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dimanche 21 juin 2026

[EXPOSITION] La Caverne de Sax - Eglise de la Madeleine à Paris (2026)

Aller à l'Eglise de la Madeleine à Paris pour visiter "La Caverne de Sax" est une manière efficace de supporter la canicule ! 

Depuis le 18 juin et jusqu'au 28, l'artiste Sax (Henry Blache de son vrai nom) expose 50 de ses dernières oeuvres : on peut y voir notamment plein de toiles représentant des têtes d'animaux très colorées, aux regards très expressifs, dans un style street-art. Aux tableaux s'ajoutent des tuiles de toit peintes, et des vieilles partitions musicales tenant lieu de support à de superbes oiseaux peints à la gouache. Comme vous vous en doutez, j'ai particulièrement apprécié cet hommage à la volaille. 

Sax a grandi près de la grotte Chauvet et l'art rupestre a beaucoup influencé son art ; il explique sur son site que sa "Caverne" est le résultat d'un travail d'introspection, et qu'elle dit beaucoup de son rapport à la nature. 

Même si cette exposition ne compte "que" ses travaux les plus récents, elle nous apprend que Sax s'est aussi illustré dans le land-art tout récemment et nous donne un petit aperçu de ses compétences, via quelques photos. On retrouve bien cette nécessité de mêler les éléments naturels à la peinture sur les tableaux, dont les reliefs sont parfois assurés par des aiguilles de pin, du sable, des morceaux de bois..  

C'est gratuit ; certes, on en fait assez vite le tour, cette petite balade en forêt donne bien envie de découvrir l'univers du street-artiste. 


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dimanche 8 mars 2026

[THEATRE - SPECTACLES] Du charbon dans les veines. Jean-Philippe Daguerre (2024). Edouard Deloignon grandira plus tard. Edouard Deloignon (2024)

Plonger dans la fiction pour oublier la réalité, le temps de quelques heures... 


Du charbon dans les veines (2024)  

Jean Philippe Daguerre 

Actuellement au Théâtre du Palais Royal à Paris.




J'ai jamais été trop branchée théâtre, mais il faut reconnaître qu'on y passe parfois de très bons moments. Ce fut le cas cet après-midi, au Théâtre du Palais Royal, lors de la représentation de Du Charbon dans les Veines de Jean-Philippe Daguerre. 

1958, à Noeux-les-Mines, dans le Pas-de-Calais. "Grâce" à la pension qu'on lui verse parce qu'il est atteint de silicose, Sosthène vient de s'acheter une télé : il va pouvoir suivre les matchs de la Coupe du Monde de Football avec sa femme, son fils Pierre, son vieil ami Barek et Vlad, le fils de ce dernier. 

Comme leurs pères, Pierre et Vlad travaillent à la mine. L'un est un beau gosse virtuose de l'accordéon_il prépare un concours, l'autre végète dans son ombre et semble préférer la compagnie des pigeons voyageurs de sa défunte mère aux gens... Et comme leurs pères également, ils sont les meilleurs amis du monde.

La vie se passe ainsi tranquillement, avec ses joies et ses difficultés, jusqu'à ce que l'arrivée au village de la jeune Leila, elle aussi fille de mineur, vienne tout chambouler... 

Ce n'est pas souvent que le bar d'un coron devient le décor d'une pièce de théâtre.. Il fallait oser. Au delà de peindre une époque, de mettre sur le devant de la scène une frange de la population délaissée et méprisée, Du charbon dans les veines soulève des questions actuelles et/ou universelles : pourquoi les travailleurs immigrés sont-ils toujours mis sur la touche ? Que devient l'amitié entre deux potes quand une fille s'en mêle ? comment communiquer avec son père lorsqu'on est muré dans la tristesse et la colère ? Jusqu'où ira l'équipe de France ? Les personnages, en dépit de l'émotion et de l'humour qu'ils dégagent, vont devoir (se) creuser (la tête) pour trouver les réponses... 

Jean-Philippe Daguerre _qui incarne ici le médecin de famille - jazzman, rompt parfois avec l'unité de lieu et arrive à "dupliquer" la scène à l'aide de jeux de lumière. C'est peut-être une technique courante, mais comme je vais jamais au théâtre, ça m'a semblé un peu magique (et efficace) !      

Comme vous l'avez compris, j'en ai pris plein les yeux _et visiblement y a pas que moi, vu que la pièce a gagné 5 Molières. 


Edouard Deloignon grandira plus tard

Théâtre Fontaine - Paris 

Le 13/02/2026 


Rire de tout et en toutes circonstances, c'est le parti pris par l'humoriste Edouard Deloignon, que vous connaissez sûrement déjà s'il vous arrive de zoner sur Sqool, la chaîne dédiée à l'éducation (oui ça existe) pour laquelle il a donné une interview, ou si vous êtes sur les réseaux (plus probablement). Ou encore si vous êtes normand comme lui ! 

Dans son spectacle, ce roux cool raconte un parcours pro pas toujours simple, évoque la maladie d'un parent et la perplexité qu'on peut ressentir à voir ses potes devenir parents à l'aube de la trentaine... alors qu'on n'a pas envie de se séparer de son âme d'enfant. Rien de très fun à première vue, et pourtant on rit pendant 1h30 : en effet, l'artiste arrive de faire de ses épreuves et de ses peurs la matière première de blagues parfois bien cyniques. C'est en soi un talent auquel s'ajoute celui de l'improvisation : tout au long du one man show, Edouard Deloignon n'hésite pas à interagir avec un public qui lui livre en connaissance de cause des anecdotes WTF sur lesquelles il va pouvoir surfer avec brio.  

Voilà, je pense que ce type gagne à être encore plus connu, d'autant que, comme beaucoup de gens qui ont galéré, il n'a pas l'air d'avoir trop pris le melon. 


Un garçon d'Italie (2016)

Adaptation au théâtre par Mathieu Touzé d'un roman du même titre, écrit par Philippe Besson.

Luca mène une double vie, partageant son cœur entre Anna, la copine "officielle", et Léo, un prostitué rencontré à la gare de Florence. Il aime sincèrement les deux, qui bien entendu, ne se connaissent pas, et fait se son mieux pour jouer sur les deux tableaux en prenant soin de ne blesser personne. 

Mais la mort soudaine de Luca, retrouvé noyé, va rebattre les cartes : s'agit-il d'un accident ? d'un meurtre ? d'un suicide ? Une autopsie est faite, une enquête est ouverte. Tandis qu'Anna, confrontée à l'organisation des obsèques, a le sentiment qu'on lui cache quelque chose, Léo apprend la mort de son amant en lisant la rubrique nécrologique d'un journal...

