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jeudi 1 mars 2018

Bonne pioche pour Le Nid - Cocon ludique (Paris)


Au mois de février, j'ai rejoint quelques copines qui passaient leur après-midi au Nid - Cocon ludique, un bar à jeux de société parisien qui commence à être bien connu. Situé à la limite du Marais (non, c'est pas pour ça que j'en parle), l'établissement dispose aussi d'une boutique de jeux en tous genres où chacun doit pouvoir trouver son compte, aussi bien les clients qui ont été séduits par le jeu de plateau qu'ils ont testé dans le bar, que celui qui cherche le card battle miracle susceptible de canaliser ses mioches accros à la bataille corse, que le connaisseur en quête de nouvelles créations...  


Logo pris sur le compte Twitter du bar

Le plus dur, c'est de trouver la case départ : une fois que vous êtes dans la rue Chapon, cherchez une fresque de street art colorée, approchez vous des portes en fer forgé situées à proximité, et tentez de distinguer la poignée. Ensuite, tirez dessus vigoureusement, car elles sont assez lourdes, et entrez ! Félicitations, pour avez débloqué un niveau !

Dungeon Monsters 
Image piquée ici

A partir du moment où vous vous installerez à votre table, vous pouvez lancer vos dés tranquillement, mais en gardant en tête les règles du jeu

  • L'accès aux jeux coûte 3€ par personne, que vous restiez une heure ou six. En d'autres termes : c'est vraiment pas cher ! 
  • D'ailleurs, vous vous demanderez si quelque chose est prévu pour survivre aux parties interminables qui font le charme du UNO où personne n'arrive à refourguer ses dernières cartes après un énième changement de sens, du jeu de l'oie quand tu n'atteins jamais pile poile la case d'arrivée et que du dois reculer, des petits chevaux quand personne n'arrive à faire le six pour démarrer... Sachez donc que Le Nid propose aussi une carte intéressante de ravitaillements baptisés "Grignotes", ainsi que des boissons. Il faut consommer quelque chose à son arrivée, et de renouveler sa boisson toutes les deux heures. 

Au premier abord, vous vous insurgez, vous vous dites que les mecs ont trop fumé les cartes chance du Monopoly, et que non, personne ne nous forcera à lever le coude, même si c'est pour du sans alcool, même si on se fera de toute façon moins dépouiller que si on été allées descendre des cocktails vingt mètres plus loi ! Mais en y regardant de plus près, y a pas à râler, c'est de bonne guerre : le tarif d'accès aux jeux est quand même cadeau ! Il va sans dire que les conditions sont clairement annoncées dès l'arrivée des clients ; pour avoir débarqué bien après mes copines, je n'ai pas été prise en traître : un gars de l'équipe du Nid m'a rapidement présenté le principe de la maison.      




En bonne autiste, je suis plutôt du genre à fuir les jeux de société car je suis souvent à côté de la plaque malgré de sincères efforts pour entrer dans la danse. Je suis entrée dans le nid à reculons donc, parce que, parfois, faut quand même faire honneur aux copines qui prennent le temps de planifier des sorties et de vous y inviter ! Eh bien, au final, les heures sont passées sans qu'on s'en rende compte, et l'ambiance "cocon ludique", accueillante et détendue, n'y est pas pour rien. Comme nous étions libres de choisir, de tester les boîtes qui nous disaient bien, de les amener à notre table puis de les ranger nous-même, sans pression, nous avons pris notre temps avant d'opter pour des jeux qui risquaient de faire mouche : Trôl et Compatibility

Trôl, c'est trop bien !!
Bon ok, j'ai pas tout compris au décompte des trophées et des petits jambons, mais je pourrais rester des heures à admirer les cartes et à inventer des histoires à partir des personnages.

Bonus track : lorsque les règles sont un peu difficiles ou excessivement nombreuses, vous pouvez faire appel à un Dixitologue ou à un Carcassonniste qui viendra vous expliquer comment ça marche ce truc-là. Ouais, je charrie, mais on peut vraiment parler de professionnels du jeu de société, à ce niveau-là : autant je ne prétends pas avoir lu "tous les livres du CDI" après quelques années d'exercice dans le même collège, autant j'ai l'impression qu'eux, ils ont une très bonne connaissance des jeux disponibles dans leur fonds ! C'est plutôt fascinant. 

Le problème des enseignes de qualité, qui attirent du monde et qui ne vous chassent pas au bout de quelques heures pour laisser la place aux suivants, c'est qu'elles se remplissent vite. 

Bordel, pourquoi le V est-il si proche du B ?
Aussi est-il plus sage de passer un coup de fil pour réserver une table avant de vous déplacer...

Parce que de nos jours, ce genre de détails peut faire toute la différence, signalons que le site Internet vous fournit toutes les informations pratiques dont vous avez besoin et ce, sans risquer de vous perdre dans l'espace temporel qui sépare deux rubriques, car il est bien structuré. La navigation est aussi simple depuis un ordinateur que si l'on passe par une tablette ou par un smartphone, me semble-t-il. Sinon, et bien que ce site soit mis à jour, si vous voulez être au courant des événements ludiques régulièrement programmés dans ce bar à jeux, l'idéal reste de consulter les pages de réseaux sociaux au nom du bar. . 


  • Site Internet : http://lenid-coconludique.com/
  • Vous y trouverez les liens vers les pages de réseaux sociaux dédiées au "cocon ludique". 

Il est possible que ce billet contienne des informations inexactes : après tout, je n'ai passé que quelques heures dans Le Nid ! Merci de me les signaler en commentaire, afin que je ne fasse pas de tort à l'enseigne ! Ca m'ennuierait bien !!

