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mardi 30 décembre 2025

[MASSE CRITIQUE] A la recherche du damier à galons. L'histoire secrète du FC Lorient. Ornella Centineo ; Martin Le Blévec ; Tim Cadic (Studio Makma) ; Hugo James (2025)

Le foot ne m'intéressait pas, avant que j'arrive au lycée. C'est en entrant en seconde que j'ai remarqué que le parcours de l'équipe de France, la D1 et les coupes d'Europe tenaient lieu de facteurs d'intégration. Tout le monde avait l'air de suivre une équipe, même de loin, et les gens se vannaient à coups de blagues de supporters que je ne comprenais pas. Notre prof d'histoire-géo arborait régulièrement des fringues FCGB : est-ce qu'il espérait attirer notre sympathie de cette manière ? on se le demandait parfois ; malgré tous ses efforts pour nous faire avancer dans le programme, on a mis une misère pas possible à ce jeune stagiaire affublé de lunettes fines, d'un gros épi sur le front, et bourré de tics nerveux. Après coup, j'ai compris que c'était juste un vrai supporter, passionné de son club. 

Il fallait que je range d'un côté ou d'un autre pour par être trop larguée, alors j'ai commencé à suivre les matchs des Girondins de Bordeaux, comme la majorité des Périgourdins. 

On était fin 2001 ; un dimanche d'octobre, c'est venu comme ça. J'ai branché sur WitFM mon petit radiocassette tellement stylé et j'ai écouté ce qui se passait. Un devoir à faire parmi tant d'autres. C'était Bordeaux-Metz, au stade Chaban Delmas. Il ne se passait pas grand chose, mais la voix du commentateur (Alain Bauderon ? pas sûre...) rendait la moindre passe spectaculaire. Aux silences du journaliste répondaient les chants des supporters du Virage Sud. Dugarry commençait à s'agacer. Le suspense était insoutenable ; il l'a été encore plus lorsque Pauleta a ouvert le score à la 85ème minute, car cela voulait dire qu'il en restait encore 5, "sans compter le temps additionnel" pour "tenir" le score et empocher les 3 points. Ce qui s'est finalement bien produit. 

A la fin de la retransmission, j'ai noté consciencieusement la date et l'heure du prochain match : la machine était lancée, j'avais hâte de suivre à nouveau "mon" équipe de guerriers. Il ne s'agissait même plus d'avoir la satisfaction de comprendre de quoi parleraient les autres le lendemain ; l'intérêt était véritable. 

Il ne s'est jamais vraiment éteint, depuis. Bien sûr, la phase groupie est derrière moi, et ça fait longtemps que je ne découpe plus les unes de Sud-Ouest Dimanche et le cahier sport du lundi pour tapisser les murs de ma chambre. Mais dès que j'en ai l'occasion, je regarde les matchs de N2 des Girondins, ou j'écoute Julien Bée les commenter à la radio, avec la certitude qu'un jour l'équipe bordelaise retrouverai l'élite ! 


Merci à Babelio et aux Editions Ouest France pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération Masse Critique.  


A la recherche du damier à galons. L'histoire secrète du FC Lorient. 

Studio Makma - Ornella Centineo 

Editions Ouest France, 2025 




Connaissez-vous le stade du Moustoir ? Savez-vous qui sont les Merlus ? Est-ce que vous vous souvenez du dernier match de Baki ? Etiez-vous dans les tribunes ou devant la télé lors de la finale de la Coupe de France de foot, en mai 2002 ? 

Si vous répondez par la négative à toutes ces questions, ce n'est pas grave : il vous suffira d'ouvrir la bande dessinée A la recherche du damier à galons et de suivre Victor, le héros, dans ses aventures spatio-temporelles pour tout comprendre. Et si, au contraire, vous avez tout de suite vu où je voulais en venir : bravo, ça veut dire que vous en savez déjà beaucoup sur le FC Lorient, que vous y êtes sans doute assez attaché..  Cette même BD va vous rendre incollable sur l'histoire du club _mais aussi nostalgique, probablement.

En 2026, le Football Club de Lorient célèbrera ses cent ans. A cette occasion, le studio Makma et la dessinatrice Ornella Centineo viennent de sortir un roman graphique pour rendre hommage aux figures emblématiques du club et à des lieux incontournables de la ville de Lorient _dont l'histoire s'entremêle avec celle des Merlus. 

Le défi était de taille : rendre compte de tout un siècle riche en rebondissements, faire la part belle aux fondateurs de l'équipe bretonne comme à ses piliers actuels, sous forme de BD one shot, pour tous publics, novices comme fans absolus... pas simple ! Mais les scénaristes ont vraiment bien mené leur barque. 

Les premières planches nous présentent donc Victor, un jeune supporter des Merlus venu encourager son équipe pour le premier match de cette saison 2025/2026. L'ambiance est bonne, mais il se sent triste : on comprend qu'il vient de perdre sa grand-mère, elle-même fervente supportrice. 