Dans cette pièce, les trois personnages du triangle amoureux se répondent sans décor et (presque) sans accessoires, se croisent parfois dans la lumière ou dans l'ombre. On aurait pu s'y ennuyer si la présence des trois acteurs n'avaient pas suffi à maintenir notre attention : Anna (Chloé Angevin), la jeune femme va de colère en déconvenues en essayant de toujours rester digne. Léo (Yuming Hey) souffre en silence, mis sur la touche d'office : ce n'est pas avec ses clients sucés à l'arrache aux toilettes qu'il pourra partager sa tristesse. Mathieu Touzé incarne avec succès Luca, jeune homme de bonne famille, solaire, entier, toujours aussi sûr de lui _ mais mort. D'ailleurs, les tourments intérieurs qui animent son âme et les non-dits qui rattrapent son entourage nous font presque oublier qu'on est aussi là pour comprendre comment il est mort. 

La pièce est sortie en 2016 ; elle est rejouée au théâtre 14 à Paris, depuis le 3 mars, et jusqu'au 29. Aux mêmes dates se joue Vous parler de mon fils, une pièce des mêmes auteurs (P. Besson, adapté par M. Touzé) qui parle du harcèlement scolaire : allez-y, on y sera vite. 



samedi 23 avril 2022

La Grande Galerie de l'Evolution - Paris

Comment peut-on passer si longtemps à côté du Jardin des plantes et du Museum d'Histoire Naturelle, alors qu'on ne compte plus les heures écoulées à proximité de la gare d'Austerlitz ?


Aucune importance. J'ai enfin visité la fascinante Grande Galerie de l'Évolution cet après-midi, au milieu de tout un cas de petits bourgeois surexcités que leurs parents avaient emmené se cultiver en ce premier jour de vacances de Pâques.  


L'endroit est troublant ; organisé sur plusieurs étages thématiques, on dirait qu'il veut à la fois être une reconstitution exhaustive de la biodiversité terrestre à travers les âges, et prendre l'apparence des cabinets de curiosités à l'ancienne. 

Je n'ai pas encore fait de recherches là-dessus, mais il est certain que la "galerie" a été pensée pour créer cette ambiance particulière, un peu sombre et mystérieuse... 

... et par conséquent, pas très photo-friendly.


Parfois, la nuit tombe, l'orage gronde et les éléphants barrissent.


Evidemment, la volaille est bien représentée !



Les gens adorent se prendre en photo à côté des animaux les plus imposants, et constater que même s'ils sont chétifs à côté, ils ne risquent absolument rien.


Une odeur de bête flotte un peu partout, incrustée dans les murs comme celle du camembert dans sa boite vide. 






C'est bizarre, une partie de moi vous conseille de faire visiter la Grande Galerie à vos enfants de tous âges (enfin pas trop petits quand même...), et une autre ne peut s'empêcher de se dire qu'il y aurait matière à tourner quelques bons films d'horreur dans ce décor.

Allez donc vous faire votre propre idée, c'est 10 euros le plein tarif.

mardi 4 février 2020

Se droguer, c'est risqué : K contraire - Sarah Marx (2020)


Depuis la réforme du collège, en géographie, les élèves de sixième découvrent ce qu'est une métropole et sont amenés à "penser la ville de demain". Pour ce faire, les professeurs de notre collège leur demandent généralement de modéliser leur cité idéale, en créant une maquette ou un plan, et en rédigeant une petit texte explicatif, histoire de verbaliser leur démarche de travail. Même s'ils doivent tenir compte de certains critères et de quelques contraintes _l'écologie, l'accessibilité, la mixité..., la part belle est faite à l'espoir, aux rêves, à l'imagination. 

Or, la liberté, ça fait peur, surtout quand on n'y est plus habitué. Chris sèche complètement sur l'écriture de son petit paragraphe. Il est en train de réaliser que sa "ville de demain", blindée de tours en gros carton peint, ressemble cruellement à celle d'aujourd'hui : voilà qui ne lui facilite pas la tâche. Il inscrit une phrase avant de se déclarer à court d'idées. 

Je jette un oeil sur le "document Sans Nom 1" ouvert sous Libre Office, curieuse de voir comment il va se tirer de ce pétrin. 

"Il y aurat des bicraveur et des ecole." 

Comme ses voisines lui donnent des coups de coude en chuchotant des "pu" pas discrets, il s'empresse, dans un soupir, d'effacer le mot qui dérange. 





L'histoire 

Ulysse (Sandor Funtek) sort de prison après y avoir purgé une peine de quelques mois pour trafic de stupéfiants. Le retour au quotidien est aussi violent qu'une deuxième naissance, pour ce petit parisien du 18ème arrondissement. Sans diplôme à 25 ans, endetté, désarmé face à la dégradation lente mais sûre de l'état de santé de sa mère (jouée par Sandrine Bonnaire), le jeune homme n'a pas le temps d'attendre ! S'il veut s'en sortir et assurer le bien-être des siens, il lui faut beaucoup d'argent, très rapidement. Il se résout donc à s'associer à son pote David (Alexis Manenti). Ce dernier a échafaudé un plan très risqué, mais qui peut leur rapporter gros : lancer un food truck, et s'en servir de couverture pour dealer de la kétamine. S'ils mènent bien leur barque, ils peuvent tous deux se tirer d'affaire, rêver à une vie où l'argent gagné honnêtement suffirait à assurer leurs besoins. S'ils se font pincer, ce sera un retour en prison sans passer par la case départ pour Ulysse, dont le plan de réinsertion semble tenir la route, même s'il n'a pas convaincu la juge pour autant.





N'est pas Pablo Escobar qui veut ! 

Entre les déconvenues propres aux amateurs, les rendez-vous manqués et la poisse qui s'en mêle, on se rend vite compte que David et Ulysse tiennent plus des Pieds Nickelés que de Tony Montana. A peine le camion loué, le binôme part dans le Poitou pour récupérer auprès d'un agriculteur la poudre qu'ils écouleront pendant un festival de musique techno. Eh oui, leurs espoirs ne reposent pas sur les effets de la fringante cocaïne, mais sur les vertus euphorisantes de la kétamine, une substance surtout utilisée comme anesthésiant par les vétérinaires : ça en jette moins, mais c'est tout aussi illégal.

