'accepter aussitôt... comme un peu tout ce que lui proposera la pro de plongée dans les pages suivantes.

Voilà ce qui est à la fois étonnant et assez juste dans la composition des personnages et de leur relation : à première vue, les deux élèves de seconde ont tout pour se détester. Alors que Hikari nous apparaît comme enjouée, dynamique et excessivement bavarde, Futaba semble préférer le calme et la discrétion. Visiblement, elle se soucie beaucoup de l'image qu'elle renvoie. On sent que le côté pile électrique de sa comparse la laisse partagée entre admiration et agacement, mais au final, c'est la curiosité qui l'emporte.


Elles vont très bien s'entendre et se reconnaître comme complémentaires. Hikari, qui dissimule son malaise en jouant les moulins à paroles et en soufflant frénétiquement dans son sifflet de plongée _même en classe... va trouver en Futaba l'oreille attentive dont elle a besoin. "Teko" arrive à se lancer dans des aventures (plus ou moins bien inspirées...) qu'elle n'aurait pas songé à entreprendre seule. 

Comme entrer par effraction dans la piscine du club de plongée du lycée, par exemple, histoire de jeter un oeil au bassin et d'essayer quelques combinaisons... Après deux ou trois longueurs, leur amitié est scellée, et Teko n'est pas loin de se laisser tenter par la discipline de prédilection de sa pote. Un cours théorique des rudiments de la plongée dispensé par leur prof principale, qui est aussi l'adulte en charge du club, va finir de la convaincre. 

A noter que ce chapitre explicatif, qui clôture ce premier tome d'Amanchu! est intéressant puisqu'on s'y familiarise avec quelques unes des préoccupations quotidiennes des plongeurs. Il est question du lien entre la pression et la profondeur, des techniques à connaître pour se déboucher les oreilles et pour remonter efficacement à la surface sans faire exploser ses poumons (en gros)...  

Gné. 

Hormis le coup de la piscine, il ne se passe rien de bien trépidant dans ce volet d'exposition du décor et des personnages, et cela peut se comprendre car l'autrice avait pas mal de choses à nous dire. Il faudra lire les chapitres suivants pour juger de la qualité des péripéties, mais je ne m'inquiète pas à ce sujet.  

Pas besoin d'aller plus loin cependant pour affirmer que ce manga a le mérite d'exister, au moins pour deux raisons : 

  • Le sujet principal est la plongée sous-marine, sport rarement abordé en BD, me semble-t-il. Ca change du foot et du basket... 
  • Amanchu! est classé en "shônen" (=manga aventure ou sport) et il est porté par des filles ; ce qui était bien rare en 2011, année de sa sortie en France.  

Bizarrement, Amanchu! m'a rendue assez nostalgique. Il m'a beaucoup rappelé mes premières heures au lycée, et ma rencontre avec Mélanie, une copine dont j'ai déjà parlé ici, ici, ici et même . Je me souviens que cette mini météorite était venue s'écraser à côté de moi sans me connaître, le jour de la rentrée, et qu'elle avait tout de suite engagé la conversation alors que je n'avais pas du tout envie d'avoir d'interactions avec qui que ce soit. Je connaissais déjà tout son CV depuis la maternelle avant que le prof d'italien M. Roger ait fini de copier l'emploi du temps au tableau. Son débit de paroles m'avait à la fois bluffée et exaspérée. Comme Futaba, j'ai compris un peu plus tard que cette apparente aisance n'était pas forcément naturelle et servait surtout à gérer des situations angoissantes.     

Kozue AMANO - Amanchu ! 1 - Ki-oon, 2011. 176 p. ISBN 978-2-35592-245-9. 

  • Pour les Parisiens, la suite de la série est disponible à la médiathèque Marguerite Duras (Porte de Bagnolet)
  • Une version anime est disponible ; vous pouvez aussi découvrir la suite en VOSTF sur la chaine Youtube Manga Total (je crois qu'il n'y a pas tous les épisodes...).

samedi 22 février 2020

[COMICS] A la bibliothèque : TEOTL - Tome 1 - Arahorus - Tot ; Mylydy (2011)


Parfois, le vendredi, après le travail, je vais me poser à la bibliothèque Dumont pour lire des BD et en emprunter d'autres. Je fréquentais beaucoup cet endroit lorsque je suis arrivée à Aulnay, il y a quelques années déjà ; lors de mes premiers jours sur place, cet espace m'a servi de point de repère. C'était mon terrier imperméable au temps qui passe, au bruit, à la violence du quotidien. Puis, de manière tout à fait imperceptible, je me suis mise à espacer mes temps de repli. 

Petit à petit, je me suis déportée de quelques mètres, un peu comme les vagues nous écartent de notre trajectoire sans qu'on s'en rende compte. C'est ainsi que j'ai fini à l'Orée du Parc, dont j'ai dû goûter un peu de tous les anesthésiants en plus ou moins grande quantité. Je savais bien que ce n'était pas une solution, mais je traversais une mauvaise passe et j'étais convaincue qu'il me fallait du costaud pour affronter la réalité. Est-ce que j'avais tort ou raison ? Difficile à dire, après coup. 


