mercredi 31 décembre 2025

Les phrases les plus dures à entendre...

... quand on vient de perdre un proche, liste non exhaustive. 

Depuis la mort de ma sœur, j'ai la chance d'être bien entourée, notamment au travail. Les collègues ont su trouver des mots réconfortants et ont eu des marques d'attention très appréciables. Malheureusement, mes parents ne sont pas aussi bien préservés : vivant dans un petit village, ils ont eu l'impression de devenir soudain des curiosités locales, mi effrayantes, mi fascinantes, d'être "les parents de cette jeune de 34 ans qui est morte, mais si, tu l'as déjà vue". Entre ceux qui manquent de discrétion et ceux qui assument leur voyeurisme, leur quotidien n'a pas été facile, ces derniers mois. Pour ma part, j'ai bien essuyé quelques formules mal senties _mais jamais mal intentionnées, et je vais les écrire ici. Je crains que la liste ne soit mise à jour au fil des mois et des années... 

Le but n'est pas d'afficher les gens, mais de permettre à ceux qui passeraient par là de savoir ce qu'il vaut mieux éviter de dire... Qui sait, ça pourra servir ? Ou pas... Le deuil est un affaire vraiment très personnelle, je m'en rends compte maintenant. Chacun a son propre rythme, sa propre façon d'assimiler le choc ; même les gens qui vivent ensemble n'évoluent pas de manière synchrone. 

Il est possible que certains propos vous fassent même rire, et c'est tant mieux : quand on a l'occasion de se marrer, il ne faut pas s'en priver. C'est pas parce que ça m'a fait grincer des dents que ça doit être pareil pour vous. 

1 - "Je comprends, moi j'ai divorcé deux fois". 

(Ah oui, pour info, toutes les citations sont véridiques.)

WTF ? Non, meuf, tu comprends pas ! Tu n'as pas perdu de frère ou de sœur, et qu'est-ce que tu loges des vieux mecs à la même enseigne qu'une jeune femme morte brutalement ? 


2 - "Je comprends. Moi aussi j'ai perdu des gens que j'aimais. Mon meilleur pote, mon grand-père, mon père et mon chat. Je sais. Et maintenant ta sœur. Je me sens comme le héros du film Highlander, condamné à voir des gens disparaître. Tu l'as vu ce film ? Il est trop bien, je crois qu'on l'a en DVD". 

Alors, en soi, tout n'est pas con dans cette tirade ; ce qui est choquant, c'est qu'elle ait été prononcée par le père de mes neveux, l'homme avec qui ma sœur a vécu 10 ans, en qui elle avait confiance ... et qui s'est curieusement détaché d'elle aux premiers signes de sa maladie. Et ceux qui penseraient "c'est peut-être le choc qui le fout à côté de la plaque, il ne réalise pas...", non non, neuf mois plus tard, je vous confirme que la page est bien tournée, que le livre est refermé et que le chat roupille dessus. 

3 - "Nous, on est croyants. On sait que si elle est partie, c'est parce que Dieu l'a voulu. Ce n'est pas nous qui décidons, c'est Lui".  

Ouais, eh beh nous on n'est pas croyants, donc niquez vous : à mes yeux votre logique n'a aucune valeur. 

4 - "C'était écrit, c'était son destin". 

Non, c'est le destin de personne de se faire tripoter par une instit, de se faire harceler par d'autres gamins puis par le patron d'une biscotterie, de porter deux gosses dans la difficulté, d'avoir un boulot chiant avec des horaires de merde, de choper une maladie chelou et de mourir d'autre chose, seule dans une chambre d'hôpital _sans doute après des erreurs de prise en charge. 


5 - "Elle a eu une belle mort. C'est mieux comme ça, elle aurait souffert de plus en plus." 

Toujours le père des enfants. Avant d'ajouter : "La chimio, ça aurait été compliqué à gérer. Elle aurait vomi tout le temps, elle aurait perdu ses cheveux... Tu ne crois pas que c'est ce qu'elle aurait préféré ?".  

Objectivement, je suppose que l'argument tient la route. Une collègue m'a dit sensiblement la même chose _mais en y mettant beaucoup plus les formes_ quelques temps plus tard, et cela ne m'a pas du tout dérangée : ce n'était pas quelqu'un de l'entourage, c'était compréhensible qu'elle soit pragmatique. 

Cependant, je suis sûre qu'elle aurait aimé pouvoir jouer toutes ses cartes. J'étais à côté de Marine lors de son rendez-vous chez l'oncologue, et je l'ai entendue dire : "Je vais me battre" avec beaucoup de détermination. Elle avait compris que ce serait difficile, mais elle en avait vu d'autres, elle y serait peut-être bien arrivée. Certains gagnent leur combat contre la maladie, d'autres perdent, or ils ont au moins eu l'opportunité de se battre. Même cette faveur-là lui aura été refusée. Parfois le sort s'acharne...


6 - "Tu as l'air fatiguée, tu as mal dormi ? Oui moi c'est pareil, depuis qu'on m'a volé mon portable j'ai des insomnies" 

Euh non, je t'assure que c'est pas du tout la même douleur... Cela dit, pas la peine de faire des comparaisons et des classements sur l'échelle de la souffrance. Chaque problème a son importance. 


7 - "Mais elle est morte de quoi ?" 

Bien sûr, c'est la première question qu'on se pose quand quelqu'un de jeune perd la vie, et c'est tout à fait humain. Mais bordel, n'allez pas coincer une maman dans le rayon lessive d'Intermarché pour assouvir votre curiosité. Un peu de respect ... 


A suivre... 


Plus tard, j'essaierai de faire un article beaucoup mieux construit sur tous ces mots ou toutes ces attentions qui m'ont, au contraire de ceux-là ^^, permis de garder la tête hors de l'eau.

Je ne perds pas de vue que les maladresses ne sont pas condamnables : chacun fait ce qu'il peut, et c'est très bien ainsi. Ce qui m'importe à présent, c'est de ne pas jeter sur ceux qui m'entourent le poids de ma colère et de ma tristesse : ils n'ont aucune responsabilité dans le cataclysme qui me broie. Ils ont le droit d'avoir leurs préoccupations, leurs traumatismes, leurs angoisses, ils ont le droit d'être écoutés eux aussi. Je mets un point d'honneur à ne pas être aigrie en public depuis le mois d'avril, il faut que ça dure...  




mardi 30 décembre 2025

[MASSE CRITIQUE] A la recherche du damier à galons. L'histoire secrète du FC Lorient. Ornella Centineo ; Martin Le Blévec ; Tim Cadic (Studio Makma) ; Hugo James (2025)

Le foot ne m'intéressait pas, avant que j'arrive au lycée. C'est en entrant en seconde que j'ai remarqué que le parcours de l'équipe de France, la D1 et les coupes d'Europe tenaient lieu de facteurs d'intégration. Tout le monde avait l'air de suivre une équipe, même de loin, et les gens se vannaient à coups de blagues de supporters que je ne comprenais pas. Notre prof d'histoire-géo arborait régulièrement des fringues FCGB : est-ce qu'il espérait attirer notre sympathie de cette manière ? on se le demandait parfois ; malgré tous ses efforts pour nous faire avancer dans le programme, on a mis une misère pas possible à ce jeune stagiaire affublé de lunettes fines, d'un gros épi sur le front, et bourré de tics nerveux. Après coup, j'ai compris que c'était juste un vrai supporter, passionné de son club. 

Il fallait que je range d'un côté ou d'un autre pour par être trop larguée, alors j'ai commencé à suivre les matchs des Girondins de Bordeaux, comme la majorité des Périgourdins. 