Bref, je conseille vivement cet endroit à tous les amateurs de jeux de société (et de jus de fruits) !



samedi 7 mai 2016

Soyons sérieux ! Quels usages pour les jeux électroniques en classe ? Rapport d'étude (2009)


Faire apprendre en utilisant le jeu, de préférence électronique ou informatique n'est pas une excentricité de profs qui voudraient se démarquer de leurs collègues en testant de nouvelles méthodes sur leurs cobayes du moment. Si c'est encore ce que pensent certains parents déstabilisés par l'évolution de la société (et donc de l'école, forcément), ces idées reçues tendent à disparaître. Pour l'IFSE* et l'European Schoolnet**, il a même paru intéressant d'observer de plus près les expériences menées aux quatre coins de l'Europe afin de voir dans quelle mesure on pouvait se servir du jeu vidéo pour permettre aux élèves de progresser. Nous étions alors en 2009 ; leurs constats ont donné lieu à une étude réalisée par l'European Schoolnet, dont voici le rapport intégral. Afin de pouvoir répondre aux problématiques suivantes : "que peuvent apporter aux élèves les jeux électroniques lorsqu'ils sont utilisés en classe ?" et "quels sont les partenariats possibles entre l'école et l'industrie du jeu vidéo", elle s'organise en plusieurs temps :

- Pour commencer, une enquête "sur le terrain" d'expériences ponctuelles déjà menées en Europe. Huit pays ont été "visités" pour l'occasion : l'Autriche, le Danemark, l'Espagne, la France, le Royaume-Uni, la Lituanie et les Pays Bas.
- Un retour des enseignants concernés sur leur pratique, élargie à ce qui se fait dans les différents pays d'Europe, à ce qui ne se fait pas et pourquoi. En tout, 600 professeurs ont été questionnés et ont avancé des avis plus ou moins nuancés, allant du réel enthousiasme à des attitudes plus réservées.
- Un aperçu de la place du jeu électronique dans les systèmes éducatifs
- Enfin, elle présente différents points de vue de chercheurs sur les apports du jeu vidéo en contexte pédagogique.

Ce rapport d'étude est paru en 2009 ; cela signifie que les informations qu'il contient ne sont plus toutes fraîches, mais après lecture je dirais qu'on peut encore en exploiter une bonne partie.

Ouais, arrêtez de faire les cons, là ! Y en a qui bossent ! 


"Qu'observons-nous sur le terrain ?" 

Après une définition large du jeu électronique, insistant sur la grande variété de supports (console, portables, ordinateur) et d'activités possibles (jeux de rôles, jeux d'adresse, de stratégie, fonctionnement en réseau...), une sélection d'expériences parlantes menées un peu partout en Europe nous est présentée. C'est la partie qui se lit le plus facilement, dans laquelle ont peut piocher quelques idées quand on est prof... et qui va nous faire gagner du temps, grâce au bilan critique du projet qui suit le compte rendu.

Exemple 1 :  l'école Hojby au Danemark
Conformément au "Projet IMTF" (en gros, développement des compétences informatiques) en vigueur au Danemark au moment de la réalisation de l'étude, les jeux informatiques ont été introduits dans les enseignements de cette école, ouverte aux élèves. Il faut noter que les jeux utilisés en contexte pédagogique ne sont pas des jeux éducatifs, à la base : il s'agit des Sims2, de Patrician 3, de Harry Potter et l'Ordre du Phoenix et Zoo Tycoon. Mais, placés dans un contexte pédagogique, ils deviennent utiles. Par le biais des SIMS2, les enfant ont crée des personnages et des situations de jeu sur deux cours. Ils en ont gardé une trace et s'en sont servis pour produire un travail associant texte et image, dans lequel ils ont été poussés à présenter des personnages, à décrire un environnement... Par exemple, le jeu de stratégie Patrician 3 a favorisé l'étude de la société médiévale et notamment des relations de pouvoir. L'activité a même donné lieu à un jumelage entre deux écoles. Dans le cas de Harry Potter, une lecture du roman et un visionnage du film a précédé l'utilisation du jeu, rendant possible une comparaison entre l'oeuvre et ses adaptations. Toujours avec le développement des compétences informatiques

Exemple 2 : The Consolarium, c'est à dire le "Centre d'utilisation du jeu en contexte d'apprentissage" (Ecosse) 
Les élèves ont travaillé les maths avec le programme d'entraînement cérébral du Dr Kawashima tous les jours, pendant 20 - 25 minutes. D'autres ont utilisé Nintendogs, un jeu dont le but est de créer un chien virtuel et de le faire grandir au mieux ; ici, il paraissait utile dans le cadre de l'apprentissage de l'anglais. Les enfants étaient amenés à imaginer des histoires dont leur chien était le héros.


C'est mignonnnnnnnnn !

Exemple 3 : Les jeux sérieux comme stratégie de remédiation (France) 
Dans un collège français, le jeu Farm Frenzy, dont le but est de manager sa ferme, a été utilisé avec un groupe de six élèves en difficultés. Il a contribué à faire travailler les jeunes sur leur organisation, sur la verbalisation des difficultés rencontrées, sur la résolution de problème et sur le travail en collaboration.

Exemple 4 : Le projet Didactic Assisted by New Technologies / Iprase, Institut Provincial de Recherche, de Formation et d'Expérimentation (Italie)
Des jeux éducatifs informatiques sont utilisés dans le cadre du cours d'italien et de maths, afin d'illustrer le cours ou de tester les connaissances des élèves. 