Dans un coffre que Mamie Suzanne lui a légué en guise de trésor familial, il découvre des documents d'archives qui lui laissent entendre que le légendaire "damier à galons", tout premier maillot de l'équipe lorientaise, existerait bel et bien, et qu'il serait caché quelque part dans la ville... 

Soudainement obsédé par le tricot collector, Victor décide de mener l'enquête, d'abord dans les locaux du FCL, puis dans l'immeuble où était situé le siège du club, autrefois.. Là-bas, il va mettre les pieds dans un étrange ascenseur capable de lui faire remonter le temps. Successivement, le jeune supporter va revivre les premiers matchs en D1, l'annonce officielle de la naissance du club par Caroline Cuissard, la "mère" de la Marée Sportive puis du FCL, le nouveau départ en DRH, le rôle de certains joueurs pendant la Seconde guerre mondiale.. et bien d'autres temps forts.

Bien sûr, chaque étape est blindée de clins d'œil qui raviront les fans des Merlus ; pour les autres, pas de panique : un petit dossier documentaire en fin d'ouvrage vous explique tout, point par point. 

A la recherche du damier à galons touche la corde sensible de tous les supporters, pas seulement ceux du FC Lorient, pas seulement les amateurs de football : après tout, chaque club sportif a son lot d'histoires de famille, d'anecdotes, d'évènements marquants... La "transmission" de l'engagement pour une équipe à travers les générations est vraiment bien décrite ; elle nous rappelle que derrière les vitrines, les joueurs professionnels et les sponsors, ce sont aussi les anonymes _spectateurs ou personnalités oubliées_ qui tiennent la barraque. 

On notera qu'on apprend beaucoup de choses sur la ville, son évolution, sa reconstruction, indépendamment des questions footballistiques ; on sent que cette BD est bien documentée. 

Une bien belle découverte, donc ! J'avoue avoir été parfois dépassée _surtout au début, par la touche fantastique et par tous ces voyages dans le temps qui s'enchaînent... mais on se prend vite au jeu. 



dimanche 23 novembre 2025

[MASSE CRITIQUE] ThrillerVille - Lerenard / Puvilland (2025)

Heureusement qu'il reste des livres à lire, des pieds pour courir et des cartons à faire... La vie serait impossible autrement. 


TranquilleVille est un patelin à première vue semblable à bien d'autres au Québec : situé au cœur d'une forêt dense et perforé par un lac aux attractions surprenantes, ses habitants se croisent ou se retrouvent entre la supérette, le bar, le poste de police plus ou moins animé, le fast-food et la station de radio locale ... 

Mais en y regardant le plus près, il semblerait que la ville porte assez mal son nom. En effet, d'étranges événements s'y produisent depuis des décennies : certains évoquent un sasquatch mangeur d'hommes, d'autres un monstre du lac... et tous frissonnent au souvenir de La Machine, un tueur en série aux allures de colosse, qui a heureusement été arrêté. 

Malgré tout, la vie suit son cours : les jeunes font du motocross dans les bois, Madame Marquette va aux champignons malgré les interdits du garde forestier, tandis que Bérubé lance des bâtons de dynamite dans le lac. Le soir, tout ce petit monde part boire des coups à la Barbière... fameux bar à bières où le sergent McKenzie va apprendre que La Machine s'est évadé de prison. 

Tranquille Ville est à deux doigts de redevenir Thriller Ville... mais personne ne s'en doute. 

Cette bande dessinée m'a été envoyée dans le cadre de l'opération Masse Critique "Mauvais genres" : merci donc à Babelio et à Daniel Maghen Editions pour cette belle découverte. 

Accrochez-vous ! Les premières planches vous paraîtront déstabilisantes voire difficiles à comprendre, car les nombreux personnages sont présentés pêle-mêle, dans des situations un peu WTF qu'on a bien du mal à cerner. 

Mais au fur et à mesure, un fil rouge se dégage ; les liens entre les protagonistes s'éclaircissent grâce à des flashbacks improbables que les auteurs nous dévoilent, et tous deviennent terriblement attachants en dépit des actes horribles qu'ils commettent ! Pas de gentils, pas de méchants, juste des humains siphonnés à des degrés différents, ou simplement dépassés par leur bienveillance... 

A noter la présence de plusieurs figures féminines fortes : Lio la journaliste qui met les pieds dans le plat, Nelly la garagiste championne de bras de fer, Bernadette la patronne du burger.. 

La construction de l'histoire vraiment astucieuse ; il y aurait matière à faire une série horrifique de tout ça ! Horrifique, car, il faut bien le reconnaître, on tranche dans le vif à ThrillerVille : poules égorgées (sacrilège !), corps poignardés, membre arrachés... Si on ne nous épargne rien visuellement, les vignettes gore sont cependant toujours contrebalancées par une bulle marrante ou une scène décalée : rien de trop stressant au final _ même si forcément, ce n'est pas un BD qui risque de finir au CDI, ahah !