On était fin 2001 ; un dimanche d'octobre, c'est venu comme ça. J'ai branché sur WitFM mon petit radiocassette tellement stylé et j'ai écouté ce qui se passait. Un devoir à faire parmi tant d'autres. C'était Bordeaux-Metz, au stade Chaban Delmas. Il ne se passait pas grand chose, mais la voix du commentateur (Alain Bauderon ? pas sûre...) rendait la moindre passe spectaculaire. Aux silences du journaliste répondaient les chants des supporters du Virage Sud. Dugarry commençait à s'agacer. Le suspense était insoutenable ; il l'a été encore plus lorsque Pauleta a ouvert le score à la 85ème minute, car cela voulait dire qu'il en restait encore 5, "sans compter le temps additionnel" pour "tenir" le score et empocher les 3 points. Ce qui s'est finalement bien produit. 

A la fin de la retransmission, j'ai noté consciencieusement la date et l'heure du prochain match : la machine était lancée, j'avais hâte de suivre à nouveau "mon" équipe de guerriers. Il ne s'agissait même plus d'avoir la satisfaction de comprendre de quoi parleraient les autres le lendemain ; l'intérêt était véritable. 

Il ne s'est jamais vraiment éteint, depuis. Bien sûr, la phase groupie est derrière moi, et ça fait longtemps que je ne découpe plus les unes de Sud-Ouest Dimanche et le cahier sport du lundi pour tapisser les murs de ma chambre. Mais dès que j'en ai l'occasion, je regarde les matchs de N2 des Girondins, ou j'écoute Julien Bée les commenter à la radio, avec la certitude qu'un jour l'équipe bordelaise retrouverai l'élite ! 


Merci à Babelio et aux Editions Ouest France pour l'envoi de ce livre dans le cadre de l'opération Masse Critique.  


A la recherche du damier à galons. L'histoire secrète du FC Lorient. 

Studio Makma - Ornella Centineo 

Editions Ouest France, 2025 




Connaissez-vous le stade du Moustoir ? Savez-vous qui sont les Merlus ? Est-ce que vous vous souvenez du dernier match de Baki ? Etiez-vous dans les tribunes ou devant la télé lors de la finale de la Coupe de France de foot, en mai 2002 ? 

Si vous répondez par la négative à toutes ces questions, ce n'est pas grave : il vous suffira d'ouvrir la bande dessinée A la recherche du damier à galons et de suivre Victor, le héros, dans ses aventures spatio-temporelles pour tout comprendre. Et si, au contraire, vous avez tout de suite vu où je voulais en venir : bravo, ça veut dire que vous en savez déjà beaucoup sur le FC Lorient, que vous y êtes sans doute assez attaché..  Cette même BD va vous rendre incollable sur l'histoire du club _mais aussi nostalgique, probablement.

En 2026, le Football Club de Lorient célèbrera ses cent ans. A cette occasion, le studio Makma et la dessinatrice Ornella Centineo viennent de sortir un roman graphique pour rendre hommage aux figures emblématiques du club et à des lieux incontournables de la ville de Lorient _dont l'histoire s'entremêle avec celle des Merlus. 

Le défi était de taille : rendre compte de tout un siècle riche en rebondissements, faire la part belle aux fondateurs de l'équipe bretonne comme à ses piliers actuels, sous forme de BD one shot, pour tous publics, novices comme fans absolus... pas simple ! Mais les scénaristes ont vraiment bien mené leur barque. 

Les premières planches nous présentent donc Victor, un jeune supporter des Merlus venu encourager son équipe pour le premier match de cette saison 2025/2026. L'ambiance est bonne, mais il se sent triste : on comprend qu'il vient de perdre sa grand-mère, elle-même fervente supportrice. 

Dans un coffre que Mamie Suzanne lui a légué en guise de trésor familial, il découvre des documents d'archives qui lui laissent entendre que le légendaire "damier à galons", tout premier maillot de l'équipe lorientaise, existerait bel et bien, et qu'il serait caché quelque part dans la ville... 

Soudainement obsédé par le tricot collector, Victor décide de mener l'enquête, d'abord dans les locaux du FCL, puis dans l'immeuble où était situé le siège du club, autrefois.. Là-bas, il va mettre les pieds dans un étrange ascenseur capable de lui faire remonter le temps. Successivement, le jeune supporter va revivre les premiers matchs en D1, l'annonce officielle de la naissance du club par Caroline Cuissard, la "mère" de la Marée Sportive puis du FCL, le nouveau départ en DRH, le rôle de certains joueurs pendant la Seconde guerre mondiale.. et bien d'autres temps forts.

Bien sûr, chaque étape est blindée de clins d'œil qui raviront les fans des Merlus ; pour les autres, pas de panique : un petit dossier documentaire en fin d'ouvrage vous explique tout, point par point. 

A la recherche du damier à galons touche la corde sensible de tous les supporters, pas seulement ceux du FC Lorient, pas seulement les amateurs de football : après tout, chaque club sportif a son lot d'histoires de famille, d'anecdotes, d'évènements marquants... La "transmission" de l'engagement pour une équipe à travers les générations est vraiment bien décrite ; elle nous rappelle que derrière les vitrines, les joueurs professionnels et les sponsors, ce sont aussi les anonymes _spectateurs ou personnalités oubliées_ qui tiennent la barraque. 

On notera qu'on apprend beaucoup de choses sur la ville, son évolution, sa reconstruction, indépendamment des questions footballistiques ; on sent que cette BD est bien documentée. 

Une bien belle découverte, donc ! J'avoue avoir été parfois dépassée _surtout au début, par la touche fantastique et par tous ces voyages dans le temps qui s'enchaînent... mais on se prend vite au jeu. 



vendredi 26 décembre 2025

[MANGAS] Les deux Van Gogh - Hozumi (2012) / Bride Stories - 1 - Kaoru Mori (2011) / Les aventures de Maria Mantegazza - 1 - Femme pilote - Seiho Takizawa (2024)

Par moments, j'ai l'impression d'être une toupie lancée à toute vitesse, incapable de s'arrêter, sans garde-fous, sans aucune prise sur rien. Bientôt neuf mois sans Marine, le choc reste insurmontable. Fuir permet de tenir le coup provisoirement. S'enfermer dans un univers où on peut se donner l'impression qu'il ne s'est rien passé... ça reste une béquille comme une autre, ni plus ni moins. Mais ça ne résout pas le problème, et un jour il faudra bien faire face, se casser les dents sur la réalité. Je refuse d'y penser pour l'instant, c'est trop dangereux. J'ai hâte que les fêtes se terminent, et en même temps cela ne me tente pas d'attaquer une nouvelle année sans ma sœur. 


Les Deux Van Gogh
Hozumi 
Glénat, 2015 

Photo : site de Glénat


On aurait tellement envie de croire à cette "biographie fictive" _ mais peut-être pas tant que ça, qui sait ?... de la vie de Théo et Vincent Van Gogh ! 

Vincent Van Gogh et son frère Théo sont aussi différents que complémentaires : le premier est un artiste talentueux, présenté ici comme rêveur et candide, le second est un marchand d'art audacieux, déterminé et fin connaisseur. Mais Théo est avant tout le premier fan de Vincent ; il s'est donné comme mission de lui permettre de développer son art, d'en vivre et de faire reconnaître son génie.

Nous voilà donc plongés dans le Paris du XIX°siècle, entre les galeries d'art, les cercles hermétiques de peintres qui se revendiquent de courants bien précis, et une population qui ne demande qu'à se sentir concernée. Théo travaille pour son oncle à la galerie Goupil et Cie, et il a grande envie de donner un coup de pied dans la fourmilière, histoire de décloisonner tout ça. L'arrivée de ce jeune premier très sûr de lui ne plaît pas à tout le monde : Toulouse-Lautrec et Gérôme ne tardent pas à lui voler dans les plumes. Tandis que Van Gogh s'impose peu à peu parmi ses pairs, un mystérieux clochard arrive à Paris... 

