vendredi 25 avril 2025
Le démon de Mehdi - Jean-Hugues Oppel (2016)
dimanche 14 juillet 2024
[Concours lecture 6ème] Né coupable - Florence Cadier (2020)
Avez-vous déjà entendu parler de George Stinney, et de la terrible injustice dont il fut victime ?
Mars 1944, Caroline du Sud. Tous les regards sont tournés vers l'Europe et la guerre ; on espère un retour rapide et victorieux des soldats américains. George a 14 ans, il vit paisiblement avec ses parents et ses frères et soeurs dans le quartier noir de la petite ville d'Alcolu. Un après-midi, alors qu'il promène la vache familiale, George croise deux fillettes blanches qui font une balade à vélo. Ils discutent quelques instants, mais très vite, leurs chemins se séparent.
Sauf que les petites filles ne rentreront jamais chez elles et seront retrouvées mortes le lendemain. Aussitôt soupçonné du meurtre, George est arrêté, molesté, emprisonné... bien qu'il n'y ait aucune preuve contre lui. Il clame son innocence, mais les policiers sont trop contents d'avoir trouvé rapidement le coupable idéal pour se permettre de le relâcher. Au bout de quelques jours, il finissent par lui extorquer des aveux.
A l'extérieur, les avis sont partagés, comme l'est la société américaine en pleine ségrégation : beaucoup demandent une mise à mort rapide, d'autres, moins nombreux et plus téméraires, veulent que les droits de George soient respectés, et qu'une vraie enquête soit menée.
Malheureusement, à cette époque _et peut-être encore aujourd'hui..._ certaines voix comptent plus que d'autres.
Né coupable a beau être écrit pour les jeunes lecteurs _on décèle même de la mignonnerie dans les premiers chapitres_ il n'en demeure pas moins inspiré d'une histoire vraie qui finit cruellement. Comme le texte est accessible, on compte le proposer aux 6° avec dans le cadre du concours de lecture... mais le sujet traité et l'issue tragique sont peut-être un peu rudes. Le livre a fait partie de la sélection du prix des Incorruptibles, mais pour le niveau 5°/4°. N'hésitez pas à dire ce que vous en pensez en commentaire.
En finalement peu de pages (150 environ), Florence Cadier nous raconte bien plus qu'une injustice sur fond de racisme : elle dépeint les failles de toute une société, depuis l'emprise du Klu Klux Klan, jusqu'aux ravages de la peur sur les proches de la famille Stinney, qui deviennent des parias dans leur communauté et n'auront finalement que peu de soutien.
A lire, donc (mais pas un dimanche soir) ; la mise en parallèle entre la silencieuse descente aux enfers de George et la place que prend le débarquement au même moment dans l'actualité est intéressante.
CDI collège : OK, avec accompagnement pour les 6ème ; attention, c'est Talents Hauts = on ne prend pas de gants !
CDI lycée : le ton sera peut-être enfantin pour les lycéens, mais ça peut être un bon complément pour un travail de recherche sur la peine de mort ou la ségrégation. A regarder avec le documentaire Un coupable idéal de de Lestrade (2001), qui commence à dater mais qui reste efficace.
Florence Cadier. Né coupable. Talents hauts, 2020. 150p.
jeudi 21 mai 2020
[CULTURE POULE] Elmer - Gerry Alanguilan (2010)
Cette BD parle de poules : elle est forcément super.
L'histoire
Cette réunion de famille imprévue va se prolonger plusieurs jours après la mort du père. Jake a hérité du journal d'Elmer et entreprend de le lire. La tâche s'annonce fastidieuse : les premières pages sont très difficiles à lire, et pour cause : son père apprenait tout juste à parler et à écrire lorsqu'il a commencé à consigner régulièrement ses souvenirs. Une discussion avec Ben, le fermier qui a sauvé ses parents à une époque où leur vie était menacée, va le convaincre de s'accrocher dans sa lecture et de reconstituer l'histoire familiale. Le vieil Elmer plonge Jake bien malgré lui dans les années noires pour la race "gallus gallus" : celle où les poulets devaient se battre pour se faire accepter des humains (et pour ne pas finir bouffés).
