mercredi 15 juillet 2026
[MANGA] Erio & The Electric Doll - Shimazaki Mujirushi ; Kuroimori (2022)
dimanche 24 août 2025
[MANGA] Nikuko du port de pêche - 1 - Kanako Nishi ; Sugisaku (2025) / Sakamoto Days - 1 - Yuto Suzuki (2022)
Ca me dégoûte de voir le père de mes neveux leur gueuler dessus en disant "c'est pas à moi de tout faire, maintenant je suis seul à m'occuper de vous, donc vous devez vous occuper de moi aussi", alors qu'ils ont 7 et 9 ans, et qu'il en a presque 50.
Ma sœur n'aimerait pas que les choses se passent de cette manière.
Je sais bien qu'il ne vit pas une situation facile ; certes, il n'est pas sincèrement attristé par la mort de Marine, et quelque part, tant mieux pour lui et pour les enfants : cela lui laisse assez d'énergie pour se consacrer à leur bien être. La difficulté d'élever deux gosses est bien réelle, dans tous les cas, et je serais moi-même bien incapable de m'en sortir. Mais elle serait sans doute moindre s'il s'était un peu plus intéressé au quotidien de ses gosses avant qu'il ne réussisse à user ma soeur jusqu'à la corde, et avant que le pire n'arrive.
C'est lui l'adulte, il ne doit pas l'oublier ; d'ailleurs, il sait le rappeler lorsque ça l'arrange.
Rien ne me soulagera de la perte de Marine. Mais voir sa crapule de copain rétamé me donnerait l'illusion d'une forme de justice.
Deux mangas très bien pour les collégiens !
Nikuko du port de pêche - 1
Kanako Nishi / Sugisaku
2025
Rue de Sèvres, Coll. Le Renard Doré
Dans un village portuaire japonais où les gens vivent tous "comme il faut", l'arrivée d'une famille monoparentale est déjà un petit événement ! Alors forcément, le binôme formé par l'exubérante Nikuko, 38 ans, et la (trop) raisonnable Kikurin, sa fille de 11 ans, a de quoi intriguer. Pourtant, toutes deux trouvent tant bien que mal leurs marques dans ce microcosme, grâce à leur volonté et à leur optimisme.
C'est la petite Kikurin qui raconte l'histoire, portant un regard plein d'amour mais empreint de perplexité sur une mère au parcours chaotique, très gentille, travailleuse mais un peu immature, toujours prompte à faire la fête après son service au restaurant... au risque de tomber entre les griffes d'hommes mal intentionnés. Consciente de la candeur de Nikuko, l'enfant a dû faire un croix sur son insouciance si bien qu'on se demande parfois qui est l'adulte, et qui s'occupe de qui.
De son côté, Kikurin doit aussi gérer seule ses problèmes d'enfant _choisir (ou pas) son clan de copines, absorber les regards des garçons et les remarques faites sur sa mère... tout en se ménageant des moments de solitude, qu'elle réserve à la lecture.
Un manga "vis ma vie à la campagne", ni trop dur, ni trop doux _comme le dessin de Sugisaku, qui aurait pu être chiant mais qui ne l'est pas, bien au contraire.
Sakamoto Days - 1
Yuto Suzuki
Glénat, 2022
Tout plaquer et partir ouvrir une épicerie dans la banlieue de Tokyo !
C'est ni plus ni moins ce qu'à fait Sakamoto, un ancien tueur à gages virtuose de la gâchette qui, un beau jour, a fait le choix de se ranger pour se marier, fonder une famille, et devenir gérant de supérette.
Les mafieux du secteur s'émeuvent de sa décision, et ne comprennent pas pourquoi cet '"Assassin légendaire" longtemps admiré et redouté a troqué le pistolet contre la scanette. Quelles que soient ses raisons, il doit à présent être éliminé : c'est la règle, on ne peut quitter le milieu que les pieds devants.
Mais Sakamoto n'a pas l'intention de se laisser abattre : l'arsenal est à portée de main sous le comptoir, et, s'il a pris quelques kilos ces derniers temps, il a gardé tous ses réflexes. La bagarre n'est plus son délire, mais s'il doit se défendre, il le fera ! Comme vous le savez, les gens ne viennent jamais tant vous chercher des noises que lorsque vous aspirez à la quiétude...
Au fil des chapitres, deux personnages rejoignent le cocon de Sakamoto, sa femme et sa fille : Shin, un jeune assassin télépathe au grand cœur, Shao, une orpheline survoltée. Tous deux vont se retrouver embauchés à l'épicerie...
Ce shônen a l'avantage de démarrer au quart de tour, sans passer trop de temps sur la présentation du décor et des personnages. Souvent, les premiers tomes de séries sont assez descriptifs, mais ici ce n'est pas le cas : on sait juste ce qu'on doit savoir pour comprendre l'action à venir, et c'est appréciable.. C'est léger, dynamique, sans prise de tête. La castagne est forcément au rendez-vous mais sans être aussi dure à regarder que je ne le redoutais.
