Affichage des articles dont le libellé est héroïnes. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est héroïnes. Afficher tous les articles

vendredi 26 décembre 2025

[MANGAS] Les deux Van Gogh - Hozumi (2012) / Bride Stories - 1 - Kaoru Mori (2011) / Les aventures de Maria Mantegazza - 1 - Femme pilote - Seiho Takizawa (2024)

Par moments, j'ai l'impression d'être une toupie lancée à toute vitesse, incapable de s'arrêter, sans garde-fous, sans aucune prise sur rien. Bientôt neuf mois sans Marine, le choc reste insurmontable. Fuir permet de tenir le coup provisoirement. S'enfermer dans un univers où on peut se donner l'impression qu'il ne s'est rien passé... ça reste une béquille comme une autre, ni plus ni moins. Mais ça ne résout pas le problème, et un jour il faudra bien faire face, se casser les dents sur la réalité. Je refuse d'y penser pour l'instant, c'est trop dangereux. J'ai hâte que les fêtes se terminent, et en même temps cela ne me tente pas d'attaquer une nouvelle année sans ma sœur. 


Les Deux Van Gogh
Hozumi 
Glénat, 2015 

Photo : site de Glénat


On aurait tellement envie de croire à cette "biographie fictive" _ mais peut-être pas tant que ça, qui sait ?... de la vie de Théo et Vincent Van Gogh ! 

Vincent Van Gogh et son frère Théo sont aussi différents que complémentaires : le premier est un artiste talentueux, présenté ici comme rêveur et candide, le second est un marchand d'art audacieux, déterminé et fin connaisseur. Mais Théo est avant tout le premier fan de Vincent ; il s'est donné comme mission de lui permettre de développer son art, d'en vivre et de faire reconnaître son génie.

Nous voilà donc plongés dans le Paris du XIX°siècle, entre les galeries d'art, les cercles hermétiques de peintres qui se revendiquent de courants bien précis, et une population qui ne demande qu'à se sentir concernée. Théo travaille pour son oncle à la galerie Goupil et Cie, et il a grande envie de donner un coup de pied dans la fourmilière, histoire de décloisonner tout ça. L'arrivée de ce jeune premier très sûr de lui ne plaît pas à tout le monde : Toulouse-Lautrec et Gérôme ne tardent pas à lui voler dans les plumes. Tandis que Van Gogh s'impose peu à peu parmi ses pairs, un mystérieux clochard arrive à Paris... 

Hozumi prend le parti de faire de Théo Van Gogh le personnage principal de son manga. Ce point de vue a du sens : après tout, dans la réalité, il s'est avéré que Théo gérait son frère matériellement et humainement. Sans lui, rien n'aurait été possible, en fait. C'est pas dommage qu'on en parle, même de façon romancée. 

Mais Les Deux Van Gogh, c'est avant tout l'histoire de deux frères que tout opposait, et qui avaient réussi à se construire l'un par rapport à l'autre sans jamais cesser d'être unis, sans jamais se laisser corrompre par la rivalité. C'est beau à lire. Le hasard a voulu que je tombe sur ce manga seulement quelques jours avant la mort de Marine. 

Récompensé au Prix Mangawa en 2016. 

Ca passe au CDI (collège et lycée), en précisant bien qu'il s'agit d'une œuvre de fiction. 



Bride Stories - 1

Kaoru Mori 

Ki-Oon, 2011

Photo : site de la Fnac

On aborde le thème du mariage arrangé avec ce premier tome du manga Bride Stories ! 

L'histoire débute dans un petit village situé près de la mer Caspienne, en Asie Centrale, au XIX°siècle. On vient d'y célébrer le mariage d'Amir, 20 ans, et du petit Karluk, 12 ans. Le dépaysement est total pour la jeune mariée, qui a dû quitter sa famille pour une autre : même si petits et grands l'accueillent à bras ouverts, leurs coutumes sont bien différentes des siennes. Pourtant, grâce à sa bonne humeur constante _et à ses multiples talents d'archère, de brodeuse, d'artiste... Amir ne tarde pas à s'intégrer et à se faire aimer de tous ; elle arrive même à donner le change efficacement avec Karluk, forcément intimidé par cette épouse avec qui il ne peut pas partager grand chose, à première vue. 

Alors qu'elle commence à s'habituer à sa nouvelle vie, Amir se reprend en pleine face son statut de monnaie d'échange : les hommes de son clan d'origine refont surface afin de la récupérer. Ils souhaitent rompre le mariage arrangé avec Karluk afin de pouvoir l'offrir à un autre homme, plus puissant et mieux pourvu en terres. 

Mais le père de Karluk ne l'entend pas de cette oreille ; d'autant qu'Amir se plait bien dans sa nouvelle famille. 

Depuis toutes ces années à entendre parler de Bride Stories _c'est ma tutrice de stage qui a été la première à me le conseiller, autant dire que ça date_, j'ai eu le temps de me faire des représentations sur ce manga, que j'imaginais beaucoup plus triste et déprimant qu'il ne l'est en réalité. C'est assez troublant de voir que le sort d'Amir et de Karluk ne suscite aucun mouvement de contestation chez les principaux concernés, tant la tradition est ancrée dans le quotidien : c'est comme ça, on s'adapte. Mais on s'imprègne rapidement du contexte d'époque et se laisse porter par la ribambelle des petits frères et sœurs de Karluk, toujours prêts à faire des conneries (et souvent pertinents dans leurs remarques). Le dessin est d'une grande finesse, c'est de la dentelle en manga ! 

Lecture à suivre... 


Les aventures de Maria Mantegazza - 1 - Femme pilote

Seiho Takizawa 

Paquet, 2024 - "Cockpit collection"

Photo : site de la Fnac

A bord de son avion De Haviland DH.9A, Maria Mantegazza vole à travers le monde pour remplir les missions que son patron lui confie (livraisons, transports de personnes..). On est au début des années 1920 : à cette époque, l'aviation de commerce se développe doucement, et les femmes pilotes ne sont pas nombreuses. 

La Première guerre mondiale a laissé derrière elle son lot de tensions et d'intrigues ; aussi Maria se trouve-t-elle souvent mêlée à différentes histoires d'espionnage, de vols et de trafics d'armes, de chamailleries entre vrais-faux héros de guerre... 

Cependant, elle prend bien garde de toujours rester à distance, car ses motivations sont ailleurs : Maria a pour objectifs de 1) retrouver son père, un membre des services secrets britannique disparu sans laisser de trace, et 2) voler, tout simplement voler à sa guise. 

Cette position de "spectatrice", indifférente aux problèmes de son temps, m'a empêchée de vraiment adorer ce 1er tome des Aventures de Maria Mantegazza, qui est par ailleurs original et très intéressant à bien des égards : il se situe dans les années 1920, une période peu couramment évoquée en BD (me semble-t-il), aborde le domaine de l'aviation _rare aussi, et met en scène une héroïne jeune et indépendante... mais qui ne semble vivre que pour et à travers un daron mis sur un piédestal.. 

Maria n'est pas la pilote féministe-vénère que je m'étais figurée, avant de commencer la lecture ; cela dit, elle n'est pas non plus du genre à se laisser marcher sur les pieds lorsqu'elle entend une remarque misogyne. Elle réagit comme une femme pouvait le faire à l'époque, en fait. 

Autre point très positif, le dessin de l'aviatrice n'est pas hyper-sexualisé (je m'attendais au pire quand elle a commencé à se fighter à poil au bout de 15 pages, mais ça va, c'était un épisode isolé). 

1er tome d'une série de 8 (pour un manga c'est pas si pire !) que je suis curieuse de lire.  


vendredi 28 octobre 2022

[PRIX LITTÉRATURE JEUNESSE ET ANTIQUITÉ] Pénélope, la femme aux mille ruses - Isabelle Pandazopoulos (2021)

 C'est reparti pour le PLJA !

