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dimanche 22 février 2026

[EXPOSITION] American Images - Dana Lixenberg - Maison Européenne de la Photographie (Paris)

Hier je suis allée voir une rétrospective de Dana Lixenberg, une photographe néerlandaise qui vit et travaille aux Etats-Unis depuis plus de 35 ans. Ses oeuvres sont exposées depuis le 11 février et jusqu'au 24 mai 2026 à la Maison Européenne de la Photographie à Paris. L'ensemble a pour titre American Images et a pour but de présenter la population américaine dans sa diversité (ethnique, sociale...) et parfois dans sa marginalité.

Photo prise sur l'article Wikipedia consacré à la MEP.
Par Mbzt — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27820077 

Hormis son portrait de Tupac qui me disait vaguement quelque chose, Dana Lixenberg m'était complètement inconnue, de même que la MEP, charmant terrain d'exposition sur trois étages fondu dans le décor du Marais... qui peut très vite se retrouver blindé de monde ! 

L'artiste à l'honneur a officié pour la presse (notamment Vibe et Jane) et a mené parallèlement des projets personnels tout aussi impressionnants si ce n'est plus, dont le colossal Imperial Courts qui constitue la moitié de l'expo. De ce que j'ai compris, elle préfère mettre au service de son art des appareils et des techniques un peu à l'ancienne, plutôt que les technologies numériques ; elle utilise aussi le Polaroïd occasionnellement, mais c'est surtout pour créer un lien de confiance avec les gens qu'elle va ensuite immortaliser dans ses séries. 

La première salle du 2ème étage, marquant le début du parcours à suivre, plongera certains d'entre vous dans la nostalgie : en effet, il regroupe des portraits en couleur de célébrités des années 1990. Vous y reconnaîtrez Jay-Z qui baille dans son lit, Whitney Houston, Leonard Cohen... Tupac aussi, un peu plus loin. 
 

Le sens de l'expo nous éloigne ensuite des unes de magazines et nous amène dans un foyer d'accueil temporaire de personnes sans logement du Kentucky (Jeffersonville, Indiana), puis dans un village d'Alaska où la photographe capte la vie quotidienne de jeunes inupiaq adeptes de virées en quad et en première ligne face aux conséquences du réchauffement climatique (The Last Days Of Shishmaref). Deux séries de clichés que la MEP a eu le bon goût de mettre en avant, car ils risquent (à tort) d'être occultés par le "gros morceau" de l'exposition que représente Imperial courts. 

Coup de coeur

Imperial courts, projet baptisé ainsi en référence au nom du quartier pauvre de Los Angeles ou il va prendre racine, démarre en 1993. Dana Lixenberg est d'abord envoyée sur le lieu pour les besoins d'un magazine, quelques mois après les émeutes qui ont frappé la ville ; or, les contraintes posées par son commanditaire ne lui permettent pas de montrer tout ce qu'elle voudrait. Une fois sa mission remplie, elle parvient à gagner la confiance des habitants du quartier, se met à faire exactement ce qu'elle veut, en l'occurrence tirer leur portrait en noir et blanc, et produire des clichés plus personnels : les moments du quotidiens qui y sont représentés n'ont pas grand chose à voir avec l'idée qu'on se fait d'une cité quadrillée de gangs. Dès lors, Dana Lixenberg retourne régulièrement sur les lieux où elle est maintenant connue et acceptée, notamment en 2008 et en 2013. Ce sera à chaque fois une nouvelle rencontre avec les mêmes enfants grandis, les mêmes parents aux rides plus marquées, ou la découverte de mémoriaux dédiés à ceux morts prématurément... 

                


Si les gens se transforment physiquement sur 15 ou 20 ans, les lieux et les regards n'évoluent pas au même rythme ; on a toute la matière nécessaire pour le constater, en parcourant les photos qui tapissent l'ensemble du 3ème étage de la galerie. D'autant que l'histoire n'est pas terminée. 

Pas la peine de s'y connaître en photo pour être ému par l'effet produit, donc allez-y, même si comme moi l'art en lui-même vous passe au-dessus ! Juste n'y allez pas un samedi après-midi. 

Des extraits de documentaires complètent l'exposition, mais je n'ai rien pu voir ni entendre car, comme précisé ci-dessus, c'était samedi _le premier des vacances scolaires, qui plus est.. il y avait trop de monde et c'était trop difficile d'accéder à la projection (à moins de bousculer comme un sanglier bien sûr).  

Vidéo Kombini

vendredi 28 février 2025

[COMICS] Black Hole - Charles Burns (2005) / Sex Criminals - 1 - Matt Fraction, Chip Zdarsky (2015)

Il fait chaud pour un après-midi de février ; à l'hôpital de Périgueux, ça entre et ça sort sans discontinuer, masqué ou pas. On se croirait dans un petit village. 

L'agent d'accueil prend froidement la carte vitale de ma sœur lorsque vient son tour, aux admissions. Elle est sans doute saoulée par un tas de choses, pourtant elle se radoucit d'un coup, en voyant la nature de la consultation, et se propose même de nous guider. Mais ça va, on connaît. Cette sollicitude à laquelle on commence aussi à s'habituer fait mal : elle nous rappelle sans cesse que cette fois-ci, c'est grave. 

Le service d'oncologie est calme, apaisant, tout en vert pomme et en déco zen. Le docteur nous accompagnent jusqu'à son cabinet, où nous rejoignent une infirmière qui porte une veste à capuche par dessus sa blouse blanche et un interne. Nous voilà soudain bien nombreux. Ils sont souriants, mais personne n'est dupe. 

Il y a un peu plus de cinq ans, je commençais à découvrir l'univers des comics grâce à un collègue prof d'arts plastiques ; aujourd'hui, voici le compte-rendu de deux spécimens du genre. Je triche un peu, ce sont des publications Insta un poil revisitées.

Ne jamais sous-estimer le pouvoir des livres ! 

Black Hole - L'intégrale (Tomes 1 à 6) 

Charles Burns 

BD sortie en 2006. Publications initiales entre 1995 et 2005. 


Etats-Unis, sans doute dans les années 1970. Les jeunes d'une petite ville sont frappés d'une MST qui cause chez eux d'horribles transformations de leur corps : desquamations, apparition d'une queue de lézard, pustules diverses et naissance de bouches sur le torse... Comme si l'adolescence n'était déjà pas assez dure sans ça ! 

Autant dire que ceux qui fautent sont grillés d'office, et contraints de se regrouper dans un bois en retrait de la société, tant pour se protéger du regard des autres que de leur malveillance. 

Parmi eux, figurent des spécimens plutôt sages, comme Keith et Cathy, des rockeurs et autres artistes un peu plus dévergondés comme Eliza et Rob ou encore des geeks mal aimés comme Dave. A travers leurs portraits, Charles Burns nous fait entrer dans les foyers américains de l'époque et dans les tumultueuses années de lycée aux relents d'alcool et d'herbe, sans rien édulcorer. 

Les différents chapitres sont présentés du point de vue de Keith, un garçon rangé qui, à force de vouloir aider les autres, va se retrouver dans la sauce, ou de Cathy, une élève studieuse qui va payer le prix fort de sa première expérience sexuelle. 

Une BD à connaître ! Un peu flippante _ qui a grandi avec l'ombre du SIDA, sera content de ne pas être tombé dessus à sa sortie..., avec du surnaturel, des passages oniriques, un peu d'horreur aussi. J'ai hâte de pouvoir la relire car je pense être passée à côté d'une partie de ses richesses. 

Le trait gras et sombre de Charles Burns apporte une lourdeur supplémentaire aux décors nocturnes et foisonnants dans lesquels les personnages semblent englués. Pas une grosse ambiance, comme vous l'aurez compris, mais le désir de vivre est bien là, caché lui aussi. J'ai trouvé fascinantes le jeu de l'auteur sur les mutations des lycéens, à la fois sources de dégoût et d'excitation. 

Public : Adultes, en tous cas pas moins de 15 ans. 