Le personnage de Sakamoto est assez intriguant. Flegmatique, peu loquace, le regard littéralement masqué par les lunettes au verres épais, son visage peut vous évoquer aussi bien Dahmer que Hollande. C'est certain, ce type-là ne nous a pas tout dit !
L'anime va sortir sur Netflix (si ce n'est déjà fait).
mercredi 13 août 2025
[LECTURES DE VACANCES] La femme de ménage - Freida Mc Fadden (2022) / Légendes et Latte - Travis Baldree (2022)
J'avoue avoir été un peu moins jouasse en voyant qu'il figurait dans la bibliothèque Babelio de mon ex, ce qui est rarement bon signe.... Oui, c'est mesquin de stalker et de balancer ensuite.
Légendes & lattes
Travis Baldree
2022
Photo : édition J'ai Lu
Genre : cosy fantasy
Tout plaquer et partir ouvrir un café dans un endroit où personne ne boit de café, voilà le défi que s'est lancé Viv, une orque mercenaire lassée de l'aventure.
Après plus de 20 ans d'une vie dure et sans possibilités d'attaches, cette solitaire dans l'âme entend bien se poser et monter son propre établissement dans le petit village de Tuine.
Elle a pour seuls guides sa grande motivation, sa passion du café, et une pierre "porte-bonheur" qui pourrait bien devenir un objet de convoitise.
Ce retour au calme pourrait avoir des airs de retraite, si Viv n'avait pas tout à construire pour mener à bien son projet : non seulement le café en lui-même, mais aussi son sens de l'accueil et ses compétences en commerce, proches du néant. D'autant que l'ombre du mystérieux Madrigal, prompt à taxer tout nouveau commerce, vient gâcher quelque peu le paysage.
Heureusement, Viv va faire de belles rencontres et (re)découvrir les joies du travail d'équipe et des soirées entre amis.
Avis
J'ai été séduite par la couverture WTF et par l'idée qu'un livre puisse à la fois parler d'orcs, de pierres magiques et de café ; le résumé laissant présager une dimension bisounours dont j'avais bien besoin à ce moment-là, je me suis laissée tenter.
Au final, cette lecture de Légendes & Latte a été positive dans le sens où...
- elle est réconfortante et sans prise de tête
- le monde cosmopolite de Travis Baldree tient la route, avec ses décors médiévaux-modernes et ses êtres légendaires souvent en proie aux préjugés.
- les personnages sont plein de mignonnerie (trop ?)...
MAIS voilà... je me suis quand même beaucoup fait ch*er, car il n'y a quasiment pas d'action. C'est normal, me direz-vous, c'est le principe de la "cosy fantasy", cette branche de la fantasy où on s'intéresse surtout au quotidien des personnages et de leurs amourettes, au détriment des quêtes et des combats. Une sorte de tour d'autos tamponneuses où il faudrait essayer de ne pas toucher les autres, en somme...
N'étant pas au fait de ce genre nouveau, j'ai attendu désespérément que "ça démarre", pensant que, telle une Xéna dont le naturel revient au galop, Viv allait dégainer l'épée après trois pages de bonnes résolutions pacifistes. Mais non. On voit juste un café se construire pierre après pierre au fil des chapitres, les joies et les galères qui vont avec, et un binôme de tenancières qui s'interroge sur ses techniques de vente..
Bah, pourquoi pas. Quand vous voyez qu'au bout de quinze chapitres, les personnages s'interrogent sur la possibilité ou non d'installer un ventilo ou une plus grande cuisinière, vous vous faites une raison ! A noter que l'auteur a imaginé cette histoire en plein Covid, à un moment où les cafés et autres lieux de socialisation étaient inaccessibles : voilà qui nous rend son roman d'autant plus sympathique.
jeudi 15 février 2024
[Lectures de vacances] L'École des Massacreurs de Dragons - 1 - Le nouvel élève (1997) / Au poil (2022)
L'École des Massacreurs de Dragons - 1 - Le nouvel élève
Kate McMullan, illustrations de Bill Basso
Gallimard Jeunesse, 2000
104 p.
Wiglaf est le plus petit de sa grande fratrie ; il est aussi le seul rouquin. Sa famille lui fait exécuter toutes les corvées, sans ménagement. Gentil, de bonne volonté et ami des animaux, il n'a jamais songé à se plaindre de son sort. Un ménestrel de passage lui a bien prédit un avenir héroïque.. Avant de s'évaporer.