Une BD parfaite pour les amateurs d'humour noir, d'action, de bizarreries et de décors canadiens. Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé !  

ThrillerVille 

Lerenard / Puvilland 

DM Editions, 2025


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dimanche 14 janvier 2024

[MASSE CRITIQUE] Le sourire du singe - Ludovic Flamant ; Hideki Oki (2023)

Merci à Babelio et à Esperluète Éditions pour l'envoi du livre Le sourire du singe dans le cadre de l'opération Masse Critique.  


Un homme vient d'être enfermé dans la cage aux singes d'un zoo ; par qui ? pour quelle raison ? On ne le sait pas, et on ne le saura jamais : dans cet album écrit par Ludovic Flamant et illustré par Hideki Oki, le contexte n'a pas grande importance. On s'intéresse surtout à la phase d'adaptation de cet homme, qui est aussi le narrateur, à son nouveau lieu de vie et à ses nouveaux voisins. Chaque double page présente une nouvelle étape de son cheminement moral et dresse le portrait d'un singe _du singe qu'il observe au moment où il nous parle, peut-être : d'abord, l'"homo sapiens" se focalise sur l'incongruité de ce qui lui arrive ; puis il perd l'espoir d'"être délivré". Alors, résigné, il se tourne vers les singes et commence à les observer, à distinguer chimpanzés, lémuriens et orangs-outangs, et surtout à ne plus les prendre de haut. Il se surprend même à les comprendre et à partager leurs centres d'intérêt. 



Même si Ludovic Flamant est plutôt connu pour ses livres destinés aux enfants, Le sourire du singe est un album tous publics qui fait réfléchir aux différences, à la gymnastique intérieure qui nous permet d'envisager d'autres manières de percevoir le monde, de nous habituer plus ou moins rapidement à un nouvel environnement. Les illustrations de Hideki Oki sont très colorées ; la façon dont il représente ses singes, toujours porteurs d'une expression nouvelle, a quelque chose d'enfantin. Peut-être parce qu'il dessine au feutre, sous forme de traits verticaux et horizontaux.   


Une lecture qui nous aide à rester humbles (face à la nature, et envers ceux qu'on toise).   

Ludovic FLAMANT ; Hideki OKI. Le sourire du singe. Esperluète Éditions, 2023. 23 p.  


mercredi 27 octobre 2021

[MASSE CRITIQUE] Zones d'admiration - Jean Esponde (2021)

Merci à l'Atelier de l'agneau et à Babelio pour l'envoi de Zones d'admiration dans le cadre de l'opération Masse Critique. 

Encore une fois, j'ai attendu le dernier moment pour publier une critique de ce nouvel ouvrage poétique de l'écrivain Jean Esponde. Non que la lecture ait été fastidieuse ou déplaisante ; mais il m'a toujours semblé difficile de me prononcer sur de la poésie, qu'elle soit écrite en vers ou en prose. L'exercice est encore plus ardu lorsqu'on ne connaît pas du tout l'auteur, comme c'était le cas en l'occurrence, jusqu'à ces derniers jours. Je vais donc faire ce que je peux. 



Zones d'admiration ne se présente pas comme le recueil de poèmes auquel on pourrait s'attendre mais plutôt comme un petit livre protéiforme organisé en plusieurs grandes parties de tailles variables. Si la première s'intitule "Peintures", c'est bien Jean Esponde qui tire un portrait parfois documenté et parfois rêvé d'anonymes _tels que les premiers artistes de Lascaux, ou de génies qui ont fait date : Picasso, Frida Kahlo, Shitao... Pour mieux leur rendre hommage, il se plonge dans leur époque, dans leur espace, et imagine ce qu'ils ont pu penser, se dire. La deuxième grande étape du voyage se focalise sur "Quatre poètes", autour desquels l'auteur brode des textes qui auraient pu être des biographies, mais qui manifestement n'en sont pas. Il s'agit de Rimbaud, de Segalen _omniprésents dans l'oeuvre, du trop souvent oublié Héraclite, du sulfureux Genet.  "Enseignement sans parole" apporte une touche philosophique à l'ensemble, et nous fait part de belles réflexions croisées sur les différents modes d'expression. Jean Esponde s'amuse à mettre en scène successivement Lao Tseu, Lu Ji et Héraclite. Guerres, Le Devenir et La Civière, plus courtes, forment un ensemble où, à mon avis, la condition humaine est traitée sous ses angles les plus sombres.