Sex Criminals - 1 - Un coup tordu 

Matt Fraction, Chip Zdarsky 

Glénat Comics (2015) 

Quand ils baisent, le temps se fige pour tout le monde, mais pas pour eux : du coup, ils en profitent pour aller braquer des banques ! 

Bon, c'est un peu plus compliqué que ça. 

Afin d'éviter la fermeture de la bibliothèque dans laquelle elle travaille, Suzie se démène au quotidien et tente de lever des fonds. Suzie est jeune, motivée... mais surtout, elle possède un pouvoir incroyable : lorsqu'elle a un orgasme, ça arrête le temps pour quelques minutes. Pendant ce "gel temporel" elle peut dire et faire absolument tout ce qu'elle veut. Au fil des années, Suzie a appris à tirer profit de cette particularité assez marrante et parfois utile ; cependant elle s'est toujours sentie seule face à ce phénomène qui semble ne se produire que chez elle. 

Pendant une soirée, elle fait la connaissance d'un banquier aspirant acteur nommé Jon, couche avec, et paf, ça fait des Chocapics ! elle découvre qu'il a les mêmes facultés. 

Suzie et Jon deviennent vite inséparables, heureux de s'être enfin trouvés. De leur union va naître un projet fou : profiter du laps de temps libre dont ils disposent pour voler de l'argent où ils peuvent, et ainsi sauver la bibliothèque. 

Certes, l'idée est astucieuse, mais c'est sans compter la police du sexe, ses combis moulantes et ses indics à face de périnée, toujours prêts à faire immersion dans le "Grand Calme" qui suit le feu d'artifice. 

Premier tome d'une série de 6, "Un coup tordu" est un BD très colorée qui vide bien la tête par son côté fun et WTF, mais qui met aussi en évidence les tabous autour de la sexualité, aux Etats-Unis comme ailleurs, encore aujourd'hui. Les planches grouillent de petits détails marrants et de dialogues improbables _notamment dans les scènes qui ont pour décor LE sex-shop de l'histoire. Si l'album se destine bien à un public adulte (aucun doute permis là-dessus) il arrive à parler de sexe de façon décomplexée sans être malaisant. 

C'est exactement le comic vif et divertissant dont j'avais besoin pour mettre le quotidien entre parenthèses l'espace d'une petite heure. Vivement que je chope la suite ! 

mercredi 1 mars 2023

Trashed - Derf Backderf (2015)

Tout juste revenu d'un stage catastrophique où il avait poussé tout le monde à bout, aussi rapidement et sûrement qu'au collège, Julien s'était exclamé : "Je m'en fous, je vais faire éboueur. Personne ne veut l'être, et pourtant c'est une bonne place. Ok, tu pues, mais tu es fonctionnaire et tu gagnes une brique par mois. Et pas besoin des maths et de la chimie !

_ Tu sais qu'il faut être pistonné par la mairie pour avoir sa place ! Donc ne te fais pas trop remarquer d'ici tes dix-huit ans..!", avait répliqué le prof de physique-chimie plus ou moins blasé. "Eh non, tu n'es pas le seul à connaître la combine !" 

Les deux étaient dans leur rôle, puisque l'un provoquait en espérant que l'autre lui clouerait le bec, et les deux avaient tort. Éboueur est un métier indispensable mais usant et ingrat à bien des niveaux ; il n'a jamais été une "planque" que pour les cons qui estiment que ceux qui n'ont jamais pu s'insérer dans système scolaire ne devraient pas être autorisés à avoir une vie professionnelle décente. 


Derf Backderf est un journaliste et dessinateur de presse américain qui consacre maintenant son activité à l'écriture de bandes dessinées ; il est notamment connu pour avoir publié Mon ami Dahmer, un album primé au FIBD d'Angoulème en 2014, dans lequel il parlait de la jeunesse du tristement célèbre Jeffrey Dahmer, qu'il a eu l'occasion de croiser lorsqu'ils étaient au lycée. 

Un peu plus tard, en 2015, Trashed fait son apparition en librairie. Encore une fois, l'auteur s'inspire d'une expérience personnelle pour nous raconter le quotidien d'un jeune éboueur intérimaire dans le service d'entretien d'une petite ville des États-Unis, depuis son recrutement en automne jusqu'à la refonte de l'équipe à l'été suivant.

L'album s'ouvre sur une introduction de l'auteur, dans laquelle il explique que cet album est une version actualisée, enrichie et plus fictive d'une précédente publication datée de 2002 : Trashed, true tales from the back of the garbage. Puis les premières planches abordent rapidement l'histoire du traitement des déchets, de l'Antiquité à nos jours, avant de nous faire entrer dans le vif du sujet : les tribulations cocasses ou cruelles de J.B, le personnage principal, structurées en quatre grands chapitres représentant chacun une saison. 

J.B a laissé tomber la fac et ne semble pas pressé de trouver un travail. Un jour, sa mère lui met sous le nez une annonce de la mairie : on cherche un employé pour compléter l'équipe d'entretien. J.B tente sa chance, pensant qu'il va s'occuper des espaces verts de la ville ; le lendemain, il se retrouve à sa grande surprise à l'arrière d'un camion-poubelle et fait l'expérience des aspects les moins ragoûtants du métier. 




Il retrouve bientôt son pote Mike ; tous deux vont former un binôme à la fois drôle et critique sur cette ville qu'ils connaissent depuis toujours. Ils comprennent que le contenu des poubelles et la façon dont elles sont mises à disposition disent bien des choses sur les habitants et sur la considération qu'ils ont pour les éboueurs. 


On devine que le jeune Derf Backderf a pris conscience des rouages du monde professionnel à travers ce boulot temporaire : l'importance de la ponctualité _pour certains plus que pour d'autres_, le flicage du chefaillon qui n'a pas le bras aussi long qu'il le voudrait, les collègues bizarres mais sympas, les imprévus humains ou techniques...  



Au-delà d'un retour en BD sur une expérience de vie _dont il dit avoir voulu se détacher, l'auteur fait ici la lumière sur un secteur d'activité méconnu et assez rarement abordé en dessin : le traitement des ordures ménagères, de la poubelle à la décharge.    


C'est aussi l'occasion pour lui de parler de la société de son temps : en effet, à travers les poubelles des uns et des autres, parfois de ceux qu'il a toujours connus, J.B tire plein de déductions sur le civisme en général, sur la façon de consommer et de jeter. Même si les tournées ne dépassent pas les frontières de cette petite ville de l'Ohio, ses observations parleront à beaucoup d'habitants des pays développés.     

Trashed ne propose pas une intrigue, avec son début, son milieu et sa fin ; c'est une œuvre fictive mais qui a quand même vocation à informer _l'auteur n'est pas dessinateur de presse pour rien. L'idée d'avoir créé des personnages tous plus étranges les uns que les autres, et de les avoir mis en scène dans des situations déjantées est bonne car elle donne un rythme à l'ensemble ; un reportage dessiné sur le quotidien des éboueurs aurait bien sûr permis de faire passer le message, mais ç'aurait été ennuyeux. L'aspect documentaire se ressent déjà assez dans les répliques, et casse un peu le naturel des dialogues.  Mais ce n'est pas trop lourdingue non plus ; on peut aussi saluer le travail du traducteur Philippe Touboul, qui n'y est pas pour rien. 

Les amateurs de Derf Backderf, reconnaitront le style bien particulier de ses bonhommes et bonnes femmes aux grosses têtes expressives, tellement éloignés des canons de beauté habituels. Comme dans Mon ami Dahmer, ses décors ont des airs de gravure, mais cette fois-ci, l'artiste a opté pour une couleur en nuances de bleu-vert sûrement mieux appropriée au petit monde des poubelles. 



Si vous vous intéressez aux comics, et pas seulement à ceux qui parlent de super-héros, voici un titre à connaître : Trashed est cru, marrant et surtout très instructif _ même 10 ans après sa sortie ! J'ai particulièrement aimé l'ambiance du "trou perdu" où tout le monde se connaît, pour le meilleur et pour le pire : il me parle bien !    

Public : adultes - accessible 16 ans et plus, à cause des gros mots et des blagues de cul. Sinon ça passe dès la fin du collège. 