Exemple 5 ; le jeu Frequency 1550 (Pays Bas) 
Ce quiz portant sur l'histoire d'Amsterdam en 1550 s'adresse en particulier aux adolescents, puisqu'il allie déplacement autonome sur le terrain et communication avec un outil numérique dont il a déjà la maîtrise. Les jeunes forment des équipes de 4, elles-mêmes scindées en binômes. Deux élèves se rendent en ville, et deux restent dans un laboratoire équipée de façon à pouvoir faire des recherches sur Internet tout en restant en contact avec "l'équipe de terrain". Ainsi, ils sont en mesure de se guider les uns les autres. Le but du jeu est de répondre collectivement aux questions sur la ville d'Amsterdam en l'an 1550, en tirant parti de la complémentarité des deux binômes. 
Personnellement, c'est l'exemple qui m'a fait le plus triper ! Si quelqu'un a déjà mené une aventure semblable dans son bahut, laissez un commentaire s'il vous plaît ! 

Ouais, je suis dans une période puzzle, désolée ! Vous remercierez ma pote !

Bien que très différents les uns des autres, ces cinq exemples sont tous novateurs et très enrichissants. Pourtant, les conclusions que les enseignant en ont tirées se font relativement souvent écho : 

- Le jeu n'est efficace que s'il est placé dans un contexte pédagogique précis ; un travail de synthèse est incontournable en fin de séance, afin que les élèves ne perdent pas de vue qu'ils n'ont pas "joué pour jouer", mais qu'ils ont acquis des connaissances, des savoirs-être en lien avec le cours. Si le projet dépasse le cadre de la classe et touche d'autres établissements, voire toute un région, c'est encore mieux car il prend encore plus de sens pour les élèves et devient plus visible (et souvent mieux appuyé...). Rappelons que "jouer en classe" n'est pas synonyme de rupture avec la pédagogie qu'on pourrait qualifier de "traditionnelle". Les deux approches, les différents supports sont complémentaires.

- D'un point de vue disciplinaire, le caractère ludique des activités n'a pas d'influence probante sur la progression des élèves. Toutefois, le jeu informatique favorise forcément les apprentissages numériques : il peut s'avérer déterminant dans le repérage des difficultés et la mise en oeuvre de stratégies de remédiation, comme c'est le cas dans les exemples italien et français notamment.

- Par contre, l'impact du jeu sur la motivation des élèves est indéniable, de même que sur le rapport de certains jeunes à l'école. Relier les apprentissages à leurs propres pratiques numériques favorise une mise en confiance et donne envie de repousser ses limites.  

- D'autres compétences relevant du développement personnel et du savoir-être sont plus facilement acquises, également, ou au moins améliorées : la concentration, les réflexes, l'imagination, la sociabilité.

- On constate d'ailleurs, pour chacun des exemples d'actions présentés, une implication sensible des instances éducatives ; elle est indispensable au bon fonctionnement du projet... et devrait être renforcée...

- En amont, il est donc recommandé de prendre le temps de monter son projet et d'en communiquer les grandes lignes à la famille ; en effet, il arrive que les parents aient une image négative des jeux vidéos et émettent des craintes lorsqu'ils apprennent que leurs enfants "jouent en classe", même en sachant que le professeur les encadre. L'enseignant gagnera à se poser comme "metteur en scène" de l'activité, et non comme "joueur spécialiste", même si une bonne maîtrise du jeu est requise pour mener l'activité. Lorsque cette étape de communication est passée, une amélioration du rapport entre l'école et les parents est perceptible.

- Il est important de souligner l'émulation pédagogique créee par ces pratiques novatrices : le partage des expériences citées a donné lieu à des échanges riches, des débats, des idées de prolongements des projets ou d'actions nouvelles. Dans tous les cas, l'enseignant doit, sinon maîtriser le jeu, au moins posséder lui-même des compétences numériques de base... et si ce n'est pas le cas, être formé...


Opinions et pratiques des enseignants

Généralement, les profs concernées par les expériences relatées dans cette étude en font un bilan positif de l'expérience, y compris lorsqu'elles représentaient pour eux un baptême du feu informatique. Si certaines matières se prêtent mieux à l'exercice (technologie, langues vivantes, histoire..) la motivation des élèves augmente dans tous les cas ; ce qui ne peut que satisfaire l'enseignant et améliorer les conditions de travail de tous. 

L'enquête a ensuite été élargie à un panel de professionnels de l'éducation exerçant en Europe, via un questionnaire en ligne portant sur l'utilisation des TIC à l'école. Les résultats ont parfois fait écho aux retours d'expérience déjà relevés ; parfois non... 

- Pour faire le portrait robot du prof qui "joue en classe", disons qu'il s'agit  d'une femme d'âge non déterminé oui oui parfaitement, ça peut aussi être une vieille ! qui utilise les couramment les TIC en situation pédagogique. Elle s'en sert pour faire grimper la motivation de ses élèves, pour qu'ils acquièrent des compétences en passant par des chemins différents, pour travailler sur leur savoir-être et pour promouvoir des valeurs humaines. Elle utilise un large choix de jeux sur PC ou console, parfois conçus par des pédagogues, mais plus souvent commerciaux et sans visée éducative particulière. Pour s'informer de ce qui se fait autour d'elle et pour améliorer ses séances, elle s'adresse à ses collègues et fait des recherches sur Internet.

Clichés clichés clichés... Ralalala !

- Contrairement à ce qu'on a pu "observer sur le terrain", les jeux vidéos sont surtout utilisés avec des groupes d'élèves rencontrant des difficultés, c'est à dire : les élèves à besoins éducatifs particuliers, les élèves en échec scolaire, démotivés ou qui marchent à la carotte  pourvus d'un fort esprit de compétition qu'il leur est utile d'exploiter. 

- Certains professeurs n'utilisent par les jeux électroniques, informatiques, vidéo... au sein de la classe et ils le disent ; on se doute bien que ce ne sont pas tous de gros réacs, hein. Ils donnent des arguments recevables et pointent du doigt des obstacles bien réels : le prix des jeux (eh oui, tout n'est pas gratuit ; l'achat du jeu / d'une licence s'impose... on va pas commencer à cracker à l'école, hein !), les contraintes matérielles (pas assez d'ordinateurs, classes trop nombreuses), les contraintes de temps (heures de concertation et de formation nécessaires et pas toujours prévues !), les difficultés d'intégration au programme scolaire de jeux pourtant intéressants du point de vue du développement personnel, et bien sûr les aléas de l'aspect "récréatif" du jeu. 