Poulets en minorité
N'allons pas chercher une explication à tout. Pourquoi les poulets du monde entier se "réveillent"-ils presque tous au même moment de leur léthargie d'origine, un matin de 1979 ? pourquoi choisissent-ils d'adopter le mode de vie des hommes, leur langue, leurs rites, leur alimentation (pas du tout compatible avec le système digestif d'une poule, soit dit en passant) ? Pourquoi tiennent-ils tant à se faire reconnaître comme "être humains" à part entière, et comment font-ils pour y arriver ? Voilà autant de questions légitimes auxquelles vous n'aurez pas vraiment de réponses. Le mieux est d'accepter les faits tels qu'ils nous sont présentés.
Aussi, lorsque Jake Gallo crie au racisme parce qu'il n'arrive pas à décrocher de boulot malgré ses qualités de rédacteur, le journal de son père lui rappelle que la vie était encore plus dure pour ceux de sa génération. Pourtant, il sait bien que tout ne se passe pas QUE sous sa crête. Le racisme _ici : envers les poulets_ est toujours bien présent, latent ou exprimé à demi-mots. Comme il n'empêche plus de vivre littéralement, on considère que le problème est résolu. Mais ce n'est pas vraiment le cas.
Quelques critiques lues sur Internet qualifient Elmer de BD "sympa" mais sans plus, "pleine de bonnes intentions" mais qui ne va pas au fond des problèmes qu'elle soulève. Effectivement, Alanguilan crée tout un monde en constante transformation, peuplé de personnages qui ont tant à raconter : son choix de nous le faire connaître sous la forme d'un one shot de 150 pages peut nous frustrer. On en connaît qui ont fait des séries fleuves avec moins de matière. Mais c'est son choix.
D'autres lecteurs, plutôt familiers des comics a priori, semblent avoir plus tiqué sur la forme de l'album : il est vrai que le dessinateur a un style bien à lui, un trait particulier, et une tendance à multiplier les coups de crayon lorsqu'il s'agit de représenter les scènes à forte tension émotionnelle, comme par exemple les crises d'Helen, les scènes de carnage... sans doute pour apporter de la noirceur, pour traduire le flou qui entoure toute scène traumatisante, lorsqu'on la vit et qu'on la revit. Personnellement, je ne trouve pas ce choix inapproprié, bien au contraire. J'ai rarement croisé d'artiste qui dessine aussi bien les poules, en conservant les bonnes proportions,en tenant compte de leur diversité : la silhouette d'Helen n'est pas du tout traitée de la même façon que celle de Joseph, le coq de combat.
D'autres encore se plaignent que les nombreux flash-backs et que l'option "tout noir et blanc" posée par l'auteur gênent la compréhension de l'histoire : les personnages-poulets se ressemblent tous, il nous aurait fallu de la couleur pour les différencier ! Alors déjà EUH PARDON mais dire que "tous les poulets se ressemblent", ça c'est RACISTE!! De plus, si on lit vraiment l'histoire avec attention et qu'on a mis ses lunettes, on ne peut absolument pas confondre Jake avec Elmer.
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| "On s'en fout on a gagné. Nous. " |
Il existe un champ de la psychologie _plus ou moins validé scientifiquement_ qui considère que les gens se construisent en fonction d'événements qui ont frappé leur famille. Parfois, ils sont au courant de ce qui s'est passé, parfois non. Dans tous les cas, ça peut impacter leur vie. S'ils le jugent opportun, ils peuvent contacter un psy qui va les aider à remonter leur arbre généalogique et trouver qui a merdé, à quel niveau, quand... c'est ce qu'on appelle la "psychogénéalogie". Je ne suis pas forcément convaincue, mais les personnages d'Elmer semblent surfer sur cette vague-là.
Dans la famille Gallo, la communication, c'est pas vraiment ça. Elmer et Helen ont consciencieusement élevé leurs trois poussins, prenant soin de les entourer de tout l'amour dont ils avaient besoin. Mais ils les ont aussi tenus à l'écart des atrocités vécues avant leur naissance. Elmer tient son journal en secret et le planque de façon à ce que le curieux Jake ne puisse mettre la main dessu. Helen parle peu, semble lunaire, pique des crises de nerfs impressionnantes qui inquiètent beaucoup ses enfants. Leur jeunesse va se passer ainsi, entre messes basses et sourires factices.
