"Je vais accélérer un peu la cassette vidéo car cette partie du film n'est pas faite pour vous!", nous prévient notre instit de grande section de maternelle, qui a entrepris de faire de L'Ours de Jean-Jacques Annaud notre prochain sujet d'étude.
Comme c'est gentil de sa part de se souvenir de notre sensibilité, alors qu'on a vu d'entrée de jeu et sans le moindre avertissement la maman ourse se faire mortellement aplatir la tête par une énorme pierre, laissant son petit dans une détresse communicative.
La fonction "avance rapide" n'est malheureusement pas très performante sur le magnétoscope de l'école. Malgré les deux rangées de fourmis rouges qui barrent l'écran et la vitesse de défilement des images, on voit parfaitement un chien se rompre le cou sur un rocher en laissant une trace de sang sur son passage, puis un autre, les tripes à l'air.
Je crois bien que ces images qui me sont restées en mémoire correspondent à une scène de chasse plutôt importante dans l'histoire, mais je ne saurais en dire plus. Ce grand moment de cinéma m'a laissé une impression tellement dégueu qu'aujourd'hui encore, je n'arrive pas à me remotiver pour regarder L'Ours au calme, en mode adulte. Pourtant je sais que ce film, qui met en scène l'adoption progressive d'un ourson orphelin par un grand ours solitaire, est un classique à connaître, qu'il est super intéressant, et qu'il est sur Netflix.
Heureusement, d'autres fictions nous permettent de traiter les rapports houleux de l'homme avec la nature (et avec les ours) de façon un peu moins stressante ; c'est le cas la BD Shirtless Bear Fighter, publiée en 2017 par un groupe d'artistes composé notamment de Jody LeHeup, Sebastian Girner et Nil Vandrell.
L'histoire
Rien ne va plus dans la Grande Ville : des ours possédés envahissent les rues, détruisant tout sur leur passage. La police est complètement impuissante face à cette situation inédite. Heureusement, l'agent Burke dirige les opérations ; le vieux flic expérimenté a une bonne connaissance du terrain. Il sait que le seul homme capable de mettre fin au carnage s'appelle Shirtless Bear Fighter (en français : "le Cogneur d'Ours Torse Nu"), et qu'il vit seul dans la forêt. Accompagné de Suzie Silva, son acolyte débutante, il part à sa rencontre pour lui demander de l'aide.
Le Cogneur d'Ours Torse Nu (on va faire comme tout le monde : on va l'appeler "Cogneur") refuse avant de se raviser. Il faut dire que, pour ce colosse recueilli et élevé par des ours avant d'être amené à s'en éloigner suite à un événement tragique qu'on ne spoilera point, la mission prend des airs de dilemme.
Attention, à partie de là, des moments importants de l'intrigue peuvent être dévoilés.
Désormais, l'homme-ours vit reclus dans un chalet, tourne aux pancakes au sirop d'érable et veille sur une forêt qu'il ne quitte jamais. Et Dieu sait qu'elle a besoin d'être protégée, menacée qu'elle est par ses hordes d'ouvriers armés de tronçonneuses, toujours prêts à débiter des arbres pour le compte de leur patron, le bien nommé Jaxson Bûcheron.
Retenez bien sa tête ! Bûcheron est LE grand méchant de la BD ; tous les ennemis déclarés et les nombreux traitres que Cogneur va croiser ne sont que des victimes de ce manipulateur. L'industriel n'a qu'une idée en tête : faire croître Cajol'Fesse, son usine de PQ. Pour arriver à ses fins, il a besoin d'avoir la mainmise sur toute la forêt ; cela implique d'une part de soudoyer les ours pour les avoir dans la poche, d'autre part, d'éloigner le gardien des lieux. Cogneur, donc.
Aussi, lorsque le héros fait décoller son avion-ours à la demande de Burke pour se rendre en ville et dégommer les ours qui terrorisent la population, il ne sait pas encore qu'il est en train de tomber dans un piège comparable à une toile d'araignée.
On ne choisit pas sa famille !
Mais pourquoi Cogneur boxe-t-il les ours aussi vigoureusement, alors qu'il les connaît mieux que personne, et qu'il semble en parfaite harmonie avec la nature ?
Tout simplement parce que, même si Maman et Papa Ours l'ont toujours logé à la même enseigne que son Frère Ours, il reste différent des autres membres de sa famille d'adoption : c'est un homme, et pas un ours. Sa force incroyable attise la jalousie de son frère, qui voit en lui un improbable rival ; et lorsqu'il doit un jour choisir entre ses semblable et sa tribu, sa situation se complique. La crise identitaire qui couvait lui saute à la tête et éclabousse son entourage. S'ensuit une double trahison : son père l'exclut pour ménager la chèvre et le chou, tandis que Frère Ours pactise avec Bûcheron pour l'éliminer définitivement. L'histoire de ce Samson des temps modernes _mettre un t-shirt le dépouille de toutes ses aptitudes physiques_ pourrait être déchirante, si le comique ne dominait pas l'ensemble !
C'est bon, vous pouvez revenir !
Une lecture détente comme on les aime (ou pas)
Shirtless Bear Fighter est une BD toute en couleurs vives, où les aventures s'enchaînent au rythme des patates balancées par le héros. On se croirait un peu dans ces films de série B du dimanche après-midi, qui nous servent de fond sonore, dont on se moque à cause des personnages bien stéréotypés, mais dont on a quand même envie de connaître le dénouement ! Ici, l'album fonctionne, car les auteurs ont eu la bonne idée de ne pas se prendre au sérieux : il jouent avec les codes du cinéma d'action, justement, pour mieux nous faire rire.
On retrouvera quelques unes des figures et motifs typiques du genre :
le héros torturé à gros bras, à la Chuck Norris
le super méchant, qu'on a déjà vu
un savant fou, ou un magicien
le binôme dysfonctionnel de flics, l'un en fin de carrière, l'autre débutante mais plus fûtée ET amoureuse du héros.
Enjoy la petite séquence machiste...
l'arsenal conséquent et les nombreuses machines de guerre _mention spéciale pour l'avion-ours et le vaisseau chiottes !
la castagne et les explosions
La BD a beau avoir une visée humoristique, il ne suffira pas que vous soyez de bonne humeur pour qu'elle vous plaise. Ayez bien à l'esprit que le comique repose ici essentiellement sur l'exagération, les jeux de mots à base d'ours, les blagues potaches et parfois scato (avec une entreprise de PQ en toile de fond, on pouvait difficilement y couper...). Donc si vous n'êtes pas très à l'aise avec ces délires-là, ou si vous êtres en quête de scénarii à tiroirs, de suspense, de finesse, de thèmes traités de manière assez profonde pour nourrir une réflexion... ne perdrez pas votre temps et courez lire autre chose !
Comme vous pouvez vous en douter, j'ai complètement adhéré au concept ; quelques passages hilarants de débilité m'ont fait le plus grand bien, car ils correspondaient à ce que je recherchais comme lecture divertissante à ce moment-là. Voilà pourquoi je n'hésiterai pas à faire de Shirtless Bear Fighter mon titre-phare pour ces prochains mois, celui que j'irai ouvrir si j'ai un coup de mou.
Le mieux est sans doute que vous vous fassiez un avis par vous-même. En attendant, je vous laisse entre les mains de expertes des Mystérieux Étonnants et vous renvoie au numéro 672 de leur émission. Ils sont toujours de bon conseil et proposent en fin d'épisode une critique plus complète et plus nuancée que celle-là !
