mardi 3 mars 2026

[ROMANS POLICIERS] Les Disparues de la Saint-Jean. Laurent Cabrol (2004) / La tête la première. Sarah Bouzereau (2012)

Deux livres qui parlent à leur manière des drames sordides qui se jouent dans l'ombre, à l'abri des regards, derrière des portes fermées à clefs, et qui ne finissent jamais par être percés à jour, à moins que le hasard ne s'en mêle ! 

Les Disparues de la Saint-Jean 

Laurent Cabrol (çui-là de Téléshopping)

De Borée, 2004 




1960, dans le Tarn. 

En faisant le rapprochement entre trois disparitions de jeunes filles survenues le soir de la Saint-Jean, à quelques années d'intervalle, le journaliste Justin Gilles vient de jeter un pavé dans la mare. Personne dans le Sidobre, d'où étaient originaires les victimes, n'avait jamais envisagé l'hypothèse d'un tueur en série. Ni les familles, ni les enquêteurs... et c'est là que le bât blesse. C'est pour cette raison que le localier de La Montagne Noire, riche de ses archives, tente d'attirer l'attention sur ces affaires non résolues. 

Le dossier est pris en charge par le juge Fontaine, et l'enquête est relancée par le capitaine Beau, deux hommes impactés par des épreuves difficiles ; les soupçons se portent rapidement sur le jeune Christophe Solal, un berger solitaire et taciturne qui vit à l'écart du village avec sa mère Madeleine, une femme endurcie par la perte de son mari. Très vite, il passe aux aveux et se retrouve incarcéré en l'attente de son procès. 

Mais Justin Gilles n'est pas convaincu : c'est presque trop facile, tous les éléments ne "collent" pas. Et si le berger était innocent ? 

Les Disparues de la Saint-Jean est à la fois un roman policier et un roman régional ; l'enquête m'a bien plu dans le sens où on voit à quel point le parcours d'une personne peut influer sur son discernement, sur l'interprétation qu'elle donne aux faits, sur les décisions qu'elle prend... Le personnage du journaliste "lanceur d'alerte" Justin Gilles est bien réussi, toujours où il faut quand il faut, sans jamais être trop intrusif. 

Généralement, je ne suis pas très lectrice des romans de terroir, je trouve qu'ils entrent dans la vie rurale et dans les techniques agricoles avec de trop gros sabots (ahah). Mais c'est ce qui fait leur charme et leur utilité _qui en parlerait sinon ? 

Je suis tombée sur celui-là lorsque j'ai passé quelques semaines chez mes parents au mois d'avril, à la mort de ma sœur. Il traînait au milieu des affaires de mon arrière grand-mère, à qui les gens offraient systématiquement des histoires du monde paysan, lorsqu'ils venaient la voir chez nous. 

Les Disparues de la Saint-Jean a été assez prenant pour réussir à m'extraire de la dure réalité pendant quelques heures, signe qu'il mérite d'être recommandé !  


La tête la première 

Sarah Bouzereau 

Editions Thot, 2012 



Perdu en pleine campagne provençale, le Hameau des Rosiers recense un nombre particulièrement élevé de morts "accidentelles" ces derniers mois : Arnaud, un jeune avocat fraîchement installé avec sa femme Juliette.. Hector, un papy dont la veuve semble bien pressée de mettre les voiles... Gaspard, Mireille, Jacques.. tous employés au Petit Gourmand, le restaurant du coin, et tous dans la force de l'âge... 

L'ex-commissaire Alain Ratiniez _il vient de prendre sa retraite_ est fort intrigué par les événements ; il se rapproche de Juliette et de sa voisine Yvette (la veuve d'Hector), constatant qu'elles s'entendent bien, afin d'en savoir plus. Mais il doit bien reconnaître que ses entrevues avec les deux femmes endeuillées n'ont souvent ni queue ni tête ; mêmes les longueurs parcourues inlassablement à la piscine municipale, pourtant propices à la réflexion, sont d'aucun secours à ce nageur aguerri... 

Ce premier roman de Sarah Bouzereau, comédienne, nous entraîne plus dans la psychologie des habitants de petits villages que dans une véritable enquête policière _même si au final, tout s'emboîte bien ! Sec, efficace, construit autour du personnage un peu "femme fatale" de Juliette, avec des petites touches d'humour noir, il se lit vite et me paraît accessible dès la fin du collège. J'ai pas trop accroché au délire fantastique autour d'une photo ancienne qui vient s'incruster sans trop d'intérêt dans l'histoire, mais pourquoi pas ! Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis sentie dans l'ambiance de la série P'tit Quinquin de Bruno Dumont. 


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