Hozumi prend le parti de faire de Théo Van Gogh le personnage principal de son manga. Ce point de vue a du sens : après tout, dans la réalité, il s'est avéré que Théo gérait son frère matériellement et humainement. Sans lui, rien n'aurait été possible, en fait. C'est pas dommage qu'on en parle, même de façon romancée. 

Mais Les Deux Van Gogh, c'est avant tout l'histoire de deux frères que tout opposait, et qui avaient réussi à se construire l'un par rapport à l'autre sans jamais cesser d'être unis, sans jamais se laisser corrompre par la rivalité. C'est beau à lire. Le hasard a voulu que je tombe sur ce manga seulement quelques jours avant la mort de Marine. 

Récompensé au Prix Mangawa en 2016. 

Ca passe au CDI (collège et lycée), en précisant bien qu'il s'agit d'une œuvre de fiction. 



Bride Stories - 1

Kaoru Mori 

Ki-Oon, 2011

Photo : site de la Fnac

On aborde le thème du mariage arrangé avec ce premier tome du manga Bride Stories ! 

L'histoire débute dans un petit village situé près de la mer Caspienne, en Asie Centrale, au XIX°siècle. On vient d'y célébrer le mariage d'Amir, 20 ans, et du petit Karluk, 12 ans. Le dépaysement est total pour la jeune mariée, qui a dû quitter sa famille pour une autre : même si petits et grands l'accueillent à bras ouverts, leurs coutumes sont bien différentes des siennes. Pourtant, grâce à sa bonne humeur constante _et à ses multiples talents d'archère, de brodeuse, d'artiste... Amir ne tarde pas à s'intégrer et à se faire aimer de tous ; elle arrive même à donner le change efficacement avec Karluk, forcément intimidé par cette épouse avec qui il ne peut pas partager grand chose, à première vue. 

Alors qu'elle commence à s'habituer à sa nouvelle vie, Amir se reprend en pleine face son statut de monnaie d'échange : les hommes de son clan d'origine refont surface afin de la récupérer. Ils souhaitent rompre le mariage arrangé avec Karluk afin de pouvoir l'offrir à un autre homme, plus puissant et mieux pourvu en terres. 

Mais le père de Karluk ne l'entend pas de cette oreille ; d'autant qu'Amir se plait bien dans sa nouvelle famille. 

Depuis toutes ces années à entendre parler de Bride Stories _c'est ma tutrice de stage qui a été la première à me le conseiller, autant dire que ça date_, j'ai eu le temps de me faire des représentations sur ce manga, que j'imaginais beaucoup plus triste et déprimant qu'il ne l'est en réalité. C'est assez troublant de voir que le sort d'Amir et de Karluk ne suscite aucun mouvement de contestation chez les principaux concernés, tant la tradition est ancrée dans le quotidien : c'est comme ça, on s'adapte. Mais on s'imprègne rapidement du contexte d'époque et se laisse porter par la ribambelle des petits frères et sœurs de Karluk, toujours prêts à faire des conneries (et souvent pertinents dans leurs remarques). Le dessin est d'une grande finesse, c'est de la dentelle en manga ! 

Lecture à suivre... 


Les aventures de Maria Mantegazza - 1 - Femme pilote

Seiho Takizawa 

Paquet, 2024 - "Cockpit collection"

Photo : site de la Fnac

A bord de son avion De Haviland DH.9A, Maria Mantegazza vole à travers le monde pour remplir les missions que son patron lui confie (livraisons, transports de personnes..). On est au début des années 1920 : à cette époque, l'aviation de commerce se développe doucement, et les femmes pilotes ne sont pas nombreuses. 

La Première guerre mondiale a laissé derrière elle son lot de tensions et d'intrigues ; aussi Maria se trouve-t-elle souvent mêlée à différentes histoires d'espionnage, de vols et de trafics d'armes, de chamailleries entre vrais-faux héros de guerre... 

Cependant, elle prend bien garde de toujours rester à distance, car ses motivations sont ailleurs : Maria a pour objectifs de 1) retrouver son père, un membre des services secrets britannique disparu sans laisser de trace, et 2) voler, tout simplement voler à sa guise. 

Cette position de "spectatrice", indifférente aux problèmes de son temps, m'a empêchée de vraiment adorer ce 1er tome des Aventures de Maria Mantegazza, qui est par ailleurs original et très intéressant à bien des égards : il se situe dans les années 1920, une période peu couramment évoquée en BD (me semble-t-il), aborde le domaine de l'aviation _rare aussi, et met en scène une héroïne jeune et indépendante... mais qui ne semble vivre que pour et à travers un daron mis sur un piédestal.. 

Maria n'est pas la pilote féministe-vénère que je m'étais figurée, avant de commencer la lecture ; cela dit, elle n'est pas non plus du genre à se laisser marcher sur les pieds lorsqu'elle entend une remarque misogyne. Elle réagit comme une femme pouvait le faire à l'époque, en fait. 

Autre point très positif, le dessin de l'aviatrice n'est pas hyper-sexualisé (je m'attendais au pire quand elle a commencé à se fighter à poil au bout de 15 pages, mais ça va, c'était un épisode isolé). 

1er tome d'une série de 8 (pour un manga c'est pas si pire !) que je suis curieuse de lire.  


samedi 20 décembre 2025

[HAUT LES COEURS, BORDEL !] La sélection CM2 - 6ème du Prix des Incorruptibles 2025 - 2026

{ARTICLE EN CONSTRUCTION}

Après le franc succès de l'année passée, tant pour les écoliers que pour les collégiens, nous allons reconduire notre participation au Prix des Incorruptibles. L'avantage de la sélection CM2/6ème, c'est qu'on peut s'en servir pour organiser un projet de lecture dans le cadre de la liaison école - collège. Encore faut-il que les équipes ne bougent pas trop de part et d'autre, que les collègues arrivent à se mettre d'accord entre eux et qu'il n'y ait pas de principale adjointe qui approuve toutes les demandes de participation avant de commander un nombre largement insuffisant d'exemplaires... dans le dos de la gestionnaire... 

Nous voilà donc repartis -ou presque... à la découverte de six oeuvres de littérature jeunesse aux univers éclectiques ; cette année, nos élèves auront à faire à deux albums et six romans. Attention, l'heure n'est pas à la rigolade : on va parler deuil, histoires de famille, Shoah, handicap... Seul l'un des six titres, estampillé humour, viendra alléger l'atmosphère. 


On ne dit pas sayonara (2023)

Antonio Carmona 


Lorsque la mère d'Elise est morte, son père a mis en place tout un tas de règles visant à ne laisser aucune place au souvenir de la défunte : ne pas poser de questions sur elle, éradiquer du quotidien tout ce qui est lié de près ou de loin au Japon _son pays d'origine, et surtout ne pas entrer dans "la chambre au piano". Voilà quatre ans que ça dure : Elise n'a jamais osé enfreindre ces règles, craignant de voir son père en proie à la colère, comme à chaque fois que la tristesse le submerge. Mais aujourd'hui, elle a douze ans et elle perçoit qu'il lui faut sortir de ce carcan ; son ras-le-bol sourd et son sentiment d'incomplétude vont se téléscoper à deux temps forts de sa vie : la rencontre de Stella, une amie aussi fiable qu'excentrique, et la visite imprévue de Sonoka, la grand-mère maternelle d'Elise. 

Plus qu'un roman "sur le deuil" _ce qu'on pourrait croire au premier abord, On ne dit pas Sayonara est une quête d'identité sur fond de puzzles aux pièces manquantes, une ode à l'amitié entre deux épisodes de Naruto, une histoire d'émancipation _sans crise et sans fracas, tout en douceur.