En une centaine de pages, Jean Esponde parvient à réunir des millénaires de culture, en nous amenant aux quatre coins du Monde. Aucune des figures qu'il admire et qui l'inspirent ne semble avoir été oubliée. Si, à première vue, l'ouvrage a l'air d'une boîte pleine de pièces de puzzle mélangées, une deuxième lecture évoquera plutôt une page web pourvue de nombreux liens hypertexte : Lascaux, Laas Geel, Lao Tseu, Rimbaud, Héraclite : tout se tient, tous se tiennent par la main, pour une raison ou une autre. Ce panorama éclectique des arts et cette fracture pure et simple des barrières spatio-temporelles sont déroutants ; mais ils ont l'avantage de nous libérer de nos carcans, de nous permettre des regards croisés sur des artistes, des courants artistiques et philosophiques qu'on ne songerait jamais à comparer, habitués que nous sommes à tout cloisonner. D'ailleurs, le poète ne se contente pas de poser des sages et des artistes inspirants les uns à côté des autres, puisqu'il s'essaie _avec succès_ à les incarner ou à les faire dialoguer. Qu'il possède ou non le bagage culturel lui permettant de saisir toutes les références auxquelles Jean Esponde fait allusion, le lecteur sortira grandi et/ou troublé de cette expérience littéraire unique en son genre.       

Jean ESPONDE. Zones d'admiration. Atelier de l'agneau, 2021. 125 p. ISBN 978-2-37428-047-9


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dimanche 1 août 2021

[MASSE CRITIQUE] Oser s'impliquer pour transformer la démocratie - Guide pratique - tome 2 - Christian Proust (2021)

 Merci à Babelio et aux éditions Rue de l'Echiquier pour l'envoi du tout récend "guide pratique" Oser s'impliquer pour transformer la démocratie (tome 2), écrit par Christian Proust, fin connaisseur du monde de la politique locale. 


Qu'on aille voter ou pas, on est nombreux à penser que les questions de politique ne nous concernent pas directement. Au fond, est-ce qu'on a vraiment notre mot à dire ? Ce sont les élus qui prennent les décisions dans une société où le vote n'est plus rien d'autre qu'un simulacre de démocratie. "Ils" sont formés et payés pour ça, après tout. On les regarde faire de loin, en se gardant bien de mettre les mains dans la roue : si on s'en mêlait, notre absence de légitimité se verrait au premier coup d'œil. 


Peut-être qu'on se trompe. La lecture de ce nouveau livre de Christian Proust nous permet d'élargir un peu notre champ de vision en nous décrivant plusieurs exemples de collectifs qui se montrent tous capables de faire évoluer leur municipalité, à leur échelle. Tous sont composés de citoyens lambda qui n'ont pas le "profil de l'emploi", sur le papier, et minoritaires sont ceux rattachés à un parti politique.


L'ouvrage s'organise en trois grandes parties. La première retrace la campagne des élections municipales 2020 de plusieurs collectifs citoyens, basés un peu partout en France, notamment en Martinique, à Poitiers, à La Crèche, à Annecy, à Saint-Médard en Jalles... L'auteur est allé à leur rencontre et il a su amener certains de leur membres à s'exprimer sur leurs aspirations et leur façon de s'organiser. Très souvent, ces groupes veulent rompre avec le mode de fonctionnement "traditionnel" d'une campagne telle qu'elle est menée par les partis politiques, qui implique beaucoup de rapports de force dans les équipes et une prise en compte moindre de l'électorat.    


Dans sa deuxième partie, Christian Proust revient sur les lieux déjà arpentés dans les premiers chapitres, mais plus tard, à la suite des résultats du premier tour des élections. C'est l'occasion de prendre le pouls : qui a réussi à convaincre ? quel premier bilan peut-on tirer de cette campagne, en positif et en négatif ? comment gérer l'épineuse période de l'entre-deux tours ? comment les collectifs imaginent-ils l'avenir, la concrétisation de leurs idées au conseil municipal, qu'ils aient été élus ou pas ? Beaucoup d'entretiens ont été réalisés et retranscrits dans ce livre ; il y est beaucoup question de citoyenneté, de parité, de l'affirmation des femmes dans les collectifs citoyens, de l'importance de la proximité avec la population, de l'environnement. 



En troisième et dernier temps, l'auteur nous annexe des outils, des exemples de contrats et de chartes nécessaires au bon fonctionnement d'un groupe, et d'autres documents auxquels il est fait référence dans les parties 1 et 2. Ils peuvent être utilisés dans d'autres cadres que celui d'une municipalité. Je me souviens d'avoir eu une séance de mise en situation des chapeaux de Bono _ou quelque chose d'assez similaire_ à l'IUFM, il y a de cela quelques années. Ca fait longtemps que ça s'appelle plus l'IUFM. 

Christian Proust s'appuie sur des cas concrets ; il a pris le parti d'interviewer des membres de collectifs citoyens qui s'expriment simplement, sans ambages, sans masquer leurs difficultés. Certains n'hésitent pas à dire qu'ils se sont engagés pour être sûr d'avoir un impact sur la vie locale, mais sans vraiment croire à une "victoire".  