L'erreur n'était pas de penser qu'il serait possible de redresser la barre quand le moment me semblerait opportun. L'erreur, c'est de ne pas avoir anticipé ma solitude dans cette démarche. Je pense que même si on peut se faire aider, on est toujours seul face à son addiction. Personne ne peut résoudre le problème à votre place _ce qui est vrai à peu près pour tout. De plus, personne n'a vraiment envie que vous l'entraîniez avec vous dans le précipice _le contraire serait bien inquiétant. La maladie fait peur, l'altruisme ne nourrit pas son homme. Qui n'a jamais changé de trottoir sous les invectives d'un mec bourré ? C'est humain ! 


TEOTL - Tome 1 - Arahorus



L'histoire 

TEOTL - Tome 1 - Arahorus est le premier volume d'un curieux triptyque scénarisé par Tot et dessiné par Mylydy.  

Les Divinités ne sont pas contentes ! Non seulement, les hommes ne sont plus capables de les reconnaître et encore moins de les craindre, mais en plus, ils détruisent leur planète et passent leur temps à s’entre-tuer ! Décidément, ce 21ème siècle ne leur dit rien qui vaille ; nombreuses sont celles qui s'accordent à dire qu'il vaudrait mieux faire disparaître une bonne fois pour toutes les êtres humains, mais quelques irréductibles ont envie de leur laisser une dernière chance. C'est le cas d'Arahorus, le dieu-rapace, et de Sepatep, le dieu chien-ailé.

Tous deux misent sur la jeunesse, par définition pleine de vie et de bonne volonté ; ils s'installent incognito dans les îles Calchaz, où ils repèrent un groupe d'adolescents particulièrement remuants, drivés par un leader impulsif surnommé Tabasco. S'ils arrivent à se faire entendre d'eux, ils pourront leur transmettre une partie de leurs forces divines. Les jeunes "élus" seront alors assez puissants pour contrer les monstres chargés d'anéantir l'humanité ! Ou pas...  Arahorus et Sepatep jouent carte sur table : personne n'a jamais dit que l'aventure était sans risque ! Libre à eux d'accepter ou non la mission...

En cette fin d'après-midi ensoleillée, les jeunes en question ne se doutent pas des grands projets que les dieux aztèques ont prévu pour eux. Leur vie, c'est Street Fighter, lycée, amour et base-ball. Tabasco a passé une sale journée, et il a les nerfs en pelote ; Kurbin a l'air au bout de sa vie, et son coeur est voué à Lucie, la fille du groupe _mais c'est pas vraiment réciproque. Tous deux attendent le car scolaire. A l'intérieur, et après une violente baston pour récupérer les toujours très prisées "places du fond", ils retrouvent leurs potes gamers Lucie et Ricky. Comme ils ont tous les quatre une grande passion pour les jeux vidéos, ils se rendent dans une salle d'arcade où ils semblent avoir leurs petites habitudes.

Mais la partie de Street Fighter tant attendue ne se fera pas ; des phénomènes vraiment étranges vont se produire. Tabasco et ses amis vont faire connaissance avec un "homme à tête de poulet" des plus terrifiants, qui va leur proposer rien de moins qu'un très flippant tour du monde en 80 secondes. Après ce voyage, leur vie ne sera plus vraiment la même.


Pourquoi le tome 2 est-il aussi difficile à trouver en bibliothèque ?  

Peut-être pour cette raison-là :

Merci de prévenir ...
Je parle bien du petit avertissement concernant les "quelques" gros mots présents dans la BD. Alors, les gros mots, ça ne me gêne pas du tout, hein ! J'en mets partout sur ce blog parce qu'ils font partie de la langue à part entière, et c'est pas trois pauvres "putain de merde" qui nous crèveront les yeux et les oreilles. Vous conviendrez qu'il est bien difficile de mettre en scène une conversation d'adolescents sans en glisser quelques uns, du moins si vous voulez être un tant soit peu crédible. Mais tout est question de dosage ; dans ce tome 1 de TEOTL, il semblerait qu'on ait laissé tomber le contenu de la salière sur les premières planches.

Au tout début de la BD, Tabasco est en rogne contre son prof de maths ; alors il l'incendie. Tous les noms d'oiseaux y passent. Ok, ça se tient. Parfois, la vulgarité est le moyen d'expression d'une bonne vanne bien croustillante :

Celle-là, je vais la garder ! 