Une collègue prof de français m'avait gentiment proposé de me prêter ce livre, mais j'avais décliné, de peur de m'y plonger vu le résumé... Maintenant, je comprends mieux pourquoi elle me l'a conseillé ! Il est vraiment chouette, et pas dénué de passages drôles. Le choix de la narration à la première personne et d'un enchainement de chapitres courts donnent à ce roman un côté "journal" très crédible. 


Vis ma vie de chien 

Lenia Major

Poulpe Fictions, 2023 


King Kardachien est un jeune bull-terrier choyé par ses maîtres, les riches et célèbres Bigmoney. Il a tout pour être heureux : une grande maison, un jardin et une piscine pour terrains de jeux, un staff d'humains dévoués à son bien-être, un cuisinier personnel... Mais la solitude et le besoin de liberté lui pèsent : saura-t-il un jour à quoi ressemble la "vraie vie", là-bas, derrière la clôture sécurisée et des caméras de vidéosurveillance ? Rien n'est moins sûr, car il est quasi impossible de s'échapper de chez les Bigmoney. 

Heureusement, son amie la perruche Gigi a plus d'un tour dans son sac. Elle sait que dans le quartier, King a un sosie : le bull-terrier de combat Tyson. Il suffirait d'intervertir les deux chiens le temps d'une journée pour que l'un puisse satisfaire sa curiosité pendant que l'autre fait illusion _et passe un peu de bon temps, par la même occasion. 

Une fois le transfert effectué, Gigi et sa comparse Fabiola _une autre perruche_ vont rapidement perdre le contrôle de la situation, King et Tyson n'ayant en commun que leur apparence physique ! King n'a aucun code et aucune conscience du danger ; par un malheureux concours de circonstances, il va découvrir l'univers impitoyable de la fourrière et des combats de chiens.   

Avis : 

De ce que j'en ai vu jusqu'à présent Vis ma vie de chien est LE roman détente / humoristique de la sélection CM2-6° du Prix des Incorruptibles _qui est de grande qualité cette année encore, mais qui n'est pas très rigolote, on va pas se mentir. 

Je ne peux dire que du bien d'un livre où les volailles tiennent les ficelles ! Les deux bull-terriers sont attachants à leur manière et font tous deux réfléchir aux différentes formes de maltraitance animale _ou au contraire, aux attitudes qui peuvent influer positivement sur le comportement d'une bête. Les illustrations d'Olivier Pelletier collent parfaitement au texte et seront des points d'appui importants pour les jeunes lecteurs de ce roman. 

Assez facile d'accès (dès 8-9 ans, je dirais), l'histoire qui donnera envie aux plus anciens de relire Le Prince et le Pauvre,ou de voir le film ! 


La tête dans le guidon 

Pascal Ruter - Illustrations de Sébastien Pelon

(2024)

Didier Jeunesse, "Mon marque-page +" (tiens c'est marrant comme nom de collection !)




C'est le début de l'été et des vacances pour Lino, 10 ans ; ses parents ne savent pas quoi en faire, trop occupés par leur travail à la mercerie. Comme la perspective des habituels deux mois au centre aéré semble particulièrement lui déplaire, la décision est prise de l'envoyer séjourner quelques temps chez Ulysse, son grand-père.  

Bien sûr, Ulysse est ravi d'accueillir Lino, qu'il n'a pas vu depuis des années ; mais le vieux passionné de cyclisme est bien surpris d'apprendre que son petit fils ne sait pas encore faire de vélo. Il décide de lui apprendre les bases. Les débuts sont difficiles pour l'enfant, maladroit et pas très sportif. Mais il s'accroche et se prend au jeu. D'autant qu'Ulysse est bien entouré de ses amis, Fatou et M. Mouakassa. 

Ces vacances vont être déterminantes pour Lino, qui va enfin pouvoir se libérer de ses craintes et des questions qu'il se pose sur sa famille, mais aussi pour Ulysse, qui aimerait parfois remonter le temps. 

Avis 

Un roman jeunesse facile à lire et plein de bons sentiments ; l'idée d'avoir mis en scène des personnages au parcours personnel compliqué (ce sont des migrants, en l'occurrence) permet de relativiser les problèmes du héros, de le sensibiliser à la dure réalité, et le pousse à se dépasser. Il est aussi question de communication intra-familiale : c'est toujours bon à prendre. 

Petit bémol : passer de "j'apprends à tenir sur un vélo sans tomber" à "je grimpe le Mont Ventoux à l'aise grâce à mon énorme détermination, tandis que les cyclistes chevronnés tombent comme des mouches" en l'espace de quelques jours, c'est quand même très capillotracté  _ même les jeunes lecteurs ne s'y tromperont pas.

Mais en vrai, c'est un livre très sympa ; et qui parle de vélo, ce qui est plutôt rare. Au CDI, on n'en a pas d'autres, à part Un sprint pour Marie qui a un peu vieilli...  


dimanche 23 novembre 2025

[MASSE CRITIQUE] ThrillerVille - Lerenard / Puvilland (2025)

Heureusement qu'il reste des livres à lire, des pieds pour courir et des cartons à faire... La vie serait impossible autrement. 


TranquilleVille est un patelin à première vue semblable à bien d'autres au Québec : situé au cœur d'une forêt dense et perforé par un lac aux attractions surprenantes, ses habitants se croisent ou se retrouvent entre la supérette, le bar, le poste de police plus ou moins animé, le fast-food et la station de radio locale ... 

Mais en y regardant le plus près, il semblerait que la ville porte assez mal son nom. En effet, d'étranges événements s'y produisent depuis des décennies : certains évoquent un sasquatch mangeur d'hommes, d'autres un monstre du lac... et tous frissonnent au souvenir de La Machine, un tueur en série aux allures de colosse, qui a heureusement été arrêté. 

Malgré tout, la vie suit son cours : les jeunes font du motocross dans les bois, Madame Marquette va aux champignons malgré les interdits du garde forestier, tandis que Bérubé lance des bâtons de dynamite dans le lac. Le soir, tout ce petit monde part boire des coups à la Barbière... fameux bar à bières où le sergent McKenzie va apprendre que La Machine s'est évadé de prison. 

Tranquille Ville est à deux doigts de redevenir Thriller Ville... mais personne ne s'en doute. 

Cette bande dessinée m'a été envoyée dans le cadre de l'opération Masse Critique "Mauvais genres" : merci donc à Babelio et à Daniel Maghen Editions pour cette belle découverte. 

Accrochez-vous ! Les premières planches vous paraîtront déstabilisantes voire difficiles à comprendre, car les nombreux personnages sont présentés pêle-mêle, dans des situations un peu WTF qu'on a bien du mal à cerner. 

Mais au fur et à mesure, un fil rouge se dégage ; les liens entre les protagonistes s'éclaircissent grâce à des flashbacks improbables que les auteurs nous dévoilent, et tous deviennent terriblement attachants en dépit des actes horribles qu'ils commettent ! Pas de gentils, pas de méchants, juste des humains siphonnés à des degrés différents, ou simplement dépassés par leur bienveillance... 

A noter la présence de plusieurs figures féminines fortes : Lio la journaliste qui met les pieds dans le plat, Nelly la garagiste championne de bras de fer, Bernadette la patronne du burger.. 

La construction de l'histoire vraiment astucieuse ; il y aurait matière à faire une série horrifique de tout ça ! Horrifique, car, il faut bien le reconnaître, on tranche dans le vif à ThrillerVille : poules égorgées (sacrilège !), corps poignardés, membre arrachés... Si on ne nous épargne rien visuellement, les vignettes gore sont cependant toujours contrebalancées par une bulle marrante ou une scène décalée : rien de trop stressant au final _ même si forcément, ce n'est pas un BD qui risque de finir au CDI, ahah !

Une BD parfaite pour les amateurs d'humour noir, d'action, de bizarreries et de décors canadiens. Vous l'aurez compris, j'ai beaucoup aimé !  