Cette année, ce sont les latinistes de 5° et de 3° qui vont se prêter au jeu en lisant les quatre livres de leurs sélections respectives.

Le roman Pénélope, la femme aux mille ruses ouvre le bal pour la catégorie 5° ; j'ai toujours l'espoir d'écrire un billet pour chacun des huit titres qui vont nous concerner à tous, les nabots, la prof de latin et moi. C'est beau de rêver.


L'histoire 

Non, Pénélope n'est pas juste la femme d'Ulysse ou la cousine moche d'Hélène de Troie !! Dans ce roman destiné aux jeunes lecteurs et écrit par l'autrice Isabelle Pandazopoulos, c'est elle qui mène la danse. On retrace toute sa jeunesse, de son enfance en Acarnanie (une région de la Grèce), jusqu'au retour d'Ulysse à Ithaque, à l'issue de la guerre de Troie et de ses multiples retards à durée indéterminée. 


Si "l'homme au mille ruses" emploie son intelligence à jouer des tours à l'ennemi sur le champ de bataille, et à s'extirper de situations plus dangereuses les unes que les autres, Pénélope filoute au quotidien pour le seul maintien d'un statut, d'un moral, d'un royaume... d'une simple qualité de vie pour laquelle son mari ou des frères n'auraient pas à batailler. Très jeune, elle décide que pour conserver un semblant de liberté dans un univers où les femmes n'en ont pas vraiment, tous les coups seront permis. La ruse passe d'abord par s'imposer auprès de ses frères, se rendre indispensable à son père, garder le contrôle sur le choix de son mari, sur la force de ses sentiments...  

Si toi aussi tu as lu les aventures d'Ulysse en sixième, si toi aussi tu as demandé ce que Pénélope pouvait bien faire pendant que le héros éborgnait le cyclope, et qu'on t'a regardé bizarre avant de te répondre que c'était pas le propos... alors ce livre est peut-être pour toi !



Bon, il faut aussi reconnaître que la représentation courante qu'on a de Pénélope (à supposer qu'on en ait une...) est celle d'un "modèle" de vertu, de droiture, de fidélité. C'est la mère et l'épouse idéale, irréprochable en tous points. J'avoue que j'espérais que ce roman serait une occasion de présenter une facette plus nuancée de cette femme forte de la mythologie, mais ce n'est pas le cas, et c'est sans doute très bien ainsi. Encore que l'autrice n'hésite pas à dépeindre quelque chose qui est traité plus discrètement dans ma vieille édition de poche de L'Odyssée achetée il y a bien longtemps pour les besoins de mon année de DEUG 1 - Lettres modernes : la phase de dépression de Pénélope au départ d'Ulysse pour la guerre de Troie. Ce choix est louable, à mon sens, d'autant plus que l'héroïne ne nie pas sa fragilité et peut ainsi se reprendre en main. 

Mais l'apparence lisse de la reine d'Itaque par intérim m'a posé question. Après quelques recherches (rapides), je suis tombée sur la version numérique d'une thèse remaniée en publication monographique intitulée Pénélope, Légende et mythe et par Mme Marie-Madeleine Mactoux (1975). Loin de moi l'idée d'en parler en profondeur _je ne me le permettrais même pas si j'avais tout lu, mais si cela vous intéresse, allez la parcourir. Sa rédactrice y compulse diverses évocations de la figure de Pénélope, dans l'œuvre d'Homère et dans l'œuvre de Pausanias notamment, et note différentes possibilités d'interprétation des textes. Forcément, deux de ses grandes forces, à savoir son amour pour Ulysse et sa fidélité à toute épreuve, sont mises à mal. 


 
Thug mais pas trop

Pas simple d'aborder sous un angle novateur et féministe les géants indéboulonnables de la mythologie. En cela, Isabelle Pandazopoulos a réussi cet exercice de contorsion qui consiste à broder un peu de fiction dans une œuvre classique qu'on se doit de respecter... Je ne suis pas une spécialiste de l'épopée homérienne, mais, mis à part les chapitres sur son enfance qu'on devine un peu romancés, les évènements racontés dans ce livre correspondent à ce qui est dit de Pénélope dans l'Odyssée. Pour les enfants, ça peut donc être une lecture sympa à faire en miroir des aventures d'Ulysse. 

Mais ça bride aussi pas mal les possibilités d'émancipation pour la jeune héroïne. Car Pénélope, aussi badass et maligne soit-elle, est et sera toujours la femme d'Ulysse, éternellement reléguée au second plan. En l'absence d'Ulysse, elle doit assurer la bonne marche du foyer et du royaume, et le fait avec tout le sens du devoir qui transparaît au fil des chapitres de ce roman pour les jeunes. Tout le monde semble attendre d'elle qu'elle soit "à la hauteur", ni plus, ni moins, et beaucoup pensent qu'elle n'y parviendra pas. Aussi, Pénélope est une doublure de luxe qui s'acquitte bien de sa tâche mais qui termine son mandat sur les rotules et qui apprécie bien d'être sauvée par son roi, à la fin. C'est là qu'on aimerait qu'il y ait une suite inventée de toute pièce, pour voir un peu ! Après tout, un mythe n'a jamais fini de se construire et de se faire décortiquer.  


Ahaha, jusqu'au bout j'ai pensé que j'allais résister à la mettre.
Mais finalement non ! Désolée !!

Pénélope la femme aux mille ruses fait partie de la collection "Héroïnes de la mythologie" (Gallimard jeunesse) ; les différents titres qui la composent sont de la plume de Mme Pandazopoulos, et les très belles illustrations, chatoyantes en couverture et oniriques à l'intérieur sont signées Gazhole.  

Ce roman a remporté le Prix Chateaubriand des collégiens 2022

A partir de 10 ans, très adapté au collège pour les 6°-5°, au CDI ou dans le cadre d'une lecture d'œuvre intégrale en cours de français ou de latin. 

Merci à l'association Arrête ton char pour la mise en place du Prix Littérature Jeunesse et Antiquité !

dimanche 22 août 2021

[MANGA] Amanchu ! - 1 - Kozue Amano (2011)

A moins que je ne me trompe, c'est en écoutant le podcast Mangadiscovery _le cousin de ComicsDiscovery qui ne dépareille pas la famille_ que j'ai entendu parler d'Amanchu !. J'avais alors noté le titre sur une feuille volante sans plus d'indications, en vue d'un prochain passage à la bibliothèque. Du coup, mercredi dernier, en faisant le tour des structures nécessitant le pass sanitaire afin de rentabiliser au max mon dernier viol de nez, j'ai emprunté ce manga alors disponible dans la section jeunesse de la médiathèque, sans plus trop savoir de quoi il était question.  

Je crois que je cherchais surtout une lecture légère après pas mal de découvertes superbes mais plus tristes les unes que les autres.  


L'histoire 

Hikari a 15 ans, elle vit avec sa grand-mère qui tient une boutique de matériel de plage au bord de la mer. Nous sommes au début du printemps, ce qui veut dire qu'au Japon c'est la fin des vacances et le début d'une nouvelle année scolaire. Afin de ne pas trop stresser pour sa rentrée au lycée Yumegaoka qui a lieu le lendemain, Hikari veut passer son dernier jour de tranquillité à faire de la plongée, car c'est sa passion ultime. 

Alors qu'elle arpente des fonds marins qu'elle semble déjà connaître par cœur, une jeune fille de son âge nommée Futaba stoppe son scooter devant la boutique de la grand-mère, avec qui elle échange quelques mots. On y apprend qu'elle vient d'arriver dans la région et qu'elle va aller dans le même lycée que Hikari (heureuse coïncidence). 