Par contre, à d'autres moments, le vocabulaire ordurier n'apporte rien et n'est pas loin de faire tache. Dans tous les cas, cela explique que les trois volets de TEOTL, bien loin d'être inintéressants, sont relativement méconnus et difficiles à mettre à disposition dans les CDI et dans les médiathèques. On leur préférera _sans doute à tort ! des ouvrages contenant des scènes beaucoup plus violentes, ou traduisant des ambiances franchement malsaines. Eh ouais, on vit dans une société où un bras tranché choque moins qu'un "va te faire foutre". Mais là, il faut presque chercher les vignettes sans terme à biper au montage, c'est vraiment trop.. Sauf erreur de ma part, seul le premier tome est disponible à la bibliothèque Dumont.

Le diamant brut 

Sous la couche d'immondices verbaux se cache une pépite. Qui connaît une oeuvre de fiction, bande dessinée ou autre, qui fait référence au Bouddha et à Krishnamurti (un philosophe dont je n'avais absolument jamais entendu parler...), qui rend hommage à la mythologie aztèque tout en peignant avec une finesse certaine les démesures caractéristiques des ados torturés ? Même si on pourra regretter que certains éléments culturels ne soient qu'évoqués, un peu comme si les artistes avaient manqué de temps pour les traiter en profondeur, ils ont le mérite d'être présents, avec leur fraîcheur et leur originalité. Des gosses qui se réveillent un beau jour avec des pouvoirs qu'ils peinent à contrôler, on en rencontre tous les deux comics qu'on croise. Des figures divines relevant du concept de Teotl, c'est beaucoup plus rare. 

Cette BD très colorée, évoluant au gré de personnages filiformes à gros yeux et à bonnes têtes qui rappellent parfois ceux de Bryan O'Malley (vite fait), gagnerait donc à être diffusée plus largement. On apprécie particulièrement les dernières planches, dans lesquelles Tot et Mylydy racontent la genèse des protagonistes, leurs influences, leurs sources d'inspiration, expliquent ce qu'ils ont voulu faire et ce qu'ils ont préféré éviter.



TOT ; MYLYDY. Teotl - Tome 1 - Arahorus. Ankama Editions, 2011. ISBN : 978-2-35910-233-8



Eh ouais, TEOTL le prouve, j'ai fini par revenir à la bibliothèque Dumont, ce qui est plutôt bon signe, je crois ! Quelques années en plus dans les pieds, quelques neurones en moins dans la tête, mais toujours motivée par le même objectif : contribuer à mettre les gosses sur les rails de la culture (oh c'est beau).   

samedi 2 mars 2019

L'hérésie du mois : j'avais jamais entendu parler d'Emma Goldman !


Première publication de l'année 2019 ! 
Il était temps ! 



Il a fallu que je tombe sur un livre de la collection "Ceux qui ont dit non" d'Acte Sud Junior pour découvrir l'existence de l'anarchiste russe Emma Goldman ; en lisant le quatrième de couverture, j'ai appris qu'elle avait été une grande figure de la lutte contre les inégalités aux Etats Unis, en Russie et en Europe au début du XX°siècle. Elle s'est notamment battue pour la reconnaissance des droits des ouvriers, les incitant au passage à se révolter ; mais, de façon générale, il lui tenait à cœur de défendre tous les opprimés _et de les amener à se défendre par eux-mêmes. En tant que femme, Juive, Russe, émigrée... elle savait bien de quoi elle parlait. Elle nous a laissé pour héritage six livres et plusieurs articles pas toujours traduits en français, ou alors assez tardivement. Pourtant, malgré ce palmarès honorable qui lui a valu le surnom d'"Emma-la-Rouge", le personnage m'était inconnu.. Nous a-t-on parlé d'elle à l'école ? Comme elle n'a pas séjourné assez durablement en France pour y mettre le bazar, c'est peu probable. Ou alors j'ai zappé. 


Emma Goldman : "Non à la soumission" - Jeanine Baude (2011) 



Comment caractériser ce livre tout plat (96 p.) au contenu dense ? Ce n'est ni un roman _bien qu'il soit qualifié de "roman historique" en couverture, ni un reportage, ni un documentaire... La forme m'évoque les "docufictions" qui fleurissaient à la télé il y a quelques années, ou le principe de l'émission de France Inter Autant en emporte l'Histoire (j'avoue, j'écoute France Inter ; chacun ses tares !) : à savoir, la présentation de faits réels sous forme de fiction dans un but didactique.  

La narratrice, qu'on pourrait assimiler à l'auteure Jeanine Baude sans savoir si on peut le faire ? est une Française de passage à New York, quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001. Elle découvre une ville sous le choc. Consciente que la population partagée entre horreur et colère a autre chose à faire qu'accueillir les touristes avec le sourire, elle choisit de faire preuve d'empathie. C'est ainsi qu'elle gagne la confiance de Maria, une mère endeuillée qui, en bonne descendante d'Emma Goldman, refuse de se laisser submerger par la peur et par la haine, malgré l'attaque terroriste dont son fils a été victime.         