L'un de mes neveux est dans une phase super-héros, il est assez connaisseur des grandes figures de Marvel, notamment _même s'il a préféré de loin se déguiser en Batman pour le dernier carnaval, paraît-il. En tous cas, c'est grâce à lui que j'ai découvert l'existence de Hawkeye, un allié atypique des Avengers. Lorsqu'il m'a présenté l'une de ses multiples figurines sous ce nom, et j'ai d'abord cru qu'il l'avait inventé. Ce n'est qu'en parcourant le rayon comics d'une bibliothèque, un peu plus tard, que j'ai compris de qui il s'agissait.
L'histoire
Cet album regroupe quatre aventures menées par Clint Barton, alias Hawkeye, un archer hors pair qui marche avec les Avengers. Très doué dans sa discipline mais dénué de super-pouvoirs, il est souvent accompagné dans ses pérégrinations par Kate Bishop, son double féminin beaucoup plus rusé que lui.
Le premier chapitre intitulé Chanceux s'ouvre sur une chute vertigineuse de Clint, directement suivie d'un long séjour à l'hôpital ; à sa sortie, il regagne son immeuble situé dans un quartier populaire de New-York et s'aperçoit que le propriétaire, Ivan, le chef patibulaire de la Mafia en Survêt, a triplé le loyer de tout le monde, poussant ses voisins au déménagement. Clint n'apprécie pas l'entourloupe et décide de se battre au nom de tous les locataires.
C'est dans le Code des vagabonds, la deuxième aventure, qu'apparaît la géniale Kate Bishop. Le binôme doit s'infiltrer dans un cirque pour capter quelques acrobates cleptomanes ; la mission prend un tournant nostalgique lorsque le héros, qui a grandi au milieu des forains, retrouve de vieux réflexes. Il va faire face à un lanceur de couteaux formé par son mentor, le Spadassin.
Cherry est ni plus ni moins le déroulé d'une journée catastrophique. Alors qu'il part au supermarché acheter du café et du scotch pour étiqueter ses multiples flèches, une rencontre avec une voiture de collection (et sa belle conductrice) va modifier ses plans. La jeune femme semble s'est fourrée dans un guêpier et n'hésite pas à jouer de ses atouts pour bénéficier de son aide. Est-ce que cela suffira ? Pas sûr, car la bande des Survêts, encore eux, n'est jamais très loin.
Enfin,la Cassettes'organise en deux parties _assez difficiles à délimiter, d'ailleurs, dans laquelle le lien entre Hawkeye et les Avengers devient concret. En effet, la directrice du S.H.I.E.L.D Maria Hill charge Clint de récupérer une cassette vidéo compromettante pour la Navy et pour l'équipe de Captain America. Il y est question de l'assassinat du dictateur Du Ke Feng. L'archer va devoir se montrer rapide et efficace car l'enregistrement est sur le point d'être vendu aux enchères sur l'île de Madripoor, une zone de non-droit où tous les coups sont permis. De nombreux ennemis des Avengers sont déjà sur le coup, toujours chauds lorsqu'il s'agit de salir l'image des justiciers.
"Ca s'annonce mal"
L'album s'ouvre sur cette petite phrase que Clint Barton prononce, comme pour mieux faire entrer le lecteur dans son quotidien mouvementé. Cette formule reviendra plusieurs fois, toujours issue des pensées d'Hawkeye ; il faut dire que le roi du tir à l'arc est tout sauf le héros indestructible et rassurant qu'on s'attend à croiser dans un Marvel. Au contraire, il se présente lui-même comme un être humain très conscient de sa vulnérabilité ; c'est sans doute ce qui lui permet de rester humble avec ses semblables, alors que sa proximité avec les Avengers aurait de quoi lui filer la grosse tête. Il est toujours appréciable de voir sur le devant de la scène des personnages qui n'en jettent pas trop et qui assument leurs points faibles _sans forcément se déprécier. Ils sont plus présents qu'on le croit dans ces comics, et cela participe de l'intérêt qu'on peut leur accorder.
Dès les premières planches, il devient facile de se trouver des points communs avec Hawkeye : il boit du café (et le renverse), il fait des barbecues sur le toit le l'immeuble avec ses voisins, il est bordélique et range ses flèches n'importe comment, il pense à ce que deviendront ses effets après sa mort, il commet des lapsus, il prend les transports, éventuellement le taxi si c'est Captain America qui paye... Mais par-dessus tout, il peut avoir besoin d'aide et n'hésite pas à solliciter Kate Bishop, sa comparse qui n'a décidément rien à faire au second plan.
Kate Bishop, ou la couverture de survie
Le personnage de Kate Bishop ne se "limite" pas à sa collaboration avec Clint Barton ; si vous souhaitez connaître l'ensemble de ses œuvres dans le monde féérique de Marvel, je ne peux vous conseiller l'épisode du podcast Codexes* qui lui est consacré. Je veux pas spoiler, mais sachez juste qu'elle sera nommée "la Nouvelle Hawkeye" plus tard dans son parcours.
Ici, Kate est clairement identifiée comme la subalterne de Clint ; ce dernier nous la décrit comme "assez géniale" et l'apprécie à sa juste valeur. Mais dans ce premier tome d'une série qui en compte 4, elle ne quitte jamais son rang de doublure de luxe indispensable justement parce qu'elle sait rester dans l'ombre. Ce n'est pas elle que Maria Hill et Captain America viennent chercher en toute urgence, c'est Hawkeye. Et pourtant... On a bon espoir que ça change.
Ce statut, qu'elle connaît et accepte, ne l'empêche pas de se montrer audacieuse et de s'adresser à Clint comme au colocataire bas du front qu'il peut parfois être. Kate Bishop est derrière tous les bons mots et les moments comiques de l'album.
La narration renforce ce sentiment d'être sur un pied d'égalité avec les deux personnages principaux, en particulier avec Clint Barton : d'abord parce qu'il parle à la première personne et semble s'adresser à nous, le plus souvent et début et fin de chapitre. Ensuite, les péripéties nous sont présentées de façon non linéaire ; on part généralement d'un temps fort ou d'un moment critique pour les personnages principaux, avant de remonter le cours des événements. Cette impression de joyeux bordel a bien failli me faire renoncer à la lecture de cette BD ! "Ma vie est une arme" commence sur des chapeaux de roue et ça m'a pris un temps fou de prendre le train en marche. Avec le recul _et une seconde lecture_ je comprends ce choix du scénariste : Clint et Kate vivent à l'arrache et à cent à l'heure, ils vont où le vent les emmènent, ils improvisent. On les suit dans leur journées périlleuses comme le feraient des documentaristes, caméra au poing.
=> Regardez la critique de ce youtubeur Le Rat de Gotham, elle est beaucoup plus pertinente que la mienne car lui, il s'y connaît ! Il a aussi fait une vidéo sur Ms Marvel dont on a parlé il y a quelques temps !
Direction Madripoor : suivez les flèches
Je vais me répéter, mais tant pis : Marvel, DC et les autres me sont passés au-dessus pendant très longtemps et je suis encore en train de découvrir des personnages et des lieux qu'on ne présente plus. Donc les connaisseurs, si vous tombez sur ce billet _ce qui serait bien peu probable : passez votre chemin ; vous risquez de lire des choses évidentes ou approximatives et ça va juste vous faire péter un câble.