L'une des forces de ce film, que l'on pourrait être tenté de classer parmi les nombreuses oeuvres qui se targuent de rendre compte de la difficulté de vivre décemment à Paris au 21ème siècle, avec une dose plus ou moins chargée de misérabilisme, est de nous permettre de remonter la "chaîne" d'un trafic, du raveur défoncé jusqu'au vétérinaire fournisseur, en passant par l'agriculteur dur en affaires et l'agent de sécurité capable de fermer les yeux au bon moment. Le tout, sans excuser ni juger. Voilà un angle de vue qui ne nous est pas souvent proposé.


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Pour ceux qui voudraient en savoir plus _n'oubliez pas : "se droguer, c'est risqué" !, voici la fiche consacrée à la kétamine sur le Dico des drogues (Drogues info service).


Parce qu'ils sont en étant de stress permanent, parce que leurs déboires personnels les mettent sur les nerfs, tous deux en arrivent rapidement au point où ils ne peuvent plus se supporter. Il suffit de les voir se chamailler pour redouter et pressentir les tuiles à venir ; car oui, au fond, on aimerait bien qu'ils réussissent leurs petits méfaits. Si David endosse le rôle du fourbe _après sa performance de méchant flic dans Les Misérables, on dirait qu'Alexis Manenti a signé pour jouer systématiquement le connard de service, espérons pour lui que la roue tourne avant que ça lui porte au casque_, Ulysse est extrêmement attachant. Il ne demande pas mieux que sortir du circuit infernal des drogues, mais il a sans cesse le couteau sous la gorge : en effet, il doit faire face à des dépenses que les aides sociales n'anticipent pas, généralement : la prise en charge d'un parent dépendant, la rémunération d'un aidant...

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Pour quelques billets de plus 

Etre réglo, c'est honorable, mais ça ne paie ni votre loyer, ni l'ex-copine qui a mis sa vie entre parenthèse pour s'occuper H24 de votre mère pendant que vous étiez en taule. Ca ne vous permet pas non plus d'obtenir la garde de votre gosse _dans le cas de David.

Je ne sais pas si ce film relativement court (1h23) restera dans les annales : l'action s'y déroule à toute vitesse et part dans tous les sens, zigzagant d'un obstacle à un autre, sans prendre le temps d'expliciter certaines séquences qui auraient pu être plus développées, à mon sens. On effleure la question de la peine de prison, la maladie de la mère, la relation qui lie encore Ulysse à son ex-copine... on devine plus qu'on ne comprend. Mais peut-être est-ce voulu. Dans tous les cas, Sarah Marx met en évidence avec assez de justesse la place prépondérante du fric dans nos vies : on ne peut rien faire sans, on ne peut rien faire si on n'en a qu'un peu.

Photo du jeu de cartes qui a boosté ma vie sociale, au lycée.

La scène du ramassage de billets dans la fagne l'illustre parfaitement. Précisions : après le festival de techno, les deux compagnons d'infortune doivent quitter la campagne poitevine prestement ; sur le chemin, ils s'embrouillent _ pour des raisons qu'on ne dévoilera pas, et en viennent aux mains. Une liasse jaillit, les billets volent dans la boue ; oubliant leur querelle, ils se mettent à ramasser, fébriles, se mettant presque à quatre pattes, les petites coupures jusqu'à la dernière. Sur le coup, j'ai trouvé cette scène extrêmement longue et peu utile ; après réflexion, je me demande si ce n'est pas le moment-clé du film.


On a aimé :

  • Sandrine Bonnaire, Sandor Funtek qu'on découvre, Sandrine Bonnaire, le fait qu'on place la question des aidants au coeur d'un film, pour une fois ! et Sandrine Bonnaire. 


On a moins aimé :


  • Le personnage de la paysanne, véritable cliché ambulant que par chance, on ne voit que brièvement. Arrêtez de regarder l'Amour est dans le pré, merde ! Tous les paysans n'ont pas forcément l'air d'être coupés de cloporte, tous ne sont pas désagréables avec ceux qui n'adhèrent pas à leur univers, tous ne circulent pas exclusivement en quad vêtus d'une combinaison kaki. Bon, comme on dit, y a pas de fumée sans feu et cette réputation ne sort pas complètement de nulle part, hein... mais tout de même, le quad, c'est trop. 
  • L'utilisation abusive du langage wesh wesh, présent à tous les coins de phrase : on sent vraiment que ce n'est pas tout à fait naturel.  


K contraire 
Sarah Marx, 2020 
85 min 
La Rumeur filme 


samedi 13 juillet 2019

Lectures de vacances : Le voyage de Mémé - Gil Ben Aych (1982) / Le jour du meurtre - Hubert Ben Kemoun (1996)


Quand tu vis en hauteur et en Seine-Saint-Denis, tu as la chance de pouvoir admirer quatre feux d'artifice différents, le soir du 13 juillet. 
Mais ça évidemment, personne n'en parle !



Bien que je les sorte et que je les range régulièrement, je ne suis toujours pas en mesure de dire que j'ai lu "tous les livres" du CDI. Quoique les deux dont nous allons parler aujourd'hui sont relativement anciens et n'ont pas été empruntés depuis un bout de temps. Est-il temps de les désherber ? Pas encore, je pense. Au contraire, ils gagneraient à être mis en valeur, car les messages qu'ils véhiculent sont encore très actuels. Lisez-les, vous me direz bien. Moi, j'ai un mal fou à pilonner les fictions... 

Le voyage de Mémé - Gil Ben Aych (1982)

Promis, je ne vous saoulerai pas avec mon arrière grand-mère !
Même si j'en ai bien envie.

Nous sommes en 1962 ; Simon, ses parents et sa grand-mère vivent au nord de Paris. Quelques années plutôt, pendant la guerre d'Algérie, ils ont quitté la petite ville Tlemcen et s'adaptent à leur nouvelle vie. Comme d'autres membres de la famille vont bientôt les rejoindre en France, ils s'apprêtent à déménager un peu plus loin de la capitale, à Champigny.  

Déménager les meubles, c'est une chose ; aller d'une ville à une autre en métro et en bus, c'est largement faisable. Par contre, faire bouger Mémé de son ancienne maison vers une nouvelle, ça c'est une tâche compliquée. En effet, la vieille dame a plus de mal que ses descendants à s'acclimater ; elle refuse notamment de se déplacer autrement qu'à pieds, car les transports en commun lui font peur et la rendent mal à l'aise. Et quand Mémé ne veut pas faire quelque chose, il est inutile d'essayer de la faire changer d'avis. Alors on confie à Simon la lourde mission de faire Paris - Champigny à pieds, "bras dessus bras dessous" avec Mémé ; c'est le début d'une odyssée de 20 km et de plusieurs heures dans la capitale. 

Je me tenterais bien leur petit pèlerinage..
Qui m'aime me suive !