Conquise par la force de conviction de son interlocutrice, la voyageuse se fascine pour Emma la Rouge et décide de se lancer sur ses traces. Le livre devient alors une sorte de pèlerinage, où chaque chapitre représente à la fois une étape du voyage de la narratrice, mise en regard avec un moment important de l'existence de l'anarchiste : 

  • son arrivée à New-York à l'âge de seize ans, le cœur plein de révolte, bien qu'elle ne connaisse pas encore grand chose du monde,
  • la naissance de son engagement et la découverte de ses qualités d'oratrice,
  • la rencontre avec son futur compagnon de vie, Alexander Berkman, 
  • son discours sur l'Union Square incitant les ouvriers et les chômeurs à la rébellion, qui lui vaudra d'être emprisonnée, 
  • son séjour en prison, au cours duquel son rôle d'infirmière l'amènera à un nouveau cheval de bataille : la condition des femmes, à travers l'idée de "maternité libre"
  • la fondation de la revue Mother Earth, (dans laquelle elle publiera des articles sur la contraception qui la feront botter direct au cachot, une nouvelle fois). 
  • son retour forcé en Russie, empreint de déception : malgré la révolution de 1917, le peuple n'a guère gagné en liberté...  

"Y a quoi ?"

Calquant ses pas sur ceux de l'anarchiste, passée par les mêmes lieux quelques décennies plus tôt, la voyageuse tombe régulièrement dans la rêverie : Emma La Rouge et ses frères d'armes prennent alors vie sous ses yeux, la faisant basculer au rôle de spectatrice de leurs échanges. Le passage d'une époque à l'autre est marquée par un changement de police de caractère que les jeunes lecteurs apprécieront. 

Jeanine Baude fait l'effort de tenir compte du caractère de chacun dans les dialogues qu'elle reconstitue, et d'accorder à Emma Goldman la véhémence et les talents d'oratrice qu'elle devait effectivement avoir. Mais ce livre ne fait pas partie de la collection "Ceux qui ont dit non" pour rien : il a avant tout une portée informative ; il s'agit de faire passer un message à des collégiens, de leur communiquer des faits, un contexte, des idées. Alors forcément, les conversations perdent de leur naturel, et on peut ne pas adhérer.

Attention, je ne crache pas dans la soupe ! Emma Goldman : "non à la soumission" est l'une des rares publications françaises consacrées à cette figure historique, dont on n'est pas forcé de partager tous les points de vue, loin s'en faut, mais qu'on gagne à connaître. Jeanine Baude a le mérite de s'y être collée : il n'était sans doute pas simple d'évoquer de façon complète, succincte et accessible le parcours d'une femme qui a eu la bougeotte toute sa vie, qui a mené des combats sur tous les fronts, parfois clandestinement, en laissant peu de traces écrites de ses travaux ! Merci à elle d'avoir sorti cet ouvrage, donc !

La biographie romancée d'Emma Goldman est suivie d'un dossier documentaire composée d'une chronologie de sa vie, d'une bibliographie, d'éléments de définition de l'anarchisme et d'un point sur quelques autres grandes figures qui ont marqué le XX°siècle en dénonçant les injustices du système.

Jeanine BAUDE. Emma Goldman : "Non à la soumission". Actes Sud Junior, 2011. Coll. "Ceux qui ont dit non". 96 p. ISBN 978-2-7427-9594-9


mercredi 15 novembre 2017

Mission Buthacus - Kidnapping en eaux troubles - François Morizur (2016)


Merci à Babelio et aux Editions Pierre de Taillac pour l'envoi de Mission Buthacus, Kidnapping en eaux troubles, livre écrit par François Morizur et paru en 2016.



Novembre 2011. Au creux du Golfe de Guinée, dans zone conflictuelle au large du Nigeria et du Cameroun, Yann effectue sa mission en tant que capitaine du pétrolier l'Albatros. Entouré de navires de sécurité, il n'a pas de raisons de s'inquiéter outre-mesure : il sait que lorsqu'il aura rempli sa part du contrat, il pourra retourner en Bretagne, où sa femme l'attend, enceinte de quelques mois. 

Tout près de là, sur la presqu'île de Bakassi (Cameroun), Bayo et Usuevie tentent de se relever de la tragédie qu'ils viennent de vivre. En effet, ce couple de pêcheurs vient de perdre leurs deux enfants atteints par la maladie. Ils sont au fond du gouffre comme on peut l'imaginer, épuisés et à sec puisqu'ils ont dépensé toutes leurs économies pour faire bénéficier leur fille et leur fils des meilleurs soins possibles. Après une période de dépression, Bayo tente de surmonter sa peine et sort en mer pour pêcher de quoi se nourrir. Malheureusement, les temps ont bien changé depuis son drame personnel : il n'a pas eu le temps de jeter son filet qu'il est vertement renvoyé vers son village par des militaires camerounais : désormais, la pêche et la circulation sont interdites à cet endroit, à cause des nombreux vols et actes de piraterie qui y ont été recensés dernièrement. 
Décidément, le sort s'acharne sur Bayo et ses proches : s'il ne peut même plus pêcher... Il se résout alors à prendre une voie qu'il avait toujours eu à coeur d'éviter : celle de la piraterie. Accompagné de ses deux amis Obi et Onyinia, il se lance à l'assaut d'un bateau pris au hasard afin d'y dérober une partie de sa marchandise. En théorie, l'affaire ne doit prendre que quelques minutes, mais la réalité sera bien différente !