Quelle est l'attitude des systèmes éducatifs face aux jeux en classe ?

Gnééé ??? 
Là, comment dire ça bien... On va passer très vite sur le sujet, dans le sens où rien de très officiel ne se dégage à l'échelle européenne ni dans les systèmes éducatifs des voisins ; on ne sera donc pas surpris que les subventions accordées aux projets soient moindres. 

Les apports du jeu en classe sont reconnus et les instances s'accordent à dire qu'il faut les développer afin...
- ... d'aider les élèves en difficulté (Italie
- ... de modernisation de l'enseignement (Tous) 
- ... de familiariser les jeunes aux univers virtuels (Danemark) et  renforcer la prévention des risques liés aux jeux vidéos (Autriche). En ce sens, la conception des jeux par les élèves eux-même est préconisée.
-... d'encourager la créativité (Russie), et de renforcer les liens entre l'école et les parents via le jeu. 

Malgré ce manque de reconnaissance de la part des hautes sphères, les recherches poursuivies du côté des enseignants ont donné naissance à des communautés de pratiques qui ont de beaux jours devant elles ; bientôt, le jeu se sera fait un bon trou dans les TICE en Europe.



Ce que nous dit la recherche sur l'utilisation des jeux en classe

Depuis les années 1990, nombreux sont les chercheurs qui pensent que les jeux vidéos peuvent améliorer les connaissances et les compétences des élèves, de la même façon que toutes les autres tentatives de modernisation de la pédagogie. A ceci près que le jeu a l'avantage d'impacter directement d'évolution des apprentissages comportementaux (communication, résolution de problèmes.. ). Utilisé avec modération, il ne nuirait pas à la sociabilisation des enfants... Après tout, on sait depuis longtemps qu'un usage raisonné d'une nouveauté qui effraie est mille fois moins dangereux que l'ignorance... 

Dans le rapport, vous trouverez toutes les références des chercheurs qui se sont penchés avec intérêt sur la question des jeux vidéos/électroniques/informatiques comme outil éducatif : Marc Prensky, l'"inventeur" des "digital natives", ces jeunes nés dans un monde en voie de numérisation ; Mitra et Rana, passeurs d'une intéressante expérience sur des enfants capables d'utiliser un ordinateur au bout de quelques heures seulement, alors qu'ils n'en avaient jamais vu un de leur vie... ; Mitgutsch, qui insiste sur l'importance du côté divertissant du jeu vidéo ; Ko encourage à instiller en contexte pédagogique la démarche de résolution de problèmes rencontrée dans les jeux : Curtis et Lawson sont plus axés sur l'amélioration par le jeu de performance et de compétences déjà acquises, et un peu moins par l'apprentissage en lui-même.

N'hésitez pas à laisser en commentaire d'éventuelles remarques / erreurs constatées dans ce petit résumé... mais dans la bonne humeur s'il vous plaît. Si vous êtes prof, intéressé par les TIC ou non, je vous conseille de parcourir ce rapport d'étude qui vous donnera sans doute des idées d'activités, et quelques tuyaux, même s'il date un peu.

EUROPEAN SCHOOLNET. Quels usages pour les jeux électroniques en classe ? Rapport de synthèse. mai 2009. URL : http://games.eun.org/2009/05/research_results_released.html. Visité le 07/05/2016. ISBN : 9789078209881





J'en profite pour parler d'un jeu éducatif repéré via le catalogue 2014 - 2015 des ressources en Histoire des Arts du CANOPE, et testé dans la foulée : Vivre au temps des châteaux fortsIl s'agit d'un jeu de simulation où l'élève est plongé dans le quotidien d’un chateau fort et de ses environs, au coeur de la Normandie du XII°s. Il doit se déplacer à l'aide des flèches du clavier pour répondre à des questions et pour ramasser des pièces de puzzle. Ces dernières lui permettront de résoudre des énigmes ; à lui de se promener dans différents lieux en se repérant sur la carte affichée en haut à gauche de l'écran, à lui de cliquer sur les bons objets. Parfait pour des 5èmes ! 
Le tout est 100 % gratuit et disponible en téléchargement sur PC. Par contre, il nécessite l’installation de Quick Time 7 (sinon on ne peut pas lire toutes les vidéos qui permettent de répondre aux questions). 
https://www.reseau-canope.fr/vivre_temps_chateaux_forts/#
Vous trouverez plus d'informations sur le blog dédié au projet : http://vivre-au-temps-des-chateaux-forts.blogspot.fr/ 


*IFSE ; Fédération Européenne de Logiciels Interactifs
** European Schoolnet : réseau européen d'aide à l'utilisation des TIC à l'école, à travers un portail de ressources. Il travaille en collaboration avec 30 ministères de l'éducation. Site : http://www.eun.org/ 



dimanche 1 septembre 2013

Soyons sérieux : le "Dossier information et citoyenneté" publié sur Médiapart (5 mai 2010)



La Ligue de l'Enseignement s'est associée à Médiapart, journal numérique et participatif, pour traiter des rapports épineux qu'entretiennent les européens d'aujourd'hui avec les médias. Un "dossier information et citoyenneté" a donc été réalisé afin de cerner les points de désaccord entre des deux parties et d'y apporter des solutions en vue d'une "réconciliation".


Voici ce que j'en ai retenu : attention pavé !!! 