ThrillerVille 

Lerenard / Puvilland 

DM Editions, 2025


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lundi 20 octobre 2025

[Prix Bouk1 des collégiens] La sélection 5° pour 2025 / 2026

Cette année, on s'intéresse à la sélection 5° du Prix Bouk1 proposé par Babelio. 

Je vous laisse vous référer au site Internet de Babelio pour savoir à quoi correspondent exactement les phases 1 et 2 de ce prix littéraire pour les jeunes. 


L'étoile du soir 

Siècle Vaëlban 

Albin Michel Jeunesse, 2023 




Kinjal est une fillette pleine de vie, curieuse et intelligente, mais elle souffre de son statut de cadette dans la famille. Vivre dans l'ombre d'une sœur aînée parfaite n'est pas toujours simple : il n'y a que dans la montagne, son terrain de jeu préféré, qu'elle se sent vraiment à sa place. Elle s'y sent protégée par les esprits de la nature. 

Ses préoccupations d'enfant vont être bientôt balayées par la dégradation soudaine de l'état de santé de sa grande sœur : atteinte de la "maladie des fleurs de chair", Chadna va mourir. Kinjal est alors traversée de mille émotions diverses, entre la conscience de son amour pour elle, la culpabilité de l'avoir jalousée, la crainte de ne pas être à la hauteur, aux yeux de ses parents... 

L'école se termine pour elle _on est en Inde, sa famille a peu de moyens, et il faut "remplacer" Chadna qui ne peut plus travailler. Kinjal s'enfuit dans la montagne dès qu'elle peut. Elle y découvre deux bébés panthère orphelins, et entreprend de les sauver à coup de lait de chèvre... Elle va également s'y faire un nouvel ami.  

L'étoile du soir est un roman jeunesse plein de douceur en dépit de la gravité des sujets traités ; Siècle Vaëlan arrive très bien à parler de deuil, de maladie, d'amitié et d'avenir à hauteur d'enfant. Il y est aussi question des sens multiples des mots et des prénoms. 

Le saviez-vous ? La maladie des fleurs de chair existe vraiment, ça s'appelle la fasciite nécrosante et c'est bien dégueulasse. N'allez pas chercher sur Google Images. 

Coup de coeur pour les illustrations de Pauliina Hannuniemi, elles sont incroyables. 



A la belle étoile 

Brigitte Somers 

Zone J, 2023


Résumé

C'est une année scolaire comme les autres qui débute pour Emma et ses copines : elles sont dans la même classe, leurs profs s'annoncent plus ou moins sadiques, et l'insupportable Mélissa est bien décidée à mener la vie dure aux élèves impopulaires... 

L'apparition de Jeannette apporte un vent de nouveauté au collège : cette étrange jeune fille a toute la panoplie pour se faire taper à la récré : un accoutrement ancien, une façon de s'exprimer digne de la plus vieille de vos mamies, une vague odeur de poiscaille et des réactions incongrues face aux objets modernes. 

Forcément, la bande de copines est très intriguée par cette élève, qui, par le plus grand des hasards, habite tout près de chez Emma. Au cours d'une intrusion dans la maison de Jeannette (qu'elles supposaient déserte), Emma, Alice et Charlotte vont découvrir le secret de leur camarade ; soucieuses de l'aider, elles vont organiser un périple dans les Cévennes pour y trouver des pierres de lune. 

Avis 

Bon, pour une fois qu'on parle d'un roman jeunesse qui ne fait pas chialer, on va pas cracher dans la soupe ! 

Mon regard d'adulte s'est figé sur les stéréotypes qui touchent plusieurs personnages du roman (la fille populaire et méprisante qui ne pense qu'à se peindre les ongles, la prof d'EPS spectatrice des tours de piste qu'elle impose, le petit frère chiant...), et sur quelques péripéties un peu trop capillotractées. Mais un jeune lecteur y trouvera certainement son compte en termes de divertissement et de rythme. La (légère) dimension historique est également intéressante. 

A la belle étoile, c'est : des loups, des ours, des lynx, un épisode cévenol, des Visiteurs revisités, du hareng au goûter, quelques stories à l'orthographe douteuse et beaucoup de chantage... 

Le + : on y apprend la différence entre hiverner et hiberner. C'est important. 



#ToutlemondeDétesteLouise 

Annelise Heurtier 

Casterman, 2023 



Résumé

Louise se sent enfin "comme tout le monde" : pour son anniversaire, ses parents lui ont offert un smartphone. Ils n'étaient pas trop pour... Mais, conscients que lorsqu'on est en 5°, ne pas en avoir devient une entrave à la socialisation, ils ont fini par céder. 

Au début, tout se passe bien : Louise fait des photos avec ses copines Nour et Romy, discute avec elles, partage sa passion des chevaux, brave même l'interdit en s'inscrivant sur le réseau social LikeMe. Elle commence à devenir populaire au point de taper dans l'oeil du beau Jonas, tant convoité par Romy. Lorsque cette dernière s'en rend compte, elle déverse son seum sur Louise en postant plusieurs photos et messages diffamatoires dans le groupe des 5°. Elle l'accuse notamment d'avoir embrassé Jonas, ce qui est faux. Très vite, les réactions des autres élèves pleuvent : la jeune fille se fait rapidement traiter de traîtresse, d'allumeuse, de salope... 

En quelques semaines seulement, le piège du cyberharcèlement se referme sur Louise : elle voit bien que réagir semble mettre de l'huile sur le feu, mais garder le silence, c'est donner raison à ses détracteurs... Alors que faire ? 

Avis : 

Annelise Heurtier m'avait déjà convaincue avec Sweet Sixteen, donc je me doutais que #ToutlemondeDétesteLouise serait une réussite. Ici, on vit le harcèlement scolaire et ses problématiques de l'intérieur : l'effet de groupe, la rumeur qui part de rien du tout et qui devient une histoire WTF, les photos mises en scène, la honte de la victime et son sentiment d'"être le problème", le piratage informatique, l'incitation au suicide... Et surtout, on décortique les multiples raisons pour lesquelles un enfant aimé et entouré de ses parents peut choisir de ne pas en parler. L'autrice n'en fait pas des caisses, et ça sonne juste. 

A lire et à faire lire au collège _même CM2 : ce roman jeunesse est documenté, accessible, et peut servir de point de départ à un débat autour des réseaux, des smartphones, ou du harcèlement. 



Enterrer la lune 

Andrée Poulin (autrice) 

Sonali Zohra (illustratrice) 

'Alice Editions, 2022.  Coll. Deuzio


Résumé

A Padaram, en Inde, la vie n'est pas simple : il faut aller jusqu'à la rivière pour avoir de l'eau potable, et aucune installation sanitaire n'a jamais été construite à proximité du village. Les femmes souffrent particulièrement de ces manques : pour faire "ce qu'elles ont à faire", elles doivent attendre la nuit et se rendre en cachette au "Champ de la Honte". Cette absence de toilettes a bien sûr des conséquence désastreuses sur l'hygiène et la santé des gens d'une part, et sur l'accès à l'éducation des filles d'autre part : puisqu'elles n'y trouvent pas de latrines à leur disposition, on considère qu'elles n'ont plus leur place à l'école lorsque leurs règles apparaissent. 

Latika nous raconte ce quotidien injuste et frustrant pour les filles, qui ne peuvent qu'envier la liberté des garçons. Elle n'est peut-être pas une rebelle dans l'âme, mais sa colère monte quand même lorsqu'elle voit à quel point ses proches sont impactés par leurs conditions de vie. Il se pourrait bien qu'elle finisse par ouvrir sa bouche, malgré la terreur que lui inspire le sarpanch (= le chef du village). 