Alanguilan laisse penser que tout individu se construit en partie en fonction de ces paramètres, qu'on soit un homme ou un poulet. Les casseroles du passé qu'on se traîne peuvent faire dévier la ligne de vie. Elles sont encore plus lourdes quand on ne sait pas (ou plus) ce qu'elles contiennent. Certains vivent mieux ce poids que d'autres.
May est devenue infirmière dans un hôpital (bizarrement), mais marche sur des oeufs (ahah) pour annoncer à Jake qu'elle va se marier avec Michael, un humain. Elle incarne la stabilité, celle sur qui sa mère pourra s'appuyer pour surmonter le deuil. Freddie soigne sa carrière s'acteur, veut se faire appeler Francis, pense à ses futurs rôles plutôt qu'à sa vraie vie, et n'est pas super disponible pour sa famille : a-t-il du mal avec ses origines ? Une chose est sûre, humains et poulets l'ont élevé au rang de star. Jake a plus de mal à jeter son ancre où que ce soit. Les flots d'une colère sourde qu'il ne maîtrise pas du tout l'emmènent toujours plus loin. Il erre : May le juge "autodesctructeur", Freddie le croit "égaré". Quel sens doit-il donner à sa vie ? Faute de dialogue avec ses parents, il devra attendre de lire le témoignage posthume du vieil Elmer et aller à la pêche aux infos pour reconstituer l'histoire de sa famille depuis 1979. Les langues pointues vont se délier.
L'air de rien, le fait d'obtenir des réponses à certaines questions va lui permettre de franchir une nouvelle étape et de se projeter... en écrivant un livre retraçant le parcours de ses parents.
Humour KFC
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| Quand l'acteur met un pain à la star sans faire exprès... c'est le drame |
Enfin, l'auteur utilise beaucoup de clins d'oeil à ces temps obscurs où personne n'avait aucune tenue : les coqs chantaient sans vergogne au petit matin, les hommes tuaient les poulets pour les rôtir... Bref, la Préhistoire !
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| Le chant du coq, un signe de régression |
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| Merci de préciser. |
Publicité gratuite : abonnez-vous (si vous voulez, hein !) aux podcasts culturels des Mystérieux étonnants. Produits et animés par une bande de joyeux Québécois passionnés de BD, de films, de séries... et enclins à partager leurs centres d'intérêt, ils sortent régulièrement depuis plus de 10 ans. Actuellement, je suis en train de me taper la saison 2009 - 2010 de leurs enregistrements et c'est dans l'une de ces émissions qu'un chroniqueur a présenté Elmer, suscitant forcément mon intérêt. C'était alors une "nouveauté"...
Gerry ALANGUILAN. Elmer. Ça et là, 2010. 142 p. ISBN 978-2-916207-48-3
lundi 23 décembre 2019
Joey et le Mystère des Manteaux Noirs - Remi Vidal (2018)
L'histoire
Voilà à peu près un an que j'essaie de me familiariser avec la lecture audio _ surtout pour des raisons professionnelles, puisque comme vous le savez (ou pas), on essaie de créer un fonds de livres sonores, au CDI. Je me suis parfois demandé si on pouvait parler de "lecture" et de "littérature" lorsque l'oeuvre enregistrée n'avait pas de "base écrite", si l'on peut dire. A priori, Joey et le Mystère des Manteaux Noirs n'est pas un livre lu à haute voix, mais plutôt un "spectacle audio". Pourtant, je n'ai pas eu de mal à l'associer à un livre. Il faut bien reconnaître que la jaquette du CD _ qui est vraiment un bel objet, soit dit au passage, nous y engage : elle fait vraiment couverture de livre, avec son titre central et son fond vermillon. Les illustrations de l'univers urbain et les petits personnages représentés en style BD nous aident à planter un décor et à imaginer les scènes de départ pour le jeune lecteur qui aurait du mal à "accrocher" aux premières pistes du livre audio. Voilà des petits détails qui n'en sont pas, et qui peuvent faire toute la différence ; ça me fait un peu mal aux mains d'écrire ceci, moi qui n'aime pas juger une noix d'après sa coquille, mais il faut bien le reconnaître : sur un livre audio, l'esthétique de la pochette a son importance. De même, le plan de la ville de Trifouillis-les-Os _avec ses noms de rues bien trouvés, et la retranscription des paroles de toutes les chansons qui rythment l'histoire, nous aident à suivre et permettent de prolonger la lecture.