Un jour, lors d'une sortie familiale à la foire, Wiglaf lit une affiche faisant de la pub pour une École des Massacreurs de Dragons. S'il pouvait l'intégrer, il deviendrait le héros de la famille.. Dès le lendemain, il part avec pour compagnie Daisy, sa truie de compagnie, et une épée magique nommée Droitauoeur.
Un mélange de Dragons, de Cosette, du Petit Poucet et de Harry Potter, mais dans un univers purement médiéval et en version "light", accessible aux plus jeunes.
J'étais passée à côté de cette série fantasy pour enfants, j'imagine qu'elle a dû avoir un certain succès à l'époque ! Les illustrations et la carte de départ rendent bien la tonalité comique de l'histoire. Ce n'est pas du tout triste !
Est-ce qu'on peut le mettre dans le CDI d'un collège ? Rien ne l'interdit, mais il me semble que c'est vraiment pour les plus petits _pour les 6ème, éventuellement. À voir, je changerai peut-être d'avis lorsque je lirai la suite.. et j'entends bien le faire : quelques questions subtilement laissées sans réponse donnent envie d'en savoir plus.
À la base, je l'ai choisi pour mes neveux de 5 et 7 ans, qui sont dans leur phase chevaliers. ⚔️⚔️⚔️
Au poil
Sophie Adriansen. Magnard Jeunesse, 2022. Coll. La Brève
Omé est en fin de 3ème ; alors que son principal souci est d'arriver à concilier les révisions du brevet avec l'organisation du voyage en Allemagne prévu avec sa classe, sa mère lui rajoute une nouvelle prise de tête : l'urgente nécessité de se débarrasser de ses poils aux jambes. Encouragée par Maf, sa meilleure copine, elle se plie au soi-disant rituel de passage à l'institut de beauté. L'expérience étant franchement mauvaise, elle se met à chercher des alternatives pour gérer sa pilosité sans trop souffrir. Son séjour en Allemagne va lui donner l'occasion de rencontrer des femmes poilues qui le vivent très bien. C'est une révélation : s'épiler n'a rien d'obligatoire, c'est simplement la culture et la pression sociale qui le laissent penser. Omé opte pour la jachère, en plein de mois de juin... mais surtout au collège, où on n'a jamais intérêt à sortir du lot !
Ce roman de Sophie Adriansen fait partie de La Brève (Magnard Jeunesse), une collection qui traite de sujets tendus chez les jeunes : stéréotypes, éco-anxiété, harcèlement, violences... En effet, Au poil parle avec humour _de façon un petit peu trop didactique à mon goût, mais c'est juste mon avis... des diktats qui pèsent sur l'apparence physique des femmes, et de ce foutu conditionnement qui les amènent à les véhiculer elles-mêmes : la mère et la meilleure amie de Salomé ne se demandent pas pourquoi elles font la chasse au poil. Elles le font, c'est comme ça !
Une histoire de l'épilation à travers les âges nous est présentée de façon claire et efficace ; elle pourra être lue en regard avec la super série documentaire Poilorama, que vous pouvez visionner sur Dailymotion.
Si vous scannez le QR code situé sur la quatrième de couverture, vous pouvez écouter la version audio du livre, lue par l'autrice. Cette lecture sonore incluse est une spécificité de cette collection, qui me semble particulièrement intéressante pour des élèves de 13 ans et + allophones ou présentant des difficultés de lecture. Souvent, on ne trouve pour eux que des romans ou albums pour petits.
Question qui n'a pas rien à voir avec ce roman, mais avec un autre titre de la collection : est-ce que quelqu'un sait pourquoi il est impossible de se procurer Ni prince ni charmant de Florence Medina ? Il est marqué définitivement indisponible de partout...
dimanche 11 février 2024
[BD] Deux romans jeunesse adaptés en bande dessinée : Momo petit prince des Bleuets (2023) et Babyface (2022)
Hasard des lectures, je suis récemment tombée sur deux BD jeunesse à la fois pleines de points communs et très différentes l'une de l'autre : Momo petit prince des Bleuets et Babyface. Dans les deux cas, on a affaire à une adaptation d'un roman écrit par deux autrices incontournables des CDI de collège et des sections jeunes des bibliothèques : Yaël Hassan, pour le premier ouvrage, et Marie Desplechin pour le second. Les personnages évoluent dans des décors urbains faits d'immeubles et de tags ; ils gravitent autour de lieux publics de socialisation : la bibliothèque, la supérette, la maison de quartier, l'école... Tous expriment un ennui ou un frustration de ne pas pouvoir aller ailleurs... pour l'instant.
Pourtant, les jeunes héros (Momo et Nejma) ne risquent pas de se marcher dessus : ils ont le même âge _ils vont entrer au collège, mais n'ont pas du tout les mêmes occupations. Ils semblent avoir des caractères diamétralement opposés. Leurs destins jusque-là insignifiants vont être extraits de leur torpeur par la rencontre de quelqu'un qui va poser un regard bienveillant et valorisant sur eux.