Est-ce utile que j'ai eu connaissance de ce titre grâce aux Mystérieux Étonnants (épisode 522)
   
Derf Backderf. TRASHED. Ca et là, 2015. Trad Philippe Touboul. 238 p. ISBN 978-2-36990-216-4









 



samedi 30 novembre 2019

La cicatrice - Bruce Lowery (1960)

Sur cette photo en noir et blanc, on était quatre ou cinq filles, toutes assises sur un canapé.
 On riait bien, apparemment, même si, là, comme ça, je ne pourrais pas dire de qui il s'agissait. J'ai posé le doigt sur l'une de nous, et elle s'est effacée. Puis sur sa voisine, qui s'est gommée elle aussi, comme passée à Photoshop. Enfin sur moi. Je n'ai pas réussi à me faire disparaître complètement de la photo : il restait mon pull à capuche, vide mais bien présent. J'ai comme double-cliqué sur le vêtement flottant comme un fantôme, en espérant l'éradiquer une fois pour toutes. Mais il n'a fait que se décaler à coté du canapé, glissant sous mes doigts, comme lorsqu'on presse une bulle d'air sur la couverture d'un livre mal filmoluxé.

 Quelque chose n'allait pas, c'était évident. Les bip bip caractéristiques des camions-poubelles ont envahi l'espace ; je les connais maintenant : ils sont le signe que je fais ce genre de rêves angoissants dont je ne peux sortir qu'en criant (pour me réveiller). Plus de photo, plus rien.  Me voilà dans l'ombre, dans des ténèbres épaisses, et je suis bien tentée de me laisser entraîner vers le fond. Non par choix, mais parce que je ne me sens pas la force de lutter.  Il est rare que je sois si près de céder. Pourtant je sais qu'il ne faut pas que ça arrive. Tout en bas, je vais trouver quelque chose d'horrible. Quoi, je n'en sais rien, mais quelque chose qui fera que rien ne sera plus comme avant, et que je ne pourrai plus remonter. Je crois hurler, mais dans la réalité, je n'ai fait qu'émettre un grognement qui a suffi à me réveiller.  




Toujours cité comme ouvrage incontournable dans toutes les bibliographies portant sur le harcèlement scolaire, La cicatrice est un roman beaucoup plus complexe que ce à quoi je m'attendais. En ouvrant le petit livre format poche _ trouvé dans la fameuse caisse de livres que nous avions rapportée de la Fête de la Fraise de Vergt, pour la petite histoire _, j'ai appris qu'il avait été publié par l'auteur américain Bruce Lowery en 1960. Voilà qui risquait de sentir le sépia. Est-ce que ça allait le faire ?


L'histoire 

Etats-Unis, 1944. Jeff a treize ans et coule une vie assez heureuse auprès de ses parents et de son petit frère Bubby. Le bonheur pourrait être parfait pour ce garçon s'il n'avait pas été frappé d'un bec-de-lièvre à la naissance, lui coûtant une opération signée d'une cicatrice inratable. Mais Jeff et son entourage s'y sont habitués et n'y font plus vraiment attention.   

Un jour, la famille déménage ; une nouvelle vie commence, les enfants changent d'école. Evidemment, la cicatrice de Jeff crée l'émoi dès son arrivée en classe, et il écope rapidement du surnom de "Grosse Lèvre". Hélas, il comprend très vite que sa prof, Miss Martel, brave femme un peu molle du genou et dépourvue de tout charisme, ne lui sera d'aucun secours. Jour après jour, les brimades vont crescendo ; plus Jeff s'accroche pour se faire une place parmi les autres enfants, plus il se fait jeter, tant par les garçons que par les filles : mauvaises blagues, coups "accidentels", interdiction d'accès aux jeux sous prétexte qu'il "ne soit pas capable de" ou qu'il "porte la poisse"... On va pas faire la liste, mais si vous vous lancez dans la lecture du roman, vous remarquerez à quel point les situations racontées sont proches de celles auxquelles on peut assister dans les collèges, de nos jours.

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La spirale infernale 

Vous l'aurez compris, malgré ses soixante ans d'âge, La cicatrice est une histoire terriblement actuelle ; Bruce Lowery sait parfaitement nous donner envie de casser du petit con, et en 2019 encore, on lui envoie des mercis jusqu'aux étoiles.

Attention cependant ; au fil des chapitres, on s'éloigne du schéma simpliste du garçon différent qui se fait frapper. Déjà, parce que Jeff fait l'objet d'une double discrimination : sa cicatrice le dessert évidemment, mais on a tendance à oublier qu'il est aussi méprisé en tant qu'enfant pauvre scolarisé dans une école de gosses de riches. Ensuite, parce que Willy entre dans sa vie et change le cours du destin. Willy a de trop grandes oreilles, il est pauvre, il n'hésite pas à sortir de la meute pour faire sa vie ; et pourtant, il est respecté et apprécié. Sans craindre les réactions de ses pairs, il prend un jour la défense de Jeff et l'impose à tous comme son ami.

"Jeff est plus fort qu'on le pense !" 

Mais à ce stade de l'histoire, Jeff en a tellement pris plein la tronche qu'il n'est plus à même de construire une relation amicale saine avec qui que ce soit. Il ne peut que développer une fascination démesurée pour Willy, ce copain qu'il n'ose pas partager de peur de le perdre, cette bouée de sauvetage qu'ils craint de lâcher. Ce trop plein d'admiration va le conduire à mettre à mal la confiance que lui accorde son ange gardien, puisqu'il va lui voler des timbres de collection. Non pas pour compléter son propre album, ni même pour se faire quelques pièces, mais seulement pour avoir près de lui H24 quelque chose appartenant à son sauveur. De manière tout à fait prévisible, Jeff sera accusé du vol (à raison), sans que personne ne puisse jamais le prouver ; mais bon, Grosse-Lèvre était dans les parages au moment du larcin, donc ça ne peut être que lui ! Il endossera des quolibets supplémentaires, sans répondre.

Willy, le Messie (doté d'une énorme b*** !)

Le ver est dans le fruit 

Sans avouer non plus. Car à force de s'en prendre plein la gueule, et aussi parce qu'il entre dans l'adolescence, Jeff s'est quand même un peu endurci ; il est devenu désagréable avec ses derniers alliés _ sa famille, et fourbe avec ses camarades de classe. On touche d'ailleurs une autre réalité du harcèlement, rarement évoquée : quand tu te fais maltraiter par plus fort que toi, tu te sens pris d'un besoin irrépressible de tyranniser ceux qui sont plus "faibles", ceux qui ne te veulent pas de mal, voire ceux qui ne te veulent que tu bien ; parce que c'est facile et sans risque, pour une fois. Chacun a besoin d'un défouloir, et malheur à qui se trouve au bout de la chaîne. Aussi, quand Jeff est innocenté par un curieux concours de circonstances, dans les toutes dernières pages, faisant injustement porter le chapeau à un escogriffe qui ne le laissait guère respirer, on s'en délecte ! J'aurais aimé que l'histoire s'arrête là. Le reste est tellement plombant... 

     

Pour finir sur une note d'optimisme 

La Cicatrice est un roman accessible aux jeunes lecteurs, peu joyeux certes, mais qui a bien vieilli.  Il a l'avantage de nous faire réaliser que les décennies passent mais que la nature humaine n'évolue pas. S'associer pour défoncer les personnes différentes est une tradition qui ne se perdra jamais ! Les dispositifs Non au Harcèlement, les Petits Citoyens, les associations de parents, l'EMC sont nécessaires et sauvent sans doutes un paquet de gosses. Et bordel, c'est déjà ça de gagné ! Mais si je n'aurai pas l'audace et l'insolence de dire que ce ne sont que des emplâtres sur des jambes de bois, je suis convaincue qu'ils ne canaliseront jamais la totalité les bêtes vicieuses que nous sommes. Sans vouloir donner d'ordres, lisez ce livre si possible ; il est rare que la question du harcèlement à l'école soit abordée de manière aussi complète et si peu manichéenne.