Comme on s'en doute, Simon et sa grand-mère vont profiter de ce périple pour échanger sur leur vision du monde, sur le choc des cultures et des générations. Bien sûr, la société a bien changé depuis les années 1980, mais quiconque ramène en ville un parent un peu âgé et un peu blédard (de France ou d'ailleurs) se reconnaîtra dans certaines situations cocasses. Je pense au moment où la mamie commence à dire bonjour à tous les parisiens qu'elle croise parce que "c'est des voisins", ou commente la tenue trop légère à son goût d'une jeune femme. Tantôt butée et caractérielle, tantôt entière et aimante, Mémé soulève pas mal de débats sur le mariage, sur les relations entre juifs, musulmans et catholiques, sur la guerre d'Algérie, et amène son petit-fils à expliciter ce qui nous paraît évident mais qui ne l'est pas tant que ça : pourquoi la station La Chapelle s'appelle-t-elle ainsi ? Pourquoi y a-t-il des publicités partout ? Pourquoi vend-on de l'eau en bouteilles alors qu'elle n'appartient qu'à la nature ?   

Un livre court, qui se lit facilement et qui peut faire l'objet d'une lecture collective dans le cadre d'un club. L'auteur prend soin de retranscrire les accents et de forcer les marques d'oralité : cela rend possible une éventuelle mise en scène.    

Gil BEN AYCH. Le voyage de Mémé. Pocket Junior, 1996. 96 p. ISBN 2-266-09418-1


Le jour du meurtre - Hubert Ben Kemoun (1996)



École, sport, filles : Antoine est médiocre à tous les niveaux. Alors, lorsqu'il tombe sous le charme de la belle Virginie, une élève de sa classe qui le fascine parce qu'elle est plus mature que toutes celles de son âge, il se défonce pour lui écrire une belle lettre d'amour _qu'il choisit de lui remettre en mains propres, quel cran ! Hélas, loin de lui répondre favorablement, sa gente dame le snobe et se met à corriger toutes les fautes d'orthographe qu'elle repère sur le papier à lettres choisi avec soin. Elle (le) termine en notant 0/20 en haut de la page et le somme de passer à autre chose, sans aucune compassion. Antoine s'attendait à tout sauf à une réaction aussi sèche. Au fond du trou, il se fait la promesse de laver cet affront en tuant Virginie.

Quelques jours après, le petit "Toine" insignifiant est devenu un bon psychopathe échappé de Vauclaire qui s'isole pour bricoler des messages de menace et passer des coups de fil anonymes... L'amour est devenue haine.

Au passage, petite parenthèse datation : il semblerait que l'histoire se déroule à la fin des années 1990, car les collégiens squattent les cabines téléphoniques (nostalgie !), n'ont pas de CPE (mais un "surveillant général") MAIS vont au CDI (et non pas à la "bibliothèque scolaire"). 
Autre indice : le livre est sorti en 1996. 
Verdict carbone 14 : Le jour du meurtre, c'est vieux mais pas trop. 
 
... Il devient tellement chelou et hargneux que même son pote Lionel n'arrive plus à le suivre et prend ses distances.

Un jour du meurtre, un grain de sable vient se glisser dans les rouages bien huilés de son projet morbide : le prof de musique se fait porter pâle. La classe bordélise les lieux en attendant qu'un surveillant prenne place au bureau, et le cancre officiel se met à scander un rap d'un goût douteux, entraînant tout le monde. Evidemment, il se fait choper par le fameux surveillant général, qui lui met un coup de pression à moitié efficace devant les autres élèves soudain devenus muets. Virginie décide de prendre le parti et son camarade, met le maton plus bas que terre et se barre du collège. Voilà qui n'arrange pas du tout Antoine : il avait prévu de la balancer sous un train à la sortie des cours ! Il se lance à sa poursuite.

Attention, la page 76 va vous surprendre.   

Vouloir faire danser la gigue celui ou celle qui nous a éconduit sans ménagement, histoire de lui faire payer le fait de ne pas nous avoir laissé au moins une petite chance... on a tous connu ça, moi la première ! Hubert Ben Kemoun parle très bien des réactions démesurées propres aux adolescents, celles qui peuvent les amener bien plus loin qu'ils ne le soupçonnent eux-même. Il peint extrêmement bien le personnage de Virginie, qui joue les grognasses pour ne pas courir le risque d'être aimée, de s'attacher aux autres. Entre les contrariétés des uns et les vrais malheurs des autres, il n'y a souvent qu'un pas.  

Par contre je ne comprends pas pourquoi ce livre est classé en roman policier ; certes Antoine anticipe une potentielle enquête après son meurtre programmé, mais... c'est clairement pas le sujet principal.

Il s'agit d'un roman court et accessible, écrit à la première personne, aux chapitres découpés équitablement ; le suspense est maintenu assez longtemps pour qu'on puisse le proposer dans le cadre d'une opération "lecture en début d'heure", "un livre pour la classe", ou je ne sais quel autre dispositif d'incitation à la lecture.

Thèmes abordés : amour / violence / relations parents - enfants / adolescence / amitié / haine / crime / train / cutter / seum total / gros vent ...

Hubert BEN KEMOUN. Le jour du meurtre. Nathan Poche, 2006. Coll. Policier. 90 p. ISBN 2-09-251118-1



vendredi 28 décembre 2018

Paris-Conakry - A l'aube de deux vies - Valentine Morning ; Jean-Pascal Ruiz (2017)


La chance m'a de nouveau souri lors de la dernière opération Masse Critique de Babelio : en effet, le roman Paris Conakry - A l'aube de deux vies, écrit par Valentine Morning et Jean-Pascal Ruiz, et publié chez Yaka Books Editions m'a été envoyé tout récemment.



L'histoire 

Hugo est un lycéen parmi tant d'autres, un poil plus romantique que la moyenne, certes, mais qui met un point d'honneur à ne pas faire de vagues. Il vit à Paris avec sa mère, aimante et artiste, et il est entouré de ses deux meilleurs amis Charles et Léa. Hugo est presque comblé : entre les cours et les compétitions de judo, on pourrait croire qu'il n'a guère le temps de penser à son père absent et à la copine qu'il n'a pas. Pourtant, le manque se fait parfois cruellement sentir. 

Un jour, alors qu'il s'est installé dans le square Jean XXIII proche de la Tour Eiffel pour finir de lire Le rouge et le noir de Stendhal, il rencontre Noémie. Coup de foudre instantané _du moins de son côté ! Le lycéen se sent pousser des ailes face à cette Terminale qui semble plus modérée que lui dans ses intentions mais qui, au fond, n'en pense pas moins. Une complicité s'installe bientôt entre les tourtereaux, sous les yeux attendris de Léa et de Charles, qui eux-même sortent ensemble. Enfin, sous les yeux... C'est une façon de parler, car Charles est aveugle. 