Les deux filles vont seulement se croiser ce jour-là, mais elles auront l'occasion de se parler dès le lendemain puisqu'elles seront, contre toute attente ! dans la même classe. 


Le feu et la glace 

Allez, si on commençait l'année par une intrusion dans la piscine du lycée ? C'est sans doute ce qu'a pensé Kozue Amano lorsqu'elle a voulu dessiner la naissance de l'amitié unissant "Pikari", surnom issu de "Hikari" et de "Pika", qui veut dire "lumineux" _ ahah, je viens de faire le lien avec Pikatchu, et "Teko", rebaptisée ainsi car elle a un front haut. 

J'étais sûr que Futaba allait mal prendre ce blase trouvé en trente secondes par la petite Hikari, souvent dessinée sous des traits d'enfant de 8 ans, pour souligner sa candeur et son explosivité ? mais pas du tout ! Elle semble l'accepter aussitôt... comme un peu tout ce que lui proposera la pro de plongée dans les pages suivantes.

Voilà ce qui est à la fois étonnant et assez juste dans la composition des personnages et de leur relation : à première vue, les deux élèves de seconde ont tout pour se détester. Alors que Hikari nous apparaît comme enjouée, dynamique et excessivement bavarde, Futaba semble préférer le calme et la discrétion. Visiblement, elle se soucie beaucoup de l'image qu'elle renvoie. On sent que le côté pile électrique de sa comparse la laisse partagée entre admiration et agacement, mais au final, c'est la curiosité qui l'emporte.


Elles vont très bien s'entendre et se reconnaître comme complémentaires. Hikari, qui dissimule son malaise en jouant les moulins à paroles et en soufflant frénétiquement dans son sifflet de plongée _même en classe... va trouver en Futaba l'oreille attentive dont elle a besoin. "Teko" arrive à se lancer dans des aventures (plus ou moins bien inspirées...) qu'elle n'aurait pas songé à entreprendre seule. 

Comme entrer par effraction dans la piscine du club de plongée du lycée, par exemple, histoire de jeter un oeil au bassin et d'essayer quelques combinaisons... Après deux ou trois longueurs, leur amitié est scellée, et Teko n'est pas loin de se laisser tenter par la discipline de prédilection de sa pote. Un cours théorique des rudiments de la plongée dispensé par leur prof principale, qui est aussi l'adulte en charge du club, va finir de la convaincre. 

A noter que ce chapitre explicatif, qui clôture ce premier tome d'Amanchu! est intéressant puisqu'on s'y familiarise avec quelques unes des préoccupations quotidiennes des plongeurs. Il est question du lien entre la pression et la profondeur, des techniques à connaître pour se déboucher les oreilles et pour remonter efficacement à la surface sans faire exploser ses poumons (en gros)...  

Gné. 

Hormis le coup de la piscine, il ne se passe rien de bien trépidant dans ce volet d'exposition du décor et des personnages, et cela peut se comprendre car l'autrice avait pas mal de choses à nous dire. Il faudra lire les chapitres suivants pour juger de la qualité des péripéties, mais je ne m'inquiète pas à ce sujet.  

Pas besoin d'aller plus loin cependant pour affirmer que ce manga a le mérite d'exister, au moins pour deux raisons : 

  • Le sujet principal est la plongée sous-marine, sport rarement abordé en BD, me semble-t-il. Ca change du foot et du basket... 
  • Amanchu! est classé en "shônen" (=manga aventure ou sport) et il est porté par des filles ; ce qui était bien rare en 2011, année de sa sortie en France.  

Bizarrement, Amanchu! m'a rendue assez nostalgique. Il m'a beaucoup rappelé mes premières heures au lycée, et ma rencontre avec Mélanie, une copine dont j'ai déjà parlé ici, ici, ici et même là. Je me souviens que cette mini météorite était venue s'écraser à côté de moi sans me connaître, le jour de la rentrée, et qu'elle avait tout de suite engagé la conversation alors que je n'avais pas du tout envie d'avoir d'interactions avec qui que ce soit. Je connaissais déjà tout son CV depuis la maternelle avant que le prof d'italien M. Roger ait fini de copier l'emploi du temps au tableau. Son débit de paroles m'avait à la fois bluffée et exaspérée. Comme Futaba, j'ai compris un peu plus tard que cette apparente aisance n'était pas forcément naturelle et servait surtout à gérer des situations angoissantes.     

Kozue AMANO - Amanchu ! 1 - Ki-oon, 2011. 176 p. ISBN 978-2-35592-245-9. 

  • Pour les Parisiens, la suite de la série est disponible à la médiathèque Marguerite Duras (Porte de Bagnolet)
  • Une version anime est disponible ; vous pouvez aussi découvrir la suite en VOSTF sur la chaine Youtube Manga Total (je crois qu'il n'y a pas tous les épisodes...).

samedi 30 mai 2020

[COMICS] Superman Aventures - Volume 1 - Paul Dini ; Scott McCloud ; Rick Burchett ; Bret Blevins ; Mike Manley ; Terry Austin ; Marie Severin (2016)

Pour la quinzième fois, j'efface le "bonjour" d'ouverture de ce mail que je n'enverrai pas.
Même les simples formalités doivent être mûrement réfléchies.


Deux livres, deux ambiances ! Il y a quelques jours, nous nous sommes intéressés au premier tome de la BD Superman : identité secrète. Comme j'ai écrit le compte-rendu avant d'avoir lu la deuxième partie, j'ai apparemment fait un certain nombre d'erreurs d'interprétation, ce qui m'a valu de me faire allumer par une connaisseuse de passage sur Babelio. Je vous engage donc, une nouvelle fois, à aller découvrir l'oeuvre par vous-même et de ne pas vous arrêter à mes petits résumés : je découvre tout juste les univers des comics, donc oui, je dois dire de grosses conneries ! Bref, passons.  

En attendant, continuons à explorer les différentes facettes de ce personnage de Superman dont nous connaissons tous le costume vite fait, mais pas forcément l'emplacement des poches intérieures !



Sur les conseils de mon collègue le prof d'arts plastiques spécialiste de BD _ouais toujours le même _ j'ai glissé le volume 1 des Superman - Aventures dans la commande de titres voués à lancer ce fameux "Atelier Comics", qui n'aura finalement jamais vu le jour. Après le retard à l'allumage, la rude concurrence du club ciné calé le même jour comme de par hasard, mon ignorance totale de ce champ culturel et la mise en place tardive d'un partenariat avec la bibliothèque... c'est le coronavirus qui aura fini d'enfoncer le clou. Il faut croire que tous les méchants de Marvel et de DC s'étaient mis d'accord pour faire capoter le bordel.      


  
Les histoires 

Forte de son succès à la télévision à la fin des années 1990, la série animée Superman, l'ange de Metropolis a été adaptée en comic books par ses créateurs, peu de temps après. Pour les scénaristes Paul Dini (l'inventeur d'Harley Quinn) et Scott McCloud, il ne s'agissait pas de retranscrire à la lettre les divers épisodes ou de proposer une "suite" au dessin animé, mais plutôt de raconter sous format papier de nouvelles aventures se déroulant dans le même univers. Le projet a permis de donner le jour à de nombreuses histoires, et ce jusqu'en 2002 ; dix d'entre elles figurent dans la BD que nous avons entre les mains.

Superman, l'ange de Métropolis 
25 ans plus tard, le retour !


Publié en 2016, ce premier volume de Superman - Aventures est déjà suivi de quatre autres ; un cinquième tome ne devrait plus tarder à sortir. Forcément, il endosse la lourde charge de planter le décor et de présenter toutes ces figures incontournables qui colorent le quotidien de Metropolis.
  • Le premier épisode intitulé "l'homme d'acier" raconte l'affrontement de Superman et de son clone robot maléfique, dont le commanditaire n'est autre que l'horrible businessman Lex Luthor, l'ennemi numéro 1 du héros... 