Oser s'impliquer pour transformer la démocratie - 2 bénéficie d'une belle présentation dans la mise en page ; il contient beaucoup de fiches imprimées en couleur qui facilitent la lecture en lui donnant ce côté "guide pratique" qui apparaît dans le sous-titre. Si les parties 1 et 2 se suivent chronologiquement, rien ne nous oblige à les lire en suivant l'ordre des pages. Chacune des trois, et a fortiori la dernière, peuvent être parcourues indépendamment les unes de autres. 

Accessible à tous, même pour quelqu'un qui n'est pas forcément impliqué dans la vie politique, ce "guide" nous ouvre les yeux : en effet, il nous montre que la vision sclérosée du monde politique _ laquelle les plus de 30 ans qui ont vécu une époque "gauche / droite" avec ses candidats "phares" n'échappent pas_ n'a plus lieu d'être.   

Bien sûr, ce qui me connaissent ne seront guère surpris d'apprendre que je n'ai pas lu le tome 1 ; pas d'inquiétude, ça ne gêne pas la compréhension du 2. 

Si vous voulez un résumé plus clair et plus juste de ce livre, voici une interview de l'auteur sur Radio Gâtine, disponible en podcast ici.

Ce livre ne défend aucun parti politique _à moins qu'il l'ait fait avec une subtilité qui me dépasse ?.. Il décrit et analyse de nouvelles manières de mettre en pratique la démocratie, et en ce sens, il me paraît intéressant pour des futurs électeurs et citoyens en herbe. 

Christian PROUST. Oser s'impliquer pour transformer la démocratie - Tome 2 - Guide pratique. Rue de l'Échiquier, 2021. 294 p. ISBN 978-2-37425-270-4


La minute hors-sujet !

Voici la balade du dimanche matin ; petit rythme mais j'ai bien sué ma race quand même ! 




samedi 5 juin 2021

[MASSE CRITIQUE] The Ride-on King - Yasushi Baba (2019)

Merci à Babelio et aux Éditions Kurokawa pour l'envoi du premier tome du manga The Ride-On King, dans le cadre de l'opération Masse Critique.  


Oh oh, le bel O.V.N.I ! J'avoue que je n'avais pas du tout senti venir la fantaisie de ce tome inaugural d'une série qu'on espère longue, malgré une couverture prometteuse _et volaillère, ce qui n'est jamais pour me contrarier !  

L'histoire 

Qu'est-ce qui se passe quand on a déjà tout ce qu'on désire ? Eh bien c'est simple : on se fait ch***. Alexandre Ploutinov en sait quelque chose : maintenant qu'il a fait de la Prussie une république puissante dont il est devenu le président à vie, après moultes conquêtes menées à la tête de son armée, maintenant qu'il a assouvi sa passion de chevaucher tous les animaux et véhicules possibles et imaginables, ce maître en arts martiaux ultra-viril ne sait plus quel sens donner à sa vie. Aussi, c'est en tirant quotidiennement une tronche de deux mètres de long qu'il endosse ses responsabilités de chef d'état, arpentant les rues à dos de tigre.
    



Un jour, Ploutinov est victime d'un attentat : la tête d'une immense statue à son effigie lui tombe dessus. Alors que tout le monde constate avec stupeur que son corps a disparu, le despote mélancolique se réveille dans un univers médiéval fantastique qui lui est inconnu... et où il est inconnu des habitants.   

Pas le temps de se poser de questions : le héros débarque au beau milieu d'un combat opposant une guivre _un dragon_ bien vénère à Saki l'aventurière et Bell la magicienne. L'affaire et mal engagée pour ce binôme qui paie visiblement les conséquences de quelques erreurs de jeunesse. Ploutinov va bien sûr les tirer d'affaire de quelques coups de savate. Saki et Bell vont alors se donner pour mission guider ses premiers pas dans un environnement qu'il ne maîtrise pas du tout, pour une fois.

Le président ne se laisse pas gagner par l'angoisse : une fois son sort accepté, il part en quête de défis à relever et d'injustices à condamner. Mais les Terres Magiques ne sont pas la Prussie : même si ses prédispositions à jouer des poings et à dialoguer avec les animaux forcent le respect, ici il n'est pas le chef, mais un type qui ne connaît pas les codes, et qui inspire plus de méfiance que d'admiration. 

Eh, ça vous rappelle pas quelqu'un ? 



Vent de fraîcheur

C'est curieux : les premières planches de ce manga m'ont d'abord laissée perplexe. Je n'étais convaincue ni par cette drôle de version dépressive de Poutine, ni par les deux petites guerrières délurées et un poil cruches qui me semblaient sorties d'un jeu de RPG où elles auraient sans doute eu des voix hyper aigües, ni par le décor fantasy relativement prévisible. 