Les références à l'univers de Marvel sont assez nombreuses dans la série Hawkeye, et elles permettent de comprendre un peu mieux l'historique des Avengers.
Les Avengers englobent dans leur équipe des êtres humains ordinaires, tels que Clint Barton et Kate Bishop ; ces élus ont une place un peu particulière à leurs côtés et font penser aux héros de la mythologie grecque, par exemple. Leur absence de pouvoirs est compensée par des qualités humaines et/ou physiques au-dessus de la moyenne, et par une ribambelle de gadgets plus perfectionnées et WTF les uns que les autres. Alors, ok, on ne sait pas si Hawkeye a plusieurs cordes à son arc, mais il possède au moins autant de flèches différentes qu'Iron Man d'armures. Entre la flèche-filet, celle qui envoie de l'acide, celle qui te laisse dans une mare poisseuse, celle à point explosive... on saisit bien l'intérêt d'étiqueter tout ce barda. La documentaliste compatit.
Il est fait allusion à Jacques Duquesne, le Spadassin, un aventurier souvent équipé d'une épée, ayant lui aussi fait partie des Avengers pendant quelques temps ; Hawkeye dit avoir été éduqué par ses soins dans son enfance, mais il ne cache pas son aversion pour cet homme qui semble l'avoir déçu par sa tendance à chouraver.
Pour la première fois, j'ai entendu parler de l'île de Madripoor, un lieu qui visiblement sert souvent de théâtre aux fourberies de tous genres. Une drôle de terre gouvernée et financée par le vice, qui est un peu le pays de tout le monde et de personne. A moins d'être un super-héros ou d'être couvert par Kate Bishop, on ne survit pas très longtemps dans cette jungle d'hôtels luxueux.
Qui est cette "Madame Hill" qui vient extraire Hawkeye de la fête des voisins ? C'est la directrice du S.H.I.E.L.D, une agence de renseignements engagée dans la lutte anti-terroriste, qui sollicite pas mal de super-héros. J'avais l'impression qu'ils avaient surtout mis leur grapin sur Iron Man et Spider Man, mais pas que, visiblement !
Madame Masque fait une brève apparition dans le dernier chapitre ; c'est une dame portant un masque (surprenant). C'est pas spoiler que de dire que cette super-méchante va bien se faire bolosser par Kate Bishop !
#jaunisse
La vie en mauve
Si Matt Fraction s'est occupé du scénario, deux illustrateurs se sont partagés le dessin ; David Aja a mis en image les trois premiers chapitres, de Javier Pulido la dernière double aventure. Du début à la fin, la tonalité violette, correspondant à la couleur de prédilection des héros, a été respectée. Le trait un peu gras et sombre de David Aja, qui prête à ses figures un air mystérieux, déstabilise mais sait se faire apprécier ; si on a l'occasion de saisir le regard d'un personnage, c'est parce qu'il a une importance immédiate dans l'action. Javier Pulido adopte un trait plus fin, peut-être un peu plus conventionnel et rassurant.
L'ambiance violette peut ne pas convenir à tout le monde ; mais ça vaut le coup de ne pas s'y arrêter. La critique est assez unanime, sur Internet : la série BD Hawkeye est d'une grande qualité et se hisse parmi les classiques.
Ah, remarque importante : même si ce n'est pas une série estampillée jeunesse, il me semble qu'elle peut être mise entre toutes les mains (à partir du collège). Y a une micro histoire de cul dedans, certes, mais ça va on voit rien !
Elle a récemment été adaptée en série télévisée.
Hawkeye = oeil de faucon faucon = oiseau = c'est presque un poulet !!
* Codexes est un podcast culturel qui parle de personnages de fiction féminins. Chaque épisode est consacré à une figure plus ou moins connue d'un film, d'une série, d'une BD, et les animatrices l'épluchent de façon très complète ! C'est super instructif !
Références de la BD :
Matt FRACTION ; David AJA ; Javier PULIDO. Hawkeye - 1 - Ma vie est une arme. Panini Comics, 2013. ISBN 978-2-8094-3169-8
Pour la quinzième fois, j'efface le "bonjour" d'ouverture de ce mail que je n'enverrai pas.
Même les simples formalités doivent être mûrement réfléchies.
Deux livres, deux ambiances ! Il y a quelques jours, nous nous sommes intéressés au premier tome de la BD Superman : identité secrète. Comme j'ai écrit le compte-rendu avant d'avoir lu la deuxième partie, j'ai apparemment fait un certain nombre d'erreurs d'interprétation, ce qui m'a valu de me faire allumer par une connaisseuse de passage sur Babelio. Je vous engage donc, une nouvelle fois, à aller découvrir l'oeuvre par vous-même et de ne pas vous arrêter à mes petits résumés : je découvre tout juste les univers des comics, donc oui, je dois dire de grosses conneries ! Bref, passons.
En attendant, continuons à explorer les différentes facettes de ce personnage de Superman dont nous connaissons tous le costume vite fait, mais pas forcément l'emplacement des poches intérieures !
Sur les conseils de mon collègue le prof d'arts plastiques spécialiste de BD _ouais toujours le même _ j'ai glissé le volume 1 des Superman - Aventures dans la commande de titres voués à lancer ce fameux "Atelier Comics", qui n'aura finalement jamais vu le jour. Après le retard à l'allumage, la rude concurrence du club ciné calé le même jour comme de par hasard, mon ignorance totale de ce champ culturel et la mise en place tardive d'un partenariat avec la bibliothèque... c'est le coronavirus qui aura fini d'enfoncer le clou. Il faut croire que tous les méchants de Marvel et de DC s'étaient mis d'accord pour faire capoter le bordel.
Les histoires
Forte de son succès à la télévision à la fin des années 1990, la série animée Superman, l'ange de Metropolis a été adaptée en comic books par ses créateurs, peu de temps après. Pour les scénaristes Paul Dini (l'inventeur d'Harley Quinn) et Scott McCloud, il ne s'agissait pas de retranscrire à la lettre les divers épisodes ou de proposer une "suite" au dessin animé, mais plutôt de raconter sous format papier de nouvelles aventures se déroulant dans le même univers. Le projet a permis de donner le jour à de nombreuses histoires, et ce jusqu'en 2002 ; dix d'entre elles figurent dans la BD que nous avons entre les mains.
Superman, l'ange de Métropolis
25 ans plus tard, le retour !
Publié en 2016, ce premier volume de Superman - Aventures est déjà suivi de quatre autres ; un cinquième tome ne devrait plus tarder à sortir. Forcément, il endosse la lourde charge de planter le décor et de présenter toutes ces figures incontournables qui colorent le quotidien de Metropolis.
Le premier épisode intitulé "l'homme d'acier" raconte l'affrontement de Superman et de son clone robot maléfique, dont le commanditaire n'est autre que l'horrible businessman Lex Luthor, l'ennemi numéro 1 du héros...
Son ennemi numéro 1, mais pas son seul opposant ! Le cyborg Metallo est le trouble-fête de l'épisode 2. Défiguré, puis maintenu en vie avec une carcasse de fer, il résistera juste assez longtemps pour permettre au héros de s'illustrer, dans une ville où ses exploits commencent à créer l'effervescence.