L'arrivée à Padaram de Monsieur Samir, un ingénieur envoyé par le gouvernement, va donner de l'espoir à Latika : si elle arrive à lui parler, peut-être acceptera t-il de construire des toilettes ? Sa place d'enfant et de fille complique pas mal les choses, mais elle est prête à prendre le risque. 

Avis

Enterrer la lune est un beau roman illustré _je me dis qu'il aurait très bien pu paraître sous forme d'album... qui aborde sans détour et avec élégance un sujet important mais difficile à traiter en littérature (surtout jeunesse). Je mets au défi les 5ème qui vont le lire d'arriver à faire des blagues scato avec cette histoire. 

Le texte est composé de courts chapitres qui sont autant de poèmes en vers libres... C'est un peu déstabilisant au début, mais on se prend au jeu. 

Prix Bouk1 des collégiens, sélection 5° ; c'est le lauréat de la phase 1, me semble-t-il ? Dites-moi si je me trompe. 

La journée internationales des toilettes aura lieu le 19 novembre prochain ! 


La fantastique famille Poulet - 1 - Maison hantée et gallinacés 

Yann Rambaud

Gulf Stream éditeur, 2023



Résumé

Grâce au pactole que l'odieuse grand-mère Aglaé a laissé en héritage, Victorin Poulet et sa famille vont enfin pouvoir quitter leur appartement étriqué : quand on a beaucoup de bazar et de grands projets à réaliser, on a besoin d'espace ! 

Les Poulet déménagent donc dans une grande et belle maison aux tuiles bleues, au milieu des champs et des vaches.. au grand désespoir d'une bande de fantômes installés ici depuis bien longtemps, et pas vraiment favorables à la colocation. Les maîtres des lieux enchaînent les mauvais tours et les phénomènes étranges plus ou moins flippants, histoire de faire fuir les nouveaux arrivants en un temps record. Sans succès. 

En effet, les Poulet sont tous tellement barrés qu'ils en deviennent encore plus insaisissables que des ectoplasmes : Victorin, toujours de bonne humeur, cumule des passions passagères.. Domino, la mère, comprend le langage des animaux entre deux bugs transitoires.. Paul, le fils, "voit" les âmes défuntes, et Mirabelle, la fille, est une mini Brigitte Bardot capable de "sentir" les émotions des gens. Autant dire qu'ils n'en sont plus à une bizarrerie près : tout cela leur passe au-dessus. Une chose est sûre, rien ni personne ne les fera partir ! 

Entre vivants et morts, qui lâchera l'affaire en premier ? Et si la guerre pouvait être évitée ? C'est dans ces moments-là qu'on apprécie d'avoir un (apprenti) medium dans la famille... 

Avis : 

Un roman drôle et original, avec plein de fraîcheur et plein de codes cassés ! L'auteur arrive à faire du motif ultra rebattu de "la famille qui débarque dans une maison hantée", une histoire à rebondissements WTF, sensible, imprévisible.. Avec les touches d'humour noir et mignonnerie qui vont toujours bien tant qu'elle restent bien dosées (comme ici). Entre le chat malchanceux qui se prend des plats et les concerts improvisés, j'ai parfois eu l'impression de regarder un cartoon (ceux avec les enclumes et les pianos qui tombent, et tout), et c'était cool.  

Ce premier tome de la Fantastique Famille Poulet a été composé par Yann Rambaud dans le cadre du Feuilleton des Incorruptibles, une animation sur quelques semaines où des jeunes (ici des collégiens) échangent avec un auteur autour du livre qu'il écrit "en temps réel" et qu'il leur envoie chapitres par chapitres _sous forme de feuilleton. Tout ça pour dire que c'est plus ou moins une œuvre de commande, écrite en temps limité. Donc chapeau quand même, ça tient bien la route. 

Petit bémol : y a un peu trop de jeux de mots à base de volaille... et pourtant j'aime ça ! 

Nombre de morts : 7 (j'ai compté les fantômes) + une poule  

Les superbes illustrations de Clémentine Paoli pourront détendre un jeune lecteur effrayé par l'épaisseur de ce roman (de 250 p). 


dimanche 24 août 2025

[MANGA] Nikuko du port de pêche - 1 - Kanako Nishi ; Sugisaku (2025) / Sakamoto Days - 1 - Yuto Suzuki (2022)

Ca me dégoûte de voir le père de mes neveux leur gueuler dessus en disant "c'est pas à moi de tout faire, maintenant je suis seul à m'occuper de vous, donc vous devez vous occuper de moi aussi", alors qu'ils ont 7 et 9 ans, et qu'il en a presque 50.  

Ma sœur n'aimerait pas que les choses se passent de cette manière. 

Je sais bien qu'il ne vit pas une situation facile ; certes, il n'est pas sincèrement attristé par la mort de Marine, et quelque part, tant mieux pour lui et pour les enfants : cela lui laisse assez d'énergie pour se consacrer à leur bien être. La difficulté d'élever deux gosses est bien réelle, dans tous les cas, et je serais moi-même bien incapable de m'en sortir. Mais elle serait sans doute moindre s'il s'était un peu plus intéressé au quotidien de ses gosses avant qu'il ne réussisse à user ma soeur jusqu'à la corde, et avant que le pire n'arrive. 

C'est lui l'adulte, il ne doit pas l'oublier ; d'ailleurs, il sait le rappeler lorsque ça l'arrange. 

Rien ne me soulagera de la perte de Marine. Mais voir sa crapule de copain rétamé me donnerait l'illusion d'une forme de justice. 


Deux mangas très bien pour les collégiens ! 


Nikuko du port de pêche - 1 

Kanako Nishi / Sugisaku 

2025

Rue de Sèvres, Coll. Le Renard Doré 



Dans un village portuaire japonais où les gens vivent tous "comme il faut", l'arrivée d'une famille monoparentale est déjà un petit événement ! Alors forcément, le binôme formé par l'exubérante Nikuko, 38 ans, et la (trop) raisonnable Kikurin, sa fille de 11 ans, a de quoi intriguer. Pourtant, toutes deux trouvent tant bien que mal leurs marques dans ce microcosme, grâce à leur volonté et à leur optimisme. 

C'est la petite Kikurin qui raconte l'histoire, portant un regard plein d'amour mais empreint de perplexité sur une mère au parcours chaotique, très gentille, travailleuse mais un peu immature, toujours prompte à faire la fête après son service au restaurant... au risque de tomber entre les griffes d'hommes mal intentionnés. Consciente de la candeur de Nikuko, l'enfant a dû faire un croix sur son insouciance si bien qu'on se demande parfois qui est l'adulte, et qui s'occupe de qui. 

De son côté, Kikurin doit aussi gérer seule ses problèmes d'enfant _choisir (ou pas) son clan de copines, absorber les regards des garçons et les remarques faites sur sa mère... tout en se ménageant des moments de solitude, qu'elle réserve à la lecture. 

Un manga "vis ma vie à la campagne", ni trop dur, ni trop doux _comme le dessin de Sugisaku, qui aurait pu être chiant mais qui ne l'est pas, bien au contraire.


Sakamoto Days - 1 

Yuto Suzuki 

Glénat, 2022



Tout plaquer et partir ouvrir une épicerie dans la banlieue de Tokyo ! 

C'est ni plus ni moins ce qu'à fait Sakamoto, un ancien tueur à gages virtuose de la gâchette qui, un beau jour, a fait le choix de se ranger pour se marier, fonder une famille, et devenir gérant de supérette.

Les mafieux du secteur s'émeuvent de sa décision, et ne comprennent pas pourquoi cet '"Assassin légendaire" longtemps admiré et redouté a troqué le pistolet contre la scanette. Quelles que soient ses raisons, il doit à présent être éliminé : c'est la règle, on ne peut quitter le milieu que les pieds devants. 