Soudain, un obstacle se dresse sur leur chemin : le père de Noémie, qui est ambassadeur de Guinée en France, est envoyé à Buenos Aires puis à Conakry pour une durée indéterminée. Evidemment, sa famille doit le suivre. Si Hugo avait réussi à atteindre le bonheur sans trop d'encombres, il fait l'expérience de la difficulté à le conserver sur le long terme. Leur couple survivra-t-il à la distance ? Peut-on rester fidèle quand on a quinze ou dix-huit ans ? A partir de quand sait-on qu'on a trouvé la femme ou l'homme "de sa vie", si tant est qu'elle / qu'il existe ?



Aimer à l'aveuglette 

Allez, un peu de douceur et de poésie ne font pas de mal ! Paris-Conakry ne dépeint pas seulement la relation extraordinairement harmonieuse de deux jeunes bobos de quinze et dix-huit ans ; ce roman aborde surtout la difficulté de maintenir une relation à distance tout en continuant à avancer chacun de son côté, parce qu'on n'a pas le choix. Quel que soit l'âge du lecteur, il se reconnaîtra forcément dans les questionnements de Hugo _à la fois narrateur et héros_ s'il lui est arrivé de voir son couple plus ou moins tiraillé par les kilomètres... et il sortira sans doute bien rêveur de cette histoire qui emprunte autant au romantisme qu'à l'amour courtois !

Pendant trois ans, alors que beaucoup auraient choisi de reprendre leur liberté, Noémie et Hugo vont communiquer exclusivement par lettres, à l'ancienne. Eh oui, dans cette histoire, que j'aurais tendance à situer à la fin des années 90 ou au début des années 2000 (à tort ou à raison, j'ai peut-être loupé les bons indices temporels) il ne faut pas compter ni sur Skype, ni sur What's App, ni sur les SMS ; même le téléphone est utilisé avec parcimonie. D'ailleurs, l'ambiance générale et le côté mélancolique du héros, qui souffre de sa solitude amoureuse dans les premiers chapitres, m'a pas mal rappelé les échanges de courriers entre Alexis et le taulard mystérieux dans Alexis, Alexia.. Comme un baiser fait à la nuit. Bref passons, c'était juste une parenthèse.


Là où tout à commencé ! Bande de bourges !

A l'issue de ces trois années pendant lesquelles la gondole de l'amour aura vogué à l'aveuglette _bon ok, j'arrête de faire des vannes sur le pote miro, les retrouvailles se préparent enfin... et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles vont être aussi épiques que laborieuses pour le jeune Hugo ! Je n'en dirai pas plus pour ne pas spoiler, mais si la première moitié du livre m'avait paru très psychologique, peut-être un peu trop consacrée au quotidien du héros et de son petit monde, à la rencontre de Noémie... la deuxième ne manque pas d'action : on a vraiment le sentiment de passer une vitesse, et la lecture est d'autant plus agréable.

Pour résumer, Paris-Conakry - A l'aube de deux vies contient tous les ingrédients qu'il faut pour plaire aux jeunes lecteurs et pour les faire réfléchir : une poignée de personnages attachants, quelques cuillères d'amour saupoudrées d'amitié _avec une pincée de niaiserie, mais juste ce qu'il faut, une dose nécessaire de course poursuite en chariot dans un aéroport. Précision importante à destination des allergiques aux cacahuètes : il n'y a absolument aucune trace de cul dans la préparation de ce roman !

Age de lecture conseillé : à partir de 13 - 14 ans, sans vouloir généraliser bien sûr ! Les goûts, la sensibilité, la maturité, etc.. variant d'un enfant à l'autre.   



Stéréotypes ? 

Si j'avais lu ce livre quinze ans plus tôt, il m'aurait sans doute apporté la dose d'optimisme qui me manquait alors pour affronter la vie... Mais le destin a voulu que je ne le lise qu'aujourd'hui, avec mes yeux de prof d'adulte cynique et blasée ; voilà pourquoi certains passages du livre m'ont un peu laissée perplexe.

Tous les personnages sont sympathiques et crédibles, certes, mais ils m'ont semblé extrêmement propres sur eux : Charles et Léa sont des amis exemplaires, et font preuve d'une sagesse que bien des gars de 25 ans pourraient leur envier. Hugo est un brave type, respectueux des filles, studieux, gentil avec sa maman, toujours soucieux de ne pas commettre de gaffe avec son meilleur pote handicapé... Pas de crise, pas d'esclandre, pas de jalousie cachée, seulement de la fraternité et de la bienveillance : c'est tellement beau que c'est limite suspect... Il me semble qu'à part le daron autoritaire de Noémie qui occupe la place du "despote" briseur de couple, on n'a pas de figure de "méchant" dans Paris-Conakry. La mère de Hugo, Elizabeth, femme admirable qui s'est attachée à préserver son fils du souvenir de son mari emprisonné pour avoir braqué une banque (_ça va, ça reste soft, c'est pas non plus un violeur), est tantôt artiste détendue, tantôt louve romaine quand sa progéniture flanche. Le larron en question saura lui aussi montrer sa face pile au bon moment pour contribuer au bonheur de son fils inconnu. On regrettera juste qu'en bon taulard, il doit présenté comme alcoolique et seulement capable de s'exprimer dans un registre familier.

Du coup, j'ai un peu eu l'impression de sortir du pays des Bisounours en refermant ce livre, mais c'est un moindre mal...



Bon, on déconne et on critique, mais saluons tout de même l'initiative de YakaBooks, une maison d'édition citoyenne et engagée, qui propose des livres pour tous et à prix bas (2€).   

MORNING, Valentine ; RUIZ, Jean-Pascal. Paris - Conakry - A l'aube de deux vies. YakaBooks Editions, 2017. ISBN 978-2-37763-013-4



A l'exception du bâtiment d'accueil encore lumineux, les environs sont plongés dans l'obscurité, et ce n'est pas pour me déplaire. Au loin, les premiers déserteurs me font un signe de la main en se dirigeant vers la sortie, tandis que la fête de fin d'année du personnel bat son plein dans la grande salle. C'est sûrement là-bas que les meilleures blagues se font, mais j'ai pas très envie d'y retourner, pour l'instant. L'air frais me dégrise, et l'espoir aussi insensé que puéril d'être rejointe sur ce banc métallique me souffle de ne pas bouger. Je dois être vraiment bourrée pour croire à ce genre de conneries.     




jeudi 1 mars 2018

Bonne pioche pour Le Nid - Cocon ludique (Paris)


Au mois de février, j'ai rejoint quelques copines qui passaient leur après-midi au Nid - Cocon ludique, un bar à jeux de société parisien qui commence à être bien connu. Situé à la limite du Marais (non, c'est pas pour ça que j'en parle), l'établissement dispose aussi d'une boutique de jeux en tous genres où chacun doit pouvoir trouver son compte, aussi bien les clients qui ont été séduits par le jeu de plateau qu'ils ont testé dans le bar, que celui qui cherche le card battle miracle susceptible de canaliser ses mioches accros à la bataille corse, que le connaisseur en quête de nouvelles créations...  