En même temps vous étiez prévenus

Mis en ligne depuis trois ans déjà, les propos tenus dans les différents articles sont toujours d'actualité : les lecteurs se méfient systématiquement de ce qu'ils lisent dans les journaux, de ce qu'ils voient à la télévision, et ont tendance à se tourner vers de nouvelles formes de médias, tels que les blogs d'information ou les journaux citoyens, qu'ils considèrent comme étant plus "libres", mais qui sont souvent moins professionnels.


Dans son introduction aux différents articles, Nathalie Dollé, une journaliste qui a beaucoup réfléchi aux enjeux de sa profession et au rôle des médias dans la société, se montre sceptique lorsqu'elle constate cette tendance. Selon elle, les professionnels _ceux qui sont munis de leur carte de presse_ et les rédacteurs amateurs n'ont pas les mêmes objectifs. Les premiers diffusent des informations discutées collectivement puis validées, tandis que les seconds partagent des points de vue subjectifs plutôt que de réelles infos. Même si l'on comprend très bien ses inquiétudes, elle n'évoque pas encore les aspects positifs du phénomène, tels que le pouvoir de liberté d'expression, de dénonciation accordé au citoyen lambda _ dont Patrice Flichy, par exemple, parle assez longuement dans Le sacre de l'amateur, ou la complémentarité possible des médias "traditionnels" et "alternatifs". Mais à ce moment-là, est-ce encore du journalisme ? ou autre chose ? 


Allez, soyons sérieux !

Le dossier s'ouvre sur une interview du journaliste Philippe Merlant par Christine Menzaghi, intitulée "Réconcilier les médias avec leur public". Plutôt en faveur d'une évolution des professionnels de la presse en fonction des nouvelles attentes des lecteurs/auditeurs/téléspectateurs, il y parle de son ouvrage : Médias, la faillite d'un contre-pouvoir. Il pense que les gens ne croient plus vraiment ce qui est dit dans les médias, et que les journalistes n'ont ni une connaissance suffisante de leur public, ni un assez grand attachement au média pour lequel ils travaillent. Quand aux différents journaux, leurs objectifs économiques les éloignent de leurs objectifs premiers. Dans cette interview, le tableau dépeint une vision un peu caricaturale de la situation, mais le livre, co-écrit avec Luc Châtel, est sans doute plus nuancé. Heureusement, des solutions existent ; un effort est attendu de la part des journalistes, au niveau de la qualité de l'information et de la prise en compte du public. Les médias citoyens interviennent alors comme un terrain d'entente et de dialogue entre les "professionnels" et les "amateurs", qui constituent également un public insatisfait potentiel. A nuancer aussi. 


Nathalie Dollé place ensuite le débat à l'échelle de l'UE dans l'article "Enjeux, défis et responsabilités de la presse en Europe". Elle rappelle que, depuis une vingtaine d'années, le fonctionnement de la presse a changé : il s'inscrit dans une logique économique peu compatible avec le professionnalisme du journaliste. Comment appliquer la déontologie lorsque l'information devient une marchandise plus ou moins vendeuse ? La profession évolue en tenant compte de ces paramètres : les pigistes se multiplient, au contraire des "permanents", réduisant l'investissement du journaliste, plus vraiment "attaché" au média pour lequel il travaille. Les reporters amateurs prennent aussi de l'ampleur et alimentent les journaux participatifs en prônant leur bonne foi _ et on veut bien les croire, puisqu'on sait tous n'ont rien à gagner en écrivant. Mais qu'en est-il alors de la qualité de l'information ? Les amateurs peuvent, faute de formation, la mettre à mal ; comment être en mesure de respecter les idéaux fondamentaux de la presse (indépendance, rigueur, transparence, impartialité, honnêteté dans le traitement de l'information) lorsqu'on n'y est pas formé ? Il faut de toute façon composer avec ces incertitudes, alors Nathalie Dollé souligne les possibles solutions déjà mises en oeuvre : le renforcement de l'éducation aux médias dans l'UE, la médiation entre public et rédactions, la réhabilitation des codes de déontologie par les journalistes professionnels. 
-> Un article du Monde datant de la même époque aborde la question de la précarité du statut de journaliste aujourd'hui. 



C'est toujours dans ce souci de qualité de l'information que Nathalie Dollé défend la création d'un conseil de presse, déjà largement mise en place dans les autres pays d'Europe : "La France finira-t-elle par se doter d'un conseil de presse ?" Il présenterait bien des avantages, car il amènerait forcément la réflexion sur le métier de journaliste. Mais cette instance est perçue comme un outil de censure pour beaucoup de lecteurs et de professionnels.

"_Ca va ? Tout le monde suit, jusque là ?
_Euh...." 

Raison de plus pour se pencher sur la manière de "former les artisans de la démocratie". Selon Loïc Hervouet, enseignant en éthique du journalisme, les étudiants de sa discipline ont tous une vision de leur futur métier qu'ils gagneraient à enrichir : concilier les apports théoriques souvent méprisés et la pratique "sur le terrain" serait alors la clé d'un journalisme défenseur de la démocratie et de la citoyenneté. Cela parait évident ? Peut-être, mais visiblement les choses ne se passent pas toujours de cette manière, en partie par manque de méthode et de connaissance de l'évolution du métier. Tiens, j'ai toujours pensé qu'on était bien calés _ voire trop..._ côté formation théorique, en France !