L'histoire suivante nous rappelle qu'il y avait aussi des fourbes sur l'idyllique planète Krypton : Brainiac en est la preuve. Cette intelligence artificielle a dérobé et emmagasiné toute les connaissances scientifiques, toutes les découvertes faites dans les labos de Krypton avant de fuir sur Terre _et d'échapper ainsi à l'explosion fatale. Tout ce qui manque à Brainiac, c'est un "globe" magique qui a été légué à Superman par ses parents, et qui lui permet de revivre en boucle l'Histoire de sa terre d'origine : il va essayer de le lui subtiliser en lançant une armée de chats noirs robotisés (?) sur Metropolis... Ok, pourquoi pas... Mais le rescapé de Krypton n'a aucune envie de lui céder ce bijou de famille.
L'épisode 4 se focalise sur Jimmy Olsen, le jeune photographe du Daily Planet qui débute dans le métier et qui se lamente de ne pas être pris au sérieux par son boss. Une course poursuite entre Superman et les sbires de Lex Luthor va lui donner l'occasion de s'illustrer.
On arrive au chapitre 5, le moment "presque féministe" de l'album ; suite à un fâcheux coup de foudre, l'animatrice radio Leslie Nillis est devenue la maléfique Electra. D'habitude, elle est furieusement remontée contre Superman, qui est indirectement responsable de sa transformation, mais ici ce n'est pas le propos : elle se découvre un soudain (et véritable) besoin de défendre la cause des femmes dans les médias. Tant d'altruisme pourrait en bouleverser plus d'un... mais qui croit encore en la sincérité d'Electra ?
Quelle horreur que ce petit elfe teigneux au nom imprononçable ! J'ai beau chercher dans mes souvenirs, je crois que Mister Mxyzptlk m'a complètement échappé. Ici, il entraîne Superman dans une histoire rocambolesque où le héros devra remonter le temps pour empêcher qu'une chaîne d'événements catastrophiques se produise. Metropolis est menacée !
Une fois n'est pas coutume, les épisodes 7 et 8 se suivent. Le professeur Hamilton et son équipe ont inventé une machine capable de rétrécir les malfaiteurs : comme ça, ils prennent moins de place en prison. Encore faut-il les tenir à l'oeil ! En se moquant un peu vite du général kryptonien Jax-Ur et son associée Mala, qu'ils viennent de réduire à la taille d'un trombone, Superman et Hamilton relâchent leur vigilance. Les deux "méchants" prennent le contrôle de l'appareil et parviennent à le diriger vers l'Ange de Metropolis. Qui a déjà vu un combat de moustiques ?
"Le retour du héros" sort du lot : cette aventure est plus émouvante que les huit précédentes réunies. On quitte le petit univers du Daily Planet pour découvrir le quotidien d'une famille ordinaire de Suicide Slum, un quartier populaire de Metropolis. Frank a deux héros : Superman _parce qu'il l'a vu sauver un chien prisonnier des flammes, et Lex Luthor _parce qu'il est riche. Ce dernier est juste responsable de la mort de son père, mais évidemment il ne le sait pas.
Avec son sourire figé et ses yeux énormes, Toyman est sans doute le méchant le plus inquiétant de Métropolis. Sachez que dans cette ultime péripétie, on tombe dans le vice pur et dur : Superman doit gérer des figurines programmées pour voler l'argent de poche des enfants pendant qu'ils dorment ! Le super-héros va pouvoir compter sur l'aide de la jeune Tasha pour stopper les frais.
De toutes ces histoires courtes, sympathiques, très faciles à suivre, deux chapitres m'ont particulièrement marquée.
Peut-on faire sa meuf à Metropolis ?
Prenant appui sur le personnage d'Electra, "L'équilibre des pouvoirs" (chapitre 5) révèle de fortes inégalités entre hommes et femmes dans la belle cité de Metropolis. Après avoir lu cette aventure, on a la pupille assez entraînée pour voir qu'en fait, les disparités sont présentes dans toute la BD. Mais comme elles se produisent sur des événements de second plan, on ne les remarque pas tout de suite.
Cela me fait d'ailleurs penser à une émission que j'ai écoutée en podcast il y a quelques semaines : invitée de Spotlight, la journaliste Marine Turchi expliquait qu'elle avait analysé des heures d'émissions du Masque et la Plume de France Inter, réussissant ainsi à compacter toute une flopée de remarques sexistes proférées par les journalistes : son enquête met en évidence l'ambiance misogyne du programme. En tant qu'auditrice occasionnelle du Masque, j'avoue que ça m'a fait un vieux choc : évidemment j'ai déjà pesté en entendant un chroniqueur faire une remarque déplacée, ou s'allier à deux autres bourrins pour mieux rabrouer leur collègue journaliste. Mais ça restait un micro-drame sur une heure de radio, vite noyé dans le flot culturel. Sans même lire l'article, le résumé qu'elle en fait dans le podcast fait prendre conscience de la gravité du problème.*
Iris Brey était l'autre invitée de l'émission.
J'ai pas encore lu ce livre,.
C'est un peu pareil pour les filles, dans Superman. A la première lecture, on ne fait pas attention, parce que nos préjugés sont tellement ancrés en nous que certaines situations ou paroles clairement sexistes ne nous font pas réagir. Mais une fois que le déclic a eu lieu, on ne voit plus qu'elles.
"On dirait c'est la faute de l'infirmière" T'avais qu'à être là, mec ! Au lieu de gueuler comme un putois... Où est le respect des soignants ?
Bref.
En prenant la foudre, Electra a gagné les pleins pouvoirs sur l'électricité : cela lui permet de faire à peu près tout ce qu'elle veut.. sachant qu'elle ne veut pas toujours le bien des gens. Au début de notre histoire, elle est sur un lit d'hôpital, mise à l'isolement depuis un certain temps. Alors qu'elle écoute la radio pour tromper l'ennui, elle entend un animateur bien rétrograde en mettre plein la gueule aux femmes.
Electra a alors une révélation : dorénavant, elle utilisera ses dons pour défendre la cause des femmes. Sans aucune difficulté, elle disparaît de sa chambre et n'attend pas pour faire des siennes : surgissant d'un écran d'ordinateur de la rédaction du Daily Planet, elle met le grappin sur Lois Lane. Pourquoi vient-elle l'informer de ses projets ? Peut-être pour la rallier à sa cause ? On ne sait pas trop. Ce qui est certain, c'est que la journaliste ne lui fait pas du tout confiance. Electra a beau jouer la carte de la sororité, la journaliste refuse de parlementer avec elle.
Peu de temps après, les braves gens de Metropolis remarquent que les chaînes de télé ont été sabotées : au JT, seules les éditions présentées par des femmes sont diffusées correctement ! Une grande première... Toutes les rédactions doivent donc méchamment bousculer leur mode de fonctionnement habituel, puisque généralement, seuls les hommes se retrouvent face à la caméra.
Une première entrevue entre Electra et Superman _il fallait bien des gros bras pour rétablir cette insupportable situation de femmes aux commandes de la presse_ donne du fil à retordre au héros. "L'équilibre des pouvoirs" est sans doute la seule aventure qui mettra Superman en grande difficulté, incapable de vaincre sereinement son ennemi. Il en chie tellement qu'il s'abaisse à aller chercher son ennemi Lex Luthor, pour qu'il l'aide à mater cette gonzesse. Visiblement, l'émancipation des femmes est un cas de force majeur, nécessitant une alliance aussi mesquine qu'improbable, et pas mal décevante pour qui adule Superman.