Les trois hommes ont à peine posé les pieds sur le pont de l'Albatros que les imprévus s'enchaînent. L'affaire tourne mal et, pour ne pas être pris à leur propre piège et capturés par les militaires postés près du bateau, ils prennent trois marins en otage : Yann, Piotr et Eric, trois marins qui n'ont pas froid aux yeux...   

Comme je suis assez mauvaise en géographie de l'Afrique,
je me suis fait une petite Google Maps des principaux lieux évoqués...

A des milliers de kilomètres de là, l'alerte est donnée : une cellule de gestion de kidnappings et autres conflits propres aux mers tumultueuses se met en route, conduite par Hervé, Pierre et Marc, des professionnels expérimentés. Mais, alors que la prise d'otage ressemble de plus en plus à l'acte de pauvres diables plus effrayés que réellement dangereux, et qu'on se dirige vers un dénouement à l'amiable, d'autres pirates entrent en jeu et entendent bien profiter de ce kidnapping improvisé et presque cocasse. Et ceux-là, ce ne sont pas des amateurs... Pour Yann, Piotr, Eric et Bayo, le cauchemar ne fait que commencer. L'histoire se complique brutalement, et à ce moment-là, parlementer ne suffit plus...


De son côté, le commando Patrick prépare ses hommes à une intervention d'envergure. Où et quand ? Peu importe, il faut être prêt à agir à chaque instant. La nouvelle de l'enlèvement de son frère Yann par des pirates lui fait l'effet d'un coup de poing, mais l'homme n'est pas du genre à garder les deux pieds dans le même sabot...


*Ces termes sont annotés et définis de manière très claire, on peut le souligner. Pas de doute, l'auteur parle d'un univers qu'il connaît bien.


Aucun rapport mais j'aime bien cette chanson



Voilà une lecture fort intéressante ! Passées les premières pages assez déroutantes tant elles contiennent de précisions techniques de lieux, de grades militaires et de matériel*, on entre dans une histoire passionnante dont on veut absolument connaître l'issue. François Morizur a su maintenir une cadence soutenue en enchaînant des chapitres courts en alternant les "tableaux" : d'une part, le point de vue des otages nous est proposé, d'autre part, nous accompagnons la cellule de crise dans ses déplacements à l'aveuglette, plus ou moins inspirée par les informations dont elle dispose. A la fois précis, efficace mais sans fioritures, l'auteur nous fait entrer dans un univers inconnu de beaucoup de "civils", je pense, et qu'il arrive avec brio à nous rendre accessible. Et surtout, il nous offre un regard nouveau sur une zone géographique et une situation politique finalement peu médiatisées...


François MORIZUR. Mission Buthacus - Kidnapping en eaux troubles. Editions Pierre de Taillac, 2016. 512 p. ISBN 978-2-36445-085-1



vendredi 24 mars 2017

Les Cités des Anciens 4 - La Décrue - Robin Hobb (2011)


On critique, on critique, mais on continue à lire, toujours avec autant d'entrain... Nous voilà déjà au tome 4 des Cités des Anciens, intitulé "La décrue".



L'histoire 

Après avoir été emportés et ballottés au fil des eaux tumultueuses du Fleuve, gardiens et dragons retrouvent un semblant de quiétude. Ils ont subi de lourdes pertes et ont du être rapatriés à bord du Mataf ; pourtant, le moral est remonté et la vie a repris le dessus. La vivenef escortée de son armée de dragons de plus en plus forts redémarre au ralenti vers sa destination finale, après un temps de stagnation plus que nécessaire. On ne sait toujours pas si la fameuse cité de Kelsingra existe pour de vrai. On ne sait pas de quoi demain sera fait, d'autant plus que les éléments leur rappellent dans cesse que leur vie ne tient qu'à un fil. Alors on se libère des lourdes valises du passé et on prend le parti de profiter du moment présent. Cependant, et en dépit de leur conscience du danger, tous les protagonistes ont oublié que le vrai boss de l'expédition, c'est Mataf, le bateau vivant... Or, voyager sur une gabare qui refuse d'avancer n'a rien d'une partie de plaisir. 