Logo pris sur le compte Twitter du bar

Le plus dur, c'est de trouver la case départ : une fois que vous êtes dans la rue Chapon, cherchez une fresque de street art colorée, approchez vous des portes en fer forgé situées à proximité, et tentez de distinguer la poignée. Ensuite, tirez dessus vigoureusement, car elles sont assez lourdes, et entrez ! Félicitations, pour avez débloqué un niveau !

Dungeon Monsters 
Image piquée ici

A partir du moment où vous vous installerez à votre table, vous pouvez lancer vos dés tranquillement, mais en gardant en tête les règles du jeu

  • L'accès aux jeux coûte 3€ par personne, que vous restiez une heure ou six. En d'autres termes : c'est vraiment pas cher ! 
  • D'ailleurs, vous vous demanderez si quelque chose est prévu pour survivre aux parties interminables qui font le charme du UNO où personne n'arrive à refourguer ses dernières cartes après un énième changement de sens, du jeu de l'oie quand tu n'atteins jamais pile poile la case d'arrivée et que du dois reculer, des petits chevaux quand personne n'arrive à faire le six pour démarrer... Sachez donc que Le Nid propose aussi une carte intéressante de ravitaillements baptisés "Grignotes", ainsi que des boissons. Il faut consommer quelque chose à son arrivée, et de renouveler sa boisson toutes les deux heures. 

Au premier abord, vous vous insurgez, vous vous dites que les mecs ont trop fumé les cartes chance du Monopoly, et que non, personne ne nous forcera à lever le coude, même si c'est pour du sans alcool, même si on se fera de toute façon moins dépouiller que si on été allées descendre des cocktails vingt mètres plus loi ! Mais en y regardant de plus près, y a pas à râler, c'est de bonne guerre : le tarif d'accès aux jeux est quand même cadeau ! Il va sans dire que les conditions sont clairement annoncées dès l'arrivée des clients ; pour avoir débarqué bien après mes copines, je n'ai pas été prise en traître : un gars de l'équipe du Nid m'a rapidement présenté le principe de la maison.      




En bonne autiste, je suis plutôt du genre à fuir les jeux de société car je suis souvent à côté de la plaque malgré de sincères efforts pour entrer dans la danse. Je suis entrée dans le nid à reculons donc, parce que, parfois, faut quand même faire honneur aux copines qui prennent le temps de planifier des sorties et de vous y inviter ! Eh bien, au final, les heures sont passées sans qu'on s'en rende compte, et l'ambiance "cocon ludique", accueillante et détendue, n'y est pas pour rien. Comme nous étions libres de choisir, de tester les boîtes qui nous disaient bien, de les amener à notre table puis de les ranger nous-même, sans pression, nous avons pris notre temps avant d'opter pour des jeux qui risquaient de faire mouche : Trôl et Compatibility

Trôl, c'est trop bien !!
Bon ok, j'ai pas tout compris au décompte des trophées et des petits jambons, mais je pourrais rester des heures à admirer les cartes et à inventer des histoires à partir des personnages.

Bonus track : lorsque les règles sont un peu difficiles ou excessivement nombreuses, vous pouvez faire appel à un Dixitologue ou à un Carcassonniste qui viendra vous expliquer comment ça marche ce truc-là. Ouais, je charrie, mais on peut vraiment parler de professionnels du jeu de société, à ce niveau-là : autant je ne prétends pas avoir lu "tous les livres du CDI" après quelques années d'exercice dans le même collège, autant j'ai l'impression qu'eux, ils ont une très bonne connaissance des jeux disponibles dans leur fonds ! C'est plutôt fascinant. 

Le problème des enseignes de qualité, qui attirent du monde et qui ne vous chassent pas au bout de quelques heures pour laisser la place aux suivants, c'est qu'elles se remplissent vite. 

Bordel, pourquoi le V est-il si proche du B ?
Aussi est-il plus sage de passer un coup de fil pour réserver une table avant de vous déplacer...

Parce que de nos jours, ce genre de détails peut faire toute la différence, signalons que le site Internet vous fournit toutes les informations pratiques dont vous avez besoin et ce, sans risquer de vous perdre dans l'espace temporel qui sépare deux rubriques, car il est bien structuré. La navigation est aussi simple depuis un ordinateur que si l'on passe par une tablette ou par un smartphone, me semble-t-il. Sinon, et bien que ce site soit mis à jour, si vous voulez être au courant des événements ludiques régulièrement programmés dans ce bar à jeux, l'idéal reste de consulter les pages de réseaux sociaux au nom du bar. . 


  • Site Internet : http://lenid-coconludique.com/
  • Vous y trouverez les liens vers les pages de réseaux sociaux dédiées au "cocon ludique". 

Il est possible que ce billet contienne des informations inexactes : après tout, je n'ai passé que quelques heures dans Le Nid ! Merci de me les signaler en commentaire, afin que je ne fasse pas de tort à l'enseigne ! Ca m'ennuierait bien !!

Bref, je conseille vivement cet endroit à tous les amateurs de jeux de société (et de jus de fruits) !



mercredi 15 février 2017

Matraque Chantilly : journal STOP - Marius Loris (2017)



En ce jour de Saint Valentin... 
 Ahah, même pas, on est déjà le 15 officiellement. 
Tant pis pour Cupidon, il l'aura dans la boite à Toblerone cette année... 



En ce jour, donc, 
et dans le cadre de l'opération Masse Critique, je tenais à remercier Babelio et l'Atelier de l'Agneau pour l'envoi de Matraque Chantilly : journal STOP, curieux ouvrage poétique publié par Marius Loris début 2017. 




Oh, je ne dirai pas que j'ai lu cet ouvrage facilement, au contraire. Bien que l'épaisseur du livre, son étiquetage au genre "journal" et la taille des caractères m'aient conduite sur les pentes glissantes de la suffisance, il a fallu m'y reprendre à deux fois pour bien entrer dans le texte et j'ai cru que je n'allais pas arriver à ficeler un billet critique dans le délai imparti _trente jours, tout de même ! 