Un duel à la loyale (hum) est organisé entre Electra et Superman. Ambiance combat de catch. Lex est tapi dans l'ombre, prêt à dégainer si ça devient trop tendu pour le héros _et il va faire ça très bien. Eh ouais, devinez quoi : ils finissent par glorieusement la défoncer, à deux contre un... Une pirouette scénaristique permettra à Superman de sauver son image de gentil, se délestant de sa goujaterie sur Lex Luthor. Electra au tapis, les télés remarchent et les femmes reviennent sagement à leur place, ouf, on l'a échappé belle. Fin de l'histoire. Pff.
Le lecteur ouvert d'esprit a quand même de quoi être décontenancé : si l'intention et l'idée de départ de l'aventure sont plutôt bonnes, le final prend quand même des airs de triomphe de l'homme sur la femme. Est-ce une hésitation des scénaristes à créer une issue plus "osée" ? sont-ils sciemment pessimistes ? En tous cas, on ne sait plus trop sur quel pied danser. Un peu comme quand une personne essaye de vous faire un compliment, mais qu'elle se foire par maladresse, donnant l'impression de vous vanner plus qu'autre chose. Comme vous tirez un peu la gueule, elle essaie de redresser la situation, mais ne fait que s'enfoncer. Ou alors j'exagère : les dernières vignettes laissent entendre que si Electra a perdu la bataille, elle a peut-être semé ses graines auprès de la journaliste Angela Chen et de Mercy, l'"assistante" de Lex Luthor.
Bien que ces deux femmes soient des personnages secondaires du petit monde de Superman, elles sont néanmoins très présentes dans la série.
Reprenons l'album depuis le début, en nous concentrant sur les figures féminines. On distingue deux catégories de filles : les fortes personnalités et les bobonnes.
La journaliste Angela est constamment en mode hyène : toujours tirée à quatre épingles, prête à vanner, un brin opportuniste, un sujet de travail l'intéresse à partir du moment où il est vendeur. Elle a compris que le pouvoir et les scoops ne viendraient pas à elle, mais qu'en se bougeant un peu le cul elle pouvait attraper une part du gâteau. L'éthique, la déontologie, les valeurs du journalisme... elle en parlera quand elle aura du temps. Pour l'instant, elle a un témoin important à interviewer. Pas de pitié pour les croissants ! Et n'allez pas essayer de lui carotter une heure sup. L'exemple à suivre... pour qui veut se faire du blé.
Evidemment, Electra crève les vignettes dans lesquelles elle apparaît ; pas la peine d'en remettre une couche puisqu'on a déjà beaucoup parlé d'elle, mais il me semble que c'est LE personnage à retenir de ce premier tome de Superman Aventures. Même rendue flagada par les scientifiques des S.T.A.R Labs, puis réduite à l'état de poupée de chiffon par la cousine taser de la Grosse Bertha (merci Lex Luthor), la peste survoltée garde un bon espoir de revanche. Elle reviendra, c'est certain.
Tasha, la nièce de Ron, apparaît dans la toute dernière histoire _celle des figurines possédées voleuses de pièces jaunes. C'est une bonne surprise qui touchera les jeunes, puisqu'elle montre qu'on peut être une gamine et avoir autant de jugeote qu'un adulte, si ce n'est plus. Seul Superman accordera de l'importance à ses "théories" d'enquêteuse qui font bien marrer tout le monde.
Passons aux bobonnes qui se sont mises au service des méchants : Mercy et Mala. Elles sont d'autant plus énervantes qu'elles sont complètement indispensables à la réussite de leur connard respectif, mais demeurent toujours en retrait _ ça se voit jusque dans les dessins.
Le premier qui me dit que Mercy est mise en valeur parce qu'on voit son visage en entier, je le fracasse.
Le pire, c'est que Mercy sait très bien bolosser les gens, quand elle veut. Pourquoi adopte-t-elle un comportement de toutou au contact de Lex Luthor et s'abaisse-t-elle à lui faire des massages ? A ce niveau-là, j'espère au moins qu'elle se le tape.
Même tarif pour Mala, la subordonnée du général kryptonien borgne Jax-Ur. Enfin presque, car Mala tente quand même de s'imposer... sans succès. Une scène de l'épisode "Question de taille" est quand même hyper énervante : alors que Jax-Ur a trouvé un moyen de retrouver sa taille normale, puis de carrément devenir un géant, il refuse d'en faire profiter Mala, qui est pourtant son alliée. Réaction de celle-ci : "bien, Général", avec un regard plein de lassitude. Il l'a envoyée se faire foutre, donc elle accepte. C'est la vie. Ils devaient être un peu protestants, sur Krypton. Putain.
"Il ne peut y en avoir qu'un comme moi"
Ouais je sais, les photos sont pourries.
Je voulais parler de la rousse amoureuse de Superman dans le deuxième chapitre. Celle qui tourne aux bretzels et qui se proclame en couple avec le super-héros. Celle qui fait semblant d'être au bord du gouffre juste pour que le héros en collants vole à son secours. Devinez quoi : à force de jouer avec le feu, elle finit par avoir de vrais problèmes ! Cette fille _est-ce qu'on dit son nom, même ? n'est pas vraiment "soumise", mais elle est tellement calamiteuse et insignifiante qu'elle dessert l'image de la femme. Gommons ce personnage.
Avec sa grosse bouche, là !
Entre ces deux catégories, Lois Lane se promène sans jamais clairement se positionner. Tantôt femme forte qui revendique ses principes de journaliste exemplaire, asexuée capable de mettre des coups de pression à ses interlocuteurs pour que le travail soit fait dans les temps, tantôt victime qui n'attend que d'être sauvée par les muscles de Superman, Lois est difficile à cerner. A première vue, cette fille n'a pas de vie : son hobby le plus exaltant consiste à bizuter ce mou de genou de Clark. Mais faisons comme elle : ne nous arrêtons pas aux apparences. N'oublions pas non plus que cette série respecte à peu près la chronologie du "mythe" de Superman : dans cette première BD, le héros vient juste de réaliser quelques exploits à Metropolis. Il est très mystérieux, on n'est pas certain qu'il soit bien intentionné, et Lois n'a pas encore eu le temps de tomber sous son charme. Pas la peine, donc, de juger la journaliste trop vite car, en bon personnage principal, elle va sans doute considérablement évoluer. Pour l'instant, elle a juste une grande gueule, rien dans le ventre et ne se prend pas pour de la merde. Mais tout cela va changer, c'est certain.
Elle fait bien de préciser car cela n'a rien d'évident.
Tapage médiatique
Contrairement aux apparences, le but de cet article n'est pas de démolir une BD qui remplit très bien son rôle de divertissement ; ces quelques remarques faites sur les personnages féminins mis en scène ne doivent pas vous en détourner.
Je n'ai pas envie de trop enfoncer Lois Lane de toute façon, car elle a le mérite de mettre en valeur le métier de journaliste. En lisant l'album, vous remarquerez qu'une partie non négligeable de l'action se situe dans les bureaux du Daily Planet. Assister à la vie de la rédaction nous fait réfléchir à l'impact des médias sur la bonne société de Metropolis.
Superman nous est d'abord présenté comme phénomène médiatique : grâce à ses sauvetages, il fait le buzz avant l'heure. S'il est souvent sujet d'enquêtes, il connaît à peu près toutes les ficelles du métier de journaliste, et pour cause : il redevient le journaliste Clark Kent lorsque sa mission est accomplie. Sous son air innocent, Kent observe et protège son identité de super-héros, se garde bien de prendre parti : n'en demandez pas trop à Clark-la-Suisse. Il est nouveau, vous savez...