Édition utilisée pour l'article :
Bruce LOWERY. La cicatrice. J'ai Lu, 1971. 126 p. ISBN 9782277111658



vendredi 23 août 2019

Lectures de vacances : Nous autres, simples mortels - Patrick Ness (2016) / Le dernier des yakuzas - Jake Adelstein (2017)


Résumer le livre qu'on a aimé n'est pas toujours facile, mais ça reste plus commode que de parler de celui qu'on a un peu moins apprécié. Pourtant, il faut s'y efforcer : chaque oeuvre a doit à sa chance et mérite d'être valorisée. C'est pourquoi aujourd'hui j'ai voulu mettre en ligne un billet qui sera consacré à deux livres lus ces derniers jours ; s'ils ne me laisseront pas un souvenir indélébile, ils vous plairont sans doute. 



Nous autres, simples mortels - Patrick Ness (2017)

Ca se passe de nos jours, ou dans un futur proche..? aux fins fonds d'une petite ville des Etats-Unis. Une bande d'amis d'enfance voit l'inéluctable séparation post-bac arriver, alors ils essaient de passer un maximum de temps ensemble. Ce ne sont pas des héros, juste des adolescents lambda torturés par leurs problèmes existentiels : réussir sa fin d'année scolaire, obtenir son diplôme, pécho, choisir sa tenue pour le bal de fin d'année, pécho, tenter de se projeter dans un avenir encore brouillé, et aussi pécho, éventuellement.

A côté d'eux, d'étranges événements se produisent : des animaux blessés surgissent des forêts et finissent leur course sur des voitures ou près des habitations, tandis que des explosions se produisent, projetant de la lumière bleues. D'instinct, ils sentent qu'une catastrophe XXL se prépare mais savent qu'ils n'ont pas à s'en mêler : les pros en la matière sont plutôt les "indie kids" un groupe de jeunes sympas mais un peu étranges qui font bande à part, au lycée. Comme la génération qui les a précédés, Mikey et ses amis ont accepté le surnaturel dans leur vie : leur seule marge de manœuvre sera de se protéger assez efficacement pour ne pas figurer parmi les dommages collatéraux. Et pour eux, simples mortels, ce sera déjà pas mal. 




De Patrick Ness je ne connais que deux romans : Et plus encore depuis l'année dernière, et Nous autres, simples mortels rencontré tout récemment, donc. L'écrivain anglo-américain a publié une bonne dizaine d'ouvrages pour la jeunesse, et quelques uns pour les adultes. Il s'est surtout rendu célèbre avec pour Quelques minutes après minuit, son best-seller adapté au cinéma en 2016 _que je n'ai pas encore lu. 

Et plus encore m'avait tellement troublée que je n'ai jamais réussi à pondre un billet dessus, même un tout petit ; c'est sûrement pour cette raison aussi que Nous autres, simples mortels me paraît plus emprunté, moins puissant, si l'on peut dire. Il faut dire que le choix de Mikey comme narrateur a peut-être influencé mon jugement, car c'est quand même, à mon avis, le gars le plus névrosé et le moins attachant du groupe. Henna et Mel ont des allures de petites filles modèles, brillantes et attachées à masquer leur souffrances en étant bienveillantes avec les leurs. Jared est le bon garçon apprécié de tous, sportif, génie des maths et gay. Evidemment. Parce qu'il en faut toujours un, ou deux, ou plus. Dites-moi si je me trompe, mais je crois deviner qu'un roman de Patrick Ness sans personnage gay ou sans référence à l'homosexualité, c'est un peu comme une paella sans riz. Et c'est très bien comme ça d'ailleurs, parce qu'il arrive à traiter ce sujet très justement et sans en faire des caisses. Je n'hésiterai pas à dire que c'est la référence littérature jeunesse en la matière, actuellement.

Et plus encore - Patrick Ness
Gallimard Jeunesse

Il n'empêche que Nous autres, simples mortels manque d'"un fil rouge", d'une trame d'action qui voudrait nous amener quelque part ; c'est vrai que j'ai toujours eu du mal avec les livres ou les films qui ne racontent pas une "histoire" pourvue d'un début et d'une fin, parce que je dois être un peu formatée par des récits qui m'ont beaucoup plu, mais aujourd'hui je me permets de le souligner car c'est une critique que j'ai retrouvée dans beaucoup d'avis de lecteurs, sur Internet. Les attentats et les accidents s'enchaînent, plus ou moins prévisibles, tandis qu'en parallèle, le gentil quatuor cogite et expérimente sa palette d'émotions. Résultat : on obtient un roman curieusement cérébral... J'adhère pas plus que ça, mais au moins c'est original.

Nous autres, simples mortels vaut le détour pour plusieurs raisons : 


  • Son côté "expérimental" est intéressant. Imaginez qu'en se promenant à Londres, un Moldu assiste à un combat entre Harry Potter et Voldemort, et qu'il nous raconte la scène : il pourrait éventuellement décrire la scène, mais il ne pourrait pas mesurer l'enjeu de l'affrontement. Il saurait d'instinct qu'il se passe quelque chose d'important, de grave, mais il ne pourrait rien faire d'autre que continuer sa petite vie en se persuadant qu'il a rêvé. C'est ce point de vue que Patrick Ness a choisi pour raconter son histoire : celui des gens laissés en dehors de la confidence, des particuliers qui observent passivement les super-héros occupés à sauver le monde, là bas au loin. Peu d'auteurs prennent le risque de poser leur caméra de ce côté de la barrière, voilà pourquoi je parlais "d'expérimentation".



"Tout le monde n'est pas nécessairement l’Élu. Tout le monde n'est pas nécessairement le gars qui va changer le monde. La plupart des gens doivent juste vivre leur vie du mieux qu'ils peuvent, en accomplissant des choses qui sont grandes pour eux, en ayant des amis merveilleux, en essayant de rendre leurs vies meilleures, en aimant les gens. Tout en sachant que le monde n'a pas de sens mais en essayant d'être heureux quand même"



  • Ce livre parle des TOCs. Mikey en est atteint, et, à travers lui, l'auteur nous explique plutôt bien ce qui se passe dans la tête d'une personne touchée par cette maladie : les "boucles", les décomptes, les litres de savon et d'eau, la peau qui part en lambeaux à cause d'avoir été trop frottée. Se laver les mains des dizaines de fois, vérifier, revérifier que la porte est fermée, se relaver les mains, et avoir conscience de bout en bout que ce qu'on fait est complètement débile. Le cercle vicieux de la thérapie couplée aux médicaments, qui a pour but de vous aider à "vous en sortir", mais qui vous plonge dans une nouvelle addiction. Ceux qui portent ce fardeau, adultes ou enfants, devraient lire ce roman rien que pour ça, déjà. Y compris ceux qui ont le TOC sélectif... ;-) spéciale dédicace à mon ex !  


Patrick NESS. Nous autres, simples mortels. Gallimard Jeunesse, 2016. 335 p. ISBN 978-2-07-507458-2

Le dernier des yakuzas. Splendeur et décadence d'un hors-la-loi au pays du Soleil-Levant - Jake Adelstein (2018)

Changement de registre. On quitte la fiction, on échange la bande à Mikey contre l'univers bien réel des yakuzas. Si vous êtes fan de culture japonaise, de mythologie du grand bandistisme ou des deux, il est fort probable que ce livre vous convienne. Il y a même des chances pour que vous connaissiez déjà son auteur, Jake Adelstein, un journaliste d'investigation américain qui officie au Japon et qui en parle sans faux-semblants, à ses risques et périls. Avant de sortir Le dernier des yakuzas, il a publié Tokyo Vice, récit assez autobiographique sur ses premiers pas professionnels dans un pays dont il ne maîtrisait pas tous les codes. C'est du moins ce que j'ai compris des résumés piqués ça et là, car je n'ai pas lu ce livre. Avant de commencer, j'ai cherché la définition de "yakuza". Larousse m'a raconté que c'était, au Japon "un membre de la mafia", Wikipedia m'a dit que c'était un "membre du crime organisé", Universalis a ajouté vite fait le terme de "bandit". On a compris l'idée.



