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dimanche 14 juillet 2024

[Concours lecture 6ème] Né coupable - Florence Cadier (2020)

Avez-vous déjà entendu parler de George Stinney, et de la terrible injustice dont il fut victime ?

Mars 1944, Caroline du Sud. Tous les regards sont tournés vers l'Europe et la guerre ; on espère un retour rapide et victorieux des soldats américains. George a 14 ans, il vit paisiblement avec ses parents et ses frères et soeurs dans le quartier noir de la petite ville d'Alcolu. Un après-midi, alors qu'il promène la vache familiale, George croise deux fillettes blanches qui font une balade à vélo. Ils discutent quelques instants, mais très vite, leurs chemins se séparent. 

Sauf que les petites filles ne rentreront jamais chez elles et seront retrouvées mortes le lendemain. Aussitôt soupçonné du meurtre, George est arrêté, molesté, emprisonné... bien qu'il n'y ait aucune preuve contre lui. Il clame son innocence, mais les policiers sont trop contents d'avoir trouvé rapidement le coupable idéal pour se permettre de le relâcher. Au bout de quelques jours, il finissent par lui extorquer des aveux. 

A l'extérieur, les avis sont partagés, comme l'est la société américaine en pleine ségrégation : beaucoup demandent une mise à mort rapide, d'autres, moins nombreux et plus téméraires, veulent que les droits de George soient respectés, et qu'une vraie enquête soit menée. 

Malheureusement, à cette époque _et peut-être encore aujourd'hui..._ certaines voix comptent plus que d'autres. 

Né coupable a beau être écrit pour les jeunes lecteurs _on décèle même de la mignonnerie dans les premiers chapitres_ il n'en demeure pas moins inspiré d'une histoire vraie qui finit cruellement. Comme le texte est accessible, on compte le proposer aux 6° avec dans le cadre du concours de lecture... mais le sujet traité et l'issue tragique sont peut-être un peu rudes. Le livre a fait partie de la sélection du prix des Incorruptibles, mais pour le niveau 5°/4°. N'hésitez pas à dire ce que vous en pensez en commentaire.  

En finalement peu de pages (150 environ), Florence Cadier nous raconte bien plus qu'une injustice sur fond de racisme : elle dépeint les failles de toute une société, depuis l'emprise du Klu Klux Klan, jusqu'aux ravages de la peur sur les proches de la famille Stinney, qui deviennent des parias dans leur communauté et n'auront finalement que peu de soutien. 

A lire, donc (mais pas un dimanche soir) ; la mise en parallèle entre la silencieuse descente aux enfers de George et la place que prend le débarquement au même moment dans l'actualité est intéressante. 

CDI collège : OK, avec accompagnement pour les 6ème ; attention, c'est Talents Hauts = on ne prend pas de gants ! 

CDI lycée : le ton sera peut-être enfantin pour les lycéens, mais ça peut être un bon complément pour un travail de recherche sur la peine de mort ou la ségrégation. A regarder avec le documentaire Un coupable idéal de de Lestrade (2001), qui commence à dater mais qui reste efficace. 

Florence Cadier. Né coupable. Talents hauts, 2020. 150p. 



dimanche 20 juillet 2014

Private Liberty, T.1 "L'échelle de Kent" - Djian, Nérac (2014)


Parce qu'il faut bien se remonter le moral après tant de poésie, passons à la BD. 

Private Liberty fait partie de la sélection proposée lors de l'opération Masse Critique de Babelio (que je ne vous présente plus depuis longtemps, cliquez sur le tag, au pire ) au mois de juin. Ce sont les éditions Vagabondages, basées en Normandie depuis quelques années, qui me l'envoient. Merci ! 




L'histoire 

Officiant pour la presse locale aux alentours de Bayeux, Jean Fanal est un reporter frustré : l'actualité à la campagne n'a rien de passionnant. Solitaire, cynique, brouillé avec son père, récemment éconduit par sa copine fliquette, ce Dr House version journaliste enchaîne les verres de calvados avec son meilleur ami-psychologue avant de rentrer chez lui seul comme un con pour torréfier son aigreur.

Un matin, un drôle de fait divers vient bousculer son quotidien tout pourri. En effet, en "se promenant" sur la plage, il fait la rencontre du cadavre d'un colosse à moitié enfoui sous une voiture visiblement tombée du ciel. C'est glauque, c'est mystérieux, c'est pour lui : le voilà décidé à mener l'enquête en parallèle des policiers très vite agacés par sa présence constante sur les lieux du crime. Parmi eux, Claire, sa fameuse ex, essaie de le convaincre de lâcher l'affaire : c'en est douteux.