Lois se méfie du gars qui vole _ n'oubliez pas de croiser vos sources ! Angela se frotte les mains en pensant à son futur scoop _vivement le prochain exploit !, Brainiac s'appuie sur une bête rumeur pour attirer Superman dans un traquenard. Le jeune Jimmy Olsen se bat pour faire reconnaître ses talents de photographe, gagner quelques dollars et faire son trou au Daily Planet. En piratant les radios et la sainte télévision, Electra sait qu'elle frappe fort et que son message va être entendu : effectivement, la situation est très vite considérée comme urgente. Les scénaristes nous font cadeau d'un bel exemple de censure au standard dans l'épisode "L'égalité des pouvoirs", en nous présentant un animateur radio qui coupe la parole aux intervenants qui ne partagent pas son avis.
A une époque où Internet n'est pas encore un passage obligé dans la recherche d'informations, les médias de masse sont un peu les baromètres de la société : ils sont présents dans presque tous les chapitres, et pas seulement pour agrémenter le décor...
Luthor le self-made-man
...C'est devant l'écran de télé d'un appartement miteux qu'il partage avec sa mère et sa soeur que Frank assiste au discours de Lex Luthor, son héros. On pourrait se demander d'où sort l'admiration de ce jeune homme vénère pour l'homme d'affaires véreux. En principe, quand on est pauvre, on est censé détester les riches qui se la pètent, non ?! Il explique à sa soeur, qui ne pige pas sa nouvelle lubie : Lex est devenu son "modèle" lorsqu'il a compris qu'il n'était pas un bourge comme les autres : lui aussi a grandi dans un quartier populaire. S'il a réussi à s'extirper de sa condition, c'est grâce à son travail et à sa persévérance.
Pour Frank, le Lex Luthor qu'il voit sur le petit écran est un exemple, une autre pointure que son père le taulard mort en prison, dont sa mère défend obstinément la mémoire. Il ne connait rien des circonstances de la condamnation de ce père qu'il méprise, sans quoi son jugement serait sans doute plus nuancé. Mais le moment des révélations approche.
Si vous aimez les histoires de lutte des classes, d'ascension sociale et de méchants qui ont un sens de l'honneur caché au plus profond d'eux-mêmes, "Le retour du héros" sera sans doute votre chapitre préféré.
Le détail qui fait plaisir
Entre chaque chapitre, une "fiche-personnage" vient se glisser, en guise d'intermède. C'est marrant, c'est plutôt dans les mangas qu'on voit ça, d'habitude ! On y apprend le nom du personnage, son statut (gentil ou méchant, en gros), qui sont ses amis, ses ennemis, de quelle planète ils viennent... Cette idée est la bienvenue pour les novices, qui pourront tout de suite se repérer dans l'univers de Superman sans passer par les classiques. Les connaisseurs y trouvent aussi leur compte puisque ces fiches précisent la date de la toute première apparition du personnage dans un comic-book, puis dans la série animé.
Bande de rageux !
Dit-elle après avoir défoncé le chapitre 5. Mais je le redis : c'était pas si mal, et les scénaristes ont le mérite d'avoir essayé de parler féminisme !
Autant le préciser d'emblée, les auteurs ont ciblé un public jeune. Pas de gros mots, pas de combats gores, pas de cul, pas de quête identitaire... juste une succession d'histoires très accessibles dans lesquelles Superman s'illustre et finit par l'emporter. Je préfère le préciser car j'ai lu ça et là des critiques négatives sur cet album, lui reprochant notamment sa fadeur, ses intrigues simplistes, un fâcheux manque de suspense, l'absence d'un fil rouge qui lierait les chapitres entre eux ; ah ah, ce n'est pas faux ! Sauf que vous oubliez que ce sont des histoires pour enfants. Pour un jeune lecteur qui veut se distraire un peu, avec une BD pleine de couleurs vives, il me semble que c'est tout aussi convenable qu'un Picsou Magazine. De plus, cet univers risque d'être une vraie découverte pour eux, car la série Superman, l'ange de Métropolis commence à bien dater : je ne suis pas sûre qu'elle ait été diffusée à la télé dernièrement.
Paul DINI (scénario) Rick BURCHETT (dessin) ; Terry AUSTIN (encrage) ; Marie SEVERIN (couleur). Superman Aventures - Vol. 1. DC Comics. Coll. Urban Kids. 2016. 272 p. ISBN 978-2-3657-7854.
Créateurs originaux : Jerry SIEGEL et Joe SHUSTER.
Après avoir écumé le portail de Netflix, j'ai tapé "Écosse" dans le moteur de recherche. Ouais, je fais une fixette sur l'Ecosse en ce moment, allez savoir pourquoi. La série Poldark est apparue dans les résultats, ce qui est à la fois étrange et marrant car les huit épisodes de la saison 1 se jouent dans les Cornouailles, et non en Écosse. Alors soit l'algorithme s'est dit : "allez, l'Angleterre c'est à côté, c'est presque pareil, ça peut passer...", soit les personnages vont migrer au nord plus tard dans l'histoire.
Du coup, j'ai commencé à regarder, sans grande conviction, le descriptif de Netflix et les toutes premières minutes ne me faisant pas vraiment rêver. Cela dit, toute oeuvre a droit à sa chance.
Poldark - la saison 1 racontée en version express (ou pas)
Ross Poldark est un type bien, mais il est un peu trop remuant et insolent pour l'Angleterre de 1783, où tout n'est que bonnes manières, mariages de raison, amitiés stratégiques, travail acharné et gros sous planqués dans des coffres forts. Quelques erreurs de jeunesse lui ont valu d'être envoyé en Amérique pour prendre part à la guerre d'indépendance, histoire de lui faire les pieds. Il subira une grave blessure sur le champ de bataille qui retardera son retour sur ses terres natales. Mais il reviendra pourtant, le visage marqué d'une petite balafre stylée très peu cohérente avec le semi-arrachage de tête qu'il a vécu quelques scènes plus tôt.
Peu importe. Il fait une arrivée d'autant plus fracassante que tout le monde le croit mort depuis des lustres ! Du coup, les retrouvailles sont compliquées. Ross apprend que son père, respectable propriétaire minier, est mort pendant son absence en lui laissant plein de dettes. Son oncle George n'est pas franchement enchanté de le voir réapparaître, car une âme de moins aurait fait ses affaires : il aurait pu mettre le grappin une bonne fois pour toutes sur l'intégralité des biens des Poldark et en faire bénéficier son fils Francis. Lequel en passe de se marier avec Elizabeth, qui n'est autre que l'ancienne copine de Ross. Dépité, le rescapé rentre dormir dans la maison déserte de son père. Enfin déserte, pas tout à fait : Jud et Prudie, les domestiques, squattent les lieux et semblent s'accommoder fort bien de la compagnie d'animaux dans leur chambre à coucher. Bref, la loose totale. Ross déprime ; mais pas pour longtemps. Il sait que quand on touche le fond, on ne peut que remonter.
Deux ou trois levers de soleil plus tard, Poldark est remotivé : il va relancer la mine de cuivre, même si c'est un peu la crise à ce moment-là, et redonner du travail à tous ces jeunes mineurs avec qui il a passé sa jeunesse à batifoler, et qui le considèrent comme un frère. Ouais, il est comme ça, Poldark, il est né du bon côté de la barrière, mais il est nature ! ça le dérange pas de défricher lui-même son devant de porte et de serrer la pince à des gens sales et mal habillés.