Parce qu'il s'est mis en fâcheuse posture après avoir "chié dans les bottes" d'un chef du Yamaguchi Gumi, la plus grande organisation de yakuzas du Japon, Jake Adelstein doit se trouver rapidement un garde du corps ; son choix se porte sur Saigo, dit "Tsunami", un colosse de cinquante ans qui a fait partie d'une bande rivale, l'Inagawa kai, avant de se ranger. Le problème, c'est que yakuza un jour, yakuza toujours : avant d'accepter la mission, Saigo précise bien au journaliste qu'il prend des risques énormes en le couvrant, car il redevient par extension un "ennemi" du Yamaguchi Gumi. Et donc un homme à abattre. Jake Adelstein lui demande ce qu'il peut faire pour lui, en échange de ses services ; Saigo lui demande d'écrire sa biographie, une biographie authentique qui ne fera pas l'impasse sur les aspects négatifs de cette mafia crainte mais respectée.       


Et hop, une petite pub intempestive, c'est cadeau !

Le dernier des yakuzas raconte donc la vie de Saigo, depuis son enfance auprès d'une mère américaine et d'un père japonais, jusqu'à son accès aux plus hautes cimes de l'Inagawa-kai, en passant par sa jeunesse délinquante entre gangs de motards, groupes de rock axés extrême droite, ses problèmes d'addiction à la méthamphétamine et aux soaplands (= aux putes). Sur son chemin, il croisera plusieurs grandes figures de la criminalité et se fera une place parmi eux _ou pas. Le livre suit un ordre chronologique, année par année, ou décennies par décennies, en fonction du parcours du "héros", mais quelques grands principes reviendront régulièrement avant d'être mis à mal dans les tous derniers chapitres, marquant ainsi la fin d'une époque : un yakuza ne s'en prend pas au peuple, ne tue pas les femmes ni les enfants, vole les riches, deale ce qu'il veut, fait discrètement le business qui lui chante, mais doit garder une certaine ligne de conduite coûte que coûte. 


"Au Japon on dit que l'endroit le plus sombre est au pied du phare." 

Honnêtement, j'ai acheté ce livre à la gare de Bordeaux, en attendant un train pour la Rochelle où j'allais retrouver des copines pour le week-end. J'étais encore assez optimiste pour croire qu'on allait être motivées pour lire sur la plage, et je me disais qu'il me fallait un roman policier avec un peu de baston. Finalement, comme une gamine, j'ai craqué sur celui-là parce que sa couverture donnait bien envie. Les histoires de mafieux, enlèvements et doigts coupés, c'est pas trop mon truc, et Le dernier des yakuzas ne fera pas figure d'exception. Mais il faut reconnaître que Jake Adelstein nous permet de nous immerger dans la culture japonaise du XX°siècle, n'hésitant pas à faire de longues parenthèses historiques pour bien situer le contexte de l'action. Certains diront que le style journalistique rend l'histoire dure à suivre et le livre difficile à lire, mais son auteur pouvait-il vraiment faire autrement ? Tatouages, drogue, respect des aînés et de la hiérarchie, code de l'honneur, évolution du positionnement de la police vis à vis des yakuzas... Sans les explications de l'auteur, un public non averti n'aurait pas compris certains enjeux, actions et réactions des différents personnages. 

"C'est ça, la vie de yakuza. Tu fumes où tu veux, quand tu veux. 
Le monde entier est ton cendrier"

Bien malgré lui, Adelstein nous rend les yakuzas sympathiques parce qu'il fait le choix de nous présenter leurs travers les plus puérils, leur boulettes les plus ridicules qui se concluent souvent dans un bain de sang beaucoup moins drôle ! On ne peut s'empêcher de voir dans cette horde de criminels une bande de sales gosses, de Robins des Bois qui perdent un temps fou à se faire des croche-pieds entre eux. Bref, une livre à feuilleter, ne serait-ce que pour son thème central, assez peu courant en littérature ! 

Jake ADELSTEIN. Le dernier des yakuzas. Splendeur et décadence d'un hors-la loi au pays du Soleil-Levant. Points, 2017. Trad. Cyril Gay. 384 p. ISBN 978-2-7578-7029-7

vendredi 9 août 2019

Roux cools : les roux de Riverdale - Saison 1 (2017)

Voilà des années que je n'avais pas mis les rouquins à l'honneur à travers un article estampillé Roux Cool ! La saison 1 de la série télévisée américaine Riverdale est une occasion en or de rattraper le temps perdu ! Enfin, en or... bref, c'est une occasion.

Dès lors, des questions se posent.

Est-ce que ça va vraiment faire plaisir à nos blonds vénitiens préférés ?
Est-ce vraiment une bonne idée de parler de Riverdale ?
Était-ce vraiment une bonne idée de regarder Riverdale ?
Était-ce vraiment une bonne idée d'inventer Riverdale ?...

Voyons cela ensemble.




L'histoire

La petite ville paumée de Riverdale est sous le choc : on a assassiné le jeune Jason Blossom. Qui a commis le meurtre, et pourquoi ? Même si le fils prodige d'un magnat du sirop d'érable a de quoi faire des envieux, personne ne s'était préparé à le retrouver au fond d'un lac, la tête percée d'une balle. Une poignée de lycéens qui le fréquentaient au quotidien tentent de mener l'enquête en parallèle de la police ; à leur tête, on découvre entre autres Archie Andrews, footballeur performant et musicien dans l'âme, sa meilleure amie la gentille Betty et Veronica la New-Yorkaise au caractère bien trempé. Au fil de leurs recherches, la liste des suspects s'allonge et ils découvrent avec étonnement que des connaissances y figurent _quand ce ne sont pas carrément des membres de leurs familles respectives ! Leurs investigations plus échevelées les unes que les autres ne les empêchent pas de continuer à vivre leurs vies de lycéens, entre projets d'avenir et fêtes traditionnelles, cours de musique et club journal, tensions familiales et baise...

Le fil roux de la série 

Je vous propose d'aborder Riverdale en passant en revue les personnages roux présents dans la série. Attention, cette angle d'attaque va sans doute m'amener à spoiler quelque peu !

  • Jason Blossom 
Quand le roux coule...
Quand la série commence, Jason est déjà mort, ce qui, quelque part, le rend plus fascinant que les autres personnages : son fantôme plane sur les siens du premier au dernier épisode, qui nous révèle la clé (ahah, c'est bien le mot) de son assassinat. On n'apprend à le connaître qu'à travers les souvenirs de ses amis, de sa jumelle maléfique et de sa copine. En effet, si Jason Blossom a un jour disparu en barque, c'est parce qu'il voulait quitter sa vie de descendant à hautes responsabilités pour vivre d'amour et d'eau fraîche avec Polly Cooper, la grande sœur de Betty. Mais comme les familles Blossom et Cooper se vouent une haine viscérale depuis des générations, le seul moyen de poursuivre leur idylle était de fomenter une fugue de Riverdale et de faire croire à une issue tragique pour le jeune homme. Sauf que tout ne s'est pas déroulé comme prévu : les Cooper ont fait interner leur fille aînée pour la mettre à distance, en faisant croire à Betty que ce connard de Jason lui avait retourné le cerveau et l'avait rendu dépressive ; quand à Jason... disons que sa petite embarcation a fait une mauvaise rencontre. Plus tard, on comprendra que le roux n'était peut-être pas blanc comme neige, et que Polly faisait aussi quelques cachotteries. Drogue, guerre des gangs, jalousie, concurrence dans l'équipe de foot ? Beaucoup de monde aurait eu une raison d'en vouloir à cette gueule d'ange qui survole la série comme un spectre dont en entend jamais la voix. Entre les non dits, les secrets propres aux familles de "fondateurs" de Riverdale, les casseroles traînées par ceux qui ont eu le malheur de commettre des erreurs dans leur jeunesse et ont le malheur de vieillir là où ils ont grandi... le shérif a bien du mal à y voir clair.     