Il faut le savoir, les aventures de Joey sont relatées sur fonds de chansons rock'n roll, bourrées de références culturelles, musicales, et de messages incitant les jeunes lecteurs - auditeurs au questionnement et à la réflexion : qu'est-ce qu'être différent ? les chiens des rues qui errent dans les quartiers sont-ils méprisables ? la couleur du pelage _et de la peau, bien sûr_ est-elle si importante ? faut-il virer tous les chiens étrangers ? viennent ils vraiment d'un pays "tout pété ?" faut-il croire les rumeurs ? Evidemment, ce monde de toutous peut (et doit) être transposé au nôtre...
Certes, l'avertissement "Parents attention langage mordant" n'est pas volé, mais le ton reste très correct et tout à fait adapté à la tranche d'âge ciblée par la maison d'édition, à savoir les 3-12 ans.
dimanche 5 novembre 2017
Lectures de vacances - Le jour où Lania est partie - Carole Zalberg, Elodie Balandras (2008) / Nelson Mandela : "Non à l'apartheid" - Véronique Tadjo (2010)
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| Beelzebub |
Seuls les écrivains sont capable de :
- permettre à un jeune lecteur de s'identifier au héros. Nelson Mandela "Non à l'apartheid" est un livre qui s'adresse en particulier aux adolescents. Comment créer une proximité entre un boutonneux et la figure d'un vieil homme aux cheveux grisonnants dont le visage est tellement connu qu'on sait qu'on doit le respecter même si on ne sait pas toujours pourquoi ? Peut-être en le représentant lui-même en lycéen indocile et prêt à se battre pour ses idées ?
- traduire simplement des faits historiques, des concepts, des idées qui n'ont rien d'évident. Bon, les profs savent le faire aussi, hein ! Le fait est que si vous m'aviez parlé en vrac de l'ANC, de l'apartheid, du Group Areas Act sans relier le tout à un contexte et à une histoire logique, vous m'auriez perdue en trois minutes. D'ailleurs, je ne cache pas que j'ai mieux compris deux ou trois choses à la lecture de ce livre.
- faire prendre conscience aux lecteurs de ce qu'était l'apartheid au quotidien, en nous plaçant en immersion dans la Johannesburg des années 1940, puis dans la société Sud-Africaine des années 1960. Par la même occasion, on intègre une dure réalité : "pour construire la paix, il faut parfois faire la guerre." (p.55)
mercredi 13 septembre 2017
Sweet Sixteen - Annelise Heurtier (2013)
La réalité du quotidien est bien différente ; lorsque les Neuf débarquent dans l'établissement, c'est la panique du côté des élèves comme de celui des parents ! Que vont devenir les adolescents "respectables" si on les laisse en contact avec des jeunes couramment considérés comme barbares, stupides et porteurs de maladies ? Quel métissage dépravé va donc naître de cette mixité ? Ce roman adapté d'une histoire vraie nous montrera que la connerie humaine est sans limites, et que le temps ne fait rien à l'affaire.
Molly fait partie de ces "nouveaux" indésirables. Comme ses pairs, elle s'est portée volontaire pour tenter "l'expérience" de la mixité, la tête pleine d'espoir et des beaux discours prônant l'égalité des races qu'elle a entendus à la radio. Son entourage n'est guère optimiste sur le futur proche de la collégienne, et nombreux sont ceux qui tenteront de la décourager : lorsqu'on est Noir, attirer l'attention sur soi n'augure jamais rien de bon. Il est au contraire bien plus prudent de faire profil bas. Pourtant Molly entrera bel et bien dans l'arène, sous le regard bienveillant de sa grand-mère Shiri.
Il ne faudra pas plus d'une journée de classe aux "Neuf" lycéens Noirs de Little Rock pour comprendre qu'ils ont atterri en Enfer : tous les coups seront permis _au sens propre comme au sens figuré ! pour les faire craquer, abandonner, ou causer leur expulsion.
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| Les Neuf escortés au lycée par l'armée. Image trouvée dans l'article "Little Rock Nine" de Wikipedia |
De l'autre côté de la barrière, Grace Sanders observe l'effervescence générale avec une indifférence propre à son âge et à son environnement social. Si la jeune Blanche pense "n'éprouver aucune sympathie particulière pour les Noirs", elle trouve exagérés les propos racistes tenus par sa mère, digne présidente de la "Ligue des mères blanches"...