Pour clôturer ce dossier, Roland Cayrol nous fait une révélation : avec Internet, on ne s'informe pas de la même manière que lorsqu'on lit un journal ! Il ne dit pas que cela, heureusement, à Joël Roman qui recueille ses propos, il encourage aussi l'activité des amateurs : "Il faut obtenir que la participation citoyenne se mêle de l'information". L'internaute qui veut s'informer se concentre plus sur les dépêches, les successions d'événements, d'images, que sur la réflexion journalistique autour des informations lues. L'universitaire laisse entendre que les professionnels eux-même suivent le mouvement, et ne sont plus vraiment spécialistes des rubriques qu'ils alimentent. De leur côté, les lecteurs sont mieux armés pour forger leur propre jugement, car ils se méfient des politiques, des médias et des institutions en général. C'est pourquoi leur voix mérite plus que jamais d'être entendue lorsque les débats autour des médias et de l'information ont lieu. Roland Cayrol en profite pour rappeler l'importance d'une éducation aux médias pour tous. Voilà un dialogue intéressant à lire, mais qui me laisse perplexe sur deux points : tout d'abord, la dépêche n'est pas seulement une information sous forme simplifiée ; c'est aussi une information qui a la chance de ne pas être encore trop déformée par des médias sous influence. Pour beaucoup de personnes se réfèrent aux dépêches pour leur aspect "brut" plus que pour leur forme simplifiée. Ensuite, Roland Cayrol botte en touche un peu trop rapidement le problème des grands groupes de presse et de leur monopole sur l'information.


Si tous les contributeurs du dossier n'accordent pas la même importance aux médias citoyens ou à la voix des reporters amateurs, tous s'accordent pour valoriser l'éducation aux médias dès le plus jeune âge et sont en faveur d'une remise en question des professionnels de l'information sur leurs pratiques. 


Ouh, que de couleurs dans ce billet ! On se croirait sur un site Internet de 1997, le fond gris moucheté en moins !

"Dossier information et citoyenneté" (5 mai 2010) (dossier). Mediapart (blogs). 14p. [en ligne] Url : http://blogs.mediapart.fr/edition/societe-de-linformation-et-democratie/article/050510/dossier-de-reflexion-sur-la-qualit. Consulté le 31 août 2013. 


On se tente quelques descripteurs Motbis ? Il me semble  que ce dossier pourrait être lu par des lycéens...


Ou pas !

JOURNALISME / EDUCATION AUX MÉDIAS / DIFFUSION DE L'INFORMATION / MARCHE DE L'INFORMATION / EUROPE / 2010- / 


samedi 8 décembre 2012

Blog - Jean-Philippe Blondel - 2010



 
« Blog » est un roman pour ados qui aborde à la fois les rapports inter-générationnels, la question de l'identité numérique et les pratiques culturelles des jeunes. Le héros, un lycéen, découvre que son père a lu son blog en long, en large et en travers : il ressent cette immersion dans son univers comme un « viol virtuel ». Alors, il décide de ne plus adresser la parole à son père et se ferme complètement à lui. »


 
Après nous avoir brièvement annoncé la couleur de cet ouvrage de Jean-Philippe Blondel, la bibliothécaire l'avait reposé sur son présentoir avant d'en empoigner un autre. Lequel ? Je ne sais plus, car je n'avais plus suivi son passage en revue, fort intriguée que j'étais par cette curieuse embrouille sur fond de blog passé au tamis de la censure parentale. Il me fallait absolument le lire, au plus vite. Puis notre visite matinale de la médiathèque de Mérignac s'est terminée, nous sommes tous retournés à l'IUFM l'après-midi pour reprendre notre préparation du Capes de Documentation là où nous l'avions arrêtée, tandis que l'eau coulait sous les ponts et que les trains passaient dessus. Mon enthousiasme est parti aussi vite qu'il était venu, et je n'y ai plus pensé. Deux ans plus tard, Blog demeurait un mythe, un de ces ouvrages « cultes » de la littérature de jeunesse qu'on cite sans avoir lu. Autant dire que mes attentes étaient grandes, quand j'ai enfin pris le temps de le lire.  

Résumé multimédia... 

...Parce que nous sommes tous multitâches !  

Voici un fichier son réalisé par mes soins (et avec l'aide d'Audiacity, à l'origine de cette voix bien virile dont j'ai toujours rêvé) pour vous résumer le roman. Pour ceux qui n'auraient pas envie de le télécharger, sachez que j'y raconte mot pour mot ceci :

Un lycéen réalise un jour avec stupeur que son père lit régulièrement le blog personnel qu'il tient depuis plusieurs années. Il vit très mal cette intrusion dans un espace privé qu'il a pourtant bien peu cherché à protéger, et se sent vraiment trahi. C'est un mélange de colère et d'indignation qui l'amène à ne plus adresser la parole à son père. Ce dernier culpabilise et lui confie, en guise de compensation, les journaux intimes qu'il tenait dans sa jeunesse. D'abord bien décidé à ne pas tomber dans les travers du voyeurisme, l'adolescent va se prendre au jeu et lire avec assiduité les aventures de celui qui deviendra son père, et avec qui il entretient bien plus de points communs qu'il n'aurait pu le supposer. Il va alors découvrir un secret de famille bouleversant.


Fraîcheur et efficacité 
   
L'entreprise de Jean-Philippe Blondel n'était guère aisée : comment se mettre dans la peau d'un adolescent lorsqu'on n'en est plus un, et comment adopter son langage sans avoir l'air d'avoir converti du français standard en dialecte djeuns à l'aide de Google Trad ? Sans doute l'écrivain _ enseignant de son état _ a-t-il observé la jeunesse d'aujourd'hui et en essayant de se fondre dans celui qu'il fut autrefois. Toujours est-il qu'il s'en sort bien, bien qu'on ne s'y trompe pas : au pays des enculés de ta race et autres fils de pute bien décidés à niquer leur mère, peu nombreux sont ceux qui expriment leur colère à coups de « putain de merde » aujourd'hui. Il n'y a guère que Frank Gallagher pour utiliser pareille formule.


Frank Gallagher de Shameless, Saison 8, épisode 18

 Mais passons, c'est un détail. 