  • Son ennemi numéro 1, mais pas son seul opposant ! Le cyborg Metallo est le trouble-fête de l'épisode 2. Défiguré, puis maintenu en vie avec une carcasse de fer, il résistera juste assez longtemps pour permettre au héros de s'illustrer, dans une ville où ses exploits commencent à créer l'effervescence.
  • L'histoire suivante nous rappelle qu'il y avait aussi des fourbes sur l'idyllique planète Krypton : Brainiac en est la preuve. Cette intelligence artificielle a dérobé et emmagasiné toute les connaissances scientifiques, toutes les découvertes faites dans les labos de Krypton avant de fuir sur Terre _et d'échapper ainsi à l'explosion fatale. Tout ce qui manque à Brainiac, c'est un "globe" magique qui a été légué à Superman par ses parents, et qui lui permet de revivre en boucle l'Histoire de sa terre d'origine : il va essayer de le lui subtiliser en lançant une armée de chats noirs robotisés (?) sur Metropolis... Ok, pourquoi pas... Mais le rescapé de Krypton n'a aucune envie de lui céder ce bijou de famille. 
  • L'épisode 4 se focalise sur Jimmy Olsen, le jeune photographe du Daily Planet qui débute dans le métier et qui se lamente de ne pas être pris au sérieux par son boss. Une course poursuite entre Superman et les sbires de Lex Luthor va lui donner l'occasion de s'illustrer. 

  • On arrive au chapitre 5, le moment "presque féministe" de l'album ; suite à un fâcheux coup de foudre, l'animatrice radio Leslie Nillis est devenue la maléfique Electra. D'habitude, elle est furieusement remontée contre Superman, qui est indirectement responsable de sa transformation, mais ici ce n'est pas le propos : elle se découvre un soudain (et véritable) besoin de défendre la cause des femmes dans les médias. Tant d'altruisme pourrait en bouleverser plus d'un... mais qui croit encore en la sincérité d'Electra ? 
  • Quelle horreur que ce petit elfe teigneux au nom imprononçable ! J'ai beau chercher dans mes souvenirs, je crois que Mister Mxyzptlk m'a complètement échappé. Ici, il entraîne Superman dans une histoire rocambolesque où le héros devra remonter le temps pour empêcher qu'une chaîne d'événements catastrophiques se produise. Metropolis est menacée ! 

  • Une fois n'est pas coutume, les épisodes 7 et 8 se suivent. Le professeur Hamilton et son équipe ont inventé une machine capable de rétrécir les malfaiteurs : comme ça, ils prennent moins de place en prison. Encore faut-il les tenir à l'oeil ! En se moquant un peu vite du général kryptonien Jax-Ur et son associée Mala, qu'ils viennent de réduire à la taille d'un trombone, Superman et Hamilton relâchent leur vigilance. Les deux "méchants" prennent le contrôle de l'appareil et parviennent à le diriger vers l'Ange de Metropolis. Qui a déjà vu un combat de moustiques ?
  • "Le retour du héros" sort du lot : cette aventure est plus émouvante que les huit précédentes réunies. On quitte le petit univers du Daily Planet pour découvrir le quotidien d'une famille ordinaire de Suicide Slum, un quartier populaire de Metropolis. Frank a deux héros : Superman _parce qu'il l'a vu sauver un chien prisonnier des flammes, et Lex Luthor _parce qu'il est riche. Ce dernier est juste responsable de la mort de son père, mais évidemment il ne le sait pas.  
  • Avec son sourire figé et ses yeux énormes, Toyman est sans doute le méchant le plus inquiétant de Métropolis. Sachez que dans cette ultime péripétie, on tombe dans le vice pur et dur : Superman doit gérer des figurines programmées pour voler l'argent de poche des enfants pendant qu'ils dorment ! Le super-héros va pouvoir compter sur l'aide de la jeune Tasha pour stopper les frais.  

De toutes ces histoires courtes, sympathiques, très faciles à suivre, deux chapitres m'ont particulièrement marquée.

Peut-on faire sa meuf à Metropolis ?  

Prenant appui sur le personnage d'Electra, "L'équilibre des pouvoirs" (chapitre 5) révèle de fortes inégalités entre hommes et femmes dans la belle cité de Metropolis. Après avoir lu cette aventure, on a la pupille assez entraînée pour voir qu'en fait, les disparités sont présentes dans toute la BD. Mais comme elles se produisent sur des événements de second plan, on ne les remarque pas tout de suite.   

Cela me fait d'ailleurs penser à une émission que j'ai écoutée en podcast il y a quelques semaines : invitée de Spotlight, la journaliste Marine Turchi expliquait qu'elle avait analysé des heures d'émissions du Masque et la Plume de France Inter, réussissant ainsi à compacter toute une flopée de remarques sexistes proférées par les journalistes : son enquête met en évidence l'ambiance misogyne du programme. En tant qu'auditrice occasionnelle du Masque, j'avoue que ça m'a fait un vieux choc : évidemment j'ai déjà pesté en entendant un chroniqueur faire une remarque déplacée, ou s'allier à deux autres bourrins pour mieux rabrouer leur collègue journaliste. Mais ça restait un micro-drame sur une heure de radio, vite noyé dans le flot culturel. Sans même lire l'article, le résumé qu'elle en fait dans le podcast fait prendre conscience de la gravité du problème.*

Iris Brey était l'autre invitée de l'émission. 
J'ai pas encore lu ce livre,.

C'est un peu pareil pour les filles, dans Superman. A la première lecture, on ne fait pas attention, parce que nos préjugés sont tellement ancrés en nous que certaines situations ou paroles clairement sexistes ne nous font pas réagir. Mais une fois que le déclic a eu lieu, on ne voit plus qu'elles.  
 
"On dirait c'est la faute de l'infirmière"
T'avais qu'à être là, mec ! Au lieu de gueuler comme un putois...
Où est le respect des soignants ?  


Bref. 

En prenant la foudre, Electra a gagné les pleins pouvoirs sur l'électricité : cela lui permet de faire à peu près tout ce qu'elle veut.. sachant qu'elle ne veut pas toujours le bien des gens.  Au début de notre histoire, elle est sur un lit d'hôpital, mise à l'isolement depuis un certain temps. Alors qu'elle écoute la radio pour tromper l'ennui, elle entend un animateur bien rétrograde en mettre plein la gueule aux femmes. 

Electra a alors une révélation : dorénavant, elle utilisera ses dons pour défendre la cause des femmes. Sans aucune difficulté, elle disparaît de sa chambre et n'attend pas pour faire des siennes : surgissant d'un écran d'ordinateur de la rédaction du Daily Planet, elle met le grappin sur Lois Lane. Pourquoi vient-elle l'informer de ses projets ? Peut-être pour la rallier à sa cause ? On ne sait pas trop. Ce qui est certain, c'est que la journaliste ne lui fait pas du tout confiance. Electra a beau jouer la carte de la sororité, la journaliste refuse de parlementer avec elle. 

Peu de temps après, les braves gens de Metropolis remarquent que les chaînes de télé ont été sabotées : au JT, seules les éditions présentées par des femmes sont diffusées correctement ! Une grande première... Toutes les rédactions doivent donc méchamment bousculer leur mode de fonctionnement habituel, puisque généralement, seuls les hommes se retrouvent face à la caméra. 


Une première entrevue entre Electra et Superman _il fallait bien des gros bras pour rétablir cette insupportable situation de femmes aux commandes de la presse_ donne du fil à retordre au héros. "L'équilibre des pouvoirs" est sans doute la seule aventure qui mettra Superman en grande difficulté, incapable de vaincre sereinement son ennemi. Il en chie tellement qu'il s'abaisse à aller chercher son ennemi Lex Luthor, pour qu'il l'aide à mater cette gonzesse. Visiblement, l'émancipation des femmes est un cas de force majeur, nécessitant une alliance aussi mesquine qu'improbable, et pas mal décevante pour qui adule Superman. 