Passage à l'acte 

Mais ce n'st pas si grave au fond, car les plaisirs, on peut les trouver ailleurs (, t'inquiète). Huis clos ? Décompression ? Manque ? Regrets ? Dans la Décrue, tout le monde tire son coup à l'exception de Thymara. Saluons au passage la force de caractère de ce personnage : il n'est pas évident de rester courtois face à tous ces adolescents mâles qui la frôlent de trop près, soucieux de bien lui renvoyer en pleine tronche leur déception d'avoir été éconduits ! Ses sentiments pour Tatou ont beau ne pas être très clairs, elle entend bien rester libre et maîtresse de son corps. Alors que la moche Alise tombe enfin dans les bras et dans les draps du capitaine Leftrin, Thymara reste la dernière des Mohicans féministes des Cités des Anciens. Les secrets bien gardés se mettent à prendre l'eau eux aussi ! Sédric n'en peut plus de sa conscience ; il se résout à informer Alise la nature de sa relation avec Hest ; la nouvelle cogne en plein dans sa fierté de marchande et la patience de son nouveau compagnon ne sera pas de trop pour lui redonner le sourire. Bien que douloureuse, cette révélation était nécessaire car, comme le dit Carson, "on ne peut rien commencer de nouveau tant qu'on n'a pas achevé l'ancien". 


La blague de beauf du vendredi soir


Les deux pieds dans le marais 

Petit à petit, l'image de Hest s'efface des pensées de Sédric. Le petit secrétaire précieux est d'autant plus motivé pour céder aux avances de Carson qu'il réalise que son ancienne relation relevait plus de la maltraitance que de l'idylle. On pardonnera à Robin Hobb sa tendance à tomber dans les clichés du couple gay _le doux Sédric souffrant sans oser le dire d'être toujours LE passif alors que Hest, le viril, le marié, le patron.. a l'exclusivité du maniement de pinceau. Enfin, passons. Retenons seulement que La Décrue aurait pu avoir pour titre Le Marais tant la communauté y est bien représentée: Hest, Sédric, Carson, Davvie et même le gardien Lecter (qui se tape Davvie, logique). Bientôt un dragon dans la fanfare ?

La gabare Mataf semble se plaire dans cet environnement marécageux _ça tombe bien, où ses gros pieds ne s'empêtrent pas spécialement. Oui, j'ai bien dit ses pieds. A moins que ce détail m'ait échappé dans les tomes précédents, cette fraction de l'histoire fait état, à plusieurs reprises, de cette "spécificité" de l'embarcation. Quand l'envie lui prend d'accélérer un peu la cadence et que l'eau du fleuve n'est pas trop profonde, il sort ses pattes et hop hop hop, tu me vois tu me vois plus ! Fantastique ce Mataf... Si vous aussi la chanson "Maman les p'tits bateaux qui vont sur l'eau ont-ils des jambes" vous a agacé au plus haut point sans que vous n'ayez jamais osé pointer du doigt sa débilité, sachez qu'on est deux. Robin Hobb a du fumer un peu sur ce coup là...  




Le livre du changement  

Si ça se trouve, c'est en posant des pattes sur Mataf qu'elle a du se dire que ce serait marrant de faire pousser des ailes à Thymara, et de transformer Kanaï en Ancien. Eh oui, on s'en doutait un peu : Kanaï et Gringalette ne sont pas morts, ils ont simplement été emportés plus loin que les autres ; cela leur a fourni l'occasion de découvrir... Kelsingra ! C'est en annonciateur, coloré à l'image de sa dragonne, que le jeune gardien frivole réintègre le groupe. Les autres parias ne sont pas en reste : plus ou moins consciemment, chaque dragon a "déteint" physiquement sur son protecteur en lui donnant de sa couleur ou de ses écailles ; très attaché à Relpda, Sédric a aussi bénéficié de cette évolution, bien que les origines de leur lien soient plus que douteuses. Les créatures rejetées par leurs pairs, quelle qu'en soit la raison, sont en passe de devenir des monstres sacrés qu'on croyait légendaires, aussi bien à Terrilville que dans le Désert des Pluies.     

Kelsingra ! Kelsingra ! 

Si vous n'aimez pas trop lire des scènes de cul, et encore moins les histoires de couples qui se font et se défont sur les lames de ton plafond, faites l'impasse sur ce volume. En quatre mots : Thymara est toujours vierge malgré l'insistance de Tatou, Graffe meurt, rejeté par son dragon, Kanaï revient pour les guider aux portes de la cité. Voilà. Ah, et Mataf a des grosses pattes ; ouais, ça m'a marquée...Vous pouvez donc passer au cinquième volume, qui paraît plus prometteur niveau action puisqu'on s'apprête à visiter la cité légendaire, Alise et son calepin en tête ! Sinon, eh bien vous vous éclaterez à voir les gens s'entre-essorer le cerveau pour savoir qui aime qui, et est-ce bien sage, d'abord ?

A suivre !

HOBB, Robin. Les Cités Des Anciens - La Décrue. Editions France Loisir. Vol. 4, 2011. 400 p. ISBN 978-2-298-05733-1



dimanche 19 février 2017

Les Cités des Anciens 3 - La Fureur du fleuve - Robin Hobb (2011)


Parce que le Drake Azur va passer en mode libre dans Hearthstone, c'est à dire, en gros qu'on ne pourra plus faire l'inclure dans nos decks "de compétition", parlons de dragons qui restent, eux au moins ! Bienvenue dans Les Cités des Anciens 3, déjà ! "La Fureur du fleuve".   