L'auteur nous donne à lire le journal qu'il a tenu du 15 mars au 23 juin 2016 ; quand on vit au coeur de l'effervescence parisienne des manifs de contestation de la loi travail, au rythme d'une population qui craint les attentats autant qu'elle souffre de la situation d'état d'urgence, on a forcément pas mal de choses à dire. Mais encore faut-il être capable de coucher sur papier les particules de cette singulière ambiance, et avec les bons mots, s'il vous plaît. 

Marius Loris y parvient fort bien, d'une manière toute personnelle et très imagée ; lorsqu'il arpente les rues de la capitale sous un ciel changeant et dans une atmosphère électrique, rien n'échappe à son regard et à sa plume : petits commerces, visages remarquables à défaut d'être remarqués, grévistes furieux encadrés de très très près par la police... 

Les revendications sociales, les injustices n'empêchent pas la roue du temps de tourner pour tout le monde, vers l'avant ou vers l'arrière, voilée ou pleine. Se battre pour les autres, immortaliser leur combat par la poésie, oui. Utiliser ce dessein altruiste pour n'avoir pas à faire face à sa propre vie : non. Dans Matraque Chantilly - Journal Stop, le poète alterne entre les pages consacrées à la révolte populaire contre les abus des intégrismes, des politiques et des CRS, et celles relatant ses états d'âme : phase de deuil suivant à la perte d'une personne chère, la nostalgie, évocation d'un week-end au vert, agacement de l'artiste confronté à un manque d'inspiration passager..   



Comme le titre l'indique, le "journal" Matraque Chantilly est ponctué de STOP. A y regarder de plus près, il semblerait que très souvent ce "STOP" remplace le point final d'une phrase, si bien qu'on croirait que le texte est destiné à être dicté à un opérateur télégraphiste. Ce choix d'écriture donne une impression de tassement des mots et des idées, de vitesse puis d'arrêt brutal, pour mieux repartir _mais pas forcément dans le même sens. En fait, ce journal étendu entre mars et juin 2016 ressemble, de loin, au long cortège d'une manifestation qui avance à petits pas, interrompue puis poussée vers son point de rassemblement, avant d'être bloquée par les forces de l'ordre. Un pas en avant plein de tension, deux pas en arrière malgré les intentions belliqueuses, suivis d'une pause qui nous permet de ne pas louper toutes ces situations incongrues et risibles qui font le charme de la capitale lorsqu'elle s'agite. 

N'appréciant guère la poésie, j'ai du passer à côté d'une multitude de prouesses réalisées par l'artiste ; beaucoup de références ont du m'échapper. Il est possible que je vous parle très mal d'un livre qui mérite bien d'être lu. Alors je me contenterai de vous dire que j'ai été touchée, sans trop savoir pourquoi, par pas mal de phrases et d'images contenues dans Matraque Chantilly : journal STOP. 

Dont celles-ci : 
"la météo est changeante, pas la révolte. STOP" 
"L'amitié est un métier difficile mais c'est peut-être la seule voie STOP"
"(preuve que le paradis n'existe pas ou alors c'est une euthanasie cérébrale avec moutons roses)"


Ca sonne bien, ça sonne juste à nos oreilles. Voilà. Pour les arguments, désolée mais faudra repasser demain ! A votre tour d'essayer de dompter cette licorne écumante qui rue dans les brancards de son époque...  


Marius LORIS. Matraque Chantilly : journal STOP. Atelier de l'Agneau, 2017. Coll. Architextes. 94 p. ISBN 978-2-37428-001-1 


mercredi 20 août 2014

Bakuman T.1 - Tsugumi Ohba ; Takeshi Obata (2008)


L'autre jour, je suis allée voir le film Les Enfants loups, Ame et Yuki (Mamoru Hosoda) avec des potes que je ne connaissais que de manière virtuelle. Non seulement, cette projection en plein air au Parc de la Villette à Paris fut un moment fort sympathique, mais en plus, elle m'a donné envie de me remettre un peu aux manga. Du coup, j'ai mangé le premier volume de la série Bakuman créee par Tsugumi Ohba et Takeshi Obata, les auteurs des fameux Death Note ; il traînait chez moi depuis un moment, puisque je l'avais commandé en même temps que les Drôles de racailles adulés par les gosses, histoire de penser un peu à ma gueule, pour changer. Bien m'en a pris.   


L'histoire 

Mashiro n'est pas une tête brûlée ; il est fermement convaincu qu'on réussit sa vie en décrochant un travail propre à s'assurer une existence confortable et ordinaire au possible. A l'âge où ses copains de collège rêvent leur vie d'adulte sans se soucier du chemin à parcourir jusque là, lui n'est pas très pressé d'y parvenir, et pour cause : il est déjà blasé et le grain de folie qu'il a peut-être eu dans ses jeunes années s'est éteint. Alors, bien sûr, Mashiro est doué pour le dessin et peut même se vanter d'avoir remporté des prix pour ses oeuvres, à l'école primaire. Bien sûr, il continue à gribouiller des personnages dans la marge de son cahier, pendant les cours. Mais de là à cultiver son art pour en faire son métier, plus tard... Puisque les rêves sont voués à rester des rêves, pourquoi faudrait-il s'y accrocher ?




Pas du tout tête brûlée mais un peu tête en l'air, Mashiro oublie son cahier de maths au collège, un soir, et évidement il ne s'en aperçoit qu'en rentrant chez lui. Il part aussitôt le récupérer dans la salle de cours et le trouve non pas sur sa table, mais dans les mains de Takagi, LA tronche de la classe. Ce dernier reconnaît avoir feuilleté le cahier oublié et le complimente sur ses qualités de dessinateur. La situation le gêne quelque peu car les deux garçons ne s'adressent pas spécialement la parole et de plus, Mashiro a tiré le portrait d'Azuki, la fille avec qui il voudrait bien sortir. Mais Takagi le met à l'aise, car il a un deal à lui proposer : former à eux deux un binome de mangaka, en tirant profit de leurs points forts respectifs. Il écrira le scénario tandis que son équipier dessinera.  




Tout d'abord, Mashiro refuse en bloc. Il sait à quel point la vie d'artiste peut être cruelle, lui qui a un oncle mangaka ; ou plutôt avait, car le pauvre homme est mort de surmenage avant de terminer son oeuvre et après avoir traversé des années de solitude laborieuses pour bien peu de reconnaissance. Contrairement à Takagi, il a une connaissance lucide et désenchantée du monde de l'édition. Mais petit à petit, il se laisse séduire par l'optimisme et la motivation du premier de la classe...