Qu'on apprécie ou pas le jeune blogueur en crise dont il est question dans Blog, on ne peut que reconnaître la facilité avec laquelle Jean-Philippe Blondel pousse de grands débats d'actualité sur le devant de la scène : les rapports parents – enfants, l'expression de soi, la prise en compte de l'Autre dans sa construction personnelle, les frontières de la vie privée et de la vie publique sur Internet... Pour chacun d'eux, Blog est sans doute le point de départ d'une réflexion.


Pourquoi un blog ?

Le blogueur démasqué a les idées claires : il sait pourquoi il a ouvert son espace virtuel, il explique très bien pourquoi il l'entretient régulièrement, il a pleinement conscience d'une évolution de ses écrits au fil du temps. Il n'y a pas de doute, ce héros qui « aime écrire » et qui reconnaît sans problème qu'il a commencé son blog pour faire comme tout le monde et « épater » une fille, c'est bien un adolescent fictif ! Sans doute le jeune lecteur doit-il aller au-delà de la simple représentation du héros, dont le réalisme est contestable, et utiliser le personnage pour forger sa propre conception du blog. Par exemple, l'argument de la publication d'articles pour laisser une "trace" des personnes et des événements, pour retenir les souvenirs, reflète parfaitement l'objectif que je me suis fixé en ouvrant "Une Poule Sur Un Mur". Mais la façon dont il nous est présenté me froisse un peu, parce qu'il manifeste une trop grande prise de recul, à mon avis : "C'est pour ça aussi, le blog. J'en suis conscient. Pour conserver. Parce que j'ai peur que tout ne nous échappe. Ne nous file entre les doigts. Et qu'un jour nous nous retournions et que nous nous apercevions soudain que nous évoluons au milieu d'un désert et que le point de départ, notre oasis, est inatteignable désormais." Loin de moi l'intention de prendre les jeunes de quinze ans pour des abrutis sans aucun discernement ; pourtant, ce n'est pas pour rien que l'auteur choisit comme héros un adolescent qui ne se sent pas tout à fait comme les autres. Il se distingue du "blogueur moyen" en entretenant ses pages sur la durée alors que les garçons, soi-disant, ne le font pas ; en allant au-delà de la publication de photos, et en prenant peu à peu conscience de son besoin d'écrire.


Qu'est-ce qu'on y met ? 


Ce rapport à l'écriture est l'un des principaux points communs entre le héros et son père ; du moins, c'est celui qui nous intéresse le plus. Pour se "racheter" d'avoir épié le blog de son fils, Philippe lui offre les journaux intimes qu'il écrivait lorsqu'il avait sensiblement le même âge. Peut-on dire qu'ils sont quittes ? Répondre "oui" sous-entendrait que le blog est un parfait équivalent du journal intime ; pourtant, ce n'est pas le cas. Le journal intime n'est pas censé être lu, en principe. Le blog, si. Même si l'accès est restreint, on écrit pour des "visiteurs", ou pour soi, mais en sachant qu'on sera lu par quelques uns d'entre eux. Dans cette mesure, il est bien difficile de ne pas s'autocensurer un minimum. La qualité d'écriture, quant à elle, se voit forcément stimulée par l'idée qu'on va devoir se faire comprendre auprès des autres. On ose beaucoup sur un blog personnel, au péril de sa réputation, mais on n'ose jamais autant que dans un journal. Dès que l'anonymat est rompu un tant soit peu, le blogueur n'est plus totalement libre de ses mouvements : en fonction de son niveau de diplomatie, ou d'hypocrisie, comme vous voudrez, il sera amené à peser ses mots pour "plaire", pour "ne pas froisser" ses lecteurs fidèles et pour ne pas les compromettre. L'adolescent de Blog pratique ce contrôle de ce qu'on dit et de ce qu'on ne dit pas : il fait l'impasse sur ses murges, persuadé qu'une instance supérieure pourrait le confondre en utilisant ses billets. Par contre, il fait part de ses exploits aux (jeunes) lecteurs du roman, qu'on peut ici prendre comme un journal écrit en parallèle du blog "gelé". 



Un roman en pâte feuilletée 


C'est ma manière de dire qu'il y a plusieurs "couches d'expression" à explorer dans Blog. On peut aussi dire "strate narrative", je sais. Mais ce roman n'est pas assez calcaire pour correspondre à ce terme : 


- le récit du héros passant au crible ses états d'âme au fil des jours, à partir du "gel" de son blog. 


- le blog, dont on ne sait rien, puisqu'on ne figure pas dans la liste de ses meilleurs potes.


- le journal du père, analysé et commenté par le héros. Ce dernier va très vite passer l'étape "Sa mère en boîte ! Mon Dieu ! Mon père fût un boutonneux autrefois !" pour mieux s'attacher à faire des liens entre "Philippe" et lui.  


- un peu de communication orale, que diable ! J'ai bien envie de rajouter à toutes ces "states" (allez, les falaises ont leur petit côté romantique) les échanges entre Anne-So et le héros, car ils viennent compléter l'interprétation de la lecture du journal de Philippe. La copine du blogueur porte un regard extérieur sur la situation et le guide, en quelque sorte, vers la résolution du problème relationnel entre le père et le fils. Anne-So rend bien service, en effet. Mais je ne comprends pas pourquoi l'auteur a tenu à les faire coucher ensemble. S'est il lancé un défi du type "il faut absolument que mon blogueur se fasse dépuceler avant la fin de l'histoire, allez, je peux le faire, je le sais !" ? Plus probablement, il a sans doute voulu montrer que, quel que soit la forme d'expression,  certains instants d'une vie ne peuvent être partagés. Sur certains points, Blog m'a beaucoup rappelé Paranoïd Park de Blake Nelson : l'écriture pour se libérer d'un poids en situation de crise, le caractère des deux héros, le recours à la "bonne copine" pour surmonter l'obstacle... 


