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vendredi 8 mai 2026

[MANGA] Bonne nuit Punpun - Inio Asano

Face aux aléas de la vie, enfants et adultes ne réagissent pas de la même manière.

Bonne nuit Punpun - 1 


Depuis les vacances d'octobre 2025, je suis en train de m'envoyer tous les épisodes du podcast BD One Eye Club dans l'ordre chronologique de leur parution _actuellement, j'en suis à 2014. Du coup, un bon nombre de titres se sont retrouvés d'un coup dans ma pile à lire, dont le tome 1 de Bonne nuit Punpun, un drôle de manga ! 

Punpun Punyama est un écolier parmi tant d'autres, à ceci prêt qu'il a un faciès de poussin démarré (ce qui n'est pas pour me déplaire) et semble incapable de parler. Cela ne l'empêche pas d'être parfaitement intégré dans sa bande de copains, avec qui il regarde des films pornos, d'avoir une amoureuse, des rêves de voyages... et de se branler sur tout ça. 

Sa vie bascule lorsque son père est arrêté pour avoir violenté sa mère au point de l'envoyer à l'hôpital. En l'absence des parents, c'est son oncle Yuuichi, un poulet plutôt ouvert et sympa, qui s'occupe de lui. Comme beaucoup d'enfants pour qui la vie n'est pas rose, Punpun s'efforce d'avancer sans réfléchir en mode "tout va bien", mentant à tous y compris à lui-même, porté par son amourette pour Aiko.  

On arrive à ce moment frustrant où on se rend compte que malgré la richesse des thèmes abordés et la beauté du dessin, tout en détail et parfois proche du réalisme, cette série ne pourra pas être mise entre toutes les mains : les représentations de la violence, les allusions au sexe et les propos crus ne correspondent pas aux plus jeunes.

Un manga intrigant, parfois malaisant, qui m'a fait un peu penser à Sunny _ je ne saurais dire pourquoi, le graphisme n'ayant rien à voir.. C'est pas pour les gamins ! 


Bonne nuit Punpun - 2 - 2012


Pourtant très convaincue par le début de l'histoire de Punpun, un enfant-poulet végétant  au milieu d'une famille instable et en périphérie d'une bande d'amis turbulents, j'avais mis en stand-by la lecture de ce manga ô combien déroutant. C'est au détour d'une sortie pédagogique avec la classe inscrite au projet Jeunes en Librairie que j'ai eu envie de m'y remettre, la libraire l'ayant présenté aux élèves comme l'une de ses séries préférées. 

Résumé : 

Punpun profite des vacances pour faire les quatre cents coups avec ses copains ; il se rapproche de plus en plus d'Aiko, qu'il aime de façon obsessionnelle. Mais la petite fille, également très attachée à lui, lui demande beaucoup et ça l'effraie : jusqu'où peut-il aller pour elle sans se mettre en danger ? Que se passera-t-il s'il ne se montre pas à la hauteur ? 

Aussi, lorsque la fine équipe se lance à l'assaut d'une usine désaffectée pour y trouver un trésor et/ou un fantôme, Punpun a hâte que les démonstrations de courage se terminent... 

En parallèle, la mère de Punpun s'apprête à sortir de l'hôpital, mais elle semble encore fragile. L'oncle Yuuichi reste vivre avec eux, le temps que tout rentre dans l'ordre.  

Avis :

Tendre, cru, dérangeant.

Cette suite immédiate du tome 1 est encore plus introspective : le dessin nous fait entrer dans le monde intérieur de Punpun, déboussolé par une situation familiale peu sécurisante. Il est de moins en moins dupe des cachotteries des adultes qui l'entourent, et il a déjà bien compris qu'il ne pouvait pas leur faire confiance, et cela le contraint à gérer seul ses drames d'enfant. Le sentiment diffus de malaise qui pèse sur le manga depuis le début ne cesse de s'amplifier et de nous intriguer ; il est accentué par le réalisme sombre des décors, les mines étranges voire grimaçantes des personnages, toujours en contraste avec la face de poussin toute simple du héros. 

Inio Asano parvient à parler efficacement de santé mentale et de sentiments dans l'enfance, période terrible où la moindre parole prend des proportions dramatiques ! 