"et la famille ?"
Bref, un jour, tonton Georges vient mettre un coup de pression car il le sent un peu trop enthousiaste. Tellement, même, qu'il se demande s'il ne pourrait pas réussir, en fin de compte... Il lui tape sur l'épaule en lui disant : "Écoute mon petit, je te connais, la campagne c'est pas pour toi, t'es un malin, tu mérites mieux, va faire ta vie à Londres et laisse les mines à ton cousin." Ce à quoi Ross répond : "Ouais ouais, mais non, je reste ici.", et l'aventure peut commencer. Il rachète la mine de Leisure, avec l'aide de quelques associés prêts à miser quelques livres sur son projet audacieux.
"Tu sais, tu devrais partir...
_ Non.
_Je te le dis autrement : casse-toi !
_ Non.
Parallèlement, il se lie d'amitié avec une paysanne nommée Demelza qu'il rencontre en faisant quelques courses au marché. Pour être exact, disons que la jeune femme est en train de se faire bastonner par quelques bonhommes car elle n'a pas accepté qu'ils s'emparent de son chien pour le donner à manger à un autre chien. Ross la sauve en jouant de sa canne d'aristo et s'apprête à la raccompagner chez elle, vu qu'il est à cheval et qu'elle habite dans le village voisin. Mais elle lui confie qu'elle n'est pas très chaude pour rentrer à la maison car son père et ses frères la fracassent. Il lui propose donc de travailler pour lui en tant qu'aide-cuisinière, ce qu'elle accepte sans savoir qu'elle va aussi se faire bolosser par cette pochtronne de Prudie.
"Qu'est-ce que je pourrais bien faire, là, maintenant, pour emmerder mon monde ?"
L'épisode 1 se termine de manière surréaliste car le père de Demelza rapplique sur la propriété Poldark avec tout son village pour récupérer sa fille, qui ne sera pas la pute d'un gentleman, qu'à cela ne tienne ! Ross se fait défoncer par les gueux, finit en sang, mais il gagne quand même la partie contre toute attente, sans qu'on comprenne à partir de quand il a pris le contrôle de la situation. On comprend bien que ses propres paysans sont venus lui filer un coup de main sur la fin de la baston, mais c'est clairement pas eux qui ont fait la différence. Une fois que la maison est retournée, tout le monde reconnaît la supériorité du Poldark et lui serre la main : c'était un beau match, vraiment ! Ils rentrent chez eux, et Demelza sort du placard où elle s'était rangée. Je ne vous cache pas que cette scène m'a paru tellement capillotractée que je me suis demandée si j'allais enchaîner sur le deuxième épisode. Mais allez, ne soyons pas mauvaise langue : ç'aurait été dommage de s'arrêter là.
La nouvelle de l'embauche d'une nouvelle cuisinière chez Poldark fait jaser, car il n'est pas marié, elle est pas trop mal, et ils rigolent beaucoup ensemble. Et puis d'abord, comment il la paye, lui qui n'a pas un rond. Mais Ross n'est pas un goujat, sachez-le : non, il ne couchera pas avec son employée. Pas avant l'épisode 3, en tous cas.
Cousin Francis se montre favorable à une co-gestion de la mise de Leisure, jusqu'à ce qu'il se rende compte que Ross et Elizabeth sont toujours en très bons termes, et même en très très bon termes. Sa jalousie a le dessus. Ce premier micro-événement marque le début d'une longue série où les décisions professionnelles et/ou impliquant un grand nombre de destins seront guidées par les sentiments de trois pelés.
Dans ce deuxième épisode, on se penche un peu plus sur le cas intéressant de Verity, la gentille soeur vieille fille de Francis, qui rend tellement de services à tout le monde que personne n'a réellement envie qu'elle se case : ça la rendrait beaucoup moins disponibles pour toutes les tâches à la con dont elle doit s'acquitter. Manque de pot pour son vieux père, elle rencontre Blamey, un capitaine au lourd passé ! c'est le coup de foudre. Personne ne valide cette relation, sous prétexte que le marin aurait tué sa femme.
"Oui, j'ai tué ma femme, mais... c'était un accident !"
Seul Ross semble décidé à les aider et leur prête sa maison pour qu'ils puissent faire connaissance de manière plus approfondie, mais Francis découvre le pot-aux-roses et fait irruption chez lui pour agresser les amoureux. Le duel est inévitable ; on va découvrir à ce moment-là que Demelza possède des compétences d'infirmière non négligeables...
... et bien plus efficaces que les talents d'avocat de Poldark. Au cours d'une troisième épisode particulièrement dense, ce dernier doit tirer du pétrin son ami Jim, un jeune mineur asthmatique qui s'est fait choper en train de braconner. Ross fera irruption au procès, retournera la salle et passera un bon savon au juge pour lui rappeler ce que sont la justice et les maladies respiratoires ; le magistrat lui répondra que oui, pauvre garçon, mais bon c'est la vie, foutez-moi ça en prison !
A part ça, les beaux jours reviennent, annonçant la saison des mariages et des gosses : Elizabeth accouche d'un fils, Geoffrey-George _c'est sûrement son bizut de père qui a choisi les prénoms. Le même jour, l'oncle George fait un malaise et demande à Francis de se bouger le cul professionnellement car il sent qu'il ne fera pas de vieux os. Que va devenir la mine si son seul fils ne parvient pas à prendre la moindre initiative ?
Pour finir, comme spoilé plus haut, Ross couche avec Demelza en mettant en avant un argument imparable : quand on ne peut pas faire taire une rumeur, autant lui donner raison ! C'est une manière de voir les choses.
"Est-ce bien le mien, d'abord ?"
Poldark a des principes : quand il se tape une fille, il assume jusqu'au bout et l'épouse (épisode 4). Autant dire que son mariage précipité avec Demelza est une surprise pour tous, y compris pour l'heureuse élue. En effet, passer de Cendrillon à maîtresse de maison n'est pas évident pour. Comment manager des serviteurs quand on a passé sa vie à recevoir des ordres ? Ross se fout des possibles réactions de son entourage, du qu'en dira-t-on et du malaise de sa femme, qu'il perçoit à moitié sans vraiment le comprendre. Il devrait s'inquiéter pourtant, car ses amis investisseurs se demandent si leur choix de le suivre dans son aventure minière ne relève pas de la faute stratégique. Est-il bon et profitable d'encourager un homme qui prend plaisir à faire outrage aux codes de la bonne société ? Dans le doute, certains préfèrent se désengager.
Tonton George tombe et ne s'en relève pas ; Francis est projeté sur le devant de la scène bien plus tôt que prévu. Toujours jaloux de Ross pour plein de raisons, inquiet de ne pas arriver à gérer le lourd héritage que représente la mine de Gambling, il canalise ses angoisses en jouant et en allant aux putes assez fréquemment. Par conséquent, il délaisse sa femme et son enfant ; Elizabeth se doute bien de ce qui se passe, mais choisit de se boucher les oreilles en chantant lalala quand les on-dit arrivent jusqu'à elle.