Une carte tellement efficace _et belle ! Ca fait ch*er !!
Je m'en branle de l'équivalent en poussière arcanique, moi !!

Les dragons erratiques nés dans le Désert des Pluies sont tellement fidèles que les habitants n'ont de cesse d'essayer de s'en débarrasser. Les grands pontes ont donc sollicité les parias de leur société haut perchée pour, officiellement, les guider vers l'antique cité de Kelsingra dédiée aux dragons, et, officieusement, pour pousser bestioles et accompagnateurs vers la porte de sortie... Pour faciliter le transfert qui devra se faire par voie d'eau et par voir de terre, on a fait appel au capitaine Leftrin, à son vaisseau Mataf, à une "théoricienne" du dragon nommée Alise, et à son chaperon, le jeune Sédric. Le tome précédent nous avait raconté le démarrage de cette drôle d'expédition...    


Illustration : Robert Lintott
Editions Pygmalion, 2011


Où est-ce qu'on en était ? 

Alors que le caléchage des dragons mal formés se déroule plutôt bien, en dépit des chamailleries de leurs accompagnateurs, les éléments se déchaînent, mettant un bon coup de pied dans leur petite fourmilière flottante. En conséquence d'un tremblement de terre tout à fait incomparable à ceux vécus jusque là par les créatures du Désert des Pluies, le fleuve entre en crue très brusquement, cueillant les protagonistes en pleine action _qu'elle soit louable ou douteuse ; en effet, au moment où le cours d'eau s'emballe, emportant tout sur son passage, Leftrin est en train d'en coller une à Jess, le chasseur opportuniste qui en sait beaucoup trop long sur le passé du capitaine, tandis que Thymara console une Alise en pleurs, toujours prise entre raison et sentiments. Sintara regarde les deux femmes, contrariée : comment va-t-elle faire jouer la concurrence entre ses deux servantes si ces nouilles deviennent amies ? Les reptiles auront tout juste le temps de se mettre à l'abri avant d'être emportés par le courant, mais leurs gardiens seront moins chanceux. Le petit groupe, pas vraiment soudé mais un minimum solidaire va prendre des airs de radeau disloqué, avec toute l'angoisse que peut provoquer un drame aussi soudain. Quant au "pauvre"Sédric, il devra laver d'un plongeon dans les eaux acides sa mauvaise conscience, avec pour seule compagnie la petite dragonne qu'il avait quasiment vidée de son sang quelques jours plus tôt ! 

Pigeons, inquiétudes et fleuve en crue 

Si les titres les romans qu'on coupe et qu'on recoupe à loisir tombent parfois à côté de la plaque, ce n'est pas le cas de La Fureur du fleuve, bien au contraire. Ici, Robin Hobb évoque une catastrophe naturelle vécue de l'intérieur, c'est à dire qu'elle ne nous la décrit pas mais nous en donne une idée via le regard et les yeux affolés de ses personnages. Dans un premier temps, on accorde bien peu d'importance au tremblement de terre ; Leftrin et son équipage l'estiment costaud mais sans plus. A tel point que la crue du fleuve acide les surprend pour de bon. 

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Sur terre, que ce soit à Terrilville ou à Trehaug, les hommes avec et sans écailles souffrent du manque de visibilité de l'événement et des problèmes de communication aggravés par ce bon tour de la nature. Nous en avons un aperçu grâce à Erek et Detozi, les gardiens des pigeons messagers dont la correspondance ouvre chaque chapitre. Je ne sais pas si j'en avais parlé dans les précédents billets consacrés aux Cités des Anciens, mais leur parenthèse épistolaire, calée entre chaque nouvelle partie du roman, est une petite particularité de la série. Vous aviez pu découvrir les "légendes" des Six Duchés posées comme des enluminures au début des chapitres des L'Assassin Royal, et vous étiez sans doute restés dubitatifs face à l'épopée des serpents de mer amnésiques séparant les différentes scènes des Aventuriers de la Mer. Ici, vous aurez droit aux réflexions croustillantes des oiseliers maîtres des la communication qui assurent la diffusion des infos entre Terrilville et le Désert des Pluies _ et soyez-en sûrs, ils ne manqueront jamais de joindre des messages personnels échanges officiels. Grâce à eux, on comprend que le voyage anormalement long d'Alise et de Sédric inquiète leur entourage ; on mesure également la violence du tremblement de terre et de la montée des eaux du fleuve, qui amène Detozi à considérer dragons et gardiens comme perdus à tout jamais.

"Nous n'avons jamais connu une crue comme celle qui vient de nous frapper. [...] Les ponts et la Salle des Marchands ont subi des dégâts considérables. Je pense que nous ne saurons jamais ce que sont devenus les dragons et leurs gardiens".   