Les chapitres se suivent dans une alternance de regards : celui de Molly la téméraire discrète qui, telle un roseau, plie mais ne casse pas, et de Grace, la fausse greluche superficielle. Il est intéressant de lire l'analyse qu'elles font des mêmes événements et de suivre l'évolution de leurs rapports. Au début, l'évitement est de mise, puis les personnalités s'expriment pour causer surprise, admiration, et peut-être un début d'amitié. Une chose est sûre, toutes deux partagent un objectif commun : faire de leur seizième anniversaire une journée inoubliable.
Sweet Sixteen n'a pas volé son statut d'incontournable de la littérature pour la jeunesse ; facile à lire mais néanmoins cru et porteur d'un témoignage qu'il serait inconcevable d'enjoliver, ce roman d'Annelise Heurtier est à diffuser dans tous les CDI. A mon humble avis. D'ailleurs, j'ai souvenir qu'il nous ait été envoyé gratos avec les spécimens de manuels scolaires destinés aux enseignants : bonne initiative de Casterman, j'imagine ?
S'il n'a pas prétention à être une "leçon d'histoire", ce livre est riche en références culturelles et historiques relatives aux Etats-Unis de la fin des années 1950 : avant de lire ce livre, je n'avais jamais entendu parler des Neuf de Little Rock et c'était une vraie lacune. Que les jeunes et les moins jeunes puissent, eux aussi, la combler le plus vite possible, pour le bien de tous. Un court avant-propos nous indique quelle est la part de fiction dans cet ouvrage et qu'est-ce qui, au contraire, tient du fait réel.
On appréciera les très belles illustrations de Djohr, et notamment celle de la couverture, très parlante.
Annelise HEURTIER. Sweet Sixteen. Casterman Poche, 2013. 220 p. ISBN 978-2-203-08458-2
samedi 12 novembre 2016
Larme de Rasoir Spéciale Couverture Déprimante ! Le garçon au sommet de la montagne - John Boyne (2016)
L'auteur du Garçon en pyjama rayé semble avoir voulu tailler dans la même veine en composant son dernier roman intitulé Le garçon au sommet de la montagne. D'ailleurs, la mention à ce magnifique ouvrage que je n'ai toujours pas lu _ne hurlez pas, c'est en partie parce que j'en ai beaucoup trop entendu parler !_ apparaît en bas de la première de couverture, juste au-dessus du nom de l'auteur.
LA couverture déprimante
Oh, on aurait très bien pu se passer de cette discrète opération publicitaire tant le roman n'aura guère de mal à se vendre, étant donné la qualité de son contenu. Saucissonné dans des stries de fil de fer barbelé, le titre occupe les trois quarts de la page, en grosses lettres blanche sur un fond rouge sang. En bas, on devine la montagne plus qu'on la voit, comme assombrie au coucher du soleil. Le garçon _qu'on ne connaît pour l'instant que par le mot qui le désigne ! peut bien être au sommet des neiges éternelles s'il le souhaite, il ne respire par la liberté pour autant.. Contrairement à lui, un rapace prend son envol, tranquille.
De quoi ça parle, sinon ?
L'histoire débute en 1936. Pierrot Fischer, 7 ans, vit à Paris avec sa mère Emilie. Sa famille s'est disloquée quelques années plus tôt, lorsque son père s'est suicidé : en effet, cet ancien soldat allemand n'avait jamais réussi à se remettre complètement du traumatisme de la guerre de 1914 - 1918 et a fini par se jeter sous un train après avoir sombré dans la dépression. Depuis, Emilie travaille comme serveuse dans le restaurant de M. Abraham, tandis que son fils passe ses journées avec son copain Anshel, un petit Juif muet qui aspire a devenir écrivain. Mais ce semblant d'équilibre dure pas ; Emilie tombe malade et meurt à son tour. Pierrot est balancé dans un orphelinat orléanais.
Là, on se dit : bienvenue chez Charles Dickens ! D'ailleurs, le narrateur lui-même y fera allusion au détour d'un chapitre.. Eh bien, on se trompe. Pierrot ne fera pas ami ami avec Oliver Twist ! Le destin qui lui est réservé s'annonce bien pire, d'une certaine façon...