Mais Sakamoto n'a pas l'intention de se laisser abattre : l'arsenal est à portée de main sous le comptoir, et, s'il a pris quelques kilos ces derniers temps, il a gardé tous ses réflexes. La bagarre n'est plus son délire, mais s'il doit se défendre, il le fera ! Comme vous le savez, les gens ne viennent jamais tant vous chercher des noises que lorsque vous aspirez à la quiétude... 

Au fil des chapitres, deux personnages rejoignent le cocon de Sakamoto, sa femme et sa fille : Shin, un jeune assassin télépathe au grand cœur, Shao, une orpheline survoltée. Tous deux vont se retrouver embauchés à l'épicerie... 

Ce shônen a l'avantage de démarrer au quart de tour, sans passer trop de temps sur la présentation du décor et des personnages. Souvent, les premiers tomes de séries sont assez descriptifs, mais ici ce n'est pas le cas : on sait juste ce qu'on doit savoir pour comprendre l'action à venir, et c'est appréciable.. C'est léger, dynamique, sans prise de tête. La castagne est forcément au rendez-vous mais sans être aussi dure à regarder que je ne le redoutais. 

Le personnage de Sakamoto est assez intriguant. Flegmatique, peu loquace, le regard littéralement masqué par les lunettes au verres épais, son visage peut vous évoquer aussi bien Dahmer que Hollande. C'est certain, ce type-là ne nous a pas tout dit !  

L'anime va sortir sur Netflix (si ce n'est déjà fait). 


vendredi 15 août 2025

[BD Jeunesse] Klaw - 1 - Jurion / Ozanam (2017) // Espions de famille - 1 - Gaudin / Ronzeau (2012)

Parce qu'il va bientôt falloir se remettre au boulot... 

Parce que je ne suis pas fâchée que cet été difficile tire vers sa fin, tranquillement... 



Voici deux présentations de BD pour la jeunesse.  

Klaw 1 - Eveil 

Jurion / Ozanam 

Le Lombard, 2017


Ange Tomassini a beau être le fils du patron d'une grande entreprise de poisson surgelés (du moins c'est ce qu'il croit), et rentrer du collège avec un garde du corps, cela ne s'empêche pas de se faire tyranniser par d'autres élèves. Et bien qu'il ait le pouvoir de se transformer en tigre sous le coup du stress ou de la colère, cela ne lui sert pas à grand chose car il n'a aucun contrôle sur ses mutations. 

Une altercation à la piscine a priori anodine entre lui et le copain de la fille qu'il aime va avoir des conséquences tragiques : il devient vital pour lui d'en savoir plus sur son identité et d'éclaircir les zones d'ombres de la famille Tomassini. Heureusement, il peut compter sur l'aide de Dan, son garde du corps et ami, pour apprivoiser l'esprit du tigre qui s'est logé en lui. 

"Eveil" constitue la base d'une série de 15 albums, et utilise l'action pour nous faire découvrir un univers bien énigmatique ; on va de révélation en révélation avec le héros... même si parfois, les ficelles son un peu visibles. L'inspiration des histoires de super-héros est assumée, et c'est mieux ainsi. 


Espions de famille - 1 - Bon baisers de papy 

Thierry Gaudin, Romain Ronzeau

BDkids, 2012



Amédée Caillebotis, alias B707, a été espion au service de l'Etat dans les années 60. Même s'il est à présent un peu rouillé et qu'il a rangé depuis longtemps les fléchettes hypodermiques qui ont fait sa renommée, il aimerait bien que son petit fils Alex le voie autrement que comme le papy décrépit qu'on aime bien mais qu'on trouve aussi un peu gênant. 

Alors, certes, Amédée n'aurait pas dû s'inviter à la fête d'anniversaire où Alex était sur le point d'aborder la jolie Leïla. Certes, il n'aurait pas dû l'appeler "biquet" devant ses copains. Certes, il n'aurait pas dû péter en huit sa console de jeux. Certes, il n'aurait pas dû faire  tout ça dans la même journée... 

Mais tout de même, il n'y a pas de quoi faire la tronche indéfiniment ! 

B707 va faire appel à ses anciens acolytes des Anges de Charles, et simuler sa disparition. Leur petite mise en scène va impressionner Alex, et surtout Leïla ! Mais elle va aussi arriver aux oreilles de Mordicus, l'ennemi juré de B707, qui fomente sa vengeance depuis des décennies. Lorsque les parents et la soeur d'Alex disparaissent, Papy comprend tout de suite que cette fois-ci, ce n'est pas une blague...

Une BD jeunesse qui reprend avec humour les codes de James Bond, sans trop en faire. Le message anti-âgiste est appréciable (ça m'a rappelé vite fait Octofight, en beaucoup plus soft ahah), et les portraits d'ados sont bien réussis. Lors d'un événement Babelio, le scénariste Thierry Gaudin nous avait expliqué qu'il avait été CPE et que son expérience transparaissait sans doute dans ses histoires. Il avait aussi parlé de son attachement à traiter les liens intergénérationnels, notamment l'éloignement des jeunes et de leurs grands parents à l'adolescence. 

Les dessins sont de Romain Ronzeau, tout en finesse, la valeur sûre. 


mercredi 13 août 2025

[LECTURES DE VACANCES] La femme de ménage - Freida Mc Fadden (2022) / Légendes et Latte - Travis Baldree (2022)

Si vous êtes basés dans le Sud-Ouest, vous avez sans doute déjà entendu parler du festival "BD en Périgord", qui se déroule tous les ans à Bassillac et Auberoche, une commune proche de Périgueux. 

Je n'y suis jamais allée ; mes parents nous avaient dit, quand on été enfants, qu'on irait y faire un tour à l'occasion, mais ça ne s'est jamais fait. On ne réclamait pas outre mesure : dans la région, c'est le festival d'Angoulême qui fait rêver. 

Bien des années plus tard, cet événement culturel incontournable dans la région est revenu sur le tapis lors des repas de famille du dimanche. Pas de la plus flatteuse des manières, c'est le moins qu'on puisse dire ! Marine travaillait depuis peu dans une entreprise de nettoyage du secteur et en tant que dernière personne embauchée, elle récupérait les missions à la con et leur lot de bizarreries. Nettoyer de font en combles le gymnase censé accueillir les stands et expositions du festival en faisait partie. 

Il fallait que tout soit nickel (et déserté de tout personnel de nettoyage) avant l'installation, ce qui impliquait de se rendre sur place très tôt, vers 5h du matin. Sur le principe, cela ne la gênait pas plus que ça : les horaires décalés faisaient partie des inconvénients du métier, elle le savait. Et puis, c'était une fois pas an. 

En revanche, en tant qu'employée, Marine ne disposait pas des clefs du gymnase. Il fallait qu'elle attende que le gardien, qui devait venir plus tôt lui aussi pour l'occasion, les lui remette. Impossible de procéder différemment, comme récupérer les clefs la veille, par exemple. Question de confiance et de responsabilités, sans doute. 

La première fois, le gardien est venu à 5h comme convenu. Il s'est montré très antipathique, mais enfin, il lui a permis d'accéder au site. 

Les années suivantes, la tâche a été plus compliquée pour Marine, car le type venait tard, voire pas du tout. Lorsqu'il arrivait tard, elle ne pouvait pas remplir sa mission à fond, puisqu'elle ne disposait pas du temps nécessaire pour le faire. Lorsqu'il ne venait pas, elle ne pouvait tout simplement pas travailler. 

Dans tous les cas, elle se rendait sur place à l'heure prévue, poireautant des heures dans sa voiture par de froids matins d'octobre. Et à chaque fois, forcément, les retours sur la qualité du service étaient négatifs. Même si elle savait pertinemment qu'elle n'y était pour rien, cela l'affectait toujours. D'autant qu'elle donnait sa version de l'histoire à sa patronne, et que cette dernière faisait mine de ne pas la croire _ sans doute pour éviter tout litige avec la mairie. 