  • Cheryl Blossom 
"Subissez mon cou roux !"
Dans de nombreuses séries pour ados, vous repérez rapidement la peste, la méchante, celle que tous les personnages ont envie de baffer méchamment sans (presque) jamais oser le faire, parce qu'ils la craignent un peu... A Riverdale, c'est Cheryl Blossom qui détient ce rôle prestigieux. Jumelle de Jason, sa tristesse et sa difficulté à faire son deuil sont parfois prétexte à toutes sortes d'actes cruels envers ses camarades de lycée, surtout les filles. Elle garde sa meilleure dent contre la trop gentille Betty car elle considère que les Cooper sont coupables de la mort de Jason, et aussi un peu parce que c'est plus facile de s'en prendre à elle qu'à quelqu'un qui serait capable de lui renvoyer deux ou trois vannes dans la gueule. Parce qu'en famille on lui a toujours nettement préféré Jason, Cheryl s'impose comme elle peut, en étant le leader tyrannique de l'équipe de pom-pom girls locale et en organisant des jeux à la con pour foutre la merde, à ses heures perdues. En bon suppôt de Satan, il lui arrive aussi d'user de son charme, de sa chevelure rousse et de ses yeux de biches pour jouer les victimes et arriver à ses fins. Certains s'entre vous diront qu'à la fin de la saison, elle tente de se racheter et devient presque touchante lorsqu'elle galère à se faire remarquer par son vieux qui n'en a rien à cirer, mais pour ma part, il faudra plus qu'une pseudo tentative de suicide en robe de mariée sous la glace (dont elle a pris soin d'informer absolument tout le monde) pour que je la trouve attachante.
  • La mère Blossom 
Pénélope de son prénom.
Penelope Blossom est une femme de la haute, respectueuse des traditions et pas fâchée que les classes sociales soient assez bien séparées pour qu'elle n'ait pas à interagir avec le petit peuple : que les gueux restent à leur place ! Mère de famille bien soumise à son mari et prête à tout pour que les secrets de famille soient bien gardés, elle fera une entorse à ses principes en essayant de mettre de grappin sur Archie, pourtant fils s'ouvrier sans aucune prétention ; il faut dire qu'à ce moment de la série, elle a quelques idées derrière la tête. Mais si la mère Blossom est sincèrement effondrée par la perte de Jason, elle n'en est pas moins imbuvable avec Cheryl, qui le lui rend bien. 

  • Archie Andrews 
Ah, là il est bien carotte ! C'est parfait !
Ah, le héros ! S'il était riche, Archie Andrews serait le gendre idéal. Mais on est aux Etats-Unis, alors on lui pressent un destin de self-made-man voué à bâtir une multinationale à la sueur de son front. Après un été passé à travailler dans le bâtiment, il retourne au lycée avec des muscles impressionnants et des textes de chansons romantico-torturées plein le carnet à spirales ; il faut dire que sa prof de musique l'a bien inspiré en couchant avec lui au bord du lac, le soir de la fête nationale _histoire de bien clôturer l'année scolaire. Tape des pieds si ça te rappelle Dawson. Résultat, en septembre, Archie a le cerveau retourné : va-t-il miser sur ses prédispositions au foot, qui lui ouvrirait les portes de la fac, ou va-t-il se consacrer à la musique et embrasser la vie d'artiste, une fois qu'il aura obtenu son diplôme ? Dilemme. Les filles qu'il croise sur son chemin se pâment, mais il ne s'en rend pas compte. 

  • Mary Andrews 

Archie vit seul avec son père, car ses parents sont séparés ; on sait seulement que sa mère est avocate à Chicago, ce qui va être tout à fait pratique quand certains personnages auront des ennuis avec la justice à la fin de la saison. Elle fait cependant quelques les apparitions dans les derniers épisodes, pile pour faire sa belle au bal de fin d'année et remuer la merde de l'époque où les parents de nos petits héros étaient eux-même au lycée. Bref, comme elle est rousse, il faut bien qu'on en parle aussi. 

Ce gros plan sur les flamboyants roux de Riverdale ne nous dispensera pas d'un rapide résumé que cette saison 1, que nous n'avons pas manqué de visionner attentivement.

Saison 1 - Résumé express 


Episode 1 

Tout Riverdale est en émoi après la disparition de Jason Blossom, donc. On sait qu'il est mort, qu'il s'est vraisemblablement noyé, mais pas de trace du corps pour l'instant. L'enquête suit son cours.

Après avoir passé l'été à bosser pour son père, Archie redevient sociable et prévoit d'aller dîner au Pop's avec Betty, son amie d'enfance. Autant s'habituer à cette cafétéria qui fait un peu années 1950, à la différence qu'on peut s'y connecter en wifi, car vous la verrez souvent : son enseigne est le QG des lycéens et de leurs parents ; à moins que ce ne soit le seul resto de la ville ? De son côté, poussée par Kevin, alias son ami gay qui squatte sa chambre comme une bonne biatch, la gentille Betty entend profiter de ses retrouvailles avec Archie pour lui faire une big déclaration en bonne et due forme. Hélas, elle n'en aura pas de temps : alors qu'ils viennent à peine de poser leurs culs sur la banquette, l'arrivée très remarquée de la ténébreuse Veronica Lodge lui coupe l'herbe sous le pied. C'est le coup de foudre : Archie n'a plus d'yeux que pour la New-Yorkaise, qui, sans aucune gêne, déboule à leur table et commence à raconter sa vie. Prends-en de la graine, blondinette ! Consciente que Veronica vient de lui voler la vedette bien comme il faut, Betty la vertueuse se fait une mission de faciliter sa découverte de la ville et du lycée de Riverdale. Certains diront que c'est maso, d'autres que c'est chrétien. Toujours est-il que, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, elle s'engage à fond dans son rôle de marraine, à coups de grands sourires masquant sa souffrance intérieure d'évangéliste. Elle ne regrettera pas ses efforts : derrière son fort caractère et sa capacité à dire les vérités qui blessent, Veronica a de grandes qualités et saura se montrer reconnaissante.


Sale temps pour Archie : son père n'accepte pas vraiment ses choix de vie, la prof de musique avec qui il a couché ne veut plus trop le voir et n'est pas disposée à témoigner au sujet de l'affaire Blossom : en effet, alors qu'ils étaient en train de baiser près du lac, ils ont entendu un coup de feu qui coïnciderait avec le lieu et l'heure de la disparition de Jason. Leur relation étant bien entendu secrète, Miss Grundy n'a pas très envie de dire ce qu'elle foutait là avec son élève.

Veronica essaie de s'intégrer au lycée ; mais quelques meufettes drivées par Cheryl Blossom lui mettent les bâtons dans les roues. Ou dans les roux ?

On découvre vite fait Jughead, le meilleur pote d'Archie, un pseudo rebelle portant un bonnet et qui squatte un cinéma à l'abandon. Il parasite aussi la cafétéria avec son ordi, sur lequel il écrit des textes sûrement très sombres. Oui, Jughead nous est vraiment présenté comme le type louche qui a forcément des choses à cacher. Mais on n'y croit pas trop.   

Interdit aux deux roux !

Episode 2 

Au cours d'un énième jeu à la con organisé par la machiavélique jumelle Cheryl, Archie et Veronica se galochent au nez et à la barbe de Betty, qui rentre chez ses parents en tirant la gueule. Une fois sur place, sa mère l'assomme à coups de "je te l'avais bien dit, de pas traîner avec ces dépravés", et elle s'en va chercher le respect au fond de son pieu. Archie et Veronica sont rongés par la culpabilité, évidemment, tandis que Cheryl peine à masquer sa jubilation. On s'étonnerait presque qu'elle en ait encore sous la pédale, alors que le cadavre de Jason est encore sur la table d'autopsie. Jughead commence à écrire un livre inspiré de ce fait divers, et en vient à soupçonner Archie d'avoir mis un grain de sable dans le destin de l'autre roux. A la fin de l'épisode, Cheryl se dit "coupable" de l'assassinat de son frère. Ouh mais c'est la folie, on a trop de suspects !

ça se regarde en chien de faïence !