La gentille Verity prend Demelza sous son aile et tente de lui apprendre les bonnes manières pour qu'elle fasse illusion lors des prochains repas de famille. L'épreuve de mise en application arrivera en même temps que la neige, à Noël _ouais, on a de bonnes grosses ellipses entre certains épisodes. Elizabeth se montrera plutôt bienveillante envers celle qu'elle pourrait considérer comme sa rivale, mais c'est bien la seule. D'autres aristocrates tenteront de mettre la jeune paysanne mal à l'aise, or Demelza s'en sortira avec un pirouette qu'il vaut mieux que vous découvriez par vous-même. Je précise que ce n'est pas sexuel. A la fin de l'épisode, elle apprend à Ross qu'elle est enceinte à son tour, ce qui tombe bien puisqu'ils sont en train de réaliser qu'ils s'aiment vraiment bien, en fait !
Je ne sais plus trop si c'est avant ou après, mais Poldark et ses associés habituels entreprennent de monter leur propre fonderie, histoire de rentabiliser le cuivre remonté de leurs mines. Malheureusement, les Warleggan _aka les (vrais) méchants de la série_ vont lui mettre les bâtons dans les roues. Cette famille de banquiers désireux de compenser leur statut de "parvenus" par la richesse va prendre en grippe l'homme aux trop bonnes idées. A leur tête, on retrouve le jeune George (encore un George ! on va finir par se perdre !), une petite teigne qui vendrait sa mère pour trois piécettes et qui a été assez malin pour devenir l'homme de confiance du cousin Francis...
Le cinquième épisode est marqué par 1/ la naissance de Julia, la fille de Poldark 2/ l'arrivée de son ami de longue date, le docteur Enys, un BG célibataire très efficace et très remarqué. D'autres événements un peu fous se produisent, on sent qu'on se dirige à grands pas vers la fin de la saison et que le rythme s'accélère. Je ne dirai pas tout, au cas où certains d'entre vous voudraient encore regarder cette série, en dépit de tous mes spoils. Sachez juste que Ross fout sa femme dans la merde en invitant au baptême les deux familles de la petite Julia _on se souvient de la dernière visite du père de Demelza, et que Francis joue sa mine aux cartes. Et perd la partie. Parallèlement, le cuivre se vend mal, les ouvriers ont faim et les émeutes éclatent ça et là. C'est la crise.
Si vous trouvez que c'est moyen de ma de stopper le résumé ici sous prétexte de ménager le suspense, alors qu'il ne reste plus que trois épisodes, dites-vous bien que les coups de théâtre nous arrivent à la fin. Une fois le décor et le contexte social plantés, on sent clairement le changement de cadence _sans que cela semble bâclé pour autant. Certes, l'action devient un peu plus dure à suivre et demande un visionnage plus attentif qu'au début de la série, mais elle reste cohérente et c'est le plus important. Verdict
Bien que je n'aime pas du tout l'univers dans lequel se déroule la série, j'ai voulu regarder la première saison jusqu'au bout pour savoir si je pouvais la conseiller à ma mère. Il se trouve qu'elle adore les histoires de servantes maltraitées à coups de trique et prêtes à mourir de froid pour veiller toute la nuit sur les enfants d'aristocrates au teint de lait, à l'abri des murs sombres et suintants d'un manoir anglais du XIX°siècle. Dans lequel riches et pauvres succombent tous à la même peste bubonique, à la fin. Chacun ses goûts. J'aime
Poldark a des poules dans son jardin, et même dans sa maison. On les aperçoit par trois fois dans le premier épisode, et ensuite plus vraiment. Sûrement la faute à Demelza...
Un héros qui se moque des apparences et des bonnes manières, ça fait jamais de mal ! Les premières séquences mettant en scène Ross Poldark dans la "haute société" m'a rappelé le personnage de Heathcliff dans les Hauts de Hurlevent : un type déjà trop occupé à contenir sa violence intérieure pour mettre en pratique des codes appris tardivement. En fait, les deux figures sont très différentes ! Poldark a baigné dans un environnement d'aristos où le moindre faux pli de la manchette peut être pris pour un marque d'insolence. Il connaît tous les codes et les maîtrise parfaitement ; c'est juste qu'il s'en fout, et qu'il adore montrer qu'il s'en fout. Cette facette du personnage de Ross Poldark me semble vraiment très bien traitée.
Les femmes de la série parviennent souvent à prendre leur place et à sortir de leur condition _ merci à Graham, l'auteur des romans qui ont inspiré la série télé_ : Demelza, capable de se travestir pour exister sur la place du marché, et de s'adapter à sa nouvelle vie ; Verity saura elle aussi dévier de son chemin tout tracé de vieille célibataire, tellement pratique quand on a besoin de quelqu'un pour s'occuper des gosses et des vieux.
On n'a pas besoin d'être esthète de formation pour remarquer que les paysages sont magnifiques. Je ne dis pas que c'est ce qui fait la différence entre une série qu'on regarde jusqu'au bout et une série qu'on abandonne au milieu du champ, mais vraiment, l'image vaut le coup d'oeil. Je tiens à le souligner.
Je n'aime point...
Poldark reste quand même un héros trop parfait : brave, talentueux, juste, audacieux, capable de faire un usage à peu près raisonné de ses poings, capable de trouver du cuivre alors que c'est la dèche et du travail à ses amis d'enfance,... Même quand il échoue dans ses différentes entreprises, même quand il fait des boulettes, ben on ne peut pas lui en vouloir car c'était pas vraiment sa faute. En plus, il est bon aux cartes et tient bien l'alcool : il nous énerverait presque ! D'ailleurs, on n'a jamais compris comment ça se faisait que Ross, sa famille, ses personnes de service ne crèvent pas de faim littéralement, et comment il faisait pour rémunérer ses ouvriers à un meilleur taux que son cousin pété de thune, sachant qu'il est censé n'avoir reçu que des dettes en héritage. Mystère.
J'ai eu beaucoup de mal avec Elizabeth, alias la première copine de Poldark, finalement mariée au calme et riche cousin Francis. Déjà, ses airs de biche apeurée qui ne sait pas si elle doit traverser la route ou pas m'ont pas mal agacée. Et vas-y que je mette un mur à mon ex en jouant la carte de la raison, et vas-y que je revienne lui tourner autour deux jours après... Cela dit, il faut reconnaître que ce personnage évolue sensiblement et devient presque attachant, au fil des épisodes. C'est l'inverse avec Francis, qu'on trouve sympa au début, ou du moins qu'on prend en pitié tellement il fait pâlichon à côté de son cousin charismatique, et qu'on finit par détester au fil des événements. Son manque de personnalité a indéniablement laissé de la place à sa connerie, mais vraiment. C'était nécessaire de lui coller cette tête de bizut ? Bref, je n'ai pas réussi à prendre au sérieux ces deux pièces maîtresses de la série, mais c'est très personnel.
La saison 1 compte 8 épisodes de 50 minutes, clairement délimités, faits pour être regardés d'une traite ; alors tout dépend des préférences des spectateurs et des capacités de concentration de chacun, mais il faut savoir ceci : le mieux pour bien suivre Poldark, pour ne pas en louper une miette, c'est de se poser devant et de ne rien faire d'autre.
Si vous aimez les séries historiques qui prennent un peu le temps pour démarrer, Poldark vaut vraiment le détour. Par contre, si vous n'adhérez pas à l'ambiance lutte sociale dans les Cornouailles au XIX°siècle, peut-être vaut-il mieux passer votre chemin.
Poldark 2015 Création : Debbie Horsfield Royaume-Uni - BBC One Série adaptée des treize romans de la saga Poldark écrite par Winston Graham