Au moment où je me disais que l'histoire prenait un tournant vraiment trop WTF, même pour moi, je me suis mise à adhérer au délire de Yasushi Baba. Peut-être l'entrée en scène bien pensée des Centaures, qui représentent ici le peuple persécuté par excellence, m'a-t-elle attendrie ; il est vrai que leur arrivée apporte une profondeur à l'action et introduit une réflexion sur le respect des différences, sur l'égalité, sur la confiance... qu'on n'attendait plus. Quelques touches comiques sont également à relever et viennent nous rappeler que The Ride-on king sera perché ou ne sera pas. Au final, ce manga est franchement une bonne surprise ; qui lira le premier tome aura sans doute envie de connaître la suite. 

Yasushi Baba. Le Ride-on King - 1. Kurokawa, 2019. ISBN 978-2-380-71018-2 






vendredi 23 avril 2021

[MASSE CRITIQUE - BABELIO] La part des chiens - Marcus Malte (2003)

Merci à Babelio et aux Editions Zulma pour l'envoi de La part des chiens, dans le cadre de l'opération Masse Critique. Ce roman écrit par Marcus Malte a d'abord été publié en 2003 avant d'être réédité en format poche cette année. 

L'histoire 

Zodiak et Roman dit "le polac" cherchent Sonia inlassablement, depuis de longs mois. 

Sonia, c'est la femme du premier et la sœur du second ; cette jeune funambule de talent s'est comme évaporée du camp de forains dans lequel ils vivaient tous les trois, et depuis ce jour, ils tentent de retrouver sa trace. Mais la tâche est ardue ; on comprend vite que Zodiak et Roman n'ont en leur faveur que leur solide amitié et leur amour pour la disparue. 

La part des chiens débute par leur arrivée nocturne dans une ville portuaire dont on ne connaîtra jamais le nom : ils semblent y avoir flairé une piste et s'immergent dans les ruelles les plus glauques, parce qu'ils savent bien que les clefs des lieux compromettants finissent toujours dans les bas-fonds. Les deux hommes ne paient pas de mine sous leurs allures de marginaux, mais gare à ceux qui tenteraient de les prendre de haut ! Leur détermination ne connaît ni les limites de la morale, ni les travers de la fierté, ni les codes de l'honneur. Si, pour arriver à leurs fins, ils doivent frayer avec la frange la plus malsaine de la population locale, en découdre avec des gros bras, secouer des prostituées ou encore supporter une projection de films pédopornographiques crânement présentée par le propriétaire d'un cinéma miteux sans tout de suite le dégommer... ils le feront. 


Saint Germain du Salembre
Sortie à vélo du 18 avril.
Non, ça n'a rien à voir avec le livre, et alors ? C'est mon blog !


Ambiance sombre et sublime 

Ne connaissant pas du tout l'auteur, j'ai lu quelques critiques en parcourant Internet. Il semblerait que Marcus Malte soit connu depuis longtemps pour sa capacité à mêler efficacement le glauque à la poésie dans ses textes ; c'est effectivement le cas dans La part des chiens, où les différents chapitres alternent en douche écossaise : le lecteur suit Zodiak et Roman dans leur enquête, avec toute la violence qu'elle sous-entend, puis remonte le temps au gré d'un narrateur omniscient peut-être soucieux de nous faire faire des pauses régénératives ? On vit alors le coup de foudre qui a touché Zodiak lors de sa première rencontre avec Sonia, aussi onirique que chelou _ il avait douze ans, elle huit ET elle était à poil..., on découvre le sage astrologue Aghara qui prendra le héros sous son aile, l'univers pourri de ce camp de roulottes dans lequel les protagonistes surnagent ou tirent leur épingle du jeu avec beaucoup de mérite. Toujours est-il que ces petits flashbacks nous aident à mieux comprendre l'histoire qui se déroule sous nos yeux, et notamment le contexte de la disparition de la funambule. 

Ils apportent aussi la dimension d'enquête du roman ; en effet, la quatrième de couverture qualifie l'histoire de "roman noir", et j'ai d'abord eu un peu de mal à l'identifier comme tel : oui, les personnages sont des cas sociaux et évoluent dans un univers sombre, laissant peu de place à l'espoir. Mais pas d'inspecteur à l'horizon, pas d'indices, pas le moindre élément concret susceptible de rappeler un roman policier. Au fil des pages, on comprend que Zodiak est dans une démarche d'investigation : de bouges crasseux en locaux désaffectés, il sonde, menace, dialogue pour retrouver la piste de son âme sœur. Il tire des déductions de ce qu'il arrive à faire cracher à ses interlocuteurs. Ok, va pour le roman noir... De toute façon j'y connais rien, et puis on s'en moque. La complexité des personnages me semble être un point plus important à observer.  



La brochette n'était pas végan !   