Episode 3 
Veronica passe la soirée avec Chuck, le fils de l'entraîneur de l'équipe de foot du lycée. Le lendemain, elle se rend compte qu'il fait courir des rumeurs sur elle via les réseaux sociaux. Avec l'aide de Betty, elle entreprend de se venger : grâce à leur initiative, elles apprendront que leur cas n'est pas isolé. Méfiez-vous des réseaux sociaux, les enfants ! Le père d'Archie rencontre la prof de musique de son fils, intrigué par sa passion soudaine pour la composition ; suite à l'entretien, il décide de l'encourager en lui aménageant le garage. Cheryl revient sur ses aveux lorsqu'elle se retrouve face à la police, tandis qu'Archie se décide à dire qu'il a entendu un coup de feu le matin du drame.

*pète discrètement dans la piscaille*

Episode 4
Le Twilight, drive-in local, est sur le point d'être démoli pour le plus grand malheur de Jughead, qui le squatte, donc. Betty et Veronica découvrent qu'Archie se tape leur prof de musique ; elles décident de la coller comme des sangsues et trouvent des choses suspectes en fouillant sa voiture. Toutes deux engagent Archie à se méfier et à essayer d'en savoir plus sur le parcours de cette enseignante arrivée récemment à Riverdale. Alors que toute la ville, les jeunes comme les vieux, se sont réunis pour assister à la dernière séance du Twilight, le scandale éclate : la mère de Betty a grillé le journal intime de sa fille, et en sait donc autant qu'elle sur la nature des relations qu'entretiennent le rouquin et sa prof. La jeune femme n'a d'autre solution que de quitter la ville sur le champ ! On ne la reverra plus de toute la saison... Durant la soirée, Kevin choppe un membre du gang des South Side Serpents nommé Joachin.


Episode 5
Cheryl veut présider les obsèques publiques de son frère, mais sa mère la rabaisse et se fout de son éloge funèbre. Elle ressent le besoin d'inviter Véronica à la soirée précédant la cérémonie, sans pouvoir expliquer pourquoi. On comprend qu'elle commence à apprécier sincèrement la nouvelle, d'autant plus que ses parents sont hostiles à la New-yorkaise : "N'oublie pas que son père est en taule". Alors qu'elle bosse au Pop's, la mère de Veronica découvre un carton contenant un serpent (vivant) ; elle y reconnaît un message subtil des South Side Serpents, et en parle au père d'Archie. Betty et Jughead continuent de jouer les détectives en herbe, déterminés qu'ils sont à en savoir plus sur la mort de Jason ; en parlant avec son père, la blonde parfaite comprend que sa propre famille est en froid avec les Blossom depuis des générations et que le coupable pourrait bien se trouver parmi les siens. Raison de plus pour essayer de retrouver sa grande soeur Polly, qu'elle n'a pas vue depuis longtemps car elle "se soigne" "très loin" de la maison... Pas très précis comme infos, quand même.



Episode 6
Archie veut chanter pour la fête du lycée mais il a le trac et se plante aux auditions ; Val, la chanteuse des Pussycats, mythique (et unique....) groupe musical du lycée, jette l'éponge pour l'aider. Cela désespère la leader du groupe nommée Josie, qui doit recruter au plus vite un nouvelle soliste. Veronica se présente pour la remplacer, et bien qu'elle soit riche et blanche, sa candidature est acceptée. Faute de grives on mange des merles. Veronica compte bien faire son trou chez les Pussycats, quelles que soient les difficultés rencontrées ; il faut dire qu'après avoir surpris sa mère dans les bras de Fred Andrews, la citadine est prête à se lancer dans toute activité qui lui permettra de canaliser sa rage. A force de recherches, Betty et Jughead finissent par localiser Polly et à se rendre dans le centre d'hébergement catho pour jeunes paumés dans lequel elle est enfermée. Ils découvrent que la jeune femme est enceinte de Jason, dont elle semble ignorer la mort. Parce que les enquêtes, ça rapproche, Betty et Jughead finissent par se galocher.




Bon, à partir de là, je commence à vraiment bien spoiler. Donc si vous voulez découvrir la série par vous-même, je vous conseille de ne pas lire le résumé des épisodes suivants ! 





Episode 7
Hermione (la mère de Veronica) travaille pour son nouveau copain Fred Andrews (vive le piston), et lui lâche une propriété appartenant à son mari après avoir imité la signature de sa fille. Fermement opposée à cette démarche, la citadine est bien décidée à lui mener la vie dure, en contrepartie. Archie découvre que Jughead squatte le lycée depuis la destruction du Twilight, car son père alcoolique n'a plus de quoi subvenir à leurs besoins. Archie arrive à convaincre son père d'embaucher ce type, histoire qu'ils puissent redresser leur situation. Vive le piston acte II. Polly fuit son asile ; tout le monde sait à présent qu'elle est enceinte _faut dire qu'on peut plus vraiment le louper. Lors de leur visite de courtoisie, Jughead et Betty avaient appris que Jason avait caché sa voiture dans les bois. Ils la retrouvent et y découvrent des choses suspectes. Devinez quoi ?

De la DROGUE !

Episode 8
Veronica et Betty organisent la baby shower de Polly, pensant que ce serait l'occasion de réconcilier la mère Cooper et la mère Blossom avec la jeune femme. C'est vraiment un truc de fou, cette série. Un jour les personnages se frappent au sang, le lendemain ils ont un flingue sur la tempe, et le surlendemain ils jouent à la dînette ! Bref, la petite fête tourne vite au pugilat et les deux daronnes finissent par se battre pour récupérer Polly à la maison. Fred ne s'en sort pas : ses ouvriers l'ont planté pour des contrats plus juteux et il ne peut entreprendre le chantier du Drive-In. Archie tente de lui venir en aide en ramenant des lycéens costauds capables de bosser dans le BTP. Tous savent que Blossom veut retarder au max les travaux et que c'est lui qui a soudoyé les ouvriers pour qu'ils lâchent Fred Andrews. Un soir, lesdits lycéens se font boxer par de sombres inconnus, peut-être les Serpents... mais pas forcément, en fait. D'ailleurs, puisqu'on parle des South Side Serpents... on apprend que le père de Jughead est le boss du gang.

Ambiance

Episode 9
Les Blossom mettent leur dévolu sur Archie et insistent pour qu'il accompagne Cheryl à la "cérémonie d'entaille de l'arbre", un rite en lien avec le sirop d'érable. Il n'est pas très chaud, cet univers de bourges le laisse un peu perplexe. Alors, pour l'appâter, ils lui promettent un contrat avec un producteur afin qu'il puisse percer dans la musique, et ça marche. Voyant que son père et sa copine Val froncent du nez, il se ravise et négocie auprès de Clifford Blossom une autre forme d'aide (sans lien avec la prostitution, vous inquiétez pas). Betty profite du rapprochement entre Archie et les Blossom pour glaner des infos sur sa soeur Polly. Mais cette dernière semble avoir rompu le contact définitivement avec sa famille. Ce n'est en fait qu'une façade ; elle a simplement compris que les Blossom avaient un lien avec la disparition de Jason mais elle ne veut pas qu'ils comprennent qu'elle a compris. Eh ouais, y a pas que les hormones qui travaillent ! Veronica a compris que son père était un vrai con capable de briser d'autres familles, comme celle de la jeune Ethel, une lycéenne de sa connaissance qui semble isolée et malheureuse.



Episode 10
C'est l'anniversaire de Jughead ; il a décider de ne pas le fêter, comme chaque année. Mais Betty et Archie tiennent absolument à lui organiser une petite soirée surprise : c'est ce qui s'appelle chercher la merde. Evidemment, ça se passe mal, Jughead se sent hyper mal à l'aise, se prend la tête avec son pote, sa copine, et tente de se casser de sa propre fête. Chuck le harceleur refait surface et se pointe à la soirée d'anniversaire, après que Cheryl lui a monté le bourrichon avec ses idées de vengeance envers Betty. Cet épisode est vraiment étrange, ou étrangement situé dans la série, je sais pas. Veronica refuse de préparer une déposition en faveur de son père car elle considère qu'il est à sa place en taule, et d'ailleurs, qu'il y reste le plus longtemps possible. Mais celui-ci lui écrit une lettre dans laquelle il lui indique qu'elle ferait mieux d'aller dans son sens avant que ses ennuis ne retombent sur sa mère... La jeune fille est perdue, elle sent qu'elle n'a pas toutes les cartes en main pour comprendre la situation.