Jean Fanal découvre rapidement que ce meurtre est le tout dernier d'une liste conséquente de mecs imposants décimés sans raison précise. De plus, ce père distant dont il n'a plus de nouvelles depuis des lustres vient de disparaître en laissant sa maison sens dessus-dessous. Ce qu'il ne sait pas encore, c'est qu'il est directement concerné par ces sombres événements qui le passionnent et qui l'interrogent. Le voilà tombé dans un drôle de guêpier : celui de son passé familial.  


Montagnes de muscles et plages du débarquement


Eh oui, même si rien ne nous met la puce à l'oreille ni sur la couverture, si dans le résumé de l'éditeur, dites-vous que les aventures de Fanal tombent à pic avec la célébration des 70 ans du débarquement en Normandie qui s'est déroulée en juin dernier. Là, vous voyez mal le lien qu'on peut faire avec l'intrigue purement policière que j'ai essayé de vous présenter plus haut, avec plus ou moins de clarté, j'en conviens. Private Liberty T.1 "L'échelle de Kent" n'est pas une BD historique telle qu'on en connaît tous, mais elle n'est pas non plus une enquête policière ancrée dans présent. A vrai dire, et comme dans l'Histoire en général, les mares de sang du XXI° siècle trouvent leur source dans les décennies précédentes. S'il veut mener à bien son enquête, le "gratte-papier" va devoir devoir remonter le temps.



Attention, spoiler ci-dessous !
Cliquez ou pas sur le bouton ! 









"L'échelle de Kent", premier volume d'un triptyque en cours de réalisation, met en scène la "petite" histoire dans la "grande" avec efficacité. A mon avis, cette dimension historique fait que le lecteur pas très fan de polars ne va pas s'ennuyer royalement, voire même se prendre au jeu : ici, on est plus dans Cold Case que dans les Experts. Et comme dans Lost, plus on en sait, moins on comprend, mais on continue à regarder. Désolée de passer mon temps à faire des parallèles avec des séries télévisées aujourd'hui, mais, je ne sais pas pourquoi, le personnage de Fanal m'y pousse. J'ai lu des critiques plus enclines à comparer Private Liberty aux comics, ce que je veux bien croire, mais je n'en sais pas assez pour l'affirmer moi-même. Après avoir lu les propos de Nérac, l'un des scénaristes (l'autre étant Djian), je dirais que c'est probable.

En tous cas, il y a de l'action, c'est complexe mais facile à suivre, et le héros est drôle : que demander de plus ? Ah, peut-être des personnages secondaires un peu plus vivants ? En tous cas, vivement la suite, vraiment !

On peut noter comme particularité de l'album qu'on y aborde la question de la mémoire sous ses différentes formes : individuelle, parfois floue, mise en doute et même difficilement crue, partagée et cachée _aux principaux intéressés ; collective, internationale, locale, conservée _par un flic amateur de phénomènes inexpliqués.

Autant dire que le scénario ne manque pas de flashbacks, au contraire : on bondit d'une décennie à une autre aussi rapidement que Superman saute d'un gratte-ciel à l'immeuble voisin, alors accrochez-vous ! Heureusement, grâce à une mise en couleur différenciée des époques, on ne s'embrouille pas : des teintes chaudes font briller la ville de Bayeux de nos jours, le décor est assombri lorsqu'on se plonge dans les heures précédent le débarquement, tandis que les souvenirs de Georges, le flic-archiviste de l'étrange, sont jaunis comme de vieilles photos. Merci Kanigaro, donc, si je ne me trompe pas dans la répartition des tâches.      

   
Ici, c'est la Basse-Normandie



Cependant, l'essentiel de l'action a lieu de nos jours, dans le Calvados ; si tout n'est que fiction, les décors s'inspirent de lieux bien réels _et bien représentés :

- Omaha Beach, Colleville-sur-mer



- la place Charles de Gaulle à Bayeux

- la forêt de Balleroy (ou de Cerisy, il semblerait qu'elle ait deux noms)


- La batterie de Longues-sur-mer



Normandie power ! J'ai rencontré des Normandes cette année (Amélie** et Marion***), il faut croire que les gens sont sympas là-bas parce qu'elles ont bien égayé mon quotidien ! Tout ça m'a fait penser à elles, même si je ne sais plus de quel coin elles sont, exactement.

DJIAN, Jean-Blaise ; NERAC ; TERNON, Cyrille ; KANIGARO. Private Liberty, tome 1 : L'échelle de Kent. Éditions Vagabondages. Bayeux, 2014.  56 p. ISBN : 978-2-9181-4319-2


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* Private = soldat de deuxième classe, si j'ai bien compris
** Coucou !!
*** Bonsooiiir !!