Un duel à la loyale (hum) est organisé entre Electra et Superman. Ambiance combat de catch. Lex est tapi dans l'ombre, prêt à dégainer si ça devient trop tendu pour le héros _et il va faire ça très bien. Eh ouais, devinez quoi : ils finissent par glorieusement la défoncer, à deux contre un... Une pirouette scénaristique permettra à Superman de sauver son image de gentil, se délestant de sa goujaterie sur Lex Luthor. Electra au tapis, les télés remarchent et les femmes reviennent sagement à leur place, ouf, on l'a échappé belle. Fin de l'histoire. Pff.  




Le lecteur ouvert d'esprit a quand même de quoi être décontenancé : si l'intention et l'idée de départ de l'aventure sont plutôt bonnes, le final prend quand même des airs de triomphe de l'homme sur la femme. Est-ce une hésitation des scénaristes à créer une issue plus "osée" ? sont-ils sciemment pessimistes ? En tous cas, on ne sait plus trop sur quel pied danser. Un peu comme quand une personne essaye de vous faire un compliment, mais qu'elle se foire par maladresse, donnant l'impression de vous vanner plus qu'autre chose. Comme vous tirez un peu la gueule, elle essaie de redresser la situation, mais ne fait que s'enfoncer. Ou alors j'exagère : les dernières vignettes laissent entendre que si Electra a perdu la bataille, elle a peut-être semé ses graines auprès de la journaliste Angela Chen et de Mercy, l'"assistante" de Lex Luthor. 

Bien que ces deux femmes soient des personnages secondaires du petit monde de Superman, elles sont néanmoins très présentes dans la série.  

Reprenons l'album depuis le début, en nous concentrant sur les figures féminines. On distingue deux catégories de filles : les fortes personnalités et les bobonnes. 

  • La journaliste Angela est constamment en mode hyène : toujours tirée à quatre épingles, prête à vanner, un brin opportuniste, un sujet de travail l'intéresse à partir du moment où il est vendeur. Elle a compris que le pouvoir et les scoops ne viendraient pas à elle, mais qu'en se bougeant un peu le cul elle pouvait attraper une part du gâteau. L'éthique, la déontologie, les valeurs du journalisme... elle en parlera quand elle aura du temps. Pour l'instant, elle a un témoin important à interviewer. Pas de pitié pour les croissants ! Et n'allez pas essayer de lui carotter une heure sup. L'exemple à suivre... pour qui veut se faire du blé. 



  • Evidemment, Electra crève les vignettes dans lesquelles elle apparaît ; pas la peine d'en remettre une couche puisqu'on a déjà beaucoup parlé d'elle, mais il me semble que c'est LE personnage à retenir de ce premier tome de Superman Aventures. Même rendue flagada par les scientifiques des S.T.A.R Labs, puis réduite à l'état de poupée de chiffon par la cousine taser de la Grosse Bertha (merci Lex Luthor), la peste survoltée garde un bon espoir de revanche. Elle reviendra, c'est certain. 
  • Tasha, la nièce de Ron, apparaît dans la toute dernière histoire _celle des figurines possédées voleuses de pièces jaunes. C'est une bonne surprise qui touchera les jeunes, puisqu'elle montre qu'on peut être une gamine et avoir autant de jugeote qu'un adulte, si ce n'est plus. Seul Superman accordera de l'importance à ses "théories" d'enquêteuse qui font bien marrer tout le monde.     

Passons aux bobonnes qui se sont mises au service des méchants : Mercy et Mala. Elles sont d'autant plus énervantes qu'elles sont complètement indispensables à la réussite de leur connard respectif, mais demeurent toujours en retrait _ ça se voit jusque dans les dessins.  

                                              

Le premier qui me dit que Mercy est mise en valeur parce qu'on voit son visage en entier, je le fracasse.
  • Le pire, c'est que Mercy sait très bien bolosser les gens, quand elle veut. Pourquoi adopte-t-elle un comportement de toutou au contact de Lex Luthor et s'abaisse-t-elle à lui faire des massages ? A ce niveau-là, j'espère au moins qu'elle se le tape. 
  • Même tarif pour Mala, la subordonnée du général kryptonien borgne Jax-Ur. Enfin presque, car Mala tente quand même de s'imposer... sans succès. Une scène de l'épisode "Question de taille" est quand même hyper énervante : alors que Jax-Ur a trouvé un moyen de retrouver sa taille normale, puis de carrément devenir un géant, il refuse d'en faire profiter Mala, qui est pourtant son alliée. Réaction de celle-ci : "bien, Général", avec un regard plein de lassitude. Il l'a envoyée se faire foutre, donc elle accepte. C'est la vie. Ils devaient être un peu protestants, sur Krypton. Putain.    

"Il ne peut y en avoir qu'un comme moi"
Ouais je sais, les photos sont pourries. 


  • Je voulais parler de la rousse amoureuse de Superman dans le deuxième chapitre. Celle qui tourne aux bretzels et qui se proclame en couple avec le super-héros. Celle qui fait semblant d'être au bord du gouffre juste pour que le héros en collants vole à son secours. Devinez quoi : à force de jouer avec le feu, elle finit par avoir de vrais problèmes ! Cette fille _est-ce qu'on dit son nom, même ? n'est pas vraiment "soumise", mais elle est tellement calamiteuse et insignifiante qu'elle dessert l'image de la femme. Gommons ce personnage.  
Avec sa grosse bouche, là !  
  • Entre ces deux catégories, Lois Lane se promène sans jamais clairement se positionner. Tantôt femme forte qui revendique ses principes de journaliste exemplaire, asexuée capable de mettre des coups de pression à ses interlocuteurs pour que le travail soit fait dans les temps, tantôt victime qui n'attend que d'être sauvée par les muscles de Superman, Lois est difficile à cerner. A première vue, cette fille n'a pas de vie : son hobby le plus exaltant consiste à bizuter ce mou de genou de Clark. Mais faisons comme elle : ne nous arrêtons pas aux apparences. N'oublions pas non plus que cette série respecte à peu près la chronologie du "mythe" de Superman : dans cette première BD, le héros vient juste de réaliser quelques exploits à Metropolis. Il est très mystérieux, on n'est pas certain qu'il soit bien intentionné, et Lois n'a pas encore eu le temps de tomber sous son charme. Pas la peine, donc, de juger la journaliste trop vite car, en bon personnage principal, elle va sans doute considérablement évoluer. Pour l'instant, elle a juste une grande gueule, rien dans le ventre et ne se prend pas pour de la merde. Mais tout cela va changer, c'est certain.  
Elle fait bien de préciser car cela n'a rien d'évident.
     
Tapage médiatique 

Contrairement aux apparences, le but de cet article n'est pas de démolir une BD qui remplit très bien son rôle de divertissement ; ces quelques remarques faites sur les personnages féminins mis en scène ne doivent pas vous en détourner. 

Je n'ai pas envie de trop enfoncer Lois Lane de toute façon, car elle a le mérite de mettre en valeur le métier de journaliste. En lisant l'album, vous remarquerez qu'une partie non négligeable de l'action se situe dans les bureaux du Daily Planet. Assister à la vie de la rédaction nous fait réfléchir à l'impact des médias sur la bonne société de Metropolis. 

Superman nous est d'abord présenté comme phénomène médiatique : grâce à ses sauvetages, il fait le buzz avant l'heure. S'il est souvent sujet d'enquêtes, il connaît à peu près toutes les ficelles du métier de journaliste, et pour cause : il redevient le journaliste Clark Kent lorsque sa mission est accomplie. Sous son air innocent, Kent observe et protège son identité de super-héros, se garde bien de prendre parti : n'en demandez pas trop à Clark-la-Suisse. Il est nouveau, vous savez... 