En chien fidèle, Roman se contente d'obéir aveuglément aux ordres d'un binôme qu'il adule autant qu'il le craint. Du moins lorsqu'il n'est pas en train d'essayer de calmer son appétit gargantuesque. Pourtant, les dernières phrases qu'ils prononcera dans l'un des derniers chapitres seront peut-être celles de la vérité... Le polac n'est pas plus Watson que son beau-frère est Sherlock Holmes : au fond, sous un vernis de raisonnement rationnel, Zodiak n'est jamais guidé que par ce que lui dicte son coeur, et par sa capacité à lire l'avenir dans les constellations. A chaque rencontre, il est catalogué comme le "cerveau", quand Roman se voit systématiquement coller une étiquette de brute épaisse sur le front. Certes, leur équipe est aussi complémentaire que le laissent présager les apparences, mais pas pour les raisons que l'on croit : ils se connaissent depuis l'enfance, les deux hommes se respectent mutuellement _ Zodiak ne s'énerve jamais contre les boulettes de Roman, Roman prend soin d'épargner à Zodiak son point de vue sur leur quête_, et ils aiment Sonia plus que leur propre personne. De la fameuse Sonia, on ne saura pas grand chose que ce que nous laissent entrevoir les "chapitres flash-back" : prometteuse depuis ses jeunes années, elle excelle comme funambule et semble rendre à Zodiak l'intérêt qu'il lui porte. Quelques figures secondaires ne manqueront pas de s'imprimer dans la mémoire du lecteur : Igor Pécou, l'homme haut d'un mètre quarante et délesté de l'une de ses jambes suite à une mésaventure, propriétaire d'un cinéma porno et acteur dans certains des films projetés. ou "Monsieur Victor", dit "le Prince", un fils de maçon devenu gangster, qui n'a tellement pas la tête de l'emploi qu'on se demande bien comment ça a pu marcher pour lui.      

     

Il faut que je trouve un moment pour parler de cette BD.
Il y aurait pas mal de parallèles à faire avec La part des chiens, en plus !

Etre un malfrat s'apprend, même s'il faut des prérequis. De même, décrire la violence sous toutes ses formes n'est pas donné à tout le monde. Marcus Malte sait le faire. D'un bout à l'autre de l'oeuvre, les scènes trash, cruelles ou simplement très réalistes s'enchaînent sans que ce soit de trop. La scène de la "projection forcée" du film (j'en dirai pas plus pour pas spoiler) a notamment été très difficile à lire tant les images données m'étaient dures à encaisser. Je crois que je n'avais pas ressenti un tel malaise depuis la lecture de Ca de Stephen King, qui reste ma référence en la matière, traitez-moi de fragile si le cœur vous en dit. L'auteur réveille tellement bien nos instincts qu'on en vient à distinguer complètement l'acte répréhensible, destructeur, criminel..  de "ce qui est mal". Je ne serai sans doute pas la seule à avoir trouvé ce drôle de duo de forains de plus en plus attachant au fur et à mesure qu'ils commettent des horreurs... 

La part des chiens est une étrange expérience de lecture que tout le monde devrait vivre au moins une fois ! 

Marcus MALTE. La part des chiens. Editions Zulma, 2021. 270 p. ISBN 9791038700031


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dimanche 25 octobre 2020

Le voyage d'Alice Sandair - Jacqueline Merville (2020)

 

Quand on a une merde de chien collée sous la chaussure, on avance, on marche dans l'eau, on court dans l'herbe, et tôt ou tard elle finit par tomber. 
Avec la colère, on peut procéder de la même façon ; ça prend plus de temps, ça ne marche pas toujours, mais ça se tente. 

Lundi matin, au parc de la Villette.
Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai couru dans l'idée qu'un jour, il y aurait peut-être quelqu'un au bout du chemin.


Merci à Babelio et aux Éditions Des femmes
pour l'envoi du dernier livre de Jacqueline Merville intitulé Le voyage d'Alice Sandair. 


Famille, amis, villes et campagnes, attrait pour l'écriture... Alice Sandair a tout plaqué pour aller en Inde et s'installer sur le plateau du Deccan. Jusqu'à tirer un trait sur son identité civile, jusqu'à accepter d'être considérée comme morte pour l'administration française. Pourquoi a-t-elle décidé de prendre un aller sans retour avec pour tout objectif une forêt de bambous plantée à l'autre bout du monde ? On l'apprendra, ou pas, en lisant les bribes de son cheminement intérieur raconté chapitre après chapitre, au fil des pensées de l'héroïne.

En effet, Alice, qu'on appellerait bien volontiers par son nouveau nom indien si on le connaissait, est un électron libre. En Europe comme en Inde, elle ne suivra jamais le mouvement, préférant observer, ressentir et se laisser porter ; si sa quête de soi l'amène à consulter des guides tels qu'un maître spirituel qu'elle nomme "le philosophe" ou à se laisser aller à la méditation, on sent qu'elle ne s'y abandonne jamais totalement. Elle construit sa propre route, et cela lui convient ; ainsi, elle fera la rencontre de James, en qui elle trouvera un compagnon de route qu'on devine aussi épris de liberté qu'elle. On partagera quelques lointains souvenirs de son autre vie avec sa mère, dernier filament du cordon qui la relie à la France, et avec Pierre, cet ami malade incurable qui a su l'encourager à prendre son envol.     