Ces petits interludes sympathiques m'ont fait penser à la correspondance d'Usbek et Rica décrivant avec ironie la société de leur temps dans les Lettres Persanes. Mais bon, vite fait hein ! Ca n'a absolument rien à voir !


Attention Spoiler  à partir du paragraphe suivant... 






Le choix de ne pas choisir 

Dans La Fureur du fleuve, tout le monde a peur et passe à la bagne avant d'avoir eu le temps de dire "fromage". Les parias baroudeurs stressent en comptant les disparus. Pourtant, plus de peur que de mal : un gardien mort, un autre disparu avec son dragon, et un chasseur mangé. Une broutille ! Du coup, les cerveaux et les hormones continuent à bouillir sous les casques des plus jeunes voyageurs, et a fortiori sous celui de la caractérielle Thymara. La fille à écailles ne supporte pas le côté bestial de ses compagnons de route, qui ont su tirer parti de leur mise à l'écart en s'affranchissant des règles sociales, et en baisant dans tous les coins. Son copain Kanaï ayant disparu dans le raz-de-marée, elle comprend qu'elle devient "prenable" pour tous les autres garçons seuls de la troupe. Voyant que ces petits branleurs lui tournent un peu autour, Graffe le chef de meute l'encourage à en élire un : certes, elle sera contrainte de coucher avec un gars qu'elle n'aime pas, mais ça aura le mérite d'éviter qu'elle ne se traîne un essaim d'abeilles au cul jusqu'à Kelsingra. Même son grand ami Tatou lui confirme cette solution de fortune... A l'issue de ces drôles de conversations menées les pieds dans l'eau acide, entre deux sessions d’éviscération de poisson morts, Thymara est doublement outrée : d'une part, elle est scandalisée de devoir renoncer à sa liberté pour avoir la paix. Si les autres se sont résolues à se maquer pour éviter de viol, elle ne compte pas en faire autant ! D'autre part, elle réalise que tout le monde a tiré son coup, ou s'est fait tringler depuis le début de l'aventure, sauf elle ! Entre dégoût de vivre dans un baisodrome et sentiment d'être la seule conne à avoir gardé ses morpions pour elle, la jeune fille fulmine mais tient le coup ! Beaucoup plus qu'Alise à qui on aurait pu attribuer ce rôle au tout début de l'histoire, elle incarne la fille peu soucieuse des attentes sociales et libre de faire ce qu'elle veut de son corps...



Parallèlement, les liens se créent et se renforcent entre les personnages, quels que soient leur nature ; il faut dire que dans l'épreuve, les situations ambiguës deviennent claires comme de l'eau de roche ; Sintara, la dragonne manipulatrice désireuse de susciter l'envie et la jalousie chez ses deux gardiennes, n'hésite pas à sauver la vie de l'une d'elle. Qui l'eût cru ? Sûrement pas elle. Thymara et Tatou se réconcilient et se rapprochent, maintenant que Jerd, enceinte, a officialisé sa liaison avec Graffe. Alise et Leftrin ne vont pas tarder à conclure (malgré les malentendus persistants, ahah). Même Sédric semble avoir un sérieux ticket avec le chasseur Carson, mais ne s'en rend absolument pas compte ! Le bear lui tend des perches de quinze mètres, mais il ne les saisit jamais.. Il semblerait que le précieux secrétaire de Hest soit quelque peu repoussé par la grosse bebar de son soupirant... Par contre, il découvre qu'il est capable de communiquer très nettement avec Relpda, la dragonne cuivrée...


Hagrid, le semi-géant sympa dans Harry Potter

Nous avions dit que le premier tome des Cités des Anciens était un éloge des déphasés. Le deuxième, la consécration des faibles. Eh bien, La Fureur du fleuve, ce sera le livre des moches ! Thymara et Alise comprennent toutes deux qu'on peut être moche et/ou recouvert-e d'écailles, et pourtant désirable. De toute façon, la notion de beauté devient vite dérisoire après un bain dans les eaux acides, dont on ressort forcément la gueule boursouflée...

Une fois n'est pas coutume, Les Cités des Anciens 3 - La Fureur du fleuve m'a un peu agacée : on tourne beaucoup trop autour des histoires de coeur des uns et des autres ; les états d'âme des personnages sont déroutants pour qui a connu l'histoire simple et profonde de Fitz et de Molly, et pour qui a pris la mesure de la passion dévorante du Fou. Cela dit, L'Assassin Royal, Les Aventuriers de la Mer et les Cités des Anciens sont trois oeuvres clairement distinctes qu'on ne peut comparer, bien qu'elles aient été écrites par le même auteur. Soyez-en sûr, les amateurs de Robin Hobb trouveront sans doute que ce troisième tome tient toutes ses promesses !
A vous de vous faire une idée.   

Robin HOBB. Les Cités des Anciens 3 - La Fureur du Fleuve. Pygmalion, 2011. Trad. A. Mousnier-Lompré. 359 p. ISBN 978-2-7564-0419-6