Lois se méfie du gars qui vole _ n'oubliez pas de croiser vos sources ! Angela se frotte les mains en pensant à son futur scoop _vivement le prochain exploit !, Brainiac s'appuie sur une bête rumeur pour attirer Superman dans un traquenard. Le jeune Jimmy Olsen se bat pour faire reconnaître ses talents de photographe, gagner quelques dollars et faire son trou au Daily Planet. En piratant les radios et la sainte télévision, Electra sait qu'elle frappe fort et que son message va être entendu : effectivement, la situation est très vite considérée comme urgente. Les scénaristes nous font cadeau d'un bel exemple de censure au standard dans l'épisode "L'égalité des pouvoirs", en nous présentant un animateur radio qui coupe la parole aux intervenants qui ne partagent pas son avis. 

A une époque où Internet n'est pas encore un passage obligé dans la recherche d'informations, les médias de masse sont un peu les baromètres de la société : ils sont présents dans presque tous les chapitres, et pas seulement pour agrémenter le décor...      

Luthor le self-made-man 
 
...C'est devant l'écran de télé d'un appartement miteux qu'il partage avec sa mère et sa soeur que Frank assiste au discours de Lex Luthor, son héros. On pourrait se demander d'où sort l'admiration de ce jeune homme vénère pour l'homme d'affaires véreux. En principe, quand on est pauvre, on est censé détester les riches qui se la pètent, non ?! Il explique à sa soeur, qui ne pige pas sa nouvelle lubie : Lex est devenu son "modèle" lorsqu'il a compris qu'il n'était pas un bourge comme les autres : lui aussi a grandi dans un quartier populaire. S'il a réussi à s'extirper de sa condition, c'est grâce à son travail et à sa persévérance.  

Pour Frank, le Lex Luthor qu'il voit sur le petit écran est un exemple, une autre pointure que son père le taulard mort en prison, dont sa mère défend obstinément la mémoire. Il ne connait rien des circonstances de la condamnation de ce père qu'il méprise, sans quoi son jugement serait sans doute plus nuancé. Mais le moment des révélations approche. 

Si vous aimez les histoires de lutte des classes, d'ascension sociale et de méchants qui ont un sens de l'honneur caché au plus profond d'eux-mêmes, "Le retour du héros" sera sans doute votre chapitre préféré. 

 


Le détail qui fait plaisir 

Entre chaque chapitre, une "fiche-personnage" vient se glisser, en guise d'intermède. C'est marrant, c'est plutôt dans les mangas qu'on voit ça, d'habitude ! On y apprend le nom du personnage, son statut (gentil ou méchant, en gros), qui sont ses amis, ses ennemis, de quelle planète ils viennent... Cette idée est la bienvenue pour les novices, qui pourront tout de suite se repérer dans l'univers de Superman sans passer par les classiques. Les connaisseurs y trouvent aussi leur compte puisque ces fiches précisent la date de la toute première apparition du personnage dans un comic-book, puis dans la série animé.

Bande de rageux ! 

Dit-elle après avoir défoncé le chapitre 5. Mais je le redis : c'était pas si mal, et les scénaristes ont le mérite d'avoir essayé de parler féminisme !  

Autant le préciser d'emblée, les auteurs ont ciblé un public jeune. Pas de gros mots, pas de combats gores, pas de cul, pas de quête identitaire... juste une succession d'histoires très accessibles dans lesquelles Superman s'illustre et finit par l'emporter. Je préfère le préciser car j'ai lu ça et là des critiques négatives sur cet album, lui reprochant notamment sa fadeur, ses intrigues simplistes, un fâcheux manque de suspense, l'absence d'un fil rouge qui lierait les chapitres entre eux ; ah ah, ce n'est pas faux ! Sauf que vous oubliez que ce sont des histoires pour enfants. Pour un jeune lecteur qui veut se distraire un peu, avec une BD pleine de couleurs vives, il me semble que c'est tout aussi convenable qu'un Picsou Magazine. De plus, cet univers risque d'être une vraie découverte pour eux, car la série Superman, l'ange de Métropolis commence à bien dater : je ne suis pas sûre qu'elle ait été diffusée à la télé dernièrement.

Paul DINI (scénario) Rick BURCHETT (dessin) ; Terry AUSTIN (encrage) ; Marie SEVERIN (couleur). Superman Aventures - Vol. 1. DC Comics. Coll. Urban Kids. 2016. 272 p. ISBN 978-2-3657-7854. 
 
Créateurs originaux : Jerry SIEGEL et Joe SHUSTER.  


dimanche 18 décembre 2016

La minute verte : Océania 1 - La Prophétie des oiseaux - Hélène Montardre (2016)


Je ne suis pas auteur, mais je pense que ce doit être un vrai casse-tête d'avoir pour projet d'écrire un roman traitant des questions de l'écologie, du réchauffement climatique, du développement durable... et d'aboutir sur autre chose que sur une leçon de morale plus ou moins bien dissimulée. Certains écrivains y parviennent avec plus ou moins de succès, mais ils ont le mérite d'essayer et leur seule tentative mérite d'être valorisée ; d'autant plus lorsqu'ils mettent leur talent au service de la jeunesse. Parmi eux, on peut citer l'auteure Hélène Montardre, connue pour les nombreux livres pour enfants qu'elle a publiés, et notamment la série Océania. Une fois n'est pas coutume, nous allons faire les choses dans l'ordre en parlant du premier tome, "La Prophétie des Oiseaux".  




L'histoire 

Depuis le naufrage du bateau transportant ses parents, Flavia vit avec son grand-père Antatole dans un phare, quelque part sur la côte Atlantique. Sans vraiment comprendre pourquoi et sans avoir de possibilité d'agir, ils voient l'océan monter un peu plus chaque jour, tandis que leurs voisins disparaissent peu à peu. A seize ans, Flavia n'est pas conne à ce point et se doute bien que quelque chose de grave se prépare ; mais comme les journaux ne laissent passer aucune information sur cette fulgurante montée des eaux, elle ne mesure pas vraiment l'urgence de la situation et laisse faire les choses. Internet ? Oh, ça fait longtemps qu'on n'a plus ça ici..

Un jour ce pendant, émergeant d'un affreux cauchemar dans lequel elle se noie, Anatole lui annonce qu'elle doit rejoindre la capitale pour gagner une place sur un bateau qui l'emmènera aux Etats Unis. Pourquoi l'Amérique ? Parce que c'est sur ce continent que tout le monde s'exile...

Flavia ne se sent pas prête à partir : d'abord, il serait égoïste de sa part d'abandonner son grand-père à l'Europe mourante, avec pour seule compagnie ces oiseaux qu'il observe et dont il est spécialiste depuis des décennies. Ensuite, l'insistance d'Anatole à la pousser de l'autre côté de l'Atlantique la laisse perplexe : voudrait-il se débarrasser d'elle ? Que lui cache-t-il ? Pourquoi ne lui demande-t-il même pas ce qu'elle en pense ?

Voyant que l'Amérique ne sera bientôt plus accessible que pas des voies clandestines, et que les places pour y accéder sont déjà très chères, le vieil homme veut sauver sa descendance au plus vite. Il sait que l'Europe va bientôt disparaître avec l'avancée des eaux. Tout comme lui. Mais Flavia est jeune, et il estime qu'elle a tout autant droit à sa chance de survie que d'autres adolescents thunement mieux lotis. Il fait donc appel à un marin de ses amis pour lui faire traverser la mer incognito... Bye bye le phare d'Anatole !


Désolée, mais moi quand on me parle de phare...


La Digue, la Digue...