Rêves, destin, sagesse parentale : qui croire ? 

Je ne vois pas quel lecteur pourrait échapper complètement au processus d'identification qui s'opère lorsque Mashiro nous promène par la pensée dans son univers de collégien ; quand on a 14 ans, penser à son avenir est tellement angoissant qu'on réagit comme on peut : on stresse et on travaille pour intégrer les meilleures formations professionnelles, de peur de finir sous les ponts, ou pire, à la charge de ses parents _n'oublions pas qu'on est au Japon. On s'accroche à ses talents et on croit dur comme fer qu'ils modèleront notre vie. Ou alors on s'en fout, parce qu'au fond, on a trop peur quand on y pense. Bakuman traite bien la question, en nous présentant trois personnages qui portent des regards différents sur leur futur : Mashiro, Takagi et Azuki. 

Comme on l'a vu plus haut, Moritaka Mashiro veut se couler dans le moule bien confortablement : l'avenir, c'est loin, c'est compliqué et ça ressemble de loin à une interminable succession de problèmes. Alors autant sauver ce qui peut l'être, et travailler assez dur pour avoir un bon boulot sans trop se faire remarquer. Ainsi, ses parents seront contents _une souffrance de moins pour eux aussi ! Vous l'aurez compris, ce n'est pas un optimiste, mais plutôt le genre de garçon à se dire "si je ne fais rien, au moins, je suis sûr de ne pas me vautrer". Il faut dire que la mort de son oncle Nobu l'a bien traumatisé ; aussi, maintenant, le manga se résume en un pourcentage : 0,01 %. C'est la proportion des dessinateurs qui parviennent à vivre de leurs créations. Pourtant, il semblerait que Mashiro soit poussé par le destin à suivre les pas de Nobu : le cahier oublié, le fait que Takagi le trouve, son attirance silencieuse pour Azuki faisant écho à la prude correspondance échangée entre Nobu et sa non-copine pendant des années... Sans compter le soutien inattendu de son père et de son grand-père, venant couvrir à deux contre un les conseils plus sages de la mère.

Tu sens ma joie de vivre ?

Takagi est un vrai catalyseur ; des premières aux dernières pages, le grand blond volubile et facétieux crève les vignettes, explose les bulles, brise en mille morceaux l'image qu'on se fait de la tronche de la classe. On peut le percevoir comme une sorte d'ange gardien qui pousse Mashiro à se dépasser, à écouter ses envies et à croire en lui. Sa réussite scolaire, qu'il doit plus à son potentiel qu'au travail qu'il fournit, lui donne la confiance dont il a besoin et, maintenant qu'il a trouvé un copain capable de combler ses lacunes en dessin, il est sûr de son succès en tant que scénariste de manga : "L'échec n'est pas une option".  

BG !!

Azuki est une fille. Ca change tout à la donne. Takagi sous-entend que son ambition de doubler des animes est une forme d'échappatoire à la triste condition des filles, sur laquelle on va revenir. Pour l'instant, simplement en prenant en compte ce qui nous est dit d'elle dans ce premier volume, il semblerait que la jeune fille cache bien son jeu. Si sa timidité l'empêche de sortir de chez elle, à part pour se rendre au cours de danse ou au collège, elle n'en a pas moins un caractère bien trempé et sait poser fermement ses conditions aux projets que Mashiro et Takagi lui présentent.  

Et voici une fois de plus l'incontournable de tout manga qui se respecte :
LA BONNASSE !!!!!!!!!!!
(Azuki)

Ces filles qui ne rêvent pas   

La faille de Bakuman se situe peut-être ici. Il me semble que les quelques personnages féminins mis en scène n'ont pas la part belle, bien au contraire. C'est mon impression, à vous de voir. Examinons une par une les concernées.

- Azuki : c'est une bonne élève, la deuxième après Takagi. Mashiro l'aime car elle est belle, calme et timide, mais on notera qu'il croit assez peu en elle quand il découvre qu'elle veut devenir doubleuse de dessins-animés : "Quoi ?! Doubleuse ?! Que... Mais... Elle n'a aucune chance d'y arriver ! Discrète et timide comme elle est.. Rêver, c'est bien, mais il faut un peu de réalisme aussi !". C'est beau l'amour.

- La mère d'Azuki : elle est belle, avenante accueillante, très bavarde, et disons-le, elle fait un peu cruche quand même.

Elle se fait des bigoudis, parce que c'est son choix.

- La mère de Mashiro : à vue de nez, c'est une harpie qui passe son temps à appeler son fils sur son portable pour lui gueuler dans les esgourdes de rentrer à la maison bosser ses cours. Elle est bien la preuve que bien souvent, la parole ne remplace pas l'action, en l'occurrence, la décision du grand-père de remettre les clés de l'atelier de Nobu à Mashiro. Enfin, lorsqu'elle tente de dissuader son mari d'encourager les projets artistiques de son fils, il la balaye d'un terrible "Les hommes ont tous des rêves. Les femmes ne peuvent pas comprendre." que chacun appréciera à sa valeur, et qui me reste sur le gésier, personnellement.


La mère de Mashiro étant passablement moche, je vous mets une image du Père Castor à la place.
En toute innocence. 


Bakuman, un manga misogyne, ou un manga dénonciateur ? Difficile de savoir où commence l'humour, et ou finit la critique de la société. La suite nous le dira...


Mangaka, mode d'emploi    

Bakuman en intéressera plus d'un grâce aux nombreuses informations techniques qu'il donne sur les pratiques artistiques des créateurs de manga. Les connaisseurs n'y apprendront sans doute rien de bien nouveau, mais tous les autres y trouveront de quoi s'instruire : nemus, plume Kabura, plume G, plume ronde, pose des trames, catalogues d'arrière-plans... Tout comme Takagi, charrié par Mashiro pour son peu de connaissances en dessin, j'ai fait des découvertes. De plus, à la manière d'ancrer l'histoire dans la réalité du monde de l'édition, on discerne le vécu _et les embûches_ sans doute connus par les auteurs.


Les bonnes critiques récoltées par Bakuman ne sont pas volées : l'idée est originale, l'histoire est réaliste sans vous plomber l'ambiance, les héros sont drôles sans être lourds. Seul le traitement des personnages féminins me déplaît pour l'instant, mais ça ne m'empêchera pas de lire la suite ! 



OHBA, Tsugumi ; OBATA, Takeshi. Bakuman (tome 1). Kana, 2010. 208 p. ISBN 978-2-5050-0826-2