Momo petit prince des Bleuets
Marc Lizano ; d'après le roman de Yaël Hassan
Nathan, 2023. 96 p. ISBN 9782095003302
Résumé :
C'est l'été à la cité des Bleuets. Pour Momo, les dernières grandes vacances avant l'entrée au collège s'égrènent le plus tranquillement du monde, jusqu'au jour où la directrice de l'école lui rend visite pour lui offrir une liste de livres à emprunter à la bibliothèque. Le garçon ne se le fait pas dire deux fois et saute à pieds joints dans l'univers de la lecture.
Ses découvertes littéraires vont l'amener à croiser le chemin de Monsieur Edouard, un instituteur à la retraite qui saura l'encourager et qui le baptisera "Petit prince des Bleuets". Exploration de la capitale, fresques murales et découverte des classiques de la littérature : la rencontre sur fond d'amitié intergénérationnelle sera déterminante et l'été restera inoubliable pour Momo.
Une chouette adaptation par Marc Lizano du roman de Yaël Hassan. La BD en photo ici m'a été prêtée par une collègue prof de français, qui m'en a dit le plus grand bien. J'ai beaucoup aimé aussi, les traits tout doux des personnages _il nous en faut bien de la douceur_, leurs "gros crânes" _comme disent les élèves, les couleurs vives qui mettent bien en valeur les décors urbains. L'histoire de Momo date un peu, mais elle ne se démode pas : elle nous rappelle que, si on a fini par prendre le pli de se méfier des mauvaises fréquentations, on en est venus à oublier qu'il peut y en avoir des bonnes, propres à nous tirer vers le haut.
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Les + : l'album se termine sur un petit dossier qui raconte l'élaboration de la bande dessinée par l'auteur, et notamment de la façon dont il s'est imprégné, puis détaché de l'œuvre d'origine. On peut y lire une interview de Marc Lizano par Momo, c'est marrant.
Babyface
Olivier Balez, d'après un roman de Marie Desplechin : Babyfaces (2010)
Rue de Sèvres, 2022. 120 p. ISBN 9782810200290
Résumé :
J'ai découvert un extrait deBabyface en feuilletant le petit magazine des éditions Rue de Sèvres, gentiment gratté au SLPJ de Montreuil, fin 2022. Ma première impression a été mitigée : d'un côté, le dessin et les couleurs m'en mettaient plein la vue _et ça m'a décidée à pousser plus loin la lecture ; d'un autre, le résumé ne me donnait pas trop envie car il avait l'air d'être un de ces bons scénarios bien déprimants dont la littérature pour la jeunesse à le secret. Je craignais que le tout ne soit généreusement imbibé de clichés sur la vie dans les "quartiers difficiles".
Finalement non, pas du tout. Enfin pas tant que ça,même si on commence fort : méchante, moche, grosse, pauvre, Nejma n'est pas gâtée par la vie. Son père est parti, sa mère travaille tard le soir, et elle se retrouve souvent seule après l'école, livrée à elle-même, à errer à la supérette du coin. Elle entretient une amitié toxique avec le petit Freddy, qui est aussi le narrateur, puisqu'elle lui rackette son goûter en même temps qu'elle le protège de la violence des autres gosses.
Lorsque les frères Fiores décident de dispenser des "cours de catch" aux enfants du quartier, l'excitation est à son comble : tous les petits veulent reproduire les exploits de Babyface, et des autres, comme à la télé.
L'engouement est tel qu'un accident se produit bientôt dans l'enceinte de l'école. Nejma, témoin et réactive, est désignée coupable d'agression sur l'enfant blessé. Même si elle se sait innocente, elle sait très bien que contre la parole des adultes qui l'accusent, elle ne peut pas grand chose. Comment ne pas partir en vrille, dans ces conditions ?
Une histoire bien plus surprenante que prévu, où on lève un tabou : les personnels de l'Éducation Nationale ne sont ni infaillibles, ni irréprochables _je me mets dans le lot bien volontiers. Je n'ai pas lu le roman donc pas de point de comparaison, mais cette bd est une belle découverte artistique et littéraire. Bravo à l'auteur d'avoir su peindre les décors urbains sans les rendre glauques.
Enfin. Deux jours complets de solitude, loin de toute interaction sociale. J'arrive déjà à me ménager des moments neutres et calmes au quotidien _j'ai cette chance inouïe de pouvoir le faire. Mais ça ne me suffit jamais. Je ne sais pas pourquoi, toute présence humaine à proximité devient fatalement insupportable, à plus ou moins long terme. Sans doute parce que je n'ai jamais eu à subir un "vrai" isolement bien pesant, sans perspective de retrouver de la compagnie un jour ou l'autre.


