Bonne nuit Punpun - 3 (2012)


Deux années sont passées. Punpun va au collège, il s'est mis au badminton et a changé de nom de famille : autant dire que beaucoup de choses ont changé dans sa vie ! Mais d'autres, non. Son obsession pour Aiko demeure intacte et le ronge d'autant plus qu'elle a maintenant un copain ; sa bande d'amis déglingués par leurs propres problèmes continuent d'égayer son quotidien. Et surtout, Punpun ne comprend toujours pas ce qu'il fout sur Terre !

Il partage son espace vital avec sa mère et avec son oncle Yuichi, sans se douter qu'il éprouve autant de difficultés relationnelles que ce dernier : l'un a le coeur brisé et n'arrive pas à détester son rival, l'autre se sent sale dès qu'il tente d'approcher un femme et fait tout capoter lorsqu'une opportunité se présente à lui. 

Ce troisième tome est moins insoutenable que le précédent, même si son atmosphère reste lourde et tendue. Il est très introspectif et accorde beaucoup de place au personnage de l'oncle Yuichi, l'"adulte responsable" de la famille, dont personne ne soupçonne les failles.

Les dessins sont toujours d'une finesse époustouflante, précis comme des souvenirs marquants. 

On sait que la suite va être dure, qu'on va avoir des révélations fracassantes, que non, l'éclaircie n'est pas pour demain, mais on continuera quand même parce que les personnages deviennent super attachants. 


Références des mangas évoqués : 

Bonne nuit Punpun - 1 - Inio Asano. Big Kana, 2012

Bonne nuit Punpun - 2 - Inio Asano. Big Kana, 2012

Bonne nuit Punpun - 3 - Inio Asano. Big Kana, 2012

lundi 31 octobre 2022

[MANGA] The heroic legend of Arslân - 1 - Hiromu Arakawa ; Yoshiki Tanaka (2015)

J'ai fait la découverte de l'"heroic fantasy" au début des années 2010, à un moment où ce n'était déjà plus la mode en tombant  un peu par hasard sur le premier tome de la série fleuve L'Assassin Royal de Robin Hobb. C'était un jour de totale déprime ; je m'étais retrouvée à traîner à la librairie Marbot, la larme à l'oeil, avec pour seul but de trouver une histoire qui me ferait oublier la mauvaise passe que j'étais en train de traverser, que je ne voulais plus jamais vivre, et que je n'ai effectivement jamais re-vécue depuis, hamdoullah !

Ainsi, pendant quelques années, Fitz, Althéa, Thymara, le Fou, les dragons, les serpents de mer... m'ont happée dans leur univers fantastico-médiéval et m'ont tenu compagnie. Ils ont apporté un peu de rêverie dans mon quotidien à une période où il n'était pas super épanouissant _ pas malheureux non plus, n'exagérons rien, mais disons que je n'en n'ai pas spécialement la nostalgie. 



J'ai lu presque toute la série. Presque. Après avoir refermé l'avant-dernier tome _dédicacé par Robin Hobb à l'issue de plus de deux heures de queue au Salon du Livre de Paris, je me suis arrêtée en me disant que j'allais attendre "un meilleur moment" avant de m'attaquer au Destin de l'Assassin, point final de cette œuvre colossale. Histoire de bien l'apprécier. Mais je crois que ce n'était pas la vraie raison, car j'ai eu bien des occasions de lire la fin depuis (dont un confinement), et je ne l'ai pourtant jamais fait. 

En finir avec L'Assassin Royal reviendrait sans doute à couper le cordon avec ce passé merdique qui ne me correspond plus mais qui est quand même le mien. Les fans de Harry Potter qui ont grandi au rythme des publications des livres semblent avoir ressenti quelque chose de similaire à la sortie des Reliques de la mort. 

Curieusement, c'est par le biais du manga que je viens de renouer avec la fantasy, en étrennant le volume d'ouverture du manga The Heroic legend of Arslân, un shônen signé de la mangaka Hiromu Arakawa et de l'écrivain Yoshiki Tanaka. Notez que ce dernier est l'auteur des Chroniques d'Arslân, la série de romans dont cette BD japonaise est l'adaptation. 


L'histoire

An 320 du calendrier parse. 

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le prince Arslân n'a pas de prédispositions particulières pour le combat. Malgré un entraînement intensif, il ne progresse pas de façon significative. C'est bien embêtant car il doit pourtant se préparer à combattre aux côtés de son père le roi Andragoras. Leur but : défendre les frontières du grand royaume de Parse _une version fictive de l'Empire perse, menacé d'invasion par leurs voisins, les Lusitaniens. 