Le voyage d'Alice Sandair n'est pas Caroline aux Indes : Jacqueline Merville ne nous écrit pas le roman initiatique plein d'aventures que le titre laisse imaginer, mais elle nous fait part d'un récit étrange, insaisissable, et peut-être en partie autobiographique ? d'un périple intérieur. C'est pourquoi j'ai bien du mal à résumer les 230 pages d'un livre que j'ai pourtant trouvé facile et agréable à lire. Disons que les pages ont filé comme de l'eau entre mes doigts, un peu comme les journées, les mois et les années de la nouvelle vie indienne d'Alice... sans violence, sans laisser de traces. 

Il faut dire qu'au bout d'un moment, les balises du temps s'estompent tellement qu'on a du mal à définir un semblant de calendrier dans l'évolution géographique et intérieure d'Alice... peut-être parce qu'il ne faut tout simplement pas chercher à le faire.  



Cet album (daté de 1962) sent un peu fort le temps des colonies...
Mais quand même, je l'aime tellement !


Je reconnais que j'ai eu du mal à me raccrocher aux wagons de ce voyage intérieur*. Pour y parvenir réellement, il aurait fallu que je puisse m'identifier au moins un peu au personnage principal ; mais Alice a déjà tellement d'identités qu'il n'y avait plus vraiment de place pour moi ! Alors je me suis contentée de contempler l'histoire de l'extérieur, passant à côté de plein d'éléments trop personnels ou trop poétiques pour moi.... 

Cela dit, j'ai bien aimé partager les découvertes de l'héroïne, qui arrive en Inde avec une "image" d'une culture, et qui, une fois sur place, réalise qu'elle n'en connaissait que quelques facettes. Il est certain que le lecteur en quête d'action risque fort de rester sur sa faim... On est nombreux à vivre à cent à l'heure, parfois malgré nous, parfois parce qu'on le veut bien aussi, obnubilés qu'on est par l'efficacité, la productivité : forcément, l'attitude contemplative d'Alice peut nous déconcerter, voire nous impatienter... et c'est très bien comme ça : rien de mieux qu'un livre-OVNI pour casser ses petites habitudes ! 

Jacqueline MERVILLE. Le voyage d'Alice Sandair. Editions des Femmes, 2020. ISBN 9782721007186


*Je ne suis pas peu fière de ma métaphore ! #cartegrandvoyageurSNCF



mercredi 4 mars 2020

Infiniment - Marie-Françoise Montagné (2020)


Merci à Babelio et aux éditions Les Cahiers d'Illador pour l'envoi de ce recueil de poésies écrites par Marie-Françoise Montagné entre 1950 et 2016, et publié en 2020 à titre posthume. 




Il semblerait que Marie-Françoise Montagné n'ait pas composé ses poèmes dans la perspective de les publier, du moins pas de son vivant. C'est bien dommage qu'on ne puisse plus la remercier de nous avoir laissé cet héritage. C'eût été encore plus dommage qu'ils n'arrivent jamais jusqu'à nous. 

De l'enfance à l'âge d'être grand-mère, c'est toute une vie que Marie-Françoise Montagné nous raconte à travers ses textes : partant des souvenirs, de la redécouverte d'un portrait ancien, elle nous livre tous les ressentis qui ponctuent une existence. La sienne, mais pas seulement. L'artiste parle de la vie, en général, celle qu'elle observe dans son entourage, celle des inconnus qu'elle croise. Celle du quotidien. Celle des gens qui s'aiment, divorcent, connaissent l'insomnie, chantent, se sentent seuls. Ils sonnent extraordinairement juste, même pour le lecteur d'aujourd'hui. De mémoire, je n'ai jamais lu de poème qui raconte de manière aussi parlante la difficulté à trouver le sommeil !


Ô nuit, tu es si longue ! 
Il te vient des idées
Une foule d'idées 
Qui, le jour retrouvé, 
Te sembleront bien folles, 
Tu reprendras alors 
Le vieux moi tu matin 
La nuit anéantie 
Te rendra à la vie 


La figure de l'enfant est un peu le fil rouge de l'oeuvre de Marie-Françoise Montagné : dans le cadre d'une vieille photo, dans un souvenir, dans le visage de sa petite fille, dans le ventre de la mère qui attend l'accouchement, partagée entre l'impatience et l'angoisse...   

Infiniment est sans doute l'oeuvre poétique à laquelle j'ai le plus facilement adhéré, ces derniers mois. Je ne suis sans doute pas la seule : tout le monde peut s'y reconnaître et se sentir affecté d'une douce nostalgie... A lire, donc !

Bonus ! Le recueil est parsemé de dessins de l'auteur, tout en finesse et légèreté.


Marie-Françoise Montagné. Infiniment. Les Cahiers d'Illador, 2020. ISBN 979-10-90203-24-2

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