Le roman a fait l'objet d'un dossier pédagogique plutôt intéressant, à mon avis.          



BLONDEL, Jean-Philippe. Blog. Actes Sud Junior. Arles, 2010. Coll. "Romans Ado". 114 p. ISBN : 978-2-7427-8936-8. 

    




  


dimanche 13 mai 2012

Soyons sérieux : les annuaires web


Qu'est-ce donc ? 
Les annuaires de recherche sur Internet sont des répertoires de sites Internet organisés manuellement en catégories et sous catégories. Ils permettent d'effectuer une recherche sur un sujet ou une thématique, soit par l'exploration libre d'une catégorie, soit en tapant une requête dans un champ prévu pour. On distingue les annuaires "généralistes", qui recouvrent tous les champs du savoir, des "spécialisés", qui proposent des liens précis dans un domaine particulier. Pour alimenter leur contenu, des professionnels tiennent compte des informations disponibles sur le web, mais aussi dans les bases de données.




Les annuaires généralistes existent-ils encore ?  

Depuis quelques années, les annuaires généralistes francophones connaissent une forte décadence ; beaucoup d'entre eux sont même officiellement désactivés : c'est le cas de Lycos, Nomade, Voila.fr, ou encore de l'annuaire francophone de Google. D'autres, comme Yahoo! et Dmoz.fr ont évolué au point d'être méconnaissables. Ceux qui découvrent actuellement Internet peuvent-ils deviner que Yahoo!, son moteur de recherche, ses multiples fonctions de messagerie et de personnalisation des services, était à l'origine un annuaire de recherche généraliste ? Dmoz.fr, version française de l'annuaire mondial géré par l'Open Directory Project,  renaît tout juste de ses cendres pour proposer un répertoire collaboratif de sites Internet. Plus question que quelques webmasters sélectionnent et classent le travail des autres, c'est au créateur du site de se manifester et de solliciter son entrée dans cet annuaire nouvelle génération.  

Faites le tour de vos connaissances ; vous verrez que très peu d'entre elles pleurent leur déchéance, et que beaucoup, au contraire, auront du mal à se représenter l'outil. Pourquoi les annuaires généralistes, qui à première vue avaient tout pour plaire, puisqu'ils proposaient un contenu vérifié et organisé du web, ont-ils aussi vite disparu de la toile ?

Deux raisons principales peuvent expliquer cette évolution :

  •  La quantité d'information échangée sur le web a considérablement augmenté suite à la généralisation d'Internet et à l'usage quasi quotidien qui en est fait à présent. Les tâches attribuées aux humains chargés de veiller au bon fonctionnement des annuaires sont de moins en moins réalisables, compte tenu de la quantité de pages web à analyser _ au détriment de la qualité. 

  •  Les moteurs de recherche connaissent un fort succès auprès des internautes car ils permettent d'avoir des informations sur un sujet seulement quelques secondes après avoir tapé un ou plusieurs mots-clés dans le champ approprié. Ces moteurs fonctionnent à l'aide d'un robot qui explore et répertorie automatiquement toutes les pages du web visible*. Si les pages ainsi répertoriées ne sont pas du tout organisées de manière thématique, elles sont indexées de manière à pouvoir être interrogées directement dans leur contenu. Cependant, Google, Yahoo! Bing et d'autres excluent forcément des sources de savoir disponibles sur Internet, mais ne faisant pas partie du web visible*, telles que les bases de données ou les archives ouvertes. Habitués à vivre dans la réalisation instantanée des tâches et dans la course à l'information, à explorer des sujets entièrement inconnus, les internautes choisissent souvent la voie de la facilité et de la rapidité. A eux de bien choisir leurs mots-clés pour obtenir satisfaction. 
 
Annuaires et moteurs de recherche "spécifiques"
Les annuaires spécifiques ne connaissent pas les mêmes problèmes, a priori, puisque le "flux" indomptable de l'information inonde moins leurs rubriques. Ils survivent d'autant mieux qu'ils répondent aux attentes de communautés soucieuses de suivre la démarche de recherche rigoureusement organisée dans laquelle  l'usage d'un annuaire s'intègre toujours. Il va sans dire que la consultation d'un annuaire est utile lorsqu'on débute un travail dont on ne connait que vaguement la thématique, bien qu'une connaissance minimale du sujet soit tout de même requise. Elles sont également demandeuses d'informations scientifiquement et humainement validées. Le "répertoire" de Weblettres, réalisé par des professeurs de français qui participent à l'alimentation de ce portail de ressources pour l'enseignement des lettres, illustre assez bien ce constat.

Parallèlement, on remarquera le développement des moteurs de recherche spécialisés, et les possibilités de plus en plus grandes de configurer finement un moteur de recherche généraliste pour l'interroger sur un domaine ciblé. 

* Pages web auxquelles les robots des moteurs de recherche peuvent accéder automatiquement, contrairement aux  pages du "web invisible", dont l'accès est humainement contrôlé.

Références 

  •  ANDRIEU, Olivier. Abondance : l'actualité et l'information sur le référencement et les moteurs de recherche. "Outils". Url : http://outils.abondance.com/ . Consulté le : 13 mai 2012. 
  •  ASSOCIATION WEBLETTRES. Weblettres. Le portail de l'enseignement des lettres. "Le répertoire de liens". Url : http://www.weblettres.net/index2.php. Consulté le : 13 mai 2012.
  • OPEN DIRECTORY PROJECT. Dmoz.fr. Annuaire et répertoire d'articles. Url : http://www.dmoz.fr/. Consulté le : 13 mai 2012. 
  • VIDAL, Claudine. Les épreuves orales des CAPES de Documentation et questions choisies pour un accompagnement du professeur documentaliste. CRDP de Nice. 2006.