Si sa maladresse à l'épée cause le mépris de ses parents et provoque quelques sueurs froides chez son maître d'armes, le vieux Valphreze, Arslân a bien d'autres qualités : il ne se cache pas derrière son statut princier et n'a pas peur de se lancer en première ligne. Il ne manque pas de volonté, bien au contraire. C'est un jeune homme curieux de tout et soucieux de son pays, respectueux des gens qui l'entourent, quel que soit leur rang. Enfin, il déborde d'empathie _ce qui lui vaut d'avoir une réputation de soldat "trop sensible". 

La bataille contre les modestes Lusitaniens ne semble pas représenter un grand danger pour des Parses dont la puissance est connue jusque dans les contrées les plus lointaines. A première vue, du moins. 

A y regarder de plus près, la situation n'est pas si simple. Parmi les proches d'Andragoras, seul le brave Daryûn, neveu de Valphreze, sent que les desseins belliqueux des pays limitrophes incitent à la méfiance ; il appelle son roi à considérer l'ennemi avec plus d'humilité en refusant un combat qui a tout d'un guet-apens. Mais la réaction du souverain n'est pas celle espérée ; piqué dans son orgueil, il lui retire son grade de "marzbâhn" _ qui fait de lui une sorte d'officier de l'armée, coupant court à son bel avenir militaire. Puis il donne l'ordre de foncer dans le tas... 

La suite, vous la découvrirez vous-même, si vous le souhaitez ! 

Pourquoi lire les aventures d'Arslân ? 

La fantasy, on aime ou on n'aime pas. Quelques archétypes sont incontournables, ce qui peut donner un air de "déjà lu" au différentes saga en général, et à celle d'Arslân en particulier : un prince en pleine formation, pétri de bonnes intentions mais pas toujours bien inspiré ; un roi charismatique et craint de tous ; un animal protecteur ; un chevalier victime d'injustice qui a hâte d'en découdre : une reine insondable ; un magicien et / ou un troubadour un peu déjanté ; un monde quadrillé de régions dangereuses et de peuples hostiles ...  


Pourtant, le manga d'Arakawa et de Tanaka se distingue positivement, et à plusieurs niveaux, des publications du même genre : 

  • Visuellement, ce manga ancré dans un univers médiéval fantastique est superbe à regarder ; Hiromu Arakawa ne lésine pas sur les détails, que ce soit dans les décors ou dans les scènes d'action. On a l'impression de regarder un film, parfois. D'ailleurs, sachez qu'il existe une version animée et qu'elle est disponible sur Netflix. 
  •  Les personnages principaux et secondaires sont plutôt attachants, même si l'un d'eux claque trop vite à mon goût, mais bon ça reste mon avis : Arslân n'est pas un Perceval aux grands yeux, il est lucide sur ses capacités et ne refuse pas la protection de ses aînés. Il est dans une optique de progression. Même s'il apparaît à la fin du premier tome, on devine que l'"artiste" Narsus va tenir un rôle d'importance : c'est LE personnage qui mesure pleinement le pouvoir des mots, dans une société où on règle tous les désaccords à grands groupes de trique. Ce qui lui a déjà valu quelques problèmes. 
  • Au-delà des nombreuses scènes de combat, on aborde des sujets intéressants et actuels : l'injustice, l'esclavage, le pouvoir de la rumeur, les relations entre parents et enfants... On comprend vite que les environs du royaume de Parse n'ont pas livré tous leurs secrets, et qu'il est trop simpliste de considérer les Lusitaniens comme "les méchants" de l'histoire. Les traîtres ne sont peut-être pas ceux qu'on croit. 
  • Cerise sur le gâteau : Arslân étant souvent accompagné d'Azraël, son ami rapace, on lui attribuera sans hésiter le point volaille !   
  • Public visé : 12 ans et plus ; pas avant car la BD comporte quand même quelques scènes sanglantes, ça peut perturber les plus sensibles. 

Si vous aimez les shônen, la fantasy, les ambiance médiévales et les scènes de baston, The heroic legend of Arslân vous plaira sûrement.  

Hiromu ARAKAWA ; Yoshiki TANAKA. The Heroic legend of Arslân - 1. Kurokawa, 2015. 232 p. ISBN 978-2-380-71039-7