Ce premier volume de ce qui sera, en fait, une tétralogie, se compose de deux grandes parties intitulées "Le Passage" et "Derrière la Digue". La première raconte, comme on peut s'en douter, le départ de l'héroïne et sa traversée houleuse (qui finira en queue de poisson, ahah). La seconde est centrée sur sa vie _mais peut-on vraiment parler de vie ? d'immigrée clandestine. A mon sens, il s'agit de la tranche la plus intéressante du roman ; ceux qui ont lu Reborn de Thierry Robberecht, dont il a été question ici-même il y a quelques années comprendront pourquoi. A l'heure où les jeunes et les moins jeunes s'interrogent sur les migrations qu'ils ne voient plus seulement à travers l'écran de la télévision, il est plus que jamais enrichissant pour les lecteurs de se mettre dans la peau d'un personnage européen, blanc, de la classe moyenne _bon, Anatole ne roule pas sur l'or mais il a un toit et l'eau courante _, lettré, dont l'existence confortable bascule vers la précarité. Une fois passée la Digue protégeant les Etats-Unis de la montée des eaux, Flavia rejoint les rangs des parias, de ceux qui ont eu le culot de vouloir vivre et qui doivent se cacher en attendant d'obtenir des papiers _ou pas.


Désolée, mais moi quand on me parle de digue... 


Autant dire qu'ils sont nombreux... Par chance, Flavia a failli se noyer à l'issue de son voyage à bord du Samantha, où elle avait eu le temps d'apprendre quelques nouvelles croustillantes de la Terre. Aux abords de la Digue, alors qu'elle est à moitié dans les vapes, elle rencontre Chris, un jeune aventurier new-yorkais dont le grand kif est d'escalader l'imposante construction dès qu'il a un peu de temps libre. C'est le coup de foudre immédiat, des deux côtés. Chris l'emmène dans son appartement prêté par un oncle qui n'attendait qu'une squatteuse, et à partir de là, elle pourra réfléchir sur son sort en toute sécurité. 

La jeune fille, qui, il faut bien le dire, a des airs d'adolescente fleur bleue un poil agaçant, va aller de découvertes en découvertes, dont celle-ci : ses parents scientifiques ne seraient peut-être pas morts.. Voilà qui change tout, mille dieux ! Pour en savoir plus, un retour en Europe s'impose, mais Chris n'est pas chaud. Dans les rues, la colère monte dans la grande communauté des clandestins tandis que les autorités américaines ont pris soin de laisser leur humanité aux vestiaires.     

L'écologie est ailleurs

Tous les ingrédients sont là pour nous faire comprendre qu'on n'attend plus que nous pour commencer la recette du roman écolo : prenez une fille élevée au grand air par un grand-père guetteur d'oiseaux, plus proche de la nature que des jeunes de son âge, aussi méfiante avec son prochain qu'une poule d'eau dans les roseaux.. Enlevez-lui ses parents scientifiques, dont la mort reste mystérieuse. Ajoutez à l'histoire une montée des eaux ravageuse qu'on devine conséquente au réchauffement climatique. Saupoudrez le tout des préoccupations nombrilistes de quelques grandes puissances ; et tout ce qui traîne, passez-le au four sans aucune pitié. Pourtant, si Hélène Montardre veut nous communiquer un message vert à travers Océania, il nous viendra sans doute dans les tomes suivants. "La Prophétie des Oiseaux" reste au final assez centré sur l'héroïne, son cheminement personnel, pour ne pas dire sa quête d'identité. Autant la critique des médias, malhonnêtes rétenteurs d'information voués à maintenir les population dans l'insouciance, est exprimée très clairement via la bouche du journaliste écolo Noël Nora, entre autres, autant les comportements suicidaires des hommes envers leur environnement naturel sont très peu évoqués. Au jeune lecteur de faire les déductions qui s'imposent en fonction des faits qui lui sont présentés : ce n'est peut-être pas plus mal ainsi, bien au contraire. Car du roman à la réalité, il n'y a qu'un pas !


Cet article est sponsorisé par Captain Planet ! 

Ce roman est arrivé au CDI au milieu d'une colossale livraison de spécimens de manuels scolaires. Il s'agit d'ailleurs d'une édition scolaire, où les enseignants disposent d'un dossier pédagogique complet. On y trouve un découpage de l'oeuvre suivant le schéma actanciel, quelques pages centrées sur les principales thématiques et des pistes d'activités transposables en classe.

Difficile en ce qui me concerne de s'attacher aux personnages, et notamment à l'héroïne _d'ailleurs, je n'y suis pas vraiment arrivée... La relation entre Chris et Flavia est assez nunuche, et les adolescents avec qui ils vont se lier d'amitié n'ont pas beaucoup de mordant, même et surtout quand ils se veulent rebelles et téméraires ; mais c'est peut-être parce que je me suis habituée aux collégiens de Seine-Saint-Denis : ils sont bien vivants, eux ! Du coup, il me semble que la crédibilité de cette histoire qui traite de questions graves et actuelles en prend un coup. Mais ça reste mon avis, rien de plus. Après tout, seul celui capable de faire aussi bien peut se permettre un jugement catégorique, et c'est loin d'être mon cas !

Alors, à vous de vous faire un avis !

Hélène MONTARDRE. Océania 1 - La Prophétie des oiseaux. Rageot, 2016. 400 p. ISBN : 978-2-7002-590-6


mercredi 29 juillet 2015

Alice Écuyère - Caroline Quine (1959)


Parce qu'il faut croire que j'aime bien les chocs thermiques, je suis passée directement de Brainless (Jérôme Noirez, 2015) à Alice écuyère publié en France en 1959 et signé Caroline Quine. Ce livre pour enfant traînait dans ma chambre depuis très longtemps et je me suis demandée pourquoi je ne l'avais jamais lu. En l'ouvrant, la raison de mon mépris pour ce vieux bouquin à la couverture ocre et étoilée, paru dans une vieille collection des Editions Hachette _ "Idéal Bibliothèque" m'est revenue à l'esprit : je n'ai jamais beaucoup aimé cette Alice ! 



  
A mes yeux, Alice Roy était une héroïne passablement énervante ; je devais la jalouser un peu, inconsciemment. Blonde, grande et svelte, cette fille américaine avait un père juriste, une gouvernante et pratiquait l'équitation : c'était donc une grosse bourgeoise et il est certain que mes parents n'auraient pas voulu que je parle à cette fille de RPR, si par malheur elle avait existé pour de vrai ! Comme si cela ne lui suffisait pas d'être née avec une cuillère d'argent dans la bouche, cette petite bêcheuse se disait elle-même "détective amateur", assez douée pour résoudre les énigmes en tout genre et il faut avouer qu'elle savait tout faire mieux que tout le monde sans avoir appris quoi que ce soit. Dans Alice Ecuyère, par exemple, Alice remplace une acrobate qui s'est pété la cheville et s'en tire presque mieux que l'artiste elle-même lors de la représentation alors qu'elle a à peine bossé le numéro une heure avant ! Toujours entourée d'un parterre de personnages médiocres en extase devant ses talents, cette fille me paraissait décidément insupportable ; le processus d'identification, fort important chez les jeunes lecteurs, n'avait pas opéré sur moi et j'ai laissé cette blondasse croupir dans l'ombre en ayant le sentiment de rétablir un certain équilibre social.