Episode 11
Le bal du lycée s'organise, youhou. En attendant, la mère Cooper invite Jughead et son père à dîner, histoire de les matraquer de questions gênantes. Pendant ce temps, Archie et Veronica fouillent la maison de FP _c'est ainsi qu'ils appellent le père de Jughead, pour le coup je pense pas que ça veuille dire Fils de Pute, histoire de s'assurer que ce n'est pas lui le meurtrier. Ils ne trouvent rien, en effet. A priori, c'est pas lui qui a couiqué Jason. Ouf. Un peu plus tard, FP annonce à Jughead qu'ils vont partir à Toledo, ce que le zarbi refuse en bloc, puisqu'il ne veut pas quitter Betty. Lorsqu'il apprend le coup monté dont son père a fait l'objet, il pète un câble et s'isole. Betty tire la gueule comme il se doit à Archie et Veronica, à qui elle reproche d'avoir comploté avec sa mère. La mère d'Archie fait mine de se rabibocher avec Fred pour amadouer son fils. Après le bal et le succès sur scène du rouquin, elle lui propose de la suivre à Chicago pour apprendre la musique. A la fin de l'épisode, FP est arrêté par les flics car on a retrouvé chez lui l'arme qui a tué Jason Blossom ; sauf qu'elle n'y était PAS lorsque les lycéens ont retourné sa baraque. Strange ! 




Episode 12
FP a avoué le meurtre de Jason Blossom, bien qu'il ne soit pas coupable. Il invente un scénario qui tient la route et va donc en prison ; mais Archie et les autres n'y croient pas et pensent qu'il couvre le vrai meurtrier. Jughead fait bien la gueule et pense que son père est à la place qui lui va le mieux. Joaquin en sait beaucoup plus qu'il ne veut bien le dire, mais n'accepte de balancer sa version qu'à Kevin. On suppose que c'est lui qui transmettra la clé USB contenant la vidéo du meurtre. Ah la la qu'est-ce qu'on ferait sans les nouvelles technologies !!!! On apprend aussi que la famille Cooper et la famille Blossom sont liées par le sang ; les enfants de Polly sont donc le fruit de l'inceste. Allez, on parie sur les tares qu'ils auront ?

Il est temps que la série se termine, ça devient n'importe quoi.

Episode 13
Comme le meurtre est résolu, on ne sait plus trop quoi raconter alors on se penche sur les relations qu'entretiennent les personnages, sur les grandes déclarations d'amitié et politesses en tous genre "tu es sûre que ça ne te dérange pas que je me tape le mec que tu dragues dans succès depuis tes cinq ans ?" "_Mais pourquoi ça me dérangerait, puisque je suis tombée dans les bras d'un type hyper bizarre et solitaire qui vient d'entrer dans un gang !"

La mère de Veronica vire les ouvriers Serpents et propose à Fred de racheter son entreprise pour la gérer avec son mari ; le comble de l'insolence, quand on sait que c'est lui qui l'a sorti de sa merde en lui offrant un boulot de comptable dans sa boite et quand on sait qu'ils ont couché ensemble pendant pas mal d'épisodes ! C'est ce qui s'appelle se faire niquer.

Cheryl tente une dernière fois de voler la vedette à tout le monde en faisant une tentative de suicide dans un lac gelé, avant de foutre le feu à la baraque familiale. Voilà voilà. A la fin, Fred se fait tirer dessus par un type cagoulé alors qu'il est chez Pop's avec Archie, et la saison s'arrête là ! Oohh le cliffhanger de ouf !!!!


Verdict : la roux tourne 

A première vue, Riverdale ne présente pas d'autre intérêt que celui de mettre en scène des lycéens pour des lycéens ; on y retrouve bien les figures incontournables du genre : la gentille fille rangée, son alter ego masculin qui brise les coeurs sans le vouloir et qui se tape sa prof, la nouvelle au lourd passé qui débarque de New York et qui vit son arrivée à la cambrousse comme une déchéance, le footballeur costaud et con, le gay, la peste, le type chelou au faciès de coupable idéal, les parents puritains, le gang local... La rentrée, les méga teufs, le bal de fin d'année, tout semble être rangé bien à sa place.

Mais en y regardant de plus près...

Euh...

Non, en fait Riverdale ne présente pas d'autre intérêt.

Allez, je suis méchante gratuitement, c'est pas si pire.

Ma pote Jessica me disait que les clichés dans Riverdale étaient intéressants dans la mesure où ils étaient zoomés (la famille des blonds, la famille des roux, les latinos, les gangsters au visage ingrat...) pour mieux être détournés. Bon, j'ai pas trop vu le détournement, mais mon esprit critique n'est peut-être pas aussi aiguisé que le sien, tout simplement. Ce que je vois, c'est que le seul mec black de l'histoire est un violeur, que le meilleur ami gay de Betty passe son temps à rappeler qu'il est gay, et que le personnage du dépravé au grand cœur arriverait à se faire lyncher dans le village de mes parents. Allez, je suis mauvaise langue : le groupe de chanteuses populaires dans le lycée font un gros effort de mixité. D'abord hostiles à une collaboration avec des élèves blancs, elles se raviseront en intégrant Veronica et Archie dans leurs projets musicaux.

"Pourquoi est-ce que tu as regardé la saison 1 jusqu'au bout, alors, rageuse ?" Me demanderez-vous. Ben, Riverdale n'est pas une série parfaite au niveau du fond ; entre les événements inutiles, les petites incohérences du scénario, les personnages qui disparaissent au bout de quelques épisodes, le dénouement tiré par les cheveux, sans parler de LA preuve finale... on aurait de quoi lâcher l'affaire. Pourtant, on ne le fait pas, ce qui prouve qu'on se laisse prendre au jeu. Donc, que ça fonctionne, l'air de rien. Allez savoir pourquoi, les grimaces de Betty et de Veronica m'horripilent autant que leurs crises de larmes pour tout et rien, et ce, depuis le premier épisode ; Jughead me fait rire alors qu'il n'est pas censé être drôle. J'ai envie de tarter Archie et Cheryl pour différentes raisons. Les adultes ne sont pas des plus charismatiques. Malgré tout, j'ai gardé l'envie de savoir la suite à l'issue de chaque épisode, de savoir qui avait tué Jason. Il se passe tellement de choses que plus on avance, plus on se perd dans les ramifications des arbres généalogiques des Cooper et des Blossom, moins on comprend !



Esthétiquement, pas grand chose à redire ; les jeunes acteurs ont tous une plastique ultra parfaite, les scènes en pleine nature sont belles à regarder, tout est très (trop ?) propre... La saison s'étire sur 13 épisodes d'une cinquantaine de minutes, qu'on sent pas passer, honnêtement. Surtout quand on se marre ; et y a quand même matière à se marrer avec tous les stéréotypes présents dans la série. Après, je ne sais pas si j'aurai la motivation de me lancer dans les saisons 2 et 3, l'affaire Jason Blossom étant résolue. C'était vraiment ce qui me retenait en priorité, loin devant les personnages.

J'ai peut-être passé l'âge, ou alors j'ai perdu de mon ouverture d'esprit, mais je trouve quand même que Riverdale est avant tune série pour ados un peu mièvre. Un savant mélange de Dawson, de Vampire Diaries, de Buffy à ses débuts et de soupe Royco Poireaux - pommes de terre. Et ma foi, il en faut ! D'ailleurs, y a du monde qui regarde et c'est pas pour rien ! 

Plus tard, si j'ai le temps, j'écrirai un billet sur les comics qui ont inspiré la série ; j'ai trouvé un best of sympa des Archie Comics, mais il est en anglais. Donc soyez pas trop pressés !



Riverdale 
Roberto Aguirre-Sacasa 
Personnages inspirés de Archie Comics
Etats-Unis 
Production : Berlanti / Archie Comics / CBS / Warner Bros 
Saison 1 : 2017. 13 épisodes de 42-47 minutes 
Disponible sur Netflix