L'année dernière, Marine nous a raconté qu'elle en avait eu marre, qu'elle s'était pointée et qu'elle était rentrée se recoucher assez rapidement. C'était juste avant les premiers diagnostics. La maladie couvait déjà et sa fatigue envahissait suffisamment ses journées pour qu'elle s'épargne les sautes d'humeur d'un boulet. Elle ne savait pas que c'était la dernière fois qu'elle se levait pour rien. 

Sache, gros connard de gardien, que tu ne la verras plus jamais, cette femme de ménage qui venait te casser les couilles le jour de l'ouverture du salon de la BD, et dont la tête ne te revenait pas visiblement. J'espère qu'à la place, tu auras affaire à une grognasse tout aussi désagréable que toi. 

 

La Femme de ménage 
Freida McFadden 
2022 
Photo : édition J'ai Lu



Difficile de trouver (et de garder) un boulot quand on sort de prison ! Millie le sait bien, elle en fait l'expérience depuis plusieurs mois. Aussi, lorsque la jeune femme est recrutée au pied levé pour faire le ménage chez de riches new-yorkais, elle s'empresse d'accepter le poste, espérant se rendre indispensable avant que ses patrons ne découvrent ses antécédents ! 

Dès son arrivée, elle sent que quelque chose cloche chez les Winchester : déjà, la minuscule "chambre de bonne" que lui attribue Nina, la mère de famille, ne se verrouille que de l'extérieur. L'impossibilité d'en ouvrir la fenêtre n'aide pas vraiment à s'approprier le lieu... 



Puis au fil des jours, son sentiment de malaise s'amplifie, à juste titre : Nina est bordélique à l'extrême, au point que Millie se demande si elle ne fait pas exprès de foutre des saletés partout, juste pour la faire galérer. D'autant qu'elle peut passer d'une minute à l'autre du "mode copine" au mépris le plus total envers son employée. La fille, la petite Cecelia, est clairement hostile envers Millie, en plus d'être flippante en tous points. 

Enzo, le jardinier, ne cesse de s'agiter et de prononcer le mot "danger" dès qu'il voit Millie, mais comme il ne connaît pas un mot d'anglais, la communication est impossible, elle ne voit pas bien où il veut en venir. Heureusement, Andy Winchester, le père, parvient à apaiser cette ambiance électrique




Plus Nina Winchester s'attache à la faire tourner en bourrique, moins Millie n'a de scrupules à se rapprocher dangereusement du bel Andy, qui ne demande pas mieux ; et alors que le lecteur aimerait crier à l'héroïne que coucher avec le patron, c'est pas une bonne idée, l'histoire prend une tournure complètement inattendue ! 

Avis 

AH ! Je l'ai enfin lu ! Ce livre me faisait de l'oeil (littéralement) à chaque fois que je passais au Relay de la gare de Limoges. On est génération Loft Story ou on ne l'est pas. J'ai dû en parler à ma collègue prof d'ULIS à un moment, parce qu'elle me l'a gentiment offert avant qu'on parte en vacances. 



J'avoue avoir été un peu moins jouasse en voyant qu'il figurait dans la bibliothèque Babelio de mon ex, ce qui est rarement bon signe.... Oui, c'est mesquin de stalker et de balancer ensuite

Bref, on peut couper ce best-seller en deux parties.

Une première, efficace et bien accrocheuse, mais parfois rendue peu convaincante par le personnage de Millie. Trop de mystère tue le mystère : soit elle se décide à nous dire pourquoi elle a été emprisonnée, soit elle arrête d'y faire allusion toutes les deux pages. 
Ensuite, face à tous les micro-événements chelous qui se passent sous ses yeux, il n'y a bien qu'elle pour ne pas comprendre qu'elle ferait mieux de prendre ses jambes à son cou. 
Enfin, ses petites envolées "ouah trop beau le jardinier / le boss, j'ai pas ken depuis teeellement longtemps !!"... très peu pour moi.

J'ai failli stopper ma lecture à mi-chemin, avant de me convaincre d'essayer d'aller jusqu'au bout, et j'ai bien fait d'insister un peu ! En effet, la deuxième partie de ce thriller psychologique est assez déroutante pour justifier à elle seule le grand succès du livre. Je ne dirai rien de plus pour ne pas spoiler, mais le revirement qui s'opère à ce moment-là surprendra même celles et ceux qui avaient déjà entrevu quelques ficelles... 

A dévorer sur la plage ou dans les transports ! 
Un peu à l'eau de rose par moments, mais ça passe. 
Lisez bien jusqu'au bout !
Pour tous ceux qui ont aimé le film Parasites, et pour les nostalgiques de Desperate Housewives  !

Légendes & lattes 

Travis Baldree 

2022 


Photo : édition J'ai Lu 

Genre : cosy fantasy

Tout plaquer et partir ouvrir un café dans un endroit où personne ne boit de café, voilà le défi que s'est lancé Viv, une orque mercenaire lassée de l'aventure. 

Après plus de 20 ans d'une vie dure et sans possibilités d'attaches, cette solitaire dans l'âme entend bien se poser et monter son propre établissement dans le petit village de Tuine. 

Elle a pour seuls guides sa grande motivation, sa passion du café, et une pierre "porte-bonheur" qui pourrait bien devenir un objet de convoitise. 

Ce retour au calme pourrait avoir des airs de retraite, si Viv n'avait pas tout à construire pour mener à bien son projet : non seulement le café en lui-même, mais aussi son sens de l'accueil et ses compétences en commerce, proches du néant. D'autant que l'ombre du mystérieux Madrigal, prompt à taxer tout nouveau commerce, vient gâcher quelque peu le paysage. 

Heureusement, Viv va faire de belles rencontres et (re)découvrir les joies du travail d'équipe et des soirées entre amis. 

Avis  

J'ai été séduite par la couverture WTF et par l'idée qu'un livre puisse à la fois parler d'orcs, de pierres magiques et de café ; le résumé laissant présager une dimension bisounours dont j'avais bien besoin à ce moment-là, je me suis laissée tenter. 

Au final, cette lecture de Légendes & Latte a été positive dans le sens où...  

- elle est réconfortante et sans prise de tête

- le monde cosmopolite de Travis Baldree tient la route, avec ses décors médiévaux-modernes et ses êtres légendaires souvent en proie aux préjugés. 

- les personnages sont plein de mignonnerie (trop ?)...

MAIS voilà... je me suis quand même beaucoup fait ch*er, car il n'y a quasiment pas d'action. C'est normal, me direz-vous, c'est le principe de la "cosy fantasy", cette branche de la fantasy où on s'intéresse surtout au quotidien des personnages et de leurs amourettes, au détriment des quêtes et des combats. Une sorte de tour d'autos tamponneuses où il faudrait essayer de ne pas toucher les autres, en somme...  

N'étant pas au fait de ce genre nouveau, j'ai attendu désespérément que "ça démarre", pensant que, telle une Xéna dont le naturel revient au galop, Viv allait dégainer l'épée après trois pages de bonnes résolutions pacifistes. Mais non. On voit juste un café se construire pierre après pierre au fil des chapitres, les joies et les galères qui vont avec, et un binôme de tenancières qui s'interroge sur ses techniques de vente.. 

Bah, pourquoi pas. Quand vous voyez qu'au bout de quinze chapitres, les personnages s'interrogent sur la possibilité ou non d'installer un ventilo ou une plus grande cuisinière, vous vous faites une raison ! A noter que l'auteur a imaginé cette histoire en plein Covid, à un moment où les cafés et autres lieux de socialisation étaient inaccessibles : voilà qui nous rend son roman d'autant plus sympathique.