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| "Les gars, je crois que la soupe au choux est en train de remonter !" |
Alors qu'il s'intègre bon an mal an au milieu des gosses abandonnés, sa tante Beatrix se manifeste et demande à en avoir la garde. Si Pierrot était au courant que son père avait une soeur, il s'était souvent demandé pourquoi il ne l'avait jamais vue ; il fallait croire que le moment était venu...
Le voilà parti pour l'Allemagne, et, après un voyage éprouvant où il se fera bousculer par un soldat nazi puis par quelques ados des jeunesses hitlériennes, il découvre la grande maison au sommet de la montagne qu'il habitera désormais, et dont Beatrix est la gouvernante. Tout le monde se montre plutôt sympa avec lui, que ce soit Ernst, le chauffeur, Emma la cuisinière, ou encore Herta, la "deuxième chef des bonnes". Mais il doit se plier à des consignes strictes qu'il ne comprend pas et contre lesquelles il se braque : ne parler ni de sa mère française, ni de la folie de son père, et encore moins de son ami juif. Pourquoi ? Parce que cela pourrait déplaire à Monsieur. Monsieur est le propriétaire des lieux, et même s'il est rarement là, sa menace pèse sur les épaules de tous.
Cependant, on comprend assez vite que le mystérieux Monsieur n'est autre que Hitler. Ceci explique cela.
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| A lire également : tous les "Dickie" de Pieter Von Poortere ! |
Après une ellipse d'un an, on retrouve un Pierrot -ou plutôt un Pieter_ bien changé... En quelques mois, le dictateur n'a eu aucun mal à laver le cerveau de l'orphelin fragile et déboussolé qui ne cherchait qu'un repère et une figure à admirer. Lorsque le Führer lui offre son premier uniforme de nazi en herbe, l'enfant se sent "adopté", pris au sérieux par cet homme capable de se montrer à la fois si doux et si dur avec lui _un peu comme son défunt père. Il ne voit pas que l'enflure est en train de faire de lui le plus fidèle des indics. Sa fascination aveugle pour l'odieux personnage va l'emmènera de plus en plus loin. Jusqu'à se retourner contre ceux qui ne lui voulaient que du bien. Jusqu'à prendre en note, sans vraiment comprendre _mais un peu quand même... les plans des camps de concentration. Froidement. Sans la moindre empathie. Car là où Pierrot se salit les mains, Pieter ne fait que son devoir de patriote.
En racontant la descente aux enfers d'un gamin faible, malléable et désireux de faire enfin partie d'un groupe, Le garçon au sommet de la montagne est un de ces romans qui réveillent. Il gagnera à passer entre le plus de mains possible, d'autant plus qu'il s'adapte à très bien des contextes autres que celui de l'Allemagne nazie. Moi qui aime bien me moquer des livres tristes, je le recommande à tout le monde, jeunes et vieux, pour le lire, simplement ou pour l'étudier, si possible...
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| Voilà, la dame du CDI a tranché ! |
Du coup, notre interprétation de la couverture prend un chemin plus sûr ; on y retrouve les trois couleurs du drapeau nazi _rouge, blanc, noir.. Le lecteur contemple la neige depuis un camp entouré de fil de fer barbelé. Ah, il est à son aise, le Führer, là haut dans la montagne _ au passage, il s'agit d'un montage d'une photo du Mont Blanc. Au point où on en est, on peut partir du principe que l'oiseau qui vole au-dessus du titre est un aigle, symbole facho s'il en est. Il plane au-dessus de la tête du "garçon au sommet de la montagne", emprisonné dans ses idées arrêtées et serré de près par le maître "si généreux" qui a bien voulu le "recueillir" lorsqu'il était dans la difficulté... On remarquera que personne n'est représenté, même si tout est suggéré ; voilà qui colle bien à l'époque dont-il est question, Pierrot n'a-t-il pas vu sans voir, dit sans dire et fait semblant de ne pas entendre, de ne pas comprendre ? L'illustration se poursuit sur la tranche et sur la quatrième de couverture, pour une finalisation parfaite de ce bel objet.
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| Prozac d'or bien mérité pour cette oeuvre |
John BOYNE. Le garçon au sommet de la montagne. Gallimard Jeunesse, 2016. 272 p. ISBN 978-2-07-066996-7







