L'histoire

Un jour, Alice reçoit de sa tante Cécile un beau bracelet en or agrémenté de cinq petits chevaux qui pendouillent. Ah ces riches, ils peuvent pas s'empêcher se s'offrir des breloques ! Le bijou aurait appartenu à une artiste de renom. Pendant qu'elle se prépare pour sa leçon d'équitation, le cirque Sim s'installe en ville pour quelques jours : voilà un peu d'animation en perspective. C'est avec une excitation non dissimulée qu'Alice accompagne le petit voisin à la parade des artistes et des animaux ; or, au cours de la procession, un clown vient la voir, intrigué par le bracelet : où l'a-t-elle trouvé ? Il dit connaître toute l'histoire qui se cache derrière lui, et elle n'est guère réjouissante... En même temps, la jeune fille remarque que le patron du cirque Sim, M. Karl, a l'air d'être un beau connard et que Lolita la petite trapéziste qui tient lieu de mascotte tire un peu trop la gueule pour que ce ne soit pas douteux. Une enquête s'impose pour Alice !

Crazy horse !


Au cirque Sim, le ver est dans le fruit depuis longtemps. Karl règne en tyran sur sa troupe en menaçant tout le monde de licenciement pour le moindre pet de travers. Par cette méthode, il entend nouer les langues de ceux qui connaissent ses entourloupes. L'homme a fait croire à Lolita que ses parents, tous deux trapézistes, étaient morts en se réchant la gueule pendant un spectacle et qu'il l'avait recueillie ; sauf que pas vraiment. Lola, la mère de Lolita, serait encore de ce monde et vivrait quelque part en Europe. Pour aller jusqu'au bout de ce secret de polichinelle qui hante le cirque, c'est même elle qui aurait revendu le bracelet aux petits chevaux pour se faire quelques sous.

Aujourd'hui, Lolita veut fuir le cirque et son tyran M. Karl pour se marier avec le clown Pedro. Mais avant cela, elle aimerait revoir sa mère... et puis récupérer son héritage aussi, s'il y en a un, tant qu'à faire ! Alors elle sollicite Alice Roy _qui d'autre ? pour accélérer le mouvement. De son côté, Karl n'apprécie guère la présence constante de cette fille à papa autour de ses caravanes...

Elle fait trop sa meuf !!


Enquête, spectacle et grande liberté 

On ne va pas se mentir, Alice et ses amis ont vieilli. Leurs dialogues, leurs préoccupations d'adolescents et les micro-blagues que l'auteur nous fait dans certaines mises en scène ne parleront pas beaucoup aux lecteurs d'aujourd'hui. Dans le meilleur des cas, ils se foutront grave de la gueule des personnages _et cette touche comique non voulue, due au simple vieillissement de l'oeuvre, me plait toujours autant.

Pourtant, si Alice écuyère prête à rire, il faut bien reconnaître que ce roman pour enfants fait honneur à la bibliothèque verte car l'action est au rendez-vous du début à la fin, et l'enquête est bien menée. Bien sûr, l'héroïne bénéficie de quelques retournements de situation et d'heureux hasards très capillotractés, mais sa vivacité d'esprit et son "expérience" des "malfrats" fait plaisir à lire. On comprend que la série des Alice ait eu autant de succès auprès des jeunes dans les années 1960-1970 et suivantes. A présent, l'effort d'adaptation que ceux d'aujourd'hui doivent fournir est plus important, à tel point que les aventures d'Alice prennent une dimension presque historique : de la même manière qu'on se sent téléporté dans une autre ère lorsqu'on lit les aventures de Sherlock Holmes et de Hercule Poirot, Alice nous plonge dans les Etats-Unis de la première moitié du XX°siècle, une époque où l'on s'envoie des télégrammes et où on court chez sa mère pendant des bornes pour passer un coup de fil.

C'est quoi cette batte de baseball ??


Bien qu'elle soit effectivement douée, Alice est quand même extrêmement libre de ses mouvements. Ok, elle a dix-huit ans, mais quand même. Parallèlement, les trois amis auxquels elle fait appel dans cette aventure se montrent extrêmement dévoués et disponibles. A croire qu'ils n'ont pas de vie. Marion et Bess s'occupent sans broncher des tâches ingrates de secrétariat, telles que sous-tirer une autorisation au père d'Alice par harcèlement téléphonique ou prévenir la gouvernante que tout va bien, tandis que la star du livre fait des galipettes sur son cheval et récolte les lauriers. La petite Bess, présentée d'entrée comme une fille boulotte un peu superficielle, par rapport à sa cousine Marion garçon manqué _donc sérieuse, fiable, sportive, gouine, entreprenante, forcément... est celle qui se fait le plus avoir. En effet, elle se retrouve bien malgré elle à jouer les doublures de fortune lorsque Alice doit quitter momentanément le cirque pour les besoins de l'enquête. Quant à Ned Nickerson, le "camarade" d'Alice (comprendre : son mec), il est juste bon à protéger sa dame quand le danger se manifeste. Le reste du temps, elle n'hésite pas à le renvoyer subtilement voir ailleurs si elle y est.

Enfin, James Roy, le père d'Alice, est un père extrêmement cool pour l'époque. On sait qu'il est "avoué" _elle le dit tout le temps, qu'il est plutôt riche, et on remarque qu'il a une confiance infinie en sa fille :
"Papa, je peux remplacer l'acrobate du cirque, ce soir ? _Oui pas de problème !"

"Papa, on peut aller à Londres, demain ? C'est pour faire passer un message à la maman de Lolita, qui est peut-être morte, en fait ! _ Oui bien sûr, je peux même venir avec toi, je t'aiderai à la chercher !"

"Papa, on peut ramener la maman de Lolita ? Mais on n'ira pas à New York directement, j'aimerais bien qu'on fasse un détour d'une demi-journée pour brouiller les pistes... _Oh mais quelle excellente idée !"

Du rêve en barres pour les gamins !  

Alice et le méchant communiste

Idées reçues
    
Par curiosité, j'ai fait quelques recherches sur Caroline Quine et la série des Alice, via Google et Wikipedia, comme les gamins ! Parce que merde ! c'est les vacances ou pas ? Eh bien j'ai appris des choses, voyez-vous.

Dans ma tête, Alice faisait partie de la littérature de jeunesse 100% française. Je pensais que l'auteure avait voulu faire dans l'exotisme en situant l'histoire aux Etats-Unis, mais en fait, pas du tout : ce sont les noms des personnages qui ont été plus ou moins francisés. Ainsi, Nancy Drew devient Alice Roy dans la version traduite pour le petit public françois. Si cela vous intéresse _moi pas trop, je vous l'avoue, voici un site dans lequel vous pourrez trouver toutes les correspondances : http://alicebooks.free.fr/. Merci Wikipédia ! On peut dire ce qu'on veut sur cette encyclopédie collaborative, mais si je n'avais pas lu la liste des sources qui ont servi à composer l'article "Alice Ecuyère", je n'aurais peut-être jamais trouvé ce site ! Bref, on va pas faire un débat Wikipédia maintenant.

Autre surprise : ils sont plusieurs dans la  tête de Caroline Quine !! En fait, Carolyn Keene (pour les anglophones) n'est pas une seule et unique personne. C'est une sorte de pseudo collectif derrière lequel se cachent plusieurs écrivains. Dont Harriet S.Adams, véritable auteur d'Alice Ecuyère. C'est quand même elle qui nous intéresse aujourd'hui !


Ca fait du bien de pouvoir mettre un visage derrière un nom.

Quoique...

Que dire pour conclure, sinon que j'ai essayé plusieurs fois d'imaginer la tête de mes élèves devant les prouesses d'Alice Roy et de ses copains-esclaves versus un M. Loyal qui menace les clowns de les virer et un palefrenier aigri qui essaie d'étrangler les gens avec des fouets décoratifs. A chaque fois j'ai beaucoup ri.

Si vous avez eu un coup de cœur en lisant ce billet _je vois pas trop comment ce serait possible, mais bon, tout arrive : il est en vente sur e-bay !


CAROLINE QUINE. Alice Ecuyère. Hachette, 1966. Coll. "Ideal Bibliothèque". 186 p., ill. Trad. Hélène Commin.